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PHystorique- Les Portes du Temps
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25 octobre 2026

6 juin 1832 Le combat du château de la Pénissière-la-cour La Bernardière (Vendée)

Situé à La Bernardière (Vendée), ce combat reste l'épisode le plus héroïque et sanglant du soulèvement.

 

Une quarantaine de chouans et de jeunes légitimistes s'y retranchèrent face à plusieurs centaines de soldats de la ligne (45ᵉ régiment d'infanterie) et de gardes nationaux.

 

Malgré l'inaptitude de leur armement pour un combat de plaine ou de longue portée, ces armes légères de défense rapprochée et de jet rapide s'avérèrent tragiquement redoutables à bout portant lors des assauts dans les couloirs et les pièces du château barricadé, avant que le bâtiment ne soit incendié par la troupe.

 

 

 

Ce château fut défendu le 5 juin 1932, par 46 vendéens sous la conduite de M.E. de Girardin contre trois compagnies de soldats ; plutôt que de se rendre, ils préfèrent laisser incendier le château où ils étaient enfermés.

 

 

La quarantaine d’assiégés réussit à échapper aux flammes à la faveur de la nuit avant, pour la plupart, de prendre les chemins de l’exil.

 

 

 

 

Une cinquantaine de jeunes cavaliers et insurgés vendéens (légitimistes) se retrouvent encerclés par les forces gouvernementales (orléanistes), composées de lignes d'infanterie et de gardes nationaux de la région, nettement supérieures en nombre (entre 500 et 900 hommes).

 

 

Les Vendéens se retranchent à l'intérieur du domaine fortifié de la Pénissière-de-la-Cour.

 

 Durant plusieurs heures, ils repoussent les assauts successifs des soldats de Louis-Philippe.

 

Face à cette résistance opiniâtre, les forces orléanistes décident de mettre le feu au bâtiment pour débusquer les insurgés.

 

 

Malgré l'incendie destructeur et les décombres, une partie des Vendéens parvient héroïquement à s'extraire de la bâtisse par une brèche arrière pour fuir à travers les champs, tandis que d'autres continuent de tirer depuis les parties encore intactes.

 

 Le combat s'achève par une victoire militaire des forces gouvernementales, mais la résistance désespérée des assiégés frappe les esprits.

 

 

 

 

 

LE combat de la Pénissière est ce fait d'armes mémorable dont on a fait tant de bruit, il y a quelques années, sous la tente de M. Baudry-d'Asson.

 

 Deux documents manuscrits, de témoins oculaires, nous permettent de vous donner quelques nouveaux détails sur cet épisode élevé à l'état de légende dès son apparition.

 

 

En juin 1832, Clisson avait pour garnison un bataillon du 29e de ligne, commandant Georges.

 

 

Une réunion de chouans avait été indiquée pour le 6 au château de la Pénissière-de-la-Cour, situé à une lieue et demie de Clisson.

Son but devait être de se porter sur Cugan et la Bruffière pour désarmer la garde nationale.

 

A neuf heures du matin, ils y étaient rassemblés au nombre de quarante-cinq: c'étaient presque tous des jeunes gens de famille ; leurs chefs étaient deux frères, tous deux anciens officiers de la garde royale ; ils avaient de plus avec eux deux pauvres paysans, qui, ayant appris à Nantes à jouer du cornet de voltigeur, composaient leur musique.

 

L'adjudant-major du 25me ayant appris, en l'absence du chef de bataillon George, que cette réunion devait avoir lieu, prit avec lui quarante-cinq voltigeurs et deux gendarmes, et se porta sur l'endroit indiqué.

 

D'autre part, la petite ville était protégée par sa garde nationale, composée de bourgeois, de volontaires et d'ouvriers, parmi lesquels nous devons citer une famille entière dont nous ne pouvons passer le nom sous silence : la famille Gautret.

 

 

Le père était sous-lieutenant, M. Bureau-Robinière capitaine et M. Piou lieutenant de la compagnie.

 

Le père Gautret avait avec lui ses fils : Léon âgé de treize ans, Athanase de quatorze, Armand de quinze, Félix de dix-sept, qui montaient bravement la garde avec leurs fusils à deux coups et leurs pistolets. L'oncle Benjamin remplissait la modeste fonction de caporal.

