Prise et Siège de Fontenay-le-Comte durant la cinquième guerre de Religion (1574)

La paix, achetée au prix de tant de sang, allait être violemment rompue par le plus infâme attentat. Les premiers mois de 1572 avaient été assez tranquilles, et la cour épuisait tous les semblants d'une hypocrite amitié envers ses anciens ennemis. Le roi de Navarre reçut même la main d'une fille de France, la belle Marguerite.

Les noces furent célébrées avec les démonstrations les plus flatteuses, et Catherine de Médicis entoura ses victimes de soins si assidus, qu'elle parvint à leur cacher le poignard suspendu sur leurs têtes.

Enfin le masque fut levé et le massacre de la Saint-Barthélemy consommé.

Ce coup d'état atterra les réformés, mais causa une joie furieuse aux catholiques, et Rome elle-même célébra des fêtes sacrilèges. Le Pape Grégoire XIII frappa une médaille pour perpétuer le souvenir de l'assassinat de milliers de Français (2).

Plusieurs gentilshommes Poitevins périrent dans cette boucherie. Le plus remarquable était le brave Puyviault, dont le nom était entouré de tant de gloire, et qui avait si souvent risqué sa vie dans les combats. Un ignoble pamphlet, lancé après l'exécution, mentionne sa mort de la sorte :

Comme les autres, Pluvyau

A, faulte de vin , beut de l'eau (3).

Lorsque la nouvelle de cette violation de tous les principes de l'humanité fut parvenue aux protestants des provinces de l'Ouest, ils s'empressèrent de se mettre en sûreté, sans croire au prétendu édit de paix qui suivit la Saint-Barthélemy. Sachant par expérience ce qu'il fallait croire des promesses de Charles IX, ils reprirent les armes et se préparèrent à une résistance désespérée.

La Rochelle leur servit de centre de réunion et de principale place forte, dans laquelle ils transportèrent des vivres en abondance. Ces préparatifs étaient à peine terminés que l'armée royale arriva (4).

 Elle avait à sa tête le duc d'Anjou, accompagné d'une foule de princes, au milieu desquels on remarquait Henri, roi de Navarre, alors retenu forcément dans le parti catholique (5)

La Rochelle résista longtemps et l'impossibilité dans laquelle on fut de la réduire amena la paix, en juin 1573. Le duc d'Anjou, en se retirant, alla prendre possession du trône de Pologne.

La mauvaise foi de la cour avait engagé les huguenots aux plus grandes précautions. Ne se sentant pas de force à combattre ouvertement, ils employèrent les mêmes armes que leurs ennemis.

Les derniers mois de l'année se passèrent dans des allées et venues continuelles, dont le résultat fut la tentative de carême-prenant (22 février 1574).

L'âme du complot était La Noue, secondé des autres chefs de sa religion. Un auxiliaire influent était aussi venu s'offrir à lui. Jehan de la Haye, avait compris de quelle utilité pouvait lui être le parti de la réforme, dirigé vers le but qu'il se proposait de se ménager une position entre les deux partis, en se rendant nécessaire à chacun (6). Il fit donc des ouvertures à La Noue, mais le cœur généreux de ce dernier l'éloigna de suite d'un homme assez vil pour offrir sa femme comme otage de sa bonne foi (7).

Les détails qu'on va lire sont quelquefois empruntés au livre de Pierre Brisson. Il donne les plus minutieux renseignements sur les menées de La Haye, auquel il fut d'abord attaché. Le dépit d'en avoir été la dupe perce à chaque page de cette Chronique, qu'il ne faut consulter qu'avec une extrême réserve, lorsqu'il s'agit des huguenots, envers lesquels l'auteur est toujours injuste.

Le lieutenant de Poitou commença ses machinations à Fontenay, où il vint au mois de janvier 1574. Il y avait été parrain, le 4, d'un fils de Nicolas Dupont (8), avocat du roi, et de Marguerite de la Vergne. Le second était Jehan Chasteau, eslu, et la marraine, Jehanne Berland, femme de Pierre Brisson, lieutenant criminel (9). Les noms que nous donne cet extrait des registres d'état civil ne sont pas indifférents. Tous les personnages cités étaient en position de servir les desseins de La Haye, et facilitèrent sans doute la prise de la ville, par Saint-Etienne et de Bessay, la nuit du lundi au mardi gras (10). Le commandant avait été inutilement prévenu qu'il se machinait quelque chose : il ne tint compte de l'avis.

