Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

La Marche, bornée au septentrion par le Berri, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou et l'Angoumois, au midi par le Limousin, tire son nom de sa situation, qui la rend limitrophe du Poitou et du Berri.

On la nomme aussi Marche Limousine, parce qu'avant le milieu du dixième siècle, elle faisait partie du Limousin. Cette province se divisait en haute et basse Marches, dont la première avait pour capitale Guéret, et la seconde Bellac. Ces deux parties, dans les commencements, eurent quelquefois chacune leur comte particulier.

 

BOSON I, DIT LE VIEUX.

BOSON Ier, surnommé LE VIEUX, fils de Sulpiçe et petit-fils de Geoffroi, premier comte de Charroux, c'est-à-dire de la Marche dont Charroux était le chef-lieu, est qualifié comte de la Marche dans la charte de fondation de l'église de Dorat, sous l'année 944.

Il succéda aux enfants de Bernard, comte de Périgord , au mois de juillet 975 , ce qui rectifie le dire d'un moderne, qui place la mort de Boson à l'an 968. (Voyez son article aux comtes de Périgord.) D'EMME, sa femme, fille de Guillaume I, comte de Périgord, il eut cinq fils : Hélie, Aldebert, successivement comtes de Périgord ; Boson II, qui suit ; Gausbert, et Martin, évêque de Périgueux.

 

BOSON II.

BOSON II, troisième fils de Boson I, eut en partage la basse Marche.

L'an 993 , apprenant que Guillaume Fierabras, comte de Poitiers, retiré depuis quelques années à l'abbaye de Saint- Maixent, tendait à sa fin , il se jeta sur le Poitou, assiégea le château de Gençai, appartenant à ce prince, le prit et le démantela.

Guillaume le Grand, successeur de FieraBras, l'ayant fait relever, Boson, accompagné d'Aldebert, son frère, vint de nouveau l'assiéger : mais le duc étant accouru au secours de la place, tailla en pièces les troupes de Boson, et l'obligea de prendre la fuite.

Il alla ensuite, par représailles, assiéger le château de Rochemeaux, près de Charroux, qui appartenait à Boson, et s'en rendit maître.

La comtesse ALMODIS, femme de Boson et fille de Giraud , vicomte de Limoges, y fut prise; mais le duc la fit renvoyer avec honneur.

Boson lui-même fut pris quelque temps après dans une bataille contre le duc, et envoyé prisonnier à Poitiers. Sa captivité ne fut pas longue ; mais il ne profita de la liberté qui lui fut rendue, que pour recommencer la guerre contre le duc d'Aquitaine.

Ce prince, résolu de le pousser à bout, engagea Robert, roi de France, et toute la France guerrière, suivant l'expression d'Adémar, à venir l'aider à faire le siège du château de Bellac, dans la basse Marche.

Malgré de si grandes forces, la place ne put être prise. Boson ayant fait ensuite la paix avec le duc, se mit en voyage pour Rome. Pendant son absence, Gui, vicomte de Limoges, son beau-frère, fit construire un château vis-à-vis de l'abbaye de Brantôme.

Boson, à son retour, le fit détruire après avoir défait Gui dans un combat. (Adémar.)

Il entra, l'an 1000, dans la confédération formée pour enlever à ce vicomte le château de Brosse. (Voyez les vicomtes de Limoges.) Il vécut en paix, depuis ce temps.

Mais Almodis, sa femme, abrégea ses jours par le poison vers l'an 1006.

Boson laissa d'elle trois fils, Hélie, qui succéda au comté de Périgord, Feltrin et Aitard, avec une fille nommée Jourdaine, femme, suivant Geoffroi du Vigeois, d'Archambaud, vicomte de Comborn.

Almodis, mère de ces enfants, se remaria avec Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine, et vérifia par là, dît la Chronique de Maillezais, la prédiction des magiciens qui l'avaient assurée qu'elle aurait un jour ce duché. Adémar dit, au contraire, que ce fut Almodis, femme d'Aldebert, qui parvint à cet honneur. (Bouquet, tome X, pp. 143, 146, 147, 100, 101 , 181, 182.)

L'abbaye d'Ahun, Agidunum, dans la Haute-Marche , reconnaît Boson Il pour son fondateur. Par la charte de cet établissement, datée, de l'an 997, il la soumet à l'abbé d'Uzerche pour y mettre des religieux de son monastère, et la gouverner en chef, de manière que les deux maisons ne fassent qu'une même congrégation. Gauzbert, frère de Boson, est un des souscripteurs de cet acte dans lequel il est fait mention d'Aldebert, son autre frère comme étant déjà mort. (Gall. Christ., no., tome II, prob, col. 190.) X. 29

 

BERNARD I.

BERNARD , fils d'Aldebert I, comte de la Haute-Marche et de Périgord, étant en bas âge à la mort de son père, fut d'abord sous la tutelle de son oncle Boson , après le décès duquel il passa sous celle de Pierre, abbé de Dorat, et d'Humbert Drus, son frère, que Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine, chargea de cet emploi, en lui donnant le comté de la Marche.

Bernard tint ce comté jusqu'en 1047, époque de sa mort, suivant la chronique de Maillezais. Il avait épousé AMÉLIE , dont il laissa Aldebert, qui suit, et Odon; avec une fille , Almodis , mariée, 1°. à Hugues V de Lusignan, qui la répudia ; 2°. à Pons, comte de Toulouse, qui lui fil le même affront ; 3°. à Raymond-Bérenger I, comte de Barcelonne ; Rangarde, femme de Pierre-Raymond, comte en partie de Carcassonne; et Lucie, femme d'Arnaud de Pailhas.

 

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ALDEBERT III.

1047 ALDEBERT, fils aîné de Bernard, fut son successeur au comté de la Marche. Il assista, l'an 1059, comme vassal immédiat, au sacre du roi Philippe I. La chronique de Maillezais met sa mort en 1088. PONCE, sa deuxième femme, lui donna Boson, qui suit; et Almodis, qui viendra ensuite.

Aldebert était guerrier, et, dans ses expéditions, il se permettait des atrocités qui n'étaient que trop communes parmi les militaires de son tems. Nous n'en citerons que le trait suivant. Ayant assiégé ses ennemis dans l'abbaye de Lesterp, où ils étaient retranchés, il y mit le feu, qui consuma tous les édifices avec dix-sept cents personnes. Les chanoines réguliers, qui habitaient cette maison, furent presque les seuls qui eurent le bonheur d'échapper aux flammes. Aldebert, dans la suite, eut des remords de cette barbarie, et pour l'expier, il accorda aux chanoines de Lesterp la juridiction pleine et entière sur tous les. affranchis et autres personnes domiciliées dans ce bourg. C'est ce qu'atteste et confirme Almodis, sa fille, dans une charte datée du 12 novembre de l'an 1098. (Arch. de Lesterp.) Aldebert avait la réputation d'un homme intelligent et d'un juge intègre.

