Saint Maixent, le Vieux château est démoli en 1881 pour construire les casernements de la future Ecole militaire d'infanterieAlors que le 114e était à l'étroit dans l'ancienne abbaye appelée caserne des Bénédictins devenue Canclaux en 1886, le vieux château fort que le roi de France Louis VIII fit édifier en 1224 sera démoli en 1881 pour construire les casernements de la future Ecole militaire d'infanterie. ENSOA

CONSEIL GÉNÉRAL DES DEUX-SÈVRES

Séance du 20 novembre 1879.

Présidence de M. ANTONIN PROUST.

SOMMAIRE :

Dépôt et lecture par M. le préfet du décret autorisant la session extraordinaire. — M. le président donne acte de ce dépôt et fait un exposé des motifs de la session extraordinaire qui a surtout pour but la création d'une Ecole de sous-officiers à Saint-Maixent. — Sur la proposition du président, nomination d'une Commission de deux membres par arrondissement pour préparer la solution de la question de l'Ecole de sous-officiers. — Suspension de la séance, qui est reprise à quatre heures. — Lecture par le président de lettres de MM. Emile x\ymé et Failly qui s'excusent de ne pouvoir prendre part aux travaux du Conseil. — Lecture par M. de La Porte d'un rapport relatif aux questions de chemins de fer ; conclusions adoptées. — Rapport de M. Canne sur l'Ecole de sous-officiers de Saint-Maixent ; conclusions adoptées. — Voeu présenté par M. Jouffrault au sujet de l'augmentation de la garnison de Thouars et de l'envoi d'une garnison à Bressuire. — Renvoi de ce voeu au préfet sous forme de communication, pour être transmis au ministre de la guerre. — Clôture de la session extraordinaire.

Étaient présents : MM.. AYMÉ (Léo), D'ASSAILLY, BERNARD , BOURRU, DELAVAULT ( Eugène), DELAVAULT ( de Mauzé), DUPUIS , GANNE , GARRAN DE BALZAN (Emile), GARRAN DE BALZAN (Philippe), GOGUET, IMBERT, JAURAND, JOUFFRAULT, DE LA PORTE, PERRAIN (Amédée), PERRAIN (Théopile), PETIET, PROUST (Antonin), PROUST (de Lezay), ROBIN-DUBREUIL, SAUZÉ, TAUDIÈRE, TONNET, TRIBERT, DE TUSSEAU.

Étaient absents : MM. AYMÉ DE LA CHEVRELIÈRE (Emile), DELISLE, FAILLY, marquis DE MAUSSABRÉ, SAVARYDE BEAUREGARD.

M. le préfet assiste à la séance.

II. le préfet dit qu'il a l'honneur de déposer sur le bureau le décret qui autorise la session extraordinaire actuelle et il en donne lecture :

Le président de la République française,

Sur la proposition du ministre de l'intérieur et des cultes ;

Vu l'article 24 de la loi du 10 août 1871,

Décrète :

Art. 1er — Le Conseil général du département des Deux-Sèvres est convoqué en session extraordinaire pour le 20 novembre 1879, à l'effet de délibérer sur un projet de convention' avec l'État, en vue de l'installation d'une École de sous-officiers à Saint-Maixent, ainsi que sur les autres affaires urgentes que le préfet croirait devoir lui soumettre.

Art. 2. — Le ministre de l'intérieur et des cultes est chargé d'e l'exécution du présent décret.

 

Fait à Paris, le 11 novembre 1879.

Signé : JULES GRÉVY.

M. le préfet dit qu'il a fait déposer à la place de chaque conseiller un rapport Sur la question spéciale pour laquelle le Conseil est extraordinairement convoqué. Il prie, le. Conseil de l'excuser de n'avoir pas communiqué ce rapport plus tôt. Il n'était pas précisément fixé sur un des éléments principaux de la question; il s'agit du chiffre des dépenses prévues pour l'exécution du projet. Dans le rapport déposé, le chiffre prévu est de 600,000 fr. Ce matin, une communication de la direction du génie fait connaître que ce chiffre doit s'élever à 750,000 fr., plus 50,000 fr. à valoir sur l'imprévu; total, 800,000 fr, Le Conseil verra quelle subvention il croit devoir donner pour assurer l’exécution du projet.

Séance du 20 novembre

M président donne à M. le préfet acte du dépôt du décret qui autorise la convocation extraordinaire.,

M. le ministre de la guerre a décidé de transporter à Saint-Maixent l'École de sous-officiers, jusque-là installée provisoirement au camp d'Avor.

