Fougères 1793 Condamnation du médecin Hippolyte Putod, Général en chef de l'armée catholique et royale de Fougères

Putod Hippolyte, médecin à Fougères, condamné à mort comme embaumeur, le 2 frimaire an 2 (22 novembre 1793), par la commission militaire séante à rennes.

LES COMMISSIONS MILITAIRES RÉVOLUTIONNAIRES

La commission Frey.

Putod fut arrêté au village de Beaumont, commune de Combourg. C’est un procès-verbal du président du Comité de surveillance de Combourg qui constate son arrestation.

La pièce est ainsi rédigée :

« L’an mil sept cent quatre-vingt-treize, le vingt-un novembre, vieux style de la Réblique française une et indivisible, certifions à qui il appartiendra qu’il a été amené au Comité de surveillance de la commune de Combourg par les citoyens Julien Lesné et le nommé Batignon, cultivateur, demeurant au village de Beaumont en cette commune, deux particuliers  à nous inconnus, qu’ils nous ont dit avoir arrêtés aux environs du village de Beaumont environ les deux heures de l’après-midi ; interrogé ces deux particuliers d’où ils venaient et où ils voulaient aller, ils nous ont déclaré vouloir prendre la route de Bazouges, et qu’ils étaient de l’armée catholique et qu’ils en avaient sortis ce matin.

 Interrogé de leur nom, un nous a déclaré se nommer Putod, natif de Besançon, en Franche-Comté, et domicilié à Fougères depuis 14 ans, sur lequel nous avons trouvé une somme de quatre mille six cents livres en assignats, de quatre cents livres et de cinquante livres et trente- quatre louis en or et dix livres douze sous en argent, une montre en or et une autre en argent ; interrogé l’autre, il a déclaré être le domestique du dit Putod et se nommer Jean Gourdellier, natif de Dompierre-des-Landes.

Interrogé, depuis quand il était dans l’armée catholique, il nous a déclaré qu’il y était depuis trois jours et sur lequel nous avons trouvé une somme de vingt-cinq livres en assignats. De tout quoi nous avons rapporté le présent sous nos seings. A l’endroit est intervenu le citoyen Mallard, chargé de pouvoir des représentants du peuple souverain qui s’est chargé de la dite somme de quatre mille six cents livres et de trente-quatre louis en or dont un double et de la somme de vingt-cinq livres en assignats, de plusieurs papiers, de deux pistolets à quatre coups, anglais, les dits jours et an que ci-dessus. »

signé : Lesné, Président du Comité de surveillance. »

 Au bas de ce procès-verbal, le citoyen Mallard, le délégué des représentants du peuple, donne le reçu des sommes énumérées par Lesné. .

Son reçu, où l'orthographe est la chose qui manque le plus, est très court : « Mallard, officier du génie reconnet a voir reçu la somme si dessust le 1 frimer lan deux. »

Dans la soirée du premier frimaire, Putod fut conduit rapidement à Rennes où les représentants du peuple le firent incarcérer dans la prison dite de la Porte-Marat.

 Pocholle annonce en ces termes l’arrestation de Putod à la Convention nationale :

» On m’amène à l’instant l’un des chefs de l’armée catholique, nommé Putod ; la commission militaire va en faire justice, après avoir tiré de lui tous les renseignements qui pourront être utiles ».

Le deux frimaire, Putod comparaissait devant la commission révolutionnaire. Cette commission avait subi depuis le 28 brumaire une modification. Pour des raisons privées, Frey avait donné sa démission de président et de membre et les représentants du peuple avaient nommé à sa place « pour exercer » provisoirement les fonctions de membre de la commission militaire attachée à l’armée des côtes de Brest le citoyen Gabriel Vaugeois.

A la première réunion de la commission militaire, Vaugeois fut élu président et c’est en cette qualité qu’il dirigea l’interrogatoire de Putod, interrogatoire que nous reproduisons ci-dessous presque en entier :

D’où veniez-vous quand on vous a arrêté?

— De Dol.

D’où étiez-vous parti ?

— De Fougères.

—    Quel était l’objet de votre voyage ?

— De m’assurer de ma liberté dans l’armée catholique.

Quel était votre poste dans l’armée catholique ?

— Je n’en avais aucun.

Quel poste vous avait-on donné ?

 — Celui de soldat catholique.

Des dépositions portent que vous avez exercé les fonctions de genéralat.

— C’est que le public s’est mépris sur la mission que l’armée catholique voulait me donner.

 — Quelle était la mission dont l’armée catholique voulait vous charger?