Les réformés agirent avec la plus grande modération après leur entrée. Ils se contentèrent de chasser la garnison catholique, et d'envoyer à la Rochelle le cordelier Protase ou Prothaise, l'un des hommes éminents de son Ordre (l1).

L'église Notre-Dame fut transformée en magasin de vivres et de moulins à bras. On avait, dans ce but, élevé une toiture en charpente sur les bas- côtés, dont les voûtes n'étaient pas entièrement rompues.

La Noue fit réparer en même temps les murailles et dégarnir le grand pont des maisons qui l'obstruaient et permettaient d'avancer tout près de la porte. De la sorte, un coup de main était à peu près impossible de ce côté, autrefois très-susceptible d'être surpris. Il mit aussi au Gué une dizaine de salades (12), et fit abattre beaucoup de maisons dans les faubourgs Sainte-Catherine, du Puy-Saint-Martin, de la Porte-Saint-Michel, du Marchou et des Loges.

Ce dernier quartier perdit la maison du Roi, appelée le Poids au Roi, que les Cordeliers et Cordelières avaient fait bâtir (13). On enleva la couverture d'ardoises de la porte Saint-Michel (14), et celle de tuiles de la grosse tour et ses piliers de pierres, puis on amena de la Rochelle trois ou quatre petites pièces de canons et plusieurs fauconneaux.

Le duc de Montpensier arriva sur ces entrefaites en bas Poitou. Saint-Etienne, averti qu'il séjournait aux Magnils-Ancelin, sortit la nuit de Fontenay, à la tête de soixante chevaux et d'autant d'arquebusiers à cheval. Le bruit qu'il fit, en arrivant de très-bonne heure, donna l'alarme et permit au duc de se sauver. Il ne prit qu'une douzaine de gentilshommes, une cinquantaine de chevaux, un buffet d'argent et autres bagages, qu'il s'empressa d'essayer de mettre en sûreté ; mais le sieur des Roches-Baritaud le poursuivit (15), l'atteignit aux portes de la ville, lui enleva presque tout son butin, les prisonniers, deux exceptés, et lui mit trente hommes hors de combat. Si les fuyards ne se fussent pas renfermés dans les maisons des faubourgs, aucun n'eût échappé (16).

Le duc de Montpensier voulut à son tour attaquer les huguenots dans leurs propres retranchements. Il tourna Fontenay et arriva à Charzay, le 12 mai. Six pièces d'artillerie furent braquées près des Jacobins, et tirèrent le lendemain, jeudi, après-midi, dix-huit coups contre la porte des Loges, et les vendredi et samedi plus de quatre-vingts.

Enfin le 18, les Loges se rendirent (17), « quoique le faubourg fût fortifié de terre et de fascines, bien gabionné, flanqué de boulevarts, et les fossés garnis de casemates, dans lesquels fossés on ne pouvait encore entrer qu'avec des échelles (18). »

La prise des Loges donna espoir de forcer la ville.

- Le 23, de bon matin, l'artillerie battit les portes des Loges et de la Fontaine. La muraille s'écroula en deux endroits, mais les soldats du capitaine Richelieu, une fois repoussés, refusèrent de monter à l’assaut. Leur lâcheté indigna les Poitevins, qui se précipitèrent à la brèche, à la suite de la Roussière, de Bodinatière, de Brébaudet (19), de Courçon, de Beaulieu et de l'Alouette.

Le succès ne couronna pas leur courage : ils furent obligés de se retirer avec perte, devant les grenades, pots, lances et cercles à feu des assiégés. Les deux Appelvoisin.reçurent de graves blessures. Cette tentative montra que les Fontenaisiens avaient construit un second retranchement de terre et de fascines, en forme de boulevard, derrière la brèche(20), et qu'il était presque impossible de les enlever sans une nombreuse artillerie.

 Le duc de Montpensier renonça donc à pousser le siège : il leva son camp les 26 et 27 mai (21).

La Noue arriva incontinent. Il répara les avaries, fit redresser les brèches et brûler encore les maisons, qui gênaient la défense, et, en cas d'attaque, masquaient l'ennemi. Quelques compagnies furent de plus amenées de la Rochelle. En un mot, il rendit la ville très forte et capable de faire bonne contenance contre une nombreuse armée (22).

