François 1er- Dame du Puy du Fou - le Primatice - O Rochebrune - Voyage dans le temps et les origines de la Renaissance Artistique en Poitou

M. de Rochebrune, analysant un mémoire sur cette question, expose comment la noblesse, au retour des guerres d’Italie de Charles VIII et de Louis XII, reconstruisit ou aménagea suivant un gout nouveau ses vieux châteaux.  On peut citer le château de Puy-Greffier (Louis XII), dont les fenêtres sont ornées de torsades comme à Blois ; le cloitre de Luçon, la maison de M.Brisson, à Fontenay le Comte ; Goulaine, etc…..

(Voyage Historique sur l’église - cathédrale de Luçon)

Ce ne sont pas des Italiens qui ont importé ce style. On avait des modèles, des dessins au moyen desquels les architectes français ont remanié le style gothique sans le faire disparaitre. Ce mouvement, sans être très-sérieux, fut cependant assez considérable.

M.Fillon cite à l’appui l’ouvrage d’architecture du Poitevin Julien Mauclerc, mais surtout le livre de Jean Pelerin, dit Viator, publié en 1505 par son auteur, qui était né à Coron, sur les frontières du Poitou. L’on y voit la transition du gothique à la Renaissance.

On passe à la question ainsi conçue : Monuments de la transition du gothique au style Renaissance ; leurs caractères.

M. de Rochebrune établit que, sous François 1er, les artistes ou architectes italiens ont eu bien moins d’influence qu’on ne le croit généralement. Les lignes perpendiculaires, qui sont dans la donnée gothique, domine seules dans les monuments de cette époque, comme à Josselin. Les clochetons sont devenus pilastre sans perdre leur caractère primitif. La lucarne même à une tradition gothique. Les façades, comme à  Apremont, ont des médaillons ronds, importation italienne. Les bustes d’empereurs romains, appliqués après coup dans les médaillons, paraissent avoir été faits dans des fabrique et non sur place. Le fronton triangulaire grec n’est presque jamais employé ; c’est le type gothique qui est conservé. La loge italienne, employée dans la maison de Foussais et à la ferme de la Voûte, sur la Sèvre, est promptement abandonnée à cause de l’humidité du climat.

Sous François 1er, les chapiteaux sont presque tous ioniques. Des arabesques sont semées sur le plat des pilastres. Cette importation italienne, qui provient de l’arc de Titus, fut abandonnée après François 1er.

Parmi les monuments de cette période, il faut citer Apremont, les Granges-Cathus (1522), le cloitre de Luçon, le prieuré de Mouzeuil (1524), la sacristie de Notre-Dame de Fontenay, le pavillon méridional de Coulonges, antérieur à la construction de 1540.

Le mouvement architectural de cette période fut surtout imprimé par les d’Estisac, qui occupaient le siège de l’abbaye de Maillezais et possédaient Coulonges.

M. Fillon fait remarquer, à son tour, qu’on accorde trop d’importance à l’influence italienne dans le renouvellement de l’architecture.

Le mouvement qui modifia et fit disparaitre le style gothique était commencé dès 1480, avant les guerres d’Italie.

Le tombeau de Nantes (1508) est tout entier de la Renaissance ; il en est de même de celui des enfants de Charles VIII, à Tours. Ainsi la vue de l’Italie n’a fait que développer un germe français.

M. Fillon cite de nouveau Jean Pèlerin et Pierre Lanoue des Herbiers, auteur du manuscrit La Cité de Dieu, conservé à la Bibliothèque de Nantes (1490), de style purement Renaissance. Les rois de France, ajoute-il, ont assurément amené dans notre pays des artistes italiens, ainsi que le prouve une pièce qu’il cite, datée de Naples et émanée de Charles VIII ; mais l’art français était déjà éclos.

M. de Rochebrune fait remarquer qu’il y eut antagonisme entre les architectes français et italiens, mais que les constructions si remarquables du XVe siècle, œuvre des premiers, sont biens supérieures et bien plus difficiles d’exécution que les constructions élevées par les seconds.

