L'ABBAYE DE L'ABSIE DANS LES DERNIÈRES ANNÉES DE LA GUERRE DE CENT ANS. (1390-1430).
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Cette période fut l'une des plus sombres de son histoire.
Les dommages causés lors de la guerre de Cent Ans furent tels que l'église fut totalement reconstruite dans la seconde moitié du 15e siècle par les abbés d'Appelvoisin.
On utilisa les anciens murs mais on les suréleva fortement, et la nef fut allongée d'une demi-travée à l'ouest.
Jean II l'Archevêque, seigneur de Parthenay, s'était rallié en 1416 au parti anglo-Bourguignon.
Les bandes picardes en garnison à Parthenay et les troupes qui occupaient Vouvent, Mervent et Secondigny saccageaient la Gâtine.
Les paysans exaspérés, armés de bâtons ferrés, se réunissaient pour opposer la force à la force (1).
« Pour le fait et occasion des guerres et mortalitez les revenus du monastère étaient tombés au quart de leur chiffre normal. L'abbaye avait été deux ou trois fois prise, pillée et robbée de gens d'armes ».
Ses bâtiments, notamment l'église, était en ruines (2).
En la circonstance les « gens d'armes » n'auraient pas dû être seuls incriminés.
A côté d'eux opéraient de simples bandits, avides surtout du bien d'autrui, qu'il fût armagnac ou bourguignon.
jardin des Abies
Dans les premiers mois de 1425 l'abbaye de l'Absie avait reçu la visite de pillards et l'abbé déclarait que le prieur de l'Angle-aux-Chanoines, Jean Larson, était certainement l'instigateur des vols (3).
Jean Rabateau, plus tard Procureur général au Parlement, se rendant pour le service du roi de Fontenay-le-Comte à Saint-Maixent, prétendait l'avoir reconnu, armé, parmi les bretons de la garnison des Essarts qui, l'année précédente, l'avaient battu et détroussé.
Le témoignage de Rabateau confirmait les soupçons de l'abbé de l'Absie.
Pour les soustraire au pillage, Jean Grimault avait jugé prudent de confier à des seigneurs des environs les objets les plus précieux du trésor du monastère.
Nicolas du Puy et Nicolas Cadet avaient reçu une portion de la crosse ou bâton pastoral. Ce dernier était en outre dépositaire d'un calice, d'une patène d'argent doré, ornée d'inscriptions en creux, et d'une custode d'argent.
Plus tard le calice, la patène et la custode passèrent aux mains de Jean Chauvereau, chevalier, seigneur de Pamplie (4).
Jean Grimault fut contraint de s'adresser au Parlement de Paris, siégeant alors à Poitiers, pour rentrer en possession de ces objets. La crosse fut sans doute restituée sans trop de difficultés.
Pour le calice, la patène et la custode on dut recourir aux grands moyens.
Jean Chauvereau, pour des motifs sur lesquels la procédure garde le silence, avait fait opposition à leur restitution. Il se décida enfin à les déposer au greffe de la Cour lorsque le Parlement, pour vaincre la résistance des détenteurs, eut ordonné l'incarcération de Nicolas Cadet et la mise sous séquestre de ses biens (5).
Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest
==> Time Travel - Les origines de la guerre de Cent ans et les débuts de l'artillerie à poudre
==> Guerre de Cent ans - Les misères de la guerre en Bas-Poitou (XIV -XVe siècles)
==> Le Guet, l’arrière-Guet et la Garde en Poitou pendant la Guerre de Cent-Ans
==> Notice sur un Canon extraordinaire trouvé à Vouvant (Time Travel - Guerre de cent Ans)
(1). LEDAIN, Gâtine Hist. et Monum., éd. 1876, p. 194 et suiv. L'inertie ou l'impuissance du pouvoir royal avait amené les populations à s'organiser pour la résistance contre les anglais. Des nobles de petit avoir et de grand cœur, aisément pillards et peu familiers avec les délicatesses de la morale... campaient sur la frontière du royaume de Bourges et opposaient leurs poitrines aux envahisseurs (LAVISSE, His de France, t. IV', p. 33).
Bourgeois et paysans formaient des bandes qui pratiquaient la guerre de partisans. Ils trouvaient partout des complices les paysannes leur apportaient des vivres les curés de campagne servaient d'intermédiaires, allaient aux nouvelles. Des religieux jetaient le froc pour courir sus à l'ennemi dom de Guiseville, moine bénédictin de Préaux (dioc. de Lisieux), s'échappa de son abbaye pour commander une compagnie et n'y retourna qu'une fois pour en ramener sept de ses frères et les incorporer à sa bande (Ibid., p. 43).
(2) LEDAIN, Cartulaires, pp. 228, LXXIII, Lettres de Charles VII au Sénéchal du Poitou des 3 juins 1439 et 3 novembre 1442.
(3) Archives Hist. du Poitou, t. XXXII, pp. 233, 234. Juillet 1451, Rémission octroyée à Pierre Queyrault, écuyer, pour complicité dans l'assassinat de Jean Larson.
Ce Jean Larson était originaire de Chantemerle. Après avoir fait de fortes études en Sorbonne et avoir obtenu vers la trentaine le titre envié de maitre en théologie, il était devenu secrétaire de deux cardinaux. Il rentra ensuite aux Augustins de Nieul-sur-l'Autize, qu'il avait quitté pour aller faire ses études à Paris.
En 1425, il était prieur de l'Angle-aux-Chanoines et, lorsqu'il fut assassiné, en 1435, prieur-curé de Soullans. (Sur Jean Larson ou Lorson et sa fin tragique, voir l'étude publiée par l'abbé A. MULLOT, dans la Revue du Bas-Poitou, année 1930, p. 24).
La famille Chauvereau était possessionnée à l'Aiglandière, au Bouchaut et à la Peleterie, par de Moncoutant (LEDAIN, Hist. de la Ville et Baronnie de Bressuire, fiefs relevant à hommage lige et plain de cette baronnie, pp. 211, 213, 231). Les familles du nom de du Puy sont trop nombreuses dans la région pour qu'il ait été possible de déterminer à laquelle appartenait le détenteur de la crosse. On ne trouve nulle part trace de Nicolas Cadet ni de sa famille.
(5). Arrêts des 6 mai, 29 novembre 1420, 29 juil et et 2 août 1421. Arch, Nat., X, 9195, f° 86, v, f° 134, V° f 137.