Jehan Rabateau appartient à la galerie des hommes célèbres que revendique à bon droit le Bas-Poitou.

Il est né à Fontenay-le-Comte vers l'année 1370 ou 1375. M. Beauchet- Filleau, pour lui assigner son lieu d'origine, hésite entre cette ville et la Caillère, près Volvire (Velluire).

Nous verrons qu'il tenait, en effet, du chef de ses ancêtres, une seigneurie de ce nom ; mais elle était située au bocage vendéen, non loin de Sigournais, dont elle dépendait, ainsi que le prouve un aveu de 1457. Rien n'indique, en tout cas, qu'il y reçut le jour.

Nous y rencontrons pour la première fois Jean Rabateau à la date du 11 mai 1395. En compagnie de Jean de Bethisy et de cinq autres procureurs au Parlement, il est désigné par Amaury de Liniers, seigneur de la Meilleraye, « pour soutenir ses causes, et particulièrement faire accord entre lui et Jean d'Argenton, seigneur de Hérisson, et le chapitre et trésorier de Saint-Jean de Menigoute, au sujet du droit de présentation et patronage, collation et institution de tous les bénéfices de ladite église. »

Il est déjà mentionné en 1399 comme procureur de l’évêque de Poitiers en parlement.

 Un peu plus tard, nous retrouvons notre personnage, le 30 août 1407, procureur attitré du duc de Berry, dernier survivant des frères de Charles V.

Au nom de ce prince, lieutenant du roi pour le pays de Languedoc et le duché de Guyenne, il figure dans une difficulté pendante avec l'évêque du Puy, et encore en litige le 24 mai 1409, ayant trait à « la main mise par le roy sur le temporel de l'évêque (2) ».

Le 7 décembre de la même année 1409, Rabateau représente en justice le cruel neveu du connétable Olivier de Clisson, Jean Harpedenne, qui traitait de la façon la plus violente la population de la châtellenie de Montaigu, parce qu'elle avait refusé le service du guet.

 A la suite des exactions de tous genres commises par le terrible chevalier breton et ses gens, une action criminelle, qui allait se prolonger plusieurs années, avait été portée devant le Parlement.

La Cour, avant de se prononcer sur le fond du débat, commença par déclarer « mettre en sa garde » les malheureux habitants, tant que devait durer le procès, et fit défense « à maistre J. Rabateau, - procureur de messire J. Harpedenne, chevalier, comme audit chevalier, qu'il ne leur mefface n'en corps ne en bien, à aulcun d'eux, à peinne de dix libvres, à appliquer moitié au Roy et moitié auxdits habitants (3) ».

Il faut croire que la fonction de procureur du duc de Berry n'était pas une sinécure, et que nombreux étaient les intérêts remis entre ses mains.

 

Il abandonne Paris en 1418 avec le dauphin, et retrouve ses fonctions de procurer et d’avocat en la cour de parlement réformé à Poitiers à la fin de cette année.

Au reste, un renseignement précieux éclaircit tout à fait la question, en même temps qu'il témoigne de la pieuse fidélité de Rabateau au souvenir de sa patrie : c'est un passage de la chronique paroissiale de Notre-Dame de Fontenay relatant que, le 8 mai 1425, il fonda lui-même « une messe chantée en commémoration de son baptême reçu à pareil jour dans cette église ».

Par une coïncidence, au moins digne de remarque, la date du 8 mai devait être celle de la délivrance d'Orléans et du plus éclatant triomphe de la Pucelle.

Sa famille, « bonne et ancienne, » au témoignage de Blanchard, parait avoir dès ce temps exercé à Fontenay différentes charges.

Faut-il compter parmi ses aïeux un Michel Rabateau « pannifex », qui, au siècle précédent, en 1267, figure au rôle de ceux qui doivent payer le jeudi après la Notre-Dame de mars? Il y a tout lieu de le supposer.

Le même est mentionné sur la liste des habitants qui, sous le règne de Philippe le Hardi, se sont cotisés pour aider à la reconstruction de « l'hôtel de Dieu » de Fontenay (4).