Ce fut le motif qui engagea, l'an 1080 , Gui-Geoffroi, comte de Poitiers, et les religieux de Saint-Cyprien de cette ville, à s'en rapporter à lui sur un différent qu'ils eurent par rapport aux domaines que ceux-ci possédaient dans la terre d'Ansoulète.

Le comte de Poitiers prétendait y percevoir les mêmes droits sur les terres en guast et en friche, que sur les terres en culture. Aldebert tint là-dessus un plaid, solennel, où il eut pour assesseurs Robert le Bourguignon, Pierre de Poitiers et le prévôt Hugues.

 Gui-Geoffroi perdit sa cause à ce tribunal et se soumit au jugement. (Cartul. de S. Cyprien, fol. 81.) Aldebert, l'an 1081, tint un autre plaid , par ordre du même comte de Poitiers , pour juger un procès qui était entre Bertrand, abbé de Noaillé, et un seigneur nommé Aimeri, touchant la terre de Furvant, dont ce dernier voulut s'emparer sans égard pour la donation qu'une dame, nommée Sofitie, en avait faite à l'abbaye. Bertrand ayant offert le duel à son adversaire, suivant l'usage du temps, pour établir son droit, le comte de Poitiers renvoya les parties devant le comte de la Marche, qui jugea en faveur de l'abbé. ( Arch. de Noaillé. )

 

BOSON III.

1088. BOSON III, fils d'Aldebert III, et son successeur au comté de la Marche, en prenait le titre deux ans au moins avant la mort de son père, comme le prouve une charte du prévôt Rorgon en faveur du monastère de Saint-Cyprien de Poitiers, à laquelle il souscrivit en cette qualité avec le comte de Poitiers, Guillaume VI, dit aussi- Gui-Geoffroi, mort en 1086. (Archiv. de Saint-Cyprien.)

Il eut l'humeur guerrière et querelleuse comme son père. Ce fut la cause de sa perte. Il fut tué, l'an 1091, devant le château de Confolens, dont il faisait le siège, suivant la chronique de Maillezais, sans laisser de postérité.

 

ALMODIS ET ROGER DE MONTGOMMERI.

1091. ALMODIS, soeur de Boson III, lui succéda au comté de la Marche avec ROGER II DE MONTGOMMERI, son époux, comte de Lancastre, et fils de Roger, comte de Montgommeri, et de Mabile, comtesse, de Bellême et d'Alençon.

Roger II, à l'exemple de son père, fit sa résidence ordinaire en Angleterre. Mais, l'an 1102, il en fut chassé par le roi Henri I, après avoir été dépouillé de tous ses biens pour s'être révolté contre ce prince avec ses deux frères, Robert, comte de Rellême, cl Arnoul, comte de Pembrock, qui subirent le même châtiment.

Alors s'étant retiré dans le pays de sa femme, il fixa son séjour au château de Charroux, ce qui lui fit donner le surnom de Poitevin.

Il eut une longue guerre à soutenir contre Hugues VI de Lusignan, surnommé le Diable.

Hugues était fils d'une tante d'Aimodis, nommée comme sa nièce, et disputait le comté de la Marche à sa cousine les armes à la main. Cette querelle passa en héritage à leurs enfants.

Almodis la Jeune mourut au plutôt en 1116. En effet nous avons sous les yeux une charte datée de l'an 1115, par laquelle Almodis et deux de ses fils, Aldebert et Boson, fondent le prieuré de Chastain, près de Saint-Barbent, en la châtellenie de Champagnac, dans la basse Marche. (Mss. de M. Robert Dorat.)

Outre ces deux fils, Almodis en laissa un troisième, nommé Eudes, avec deux filles, Ponce, mariée à Wulgrin II, comte d'Angoulême; et Marquise, femme de Gui IV, vicomte de Limoges. Roger de Montgommeri survécut à sa femme au moins jusqu'en 1123, puisque cette année il fut présent à l'installation de Clarus, deuxième abbé d'Ahun. ( Gall. Chr., no., tome II, col. 619. )

 

ALDEBERT IV, EUDES ET BOSON IV.

1116 au plutôt. ALDEEERT, EUDES et BOSON, succédèrent à leur mère Almodis au comté de la Marche, qu'ils gouvernaient depuis plusieurs années avec elle. Eudes n'est point mis au nombre des comtes de la Marche par le père Anselme. On voit cependant qu'en 1106 il donna, en qualité de comte de la Marche, à un moine de Saint-Martin de Tulles, une terre, Alodum, dont il l'investit avec un clou de fer à cheval, qu'il tenait à la main. (Baluze, Hist. Tulel., 1. 2 , c. 16.)

On voit encore qu'en 1119 (v. st.) il donna, le 2 janvier, une forêt à l'église de Roquemadour, du consentement de son frère AldeLert. (Ibid.) Cette forêt s'appelait Montsalni, et l'église de Tulles la partagea avec celle de Roquemadour. (Archiv. de l'église de Tuiles.) Eudes vivait encore en 1135. A l'égard de Boson, nous ne trouvons aucune trace de son existence après l'an 1118. Ainsi, nous ignorons s'il se joignît à ses deux frères pour défendre leur patrimoine contre les attaques de la maison de Lusignan, qui voulait s'en emparer.

Quoi qu'il en soit, le succès ne favorisa point leurs armes, et les agresseurs se rendirent maîtres d'une partie considérable de la Marche. Aldebert mourut au plus tard en 1143, laissant d'ARENGARDE, sa femme, Bernard, qui suit; et deux autres fils. Arengarde lui survécut, et épousa en secondes noces Chalon de Pons.

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BERNARD II.

1143 au plus tard. BERNARD, fils d'Aldebert IV, fut son successeur au comté de la Marche. Car Geoffroi du Vigeois (p. 306) et Justel, d'après lui, disent que, l'an 1143, Mathilde, femme de Raymond I, vicomic de Turenne, étant décédée, apparut à Bernard de la Marche, et le pria de dire à son fils Boson II qu'elle l'exhortait à ne point sortir en armes , mais à se tenir en paix chez lui, qu'autrement il lui arriverait malheur ; ce qui fui effectué, dit Geoffroi : car il fut tué, ajoute-t-il, au siège d'un château. Bernard n'est connu par aucun autre trait de sa vie, si celui-ci même n'est pas une fable. On ne sait quand il mourut. Le père Bonnaventure de Saint-Amable ( Vie de saint Martial.) conjecture qu'il ne passa pas l'an 1150. Il laissa deux fils, Aldebert, qui suit; et Gérard, qui fut fait doyen de Saint-Iriex-de-la-Perche, la veille de Noël 1183, suivant Geoffroi du Vigeois (page 342).

