Saintes Juillet 1451, lettre de rémission octroyée à Pierre Queyraud, écuyer, détenu prisonnier à Commequiers pour complicité dans l’assassinat de Jean Lorson, prieur de Soullans, perpétré seize ans auparavant

Saintes Juillet 1451, lettre de rémission octroyée à Pierre Queyraud, écuyer, détenu prisonnier à Commequiers pour complicité dans l’assassinat de Jean Lorson, prieur de Soullans, perpétré seize ans auparavant.

 

Charles, etc. Savoir faisons à tous, presens et avenir, nous avoir receue l’umble supplicacion de Pierre Queyraud (1), povre escuier puisné, contenant que, comme jà pieça icellui suppliant et autres manans et habitans de la parroisse de Soulans en nostre pays de Poictou, en laquelle il estoit demourant, ensemble sa femme et ses enfans, conceurent très grant haine à l’encontre de frère Jehan Lorsson (2), lors prieur curé dudit lieu de Soulans, à  l’occasion de sa mauvaise vie et gouvernement, et des debatz et noises qu’il avoit tousjours à sesdiz parroissiens, et qu’il vouloit tousjours user de fait à l’encontre d’eulx, et en mettant sa mauvaise voulenté à execucion fist faire pluseurs maulx et dommages à iceulx manans et habitans par pluseurs gens de guerre qui estoient lors en garnison en nostre dit pays de Poictou, tant Bretons que autres ; et qui pis est, icellui Lorson ne voult onques ensepulturer ung appellé Jehan Morineau, son parroissien, combien qu’il eust eu confession, receu le corps Jhesu Crist et eu tous ses sacremens de saincte Eglise, comme bon catholique, et convint à la vefve et heritiers d’icellui Morineau composer audit Lorson à la somme de cent royaulx qu’il le voulsist mettre en terre sainte ne luy bailler sepulture ecclesiastique.

Et pareillement par sa mauvaistié ne voult ensepulturer une povre femme de sa dicte parroisse, combien qu’elle fut trespassée bonne catholique, et la mengèrent les pourceaulx.

Et avecques ce icellui Lorson reffusa de baptiser ung enffant né en sa dicte parroisse, lequel par sa faulte ala de vie à trespassement sans baptesme.

Et fist et donna ledit Lorson, durant ledit temps, pluseurs maulx et oultrages à ses diz parroissiens, telement que par le moyen d’iceulx les diz parroissiens, voyans qu’ilz n’en povoient avoir raison ne justice pour les guerres et divisions qui estoient lors, conspirèrent de le faire morir.

Et ung certain jour, s’assemblèrent ledit suppliant, Jehan Philipes, Estienne Bernard (3), et autres parroissiens dudit lieu de Soulans en une chappelle nommée la chappelle de Nostre Dame du Puy, soubz esperance de tuer ledit Lorson, qu’ilz cuidèrent trouver en ung certain bois près dudit prieuré de Soulans. Icellui Lorson n’y vint point.

Et depuis ledit suppliant, ayant remors de conscience, ne voult assister ne donner consentement ne voulenté que on tuast icellui Lorson, mais se departi de tout en tout de la dicte conspiration.

Et certain temps après, les diz parroissiens ou aucuns d’eulx firent morir ledit Lorson, sans ce que ledit suppliant en sceust aucune chose, fors ce que dessus est dit, jusques après la chose faicte et acomplie.

Pour occasion duquel cas, les diz habitans, mesmement ceulx qui l’avoient commis, furent executez par justice, et ledit suppliant, doubtant la rigueur d’icelle, se absenta du pays et delaissa et habandonna sa femme et mesnage, et n’y retourna depuis le dit cas avenu, qui fut xv. ou xvi. ans a ou environ, jusques puis nagaires qu’il s’en est retourné en son hostel.

Et tantost après les gens de la justice de Commiquiers, dont il est subgiet, l’ont mené prisonnier au dit lieu de Commiquiers, où il est de present detenu en prison fermée, à l’occasion dudit cas, où il est en voye de miserablement finer ses jours, et doubte que on vueille proceder contre luy à punicion corporelle, se nostre grace et misericorde ne luy estoient sur ce imparties.