Rabateau occupait dans cette ville une maison de la Grand'Rue, suivant M. Fillon, qui ne précise pas davantage (5); en outre, il y possédait certainement un logis situé « non loin du fief des Deux-Seigneurs et du couvent des Frères Mineurs (couvent des Cordeliers, au Puits-Saint-Martin), comme il résulte d'un acte en date du 18 janvier 1460, ayant trait à la deuxième fondation des sœurs du Tiers-Ordre de Saint- François par Catherine Torroille, veuve de Méry-Bertin (6). »

Il hérita de certaines propriétés familiales par la cession que lui fit de tous ses biens Rabasteau, dit l'aîné, seigneur de la Tousche-sur-Vendée (paroisse de Volvire), lequel les tenait lui-même de Rabasteau, dit le jeune, seigneur de la Vergne (paroisse de Puy-de-Serre), époux de Catherine de Machecoult (7).

On doit mentionner encore, comme membre de sa famille, son neveu, Jean Rabasteau, sieur de la Rabastelière, qui fut lieutenant-général au siège de Fontenay, et eut de Marie Thébault une fille, Marie, qui épousa, en août 1545, Jacques Foucher, sieur de la Barrouère et de Puy-Greffier (8).

M. Beauchet-Filleau estime que le futur président au Parlement de Paris entra dans la magistrature sous les auspices de Pierre Boschet, son compatriote (9).

En 1427 il devient avocat du roi en parlement.

 Il est aussi en 1429, avocat du vicomte de Châtellerault en ladite cour, et conseiller de la ville de Poitiers aux gages de huit setiers de froment, qui sont remis le 25 février 1429.

Il faut bien penser que le parlement représente alors le principal élément du gouvernement du royaume de Charles VII, et que rien de ce qui se passe alors à Poitiers ne se fait en dehors de lui. Le choix de Jean Rabateau, homme d’expérience, poitevin et très lié au milieu poitevin, représentant du roi en la cour du parlement, parait dès lors tout à fait logique, même si Jeanne n’a, en son séjour poitevin, rien à voir avec la cour souveraine.

La sagesse reconnue de la femme de Rabateau est un autre argument pour le lieu du séjour de Jeanne. Enfin on ne doit pas perdre de vue que Jeanne a été conduite à Poitiers pour y être examinée sur la véracité de sa mission : or l’hôtel de la Rose est située à proximité immédiate du couvent des dominicains, où se trouvent d’éminents théologiens, dont l’inquisiteur même de la foi.

Si l’on essaie de se représenter la ville telle que l’a connue Jeanne, on peut assurer que c’était une ville très animée, et même surpeuplée, du fait de l’installation du parlement et de la cour des aides, et donc de son incessant mouvement de procureurs et de plaideurs, du fait aussi de la guerre et de la mauvaise situation économique qui ont poussés vers les villes les pauvres gens des campagnes.

Jean Rabateau, sieur de la Caillère, acheta en 1434 la seigneurie d’Auzance à Gilles de Rais ou était une tour, existant encore, que le roi lui permit de réparer et fortifier le 15 octobre 1434. ( Arch. Historiques du Poitou, VII, 364)

Le registre des délibérations du conseil de la ville de Poitiers, de 1440, mentionne un cadeau de deux pipes de vin pineau fait à Mr Jehan Rabateau, président au parlement, pour le rémunérer des biens faits qu’il a fait pour la ville vers le roy. (Archives municipales de Poitiers, reg.3)

Au mois de juillet 1440, Charles VII fit don à Jean Rabateau, seigneur d’Auzance, président au Parlement, de la moitié des pêcheries des eaux et petites rivières de Quinçay. En reconnaissance de quoi, Rabateau et ses héritiers, seigneur d’Auzance, étaient tenus de payer pour le relief «  à chacun remuement de homme », un lévrier blanc au roi (10). L’autre moitié des pêcheries restait au domaine royal et était baillé à la ferme.

Il suivit la cour souveraine à Paris où il mourut président vers 1444.