 

ALDEBERT V.

1150 au plutôt. ALDEBERT V, fils et successeur de Bernard II, vécut dans des agitations continuelles, mais infructueuses, pour défendre ses domaines. Les seigneurs aquitains, dont il implora le secours, augmentèrent ses malheurs en l'engageant dans leurs révoltes contre le souverain.

A la fin, se voyant dépouillé d'un côté par le sire de Lusignan, de l'autre par le roi d'Angleterre, il vendit à ce dernier ce qui lui restait, par traité passé le 17 décembre 1177, à l'abbaye de Grandmont, moyennant quinze mille livres angevines, vingt palefrois et vingt mulets. (Roger de Hoveden , Jean Broropton.) (1)

Aldebert se détermina d'autant plus facilement à cette vente, qu'il n'avait, dit Geoffroi du Vigeois, qu'une fille, nommée Marquise, femme de Gui de Comborn , laquelle était stérile, et qu'il était séparé de sa femme que le sire de Pons avait épousée depuis leur divorce. Il avait perdu quelque temps auparavant, suivant, le même auteur, un fils unique, lequel ayant tué, dit Vincent de Beauvais, un chevalier en trahison, fut enlevé par un parent du mort et ne parut plus.

Mais Geoffroi de Lusignan et ses frères, ajoute le prieur du Vigeois, s'opposèrent, à titre de plus proches héritiers, à cette aliénation dont le roi d'Angleterre se désista.

Aldebert partit, l'an 1180 après Pâques, pour la Terre-Sainte ; mais il n'y arriva pas, et mourut, à Constantinople, le 29 août suivant, fête de la décollation de Saint-Jean. (Gaufr. Vos.)

N'oublions pas qu'en 1160 il donna des statuts à la ville de Bellac pour assurer ses privilèges et fixer la jurisprudence qui devait la régir.

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MATHILDE ET HUGUES, IXe. DU NOM, SIRE DE LUSIGNAN.

1180. MATHILDE, fille de Wulgrin III, comte d'Angoulême, et petite-fille de Ponce de la Marche, femme de Wulgrin II, comte d'Angoulême, succéda, par l'autorité de Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, et depuis roi d'Angleterre, comme plus proche parente, à Aldebert IV, dans le comté de la Marche, dont Hugues le Brun, IXe. du nom, sire de Lusignan, ou Lesignem, tenait déjà la plus grande partie.

Richard, en appuyant le bon droit de Mathilde, agissait autant par intérêt que par justice, ayant alors envie, suivant Geoffroi du Vigeois, de l'épouser. Mais le roi Henri II Platagenêt, son père, qui l'avait fiancé avec Alix, fille du roi de France, l'empêcha de suivre ce dessein.

L'an 1181, après la mort de Wulgrin III, comte d'Angoulême, Mathilde forma des prétentions sur ce comté. Les frères de Wulgrin lui disputèrent cette succession, et vinrent à bout de lui en arracher la plus grande partie, malgré la protection que lui accorda le duc Richard.

Mathilde n'était pas plus tranquille du côté du sire de Lusignan, qui cherchait toujours à lui ravir ce qui lui restait du comté de la Marche.

 A la fin, elle se rendit (on ne peut dire en quelle année) à la demande, qu'il lui fit de sa main, et l'épousa. Hugues IX de Lusignan était le fils de Hugues VIII, dit le Brun, surnom qui passa aux aînés de ses descendants.  

Bourgogne de Rancon, sa mère, fille de Geoffroi Rançon, seigneur de Taillebourg, avait apporté en dot, à son époux, la terre de Fontenay (le Comte) et le château de Vouvant

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Hugues IX, depuis son mariage, vécut en bonne intelligence avec le duc Richard, et ce prince ne changea point de dispositions à son égard lorsqu'il fut monté sur le trône d'Angleterre.

L'an 1190, il fut de son voyage d'outre-mer. Cependant Benoît de Péterborough semble dire qu'il était dans l'armée de Philippe- Auguste, lorsque ces deux monarques séjournaient ensemble à Messine, en attendant le printemps pour continuer leur route.

 (Notice Historique sur le Château de Taillebourg)

Après la mort de Richard, la reine Eléonore d'Aquitaine, sa mère, étant venue en Aquitaine, Hugues le Brun, dit Albéric de Trois-Fontaines ( ad an. 1199 ) la surprit dans une embuscade, et l'obligea de lui céder la portion du comté de la Marche dont jouissait l'Angleterre.

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Le roi Jean Sans Terre, successeur de Richard, son frère, n'eut point, au commencement de son règne, de partisans plus zélés que le comte de la Marche.

Hugues prit hautement sa défense contre Artur, comte de Bretagne, neveu de ce prince, auquel il disputait ses états.

L'an 1200, apprenant qu'Artur avait été reçu dans Tours aux fêtes de Pâques, il lève des troupes, et s'étant associé le vicomte de Thouars et d'autres seigneurs du Poitou, il vint fondre inopinément sur cette ville, le dimanche avant l'Ascension, la prend, l'abandonne au pillage, et peu s'en fallut, dit la chronique de Tours, qu'Artur, qui était encore dans la place, ne tombât entre ses mains, ayant à peine eu le temps de se sauver avec, quelques-uns de ses gens.

 Hugues, en servant ainsi le roi Jean, n'obligeait qu'un ingrat. La même année (et non pas 1202, comme le marque la chronique de Tours), ce prince enleva au fils de Hugues, Isabelle d'Angoulême, qui lui était promise, et l'épousa lui-même.

Hugues et son fils, irrités de ce noir procédé, soulevèrent contre le roi d'Angleterre toute la noblesse du Poitou, de l'Anjou, et de la Normandie, et furent ainsi la première cause de la grande révolution qui fit perdre au roi d'Angleterre une partie de ses provinces d'outremer, et pensa le renverser du trône.

 Hugues, vers l'an 1206, voulut aller signaler sa valeur à la Terre-Sainte. Il tomba, soit sur la route , soit dans le pays, entre les mains des Sarrasins qui le firent prisonnier. S'étant racheté, il revint en France, et alla se faire religieux grandmontain au monastère de l'Ecluse, qu'il avait fondé. Il y mourut dans un âge fort avancé, et fut porté à Grandmont pour y être inhumé. (Gal. Chr., nov., t. Il, col. 651.)

Mathilde, sa femme, termina ses jours l'an 1208, après avoir fait avec Isabelle, sa bru, un traité par lequel elle lui céda ses prétentions sur le comté d'Angoulême.

