19 mai 1832- Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, M. Athanase Charles Marie de Charette, 2e baron de La Contrie accueil la duchesse de Berry.
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Dès 1831, M. Athanase Charles Marie de Charette, 2e baron de La Contrie, neveu de l'héroïque général en chef de l'armée du Bas-Poitou, était venu en Vendée pour y organiser la guerre.
L'arrivée secrète : Débarquée clandestinement en Provence en avril, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (la duchesse de Berry) traverse la France pour rallumer la guerre de Vendée.
Son but est de renverser Louis-Philippe Ier afin de placer son fils, le « comte de Chambord », sur le trône.
Lors de sa tentative de soulèvement légitimiste en Vendée en 1832 pour placer son fils sur le trône de France, la duchesse de Berry (Marie-Caroline de Bourbon-Siciles) a traversé et fait étape dans la commune de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. 19 mai 1832
Son fils Henri, le jeune duc de Bordeaux (futur comte de Chambord), était alors âgé de 11 ans. Il était resté en exil à Edimbourg, en Écosse, sous la garde de son grand-père, l'ancien roi déchu Charles X.
Le déguisement en « Petit-Pierre »
Pour traverser le Pays de Retz et rejoindre ses partisans à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, la duchesse de Berry adopte le célèbre travestissement d'un jeune paysan vendéen.
Ce stratagème lui permet d'échapper à la surveillance des troupes de Louis-Philippe et d'incarner une figure proche du peuple insurgé.
Les vêtements : Elle troque ses tenues aristocratiques pour un pantalon de grosse toile (coutil) et une veste de laine usée. Ses longs cheveux blonds sont coupés courts et dissimulés sous un chapeau de paysan à larges bords.
Les ruses physiques : De stature très petite et fine, le déguisement d’adolescent lui va à ravir. Toutefois, ses pieds aristocratiques et délicats blessés par les longues marches dans les chemins creux l'obligent parfois à marcher pieds nus ou à enduire ses pieds de boue pour ne pas éveiller les soupçons.
L'identité de couverture : Elle voyage sous le pseudonyme masculin de « Petit-Pierre », nom de code officiel qui servira également à signer ses ordres militaires secrets.
Les consignes militaires dictées à Saint-Philbert
Arrivée saine et sauve à la Preuille (commune de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu), la duchesse profite de la sécurité relative que lui offre le baron de Charette pour fixer le déclenchement des hostilités.
Le 19 mai 1832, elle dicte et signe ses consignes stratégiques définitives :
La date du soulèvement : Estimant la mobilisation à son comble, elle signe l'ordre officiel de prise d'armes générale pour la nuit du 3 au 4 juin 1832.
Le manifeste politique : Elle fait rédiger des proclamations officielles destinées aux troupes et aux habitants de l'Ouest, stipulant qu'elle vient « en Vendée au milieu de ses braves » pour réclamer le trône au nom de son fils, Henri V.
Les instructions tactiques : Ses ordres intiment aux différents chefs de division du Pays de Retz, de la Vendée et de la Bretagne de rassembler immédiatement leurs compagnies clandestines, de préparer les armes cachées et d'organiser le harcèlement logistique des garnisons de la monarchie de Juillet
Cependant, ce calendrier sera bousculé : des contre-ordres émanant de certains chefs royalistes parisiens (qui trouvaient l'insurrection trop risquée) sèmeront la confusion parmi les troupes vendéennes les jours suivants, condamnant l'opération à l'échec.
M. de Charette l'accompagna pour la mettre à l'abri au domaine de Monthert
Montbert aujourd'hui, 44 — elle n'y reste que quelques heures, dans la nuit du 19 au 20 mai 1832.
C'est précisément au cours de ce déplacement vers Monthert que la duchesse de Berry faillit se noyer en traversant la rivière de la Maine (ou de la Moyne).
Le baron de Charette plongea et lui sauva la vie in extremis.
20 mai au matin : arrivée à l'abri à Montbert, chez des fermiers sûrs du baron
Elle y est cachée, séchée, changée — toujours en costume de paysan "Petit-Pierre" — le temps de faire passer l'alerte.
Et elle repart dès le 20 mai dans la journée vers le nord-est, direction :
20-21 mai : Château de la Preuille (Saint-Hilaire-de-Loulay) chez le comte de Nacquart.
Voici en quels termes le baron de Charette, dans son Journal militaire d'un chef de l'Ouest, parle de la première entrevue de la duchesse de Berry et du loyal gentilhomme :
« Madame passa plusieurs parties marécageuses du pays avec l'aide du bras de M. de La Robrie fils, ou portée par le noble Vendéen.
Vers le milieu du jour, M. de La Robrie père se rendit auprès de S. A. R. — Madame fit au vétéran de la Vendée l'accueil le plus flatteur:
Vos services, lui dit-elle, ont été trop long-temps méconnus; il appartenait à Marie-Caroline de venir les récompenser.
De ce jour, monsieur, vous êtes maréchal-de-camp au service de mon fils. »
Puis elle ajouta avec une grâce parfaite :
« Vous avez un fils de l'âge de mon Henri : je « veux qu'il soit mon page. »
A la suite de cette entrevue, il fut convenu que Madame se porterait au centre des opérations de l'armée du baron de Charette, non loin du lieu où le rassemblement devait s'effectuer.
La princesse fut donc conduite par M. de La Robrie fils chez M. Goëzel, son oncle, à la maison du Magasin, où elle parvint après avoir heureusement traversé les cantonnements de Saint-Philbert, de la Limouzinière , de Saint-Colombin et les deux brigades de gendarmerie de Pont-James.