 C'est là que cette École prendra les développements qu'elle n'avait pu recevoir au camp. Le Conseil est convoqué pour délibérer sur la convention intervenue à cet égard entre le délégué de M. le ministre de la guerre et les représentants du département des Deux-Sèvres et de la ville de Saint-Maixent.

Le Conseil devra donc voir cette convention et en examiner les termes, soit en Commission, soit en réunion plénière, suivant la procédure qu'il adoptera.

M. le président croirait manquer à tous ses devoirs si, dès maintenant, il n'adressait à M. le ministre de la guerre tous ses remerciements de la décision qu'il a prise au profit de notre département.

 

 

…..A la suite de projets conçus par M. le ministre de la guerre relativement à la création ou plutôt au déplacement d'une école de sous-officiers, l'attention a été attirée sur la ville de Saint-Maixent, où se trouve situé un vieux château qui fait partie du domaine de l'État, lequel, plusieurs fois, depuis de longues années, a été affecté à des services publics.

La solution de cette difficile question a été promptement obtenue. Des pourparlers se sont engagés entre M. le ministre de la guerre, M., le président du Conseil général et M. le maire de Saint-Maixent.

L'État, qui possède déjà le vieux château, a pris à sa charge les deux tiers de la dépense ; l'autre tiers revenait à la charge de la commune de Saint-Maixent.

C'est dans ces conditions qu'a été posée la question de solliciter une subvention du département, appelé dans de certaines limites à bénéficier de cette innovation.

M. le préfet, dans son rapport sur cette question, a déterminé la quotité du chiffre de 60,000 fr. à soumettre aux délibérations du Conseil général.

La Commission précitée, nommée par le Conseil général, a examiné successivement tous les points soulevés par cette nouvelle création.

Plusieurs membres ont pris la parole ; on a discuté le quantum de la dépense, qui primitivement a été évaluée à 600,000 fr.

M. le commandant du génie et M. le maire de Saint Maixent ont donné, chacun en ce qui le concerne, des explications desquelles il est résulté que le chiffre momentanément exigé pour cette nouvelle installation ne dépasserait pas 800,000 fr.

La Commission, après avoir pris connaissance de la convention intervenue entre M. le ministre, les représentants du département et M. le maire de Saint-Maixent, en approuve les termes.

La Commission demande au Conseil général de prendre acte de l'engagement de M. le maire de Saint-Maixent de faire supporter par cette ville la totalité du tiers de la dépense nécessaire à l'établissement de l'École de sous-officiers, sauf à recevoir du département la somme de 60,000 fr. en six annuités de 10,000 fr., se chargeant du reste de la dépense à effectuer dans le présent et l'avenir.

La Commission a donc décidé qu'elle proposerait au Conseil général d'aider la ville de Saint-Maixent dans le tiers des dépenses visées dans la convention du 30 octobre.

La somme offerte par le département à la ville de Saint-Maixent, à titre de subvention, serait de 60,000 fr., payable en six annuités de 10,000 fr. sans intérêt.

Ces propositions, mises aux voix, ont été adoptées à l'unanimité des membres de la Commission.

A la suite de cet exposé qui résume les délibérations de votre Commission, je croirais manquer à ma mission de rapporteur si je ne priais pas le Conseil général de joindre ses témoignages de félicitations aux miens pour remercier M. le président du Conseil général et M. le maire de Saint-Maixent de l'heureuse issue de leurs négociations préliminaires avec M. le ministre de la guerre, lequel a trouvé dans le principal administrateur du département le concours le plus actif et le plus éclairé.

Je termine, messieurs, ce rapport bien sommaire en calmant certaines appréhensions qui pourraient être soulevées pour les villes voisines où sont établis des casernements ou établissements militaires qui n'ont pas à redouter des amoindrissements, mais bien plutôt à conserver la certitude que les engagements pris par l'État seront maintenus.

Les conclusions sont adoptées.

 

L'ÉCOLE MILITAIRE D'INFANTERIE ET DE CHARS DE COMBAT DE SAINT-MAIXENT

Jeune, elle l'est : elle est la cadette des grandes écoles militaires de France et compte à peine cinquante ans d'existence. Mais son passé est déjà lourd d'une gloire impérissable : « Depuis sa création jusqu'au 2 août 1914, treize mille officiers sont sortis de son sein. Au début de la guerre, 5.200 comptaient aux armées ; 2.622 sont morts. La moitié ! » (Extrait du discours prononcé par le général Rondenay, le 2 mai 1926).

Il s'agit de l'Ecole militaire de Saint-Maixent, ou pour la désigner par un terme plus officiel : Ecole militaire de l'Infanterie et des Chars de Combat.

