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PHystorique- Les Portes du Temps
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24 octobre 2026

Septembre 1793 : La guerre de Vendée vue du rang - Le piège vendéen et L'illusion des généraux républicains.

 C’était de s’avancer ensemble et de pousser les Vendéens dans un coin, entre la Loire et la mer, et là, de ne plus lâcher, de livrer une bataille décisive, et de tout finir d’un coup.

 

Malheureusement Canclaux, qui tenait à sa routine, avait fait décider en conseil de guerre qu’il valait mieux entrer en Vendée de deux côtés à la fois : l’armée de la Rochelle par Saumur, et l’armée des côtes de Brest par Nantes.

 

Vous allez voir quelle terrible débâcle cela devait nous causer.

 

D’abord tout avait bien l’air de marcher, la colonne de Kléber, celle de Dubayet et de Beysser, à distance d’étape, descendaient de Nantes dans la basse Vendée, et chaque jour nous apprenions l’exécution des ordres de la Convention.

 

 A Pornic, Bourganeuf, Machecoul, Aigrefeuille, etc., partout des combats, partout les Vendéens en déroute, leurs villages brûlés, leurs bandes dispersées ou passées au fil de la baïonnette.

 

Comme ils avaient déclaré notre capitulation avec les Prussiens devait leur profiter, et que chacun de nous, ayant promis de ne pas servir pendant un an contre les coalisés, violait la capitulation et serait fusillé s’il tombait entre leurs mains, nous n’avions plus rien à ménager, et l’armée de Mayence traitait les gueux avec rigueur.

 

 Tout marchait donc bien de ce côté.

 

L’armée de Rossignol allait aussi partir.

 

Début juillet 1793 : Santerre est basé dans la région de Saumur, où il commande des troupes républicaines (composées notamment de bataillons de volontaires parisiens) après avoir participé à la défense et à la victoire de Saumur en juin.

 

La principale colonne, commandée par Santerre, s’apprêtait à marcher sur Cholet, le quartier général des brigands, afin de les prendre entre deux feux ; restait à savoir s’ils seraient assez bête pour attendre la réunion des deux armées, au lieu de les écraser l’une après l’autre, comme ils avaient toujours fait.

 

 

 Nous allions voir bientôt ; et l’on pense si cela nous intéressait.

 

 Je sortis en ce temps de l’hôpital, et je demandai tout de suite à rejoindre mon bataillon ; mais les Vendéens ayant l’habitude de massacrer tous les soldats qu’ils rencontraient isolés, l’adjudant général Flavigny, commandant la place d’Angers, me défendit de partir seul, et me mit en subsistance dans une compagnie de canonniers d’Eure-et-Loir, sur le point d’aller rejoindre la colonne de Santerre à Douai.

 

Nous passâmes ce jour même la Loire avec d’autres détachements, et nous entrâmes en Vendée par les buttes d’Erigné.

 

L’armée de Santerre bivaquait aux environ de Douai, sur la route de Saumur à Cholet ; elle pouvait compter dix-huit à vingt mille hommes, comprenant d’abord les bataillons de la formation d’Orléans, les héros à cinq cents livres de la formation de Paris, et la gendarmerie à cheval, qui ne jouissaient ni les uns ni les autres d’une grande réputation de bravoure ; ensuite les bataillons de la Sarthe et de la Dordogne, l’artillerie, les gendarmes à pied et le 9e de husssards, anciens hussards de la Liberté, dont la réputation, au contraire, était très bonne ; enfin de levées en masse de tous les départements voisins : ouvriers, employés, paysans, la plupart sans armes, un grand nombre en sabots, le bâton sur l’épaule et la miche de pain au bout du bâton.

 

Les approvisionnements devenaient toujours plus difficiles dans ces pays sauvages, remplis de landes, de broussailles et de fougères, parce que les gens se retiraient au loin avec leur bétail.

 

Notre détachement suivait le chemin de Brissac, les Alleuds et Ambillou ; il arriva le soir sur les hauteurs de Louresse, d’où nous vîmes toute la plaine couverte de feux qui pétillaient dans les landes, les files de chevaux au piquet, et la petite ville de Doué éclairée comme pour une fête.