 

Quelle était cette «  bonne femme » qui eut l’honneur d’abriter Jeanne d'Arc sous son toit, et dont l’histoire a passé le nom sous silence ? Etait-ce Anne de Chateaubriant, mentionnée comme veuve de Jean Rabateau dans un acte de 1451 ? Cela n’est pas probable : de l’enquête à laquelle s’est livré Henri Daniel-Lacombe, l’auteur de « L'Hôte de Jeanne d'Arc à Poitiers, maître Jean Rabateau, président au Parlement de Paris »,  il conclut que ce devait être une première femme, laquelle aurait été une fille de Benoit Pidalet, qui occupait, dès l’installation du Parlement à Poitiers, la charge de procureur général.

 

Revue poitevine et saintongeaise : histoire, archéologie, beaux-arts et littérature... / rédacteur en chef Jos. Berthelé

Connaissance de Jeanne d'Arc (Chinon, Indre-et-Loire)

Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme

 

 

==> Niort le 21 septembre 1418, le dauphin Charles institut par une lettre la translation du Parlement royal à Poitiers

 ==> Chasse dans la forêt de l’Epine au XV siècle, Guillaume Mermin prieur de Fontaine le comte, Jean Rabateau président du Parlement

 


 

(1)    Rappelons qu’à la fin du XVe siècle, autour du siège royal de Fontenay, brillait une pléiade de juristes distingués, qui étaient justement réputés à Paris : Jehan Rabateau, juge de la prévôté ; Jehan Brissot, avocat, père du célèbre chirurgien ; Arthur Cailler, beau-frère d’André Tiraqueau ; Pierre Brisson ; Jehan Goguet ; enfin André Tiraqueau, qui plus tard fut pourvu par François I er de la charge de conseiller en la Grande Chambre du Parlement de Paris.

 

(2) D'après B. Fillon. Catalogue de la vente de ses autographes.

(3) D'après M. Beauchet-Filleau (Dictionnaire historique des familles du Poitou, ire édit., Vo Rabateau). J'opinerais plus volontiers pour la première date que justifie mieux sa présence au Parlement dès l'année 13U5.

(4) V. infrà.

(5) Anciennes archives du château de Soubise : Archives de la ville de Fontenay-le-Comte.

(6) B. Fillon : Nomenclature des rues de Fontenay, p. 32.

(7) Papiers de la Fontenelle de Vaudoré : Bibliothèque de Niort.

(8) Beauchet-Filleau, loc. cit.

(9) Beauchet-Filleau. — Archives de la Vienne. G. 963. — Les archives nationales possèdent une pièce où figure un Guillaume Rabateau, escuyer, demeurant à Méry-sur-Yonne. C'est l'acte d' « amoisonnement » ou arrentement « d'une maison, granche et jardin séans en ladite paroiche », à lui consenti par le Frère Pierre, ministre de « la grant maison Dieu » de Provins, passé dans cette ville le 29 mai 1369. Ce Rabateau ne saurait être de la même famille que le nôtre (Arch. JJ. 100, no 571). — Il ne faut pas non plus confondre avec lui un Jean Rabateau, originaire de Civray ou de Melle, également procureur au Parlement, où le signale un acte du 17 mars 1377 (X 2 a. 10. fol. 40, va. Arch. hist. du Poitou, t. xxiv, p. 9).

(10) Pierre Boschet, avocat au Parlement de Paris vers 1370, mourut second président au même Parlement, le 4 février 1411, et fut enterré dans l'église de Saint-Fulgent en Bas-Poitou (Tuetey: Index chronologique des testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI, p. 112).

 

(11) Lettres données à Cussy et enregistrées à la Chambre des Comptes. (Arch. Nat. J. 748, n11, fol6) Rabateau avait acheté la terre d’Auzance, le 24 mai 1434. (Arch. Hist. Du Poito, tII, p364 ; Daniel Lacomte, l’Hôte de Jeanne d’Arc à Poitiers s. Maitre Jean Rabateau, p.97 et suiv)