 Et pour ce, nous a humblement fait supplier et requerir que, attendu ce que dit est, que il ne fut point à faire ledit murtre et n’en savoit aucune chose, et ne cuidoit point que, après ce que luy et les autres eurent failly à trouver [ledit prieur] oudit bois, qu’on deust plus proceder à l’acomplissement de la dicte conspiracion, que ledit suppliant ne fut onques actaint d’aucun autre vilain cas, blasme ou reprouche, et nous a servi et ses predecesseurs au fait de noz guerres, comme les autres nobles de nostre royaume, que justice et punicion a esté faicte de ceulx qui firent et commirent le dit cas, ou de la pluspart d’iceulx, le long temps qu’il a esté fuytif et absent, il nous plaise nos dictes grace et misericorde lui impartir.

Pour quoy nous, les choses dessus dictes considerées, voulans misericorde estre preferée à rigueur de justice, à icelluy suppliant avons ou cas dessus dit, remis, quicté et pardonné, [p. 239] etc.

 Si donnons en mandement, par ces mesmes presentes, au seneschal de Poictou et à tous noz autres justiciers, etc.

Donné à Xainctes, ou mois de juillet l’an de grace mil cccc. cinquante et ung, et de nostre règne le xxixe.

Ainsi signé : Par le roy, à la relacion du conseil. Daniel. — Visa. Contentor. E. Froment.

 

 

Itinéraire de Charles VII dans le Poitou

 

Plusieurs lettres, datées de localités poitevines, nous permettent de suivre Charles VII dans les quelques voyages qu'il fit en Poitou au cours des années 1451, 1452 et 1453.

 Au mois d'août 1448, alors que la cour était installée à Chinon et au château de Razilly, il vint à Champigny-sur-Veude, comme on le voit par deux actes donnés en cette ville

Après la conquête de la Normandie, à laquelle le roi prit une part effective, il retourna sur les bords de la Loire.

Le 18 décembre 1450, il quitta Montbazon et vint passer l'hiver aux Montils-lez-Tours.

C'est en ce lieu, le 3 avril 1451, qu'il pourvut Louis de Beaumont, seigneur de la Forèt-sur-Sèvre, de l'office de sénéchal de Poitou, en remplacement de Pierre de Brézé, qui, le même jour, fut nommé grand sénéchal de Normandie).

Le 11 juin suivant, Charles était à Lusignan, où il donna à Guillaume Gouffier, son favori, la charge de sénéchal de Saintonge au lieu d'Amaury d'Estissac et permit à Jean de Mortemer, seigneur de Couhé, de relever les fortifications du Plessis-Sénéchal

Le roi passa dans cette ville la plus grande partie du mois.

Nous avons aussi des lettres datées de Poitiers, en ce même mois de juin et le 1er juillet

De là, il se rendit à Saint-Jean-d'Angély, où il était le 28 puis, passant par Saintes, il alla se fixer, pendant les mois de juillet, août et septembre, à Taillebourg, près des trois filles que lui avait données Agnès Sorel et dont il avait confié la garde à Prégent de Coëtivy, et, après la mort de l'amiral, à Olivier de Coëtivy, son frère.

C'est dans cette ville qu'eut lieu l'arrestation de Jacques Cœur (31 juillet)

 Les maire et échevins de Poitiers y' envoyèrent un messager, porteur de lettres adressées au roi et au comte du Maine, pour les prier de faire partir des gens d'armes qui étaient aux alentours de leur ville et y « faisoient merveilleux maux »s.

 C'étaient sans doute des troupes de renfort, destinées à l'armée de Dunois, qui, pendant ce temps, chassait les Anglais de Guyenne. Pour cette expédition on avait créé des compagnies auxiliaires, dites de la petite ordonnance ou petites-payes, qui par leur indiscipline rappelaient les anciennes bandes de routiers.

Au mois d'octobre 1431, Charles VII fit un court séjour à Niort et demeura ensuite plus d'un mois au château de la Villedieu-de Comblé, où il fut 1’hôte d'Etienne Gillier, pendant que s'instruisait à Lusignan le procès de Jacques Cœur.

De cette résidence sont datées les lettres d'anoblissement de Philippe Payen, bourgeois de Saint-Maixent (18 novembre), et la légitimation de Jean de May, fils naturel de Jeanne de Lezay (novembre, sans quantième).

La célébration du mariage de Jean de Lévis, seigneur de Vauvert, avec Antoinette de Villequier, eut lieu aussi dans ce château.