— C’était d’engager le peuple à se joindre volontairement à l’armée catholique : c’est ce que j’ai fait.

De qui teniez-vous cette mission ?

— Du général en chef  Donnissan.

Le connaissiez-vous depuis longtemps ?

— Je l’avais vu à la cour de France.

Ne vous a-t-il pas été donné des pouvoirs par la cour de France lorsque vous étiez à Paris à la fédération de 1790 ?

— Non, jamais je n’ai eu de mission de sa part et je n’en ai jamais exercé en son nom.

Pourquoi préchâtes-vous à Fougères dans la chaire de Saint-Léonard et dites-vous que vous alliez taire tomber dix mille hommes pour écraser Fougères?

— Je ne menaçais point de faire écraser Fougères. J'engageais tous les habitants tant d’un parti que de l’autre à se réunir. Je leur annonçai que s’il se manifestait la moindre insurrection à, cette ville, le prince de Talmont avait l’ordre d’y faire venir dix mille hommes. J’ajoutai que j’avais quitté l’armée catholique pour rétablir la tranquillité à Fougères.

Des témoins rapportent que votre femme se jeta à vos pieds en vous priant d’éloigner les dix mille hommes dont vous menaciez Fougères, et que l’injuriant par les expressions les plus odieuses vous la menaçâtes même de la faire fusiller ?

— Je désirerais connaître les imposteurs qui ont avancé pareille fausseté. J’aime ma femme à l’adoration et je suis incapable de pareils traits qui répugnent à l’humanité et à la nature.

On assure que vous avez même dénoncé votre femme aux brigands?

— Que veut-on que je réponde à de pareilles allégations. Le silence le plus profond est la seule défense que je puisse opposer. Je puis seulement jurer que ce qu’on avance relativement à ma femme est une imposture affreuse, et que je n’ai exercé que des actes de bienfaisance, dès que je me suis vu en possession de la confiance des chefs de l’armée catholique.

Cependant, c’est en votre présence que le citoyen Larivel a été égorgé?

— Rien de plus calomnieux. Je n’étais pas malheureusement à Fougères. Si j’y eusse été, j’aurais pu, je crois, empêcher cet accident.

Il paraît que la fonction que vous exerciez dans l’armée catholique était celle d’adjudant, et que vous délivriez des passe-ports ?

— Je n’en ai donné que pour sauver les individus qui, par une opinion trop manifestée, avaient pu s’afficher et couraient risque d’être les victimes de la colère des soldats de l’armée catholique. Je pourrais citer une infinité de traits qui justifieraient que je n’ai usé de la confiance que m’a accordée l’armée catholique que pour sauver les personnes et la propriété.

Si vous aviez respecté les lois et les propriétés, vous eussiez eu les principes d’un républicain et, par cette conséquence, vous ne vous fussiez jamais joint à une armée de brigands et de rebelles ?

— Ma faute est de m’être joint à eux : mais je ne les connaissais pas sous ces rapports. Dès que j’ai connu leurs sentiments, j’ai profilé du premier instant favorable pour les fuir.

Quel poste occupait Donnissan à la ci- devant cour de France?

— Je crois qu’il était un des premiers gentilshommes de la Chambre.

Etiez-vous en correspondance avec ce Donnissan ?

— Non, citoyens, que du moment où je l’ai vu à Fougères.

 — Avez-vous connu à l’armée ou à Paris le nommé Boirou ?

— Non, citoyens, je ne le connais pas.

N’aviez-vous pas occupé un poste à la ci- devant cour de France ?

— J’étais capitaine des Gardes du Roi à la formation de 1791.

N’avez-vous pas fait crier : « Vive le roi ! » dans la chaire de Saint-Léonard, à Fougères ?

— Oui, citoyens.

Quel était votre motif ? ,

— C’est que le grand nombre de soldats de l’armée catholique dominait à Fougères et que je craignais qu’ils eussent égorgé les habitants.

N’étiez-vous pas en correspondance avec la citoyenne Pommereuil, de Fougères?

— Je n’avais d’autre correspondance avec elle que d’être l’ami de son mari. 1

Qu’elles étaient les ressources qui vous faisaient vivre à Fougères ?

— Ma femme fait un commerce considérable et par ce moyen je vis à mon aise.

L’interrogatoire est ici interrompu, des témoins sont entendus contradictoirement avec Putod.

