Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

La Marche, bornée au septentrion par le Berri, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou et l'Angoumois, au midi par le Limousin, tire son nom de sa situation, qui la rend limitrophe du Poitou et du Berri. On la nomme aussi Marche Limousine, parce qu'avant le milieu du dixième siècle, elle faisait partie du Limousin. Cette province se divisait en haute et basse Marches, dont la première avait pour capitale Guéret, et la seconde Bellac. Ces deux parties, dans les commencements, eurent quelquefois chacune leur comte particulier.

 

BOSON I, DIT LE VIEUX.

BOSON Ier, surnommé LE VIEUX, fils de Sulpiçe et petit-fils de Geoffroi, premier comte de Charroux, c'est-à-dire de la Marche dont Charroux était le chef-lieu, est qualifié comte de la Marche dans la charte de fondation de l'église de Dorat, sous l'année 944.

Il succéda aux enfants de Bernard, comte de Périgord , au mois de juillet 975 , ce qui rectifie le dire d'un moderne, qui place la mort de Boson à Fan 968. (Voyez son article aux comtes de Périgord.) D'EMME, sa femme, fille de Guillaume I, comte de Périgord, il eut cinq fils : Hélie, Aldebert, successivement comtes de Périgord ; Boson II, qui suit ; Gausbert, et Martin, évêque de Périgueux.

 

BOSON II.

BOSON II, troisième fils de Boson I, eut en partage la basse Marche. L'an 993 , apprenant que Guillaume Fierabras, comte de Poitiers, retiré depuis quelques années à l'abbaye de Saint- Maixent, tendait à sa fin , il se jeta sur le Poitou, assiégea le château de Gençai, appartenant à ce prince, le prit et le démantela. Guillaume le Grand, successeur de FieraBras, l'ayant fait relever, Boson, accompagné d'Aldebert, son frère, vint de nouveau l'assiéger : mais le duc étant accouru au secours de la place, tailla en pièces les troupes de Boson, et l'obligea de prendre la fuite. Il alla ensuite, par représailles, assiéger le château de Rochemeaux, près de Charroux, qui appartenait à Boson, et s'en rendit maître. La comtesse ALMODIS, femme de Boson et fille de Giraud , vicomte de Limoges, y fut prise; mais le duc la fit renvoyer avec honneur. Boson lui-même fut pris quelque temps après dans une bataille contre le duc, et envoyé prisonnier à Poitiers. Sa captivité ne fut pas longue ; mais il ne profita de la liberté qui lui fut rendue, que pour recommencer la guerre contre le duc d'Aquitaine. Ce prince, résolu de le pousser à bout, engagea Robert, roi de France, et toute la France guerrière, suivant l'expression d'Adémar, à venir l'aider à faire le siège du château de Bellac, dans la basse Marche. Malgré de si grandes forces, la place ne put être prise. Boson ayant fait ensuite la paix avec le duc, se mit en voyage pour Rome. Pendant son absence, Gui, vicomte de Limoges, son beau-frère, fit construire un château vis-à-vis de l'abbaye de Brantôme. Boson, à son retour, le fit détruire après avoir défait Gui dans un combat. (Adémar.) Il entra, l'an 1000, dans la confédération formée pour enlever à ce vicomte le château de Brosse. (Voyez les vicomtes de Limoges.) Il vécut en paix, depuis ce temps. Mais Almodis, sa femme, abrégea ses jours par le poison vers l'an 1006. Boson laissa d'elle trois fils, Hélie, qui succéda au comté de Périgord, Feltrin et Aitard, avec une fille nommée Jourdaine, femme, suivant Geoffroi du Vigeois, d'Archambaud, vicomte de Comborn. Almodis, mère de ces enfants, se remaria avec Guillaume le Grand , duc d'Aquitaine, et vérifia par là, dît la Chronique de Maillezais, la prédiction des magiciens qui l'avaient assurée qu'elle aurait un jour ce duché. Adémar dit, au contraire, que ce fut Almodis, femme d'Aldebert, qui parvint à cet honneur. (Bouquet, tome X, pp. 143, 146, 147, 100, 101 , 181, 182.)