 

 Parmi les loustics de la compagnie se distinguait un compagnon couvreur du nom de Chaibonneau, dit Frise-Poulet.

 

Il était à l'attaque de la Pénissière en habit de velours avec une immense cocarde tricolore posée sur son chapeau à claque.

 

Les patrouilles étaient formées d'un tiers volontaires, un tiers gardes nationaux, un tiers militaires.

 

Dans l'ombre , le parti hostile s'agitait.

De tous côtés arrivaient des paysans, les uns poussés par les gens influents de leur endroit, les autres entraînés par des voisins qui avaient des rancunes à satisfaire , d'autres par des motifs quelquefois inavouables.

 

Toute cette multitude affluait de Montfaucon, Boussay, Torfou, Saint-Hilaire-du-Bois, etc., et se concentrait dans la paroisse de la Bernardière, qui relevait de la division de M. de la Rochejaquelein.

 

Pour se procurer des armes, il n'y avait qu'à s'emparer des fusils des nationaux de Cugand et de la Bruffière, qui, il est vrai, se tenaient sur leurs gardes.

 

Le 7 juin, les habitants de Fouques viennent se plaindre d'être menacés par les insurgés.

 

 La municipalité de Clisson se montre dignement et appelle ses volontaires.

 

La plupart des Gautret se présentent avec d'autres ouvriers et le fameux Charbonneau ; on leur adjoint quelques gendarmes, une quinzaine de militaires et on envoie la petite troupe en patrouille du côté de Cugand.

 

Cependant les partisans de la Duchesse, s'étant emparés sans coup férir de la Bernardière) font mine de se diriger vers Cugand.

La patrouille clissonnaise se porte sur le bourg menacé.

 

Là, elle peut charger sur des charrettes les fusils des nationaux, qu'elle envoie escorter leurs armes jusqu'à Clisson.

 

Quand à elle, forte de son exaltation patriotique, elle s'engage bravement dans le chemin creux qui conduit à la Bernardière, en ayant soin toutefois de se faire éclairer le long des haies qui dominent la route.

 

Arrivé à un petit placître, à l'entrée du bourg en question, le détachement, trempé de pluie et loin d'être ainsi désaltéré, s'avance vers la porte d'une auberge voisine.

 

 L'aubergiste Richard, en les voyant venir, accourt, tout effaré, les prévenir que sa maison est pleine d'insurgés, qu'ils sont bien douze à quinze cents rôdant dans le bourg et les environs. « Tant mieux, dût se dire la petite troupe, cette fois-ci ça va chauffer. »

 

 Les chouans croyant avoir affaire à l'avant-garde d'un corps considérable, sortent avertir leurs amis qui s'étaient barricadés dans l'église. Ils montent dans le clocher, sonnent du cornet, du clairon et donnent le signal d'alarme: le tocsin retentit.

 

Quand l'éveil fut ainsi donné aux alentours, les sonneurs se faufilent par la porte sud de l'église, laquelle ouvre sur un petit coteau qui domine un ruisseau.

 

Tout près est la route qui conduit à la Pénissière-de-la-Court, distante d'une demi lieue. Le dernier sortant laisse la porte ouverte.

 

Cette panique folâtre met la petite troupe en belle humeur ; elle veut pousser plus loin l'aventure et emboite le pas des fuyards ; elle chemine sous de vastes ombrages.

 

Deux petites escouades passent derrière les haies et surveillent les genêts géants qui semblent remuer. A un détour on fait la rencontre d'un meunier qui, monté à cheval, s'en allait porter des dépêches aux communes voisines.

 

 Déjà on parle de le fusiller, sans autre forme de procès.

 

Le pére Gautret s'y oppose et le malheureux affidé est attaché solidement à un arbre, pendant qu'un maître boulanger de Clisson, Pellerin, se couvrant de la défroque du meunier, de son bonnet de coton, du sac qu'il porte sur le dos pour se garantir de la pluie, enfourche la monture et, fredonnant une chanson de l'opposition vendéenne, afin de dépister les chouans éparpillés aux environs, s'en va trottinant réclamer à Clisson du renfort.