A la fin de novembre, le roi s'arrêta à Saint-Maixent, puis, en décembre, à Poitiers et il alla passer le restant de l'hiver aux Montils-lez-Tours.

Au printemps, il reprit sa vie nomade, allant de château en château, à Montbazon, chez Aymar de La Rochefoucauld, à Cormery, aux Roches-Saint-Quentin, dont était seigneur Jean Dupuy, maître des comptes, à Chissay, appartenant à Pierre Bérard, trésorier de France, à Montrichard, dont le comte de Tancarville lui fit les honneurs, puis en Berry.

Pendant une expédition contre le duc de Savoie (octobre 1452), Charles apprit la révolte de la Guyenne et l'occupation de Bordeaux par Talbot.

Au mois de février suivant, il regagna les Montils, où il prépara la nouvelle campagne qu'il devait diriger en personne.

 

 

Son itinéraire le ramena en Poitou

Il passa par Jazeneuil en mai 1453 et séjourna à Lusignan une bonne partie de ce mois et la première moitié de juin puis il gagna Saint-Jean d'Angély (juin) et Angoulême (juillet) d'où il se mit en campagne avec l'armée de réserve.

Aussitôt après la seconde conquête de la Guyenne, dès le milieu d'octobre 1453, le roi reprit le chemin du Poitou et de la Touraine.

Le 28 octobre, il était au prieuré de Lanville-lez-Marsillac, d'où il adressa au maire et aux échevins de Poitiers une curieuse lettre relatant les dernières phases de l'expédition, depuis la bataille de Castillon jusqu'à l'entrée des Français à Bordeaux (19 octobre) .

Il séjourna de nouveau au château de Lusignan et à Poitiers pendant la plus grande partie du mois de novembre

Le 5 décembre, il était l'hôte de François Guérinet, général des aides en Poitou et secrétaire du dauphin, au Verger, près Châtellerault d'où il regagna les Montils, près Tours.

Pendant ce temps, le nouveau sénéchal de Poitou, Louis de Beaumont, faisait instruire à Poitiers le procès d'un haut personnage, amené prisonnier de Bordeaux en cette ville, avec plusieurs autres. Pierre de Montferrand sire de Lesparre, soudit de Latrau, sénéchal de Guyenne, après avoir prêté serment de fidélité à Charles VII, lors de la première conquête de Guyenne (1451), avait été, avec le sire de Duras, le promoteur du rappel des Anglais, se rendant ainsi coupable de haute trahison.

Une commission, dont faisait partie Louis de La Vernade, « president de Forestz », fut instituée pour le juger et resta en fonctions durant trois mois entiers.

Le sire de Lesparre et deux de ses complices, Pierre Regnaut et Guillaume Lavigne, condamnés au dernier supplice, furent soumis à la question, puis décapités sur un échafaud dressé au milieu de la place du Pilori, à Poitiers, vers la fin de janvier ou au commencement de février 1454. Le corps du premier fut en outre écartelé et ses membres attachés à des potences aux quatre portes de la ville (4)

 

 

 

 

 

 

 

Recueil des documents concernant le Poitou contenus dans les registres de la chancellerie de France. 9 / publiés par Paul Guérin,...

 

 

 

1451 Après la bataille de Castillon, Dunois entra en vainqueur au Palais de l’Ombrière de Bordeaux <==

Château de Taillebourg, le financier Jacques Coeur est arrêté sur ordre du roi de France Charles VII. (Time Travel 1451) <==

 

 


 

(1) Les renseignements sur cette famille sont très rares. Nous pouvons cependant citer un accord conclu, le 15 janvier 1427 n.s., entre Jean Queyraut, écuyer, seigneur de la Pépinière, qui pourrait avoir été le frère aîné de Pierre, et Jean Eschalart, chevalier, sr de la Boulaye.

Ce dernier avait acquis de feu Jean Baudriau les fiefs de la Marzelle, de l’Oriollière et de la Planche, qui étaient tenus à hommage plein de la seigneurie de la Pépinière, et comme il n’avait pas obéi à la coutume et fait « exhibition au suzerain du contrat de vente », Queyraut avait fait saisir lesdits lieux pour manquement au devoir féodal. La transaction qui mit fin au litige porte que les lieux saisis demeureront la propriété de Jean Eschalart et qu’il en obtiendra mainlevée, à condition de payer à Jean Queyraut le droit de rachat dû à cause de la mort de Jean Baudriau et qu’il se reconnaîtra tenu à faire hommage audit seigneur de la Pépinière.

