Château de Taillebourg, le financier Jacques Coeur est arrêté sur ordre du roi de France Charles VII

Le 31 juillet 1451, après avoir entendu le Grand Conseil au château de Taillebourg près de Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime), le roi Charles VII décide d’imputer à Jacques Cœur, en sa présence, le crime de lèse-majesté, ce qui a pour conséquence son arrestation immédiate par les gens de Prégent de Coetivy, son emprisonnement, et la mise sous séquestre de ses biens. Jacques Cœur demeure longtemps dans la tour du château de Taillebourg.

Le roi, travaillé avec acharnement par son entourage, donne donc l'ordre d'arrêter son ministre avec lequel il se trouvait à Taillebourg. — Nous sommes au 31 juillet 1451  Jacques Cœur est emprisonné d'abord à Lusignan, conduit ensuite au château de Maillé et enfin dirigé sur Tours. Comme juges, on lui inflige ses dénonciateurs, ses spoliateurs futurs et on alla même jusqu'à lui refuser un défenseur.

Malgré toute la mauvaise foi apportée dans les débats, la dénonciation de la dame de Vendôme est reconnue fausse et elle est condamnée il faire amende honorable à l'Argentier. Cependant Jacques Cœur n'est pas élargi, car, à peine la première procédure était-elle termi-née, qu'il était l'objet de nouvelles accusations.

Ce n'est qu'après un emprisonnement de plus de trois années et sous les menaces de la torture, que l'Argentier entra dans la voie d'aveux, sans valeur, et qu'il est condamné par ces « vautours de cour ».

Quels étaient donc ces nouveaux chefs d'accusation ? D'abord, on fait revivre une vieille affaire remontant à 1429, époque à laquelle il avait été compromis dans une question d'altération de monnaie d'or d'un poids moindre que celui fixé par les ordonnances ; ce n'était pas sérieux, puisque, à cette occasion, des lettres de rémission lui avaient été accordées par le roi.

On lui reproche d'avoir contrefait le sceau royal, d'avoir exigé des Gênois, pour lesquels il s'était entremis, une somme de 6.000 écus d'or.

D'autres faits non prouvés cependant, mais plus sérieux pour l'époque, viennent grossir ces accusations mensongères : on le présente comme ayant fait don au Sultan d'armures, d'avoir fait passer en Turquie une grande quantité de cuivre et 20.000 marcs d'argent ; enfin on l'accusa d'avoir livré aux infidèles un esclave chrétien réfugié dans un de ses comptoirs, puis embarqué sur une de ses galères.

Cette dernière déposition devait avoir une influence énorme sur l'issue du procès, sur des juges qui condamnaient par ordre et pour satisfaire des rancunes, et, coïncidence, la date du jugement portant condamnation est celle même de la prise de Constantinoplz (29 mai 1453).

Quelques éclaircissements s'imposent sur ces divers chefs d'accusation afin de faire ressortir l'iniquité de la procédure et défendre ce grand citoyen qu'un roi, lui aussi enfant de Bourges, Louis XI, devait réhabiliter :

« C'était sur la déposition formelle de Jeanne de Vendôme, dame de Montbazon, qu'il avait été emprisonné. Son fils, Jean Cœur, archevêque de Bourges et ses autres enfants intentèrent un procès à cette dame. Elle fut condamnée à faire amende honorable à Jacques Cœur, pour avoir témoigné contre la vérité.

« Il ne fut pas pour cela mis hors de prison. On ne suivait pas contre lui les voies de justice ; le roi avait chargé une commission de son conseil d'instruire son procès ; elle était formée du comte de Dammartin, du sire de Gouffier, d'un Florentin nommé Othon Castellan, qui avait eu sa charge d argentier ; enfin de ses plus cruels, ennemis. On chercha de nouveaux prétextes.

 Il fut d'abord accusé d’avoir conspiré contre le roi ; mais il n'eut pas grand'peine à s'en justifier. Alors on trouva d'autres griefs. Il avait, disait-on, fait sortir du royaume beaucoup d'argent et de cuivre, envoyé en Egypte un esclave chrétien réclamé par les Sarrasins, contrefait le sceau-privé du roi, ruiné, le Languedoc par ses exactions, vendu des armes aux infidèles.

Ce fut en vain que ses enfants et lui demandèrent aux commissaires la permission de faire entendre des témoins. On exigea qu'il se justifiat par preuves écrites, et, cependant, on reçut contre lui toutes sortes de témoignages, provenant de gens infâmes, accusés de meurtres et décriés pour leurs crimes. Il demande des avocats et un conseil, et ne put les obtenir. Il supplia qu'au moins on lui permit d'être assisté du principal de ses facteurs de commerce en qui il avait confiance. On ne le voulut pas, et on lui en donna deux qui, selon lui, se connaissaient mal en matières de finances.

 On interdit à ses fils, même à l'Archevêque de Bourges, de venir en sa prison recevoir de lui les indications nécessaires pour se procurer les pièces justificatives. Les deux facteurs, dont l'assistance lui avait été accordée, n'avaient 'point licence de lui parler, ni de lui demander des explications sur les choses qu'il indiquait. Ils ne pouvaient recueillir aucuns témoignages, mais seulement chercher des pièces et des registres. » (i).

