EXTRAIT D'UN MÉMOIRE DES OFFICIERS DE LA SÉNÉCHAUSSÉE DE FONTENAY présenté au Roi à l'effet d'obtenir confirmation du Collège de la ville (29 octobre 1761)

 

SIRE,

La ville de Fontenay-le-Comte, capitale du Bas-Poitou, est d'une origine fort ancienne. Elle est située au centre de la province et au centre du diocèse de la Rochelle dont elle dépend. Elle possède le seul collège royal établi dans la province du Bas-Poitou. Sa situation est dans un air sain et où se multiplient les plus nombreuses familles. La bonté des aliments nécessaires à la vie y suppléerait à l'abondance, ce qui a engagé Votre Majesté d'agréer que les premiers deniers fructueux provenant de l'excédant de la conversion des tailles en droits de tarif fussent employés à la construction d'un corps complet de caserne, où vos troupes trouveront la commodité des logements, la salubrité de l'air, des fourrages et des pacages excellents.

 

Une relation indispensable avec Bordeaux, les îles de Rhé et d'Oléron et même avec l'étranger, pour le commerce de nos blés à Marans, nous ouvre un nouveau profit pour faciliter et grandir notre commerce en notre ville. Nous espérons des fruits de la paix qu'ils nous mettront d'ici peu en état de démontrer à Votre Majesté la possibilité de réaliser les fonds nécessaires pour nous concilier le double avantage de rendre notre rivière d'une navigation plus continuelle et de garantir de ses inondations bien des parties qu'elle mouille trop.

Au début du XIVe siècle, Philippe le Bel érige le comté (1) de Fontenay en Siège royal. François Ier érige ce même siège royal en sénéchaussée distincte et séparée de celle de Poitiers, et y crée un sénéchal de robe longue. Henri III confirme les dites érection et création. Louis XIV érige en 1654 la dite sénéchaussée et siège royal en présidial, eu égard à l'étendue de son ressort. Il est vrai que l'édit de cette érection n'a point reçu d'exécution, les officiers du siège présidial de Poitiers ayant exercé les charges créées par cet édit, ce qui fait qu'ils sont employés aujourd'hui sur les Etats de Votre Majesté pour la finance des charges du Présidial de Fontenay ; mais si les officiers de la sénéchaussée de Fontenay ont été privés de l'honneur et des prérogatives de cette érection, le même prince, rendant justice à leur zèle pour la sûreté publique et à leur amour pour le travail, leur attribua, en 1682, la connaissance des cas prévôtaux, et le pouvoir de juger la compétence des maréchaussées du Bas-Poitou, laquelle attribution leur a été confirmée par Votre Majesté, en 1720, lorsqu'il lui plut de faire l'arrondissement des maréchaussées des Haut et Bas-Poitou.

 

Cette sénéchaussée et ce siège royal sont exercés par :

Un sénéchal de robe longue ;

Un lieutenant général civil ;

Un lieutenant général de police ;

Un lieutenant général criminel ;

Un lieutenant particulier, assesseur criminel et premier conseiller ;

Huit conseillers ;

Un avocat et procureur du Roi du siège et de police ;

II y a vingt charges de procureurs ;

Plusieurs avocats distingués par leur érudition et leur éloquence en font un nouvel ornement.

 

L’étendue de cette sénéchaussée s'étend sur :

L'Evêché de Luçon, en ce qui ne relève pas de la sénéchaussée de Poitiers ;

Et sur l 'Evêché de la Rochelle, en ce qui formait, dans l'autre siècle, le diocèse de Maillezais ;

Sur la principauté de la Roche-sur-Yon pour les cas royaux et prévôtaux ;

Sur la principauté de Talmont et le comté des Sables- d'Olonne ;

 

Sur quatorze baronnies :

Luçon ; Maillezais ; Oulmes ; Champagné ; Sainte- Gemme, de Luçon ; Rié ; Poiroux ; La Mothe-Achard ; Jard ; Sainte-Flaive ; Le Puits-Château ; Foussais ; L'Absie ; L'Aiguillon ;

Sur un très grand nombre de châtellenies qui relèvent directement de Fontenay ou des dites baronies ;

Sur plusieurs paroisses qui, n'ayant point d'exercice de juridiction plaident directement à Fontenay ;

 

Sur quinze abbayes,

La Grâce-Dieu (près Marans) ;

(S. B.) Saint-Jean - d'Orbestiers (près des Sables- d'Olonne );

(O. C.) Noirmoutier (Notre-Dame de la Blanche) ;

(S. A.) Angles ;

(O. C.) Bois-Grolland (psse de Poiroux);

(S. B.) Breuil-Herbault (psse de Falleron) ;

(S. B.) lle-Chauvet (psse de Châteauneuf) ;

(S. B.) Talmont (Sainte-Croix de);

(S. B.) Saint-Michel-en-l'Herm ;

(O. C.) Moreilles ;

(S.A.) Les Fontenelles (psse de Saint- André-d'Ornay) ;

(O. P.) Jart (Lieu-Dieu-en);  

(S. B.) Les Fontaines (Blanches), à 2 lieues d'Amboise);

(O. C.) Trizay (psse de Puymaufray) ;

(S. A.) Nieul-sur-l'Autise ;

(S. B.) L'Absie.