 

C'est qu'en effet, la poignée de gardes nationaux et de militaires était à la merci d'un ennemi invisible qui la surveillait de près, n'osant l'attaquer sans ordre; d'ailleurs, vous connaissez le caractère rusé des paysans, ils ne sont pas fâchés, avant de s'engager dans une affaire, de voir quelle tournure elle va prendre au commencement.

 

Sur ces entrefaites, le petit détachement, gros, tout au plus, de cinquante hommes, s'avance, avec son insouciante crânerie, vers le rocher en face de la Pénissière-de-la-Court.

 

Il trouve la porte cochère entrebaillée.

Il entre. Aussitôt une décharge le force de reculer et blesse plusieurs hommes, entre autres un fusillier nommé Cordelier Joachim.

 

 Le portail se ferme. En attendant un retour offensif, qu'il s'agit de combiner, on se précipite dans un cellier et on fête gaiement le vin du crû. « On en boit beaucoup, beaucoup trop », écrit Crétineau Joly, assez certainement pour se relever le moral et effacer les traces de fatigue de la matinée.

 

D'ailleurs il faut bien donner le temps aux renforts d'arriver, et cela va nous permettre de jeter un coup d'oeil sur l'état des lieux avant l'engagement de l'action.

 

A cette époque, le château de la Pénissière n'était qu'une vieille maison bourgeoise, mansardée, couverte en tuiles et percée de quinze ouvertures dispersées sans aucune symétrie.

 

A la maison d'habitation était adossée la chapelle qui faisait face au midi et donnait sur un vaste jardin planté de vieux arbres.

 

Au-dessus des fenêtres du jardin, s'élevaient les fenêtres du rez-de-chaussée, à une hauteur d'une douzaine de pieds.

 

Au nord, un pré formant vallon, couvert d'eau. A l'ouest, la cour principale, dont les murailles étaient hautes de 4 à 5 mètres; cette cour était en communication avec la maison du fermier.

 

Dans le château, se tiennent, dans une attitude martiale, quarante hommes résolus, choisis entre les vaillants d'Israël, auxquels il faut ajouter une quinzaine de pauvres diables qui n’ont pas légué leur nom à la postérité, par la bonne raison qu'ils n'ont pu, faute de temps, ni se reconnaître, ni reconnaître leurs compagnons de combat.

 

Le chef de la bande est un ex-officier de la garde royale, Eugène de Girardin.

 

A ses côtés, se tiennent ses trois frères, Egisthe, Victor et Emmanuel, puis M. de Chevreuse, les trois Fouré, les Joulin père et fils, les deux Aubert, les deux François, etc., peu de nobles, quelques séminaristes, surtout des paysans jeunes et vieux, qui, unis par les liens d'une étroite parenté, se sentent forts en se serrant les coudes..

 

 Ils sont fiers de leurs fusils, et surtout caressent de la main de lourdes espingoles de cuivre qu'ils chargent, jusqu'à la gueule, de dix-huit à vingt-cinq balles.

 

Après la première décharge de mousqueterie dont elle avait été saluée, la troupe de l'autorité, se voyant trop peu nombreuse pour opérer avantageusement, était restée au port d'armes, tout en se rafraîchissant.

 

Arrive le renfort demandé, quarante-cinq hommes en un paquet.

 

Désormais on peut prendre l'offensive... Il est environ onze heures quand on enfonce les portes d'une maison de fermier, en communication avec la cour, du côté de l'est, et qu'on commence les hostilités.

 

Un garde-national, tailleur de pierres de son métier, pratique une ouverture dans le mur d'un bâtiment servant de pressoir et la fusillade s'engage.  

 

 

 

 

 

NEUF à dix espingoles, maniées par les plus habiles tireurs de la bande insurgée, crachent leur mitraille, et, le coup parti, sont passées aux camarades placés derrière, qui les rechargent avec rapidité.

 

 La fusillade ne chôme pas.

Au milieu des détonations qui se répondent, le clairon Monnier souffle l'ardeur aux siens et jette aux champs voisins un appel désespéré.