De son mariage, elle eut Hugues, qui suit ; Raoul, dit d'Issoudun , sire de Mello , de Chisai et de Sivrai, en Poitou, puis comte d'Eu, par son mariage avec Alix, héritière de ce comté; Aliénor ou Aliprote, mariée au comte de Leycester, et d'autres enfants.

HUGUES , Xe. DU NOM DE LUSIGNAN.

1208. HUGUES X, fils de Hugues IX, succéda à Mathilde, sa mère, dans le comté de la Marche.

L'an 1218, il se déclare pour Jean, roi d'Angleterre, contre le roi de France, et va le recevoir à sa descente, au port de la Rochelle, avec des troupes.

L'an 1217, il épouse ISABELLE, fille d'Aimar, comte d'Angoulême, et veuve du roi d'Angleterre, la même que ce prince lui avait enlevée en 1200.

 Hugues, en vertu de ce mariage, hérita, l'année suivante, du comté d'Angoulême, par la mort de son beau-père.

Il partit pour la croisade, l'an 1218, avec le comte de Bar-sur-Seine, et se trouva au siège de Damiète, qui fut pris le 5 novembre, (et non le 9 mars) 1219.

Hugues, l'an 1226, entra dans le parti des seigneurs ligués contre la reine Blanche, régente du royaume : mais l'an 1227, il tut obligé, avec le duc de Bretagne, de venir faire satisfaction, au roi saint Louis, le 16 mars, dans le château de Vendôme.

 Ce monarque ayant investi, l'an 1241, son frère Alfonse, du comté de Poitiers, Hugues va, comme les autres vassaux du Poitou, rendre hommage à son nouveau suzerain.

Mais les reproches de la comtesse-reine, sa femme (car c'est ainsi qu'lsabelle se qualifiait), l'ayant fait repentir de cette démarche trop humiliante au gré de cette princesse, il ose insulter publiquement le comte de Poitiers.

Saint Louis ne laissa pas impuni l'outrage fait à son frère.

L'an 1242, il arrive dans le Poitou, ravage les terres du comte de la Marche, prend ses meilleures places, bat le roi d'Angleterre, qu'il avait appelé à son secours, et le force enfin à venir demander pardon, avec sa femme, et à se soumettre, haut et bas, à toutes les conditions qu'il plut au monarque de lui imposer.

Le traité d'accommodement fait entre le roi et le comte, est daté du 3 août 1242, au camp près de Pons.

On conserve encore (1785), au trésor des chartes, ce traité, signé de la main du comte de la Marche, et du Cange le rapporte tout au long dans ses observations sur la vie de saint Louis.

L'an 1248 , Hugues est accusé de haute trahison par un gentilhomme qui s'offre d'en fournir la preuve par le duel. Hugues accepte le defi. Le jeune Lusignan demande à combattre pour son père : le comte de Poitiers s'y oppose, disant que l'innocent ne doit pas périr pour le coupable. Saint Louis tranche la difficulté en déclarant qu'il veut bien tenir l'accusé pour innocent.

Abbaye de Fontevraud Comtesse-reine Isabelle d'Angoulême Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

(Les quatre gisants royaux du Cimetière des rois Plantagenet - Abbaye de Fontevraud )

L'an 1248, le comte de la Marche donne son fils à ce monarque pour l'accompagner à la croisade. Il meurt lui-même l'année suivante, et son corps est porté à l'abbaye de Valence, près de Couhé.

Il laissa neuf enfants, dont les principaux sont: Hugues, qui suit; Gui, sire de Cognac et d'Archiac; Guillaume, dit de Valence , tige des comtes de Pembroch , en Angleterre: Geoffroi, sire de Jarnac; Adémar, évêque de Winchester : Marguerite , femme de Raymond VII, comte de Toulouse ; Allais, femme de Jean I , comte de Varennes.

La comtesse-reine Isabelle mourut en 1246, et fut d'abord enterrée dans une chapelle de l'abbaye Notre-Dame de La Couronne, appelée alors Saint-Nicolas avant d'être transférée à l’Abbaye Fontevraud. l'ambition démesurée de cette femme, la noirceur de son caractère, et ses emportements, qui allaient jusqu'à la fureur, lui firent donner le nom de Jézabel au lieu de celui d'Isabelle, par une anagramme qui lui convenait fort.

Lorsqu'après avoir soulevé le comte, son époux, contre le frère de saint Louis, elle vit arriver le monarque pour punir cette révolte, elle prépara de ses mains un poison dont elle avait le secret, et chargea des scélérats d'en faire glisser dans la coupe où le roi buvait. Dieu permit que le complot, fût découvert. On arrêta ces émissaires, et, sur leur déclaration, ils furent pendus. Quand la comtesse, disent les Annales ne France, sut que sa mauvaisetié estoit dé couverte, de deuil elle se cuida précipiter et frapper d'un coustel en sa poitrine, qui ne lui eust usté de la main ; et quand elle vit qu'elle ne pouvait faire sa volonté, elle desrompit sa guimpe et ses cheveux, et ainsy fut longuement malade de dépit et de déplaisance.

 

HUGUES LE BRUN, XIe. DU NOM DE LUSIGNAN.

1249. HUGUES XI, comte de Penthièvre par sa femme, fils aîné de Hugues X, lui succéda aux comtés de la Marche et d'Angoulême.

 Il était entré, l'an 1247, dans l'association des seigneurs, formée pour restreindre la juridiction des ecclésiastiques, qui ruinait la justice séculière. On prétend que cette association fut autorisée par saint Louis ; mais on n'a aucun détail sur les suites qu'elle eut, ni sur la manière dont la dispute se termina. Ce que nous savons, c'est que vers l'an 1253, le comte Hugues excita la plus violente persécution contre son évêque, obert de Montberon, jusqu'à le chasser avec son clergé, après s'être emparé des revenus de l'évêché.

L'infortuné prélat implora la justice de saint Louis, qui soumit cette affaire à l'examen et au jugement des évêques de Limoges et de Cahors. Le comte fut condamné à assister, couvert d'un sac, ayant la tête et les pieds nus, à une procession indiquée pour ce sujet, à confesser publiquement son crime et à en demander pardon à l'évêque. On l'obligea de plus à payer une amende de cinq cents livres, et à l'entretien de trois cierges qui brûleraient à perpétuité au grand autel, pendant la célébration des Saints-Mystères. (Les rois de France, comme représentant les comtes d'Angoulême, doivent payer ces trois cierges. )

Le comte Hugues mourut âgé de quarante ans, suivant le P. Anselme, en 1260. YOLANDE DE DREUX, son épouse, fille de Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, lui donna cinq enfants, dont l'aîné, nommé comme son père, lui succéda. (Voy. les comtes de Penthièvre. )

 

HUGUES XII DE LUSIGNAN.