 

Il faisait très beau temps ; nous rejoignime le lendemain, 17 septembre, l’armée en marche pour Cholet.

 

Mon Dieu ! qu’est ce que je peux vous dire ? Moi, simple soldat, rien qu’à voir l’ordre de marche, j’avais compris tout de suite que notre général était un brasseur, qui s’entendait beaucoup mieux à la qualité des bières qu’à la conduite d’une armée.

 

 J’en frémis d’avance, car j’avais déjà vu que si les Vendéens étaient des gueux, ils n'étaient pas des ânes, et qu’ils savaient se battre.

 

Figurez-vous que ce terrible Santerre, envoyé par la Convention pour tout bousculer et conquérir, faisait marcher son armée, non pas en colonnes, non pas par divisions ni même par pelotons, mais par le flanc, sans tirailleurs et sans éclaireurs, l’artillerie devant, les pièces, les fourgons et les caissons à la file, ensuite la cavalerie et puis l’infanterie en ruban, par trois, à perte de vue ; de sorte que pour nous défendre si nous étions attaqués, l’infanterie devait nous tirer dans le dos !

 

Et tout cela s’avançait lentement dans des chemins creux, étroits, couverts de haies, de hautes fougères, d’arbres fruitiers, de chênes rabougris et de châtaigniers touffus, où nous risquions à chaque pas d’être coupés, sans pouvoir nous déployer.

 

 En voyant cela, je me dis :

« Michel, tu ne reverras plus Marguerite. Tous ceux qui se trouvent ici, s’ils ont du bien, auraient dû faire leur testament.

 

 Et je m’en voulais à moi-même d’être entré dans les canonniers, puisqu’on nous faisait marcher en tête, sans fusils ni cartouches. Les autres, voituriers et paysans en réquisition pour la conduite des pièces et des caissons, des poudres et des boulets, n’étaient pas non plus trop à leur aise; je les voyais à côté de nous, toujours le nez en l’air et les yeux inquiets, qui frémissaient chaque fois que dans les haies quelque chose remuait.

 

Mais Santerre, lui, sur un grand cheval, tout débraillé, le chapeau de travers, son long nez en avant, galopait le long de la colonne ; on comprenait qu’il était fier d’un si bel ordre de marche: une colonne de trois lieues et demie, c’était magnifique ! et peut-être que depuis le commencement du monde, aucun général n’avait eu l’idée d’aller trouver l’ennemi avec un arrangement pareil de ses troupes.

 

Je sais bien que Santerre était un bon patriote, et qu’il s’était bien montré dans toutes les affaires de Paris, mais quel malheur de l’avoir pour général! Quand le peuple aime un homme, il le croit bon à tout, et, celui qui n’aurait fait que récurer des chaudrons toute sa vie, il le nommerait premier ministre ou général en chef d’emblée. C’est encore une misère de l’ignorance.

 

 Enfin nous avancions ainsi pour attaquer Cholet, et notre colonne s’allongeait toujours à mesure que les soldats et les chevaux se fatiguaient dans ces chemins difficiles.

 

Le temps continuait d’être beau ; rien ne nous troublait; cela durait depuis environ cinq heures, et nous avions déjà traversé plusieurs pauvres filages sans rencontrer personne, lorsque, en arrivant sur les hauteurs de Coron, tout à coup un grand cri s’étendit dans les fougères ; rien que de l’entendre, les cheveux nous en dressaient sur la tête ; en même temps un roulement de fusillade commença sur nous de tous les côtés à la fois, comme lorsque l’écluse d’une rivière est enlevée et que l’eau galope au fond des ravins.

 

Et dans le même instant les Vendéens tombèrent sur nous comme de véritables loups  ! Ils criaient : « Rendez-vous! » en sautant à la bride de nos chevaux.

 

C’est principalement aux canons qu’ils en voulaient. Je n’ai jamais vue de confusion et d’acharnement pareils.

 

L’infanterie, qui se trouvait à plus d’une demi-lieue, aurait dû courir à notre secours, mais la levée en masse marchait au centre, les bonnes trouas venaient plus loin.