 Elle fut passée le 27 décembre 1426, en présence de Guyon, seigneur du Puy-du-Fou, Jean Fouchier, seigneur de l’Esmentruère, Simon Eschalart, sr de Maillé, Pierre Bouhet, sr de Langebaudière, Jacques du Puy-du-Fou, écuyer, etc., et entérinée au Parlement le 15 janvier suivant. (Arch. nat., X1c 133, n° 2.)

La complicité de Pierre Queyraut dans le meurtre du prieur de Soullans avait été dénoncée, au pied de l’échafaud, par Jean Philippe, le 21 juillet 1435. (Id., X2a 21, à la date.)

(2) Avant de périr assassiné en 1435, Jean Lorson avait eu à subir, par suite de son avidité et de son caractère altier, bien des persécutions.

Ce Jean Larson était originaire de Chantemerle.

 

Après avoir fait de fortes études en Sorbonne et avoir obtenu vers la trentaine le titre envié de maitre en théologie, il était devenu secrétaire, d’abord du cardinal de Vergy (Guillaume de Vergy, archevêque de Besançon, cardinal, 1398, mort en 1407) et ensuite du cardinal de Milet (Conrad Carraccioli, napolitain, archevêque de Nicosie, transféré à l’évêché de Mileto, 1402, cardinal en 1405, chargé par le pape Alexandre V d’une légation en France, 1409-1410, mort en 1411), et à leur service il avait acquis, disait-il, « moult de beaux meubles ».

Revenu en Poitou, après le décès de son dernier protecteur, il s’était fait religieux aux Augustins de l’abbaye de Nieul-sur-l’Autize.

Il fut successivement prieur du Fougeré, de la « Charonière », en 1425, il était prieur de l'Angle-aux-Chanoines, « qui estoit de grant revenu en blé et en vins », et enfin, vers 1430, prieur curé de Soullans.

Le frère de sa mère, Guillaume Crespin, avait été serviteur de Thibault VIII Chabot, seigneur de la Grève.

Jean Lorson profita de ces relations pour se lier avec Louis Chabot, fils de Thibaut, qui était en mauvais termes avec son père ; il lui rendit des services et lui vint même en aide pécuniairement. Il fit si bien que celui-ci se l’attacha en qualité d’intendant et lui abandonna l’administration de ses biens, quand il en eut la jouissance, après la mort de Thibaut.

Lorson s’était imposé, paraît-il, à la faiblesse de celui-ci et, pendant la courte existence de Louis Chabot, il abusa de sa situation et s’enrichit au détriment de son maître. Du moins il en fut accusé par les fils de Louis, Thibaut IX, devenu seigneur de la Grève, et Renaud. Soit qu’ils eussent réellement à se plaindre de son administration et qu’ils poursuivissent, comme ils le prétendaient, la réparation des vols dont ils avaient été victimes, soit, ce qui semble plus vraisemblable d’après les pièces du procès, qu’ils eussent résolu de s’emparer de ses richesses, bien ou mal acquises, de concert avec Guillaume, seigneur d’Argenton, beau-père de Thibaut IX, ils s’assurèrent par surprise de la personne de Jean Lorson, qu’ils firent prendre à Chantemerle par une troupe armée, dirigée par Renaud Chabot et par Bertrand de Vaux, capitaine de Jarnac.

Après avoir fait main basse sur tout ce qu’ils trouvèrent dans son hôtel, ils le traînèrent de prison en prison et lui firent subir les pires traitements. En route, il put s’échapper un instant et se réfugia en franchise dans une église ; mais il en fut arraché de force et accablé de coups.

Il fut ensuite mis en un cachot pendant deux mois au château de Pressigny, au pain et à l’eau et enferré si étroitement que ses membres saignaient.

Jean Lorson ayant fait appel de ces violences au Parlement, nous le retrouvons prisonnier à Poitiers, au mois de mars 1425.