 

Sur sept commanderies :

Puyravault ;

Billy ;

Féolette ;

Les Fossés-Châlons ;

Champgillon;

Launay ;

Saint-Thomas (cne de Fontenay).

Le siège de l'élection est un des plus considérables du royaume. 165 paroisses composaient son étendue avant que les trois paroisses de la ville fussent vérifiées.

II y a un siège de maîtrise des eaux et forêts d'un ressort fort étendu qui a principalement pour objet la conservation et le produit des belles forêts de S. M. dans la province.

Il y a aussi un siège des traites foraines et trois foires fameuses qui ne suffisent même pas.

Toutes ces diverses juridictions et foires mettent les habitants du Bas-Poitou dans une relation fréquente et nécessaire avec Fontenay. Mais s'il est bien doux pour nous de voir élever nos enfants sous nos yeux, et actuellement sous la direction qu'il a plu à votre Majesté de nous accorder par son édit; s'il est bien doux pour ceux qui sont obligés de venir de la campagne dans notre ville, pour les affaires de leur paroisse ou de leur commerce, de trouver en même temps le moyen de veiller à l'éducation de leurs enfants ou de leurs proches ; combien ne serait-il pas fâcheux pour nous d'être privés de la ressource de notre Collège! Obligés de transférer nos enfants dans des villes plus éloignées, sans aucune relation avec elles que par rapport à eux, les pères et enfants y trouveraient du dégoût, et le plus grand nombre des familles n'auraient pas assez de facilités pour les y tenir. Par là, les personnes destinées à remplir les différents états de la judicature, du barreau, de la médecine, ou même celles qui coulent leurs jours dans le doux loisir des Muses, abandonneraient la culture des sciences et se jetteraient dans des systèmes de vie dont l'oisiveté ne serait peut-être pas le moindre mal pour la société civile.

Les enfants de Fontenay étaient autrefois enseignés par leurs pères et devenaient leurs compagnons de travaux littéraires. Ainsi Pierre Brissot, élevé par son père, célèbre avocat, à Fontenay, devint ensuite capable de professer la philosophie pendant dix ans dans l'Université de Paris, au début du XVIe siècle.

Au milieu de ce même siècle parut André Tiraqueau, dont le génie eût été rétréci dans la sphère de la sénéchaussée de Fontenay. Il fut jugé digne par François Ier, qui connaissait si bien les grands hommes, de prendre place au premier tribunal du royaume. Père heureux, il vit le fruit de ses soins se multiplier dans une postérité savante et nombreuse.

La fin du même siècle produisit Barnabé Brisson. En vain les historiens voudraient-ils flétrir sa mémoire. Tout respectable que soit le Président de Thou, nous avons des monuments plus certains que ses mémoires. Brisson fut une perte plus considérable pour l'Etat, dans le temps où il périt, que pour la république des Lettres. Ces monuments, Sire, sont les lettres de noblesse accordées à François Brisson du Palais et à Barnabé Brisson, second du nom, des mois de mai et novembre 1655.

Le même siècle produisit Viète. Son érudition dans les mathématiques lui attira l'admiration des étrangers et la gloire d'avoir rendu inutiles les projets de l'Espagne contre la France. Les Rapin, les Cailler, Pager, Châtellier-Barlot, Besly, Collardeau et bien d'autres ont illustré Fontenay, jusque vers le milieu du dernier siècle, par la beauté de leur génie et les sentiments de leur cœur pour la défense et le lustre de leur patrie.

Les lettres patentes de Louis le Juste, de novembre 1635, introduisirent les Jésuites à Fontenay, sur les libéralités de Michel Brisson. Nous serions presque réduits à n'oser citer personne qui ait depuis soutenu la gloire et la réputation de nos aïeux avec acquit à notre ville. Nous sentions, en 1750 particulièrement, combien l'éducation de: nos enfants était négligée. Il y eut une convocation générale d’habitants pour y porter remède ; mais elle n'aboutit à aucun résultat.

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Extrait d'un mémoire présenté à Louis X V par la sénéchaussée de Fontenay. Cahier pet. in-jo de 8 pages, sans date ni -signature. (Archives de la Vendée. Dossier des Jésuites. Liasse 20. Document communiqué par M. Bitton.)

 

 Lettres patentes... concernant le collège de Fontenay-le-Comte... Registrées en Parlement [le 29 novembre 1765]

 

 


 

(1) Expression impropre, Fontenay n'ayant jamais été qu'une simple châtellenie.