L'abbaye d'Ahun, Agidunum, dans la Haute-Marche , reconnaît Boson Il pour son fondateur. Par la charte de cet établissement, datée, de l'an 997, il la soumet à l'abbé d'Uzerche pour y mettre des religieux de son monastère, et la gouverner en chef, de manière que les deux maisons ne fassent qu'une même congrégation. Gauzbert, frère de Boson, est un des souscripteurs de cet acte dans lequel il est fait mention d'Aldebert, son autre frère comme étant déjà mort. (Gall. Christ., no., tome II, prob, col. 190.) X. 29

 

BERNARD I.

BERNARD , fils d'Aldebert I, comte de la Haute-Marche et de Périgord, étant en bas âge à la mort de son père, fut d'abord sous la tutelle de son oncle Boson , après le décès duquel il passa sous celle de Pierre, abbé de Dorat, et d'Humbert Drus, son frère, que Guillaume le Grand , duc d'Aquitaine, chargea de cet emploi, en lui donnant le comté de la Marche.

Bernard tint ce comté jusqu'en 1047, époque de sa mort, suivant la chronique de Maillezais. Il avait épousé AMÉLIE , dont il laissa Aldebert, qui suit, et Odon; avec une fille , Almodis , mariée, 1°. à Hugues V de Lusignan, qui la répudia ; 2°. à Pons, comte de Toulouse, qui lui fil le même affront ; 3°. à Raymond-Bérenger I, comte de Barcelonne ; Rangarde, femme de Pierre-Raymond, comte en partie de Carcassonne; et Lucie, femme d'Arnaud de Pailhas.

 

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ALDEBERT III.

1047 ALDEBERT, fils aîné de Bernard, fut son successeur au comté de la Marche. Il assista, l'an 1059, comme vassal immédiat, au sacre du roi Philippe I. La chronique de Maillezais met sa mort en 1088. PONCE, sa deuxième femme, lui donna Boson, qui suit; et Almodis, qui viendra ensuite. Aldebert était guerrier, et, dans ses expéditions, il se permettait des atrocités qui n'étaient que trop communes parmi les militaires de son tems. Nous n'en citerons que le trait suivant. Ayant assiégé ses ennemis dans l'abbaye de Lesterp, où ils étaient retranchés, il y mit le feu, qui consuma tous les édifices avec dix-sept cents personnes. Les chanoines réguliers, qui habitaient cette maison, furent presque les seuls qui eurent le bonheur d'échapper aux flammes. Aldebert, dans la suite, eut des remords de cette barbarie, et pour l'expier, il accorda aux chanoines de Lesterp la juridiction pleine et entière sur tous les. affranchis et autres personnes domiciliées dans ce bourg. C'est ce qu'atteste et confirme Almodis, sa fille, dans une charte datée du 12 novembre de l'an 1098. (Arch. de Lesterp.) Aldebert avait la réputation d'un homme intelligent et d'un juge intègre. Ce fut le motif qui engagea, l'an 1080 , Gui-Geoffroi, comte de Poitiers, et les religieux de Saint-Cyprien de cette ville, à s'en rapporter à lui sur un différent qu'ils eurent par rapport aux domaines que ceux-ci possédaient dans la terre d'Ansoulète.

Le comte de Poitiers prétendait y percevoir les mêmes droits sur les terres en guast et en friche, que sur les terres en culture. Aldebert tint là-dessus un plaid, solennel, où il eut pour assesseurs Robert le Bourguignon, Pierre de Poitiers et le prévôt Hugues.

 Gui-Geoffroi perdit sa cause à ce tribunal et se soumit au jugement. (Cartul. de S. Cyprien, fol. 81.) Aldebert, l'an 1081, tint un autre plaid , par ordre du même comte de Poitiers , pour juger un procès qui était entre Bertrand, abbé de Noaillé, et un seigneur nommé Aimeri, touchant la terre de Furvant, dont ce dernier voulut s'emparer sans égard pour la donation qu'une dame, nommée Sofitie, en avait faite à l'abbaye. Bertrand ayant offert le duel à son adversaire, suivant l'usage du temps, pour établir son droit, le comte de Poitiers renvoya les parties devant le comte de la Marche, qui jugea en faveur de l'abbé. ( Arch. de Noaillé. )

 

BOSON III.