 

La cavalerie ne pouvait pas manœuvrer dans ce pays de haies; les gendarmes à cheval filaient déjà, soi-disant pour ramener les fuyards ; et d’un bout de la route à l’autre, depuis Coron jusqu’à Vihiers, vous n’entendiez que les décharges se suivre, et le tumulte épouvantable de la déroute augmenter.

 

Un officier d’état-major vint nous crier de monter nos canons sur les collines à droite et à gauche ; malheureusement les Vendéens étaient mêlés avec nous; on s’assassinait à coup de crosse et de refouloir.

 

Un vieux que je verrai toute ma vie, sec, maigre, sans dents, mais avec une poigne de fer, me tenait à la gorge, et me criait en vendéen je ne sais pas quoi, deux autres arrivaient en haut du chemin, pieds nus, la culotte pendante, un mauvais chapeau sur la tignasse, et lâchaient leur coup dans le tas.

 

 Les chevaux blessés se dressaient, les chaînes sonnaient, les fourgons se heurtaient. Le vieux m’avait couché sur la pièce; je lui enfonçai mon sabre dans le ventre jusqu’à la garde, et d’un revers, en me relevant, je fendis la figure d’un gueux de charretier en train de couper les traits pour se sauver.

 

Alors je ne pensai plus qu’à faire mon devoir : j’empoignai solidement le cheval de devant par la bride, en le piquant dans les flancs, ce qui le rendit furieux ; la pièce se mit à sauter sur les tas de morts et de blessés. Je ne voyais plus clair.

 

Les camarades encore vivants poussaient derrière aux roues ; la pièce grimpait au talus.

 

Là- haut les Vendéens nous entourèrent une seconde fois, et la bataille recommença plus acharnée.

 

 Nous aurions été massacrés si les hussards de la Liberté, le brave 9e, n’étaient pas arrivés hacher ces bandits. Ils passèrent comme un coup de vent.

 

Trois camarades venaient encore de tomber ; il aurait fallu dételer pour charger la pièce ; nos munitions étaient en bas dans le chemin, les refouloirs, les écouvillons et les leviers étaient cassés. Et voyant cela, voyant la race sauvage revenir, je sautai sur le cheval et je partis au galop. Les coups de fusil, les cris, rien ne me faisait plus.

 

Les pièces en bas étaient perdues ; je ne pouvais que sauver la mienne. Un peu plus loin, deux bataillons de la Sarthe, de fameux soldats, en carré, soutenaient la retraite. Je courus de leur côté ventre à terre ; j’entendais déjà les volées de mitraille passer en rabotant la pierraille et soulevant la poussière. Les Vendéens avaient retourné nos pièces.

 

Quel malheur d’être balayé par ses propres munitions ! Le chef de brigade, en me voyant arriver avec ma pièce, couvert de sang depuis la poitrine jusqu’aux cuisses, sortit des rangs à plus de vingt pas. « Ton nom, canonnier ? » me dit-il en me donnant la main. Je lui répondis : « Michel Bastion, en subsistance à la compagnie d’Eure-et-Loir.- »

 

Et la pièce entra dans le carré. Par malheur, les munitions manquaient, on ne pouvait pas s’en servir. Aussitôt je mis pied à terre, bien étonné de me voir là sain et sauf, derrière des feux de file ; je ramassai un fusil, une giberne, et je m’avançai pour remplir une place vide.

 

 Avec quel bonheur je déchirai ma première cartouche ! Ah ! ceux qui n’ont pas senti la fureur de la guerre, quand on vient de voir massacrer des camarades, ne se feront jamais une idée du plaisir d’épauler, d’ajuster et de remettre la main à la giberne. Comme on rit et comme on cligne de l’œil !

 

Nous reculions tout de même, car la mitraille nous fauchait ; il fallait serrer les rangs.

 

Au premier village en arrière, nous trouvâmes une compagnie de gendarmes à pied et des fusiliers de la Dordogne embusqués dans les baraques, parmi les décombres ; le village commençait à brûler ; les bourres ont bientôt mis le feu dans un toit de chaume.