Cette Ecole quand et pour quelles raisons fut-elle créée ?

Jusqu'en 1872, les sous-lieutenants d'infanterie se recrutaient à deux sources différentes : l'école de Saint-Cyr et le rang.

L'ordonnancé de 1832, en effet, accordait le tiers des vacances de sous-lieutenant dans les corps de troupe aux sous-officiers des corps où avaient lieu ces vacances. Le sous-officier passait donc sous-lieutenant dans le même régiment où il avait servi comme sous-officier. Le régiment avait donc intérêt à ne choisir et ne choisissait, on le comprend, que les sous-officiers les plus dignes ; mais il arrivait bien souvent que ces sous-officiers qui s'étaient révélés dans les camps excellents instructeurs et sur le champ de bataille magnifiques soldats, n'avaient eu ni le temps ni les moyens de développer autant qu'il aurait été nécessaire cette culture intellectuelle qui s'affirme aussi indispensable au métier des armes que les connaissances professionnelles.

De ce fait résultait pour eux, vis-à-vis de leurs camarades sortis d'une école, une infériorité regrettable.

Nécessité s'imposait donc, avant de leur coudre sur la manche la « ficelle dorée », de grouper en une école les sous-officiers jugés dignes d'être nommés sous-lieutenants.

C'est de cette nécessité qu'est née l'Ecole militaire de Saint-Maixent.

Son histoire ?

Il est de tradition de la diviser en trois périodes : La « période pré-maixentaise » ou « période du camp d'Avor » ; période de tâtonnements qui s'étend de 1873 à 1881.

Pendant qu'à Saint-Alaixent se construisent sur remplacement du vieux château de la ville les bâtiments de la future école, huit promotions se succèdent.

Le 10 avril 1881 arrivent à Saint-Maixent les premiers élèves.

La période, dite « des temps modernes » s'ouvre : elle se terminera le 2 août 1914.

Puis c'est la guerre.

Les 432 sous-officiers qui, au moment de la déclaration de guerre, se trouvaient reçus à l'examen d'entrée ne « rejoindront » qu'en octobre 1919.

Mais que de vides ! Le monument spécial que la Promotion Alsace-Lorraine a élevé à ses morts porte cette laconique et impressionnante, inscription : « A la mémoire de nos camarades morts au champ d'honneur. Hommage des 178 officiers élèves de la promotion 1914-1920, survivants des 432 candidats admis ».

En novembre 1920, la vie normale reprenait. Mais si de 1881 à 1914 la physionomie de l'Ecole n'avait guère changé, de 1920 à 1930 que de modifications, de perfectionnements, d'agrandissements !

L'Ecole est non seulement en perpétuelle évolution, mais encore en perpétuelle extension. Dans une de ses lettres familières adressée à son confident Tiron, Cicéron dit qu'en dépit de ses 59 ans, il se sent toujours un « adulescens ».

« Adulescens » explique-t-il, en faisant à l'honnête Tiron un petit cours d'étymologie, ce mot vient du verbe « adulescere » qui signifie : croître ; « adulescens », c'est « celui qui croit », « celui qui s'augmente ». et il ajoute : « Je n'ai jamais cessé d'étudier, j'apprends toujours quelque chose, je m'enrichi s chaque jour de nouveaux apports. Je ne reste pas stationnaire, donc, en dépit de mes 59 ans et de mes cheveux blancs, je suis toujours un adulescent ».

L'Ecole militaire de Saint-Maixent, elle aussi, a dépassé la cinquantaine, mais plus encore et mieux que le susdit Marcus Tullius Cicero, elle a le droit de se dire : « adulescens ».

On a écrit — et à tort du reste — (oh ! détestable puissance des formules ! plus elles sont frappées en médaille, mieux elles font image ! mais la joie d'avoir trouvé une expression pittoresque se paie toujours par un sacrifice à la vérité !), on a écrit, dis-je, et répété que de 1881 à 1914 l'Ecole de Saint-Maixent avait été une : Académie de maniement d'armes.

Nous n'avons pas ici le loisir de montrer combien cette expression méconnaît et sous-estime ce qu'a été l'Ecole d'avant-guerre, mais, puisque nous en sommes à des images tirées du giron de l'Alma Mater, disons qu'à partir de 1920, l'Ecole est devenue une « Université ».

 Le mot n'est pas de moi. Il est de quelqu'un qui doit s'y connaître, il me semble, puisqu'il appartient à l'Université, qu'il est une des lumières de la Sorbonne et que, venu en 1928 à Saint-Maixent pour y faire une conférence littéraire il écrivait, après avoir visité l'Ecol e — dont auparavant il ignorait l'existence — un article dans Comœdia qui fil sensation et qui s'intitulait : « L'Université inconnue ». Je veux parler de M. Fortunal Strowski.