1088. BOSON III, fils d'Aldebert III, et son successeur au comté de la Marche, en prenait le titre deux ans au moins avant la mort de son père, comme le prouve une charte du prévôt Rorgon en faveur du monastère de Saint-Cyprien de Poitiers, à laquelle il souscrivit en cette qualité avec le comte de Poitiers, Guillaume VI, dit aussi- Gui-Geoffroi, mort en 1086. (Archiv. de Saint-Cyprien.) Il eut l'humeur guerrière et querelleuse comme son père. Ce fut la cause de sa perte. Il fut tué, l'an 1091, devant le château de Confolens, dont il faisait le siège, suivant la chronique de Maillezais, sans laisser de postérité.

 

ALMODIS ET ROGER DE MONTGOMMERI.

1091. ALMODIS, soeur de Boson III, lui succéda au comté de la Marche avec ROGER H DE MONTGOMMERI, son époux, comte de Lancastre, et fils de Roger, comte de Montgommeri, et de Mabile, comtesse, de Bellême et d'Alençon. Roger II, à l'exemple de son père, fit sa résidence ordinaire en Angleterre. Mais, l'an 1102, il en fut chassé par le roi Henri I, après avoir été dépouillé de tous ses biens pour s'être révolté contre ce prince avec ses deux frères, Robert, comte de Rellême, cl Arnoul, comte de Pembrock, qui subirent le même châtiment.

Alors s'étant retiré dans le pays de sa femme, il fixa son séjour au château de Charroux, ce qui lui fit donner le surnom de Poitevin. Il eut une longue guerre à soutenir contre Hugues VI de Lusignan, surnommé le Diable.

Hugues était fils d'une tante d'Aimodis, nommée comme sa nièce, et disputait le comté de la Marche à sa cousine les armes à la main. Cette querelle passa en héritage à leurs enfants. Almodis la Jeune mourut au plutôt en 1116. En effet nous avons sous les yeux une charte datée de l'an 1115, par laquelle Almodis et deux de ses fils, Aldebert et Boson, fondent le prieuré de Chastain, près de Saint-Barbent, en la châtellenie de Champagnac, dans la basse Marche. (Mss. de M. Robert Dorat.)

Outre ces deux fils, Almodis en laissa un troisième, nommé Eudes, avec deux filles, Ponce, mariée à Wulgrin II, comte d'Angoulême; et Marquise, femme de Gui IV, vicomte de Limoges. Roger de Montgommeri survécut à sa femme au moins jusqu'en 1123, puisque cette année il fut présent à l'installation de Clarus, deuxième abbé d'Ahun. ( Gall. Chr., no., tome II, col. 619. )

 

ALDEBERT IV, EUDES ET BOSON IV.

1116 au plutôt. ALDEEERT, EUDES et BOSON, succédèrent à leur mère Almodis au comté de la Marche, qu'ils gouvernaient depuis plusieurs années avec elle. Eudes n'est point mis au nombre des comtes de la Marche par le père Anselme. On voit cependant qu'en 1106 il donna, en qualité de comte de la Marche, à un moine de Saint-Martin de Tulles, une terre, Alodum, dont il l'investit avec un clou de fer à cheval, qu'il tenait à la main. (Baluze, Hist. Tulel., 1. 2 , c. 16.) On voit encore qu'en 1119 (v. st.) il donna, le 2 janvier, une forêt à l'église de Roquemadour, du consentement de son frère AldeLert. (Ibid.) Cette forêt s'appelait Montsalni, et l'église de Tulles la partagea avec celle de Roquemadour. (Archiv. de l'église de Tuiles.) Eudes vivait encore en 1135. A l'égard de Boson, nous ne trouvons aucune trace de son existence après l'an 1118. Ainsi, nous ignorons s'il se joignît à ses deux frères pour défendre leur patrimoine contre les attaques de la maison de Lusignan, qui voulait s'en emparer. Quoi qu'il en soit, le succès ne favorisa point leurs armes, et les agresseurs se rendirent maîtres d'une partie considérable de la Marche. Aldebert mourut au plus tard en 1143, laissant d'ARENGARDE, sa femme, Bernard, qui suit; et deux autres fils. Arengarde lui survécut, et épousa en secondes noces Chalon de Pons.