 

Nous défilâmes à gauche et nous reprimes position plus loin, au pied de petites buttes couvertes d’arbres, où montait le clocher d’un autre village.

 

Il fallut tenir là jusqu’à six heures du soir, pour laisser le temps aux levées en masse de se rallier en arrière.

 

Les Vendéens ne pouvaient pas amener les pièces dans ces broussailles pas plus, que nous, mais ils continuaient de nous attaquer avec une fureur incroyable.

 

A la nuit, tout à coup ils disparurent, nous ne savions pas pourquoi.

 

Durant plus d’une heure encore nous attendîmes l’arme au pied, tout surpris de ne plus les voir.

 

Alors, comme les petits villages sonnaient huit heures, les deux bataillons se mirent tout à fait en retraite, en gagnant la route à droite.

 

Elle était couverte de morts, de blessés, de chevaux abattus, de fourgons, de charrettes dételées et fracassées.

 

De loin en loin quelques bataillons stationnaient encore dans la plaine ; tout ce qui restait de bonnes troupes s’était porté sans ordre à la rencontre des fuyards ; les levées en masse avec leurs bâtons et leurs miches arrivaient de toutes les routes et sentiers ; il en sortait aussi des carrières, qui ne manquent pas dans ce pays ; et cette nuit-là, le lendemain et le surlendemain, notre cavalerie allait partout à leur recherche.

 

Nous autres nous rentrâmes à Doué.

 

 Le bataillon de la Sarthe, avec lequel j’avais combattu, fut caserné dans le château de Foulon (1), que les Parisiens avaient mis à la lanterne au commencement de la Révolution.

 

Une quinzaine de canonniers de la compagnie d’Eure -et-Loir revinrent ; on ramena beaucoup de blessés ;

 

Mais Dieu sait ce que les Vendéens en avaient fusillé ce 17 septembre, où nous perdîmes 18 canons, toutes nos munitions et des milliers de bons patriotes.

 

C’est la débâcle de Coron.

 

 

 

Je vous l’ai racontée comme je l’ai vue ; et, je le répète, il n’y a rien de pire au monde que les gens qui se croient capable de tout, et qui se mettent hardiment à la tête des plus difficiles affaires, que des hommes mille fois plus instruits et plus courageux n’oseraient pas entreprendre par modestie.

 

C'est toujours l'orgueil, la vanité, la bêtise, qui précipitent des milliers d’honnêtes gens dans le malheur.

 

Encore nous ne savions pas tout, car nous apprîmes deux jours après pourquoi les Vendéens, au lieu de nous poursuivre, avaient disparu le soir : c'était pour se réunir en masse et tomber sur une autre colonne, celle du général Duhoux, qui descendait d’Angers sur Cholet, comme la nôtre, afin d’entourer les brigands, d’après le plan de Canclaux.

 

Ils l’avaient surprise dans un endroit qu'on appelait le Pont-Barré, et tellement écrasée sous le nombre qu’il était resté quatre mille républicains sur la place ; que l’artillerie, les bagages et tout le matériel de la colonne étaient tombés entre leurs mains; et que cinq cents pères de famille d’Angers et des environs ayant été coupés au pont, ils avoient trouvé l’occasion d’accomplir leurs menaces en les fusillant tous jusqu’au dernier.

 

A la suite de cette mauvaise nouvelle, comme les Vendéens avaient toujours l’habitude, après leurs massacres, de se porter sur une grande ville de la Loire pour la piller et se fortifier, une partie de nos troupes retourna vite à Saumur, et j’étais du nombre.

 

Les brigands avaient détruit notre colonne le 17 à Coron et celle du général Duhoux le 19, à Beaulieu.

(Bataille de Coron 17 septembre 1793 et à la Bataille de Beaulieu-sur-Layon 19 septembre 1793)

 

Nous repartîmes le 20, bien indignés de nous voir battus par des paysans qui ne connaissaient aucune manœuvre, et qui nous tuaient trois fois plus de monde que nous ne pouvions leur en tuer.