Le 30 juin 1451, Charles VII prenait possession de Bordeaux par commissaires.

Le 26 juillet suivant, Cœur signait de sa main la quittance d'une nouvelle gratification que le roi venait de lui accorder, à Taillebourg, où il était venu le retrouver.

C'est au château de Lusignan que l'illustre Jacques Cœur, arrêté à Taillebourg le 31 juillet 1451, fut conduit par Mathieu de Harcourt, capitaine des archers de la garde du roi. Il y fut détenu durant tout le temps de l'instruction de son procès, sous la garde d'Antoine de Chabannes.

  emprisonné et comme juges on lui donne ses plus cruels ennemis. ….

« Dès lors plus de défense et plus de liberté

Plus même de justice et plus de vérité

Ce roi qui lui devait la fortune et la gloire,

Des services rendus soudain perd la mémoire.

Livre son grand ministre à ses accusateurs,

Pour juges lui choisit ses propres délateurs,

D'avance offre ses biens à leur meute altérée,

Lui-même prend sa part de l'infâme curée,

Et fait jaillir aux plis de son manteau royal

La souillure sans nom d'un lucre déloyal. » (2).

Frappée de tant d'injustices, sa femme meurt de chagrin pendant le procès et est inhumée dans l'église de St-Aous-trillet. (Restes de cette église dans l'immeuble occupé place Jacques-Cœur par la photographie Abel.)

La commission chargée de l'examen de cette grave affaire, composée de Hugues de Couzay, lieutenant du sénéchal de Poitou, Jean Tudert, Pierre Rocque, Denis d'Auxerre, Pierre Gaboureau, Guillaume Toreau, Jean Barbin, magistrats presque tous d'origine poitevine, travailla jusqu'au mois de juin 1452.

Transféré alors au château de Maillé, en Touraine, Jacques Cœur fut amené, en 1453, au château de Poitiers (Notice Historique sur le Château Triangulaire de Poitiers – Jean de France, duc de Berry et comte de Poitou), pendant que le roi, revenu à Lusignan où il avait mandé les commissaires avec les pièces de la procédure, se préparait à faire prononcer la sentence définitive.

 Le 29 mai 1453, le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins, en présence du roi, du grand conseil et de toute la cour, donna lecture de l'arrêt qui condamnait Jacques Cœur au bannissement et confisquait ses biens pour crimes de concussion, d'exaction, lèse- majesté, de transport d'argent hors du royaume, en particulier chez les Sarrasins.

jacquescoeur

Quelques jours après, le 5 juin 1453, il subissait sa sentence et faisait amende honorable au roi, nu-téte, une torche à la main, en requérant

 « mercy à Dieu, au roy et à la justice. »

— L'arrêt était enregistré au Parlement de Toulouse le 15 août 1453.

Néanmoins tous les malheurs qui le frappaient n'avaient pas altéré le dévouement de ses commis; ils devaient à l'Argentier leur fortune et dans la circonstance, ils resteront ses amis, bien qu'il puisse leur en coûter. C'est ainsi que Jean de Village refusa de remettre aux gens du roi les navires de son maitre ; il ne dut sa liberté qu'à la fuite.

 Pendant environ un an, on perd de vue le condamné ; il quitte en secret Poitiers, puis sa présence est signalée dans un couvent des Cordeliers de Beaucaire ; c'est un lieu d'asile, lieu sacré et, malgré les ordres du roi, les religieux résistent et refusent de livrer leur hôte ; une surveillance incessante des gens du roi interdit toute évasion.

Mais Jacques Cœur ne désespère pas ; il écrit à son neveu Jean de Village, alors à Marseille, en lui demandant secours. Ce dernier s'entend avec deux autres facteurs de l’Argentier et engage une vingtaine de compagnons décidés ; ils se rendent à Tarascon, puis font connaître au Maître les conditions, le jour et l'heure de l'enlèvement.

Ils traversent le Rhône, à l'aide d'une barque, le jour fixé, joignent les murs d'enceinte de Beaucaire où ils arrivent, vers minuit. L'un d'eux connaissait une ouverture dans la muraille ; il ne fallait que l'élargir afin de faciliter l'enlèvement et la fuite.

Ils attendent le moment propice, ils atteignent la chapelle du couvent sans éveiller l'attention,- font irruption à l'heure de matines et sous les yeux effarés des moines, ils enlèvent Jacques et l'entraînent sur les bords du fleuve, se jettent dans la barque ; bientôt, ils sont sur l’autre rive.

Cœur est sauvé.

 

Jacques Coeur, "citoyen de Bourges" : Bourges au XVe siècle, la vie de l'argentier, son hôtel / Edmond Jongleux,...

Paysages et monuments du Poitou / photographiés par Jules Robuchon

 

 

Prise de Taillebourg par CHARLES VII contre des compagnies de brigands et d'écorcheurs retranchés dans le château(1441) <==.... ....==> Notice Historique sur le Château de Taillebourg


(1) De Barante (Histoire des ducs de Bourgogne).

(2) Poésie de M. Buhot de Kersers (mise au concours par la Revue du Berry à l'occasion du Festival-Concert donné au Théâtre le 18 juin 1865, en vue de recueillir des fonds pour l'érection d'une statue de l'Argentier.)