L’affaire fut plaidée les 15 et 22 de ce mois. Les avocats exposèrent en détail, l’un les actes de violence dont le prieur avait à se plaindre, l’autre les nombreux méfaits que lui imputaient les frères Chabot et le sr d’Argenton. Il serait beaucoup trop long de les suivre et même de les résumer. Blasphèmes quotidiens, malversations, vols, faux, tentatives de meurtre et d’incendie, telles étaient les charges relevées contre Lorson. Il s’était vanté, disait-on, d’avoir gagné en une seule année douze mille écus sur Louis Chabot, quand il avait le gouvernement de sa maison.

Son but était de ruiner entièrement les fis de son maître.

Lors de son arrestation, une perquisition faite chez lui avait amené la découverte d’argenterie et de joyaux appartenant au sr de la Grève.

Même, depuis qu’il était prisonnier, il avait juré qu’il « détruirait » Thibaut Chabot et que le sire d’Argenton ne périrait que de sa main.

D’autres accusateurs, personnages aussi importants, s’étaient joints aux frères Chabot.

Jean Rabateau, se rendant pour le service du roi, le dimanche avant la saint Michel 1424, de Fontenay-le-Comte à Saint-Maixent, avait été battu et détroussé par les Bretons de la garnison des Essarts, qui s’étaient mis en deux embuscades.

 

 Il prétendait avoir reconnu Jean Lorson armé parmi ses agresseurs.

On savait dans le pays qu’il avait également des accointances avec ceux de Châteaumur, et l’abbé de l’Absie, qui avait été pillé, déclarait que le prieur de l’Angle était certainement l’instigateur des vols.

 Le Parlement eut d’abord à régler la question de compétence.

L’abbé de Nieul, l’évêque de Luçon et l’évêque de Poitiers se disputaient le prisonnier :

le premier disait que Lorson étant son religieux, la connaissance lui en appartenait, même in causa criminali ; le deuxième, sous prétexte que le prieuré de l’Angle, domicile réel de l’accusé, était dans son diocèse, le réclamait comme son sujet ;

 quant à l’évêque de Poitiers, il prétendait avoir la juridiction totale sur les clercs délinquants et faisait remarquer que d’ailleurs certains des délits avaient été commis dans son diocèse. Ce dernier obtint la garde du prisonnier, à l’élargissement duquel le sire d’Argenton, les frères Chabot, l’abbé de l’Absie et Jean Rabateau s’opposaient unanimement. Mais la cour retint le jugement du procès.

Le 29 mars, Lorson répondit à ses adversaires, les accusa de n’agir que par haine contre lui et nia toutes les charges qu’ils lui imposaient. Puis il revint sur les odieux traitements dont il avait été victime.

Tout ce qu’il avait chez lui à la Grève, à Chantemerle et ailleurs avait été pris sans inventaire.

Son père et sa mère, sans considération pour leur grand âge, avaient été jetés hors de leur domicile. Son frère, Guillaume Lorson, avait été mis en prison et menacé de mort, etc.

 Le 16 avril, le prieur, qui jusque-là avait été détenu à la Conciergerie du Palais en la chambre du concierge, fut derechef baillé, « par manière de garde et prisons empruntées », à l’évêque de Poitiers, que la cour exhorta à tenir ledit frère « en prison honneste et moins grevable que faire se pourra ».

Puis, le 25 mai, fut rendu un premier arrêt, favorable à l’accusé. Il portait que les parties seraient tenues de faire la preuve de ce qu’elles avançaient, et en conséquence prescrivait une enquête.

En attendant Lorson serait remis en liberté ; Thibaut Chabot devait lui bailler par écrit une déclaration des points sur lesquels il entendait lui demander des comptes, et faire mettre entre les mains de la cour réellement et de fait tous les biens qu’il avouait avoir fait saisir chez l’accusé.

Le 23 juin, autre arrêt. La cour prononce disjonction en ce qui concerne l’accusation portée par Jean Rabateau, ordonne une enquête sur ce point spécial, et déclare de nouveau que Lorson sera élargi ubique et que ses biens lui seront rendus. (Arch. nat., X1a 9190, fol. 344 v° ; X1a 9198, fol. 45, 48, 53, 56, 87 ; X2a 19, fol. 18 ; X2a 20, fol. 8 ; X2a 21, fol. 28, 31.)

L’affaire suivit son cours.