Une Université ? oui ! avec ses amphis, ses chaires multiples, ses salles d'étude, ses laboratoires, ses musées, ses collections, sa presse et son imprimerie.

Pour y installer toutes ses annexes, l'Ecole a d'année en année réservé à son usage tous les bâtiments qui, avant- guerre, étaient occupés par le régiment aujourd'hui dissous : le 114.

Une Université ? oui encore ! et avec ses deux Facultés, si j'ose dire ; car elle a deux espèces d'étudiants : les E. O. A. et les E. O. R. Elèves officiers d'active et Elèves officiers de réserve.

Elèves officiers d'active. Jusqu'en 1927 (décret du 25 novembre) l'élève officier, l' « aspirant » ne faisait qu'un an d'école.

Dix mois, c'était bien peu ! A l'heure actuelle où le service militaire est à court terme ; où le soldat ne reste sous les drapeaux qu'un minimum de temps ; où le matériel s'est perfectionné, multiplié, spécialisé ; où la conduite au combat de la section et de la compagnie réclame du chef d'être le technicien non seulement d'un matériel mais de plusieurs matériels, à l'heure actuelle, dis-je, il faut à l'officier un art pédagogique plus consommé, un ensemble plus complexe de connaissances professionnelles.

 Connaissances techniques si nombreuses qu'une année était insuffisante et aussi culture intellectuelle. Car, la remarque est du général Debeney, « plus il est nécessaire de recourir à la technique, plus il est indispensable de bannir l'esprit technique ».

Or, le seul moyen de lutter contre ce rétrécissement du cerveau qu'entraîne toute spécialisation, n'est-ce point d'enrichir l'esprit de ces clartés de tout dont parle Molière, de déployer bien large l'éventail de ses connaissances et de donner à l'intelligence le goût de « conduire à quatre ou à huit ».

Tenir au poing quadruple ou sextuple guide au lieu de l'aiguillon routinier qui fait tourner l'âne autour de la meule.

Que l'officier sache son métier d'officier, ce n'est pas assez.

Il faut qu'à l'Ecole, on lui ait ouvert sur le monde extérieur, vers les quatre points cardinaux de la pensée humaine de vastes baies, de larges fenêtres.

Et voilà pourquoi, à l'Ecole, à côté des cours d'Instruction Militaire, nombreux et variés sont les cours d'instruction générale : littérature française, histoire diplomatique, géographie, sciences physiques et naturelles, etc., etc.

Des maîtres de l'Université de Poitiers viennent tous les ans faire aux élèves quelques conférences et un certain nombre d'officiers professeurs de l'Ecole ont mis sur pied toute une organisation de « cours du soir » où les élèves qui ne sont pas bacheliers peuvent préparer leur première ou deuxième partie du baccalauréat.

Les mêmes murs qui pendant la journée ont entendu parler du fusil-mitrailleur, entendent le soir traduire du Xénophon ou du Tacite ou discuter de Sociologie.

Nombreux sont les élèves qui, depuis 1927, ont ajouté à la « ficelle d'or » que le tailleur, en fin de la première année de cours, leur cousait sur la manche, la peau de lapin qui orne la toge du bachelier.

E. O. A., c'est-à-dire élève officier d'active pendant la première année, l'aspirant, devenu sous-lieutenant, est O. E. A., c'est-à-dire officier élève d'active pendant la second e année.

Faculté des E. O. A. « l'Université inconnue », est aussi faculté des E. O. R. Le 15 octobre 1920, le ministre décidait la création à l'Ecole de cours spéciaux pour les futurs officiers de réserve. Excellente mesure qui faisait que sous les plis glorieux d'un même drapeau (le drapeau de Saint-Maixent est chevalier de la Légion d'honneur) futurs officiers d'active et futurs officiers de réserve apprennent à mieux se connaître et, partant, à mieux s'estimer.

Tous les ans, depuis janvier 1921, les bâtiments du vieux monastère, devenu Caserne Canclaux) et les constructions neuves de la Caserne Coiffé voient se succéder deux promotions d'E. O. R.

La promotion d'hiver (novembre-mai) compte en moyenne 700 élèves, la promotion d'été (mai-octobre) environ 250. Etudiants, instituteurs, séminaristes, docteurs en droit, licenciés ès-lettres, élèves de l'Agro, premiers prix du Conservatoire, c'est toute la fleur intellectuelle de la jeunesse française qui passe ainsi à l'Ecole six mois de bonne camaraderie avec les officiers d'active de demain.