1260. HUGUES LE BRUN, XIIe. du nom de Lusignan, succéda aux comtés de la Marche et d'Angoulême à Hugues XI,. son père.

L'an 1262, Gui, son frère, seigneur de Cognac, à son retour d'Angleterre, et sa soeur Yolande, lui suscitèrent un procès pour avoir leur part dans la succession paternelle. Par arrêt du parlement, de la Saint-Martin d'hiver 1268, il fut dit que le seigneur Gui, frère du comte, recevra de lui, par manière de provision, pour son entretien, six cents livres tournois, et lorsqu'il viendra, chez son frère avec sept chevaliers à sa suite , il y sera défrayé avec sa compagnie, qu’il recevra des robes avec deux palefrois, un pour lui et l'autre pour son ècuyer, et cela jusqu'à ce qu'il ait obtenu la part qu il doit avoir dans l'héritage de son père ; que pareillement sa soeur recevra deux cents livres tournois, jusqu'à ce qu'elle soit mise en jouissance de sa part de la succession paternelle. (Pet. a S. Romual. contin. Chron. Ademari, pag. 161.)

 

L'an 1265, Hugues fit expédier à Dorat une charte portant ordre à ses vassaux de la Marche, de se conformer aux coutumes de Montferrand, et non à celles de Limoges, qui étaient prises du droit romain.

Les Haut-Marchais, ainsi que la ville de Guéret et ses environs, déférèrent à cette ordonnance ; et telle est l'origine de la coutume qui les gouverne encore de nos jours (1785).

 Mais Bellac et la Basse-Marche refusèrent de s'y soumettre, et continuèrent de suivre les lois romaines, comme ils font encore à présent.

L'an 1267, Aliénor, comtesse de Leycester, femme de Simon de Montfort, suscita un nouveau procès à Hugues, prétendant qu'elle devait avoir sa part dans le comté d'Angoulême, comme fille de Mathilde, bisaïeule, de ce comte.

 L'affaire fut portée à la cour du parlement. Le comte dans ses défenses, prétendit que la comtesse n'était pas recevable dans sa demande, attendu que le comté d'Angoulême était impartable. Il fut prouvé néanmoins par enquête, qu'il s'en était fait autrefois des démembrements en faveur des puînés, et Geoffroi, oncle paternel du comte, en était lui-même un exemple. Mais on convint que ces démembrements n'étaient que des apanages reversibles à l'aîné au défaut des apanages.

En conséquence, le comte fut condamné par arrêt de l'an 1269, à payer à la comtesse de Leycester annuellement, par forme d'apanage, quatre cents livrées de terre monnaie courante dans le comté d'Angoulême : Appanamentum quadragentarum libratarum terroe monetoe currentis in comitatu Engolismensi, et huit cents livrées pour les arrérages. ( Du Cange, Gloss. verbo, appanamenlum.)

Hugues XII épousa, en 1253, JEANNE DE FOUGÈRES , fille unique et présomptive héritière de Raoul III, baron de Fougères, et d'Isabelle de Craon.

Raoul III étant mort en 1256. Hugues XII hérita du comté de Porhoet du chef de sa femme. Hugues, suivant Corlieu et Pierre de Saint-Romuald, mourut l'an 1282, et fut enterre à l'abbaye de la Couronne.

Il laissa deux fils, Hugues, qui suit; et Gui, avec quatre filles, dont la seconde, Marie comtesse de Sancerre. (2)

 

HUGUES XIII DE LUSIGNAN.

1282, HUGUES XIII, du nom de LUSIGNAN, né le 26 juin 1239, fils et successeur de Hugues XII aux comtés de la Marche et d'Angoulême, engagea, l'an 1301 , le premier de ces deux comtés au roi Philippe le Bel, pour une grosse somme d'argent.

Il servit, l'année suivante, dans la guerre de Flandre, et mourut au mois de novembre de l'an 1303, sans laisser d'enfants de sa femme BÉATRIX, fille de Hugues IV , duc de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1276 à Paris.

L'an 1288, il avait fait un testament, par lequel il instituait son héritier Gui, ou Guyart, son frère ; mais Gui lui ayant fait depuis la guerre, Hugues fit, l'an 1297, un nouveau testament en faveur de Geoffroi, son cousin.

Néanmoins, Hugues étant mort, Gui prit le titre de comte de la Marche et d'Angoulême, après avoir brûlé le dernier testament de son frère. Mais le roi Philippe le Bel, instruit de cette supercherie, qui le privait lui-même de plusieurs avantages que le comte Hugues lui avait faits par ses dernières dispositions, et d'ailleurs indisposé contre Gui, pour s'être joint aux Anglais, et leur avoir livré Cognac et Merpin, prétendit que les comtés de la Marche et d'Angoulême, devaient lui revenir par droit de confiscation.

En conséquence, il fil condamner Gui en douze mille livres d'amende, ce qui l'obligea de renoncer à la succession.

Ce prince transigea ensuite, l'an 1308, avec Marie de la Marche, comtesse de Sancerre, et Isabelle, femme d'Hélie Rudel, sire de Pons, soeurs de Hugues XIII, pour les prétentions qu'elles avaient, auxdits comtés, dont il demeura par-là seul propriétaire.

Telle fut la fin des anciens comtes de la Marche et d'Angoulême.

 

 

 

1er aout fête patronale Saint-Pierre-ès-Liens - la lanterne des Morts de Rancon <==

L'Organisation administrative du Comté de Poitou au Xe siècle et l'avènement des Châtelains et des Châtellenies <==

Les Marches communes du Poitou, d'Anjou, de Bretagne et l’organisation judiciaire et lois anciennes de la province du Poitou.  <==

ANGOULÊME 1028 – Le jugement de Dieu, un Duel Judiciaire<==

Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.<==

==> Charroux, l’atelier monétaire d’Hugues de Lusignan, comte de la Marche

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre <==

 ==> Mars 1317 – le roi Philippe V le Long érigea le comté de la Marche en pairie et le donna à son frère Charles IV le Bel

JUSTICE DE POITOU. L'ancienne sénéchaussée de Poitou<==

 

 

 

 


 

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU.

Aujourd'hui que l'on s'occupe d'écrire l'histoire sur les documents originaux, et que les travaux historiques faits sur des livres n'ont plus guère de valeur dans le monde savant, il est utile d'exhumer de la poussière des bibliothèques ou des dépôts d'archives les chroniques de chaque province, d'en examiner la Valeur et d'en rechercher les auteurs, s'ils sont demeurés inconnus; et c'est ce que je me propose de faire pour le Poitou, Je commencerai par des Recherches sur les chroniques du monastère de St-Maixent.