 

La mort de Charles IX, arrivée le 30 mai, avait réveillé toutes les ambitions. Jehan de La Haye ne fut pas des derniers à se donner du mouvement dans une occasion si favorable à sa politique. Il accourut secrètement au château de Bouillé, proche de Fontenay (23),

où il donna rendez-vous à trois des officiers et magistrats catholiques, qui avaient abandonné leur poste à l'entrée des huguenots  (24).

Pendant le dîner, il employa tous les moyens possibles à les engager à rentrer chez eux et à déposer les armes; mais ses discours ne touchèrent pas ses hôtes, qui se retirèrent sans être persuadés. Le but du lieutenant de Poitou était sans doute de servir la cause des protestants, par la défection, ou tout au moins la neutralité des catholiques d'une partie du bas Poitou (25).

Le duc de Montpensier, qui avait sur le cœur sa malheureuse tentative contre Fontenay, résolut de venger cet affront. Il réunit son conseil à Vouillé, afin de savoir si on assiégerait Lusignan ou la capitale du bas Poitou.

On décida que l'on attaquerait cette seconde ville, parce qu'elle était beaucoup moins forte que l'autre et de plus grande importance, étant à petite distance de la Rochelle. La saison était d'ailleurs très-favorable, vu que la Vendée était presque sans eau, et les murs faciles à escalader (26).

 Ces arguments parurent convenables au duc: il se mit en route, avec l'intention de faire payer cher à la garnison, la défaite qu'elle venait de faire essuyer, près de Nantes, à cinq cents arquebusiers fort superbes, cadets de la noblesse de Bretagne, auxquels on avait enlevé deux enseignes.

L'approche de l'armée royale engagea les huguenots, disséminés dans les campagnes, à regagner la place.

Lorsque cette rentrée avait lieu, le lendemain de la Notre-Dame d'août, les capitaines Bizot et Moterie revenaient de Nalliers et de Mouzeuil. A peine étaient-ils entre Auzay et la Maison-Neuve, que la gendarmerie, sous les ordres de Châteaubriand et de Montsoreau, les entoura et se mit à les poursuivre dans le chemin étroit, bordé d'un côté par la rivière et de l'autre par le rocher. Les protestants, serrés de près, furent presque tous noyés, tués ou faits prisonniers (27).

La nouvelle qu'avait reçue du Landreau de la sortie de Touvoy, frère de Saint-Etienne, et de deux cents arquebusiers destinés à lever l'impôt en bas Poitou, et à surprendre Bournezau, occasionna cette rencontre. Il en prévint Chateaubriand, qui obtint du duc de Montpensier six cents chevaux et quelques arquebusiers.

Chavigny se mit à la tête de cette troupe, et se dirigea du côté où il présumait être Touvoy ; mais il apprit promptement qu'il suivait une autre route. Ne sachant que résoudre, il allait retourner auprès du duc, quand il apprit que des compagnies rentraient à Fontenay. Il dirigea sur l'heure Chateaubriand et Montsoreau du côté d'Auzay, tandis qu'il surveillait ceux de la ville. On vient de voir l'effet de son embuscade (28).

Cette déroute donna des inquiétudes aux protestants (29). La Noue leur manda, pour les encourager, de tenir ferme, et que lui-même allait prendre le commandement de la ville (30). Des faits ultérieurs l'empêchèrent de remplir sa promesse.

Le 31 août, sur les quatre heures du soir, l'armée royale déboucha en vue de Fontenay, qu'elle salua de quatorze pièces de canons. Marans avait été pris, quelques jours avant. La position de ce fort en rendait l'occupation nécessaire, si l'on voulait empêcher les Rochelais de secourir les assiégés (31). Le quartier-général de Montpensier fut établi à Benet.

Les forces rassemblées dans le chef- lieu des opérations des réformés étaient un sujet continuel d'épouvante pour la cour. Catherine de Médicis songea à désunir les chefs, que Jehan de La Haye travaillait également.