Fait symbolique : les promotions d'E. O. R. portent le même nom que la promotion contemporaine d'E. O. A. Officiers d'active, officiers de réserve, la France n'a qu'une seule et même épée et elle est forgée du même métal.

Et de même qu'il y a E. O. A. et O. E. A., il y a E. O. R. et O. E. R. Les O. E. R. sont de création nouvelle ; ils viennent faire neuf mois à l'Ecole comme sous-lieutenants, en exécution de l'article 31 de la loi de recrutement. Ils proviennent de Normale supérieure Lettres et de Centrale.

J'ai écrit au début de cet article que l'Ecole de Saint-Maixent est une « jeune » ; elle est aussi une « modeste ». Modeste, comme il convient à une cadette ; modeste comme l'est tout ce qui — homme ou institution — se glorifie d'un lourd passé de services rendus et se prépare à un avenir plus lourd peut-être encore de services à rendre.

Modeste, oui, je le répète ; elle est a si peu songé à se faire « de la réclame » qu'il y a des milieux en France où elle est encore ignorée !

« Res non verba ».

Elle s'est contentée de mettre dans la main des officiers qu'elle avait formés une épée — et de quelle trempe ! — et d'allumer dans leur âme la flamme inextinguible d'un Idéal.

 Et il n'est pas un Saint-Maixentais qui, de quelque manière, n'ait écrit une page d'épopée.

Epopée prosaïque et sans gloire de ceux parmi les Saint-Maixentais qui, trop âgés pour pouvoir aspirer aux plus hauts grades, ont vécu la vie de garnison, cette vie faite de servitude et d'obscure grandeur : la vie de sacrifices ignorés, de dévouements anonymes, d'héroïsmes cachés, d'abnégations silencieuses.

Qui dira la vie de ces officiers subalternes dont les grandes âmes s'évertuèrent dans de petits destins ? Ils ont, ces officiers que la retraite ou la mort a surpris avant l'aube de 1914, ils ont, eux, les obscurs, les résignés, les anonymes, contribué à gagner cette victoire que leurs cadets, formés par leur effort et leur exemple ont ramenée sous nos drapeaux.

Epopée toute chaude des soleils du Tchad ou des cieux d'Indo- Chine, de ces jeunes qui, ardents à la vie, prompts à l'enthousiasme, prêts à l'essor sont allés conquérir à la France d'autres Frances asiatiques et africaines.

 Combien de nos Saint-Maixentais jalonnent de leurs os les étapes de ce chemin de gloire : le Niger, le Tchad, l'Oubanghi, le Nil, les plateaux de Madagascar, les forêts du Tonkin !

Epopée de ceux — heureux deux fois ceux-là — qui, après avoir sur l'enclume des expéditions lointaines forgé l'épée victorieuse de la France de 1914, ont contribué à réaliser le vœu formulé par le grand Vosgien qui dort face à cette « Ligne bleue » à laquelle on pensait toujours.

Pour reprendre les provinces perdues, pour combattre dans la juste guerre qui défendait le Droit et la Liberté, plus de 2.622 Saint-Maixentais sont tombés: 5 généraux, 6 colonels, 33 lieutenants colonels, 356 commandants, 1.264 capitaines, 704 lieutenants ou sous-lieutenants, 254 aspirants.

Epopée aussi de ceux — car les morts vont vite ! — de ceux qui, à peine sortis de l'Ecole, ont été tués dans les combats d'hier, en Cilicie, au Djebel-Druse, au Riff. De ces promotions de jeunes d'après-guerre, quatre-vingts sont déjà tombés et la liste que nous avons constituée ! hélas ! n'est pas complète.

« Le Travail pour loi, l'Honneur pour guide ».

Telle est la devise que l'Ecole s'est donnée en 1920. C'était résumer, en une laconique formule, l'histoire du passé de l'Ecole.

C'était aussi tirer une lettre de change sur l'avenir.

Les élèves de l'Ecole sauront, quand il le faudra, l'acquitter de leur sang.

 

Capitaine René JEANROY.

Professeur à l'Ecole militaire de Saint-Maixent

 

Rapports et délibérations / Conseil général des Deux-Sèvres

 

 

Juillet- Aout 1224 - Prise de Saint-Maixent, Niort, Saint Jean-d’Angely et La Rochelle (Louis VIII – Savary de Mauléon) <==

Le château de Saint-Maixent en 1586  <==

Le 114 Régiment d’Infanterie et la caserne Canclaux de Saint Maixent <==