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BERNARD II.

1143 au plus tard. BERNARD, fils d'Aldebert IV, fut son successeur au comté de la Marche. Car Geoffroi du Vigeois (p. 306) et Justel, d'après lui, disent que, l'an 1143, Mathilde, femme de Raymond I, vicomic de Turenne, étant décédée, apparut à Bernard de la Marche, et le pria de dire à son fils Boson II qu'elle l'exhortait à ne point sortir en armes , mais à se tenir en paix chez lui, qu'autrement il lui arriverait malheur ; ce qui fui effectué, dit Geoffroi : car il fut tué, ajoute-t-il, au siège d'un château. Bernard n'est connu par aucun autre trait de sa vie, si celui-ci même n'est pas une fable. On ne sait quand il mourut. Le père Bonnaventure de Saint-Amable ( Vie de saint Martial.) conjecture qu'il ne passa pas Fan 1150. Il laissa deux fils, Aldebert, qui suit; et Gérard, qui fut fait doyen de Saint-Iriex-de-la-Perche, la veille de Noël 1183, suivant Geoffroi du Vigeois (page 342).

 

ALDEBERT V.

1150 au plutôt. ALDEBERT V, fils et successeur de Bernard II, vécut dans des agitations continuelles, mais infructueuses, pour défendre ses domaines. Les seigneurs aquitains, dont il implora le secours, augmentèrent ses malheurs en l'engageant dans leurs révoltes contre le souverain. A la fin, se voyant dépouillé d'un côté par le sire de Lusignan, de l'autre par le roi d'Angleterre, il vendit à ce dernier ce qui lui restait, par traité passé le 17 décembre 1177, à l'abbaye de Grandmont, moyennant quinze mille livres angevines, vingt palefrois et vingt mulets. (Roger de Hoveden , Jean Broropton.) (1)

Aldebert se détermina d'autant plus facilement à cette vente, qu'il n'avait, dit Geoffroi du Vigeois, qu'une fille, nommée Marquise, femme de Gui de Comborn , laquelle était stérile, et qu'il était séparé de sa femme que le sire de Pons avait épousée depuis leur divorce. Il avait perdu quelque temps auparavant, suivant, le même auteur, un fils unique, lequel ayant tué, dit Vincent de Beauvais, un chevalier en trahison, fut enlevé par un parent du mort et ne parut plus. Mais Geoffroi de Lusignan et ses frères, ajoute le prieur du Vigeois, s'opposèrent, à titre de plus proches héritiers, à cette aliénation dont le roi d'Angleterre se désista.

Aldebert partit, l'an 1180 après Pâques, pour la Terre-Sainte ; mais il n'y arriva pas, et mourut, à Constantinople, le 29 août suivant, fête de la décollation de Saint-Jean. (Gaufr. Vos.) N'oublions pas qu'en 1160 il donna des statuts à la ville de Bellac pour assurer ses privilèges et fixer la jurisprudence qui devait la régir.

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MATHILDE ET HUGUES, IXe. DU NOM, SIRE DE LUSIGNAN.

1180. MATHILDE, fille de Wulgrin III, comte d'Angoulême, et petite-fille de Ponce de la Marche, femme de Wulgrin II, comte d'Angoulême, succéda, par l'autorité de Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, et depuis roi d'Angleterre, comme plus proche parente, à Aldebert IV, dans le comté de la Marche, dont Hugues le Brun, IXe. du nom, sire de Lusignan, ou Lesignem, tenait déjà la plus grande partie.

Richard, en appuyant le bon droit de Mathilde, agissait autant par intérêt que par justice, ayant alors envie, suivant Geoffroi du Vigeois, de l'épouser. Mais le roi Henri II Platagenêt, son père, qui l'avait fiancé avec Alix, fille du roi de France, l'empêcha de suivre ce dessein.