 

Moi, je mettais tout sur le compte de nos généraux ; aussi quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant à Saumur, d’apprendre que la colonne de Mayence venait aussi d'être défaite et qu’elle battait en retraite sur Nantes !

 

Comme nous entrions en ville, on ne parlait que de cela. Outre la désolation des familles qui venaient de perdre leurs soutiens, l’inquiétude était terrible; car maintenant les gueux avaient le dessus ; on ne voyait plus comment les arrêter.

 

J’ai toujours eu de la peine à croire aux mauvaises nouvelles, et de penser que nos vieux généraux Kléber et Dubayet avaient été mis en mis en déroute par de la race pareille ; cela me paraissait impossible.

 

 

A Saumur nous trouvâmes tout dans la confusion ; on ne savait où se loger, les églises Saint-Jean, Notre-Dame-de-Nantilly et Saint-Pierre servaient d’hôpitaux pour les blessés.

 

On se dépêchait de mettre la ville en état de défense; les généraux et les représentants du peuple se rejetaient de l’un à l’autre la faute de notre défaite.

 

Phélippeaux accusait Rossignol de trahir la république ; Rossignol accusait Canclaux et Phélippeaux de s’entendre avec les Anglais.

 

L’indignation des soldats contre les héros à cinq cents livres n’est pas à dire ; on s’allongeait (des coups de sabre tous les jours par douzaines.

 

En même temps, nous apprenions que les mauvaises nouvelles venues d’ailleurs étaient vraies ; que la colonne de Kléber, après avoir bousculé tous les gueux et ravagé leurs nids le long de la Sèvre, était arrivée près de Cholet, espérant finir une bonne fois la guerre civile ; mais que les autres, s’étant réunis à plus de quarante mille, avaient entouré les Mayençais à Torfou, entre Clisson et Mortagne, où s’était livré le plus terrible combat de cette campagne ; que Kléber, blessé d’un coup de feu dès le commencement, avait commandé jusqu’à la fin avec calme ; que ses soldats le portaient sur leurs fusils en brancard, mais qu’un bataillon de la Nièvre, chargé de défendre l’artillerie, s’étant laissé tourner, toutes nos pièces étaient tombées au pouvoir de la race ; qu’il avait alors fallu battre en retraite, au milieu de cette quantité d’êtres sauvages ; et que la retraite s’était faite en bon ordre, malgré l’acharnement des royalistes, qui n’avaient pu, durant six heures, entamer un seul de nos bataillons.

 

Les Mayençais avaient fait halte à Clisson, et pris une bonne position derrière la Sèvre, où les Vendéens n’avaient plus osé les attaquer.

 

C’était donc une retraite honorable devant des forces bien supérieures, mais enfin c’était une retraite ; les Vendéens avaient gardé le champ de bataille; ils pouvaient dire :

 

« Nous sommes restés maîtres chez nous, malgré vous ! »

 

Et nous n’avions rien à leur répondre.

 

Voilà ce que nous apprîmes.

L’idée que Lisbeth, Marescot et le petit Cassius s’étaient trouvés dans cette bagarre ne m’embellissait pas la chose ; je connaissais trop bien maintenant ces bons chrétiens de la Vendée, pour ne pas savoir que, si la voiture de ma sœur s’était embourbée quelque part, toute la couvée avait été hachée sans miséricorde. Cette idée me pesait sur le cœur.

 

Je recevais toujours ma ration au bataillon de la Sarthe, comme les camarades; il en manquait plus d’un à l’appel, qui na réclamait pas plus la sienne, mais cela ne pouvait pas durer longtemps ; l’ordre s’étant un peu rétabli dans la place, je reçus enfin ma feuille de route, que j’avais réclamée vingt fois ; elle était pour Angers, où la compagnie de canonniers Paris- et-Vosges, était venue se reformer à la fin de septembre.

 

 Je ne comptais plus guère revoir Jean-Baptiste Sôme, Marc Divès et les autres amis de Landau, Worms, spire et Mayence.