Elle envoya, le 4 septembre, à la Rochelle, le capitaine Jehan Brisson, seigneur de la Boissière (32), homme jugé sévèrement par de Thou. «  Il était, dit- il, frère de ce fameux Barnabé Brisson, qui occupa depuis les premières charges de la magistrature, et qui se distingua encore plus par son esprit et son érudition. Mais il s'en fallait de beaucoup qu'il lui ressemblât. C'était un homme vain et entreprenant, qui essaya d'abord de persuader aux Rochelais, au nom de la reine, d'accepter les conditions déjà offertes, et de penser sérieusement à la paix, plutôt que de fomenter des troubles dans le royaume.

A ces discours, il joignit des prières et des avis dignes d'un homme disposé au bien de l'état. Toutefois, voyant qu'il ne venait pas à bout de gens rendus défiants, par la mauvaise foi de ceux qui avaient auparavant traité avec eux, il fut assez hardi, ou, pour mieux dire, impudent, pour tenter de séduire La Noue.

Cet homme de bien dédaigna ses avances, et la Boissière ne retira que du ridicule de sa démarche (33). »

Ces pourparlers n'empêchaient pas Montpensier d'attaquer Fontenay.

Le jour de son arrivée, la cornette du sieur de La Hunaudaye et quelques arquebusiers à cheval approchèrent de fantassins protestants postés dans un pré qui touchait aux remparts. Ceux-ci cherchèrent à les attirer vers une embuscade cachée derrière le talus des fossés. Les arquebusiers comprirent la ruse, et firent semblant de les charger (34), manœuvre qui permit à l'infanterie de reconnaitre les avenues des faubourgs, sans pouvoir néanmoins se loger. Le reste de la journée se passa en escarmouches.

Le 1er septembre, on fit des retranchements aux entrées des faubourgs, et le lendemain, huit pièces de canon battirent en trois endroits les Loges. La brèche ouverte, l'assaut fut donné, et l'on entra presque sans résistance. Les huguenots rejoignirent la ville, au son d'une cloche, signal de leur retraite (35). Le jeune marquis de Saluces périt à cette attaque.

La prise des Loges fut suivie de deux ou trois sorties dirigées par Montigny, Corchicauld, Samson et Pierre Longe. Elles eurent assez d'effet : le régiment de Jacques de Clermont, sieur de Bussy, y fut mal mené, le canon mis en danger et un étendard enlevé. Les troupes royales perdirent beaucoup de monde (36).

Montpensier, qui logeait au faubourg Sainte-Catherine (37), avait remarqué que ce quartier était souvent incommodé des boulets tirés du haut de la plate-forme du clocher, où les huguenots avaient monté de petites pièces. Il fit creuser des approches et canonner la flèche, dont on rompit la vis. Les Fontenaisiens furent vivement affectés de cet accident, qui les empêchait de suivre les travaux des assiégeants.

Saint-Etienne, plein d'activité, veillait à tout. Nuit et jour, on le voyait faire des rondes. Le 5, à neuf heures du soir, étant en tournée, il aperçut un homme penché sur le fossé, tout près du château, et qui ne répondit pas au qui vive!

Il se jeta aussitôt l'épée à la main sur lui et le tua, malgré ses prières. On reconnut ensuite que c'était un des plus zélés huguenots, nommé Barilière.

Les catholiques faisaient chaque jour des progrès. Les tranchées étaient achevées aux environs des forts des Dames et de Guinefolle. Le lieutenant du capitaine Puybonneau détruisit, sous le feu de deux canons, les barricades du premier et celles d'une tour, située vis-à-vis. Il fut tué au moment où il faisait jeter un pont et construire des casemates sur le fossé. Les mines placées sous le fort furent éventées.

Deux autres pièces, braquées dans les vignes, au-dessus du petit Guinefolle, battirent après ce fortin et une tour de la ville, pendant que des avenues se creusaient autour du château et non loin de la rivière.

Ces succès des catholiques ne disposaient point Fontenay à se rendre. La pénurie d'artillerie empêchait de hâter la capitulation.

Du Landreau amena de Nantes, le 9 septembre (38), les moyens de faire cesser une longue attente : il était suivi de trois cents arquebusiers, de cent chevaux, de trois gros canons et d'une coulevrine, que l'on dressa en face de la grosse tour.

 Le 14, la brèche s'ouvrit à la muraille qui montait au pont aux Chèvres, à celle qui reliait le fort des Dames, et au château, du côté de la fontaine de Chipeau (39). Deux jours avant, on avait détruit le barrage de la rivière (40).