 

Les soldats embusqués ripostent, mais leurs balles vont s'aplatir sur les murs, sans blesser personne.

 

 Honteux de cette infériorité, les plus hardis (et de ce nombre est FrisePoulet) s'élancent et vont se loger dans la chapelle, distante du pressoir de sept mètres environ.

 

Du chœur, par une fenêtre, ils observent les croisées du château qui font face.

 

L'idée vient à Frise-Poulet, autrement dit à Charbonneau, de faire flamber les chouans. Elle est accueillie par des bravos.

 

Le grenadier Pléchaud, d'un coup de crosse, fait voler la croisée du chœur en éclats, et, par- là, on jette, auprès des abat-vent du rez-de-chaussée, des fagots de fournilles et de genêts, qu'on transporte au bout des baïonnettes.

 

Ensuite, on enflamme une pincée de poudre dans le bassinet d'un fusil, on y allume une poignée de filasse et Pléchaud s'élance attacher la mèche incendiaire aux fagots.

 

Sept balles lui transpercent les cuisses. Il tombe.

 

 Les camarades exaspérés sortent à leur tour.

 

Les fagots flambent bientôt, aux applaudissements des militaires et des nationaux.

 

 L'incendie dévore le bois des fenêtres, de la porte, et la fumée qui entre par les ouvertures force les défenseurs à évacuer le rez-de-chaussée.

 

Il pouvait être alors entre trois et quatre heures.

 

A quatre heures, la face du combat change avec le commandant Georges, qui fait preuve, en cette occurrence, d'une grande célérité.

 

A onze heures du matin, il fouillait Maison , s'emparait de munitions cachées dans la cure de ce lieu ; à trois heures et demie, il était de retour à Clisson.

 

 Là, il apprend qu'on se bat à la Pénissière, distante d'une lieue et demie. Le temps de faire déposer les sacs, de battre l'appel, et le bataillon s'élance au pas de course dans la direction de la fusillade.

 

A quatre heures, ils avaient rejoint les combattants.

 

Le commandant Georges avait alors sous sa main cinq à six cents hommes.

 

 Il prend ses positions de combat : il place, à l'arrière-garde, un peloton de militaires et de nationaux qu'il charge de veiller sur ses derrières, en même temps qu'ils garderont les blessés étendus sur de la paille et des couvertures, dans un hangar attenant à une maison de fermier, sise en dehors des murs d'enceinte.

 

Puis la bataille recommence.

 

Le tambour bat la charge, les grenadiers s'élancent, poussant des hurrahs formidables : Mort aux brigands.

 

Les partisans ripostent en criant : vive Madame, vive Henri V, vive la ligne, à mort les nationaux !

 

 Le clairon de Monnier répond par des sons stridents, d'une étonnante énergie, aux roulements du tambour : la flamme qui crépite mêle son grondement au bruit général.

 

Les portes, les croisées sont mises en pièces, à coups de barres de fer, à coups de fusils tirés dans les serrures.

 

La foule hurlante s'engouffre dans le rez-de-chaussée, qu'elle trouve désert, quand, entre les solives, par les intervalles du plancher décarrelé, les espingoles jettent le désordre dans la troupe des assaillants.

 

Un caporal tombe mortellement frappé, plusieurs grenadiers sont blessés. Des cris de rage répondent aux cris de triomphe sauvages.

 

Encore une fois, la petite troupe recule.

 

Mais on vient de découvrir une échelle, on l'applique au mur, et un soldat, plus audacieux que ses compagnons, enlève plusieurs tuiles du toit et lance dans la charpente un brandon allumé.

 

Là encore, l'incendie se propage avec rapidité. Le feu sur la tête, le feu sous les pieds, la troupe de Girardin semble une troupe de diables qui se jouent dans une fournaise.

 

Et le clairon, et le tambour, et l'incendie font rage.

 

 Malgré le feu des fenêtres, un peloton, composé de sept hommes, se risque dans le jardin. Aussitôt, quatre espingoles sont braquées sur les imprudents.

 

Desnos, tambour de la garde nationale, a son bonnet de police traversé par une balle, un officier, un bouton de son habit emporté ; mais pas de mort à déplorer.