 

 

(1) du Vigeois, au lieu de quinze mille livres, dit cinq mille marcs. Si cet auteur, qui était contemporain, ne s'est point trompé, il parait que trois livres angevines valaient un marc : et comme le marc d'arpent fin était, sur la fin du règne de Louis VII, à 53 sous 4 deniers, la livre angevine devait valoir 17 sous 9 deniers un tiers : ainsi, quinze mille livres angevines reviendraient à près de 267,500 livres de notre monnaie actuelle.

(2) Lettres de Marie de Lusignan de la Marche, comtesse de Sancerre, de l'an 1289, contenant la copie de : 1° une convention de l'an 1249, passée entre Alphonse, comte de Poitou, et Hugues le Brun, comte de la Marche, relative au service militaire que ce dernier doit faire pendant la croisade; 2° un engagement d'Alphonse de lui servir une rente de 600 livres ; 3° une quittance libérative de ce service militaire, donnée, en 1250, par Alphonse à Guy de Lusignan, seigneur de Cognac.

 Marie de la Marche (v. 1265-ap.1312) Fille de Hugues XII de Lusignan, comte de La Marche et d’Angoulème (Mort à Tunis le 25 août 1270 lors de la VIIIe croisade lancée par le roi Louis IX), et de Jeanne de Fougères ; elle devient comtesse de Sancerre par son second mariage en décembre 1288 avec Étienne II de Sancerre, fils de Jean I er comte de Sancerre et de Marie Vierzon ; veuve en 1306

 

Universis presentes litteras inspecturis Maria de Marchia uxor domini Stephani comitis de Sacro Cesare salutem in domino.

A tous ceux qui examineront la présente lettre, Marie de Marche, épouse du seigneur comte Étienne de Sancerre, salut au seigneur.

Noveritis quod dictus dominus maritus noster nomine nostro et nos una cum ipso habuimus et recepimus ratione matrimonii contracti inter nos a nobili viro domino Hugone Bruni comite Marchiae et Engolismae karissimo fratre nostro quasdam litteras sigillatas sigillo nobilissimi principis domini Alfonsi quondam comitis Pictavis et Tholose quarum tenor sequitur in haec verba.

Vous saurez que ledit seigneur est notre époux en notre nom et nous avons reçu et accepté avec lui le contrat de mariage entre nous d'un noble époux, sire Hugues le Brun, comte de Marche et notre cher frère d'Angoulême, certaines lettres scellé du sceau du très noble prince, sir Alphonse, ancien comte de Poitiers et de Toulouse (mort le 21 août 1271), dont le contenu suit en ces termes.

 — Alfonsus filius regis Francie, comes Pictavis universis presentes licteras inspecturis salutem. Noverint universi quod cum haberetur colloquium inter nos et dilectum et fidelem nostrum Hugonem Bruni comitem Engolisme super eo videlicet quod ipse in hoc instanti passagio nobiscum iter arriperet transmarinum tandem inter nos et ipsum talis convencio intervenit super praedictis quod ipse promisit tactis sacrosanctis evangeliis praestito juramento quod in praedicto passagio nobiscum se duodecimo militum transfretabit et postquam erit ultra mare nobis vel ei quem loco nostri ponemus tenebitur servire per annum cum prædicto numero militum, et si contingat ipsum, quod absit, decedere substituet alium loco sui qui nobis vel ei quem loco nostri ponemus sive assignerimus , faciet servitium cum dicto numero militum secundum quod superius est expressum.

Alphonse, fils du roi de France, comte de Poitiers, à tous ceux qui examineront la présente lettre, salut. Qu'ils sachent tous que lorsqu'il y a eu une conversation entre nous et notre bien-aimé et notre fidèle Hugues le Brun, comte d'Angoulême, sur le fait qu'il voyageait avec nous dans ce passage instantané, longuement entre nous et lui dans le passage précité , il nous passera avec le douzième des soldats ; et après que nous serons au-delà de la mer, ou dans celui que nous placerons, il sera obligé de servir un an avec le nombre de soldats susdit ; nous assignerons , il effectuera le service avec ledit nombre de soldats selon ce qui a été dit ci-dessus.

Nos vero praedictis conventionibus ab ipso prout promisit et tenetur observatis fideliter et completis, tenemur eidem et heredibus suis ex proprio corpore descendentibus et ex legitimo matrimonio procreatis et procreandis, dare sexcentum libras Pictavienses annis singulis in coffris nostris ad duos terminos videlicet in festo natalibus Domini medietatem et aliam medietatem in festo beati Johannis Baptiste proximo sub sequenti apud Niortum , Pictavum vel Rupellam , ubi nobis melius placuerit persolvendas pro quibus redditibus tenetur nobis et heredibus vel successoribus nostris facere homagium ligium dictus Hugo.

Mais nous, conformément aux alliances susmentionnées promises et liées, fidèlement observées et remplies, sommes obligés de lui donner, ainsi qu'à ses héritiers descendant de notre propre corps et ceux nés d'un mariage légitime et procréant et une autre moitié le jour de la fête du bienheureux Jean le Baptiste suivant ensuite à Niort, Poitiers et La Rochelle, où il vaudra mieux payer la rente pour laquelle ledit Hugues est tenu de nous rendre hommage ainsi qu'à nos héritiers ou successeurs.

Tenemur etiam dare eidem guaggia sua videlicet quadraginta solidos corpori suo et deperdita equorum suorum secundum quod in partibus transmarinis tali nobili a carissimo domino et fratre nostro Rege et ab aliis fratribus nostris persolvuntur, et aliis etiam militibus suis dare guaggia sua et deperdita equorum suorum secundum quod ab aliis persolvuntur aliis militibus in partibus transmarinis,et passagium suum.pro se et militibus suis rationabiliter.

Nous sommes également obligés de lui donner ses garanties, à savoir, quarante shillings pour son corps et pour la perte de ses chevaux, selon que dans les régions d'outre-mer sont payés par un si noble seigneur et notre cher roi et nos autres frères comme ils sont effectués par d'autres soldats dans d'autres parties de la mer, et leur passage raisonnable pour eux-mêmes et leurs soldats.

 Debent etiam ipse et milites sui nobiscum comedere quotidie si sibi placuerit. Insuper promittimus eidem dare mutuo quatuor milia librarum Turonensium nobis vel mandato nostro vel heredibus sive successoribus nostris persolvenda ab ipso quatuor terminis videlicet ab isto festo beati Johannis Baptiste celebrato anno Domini M° CC° quadragesimo nono usque ad quatuor annos continue subsequentes.