L'an 1181, après la mort de Wulgrin III, comte d'Angoulême, Mathilde forma des prétentions sur ce comté. Les frères de Wulgrin lui disputèrent cette succession, et vinrent à bout de lui en arracher la plus grande partie, malgré la protection que lui accorda le duc Richard. Mathilde n'était pas plus tranquille du côté du sire de Lusignan, qui cherchait toujours à lui ravir ce qui lui restait du comté de la Marche.

 A la fin, elle se rendit (on ne peut dire en quelle année) à la demande, qu'il lui fit de sa main, et l'épousa. Hugues IX de Lusignan était le fils de Hugues VIII, dit le Brun, surnom qui passa aux aînés de ses descendants.  Bourgogne de Rancon, sa mère, fille de Geoffroi Rançon, seigneur de Taillebourg, avait apporté en dot, à son époux, la terre de Fontenay (le Comte) et le château de Vouvant

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Hugues IX, depuis son mariage, vécut en bonne intelligence avec le duc Richard, et ce prince ne changea point de dispositions à son égard lorsqu'il fut monté sur le trône d'Angleterre.

L'an 1190, il fut de son voyage d'outre-mer. Cependant Benoît de Péterborough semble dire qu'il était dans l'armée de Philippe- Auguste, lorsque ces deux monarques séjournaient ensemble à Messine, en attendant le printemps pour continuer leur route.

 (Notice Historique sur le Château de Taillebourg)

Après la mort de Richard, la reine Eléonore d'Aquitaine, sa mère, étant venue en Aquitaine, Hugues le Brun, dit Albéric de Trois-Fontaines ( ad an. 1199 ) la surprit dans une embuscade, et l'obligea de lui céder la portion du comté de la Marche dont jouissait l'Angleterre.

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Le roi Jean Sans Terre, successeur de Richard, son frère, n'eut point, au commencement de son règne, de partisans plus zélés que le comte de la Marche. Hugues prit hautement sa défense contre Artur, comte de Bretagne, neveu de ce prince, auquel il disputait ses états.

L'an 1200, apprenant qu'Artur avait été reçu dans Tours aux fêtes de Pâques, il lève des troupes, et s'étant associé le vicomte de Thouars et d'autres seigneurs du Poitou, il vint fondre inopinément sur cette ville, le dimanche avant l'Ascension, la prend, l'abandonne au pillage, et peu s'en fallut, dit la chronique de Tours, qu'Artur, qui était encore dans la place, ne tombât entre ses mains, ayant à peine eu le temps de se sauver avec, quelques-uns de ses gens.

 Hugues, en servant ainsi le roi Jean, n'obligeait qu'un ingrat. La même année (et non pas 1202, comme le marque la chronique de Tours), ce prince enleva au fils de Hugues, Isabelle d'Angoulême, qui lui était promise, et l'épousa lui-même.

Hugues et son fils, irrités de ce noir procédé, soulevèrent contre le roi d'Angleterre toute la noblesse du Poitou, de l'Anjou, et de la Normandie, et furent ainsi la première cause de la grande révolution qui fit perdre au roi d'Angleterre une partie de ses provinces d'outremer, et pensa le renverser du trône.

 Hugues, vers l'an 1206, voulut aller signaler sa valeur à la Terre-Sainte. Il tomba, soit sur la route , soit dans le pays, entre les mains des Sarrasins qui le firent prisonnier. S'étant racheté, il revint en France, et alla se faire religieux grandmontain au monastère de l'Ecluse, qu'il avait fondé. Il y mourut dans un âge fort avancé, et fut porté à Grandmont pour y être inhumé. (Gal. Chr., nov., t. Il, col. 651.)

Mathilde, sa femme, termina ses jours l'an 1208, après avoir fait avec Isabelle, sa bru, un traité par lequel elle lui céda ses prétentions sur le comté d'Angoulême. De son mariage, elle eut Hugues, qui suit ; Raoul, dit d'Issoudun , sire de Mello , de Chisai et de Sivrai, en Poitou, puis comte d'Eu, par son mariage avec Alix, héritière de ce comté; Aliénor ou Aliprote, mariée au comte de Leycester, et d'autres enfants.