 

C’est bien du soldat qu’on peut dire qu’il vit comme l’oiseau sur la branche : aujourd’hui, camarade, je te serre la main, nous mangeons, nous buvons, nous couchons ensemble ; nous sommes de bons et vieux amis ; et demain, s’il passe un coup de mitraille, je ne saurai plus même où repose ton corps ; s’il est dans une fosse avec dix ou quinze autres, ou si les renards l’ont mangé ! — Oui, c’est bien triste !

 

Enfin, une fois hors de Saumur, je me coupai un bâton dans la haie voisine, et je pris le chemin d’Angers.

 

Il faisait toujours beau temps, mais l’automne venait, les feuilles tombaient.

 

 De loin en loin, des gardes nationaux gardaient les ponts sur le fleuve ; les villages étaient inquiets, on ne se fiait plus aux levées en masse, et l’on avait raison ; il aurait au moins fallu leur donner des fusils au lieu de piques ;

 

Les Vendéens en avaient bien, eux.

 

 

 

La réquisition des édifices religieux est une réalité historique marquante de la Révolution française, particulièrement à Saumur en 1793 lors de la Guerre de Vendée.

 

Confrontées à un afflux massif de blessés (militaires républicains comme insurgés vendéens) et de prisonniers, les autorités n'avaient d'autre choix que de détourner ces grands espaces couverts de leur fonction sacrée.

 

La situation des trois églises saumuroises en 1793 :

 

L'église Notre-Dame de Nantilly : Plus ancienne église de Saumur, son immense nef romane et ses bas-côtés gothiques ont été vidés de leurs ornements pour y entasser des lits de camp, servant à la fois d'infirmerie militaire et de zone de détention provisoire.

 

L'église Saint-Pierre : Située au cœur de la ville close, cette église a également subi des réquisitions directes. En plus d'accueillir des blessés, elle a servi, tout comme Nantilly, de lieu de détention temporaire pour les rebelles vendéens capturés.

 

L'église Saint-Jean : Plus petite, elle fut intégrée au dispositif d'urgence pour désengorger l'Hôtel-Dieu de la ville, totalement submergé par la crise sanitaire.

 

 

 

Carte Guerre de Vendée et Lieux de Mémoire (Maps et Dates) <==

 

 

 

(1). Construction : Érigé entre 1771 et 1774 (parfois daté jusqu'en 1778) sur les plans de l'architecte Jacques Denis Antoine pour le baron Joseph François Foullon.

 

Vers 1765, M. Foulon avait acheté la baronnie de Doué, pour l’ajouter au domaine de ses pères et s’y préparer une retraite où il comptait venir finir ses jours.

Mais le château de cette petite ville étant dans une position qui ne permettait aucun agrandissement ni aux bâtiments, ni aux jardins, il résolut d’en faire bâtir un autre a un quart de lieue de la ville, près du bourg de Soulanger.

M. Antoine, architecte célèbre, auquel Paris doit l’un de ses plus beaux monuments, l’hôtel de la Monnaie, donna les plans du nouveau château, qui fut commencé en 1774; et M. Cailleau, de Saumur, fut chargé de la direction des travaux.

Un beau corps de bâtiment, composé de deux étages, élevé sur un soubassement bien voûté, dans lequel étaient pratiquées les cuisines et les offices ; de vastes bâtiments pour les communs, les écuries et les remises; de grandes cours, des jardins, des avenues fort larges et qui s’étendaient a perte de vue; tout concourait à faire de ce château une charmante habitation, à laquelle il ne manquait que de l’eau pour réunir tous les agréments d’une splendide maison de plaisance.

 Cette entreprise coûta des sommes considérables, parce qu’il fallut, pour arrondir cette terre et pouvoir planter des avenues dans plusieurs directions, acheter ou échanger un grand nombre de domaines dont on lit chèrement payer la convenance.

L’envie, la jalousie, qui poursuivent toujours avec acharnement ceux qui s’élèvent dans leur propre pays, n’épargnèrent point M. Foulon. On lui reprocha le luxe de ses bâtiments, de ses équipages, sa hauteur  envers ceux qui étaient nés ses égaux, et surtout la rigueur avec laquelle on exécutait, dans ses domaines, les ordonnances relatives à la chasse.