L'assaut se donna, le 15, au château sur les quatre heures du soir. On amusa les assiégés par deux fausses attaques à la grosse tour et à la seconde brèche. Les soldats montèrent avec une ardeur incroyable, précédés de Bussy, Chausme, Moulin, Tiraqueau-Belesbat et autres. Les assaillants avaient même pénétré jusqu'aux retranchements, lorsqu'ils se virent attaquer en flanc d'un cavalier que les assiégés avaient élevé, et par la mousqueterie d'une tour carrée, où s'était jetée une cornette d'arquebusiers, sous les ordres du capitaine Pic. Sur ces entrefaites, Brave, capitaine des gardes de La Noue, fondit sur eux avec quarante hommes d'élite, et les obligea à fuir en désordre (41).

Les catholiques perdirent plusieurs soldats à cette attaque. Bussy et Belesbat (42) furent blessés, et le capitaine Moulin, tué. Philippe Chateaubriand des Roches-Baritaud et du Landreau accoururent au secours des leurs, mais ils reculèrent aussi devant les assiégés, emportés par les troupes. Ils ne voulurent pas toutefois avoir le dessous. Ils passèrent la nuit sur la brèche, cachés sous des fascines et des sacs de laine, et ne gagnèrent leurs tentes que le matin (43).

Tandis que l'on donnait l'assaut au château, le capitaine Péricard, du régiment de Serriou, attaquait la grosse tour, qu'il escalada. De là, il jeta force pierres dans la ville, contre ceux qui défendaient les brèches voisines. Il ne partit que lorsque les protestants eurent allumés du feu au-dessous de lui et l'eurent aveuglé de fumée (44).

Jehan de Chambes, comte de Montsoreau, dressa aussi des échelles du côté de la rivière, sans résultat: il fut vigoureusement chassé.

Enfin les royalistes réunirent toute leur artillerie, le jeudi 16, et agrandirent les brèches de la grosse tour, au point que cinquante hommes de front y pouvaient passer, sans être inquiétés sérieusement, si ce n'est par le feu de deux maisons adossées un peu plus haut à la muraille (45).

A dix heures, Serriou et Montsoreau se présentèrent sur les débris des remparts, défendus par Saint-Etienne et quarante arquebusiers, aidés des femmes et des goujats. Les Fontenaisiens virent qu'ils ne pouvaient plus opposer une longue résistance, et firent signe qu'ils voulaient se rendre.

Le duc de Montpensier refusa d'entendre quelque proposition que ce fût, jusqu'à ce qu'on lui eût remis des otages. Touvoy, de Bessay et le sergent-major La Musse lui furent envoyés, à l'insu de Saint-Etienne, qui désavoua cette démarche (46). Le gouverneur demanda que la noblesse pût se retirer, avec ses chevaux, armes et bagages, et la garnison sortir en armes. Le duc accorda le premier article, mais ne voulut pas permettre le second.

Pendant que ces conférences se tenaient, les catholiques, montés sur la contrescarpe, persuadèrent à ceux du dedans que la noblesse ne pensait qu'à ses intérêts et nullement aux soldats. Ils espéraient amener des discussions propres à rompre les pourparlers et à leur permettre de prendre la ville d'assaut, dans laquelle ils comptaient faire un butin considérable.

Leurs perfides insinuations n'eurent que trop d'effet: on faillit en venir aux mains lorsque les offres du duc furent connues, et Saint-Etienne fut obligé de ne pas signer.

Le lendemain, à cinq heures du matin, les royalistes ayant dirigé le feu d'une batterie de neuf canons sur la tour de la Lamproie (47), la ville demanda une seconde fois à capituler, résolution qui n'empêcha pas sa perte; car on ne fut pas plus tôt occupé à dresser les articles, que les catholiques se rendirent maîtres du fort de Guinefolle, soit par lâcheté ou par la trahison de Masseroussy, qui y commandait (48), et entrèrent dans la place.

Saint-Etienne et quarante hommes de la garnison furent conduits au duc ; le reste, désarmé, sortit un bâton blanc à la main.