Voyage dans le temps et les origines de la Renaissance artistique en Poitou

 

Mémoire de M. de ROCHEBRUNE

Malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de rencontrer dans le Bas-Poitou plusieurs constructions complètes appartenant au règne de Louis XII. A cette époque intéressante ou un art nouveau, prêt à éclore, mêle sur le nu des murs ses colonnes et ses chapiteaux corinthien aux clochetons prismatiques, ses oves, ses arabesque inspirées des pilastres antiques aux gargouilles, aux rinceaux, aux choux frisés du XVe siècle (1), il fallait l’avènement au trône du jeune monarque qui a donné son nom à cette merveilleuse période artistique. Il fallait que, sous l’influence de cette nature distinguée, amante passionnée des arts et de littérature antique, la noblesse qui l’entourait, entrainée par son exemple, chercha à transformer en nombreuses villas italiennes les sombres demeures féodales ou elle avait jusqu’alors vécu.

Pendant que le glorieux François 1er, ainsi que l’appellent ses contemporains, élevait Chambord, l’incomparable création de Chabot, l’âme émue par cette prodigieuse construction, plantait sur les rochers d’Apremont les deux tours qui nous restent encore et où l’on retrouve un souvenir très-amoindri de celles du donjon de Chambord.

La grande et belle façade qui les reliait n’existe plus, elle a été détruite en 1793 ; mais Jehan-Baptiste Florentin, dans un curieux dessin à la plume, nous en a conservé les principales lignes architecturales. Ce croquis donne une haute idée des artistes et architectures employés à cette construction.

Nous classerons encore dans cette période le château des Granges-Cathus, élevé en 1522, sur une construction plus ancienne, dont on voit encore les baies conservées dans presque tout le rez-de-chaussée de l’édifice. Si la sculpture décorative des Granges-Cathus se recommande par l’élégance du dessin, la variété et l’originalité des types, son exécution laisse beaucoup à désirer. La partie architecturale est encore plus défectueuse : l’homme de génie a manqué autant que les ressources pécuniaires ont le renferme. Nous trouvons employé aux Granges-Cathus, comme moyen décoratif, ce système de médaillons représentant des marques de l’antiquité païenne dont bon nombre d’autres constructions, telle que Oiron, Beauvais, Chenonceaux, une maison de Blois, nous offres les analoques  soit en marbre, soit en terre cuite.

Nous laissons à l’heureuse et savante habileté de notre ami, M. Fillon, le soin de rechercher les ateliers ou se confectionnaient ces médaillons, pour la plupart sortis des mêmes mains.

Une portion du cloitre de Luçon a pu être construite dans cette même période, de 1510 à 1530 ; les voûtes ogivales qui recouvrent ses trois galeries ne peuvent lui assigner une date plus ancienne, car, bien longtemps après le milieu du XVIe siècle, nous voyons encore la forme ogivale subsister dans les voûtes des chapelles ou églises. Il en existe dans notre contrée plus d’un exemple, même au XVIIe siècle (la chapelle d’Ardens, les voûtes de Notre-Dame de Fontenay). Quant à l’aile méridionale du cloitre de Luçon, sa date forcément inscrite dans les baies à pilastres niellés d’arabesques, avec pièces d’appui et architraves, offrant tous les profils et détails de l’art déjà avancé de la première période de la Renaissance

Au prieuré de Mouzeuil, nous trouvons encore quelques restes de cette même époque de la Renaissance. Les sculptures d’une belle exécution qui se voient encore sur les cheminées, dont l’une a été transportée au château de la Pelissonnière, par les soins de M. de Raqueau, ont été exécutées sous l’inspiration d’un d’Estissac, dont nous aimerons à constater la haute influence artistique dans notre province lorsque nous parlerons de Coulonges, construit en entier par l’un des membres de cette famille.

Signalons encore quelques débris mutilés, provenant du chœur de l’abbaye de Maillezais et conservé au musée de Niort ; néanmoins, nous ne classerons pas ces restes de sculptures à la même date que Mouzeuil : ils ont dû précéder de quelques années la construction de Coulonges ; mais ils sortent évidemment des mêmes mains qui ont bâti ce château considérable. Si l’on parvient à trouver un jour le nom de l’artiste qui a fait les sculptures du chœur de Maillezais, on pourra sans crainte lui attribuer la plus grande partie de celles qui ornent les voûtes, les plafonds et les chapiteaux du château de Coulonges.

La sacristie de l’église Notre-Dame de Fontenay et quelques chapiteaux de l’église St-Jean appartiennent aussi à cette époque.