Le peu d'heures que Son Altesse royale passa au Magasin, dit M. le baron de Charette dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, fut pour elle une véritable bonne fortune ; elle fut entourée de ces soins délicats que les femmes seules savent prodiguer.
Mme Goëzel montrait par ses paroles, par ses actions, combien elle était heureuse de posséder la mère de Henri de France; son mari et son fils partageaient son émotion et son bonheur. »
Madame ne pouvant demeurer long-temps dans le même asile, de peur de donner l'éveil et de se voir bientôt en butte aux actives recherches de l'autorité militaire, quitta le Magasin, après un séjour de vingt-quatre heures; plus tard, elle y revint demander l'hospitalité dans les circonstances suivantes :
La princesse avait eu une conférence avec M, de Choulot, à la suite de laquelle elle se mit en chemin pour la Mouchetière, demeure d'Hyacinthe de La Robrie, où elle était d'autant plus impatiemment attendue que le jour était levé et que l'on devait naturellement redouter quelque surprise.
Madame, voyant les chemins en mauvais état, se résolut à ne pas continuer sa route et elle alla frapper à la porte de M. Goëzel, qui la lui ouvrit avec un respectueux empressement.
Elle était à peine entrée au Magasin, que Mlles Luce et Pauline de La Robrie y arrivèrent, montées sur le même cheval ; elles avaient été envoyées à la découverte par leur frère, dont les inquiétudes devenaient à chaque instant plus sérieuses, et qui attendait anxieusement la princesse au lieu où elle devait le joindre.
Marie-Caroline changea de costume avec l'une des jeunes filles, dont elle prit la place en groupe, et part pour la Mouchetière, où elle fut, la nuit suivante, rejointe par MM. de Charette et de Mesnard.
2 - 3 juin La Mouchetière
Le 3 juin 1832, le cri de guerre fut poussé, et Hyacinthe de La Robrie avant tous y répondit.
En effet, ce jour-là même, se portant sur Font-James , il surprit deux brigades de gendarmerie qu'il désarma, et avec les chevaux desquelles il put monter quelques-uns de ses soldats.
Par suite de circonstances qu’il ne nous est pas permis d'apprécier ici, le mouvement, qui devait d'abord être général, ne fut que partiel, et, avec sa haute expérience des guerres de--partisans, Hyacinthe de La Robrie jugea que la lutte, inégalement engagée, ne pouvait avoir que des résultats funestes.
Il demeura néanmoins sous les armes, lui vieillard de soixante-un ans, père de neuf enfants, tandis que d'autres, plus jeunes, moins chargés des soucis de la famille, restaient rebelles à la voix de la régente.
Cependant les troupes royalistes se divisèrent en deux colonnes, ayant à leur tête, l'une le baron de Charette, l'autre Hyacinthe de La Robrie, « qui, dit l'auteur du Journal d’un Chef militaire de l'Ouest, devait spécialement veiller à la sûreté de Son Altesse Royale, dont lui et son fils connaissaient seuls la retraite. »
Le 5, on campait sur les landes de Saint-Philbert-de-Bouaine, lorsqu'une affreuse nouvelle vint frapper au cœur le vieux soldat vendéen, qui, saisissant et pressant vivement la main du général, lui cria :
« Vengeance !. Les lâches!. ils ont assassiné ma fille! »
Sa maison de la Mouchetière ayant été signalée comme l'asile habituel de la duchesse de Berry, une troupe nombreuse de militaires l'entoura et l'envahit. Tout était paisible dans cette demeure, où il ne se trouvait que des femmes, quelques métayers et des domestiques sans armes.
A son arrivée bruyante et impétueuse, Mlle Céline de La Robrie, jeune fille de seize ans à peine, voulut se soustraire à un danger qui lui semblait menaçant; elle s'élança hors de la maison et prit la fuite ;
mais bientôt elle se trouva face à face d'un soldat qui eut la lâche cruauté de faire feu sur elle à bout portant : la balle traversa le cou de la malheureuse enfant, dont les cheveux furent brûlés par la bourre de l'arme meurtrière.
Les fantassins passèrent sur son corps pour pénétrer dans la maison, et se crurent le droit d'insulter le cadavre ensanglanté, en le frappant de cent coups de baïonnettes.
La Mouchetière fut mise à sac, et dans la boucherie à laquelle les soldats se livrèrent , plusieurs métayers périrent.
L'un des jeunes fils d'Hyacinthe de La Robrie, âgé de moins de quatorze ans, échappa par miracle au meurtre, mais il fut triomphalement conduit à la prison de Nantes, que des arrestations successives devaient peupler bientôt d'un nombre considérable de royalistes.
Cette nouvelle, on le comprend, surexalta l'esprit d'Hyacinthe de La Robrie, qui, dès les commencements de la lutte, était si cruellement éprouvé dans son amour, dans son orgueil de père.
Il n'en fut que plus ardent et plus résolu. N'avait-il pas à venger l'assassinat de sa fille?
Le lendemain, les royalistes rencontrèrent, près le village du Chêne, un corps de troupes qu'ils attaquèrent bravement et refoulèrent avec vigueur.
Le Biographe universel : revue générale biographique et littéraire par une société d'hommes de lettres français et étrangers ; sous la direction de M. E. Pascallet
Athanase Charles Marie de Charette sur les chemins creux des Batailles Patay - Loigny <==
En 1828, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, entame un voyage en Vendée <==