Le premier à comparaître fut le citoyen » Foubert. « Lequel, ayant juré de dire vérité, a déposé qu’il a vu différents passe- ports donnés par le général ou adjudant- général Putod, portant en substance laisser passer un tel bon royaliste et avoir entendu dire à un particulier de Saint-Aubin- d’Aubigné qui était allé en qualité d'espion à Fougères qu’il y avait entendu dire qu’un particulier, demeurant dans une maison belle grille de fer, qui est celle qu’occupait le citoyen Putod, enrôlait pour l’armée catholique tant les habitants de la ville que ceux de la campagne.

» Le citoyen Vigrou a déposé des faits, des passe-ports, et a ajouté que le citoyen Putod est sorti des gardes du ci-devant roi en 1791. Il a été l’objet d’une suspicion continuelle, tant à la municipalité qu’au comité de surveillance de Fougères.

» Pierre Herdor dépose que l’on a sonné le tocsin à Fougères trois ou quatre jours après le départ de l’armée pour que tout le monde se rassemble dans l’église Saint- Léonard ; qu’il s’y rendit et vit 4e citoyen Putod qui, étant monté dans la chaire, disait que si l’on ne se réunissait pas à l’armée catholique, il ferait tomber dix mille hommes pour écraser la ville de Fougères.

» Son épouse s’étant jetée à ses genoux, il la menaça de la faire fusiller, et ajoute que Putod fit venir environ quinze cents hommes de campagne, armés, qu’il força de se joindre à l’armée catholique.

» Au sujet de cette déposition, Putod répondit qu’il était vrai qu’il a recruté pour l’armée catholique, mais qu’il y avait tout au plus cent hommes du district de Fougères dont il ne se rappelait plus les noms.

 » Suivaient ensuite quelques témoins insignifiants, seule la déposition de Delisse, cher de la garde nationale de Fougères, fut accablante pour Putod.

 Delisse reconnaît le sieur Putod pour être l’assassin de sa mère; que dans tous les temps il s’est affiché en opposition aux principes révolutionnaires, et que dernièrement il a de lui-même fait injonction aux habitants de Saint-Aubin-du-Cormier de se rendre à l’armée catholique et d’amener les grains qu’ils pouvaient avoir.

» Les membres du comité de surveillance de Rennes avaient adressé à l’accusateur militaire deux passe-ports trouvés entre les mains des citoyens Rallier et Le Breton, de Fougères.

Ces passe-ports étaient ainsi rédigés : « Laissez passer M. Le Breton, « médecin de l’armée catholique et royale. » Signé : Putod, général de l’armée catholique et royale de Fougères, »

 l’autre : » Laissez rentrer M. Godinier, bon royaliste. » Putod, général en chef de l’armée catholique et royale de Fougères.

Le 7 novembre1793. » Ces passe-ports mis sous les yeux de Putod, il déclara les reconnaître pour être faits de sa main. »

 L’interrogatoire reprit ensuite. Le président lui ayant demandé s’il connaissait les individus avec lesquels il avait été arrêté.

 Putod répond « ne connaître que l’abbé » Maurière et quant au particulier qui le suivait en qualité de domestique il l’a pris à Dol sans le connaître, mais qu'il n’était nullement de l’armée des rebelles ;  que pour lui il s’en revenait à Bazouges pour se cacher et trouver les moyens de passer en Angleterre. »

Qui vous engageait à quitter l’armée?

— C’est que j’y ai vu beaucoup de désordre, de pillards, et d’assassins.

Quelles étaient les forces de cette armée?

— Elle était composée de quatre-vingt mille fusils et cinquante-cinq pièces de canon, selon ce que j’ai ouï dire.

Y a-t-il beaucoup de cavalerie ?

— Environ quatre mille hommes sur lesquels il ne faut compter que sur cinq cents.

De quelle paroisse êtes-vous natif ?

— De Périgny, à deux lieues de Besançon.

Le procès-verbal de l’interrogatoire se termine par ces mots :

« Telles sont ses déclarations qu’il a affirmées véritables, n’avoir rien à y ajouter, si ce n’est qu’il prie le tribunal puisque on a reçu des témoignages à sa charge, qu’il espère de la justice  qu’elle entendra aussi ceux qui pourront déposer à sa décharge. »

Les témoins que Putod désirait faire entendre étaient : Beaulieu, Douceau, Fournet, Bouteillier, Lebeau, Launay, des Quatre-Moulins, Mongodin et Chesnot.

Comme on l’a vu, la commission militaire, dans la soirée du 2 frimaire, condamna à mort Putod et son domestique Gourdellier.

Ils furent exécutés le 3 frimaire.

 

 

 

La Virée de Galerne – Octobre 1793, La Bataille de Fougères. <==

Fougères : QUE SONT DEVENUS LES RESTES DU CORPS EMBAUMÉ DU SAINT DU POITOU <==