A la fin de l’année 1425, Thibaut Chabot, qui servait à l’armée, demanda à la cour de le dispenser de venir en personne et de lui permettre de se faire représenter par procureur. Si aucune charge n’avait pesé sur lui, cette requête eût été admise sans difficulté. Mais Jouvenel, l’avocat du prieur, la combattit de toutes ses forces, disant que Thibaut avait refusé d’obéir à l’arrêt du 25 mai.

Le premier huissier du Parlement le lui avait signifié à Poitiers, en l’abbaye de Saint-Hilaire, où logeait alors le connétable de Richemont, en la compagnie duquel se trouvaient les seigneurs de la Grève et d’Argenton.

Au commandement qui lui fut fait de restituer les biens saisis, il tira sa dague et voulut en frapper Jean Lorson, déclarant qu’il le tuerait. Et depuis il avait fait maltraiter et piller le père du prieur, âgé de quatre-vingts ans, et son frère Guillaume, qui fut mutilé, percé de vingt-cinq blessures par les hommes des Chabot et mené prisonnier aux Essarts.

Celui-ci guérit néanmoins, et quand Thibaut le sut, il entra dans une violente colère et s’écria : « J’avais donné l’ordre qu’il fût pendu. »

Jean Rabateau plaida pour Chabot et insista, malgré tout, pour qu’un procureur pût se présenter à sa place aux ajournements. (Id., X2a 18, fol. 83 v°.)

 Depuis, il n’est plus question de ces poursuites sur les registres du Parlement. Il est probable que le procès était encore pendant lorsque Thibaut IX Chabot, sr de la Grève, fut tué à la journée dite des harengs (12 février 1429).

C’est vers cette époque que Jean Lorson fut transféré au prieuré-cure de Soullans.

Le 10 décembre 1432, nous le retrouvons, avec ce titre, devant la cour.

De concert avec Jean Gordeau et Jean Lortie, écuyers, il avait porté plainte contre Jean Jousseaume, sr de la Geffardière, tuteur des enfants mineurs de feu Jean Jousseaume, sr de Commequiers, qui les avait fait expulser de force de ce château, sans même vouloir leur rendre les vivres qu’ils y avaient apportés.

Perceval Chabot, sr de la Turmelière, s’était, peu de temps auparavant, emparé de Commequiers, qu’il prétendait lui appartenir, mais par arrêt récréance en avait été faite, en attendant l’issue du procès engagé, aux mineurs Jousseaume.

C’est alors que le sr de la Geffardière, sous prétexte que Lorson, Gordeau et Lortie avaient soutenu le parti de Perceval, les fit mettre dehors.

Non content de cette exécution sommaire, Jean Jousseaume les fit traquer par les gens qui tenaient garnison à Commequiers.

Plusieurs d’entre eux avaient envahi l’église de Soullans pendant que le prieur y accomplissait Ie service divin, et s’étaient efforcés de le tuer ; il n’avait pu qu’à grand’peine échapper à leur fureur.

La cour ordonna que le sr de la Geffardière viendrait quam citius répondre de ces faits. (Id., X1a 9200, fol. 110 v°.)

 On voit que Jean Lorson était véritablement prédestiné à finir de mort violente.

(3) Jean Philippes et Étienne Bernard, les deux principaux coupables du meurtre du prieur de Soullans, avaient obtenu des lettres de rémission, et la cour du sénéchal de Poitou, présidée par le lieutenant général, avait consenti à leur entérinement.

Mais le procureur général releva appel de cette décision et le Parlement, jugeant que, pour mettre un terme aux violences contre les personnes qui se multipliaient alors dans des proportions effrayantes, un exemple était nécessaire, refusa aux meurtriers le bénéfice de la grâce royale et les fit exécuter.

 Voici le dictum de l’arrêt qui fut rendu contre eux, le 16 juillet 1435 : « Il sera dit qu’il a esté mal fait et mal appoincté par ledit seneschal ou son lieutenant, et bien appelé par ledit procureur, et en faisant ce que ledit seneschal ou son lieutenant deust avoir fait, sera dit que la court ne obtempère point aux lettres de rémission impetrées par lesdiz Philipes et Bernard sur le meurtre commis en la personne de feu frère Jehan Lorson, prieur de Soullans, et que, nonobstant icelles, ilz seront penduz au gibet et estranglez.