 

 

COULONGES

Ce n’est qu’en dépassant l’année 1540 que nous voyons s’élever en Bas-Poitou deux grandes constructions, qui par leurs belles proportions architecturales ou leur richesse décorative, devaient laisser bien loin derrière elles, si l’on en excepte toutefois Apremont, tout ce qui avait été bâti dans les époques précédentes.

Nous classerons encore dans cette époque la fontaine de Fontenay, la chapelle Brisson, à Notre-Dame de Fontenay : la première de 1542, la seconde de 1554.

La fontaine de la Fosse, transportée aujourd’hui à Chassenon, mérite une mention toute particulière eu égard à la finesse de ses sculptures et à l’élégance tout originale de sa structure ; elle porte la date de 1557.

Le château de Coulonges-les-Royaux, élevé par Louis d’Estissac, de 1543 à 1550, était une de ces constructions complètes comme la France en a malheureusement si peu conservé de nos jours. Qu’on se figure une cour carrée de trente et quelques mètres sur chaque face, cette cour entourée de beaux bâtiments de tous côtés, et l’on aura une idée du grand développement de toutes ces constructions.

Mais, bâtie à une époque où l’art, ayant perdu la sève originale et puissante qui avait signalé ses premiers jours, allait se fondre dans la tradition purement romaine, les façades de Coulonges avaient quelque chose de maigre et de lourd tout à la fois, qui plait médiocrement au premier coup-d ’œil. Il fallait pénétrer dans l’intérieur, rester étourdi de la richesse et la variété des plafonds, de la perfection apportée dans la taille des nervures et dans l’appareil des voûtes de la lanterne de l’escalier et des cuisines, de la pureté exquise des bases et des chapiteaux et de tous les membres d’architecture employés, pour être immédiatement convaincu que la main d’un maitre avait passé par là.

L’escalier, à double volée, était la pièce capitale du château par sa simplicité, sa belle ordonnance et la perfection inimitable de la voûte qui le surmontait. Un autre escalier en colimaçon et une porte d’entrée appelée le Donjon (2), ainsi que la grande galerie ouvrant dans la chapelle, étaient, s’il faut en croire les personnes qui les ont vus avant leur destruction, des œuvre parfaites de structure et de bon goût décoratif.

Château du Puy du Fou Rochebrune, Octave de (1824-1900)

Le PUY DU FOU

Bien postérieur comme date (1578), le château Renaissance du  Puy du Fou  (3) offre encore des lignes magistrales et puissantes qui ont conservé à ce qui nous reste de cette construction un caractère réellement monumental.

Le grand porche, avec ses belles colonnes isolées, les rampes de l’escalier à double volée, recouvertes de voûtes plein-cintre à rainures moulurées, sont d’un grand caractère et dénotent un architecte sûr de son gout et sachant tirer un grand parti des matériaux granitiques qu’il avait sous la main.

Au Puy du Fou comme à Coulonges, la cour entière devait être entourée de constructions ; deux côtés seulement subsistent encore ; la brique a été très-employée dans cette construction, mais avec assez de discernement pour ne pas nuire à la tranquillité générale de l’édifice. Il y a loin de là à l’abus qui en fut fait sous Louis XIII.

 

 

 

Patrimoine, Recherches critiques sur Trois Architectes Poitevin de la fin du XIe siècle.  <==.... ....==> Notice Historique sur le château Renaissance de Coulonges sur l’Autize du Bas- Poitou

 


 

(1)    Le Puy-Greffier avec partie du cloitre de Luçon, et la fenêtre de la maison de Brisson, à Fontenay.

(2)    Ce donjon devait, d’après les renseignements que j’ai recueillis, ressembler beaucoup à la porte d’entrée du château d’Outre laize, dont notre savant directeur donne une si intéressante description dans sa Statistique monumentale du Calvados.

 (3)  François II du Puy du Fou (1496-1548), inspiré par sa femme Catherine de Montmorency-Laval, la célèbre Dame du Puy du Fou, fait construire l’actuel château dans le style de la Renaissance italienne par l'architecte Francesco Primaticcio (1504-1570) dit "Le Primatice"   en remplacement d'édifices plus anciens. Vers 1545 il élève le grand corps de logis de style Renaissance, en briques et en granit.