Ses ennemis ouvraient les yeux sur ses torts et les fermaient sur le bien qu’il répandait. Mais peut-être qu’un jour la reconnaissance publique lui tiendra compte de ce qu’il a fait pour les habitants de Doué.

On l’a vu, pendant le rigoureux hiver de 1789, dépenser plus de soixante mille francs à faire bêcher ses bois, enlever des pierres de ses champs, et cela sans aure but que de soulager tous les malheureux du canton, qu’il ne voulait pas humilier par des aumônes.

 On sait que c’est à ses soins que ces mêmes habitants doivent leur plus utile comme leur plus beau monument, la Fontaine.

 Peut- être aussi que leurs neveux, plus justes appréciateurs de ce bienfait, en consacreront à jamais le souvenir, en la nommant Fontaine-Foulon.

Doué, comme nous l’avons dit ailleurs, n’a ni ruisseau, ni rivière; une petite fontaine boueuse, dont les murs tombaient depuis longtemps en ruines, était la seule ressource des habitants, pour leur usage personnel, laver, et abreuver le bétail.

 En 1766, M. Foullon présenta au Conseil un projet pour la reconstruction de cette fontaine sur un nouveau plan, et il obtint bientôt un arrêt qui en ordonnait l’exécution.

Deux grands bassins, creusés dans la roche coquillière, revêtus en pierre de taille, séparés par une chaussée sur laquelle passe la grande route de Saumur à Cholet, compose ce monument.

Dans l’un des bassins est un beau lavoir et une pompe qui fournit de l’eau en abondance, on y descend par deux escaliers; dans l’autre est un abreuvoir auquel on arrive par deux rampes en pente douce.

 Cet ouvrage, qui serait digne des Romains, a été exécuté, tant aux frais du trésor royal qu’aux frais de M. Foulon, sur les plans de M. Lecreulx, ingénieur des ponts et chaussées à la résidence de Saumur, sous la direction de M. de Voglie, ingénieur en chef de la généralité de Tours.

 L’ancienne fontaine était ornée d’une inscription latine, que personne n’a pris le soin de conserver.

Sur la nouvelle ou pourrait graver celle-ci :

Cette Fontaine, Anciennement construite par les Romains, Et nommée THEOTVADUM, Etant tombée en ruines, Fut rebâtie sous le règne de Louis XV, Par les soins de Joseph-François Foulon, Conseiller d'Etat, intendant des finances. M. DCC. LXVI.

 

« Nommée THEOTVADUM » : C'est le nom historique latinisé ou mérovingien de la localité. On trouve également les formes Theodwaldum ou Theotvadum dans les textes anciens, que certains ont traduits par « gué de Dieu » indiquerait aussi une fontaine sacrée.

 

Doué, petite ville, chef-lieu de canton, arr. de Saumur (17 kil.); — à 40 kil. d’Angers. — Castrum Doe in confinio Pictavensi , in diocesi Andegavensi 631 ? {Dipl. chart., t II, p. 9). — Doe 1060 (Liv. B, f. 3), 1150 circa, f. 49, 1182 (G Ghap. de Doué, t. I, f. 8), 1207 (G 452, f. 7).

— Thedoadus 814 (D. Bouq., t. VI, p. 174). — Thedwat 814 (1b., p. 27). — Teutvadus 814 (Ib., p. 99). — Theotwadum palatium 814 (Ib., p. 81).). — Locus cujus est vocabulum Theotvadus 814 et 835 (1b., p. 90 et 673). — Theotvadum palatium 835 (Tardif, Dipl., n° 128)