 

A la fin, la situation était devenue intolérable pour les assiégés : le feu prenait au plancher. Mieux valait risquer une sortie que d'attendre le moment où il faudrait périr dans le brasier.

 

De Girardin confie à Lévêque le commandement de huit hommes qui resteront dans le château pour couvrir la retraite du reste de la bande. Les uns sautent dans le jardin, les autres, dans la prairie du Nord.

 

A cet endroit, les fenêtres ont huit mètres de hauteur. Heureusement qu'un grand prunier élève ses branches presque à ce niveau.

 

 S'élancer sur une branche du prunier, s'abaisser avec elle, et, grâce à ce jeu de tremplin, dégringoler dans le pré sons se faire de mal, tel est le parti qu'embrasse la majorité. Une ibis-dans la prairie, on avait de l'eau jusqu'à mi-jambe.

 

De là, on gagnait un champ de genêt, où il était facile de disparaître. Déjà, une partie de la troupe s'était échappée en tapinois, sans rodomontade, par conséquent. Monnier avait caché son clairon, bien que Crétineau, Joly le lui ait fait emboucher.

 

Georges s'aperçoit de la fuite, et donne l'ordre d'ouvrir une brêche dans le mur du jardin, pour surveiller la sortie.

 

Emmanuel de Girardin, en ce moment, sautait du prunier. Plusieurs coups de feu l'étendent mort.

 

 Emmi, Mony, Guzeau, Leclerc, Jury sont, les uns fusillés, les autres percés de baïonnettes au moment où ils essaient de s'enfuir.

 

Un sergent beauceron, qui logeait chez les Gautret, se distingua par ce genre d'exploits.

 

A six heures et demie, arrive un nouveau renfort de cent hommes qui veulent prendre part à la chasse à l'homme, fouillent les. taillis, tuent ceux qui font feu, et, parmi eux, un nommé Douillard qui passait pour être chef de paysans.

 

Neuf heures. La nuit vient. Plus de cartouches, deux espingoles hors de service. Lévêque voit que toute résistance est désormais inutile : mais se rendre, jamais !

 

Au-dessus du château en flammes, l'orage gronde toujours.

 

Partout la mort. Blottis dans l'angle d'une grande chambre, les huit abandonnés, qui se sont sacrifiés pour sauver leurs compagnons, attendent, frémissants d'impatience, l'heure fatale qui approche.

 

Le toit embrasé éclate et s'abîme sur eux.

 

Heureusement, un pan de mur détourne l'avalanche de feu. La trouée qui vient de se faire leur donne un peu d'air frais ; il n'était que temps , la fumée commençait à les asphyxier.

 

Le ciel, en même temps, fait ruisseler une pluie d'orage qui apaise la flamme autour d'eux.

 

Bientôt ils ont découvert l'échelle abandonnée le long du mur de façade. Ils descendent. Lévêque veille et ne sort du manoir que le dernier. Ils s'en vont emportant, sur leurs fusils disposés en litière, un de leurs compagnons que la fièvre avait empêché de combattre.

 

Et, au moment où Georges les croit ensevelis sous des monceaux de cendres, ils sont en lieu sûr.

 

Le lendemain, on fit des perquisitions dans le château abandonné. Sur un mur, on put lire une inscription tracée au charbon : « Mort au traître de Z*** » en toutes lettres.

 

On découvrit des cachemires, des couverts d'argent, des espingoles, une soutane; mais on ne mit la main sur aucun partisan de la duchesse.

 

La victoire coûta à l'armée philippiste dix blessés et quatre morts. Il y a loin de ce chiffre restreint au chiffre fantaisiste de Crétineau-Joly.

 

Le nôtre est celui que le commandant Georges donne dans le rapport qu'il expédia au général Dermoncourt, à la date du 15 juin.

 

A cette date, c'est-à-dire huit jours après, la Pénissière brûlait encore.

 

Tel est ce combat fameux dans les fastes du parti légitimiste. On ne sait ce qu'on doit admirer le plus, ou de l'acharnement de la défense, ou du courage déployé dans l'attaque, ou de la simplicité épique d'un certain M. F. L. P., qui, en 1834, faisait paraître, chez Dentu, un poëme intitulé :

 

Les Quarante de la Pénissière (1), dont nous voulons vous citer un fragment.