Lui et ses soldats doivent aussi manger tous les jours avec nous, s'il leur plaît. De plus, nous promettons de lui donner encore quatre mille livres de tU à nous payer soit par notre ordre, soit à nos héritiers ou successeurs de lui pour quatre termes, à savoir, à partir de cette fête du bienheureux Jean-Baptiste, l'année de notre Seigneur 200° quarante-neuvième, sans interruption pendant les quatre années suivantes.

Ita tamen quod nos recipiemus in solutum quolibet quatuor annos illas sexcentum libras annui redditus quas dedimus praedicto comiti Engolisme et de residuo dicti mutui tenetur reddere dictus comes nobis vel mandato nostro quolibet quatuor annos predictoruiti quatercentum libras.

Ainsi, cependant, que nous recevrons en paiement de tous les quatre ans six cents livres de fermage annuel que nous avons donné au susdit comte d'Angoulême et du reste dudit emprunt que ledit comte est tenu de nous payer ou, par notre mandat, chacun quatre cents livres pour les quatre années susmentionnées.

Et de dicta pecunia ad dictos terminos persolvenda videlicet de residuo supradicto idem comes totam terram suam ubicumque sit nobis et heredibus vel successoribus nostris obligavit.

Et concernant le paiement dudit argent pour lesdits termes, à savoir, pour le reste du susdit compte, il a lié toute sa terre où qu'il soit à nous et à nos héritiers ou successeurs.

Volens et concedens quod.si in solutione dictae pecuniae ut dictum est facienda deficeret, quod nos et heredes sive successores nostri praedictas sexcentum libras possimus retinere et terram ipsius in manu nostra capere et tenere sine mescapere et sine injuria alicui irroganda quousque de dicta pecunia nobis sit plenarie satisfactum.

voulant et admettant que si en paiement dudit argent, comme il a été dit, il ne le ferait pas, que nous et nos héritiers et nos successeurs serions en mesure de retenir les six cents livres susmentionnées, et de prendre notre terre en notre main , et tenez-le dans nos mains, et sans infliger aucune blessure à quiconque pleinement satisfait.

Et si de praedictis conventionibus adimplendis fuerit in defectu de dicta pecunia solvenda a nobis nullum habebit respectum sed earn nobis et heredibus sive successoribus nostris in continenti reddere tenebitur dictus comes.

Et s'il y a un manquement aux accords susmentionnés concernant l'argent à payer par nous, il n'aura aucun respect mais sera tenu de le payer à nous et à nos héritiers ou successeurs sur le continent.

Si vero contingat ipsum eundo ad portum sive morando ibidem decedere vel non transfretare propter defectum nostrum legitime expense quas ipse fecerit pro se et militibus suis ad dictum-portum veniendo de dicto mutuo ipsi a nobis facto detrahentur.

Mais s'il arrivait que lui-même, en se rendant au port ou en y séjournant, s'en aille ou ne passe pas à cause de notre manque de dépenses licites, ce qu'il a lui-même fait pour lui et ses soldats en venant audit port, ils devront nous être mutuellement retirés par ledit acte.

Et residuum mutui heredes ipsius nobis et heredibus sive successoribus nostris ad dictos terminos reddere tenebuntur secundum quod superlus est expressum.

Et les héritiers de celui-ci seront tenus de payer le reste du prêt à nous et à nos héritiers ou successeurs auxdites conditions, comme indiqué ci-dessus.

Si vero contingat ipsum comitem Engolismensem non transfretare vel si transfretaverit et contingat eum infra predictum terminum predicto annali servitio non completo personaliter remeare vel eodem in mari vel ultra mare jam mortuo per totum predictum annalem terminum predictos milites ipsius nomine suo non servire, nos eidem comiti non teneremur in aliquo de premissis.

Mais s'il arrive que le Comte d'Angoulême ne passe pas, ou s'il passe, et qu'il arrive qu'il ne revienne pas personnellement dans le délai susdit aux dites annales de service non achevées, ou au même homme déjà mort en mer ou au delà de la mer pendant tout le terme des annales susdit, les susdits soldats ne serviront en son propre nom.nous n'étions liés dans aucun des locaux.

Si vero contingat ipsum in mari itinere causa transfretandi bona fide jam arrepto vel etiam ultra mare humanitus expirare dumtamen milites sui predicti servitium adimpleant supradictum, nos ipsius heredibus predictas sexcentum libras reddituales ad dictos terminos reddere teneremur.

Si toutefois il arrivait que lui-même ait déjà été saisi de bonne foi dans le but de traverser la mer, ou même au delà de la mer, tant que ses susdits soldats accompliraient le service susdit, nous serions tenus de payer à ses héritiers les susdits six cents livres de loyer auxdites conditions

Dicto vero comite itinere causa transfretandi infra dictum terminum bona fide jam arrepto decedente ipsius heredes in quacumque ætate extiterint juxta patriæ usus et consuetudines in eodem homagio in quo erga nos dictus comes ante conventiones predictas existebat recipiemus, et etiam de dictis sexcentum libris postquarn conventiones predictæ adimpletae fuerint prout superius est expressum, salvo jure nostro et quolibet alieno.

Au dit comte, dans le but de traverser de bonne foi le chemin au-dessous de ladite limite, s'il l'a déjà pris à sa mort, les héritiers du même âge peuvent avoir existé, selon les us et coutumes de notre pays, dans le même hommage dans lequel ledit comte existait avant les alliances susmentionnées avec nous ; sera tel qu'énoncé ci-dessus, sans préjudice de nos droits et des droits de toute autre personne.

 Predictis autem tmnibus a dicto comite plenius adimpletis nos litteras nostras super redditu supradicto confectas apud Templum Parisience depositas eidem comiti vel ejus heredibus deliberari faciemus. In cujus rei testimonium presentes litteras sigilli noctri munimine fecimus roborari.

Actum Parisii in festo beati Johannis Baptiste anno Domini M° CC° quadragesimo nono mense Junii.

Et ayant pleinement accompli les susdits délais par ledit comte, nous ferons dresser nos lettres sur ladite rente, déposées au temple de Paris, pour être remises au même comte ou à ses héritiers. En témoignage de quoi nous avons fait renforcer la présente lettre par la fortification du sceau de nuit.

Prise à Paris, en la fête du bienheureux Jean-Baptiste de l'an de grâce, le quarante-neuf juin.

 

Item recepimus a dicto clarissimo fratre nostro quasdam alias litteras sigillo predicti comitis Pictavis et Tholose sigillatas tenorem qui sequitur continentes.

Nous avons également reçu de notre dit frère le plus célèbre certaines autres lettres cachetées du sceau dudit comte de Poitiers et de Toulouse, contenant le contenu qui suit.