Et ordonne la court que sur leurs biens sera prinse la somme de cxxv. livres, chacun par moitié, pour convertir et employer, assavoir cent livres en euvres pies pour le salut de l’âme du defunt, deux anniversaires chaque jour de l’an, c’est-à-dire une messe en l’église de Soulans, où fut fait ledit meurtre, et l’autre en la ville de Poictiers, moitié en l’eglise des Jacobins, moitié en celle des Cordeliers, et les xxv. livres seront pour les despens desdiz prisonniers et pour les frais de leur execution. »

Cet arrêt fut prononcé aux deux meurtriers, le jeudi 21 juillet, et ils furent immédiatement livrés au bourreau. « Ce jour furent executez à mort Jehan Philippes et Estienne Bernard, et eulx estans devant le gibet, deirent à moy J. d’Asnières, presens Maurice Barbier et Geufroy

Le Vavasseur, les choses qui s’ensuivent : c’est assavoir ledit Jehan Philippes que Pierre Queraut et Jehan Baillaut (ou Vaillant) estoient consentans de la mort de feu frère Jehan Lorson, en son vivant prieur de Soulans, et qu’il n’estoit recors s’il les avoit nommez ou procès, et pour ce les nommoit et declairoit lors ; et ledit Estienne Bernard que oudit procès il avoit accusé Pierre Farineau, Jehan Mayner et Pierre Chauvet d’estre et avoir esté coulpables et consentans de la mort dudit feu frère Jehan de Lorson, et toutes voies que pour vray ilz n’en furent oncques consentans, mais seulement de le batre, et pour ce les desaccusoit de ladicte mort. » (Arch. nat., X2a 21, dates des 16 et 21 juillet 1435.)

On lit sur le même registre, au 10 décembre de la même année, que la cour évoqua la connaissance de toutes les causes introduites et pendantes en la cour du sénéchal de Poitou à cause du meurtre de J. Lorson, jadis prieur de l’Angle et de Soullans.

Ce jour, Louis Bernard, habitant de cette dernière localité, prisonnier à la Conciergerie comme complice de l’assassinat, fut élargi par la ville de Poitiers seulement et s’engagea à ne pas en sortir.

Puis, le 23 décembre, il fut remis en pleine liberté, à condition de se représenter devant la cour à toute réquisition.

Enfin, le 4 avril 1436, on trouve un décret d’adjudication, moyennant 45 livres tournois, à Jean Philippes, damoiseau, sr de Bissus, du manoir ou village (manerium seu villagium) de la Roche-des-Loups, en la paroisse de Montigny, châtellenie de Châteaumur, ayant appartenu à Jean Philippes, l’un des meurtriers de Jean Lorson, ledit manoir saisi et vendu aux enchères publiques, parce que l’amende de 125 livres tournois, dont il est question dans l’arrêt du 16 juillet 1435, n’avait pas été fournie intégralement par le produit des biens meubles desdits Philippes et Étienne Bernard. (Id., X2a 20, fol. 91 v°.)

 

(4). Un mandement de Louis de Beaumont, sénéchal de Poitou, signé « M. Claveurier, son lieutenant général, daté de Poitiers, le 31 juillet 1454, prescrit à Jean Bésuchet, receveur ordinaire de Poitou, de payer : 1° à Guillaume Lorier, charpentier, 20 livres, pour avoir dressé l'échafaud place du Pilori, fourni deux échelles doubles, l'une pour ledit échafaud, l'autre pour accéder à la tribune des juges, et quatre potences pour mettre à chacune des portes de la ville, sur lequel eschaffaut ont esté le sire de Lesparre, anglois, décapité et escarlaté (sic), Pierre Regnaut seigneur, de Crit (?). et Guillaume Lavigne, anglois, décapitez »; 2° à Antoine Ragond, cordier, pour trois brasses et demie de corde de chanvre, pour la chambre des gehaines de la conciergerie du Palais de Poitiers; 3° à Jean Chevalier, prévôt fermier de cette ville, pour bailler l'exécuteur de la haute justice, 4 livres 2 sous 6 deniers en payement de lad. exécution.

 Ce mandement est accompagné des quittances de Lorier, Ragond et Chevalier, toutes trois datées de Poitiers, les 1er 8 et 28 septembre 1454, celle de J. Chevalier (8 sept.), présent maitre Jean Guibon, maitre des oeuvres du pays de Poitou. (Bibl. nat., ms. fr. 26730, Pièces orig. 246, dossier Beaumont, n° 62 à 65.)