« A l'endroit que nous choisissons pour faire la coupure. le siège de la Pénissière, ce passage des Thermopyles, dure depuis quelque temps, mais sans trop de péripéties, quand l'on voit accourir deux guerriers inconnus « les fils du roi des Baurélix, le grand Leippioulphis. »

 

Dans leurs mains de géants, brillent des glaives nus,

 

L'un porte un étendard d'une forme bizarre -Où sont écrit ces mots : « Milice du Tartare. »

 

Ce hideux étendard, étrange assortiment

 

Et d'azur et de blanc et de rouge éclatant...

 

C'est assez, et c'est trop!... Saluez, Messieurs, le drapeau tricolore vilipendé par un âne bâté de rhétorique, qui nous fournit le triste exemple de la manière dont l'esprit de parti sait défigurer les plus nobles choses.

 

 

 

 Le bilan humain

Les chiffres varient légèrement selon les rapports de l'époque et les bilans officiels compilés par les historiens :

 

 

  • Chez les Vendéens (légitimistes) : Environ 7 à 8 morts et une dizaine de blessés.

 

  • Chez les Orléanistes (gouvernement) : Le rapport officiel fait état de 5 morts et une dizaine de blessés, mais les estimations légitimistes de l'époque avancèrent des pertes bien plus lourdes (jusqu'à plus de 150 hommes hors de combat), un écart typique de la guerre médiatique qui suivit l'événement.

                                                 

 

 

Un combat devenu légendaire

Bien que l'insurrection de la duchesse de Berry ait été un échec politique et militaire rapide, le fait d'armes de la Pénissière acquiert immédiatement un retentissement considérable.

 

 

Il est rapidement célébré par les mémorialistes royalistes comme une page d'héroïsme pur, devenant le symbole romantique de la fin de la Vendée militaire..

 

 

 

  (Théodore Muret)

"Quarante-deux royalistes du corps d'Auguste de la Rochejaquelein venaient le 5 juin chercher un abri contre l'orage dans cette masure à un seul étage, percée de quinze ouvertures de forme irrégulière et entourée par une prairie entrecoupée de haies vives, et que l'abondance des pluies avait transformée en lac. 


Parmi eux en comptait cinq officiers de la garde royale ou de la ligne, des paysans, des jeune gens de toute condition, des séminaristes et quelques vieillards.

Leurs noms ne doivent pas, ne peuvent pas être oubliées dans l'histoire de la Vendée militaire.

Les quatre frères Eugène, Emmanuel, Victor et Egisthe de Girardin, Lévêque, Auclerc, Jamin, les trois frères Fouré, Aubry, Leclerc, Raffegeau, Motreuil, Joulin, père et fils, Mony, Augé, Juret, les deux Aubert, Bondu, Guinefolle, Thomasy, de Chevreuse, Bouleau, Jary, Touche, Monnier, Blandin, Ripoche, Gazeau, Martin, les deux François, et Guichard, composaient cette héroïque phalange. - Deniau (Guerre de la Vendée), ajoute les trois noms suivants : Beauchamp, Lecomte et Rousselot et dit que onze d'entre eux étaient des anciens élèves de Beaupreau.
 

Le nom des six derniers combattants s'est perdu même dans la mémoire de leurs compagnons de la Pénissière.

 La gloire passe si vite ! C'étaient des gens du pays, des laboureurs que le hasard avait le matin même conduits à ce manoir, et qui ne faisaient encore partie d'aucun corps d'armée."       

 

Le château médiéval de Clisson avait été incendié pendant la Révolution (1794) et était en ruines au début du XIXᵉ siècle. Il était totalement inhabitable pour y loger des troupes ou installer un état-major.

 

Les soldats du bataillon du 29ᵉ régiment d'infanterie de ligne, sous le commandement du commandant Georges, étaient billetés chez l'habitant ou répartis dans divers bâtiments de la ville de Clisson (anciennes couvents désaffectés, haltes militaires, logements chez les citoyens patriotes).