 

Alfonsus filius regis Francie comes Pictavis universis presentes litteras inspecturis salutem. Noveritis nos dedisse liberaliter et concepsisse dilecto et fideli nostro Hugoni Bruni comiti Engolismensi sexcentum libras.

Alphonse, fils du roi de France, comte de Poitiers, à tous ceux qui examineront la présente lettre, salut. Vous saurez que nous avons donné et librement conçu six cents livres à notre bien-aimé et fidèle Hugues Brunus, comte d'Angoulême.

Pictavenses annui redditus habendas et percipiendas ab ipso et heredibus suis ex proprio corpore descendentibus et ex legitimo matrimonio procreatis et procreandis, in coffris nostris singulis annis ad duo terminos videlicet rnedietatem in festo Natalis Domini et aliam medietatem in festo beati Johannis Baptiste apud Niortum, Pictavum vel Rupellam ubi nobis melius placuerit.

Que les Poitevins avaient des rentes annuelles à avoir et à recevoir de lui et de ses héritiers descendant de son propre corps, et ceux nés et procréés d'un mariage légitime, dans nos caisses chaque année pendant deux mandats, à savoir la fête de Noël de Notre-Seigneur et une autre moitié en la fête du bienheureux Jean-Baptiste à Niort, Poitiers ou La Rochelle, où il nous conviendra le mieux.

Et est sciendum quod dictus comes Engolismensis fecit nobis homagium ligium de predictis, quod idem facere tenentur heredes sui nobis et heredibus vel successoribus nostris qui eis predictos redditus solvere tenebuntur. Et ut ista donatio nostra robur obtineat , perpetue firmitatis presentes litteras sibi dedimus sigillo nostro sigillatas in testimonium veritatis.

Et il faut savoir que ledit comte d'Angoulême nous a fait l'hommage dudit suzerain, car ses héritiers sont tenus de nous faire de même ainsi qu'à nos héritiers ou successeurs qui seront tenus de leur payer les susdits loyers. Et pour que ce don obtienne notre force, nous lui avons donné ces lettres d'une fermeté éternelle, scellées de notre sceau, en témoignage de la vérité.

Actum et datum Parisius in festo beati Johannis Baptiste anno Domini M°CC° quadragesimo nono mense Junii.

Il fut exécuté et donné à Paris en la fête du bienheureux Jean-Baptiste, l'an de grâce, le quarante-neuf juin.

 

 

— Item recepimus quasdam alias litteras sigillo predicto sigillatas quarum tenor sequitur in hæc verba.

Nous avons également reçu certaines autres lettres scellées du sceau ci-dessus, dont le contenu suit en ces termes.

— Alfonsus filius regis Francie comes Pictavis et Tholose universis presentes litteras inspecturis satutem.

Alphonse, le fils du roi de France, le comte de Poitiers, et Toulouse, qui étaient tous présents, inspecteraient la lettre.

Noveritis quod de servitio quod nobilis vir Hugo Brunius comes Marchie et Engolisme fecit nobis in partibus transmarinis quamdiu vixit nos tenemus pro paguatis.

Vous saurez quel service nous a rendu le noble Hugo Brunius, comte de March et d'Angoulême, tant qu'il a vécu outre-mer.

Postquam vero dictus comes viam universe carnis est ingressiis milites quos prefatus comes loco ipsius reliquit pro dicto servitio faciendo quamdiu in terram Egipti fuimus nobis bene et legitime servierunt.

Mais après que ledit comte fut entré dans toute la voie charnelle, les soldats que ledit comte laissa à sa place pour faire ledit service, tant que nous fûmes en terre d'Egypte, nous servirent bien et légitimement.

Et ex quo ad partes Syriae pervenimus nobilis vir Guido de Leanihaco dominus Compniaci frater predicti comitis memoratum servitium cum suis militibus bene et honorifice adimplevit. Et de toto servitio annali in quo nobis tenebatur in partibus transmarinis ipsum absolvimus et quiptamus. In cujus rei testimonium presentibs litteris sigillum nostrum duximus apponendum.

Et dès notre arrivée dans les contrées de Syrie, un homme noble, Guido de Leanihacus, seigneur Compniacus, frère dudit comte, remplissait bien et honorablement le service avec ses soldats. Et nous avons complété et discuté les annales entières du service dans lequel il a été tenu par nous à l'étranger. En témoignage de quoi nous avons pensé que notre sceau était apposé sur la présente lettre.

Actum apud Acconium anno Domini M°CC° quinquagesimo mense Junii.

Adopté à Acconius en l'an de grâce 1200° au cinquantième mois de juin

 

 

— Quibus litteris habitis et receptis a nobis nos Maria promittimus et tenemur reddere et restituere dicto domino fratre nostro et ejus heredibus et succesgoribus dicta tria paria litterarum non cancellatarum, non deterioratarum nec violatarum in aliqua sui- parte si contingat quod absit nos Mariam decedere sine heredibus descendentibus de carne nostra durante matrimonio inter dictum dominum nostrum comitem de Sacro Cesare vel alios quocumque modo non existante herede ex nostro corpore descendente.

Lorsque ces lettres auront été reçues et reçues par nous, nous promettons et sommes obligés de donner et de restituer audit seigneur notre frère et ses héritiers et successeurs trois paires de lettres non annulées, non endommagées, ni violées en aucune partie s'il arrive concernant notre chair pendant le mariage entre ledit seigneur, comte de césarienne sacrée, ou d'autres n'existant en aucune manière comme héritier descendant de notre corps.

 Et sic premissa de voluntate et consensu, dicti domini viri nostri presentis observare promittimus et tenere et in contrarium non venire juramento a nobis ad sancta Dei - evangelia prestito corporali. In quorum testimonium damus dicto domino fratri nostro presentes litteras sigillo Domini Gerardi Dei gratia decani Engolisme ad precum nostrarum instanciam sigillatas.

Et ainsi nous promettons d'observer et de tenir les choses susmentionnées concernant la volonté et le consentement de notre seigneur notre homme actuel, et qu'il ne vient pas au contraire avec un serment de notre part au saint de Dieu - les Évangiles, ayant reçu un caporal  en témoignage de quoi nous remettons audit seigneur notre frère la présente lettre cachetée du sceau du seigneur Gérard, par la grâce de Dieu doyen d'Angoulême à la demande de nos prières

Quibus litteris nos decanus ad preces dicte domine Marie comitisse de Sacro Cesare sigillum nostrum apposuimus in testimonium veritatis.

Datum die Mercurii ante festum beati Georgii anno Domini' M° CC° octuagesimo nono.

Par ces lettres, nous, aux instances du doyen, avons apposé notre sceau sur ladite dame Marie comtesse de Sancerre  en témoignage de la vérité.

Donné le mercredi avant la fête de Saint-Georges de l'an de grâce