Les vieilles bandes du régiment de Serriou se conduisirent très bien à l'égard des vaincus, au lieu que les goujats de la milice les maltraitèrent. Quant à Saint-Etienne, Bessay et Touvoy, le premier fut conduit à Loches, le second à Montaigu, sous la garde de du Landreau, et le troisième à Angers. Les autres chefs protestants eurent le même sort.

L'armée royale perdit deux cent cinquante hommes, et eut encore un plus grand nombre de blessés. Les protestants n'eurent que trente-cinq morts, parmi lesquels étaient Champagné et Pierre Longe. Montpensier nomma gouverneur Philippe de Châteaubriand des Roches- Baritaud, et lui donna quatre cents hommes de pied et cent de cavalerie légère.

Le dimanche, 19, les catholiques partirent pour Benet, où fut pendu le capitaine Bizot et le ministre Claude du Moulin.

Le duc avait promis quinze cents écus à ceux qui l'amèneraient. Il voulut, dit-on, venger la mort de son confesseur, le P. Bablot, que les protestants avaient fait périr (49). Du Moulin, en mourant, déclara que la noblesse seule avait poussé la ville à prendre les armes contre le roi et rejeta sur elle la faute de tout ce qui était arrivé.

C'était la cinquième fois que Fontenay était pris, et le troisième siège qu'il soutenait depuis quatre ans.

Celui-ci fut le plus terrible. « C'était une grande pitié, dit la Chronique du Langon (50), de le voir, car, au dedans, les soldats avaient tout brisé et rompu ; l'on voyait les murailles démolies, les maisons des faubourgs brûlées et mises à terre à peine ceux à qui étaient ces habitations en pouvaient reconnaître les emplacements. »

Châteaubriand fit déblayer les rues et rentrer les habitants. Les travaux de première nécessité durèrent sept mois (51).

La prise de Fontenay excita la verve des poètes du temps. Jehan le Bigot composa une relation en vers, imprimée sous ce titre : La prise de Fontenay-le Comte, le 21 septembre, par le duc de Montpensier, décrite en vers par Jn le Bigot. — Paris. — G. Dupré. 1574.

On fit deux éditions, l'une in-12 et l'autre in-4°, de ce petit poème, aujourd'hui excessivement rare. Je ne puis en parler que d'après la Bibliothèque Historique de France, tom. n, p. 273, n° 18317 (52), ne l'ayant jamais vu.

 

 

 

 

 Charles IX reçu par d'Estissac au château de Coulonges les Royaux sur l’Autize - (Siège de Fontenay le Comte 1570)<==.... .... ==> Description de Fontenay le Comte par Pierre Brisson, historien des guerres de Religion conseiller du roi et sénéchal à Fontenay

 

 


 

Carte des environs de Fontenay le Comte avant le Xe siècle - Motte féodale du RULLAN

Il est peu de travailleurs qui aient entrevu jusqu'ici le secours que peut prêter à la géographie gauloise le cadastre combiné avec les anciens aveux, les registres censiers et autres titres de même nature. Les renseignements précieux y abondent pourtant; il suffit de savoir les extraire du fatras qui les entoure....

 

1 Plusieurs gouverneurs de provinces et des évêques refusèrent cependant de faire exécuter l'égorgement.

2 Voy. l'Art de vérifier les dates. Le témoignage imposant des savants Bénédictins ne laisse pas de doute sur ce fait, que les ultramontains de France et d'Italie nient encore, ou interprètent à leur manière et sans bonne foi.

3 Voy. le Déluge des huguenots avec leur tombeau, et les noms des chefs et principaux punys à Paris le xxiiije jour d'aougst, et autres jours en suivant 1572, par Jacq. Copp. de Vellay. -Paris, par Jean Dallier libraire, demeurant sur le pont Saint-Michel, à l'enseigne de la Rose-Blanche, M. D. LXXII, avec privilège.

Cette pièce a été réimprimée dans le t. vu , p. 251, de la seconde série des Arch. Curieuses de l'Hist. de France, de Danjou.

4 Les Rochelais envoyèrent en Angleterre demander des secours Pardhaillan et Claude du Moulin, ministre de Fontenay. Ils partirent le 25 octobre 1572.

5 La présence de ce camp enchérit tellement les vivres, qu'à Fontenay, le boisseau de froment valait 54 sols, la baillarge, 42 sols et l'avoine 28. (Chr. du Langon, p. 166. ) Au mois de juin 1573, le froment valait de 4 livres, 10 sols à 100 sols. (Chr. du Langon, p. 168.)