 

Le commandant Georges logeait en ville, au cœur du bourg de Clisson, là où se trouvaient les postes de commandement et le centre administratif de la garnison.

 

 

 

Rapport de Georges, commandant du 29e de ligne à Clisson.

Vers 11h le 6 juin il fait investir le manoir par deux compagnies d'élite + une du centre, puis il amène lui-même des renforts dans l'après-midi :

"c'est le commandant Georges, du 29e de ligne, qui leur amène des troupes fraîches."

 

Le 6, dans la matinée, M, Pinson, adjudant-major, ayant appris que des rebelles se réunissaient à la Pénissière de la Cour, espèce de château dépendant de la commune de la Bernardière (Vendée), situé à une lieue et demie de Clisson, et qu'ils avaient l'intention de désarmer la garde nationale du Cugan et de la Bruffière, fit partir un détachement de quarante-cinq hommes et deux gendarmes pour se porter vers l'endroit indiqué;

 

Ce détachement n'étant pas assez fort pour cerner cette habitation à laquelle tient un jardin très-vaste, un gendarme fut dépêché pour demander du renfort : de suite on envoya d'autres détachements formant ensemble quatre-vingt-dix hommes , et sans l'arrivée de M. Lesueur Lenit qui avait avec lui quarante hommes, le premier détachement aurait dû se retirer; car il arrivait de toutes parts des paysans armés qui ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils ont vu qu'il n'était plus temps pour agir.

 

C'est à mon arrivée à Clisson, vers trois heures et demie de l'après-midi, que j'appris ce qui se passait;

 

Je né pris que le temps nécessaire pour déposer les sacs, et je me dirigeai au pas de course sur la Pénissière de la Cour, où une fusillade assez suivie était engagée ;

 

On était déjà dans la cour et le jardin, et le feu avait été mis à une partie de la maison de laquelle on s'était approché par le moyen de plusieurs brèches qu'on avait dû établir pour moins exposer les hommes.

 

Une partie des chouans, qui avaient-cherché à se sauver pour échapper à la flamme, ont été tués dans le jardin et dans la prairie voisine: quelques-uns sont parvenus à se sauver.

 

 D'après le recensement fait le lendemain des tués et brûlés, une vingtaine ont été bien reconnus, et, à leur physique et à leur mise, ils paraissaient être en partie des personnes de marque ; on croit qu'il y avait un curé, car on a trouvé une soutane dans la maison.

 

On n'est pas encore fixé sur le nombre qu'il pouvait y avoir dans cette maison; on croit cependant qu'ils étaient environ cinquante : on croit toujours qu'il y en a qui sont enterrés sous les décombres, ce qui n'a pu être vérifié; car le feu brûle encore.

 

A mon arrivée à ce château, je fis battre la charge, et les soldats, à l'envi l'un de l'autre, se précipitèrent dans l'intérieur de la maison ; ce fut en ce moment que trois hommes furent tués par des chouans qui s'étaient réfugiés dans un endroit obscur.

 

Alors les soldats exaspérés, voyant l'impossibilité de se rendre maîtres de ces misérables, sans courir les plus grands dangers , ne purent être contenus, et en un instant toute la maison était en feu.

 

Ces brigands étaient tellement décidés, que pendant l'action ils ne cessèrent de crier :

 

A mort ! Vive Henri V !

 

et ils sonnaient des airs pour appeler sans doute à leur secours.

 

Tous les militaires qui se trouvaient là ont tenu une conduite digne des plus grands éloges. On pourrait leur reprocher trop d'ardeur; c'est ce qui a été cause que tant d'hommes ont été mis hors de combat.

 

Il y a eu dans cette affaire quatre tués et dix blessés, tous de mon bataillon.

 

Je dois cependant ne pas vous laisser ignorer que la gendarmerie à montré le zèle et le courage désirables dans cette affaire.

 

La garde nationale de Clisson s'est également distinguée ce jour-là.

 

Le 8, un détachement de soixante hommes, dont vingt gardes nationaux , partit d'Aigrefeuille, sous le commandement de M. Roch, capitaine de la garde nationale, comme localiste, secondé par M. Croisilles, sous-lieutenant du régiment, se dirigeant sur le village de la Hautière, où l'on était informé que s'étaient réfugiés quelques chefs de chouans, avec l'intention de former une nouvelle bande. Plusieurs individus ayant pris la fuite à l'approche de la troupe , on leur fit quelques décharges sans pouvoir en atteindre.