— Doadus 847 (G 826).— In pago Pictavo villa Doadus 980 (Liv. N., ch. 15). — Castrum Doadus 1035-1055 (1b., p. 53), 1055-1070 (Ib., p. 49), 1090 (Cart. St-Maur, ch. 31).— Deadenses ecclesiæ 1063 (G Chapitre, t. I., f. 7).— Canonici de Doado 1082 (Dénezé, ch. or.). — Castrum Doadi 1147 (Chron. d’A., t. II, p. 190). — Doedus 1055-1070 (Liv. N., ch. 63). — Doetus 1080-1090 (Cart. St-Aubin, f. 75), 1120 (Cartul. Ghemillé, ch. 7), 1138 (Liv. d’A., f. 33). — Territorium Doeti 1160-1174 (Liv. Bl., f. 47). — Vetus Doadum 1105 (Cart. St-Maur, ch. 25). — Doatum Castrum 1109, 1123 (Chron. d’A., t. II, p. 31, 32), 1125-1130 (Pr. des Lochereaux, t. I, f. 3). — Doadium 1125-1129 (Cart. Saint- Maur, ch. 66), 1220 (Fontev., ch. anc. 37), 1243 (G 337, f. 279). — Duatum castrum 1147 (Chron. d’A., t. II, p. 36). — Doeium 1160 (Pr. desLocher.. t. I, f. 41), 1177 (G 452, f. 1). — Via Doensis 1216 (G St-Aubin, Off. cl., t. II, f. 4). — Via publica de Doadio apud Salmurium 1270 (G 452, f. 16). — Douetum 1392 (G Chap. de Doué. t. I, f. 10). — Doué- la-Fontaine 1874 (Postes).

— Sur un plateau élevé et tout entier en tuf de gravier et de débris de coquilles agglutinés, entre Douces au S. et à l’E., qu’en sépare à peine la largeur de la route des Sables, les Verchers (4 kil.) au S., Forges (4 kil.) au N.-E., Dénezé (6 kil.) et Louresse (6 kil.) au N. et N.-0., Soulanger (2 kil.) et Concourson (6 kil.) à l’O.

 Les routes nationale des Sables à Saumur et départementale des Ponts-de-Cé à Loudun s’entrecroisent dans la ville et l’encadrent en y ralliant les chemins de grande communication de Gennes, de Martigné-Briant et de Chemillé. Nul autre ruisseau que celui du Douet ou de la Fontaine-de-Doué, qui y naît sous l’ancien château, à l’entrée de la ville, vers N.-O.

 

Les travaux de la fontaine et ceux du château de Soulanger étaient achevés depuis quelques années;

Le faste du domaine : De plan rectangulaire, le château s'élevait au cœur d'un immense parc de 30 hectares.

Une grande allée centrale reliait la bâtisse au château voisin du Pont de Varannes. Le complexe comprenait de vastes communs et de magnifiques écuries symétriques

 

M. Foulon touchait à la fin de sa carrière, et ne s’occupait plus que du désir de venir vivre tranquille dans les lieux qu’il avait embellis, lorsque les troubles de 1789 annoncèrent le commencement de la Révolution.

 M. Necker ayant été éloigné du ministère des finances, Louis XVI fit donner à M. Foulon l’ordre de se rendre à Versailles, et voulut lui confier la place de contrôleur-général; mais son grand âge (il était dans sa soixante-quinzième année) lui fit un devoir de refuser cette marque de confiance.

Détesté par le peuple qui lui prêtait à tort la phrase « Si le peuple n'a pas de pain, qu'il mange du foin », Foullon est nommé éphémère successeur de Necker après le 14 juillet.

Capturé quelques jours plus tard, il est l'un des tout premiers notables lynchés et décapités à Paris le 22 juillet 1789.

 

 

Par suite des événements de la Révolution, dont M. Foulon fut l’une des premières et des plus malheureuses victimes, la terre de Doué a été vendue, et le château de Soulanger démoli jusqu’au rez-de-chaussée.

 Le soubassement, dont les belles voûtes sont dignes, par la précision de leur appareil, de fixer l’attention des connaisseurs, forme actuellement l’habitation d’un meunier; et au-dessus, dans l’endroit même où était 1e grand salon de compagnie, on a bâti un moulin à vent, comme si on avait voulu figurer, par ce singulier contraste, un emblème de l'instabilité des choses humaines, et fournir au voyageur qui passe au pied de ces ruines le sujet d’une profonde méditation.

 

Recherches historiques sur l'Anjou. Tome 2 Jean-François Bodin

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