6 Voy. L’ Art. biographique sur la Haye, par M. Ch. de Chergé.

7 Chr. des Guerres Civiles, par Pierre Brisson, réimp. par M. de la Fontenelle, p. 231.

8 Nicolas Dupont fut chargé de quelques négociations politiques. (Voy. les Mémoires de Le Riche, p. 153.)

9 Extrait des registres d'état civil déposés au greffe du tribunal de Fontenay.

10 Chron. du Langon, p. 172. De Thou, page 306, t. m., se trompe, lorsqu'il dit que la surprise eut lieu la nuit du mardi au mercredi. La date que je cite est donnée dans une pièce écrite le lendemain de la prise.

11 Protase a fait plusieurs livres. Il était si peu modéré dans ses expressions, qu'on prétend qu'il dit un jour, en chaire : qu'il y avait des gens assez perdus pour s'abandonner à la débauche, bien qu'ils eussent dans leurs maisons des femmes telles que, quant à lui, il s'en contenterait bien. (Journal de Verdun. Février 1753.)

12 Chron. du Langon, p. 173.

13 La maison du roi était placée à côté de l'ancien hôtel-de-ville, entre la Petite-Rue et le pont de Sardines. — Ces deux édifices disparurent en même temps, en 1574. (Voy. le procès-verbal de Const. de la Petite Rue, du 19 décembre 1585.)

14 L'horloge était placée dans cette toiture. — On l'enleva à celle époque.

15 Philippe de Chateaubriand, seigneur des Roches-Baritaud, plus tard gouverneur de Fontenay.

16 - Brisson, p. 263.

17 Chron. du Lnnoon, p. 176

18 Brisson, p. 266.

19 Bodinatière et Brébaudet étaient frères et de la maison d'Appelvoisin. Ils étaient fils de Hardy d'Appelvoisin, écuyer, seigneur de la Bodinatière et de Marie Petit, qui eurent cinq enfants, savoir : Bertrand, écuyer, seigneur de la Bodinatière et de Pas-de-Jeu ; Charles, écuyer, seigneur de Brébaudet; Loys, Rolland et François, écuyers. — Bodinatière et Brébaudet étaient jeunes en 1574. Un acte de partage nous apprend que Bertrand avait 28 ans ; Charles, 27 ; Rolland, 26 ; Loys, 25, et François, 24. - Bertrand, l'aîné, se distingua dans diverses rencontres et mérita l'amitié de Henri III, qui lui accorda plusieurs faveurs, et fit poursuivre et punir avec la plus grande sévérité des bandits, qui, la nuit du mercredi absolu (avril 1586), l'enlevèrent, lui et sa famille, de sa maison de Terzay, tuèrent un de ses serviteurs, nommé Queniot, le gardèrent plusieurs jours prisonnier, et lui enlevèrent tout ce qu'il avait de précieux.

20 Brisson, p. 268. La brèche était ouverte près de la Poissonnerie actuelle.

21 La nouvelle de la maladie du roi, qui le conduisit au tombeau, le jour de la Pentecôte, 30 mai, l'engagea aussi à lever le siège. Catherine de Médicis écrivit à M. du Lude, quand elle eut appris la tentative malheureuse sur Fontenay, de renvoyer les troupes de pied et de tenir la campagne avec la cavalerie. (Notes manus. de M. de la Fontenelle pour les Mém. de du Lude.)

22 La description de Fontenay du livre de Pierre Brisson.

23 Le château de Bouillé appartenait alors à Jacques du Fouilloux, oncle de la seconde femme de La Haye, Marie Cathus, dont la mère, Jebanne du Fouilloux, était sœur du célèbre veneur. — Ainsi qu'on l'a vu plus haut, du Fouilloux mourut sans enfants. Ses biens furent partagés entre son frère, François, et sa nièce, Marie Cathus, qui s'était remariée avec Gabriel deLa Rye, chevalier de l'Ordre, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, conseiller et chambellan du duc d'Alençon. - Jehan de La Haye avait eu d'elle une fille nommée Urbaine, qui fut femme de Pierre de Launay, chevalier de l'Ordre, seigneur, baron d'Onglée, de Jarzé, des Couteaux et de Bouillé.