 

Le village ayant été cerné, un chouan fut aperçu par des grenadiers, qui coururent dessus pour l'arrêter.

 

Fort heureusement, le coup qu'il tira ne blessa personne , et en un instant il fut percé de coups de baïonnettes. On présume que c'est un nommé Bascher. ……

 

 

En rendant compte de cette prise au lieutenant-général Solignac en même temps qu'à vous, j'ai reçu l'ordre de les envoyer à Nantes, où on m'a dit qu'ils avaient été placés avec ceux de la gendarmerie.

 

Je vous adresse la situation de mon bataillon et le rapport du 11 au 15 courant.

 

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Mon général,

Votre très-humble et très-obéissant subordonné,

Le chef de bataillon du 29e, GEORGE.

 

 

Son rapport, avec celui de Bureau de la Robinière, capitaine de la garde nationale de Clisson, est l'une des deux sources officielles du côté orléaniste sur ce combat de 8 heures, face au Rapport de l'Affaire de la Pénissière de Girardin côté royaliste

 

Du logis de la Pénissière incendié lors des combats de 1832, il ne reste aujourd'hui que des ruines, les fermes et le porche d'entrée, qui subsistent comme les témoins silencieux de cette journée historique.

 

Le bruit se répandit que madame la duchesse de Berry avait été ensevelie sous les ruines du château de La Pénissière.

 

Plusieurs journaux de Paris l’annoncèrent, et ses amis déplorèrent un instant sa mort.

Marie-Caroline, on l’a vu arrivait au moment même où la lutte commençait ; mais, comme partout, les rassemblements, avertis par le petit nombre d’hommes qu’ils réunissaient, que toutes les chances étaient contre eux, se dispersaient par l’ordre de leurs chefs, après un premier engagement, Marie-Caroline ne put se rendre, comme elle le désirait sur le champ de bataille.

 

D.Z.

 

 

Échos du bocage vendéen : fragments d'histoire, de science, d'art et de littérature : publication illustrée paraissant tous les deux mois.

 

 

 

Le pont de la Vallée à Clisson que vous voyez sur la photo, était un pont en bois sur piles de pierre.

 

  • En 1741 les péages notent "ce pont a été ruiné cet hiver"
  • En 1769 un procès-verbal : "le pont qui est sur la rivière Sèvre est construit en bois, qu'il est en mauvais état"

 

En 1770 les États de Bretagne décident que seul le pont en pierre sur la Moine restera à leur charge, "et non celui en bois sur la rivière de Sèvre"

Les piles existaient déjà au XVIIIe, mais le tablier est resté en bois jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

La construction du pont dans son état actuel en maçonnerie :

"ne remonte donc pas avant la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle"

 

Autrement dit : il a été refait en pierre entre vers 1790 et 1810 — donc déjà en pierre en 1832 quand le commandant Georges en sort avec le 29e de ligne.

C'est l'autre pont de Clisson, le petit pont Saint-Antoine sur la Moine, qui était lui en pierre depuis le XVe siècle. Le grand viaduc lui, n'arrivera qu'en 1840-1841.

 

 

 

Clisson - Le Château pendant révolution française, lors des guerres de Vendée.<==

19 mai 1832- Saint-Philbert-de-Grand-Lieu,  M. Athanase Charles Marie de Charette, 2e baron de La Contrie accueil la duchesse de Berry.<==

Le 22 septembre 1823 à Saint Florent, Marie-Thérèse de France duchesse d’Angoulême et le sculpteur Pierre David d’Angers <==

Athanase Charles Marie de Charette sur les chemins creux des Batailles Patay - Loigny <==

En 1828, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, entame un voyage en Vendée <==

 

 

 

 

 

 

 

(1) Avec cette épigraphe

France, théâtre dit malheur,

France, trop lâchement trompée

Apprends que la vieille Vendée

Est le berceau de la valeur.

 

 

 

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PHystorique- Les Portes du Temps