24 Pierre Brisson était probablement au nombre de ces trois magistrats.

25 Voy., dans Brisson, la relation très-détaillée de cette conférence, p. 270. Voy. aussi l'Estât de la France sous Charles IX, p. 285, t. m.

26 Chron. de P. Brisson. p. 280.

27 Chrono du Langon, p. 180.

28 Brisson, p. 286. Montpensier tança vivement ses deux lieutenants de n'avoir pas tout tué. (D'Aubigné, t. II, p. 140.)

29 Brisson dit que si Chavigny fût resté devant la place, elle se serait rendue, tant elle était épouvantée. Fortifiée comme elle l'était le fait est douteux.

30 Brisson, toujours malveillant envers ses ennemis politiques, semble jeter sur la conduite de La Noue, dans cette occasion, un semblant de mauvaise foi. C'est, à n'en pas douter, une calomnie. Vov. p. 288.

31 Le duc de Montpensier avait fait marché avec un fournisseur de Niort, nommé A. Bourguignon, pour fournir des vivres à l'armée, pendant le siège de Fontenay.

32 De Thou l'appelle à tort Pierre. J'ai suivi ici le récit de Thou, nécessairement plus véridique que celui du frère de la Boissière. Le vénérable président mérite au reste d'être toujours cru, dans ses jugements sur les hommes, tandis qu'on ne peut pas eu dire autant de Pierre Brisson qui joua avec ses frères, un rôle un peu trop politique.

33 De Thou, ch. LVIII.

34 Les protestants eurent deux soldats et un gentilhomme poitevin, nommé Billerie, blessés. (Brisson, p. 295.)

35 Les protestants, qui n'avaient guère que trois à quatre cents hommes, dont vingt-cinq gentilshommes, se retirèrent pour ne pas disséminer leurs forces. — D'Aubigné, t. n, p. 140, prétend que les Loges résistèrent sept jours.

36 De Thou, t. m, lib. LIX, p. 367. — Ce fut une de ces rencontres qui fit donner le nom de la Tuée au lieu où se livra le combat.

(37) Entre ce faubourg et la porte Saint-Michel, les huguenots avaient construit des travaux avancés.

38 Chrono du Langon, p. 182. Brisson, p. 305, dit que du Landreau arriva le 12.

39 La guérite fut abattue à l'éperon, et la tour du coin ouverte. (D’Aubigné, t. II, p. 140.)

40 Cette chaussée était au pied de la grosse tour, à l'endroit où se trouvait un bac destiné à traverser la rivière, lorsque les portes étaient fermées. Ce bac a existé jusqu'à la construction de la grande route.

41 Il n'y avait point de place de combat au-dedans de la place, mais simplement un fossé de six pieds en pierres sèches et des barricades. (D’Aubigné, t. II, p. 140.)

42 Bussy eut le bras percé d'une balle, et Tiraqueau, gentilhomme de sa maison, reçut une blessure du même genre. - Brisson, p. 307.

43 De Thou, t. M, 1 IB. MX, p. 367.

44 Chron. du Langon , p. 185.

45 Ces maisons occupaient la place de l'hôtel des Trois-Pigeons, ou du Pape-Gay, comme on le nommait alors, el la maison du Café Helvétique.

46 Brisson, p. 310.

47 De Thou, Lib. LIX, tom. III, p. 367.

Cette tour de la Lamproie n'est pas la même que le fortin situé auprès de la rue actuelle de ce nom. On la confond aussi à tort avec la grosse tour. Elle était bien le long de la rivière, mais un peu plus haut, au-dessus de la Porte-aux-Calles.

48 De Thou, LIL). LIX.

49 Beaucoup d'historiens disent, par erreur, que du Moulin fut pendu à Niort. Brisson veut blanchir le duc de cette mort, et fait tuer le ministre par des soldats.

 

50 Page 186.

51 Montpensier donna aux Cordeliers une somme considérable pour rétablir leur couvent. (Arch. de Bourbon-Vendee.)

52 Jehan le Bigot était de Tailleul, en Normandie. La date du 21 septembre, indiquée par le titre de son ouvrage, comme celle de la prise de Fontenay, est fautive. Elle arriva le 17. Un acte passé le jour même en fait foi.