 

HUGUES , Xe. DU NOM DE LUSIGNAN.

1208. HUGUES X, fils de Hugues IX, succéda à Mathilde, sa mère, dans le comté de la Marche. L'an 1218, il se déclare pour Jean, roi d'Angleterre, contre le roi de France, et va le recevoir à sa descente, au port de la Rochelle, avec des troupes.

L'an 1217, il épouse ISABELLE, fille d'Aimar, comte d'Angoulême, et veuve du roi d'Angleterre, la même que ce prince lui avait enlevée en 1200.

 Hugues, en vertu de ce mariage, hérita, l'année suivante, du comté d'Angoulême, par la mort de son beau-père.

Il partit pour la croisade, l'an 1218, avec le comte de Bar-sur-Seine, et se trouva au siège de Damiète, qui fut pris le 5 novembre, (et non le 9 mars) 1219.

Hugues, l'an 1226, entra dans le parti des seigneurs ligués contre la reine Blanche, régente du royaume : mais l'an 1227, il tut obligé, avec le duc de Bretagne, de venir faire satisfaction, au roi saint Louis, le 16 mars, dans le château de Vendôme.

 Ce monarque ayant investi, l'an 1241, son frère Alfonse, du comté de Poitiers, Hugues va, comme les autres vassaux du Poitou, rendre hommage à son nouveau suzerain.

Mais les reproches de la comtesse-reine, sa femme (car c'est ainsi qu'lsabelle se qualifiait), l'ayant fait repentir de cette démarche trop humiliante au gré de cette princesse, il ose insulter publiquement le comte de Poitiers.

Saint Louis ne laissa pas impuni l'outrage fait à son frère. L'an 1242, il arrive dans le Poitou, ravage les terres du comte de la Marche, prend ses meilleures places, bat le roi d'Angleterre, qu'il avait appelé à son secours, et le force enfin à venir demander pardon, avec sa femme, et à se soumettre, haut et bas, à toutes les conditions qu'il plut au monarque de lui imposer.

Le traité d'accommodement fait entre le roi et le comte, est daté du 3 août 1242, au camp près de Pons.

On conserve encore (1785), au trésor des chartes, ce traité, signé de la main du comte de la Marche, et du Cange le rapporte tout au long dans ses observations sur la vie de saint Louis.

L'an 1248 , Hugues est accusé de haute trahison par un gentilhomme qui s'offre d'en fournir la preuve par le duel. Hugues accepte le defi. Le jeune Lusignan demande à combattre pour son père : le comte de Poitiers s'y oppose, disant que l'innocent ne doit pas périr pour le coupable. Saint Louis tranche la difficulté en déclarant qu'il veut bien tenir l'accusé pour innocent.

Abbaye de Fontevraud Comtesse-reine Isabelle d'Angoulême Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

(Les quatre gisants royaux du Cimetière des rois Plantagenet - Abbaye de Fontevraud )

L'an 1248, le comte de la Marche donne son fils à ce monarque pour l'accompagner à la croisade. Il meurt lui-même l'année suivante, et son corps est porté à l'abbaye de Valence, près de Couhé. Il laissa neuf enfants, dont les principaux sont: Hugues, qui suit; Gui, sire de Cognac et d'Archiac; Guillaume, dit de Valence , tige des comtes de Pembroch , en Angleterre: Geoffroi, sire de Jarnac; Adémar, évêque de Winchester : Marguerite , femme de Raymond VII, comte de Toulouse ; Allais, femme de Jean I , comte de Varennes. La comtesse-reine Isabelle mourut en 1246, et fut d'abord enterrée dans une chapelle de l'abbaye Notre-Dame de La Couronne, appelée alors Saint-Nicolas avant d'être transférée à l’Abbaye Fontevraud. l'ambition démesurée de cette femme, la noirceur de son caractère, et ses emportements, qui allaient jusqu'à la fureur, lui firent donner le nom de Jézabel au lieu de celui d'Isabelle, par une anagramme qui lui convenait fort.

Lorsqu'après avoir soulevé le comte, son époux, contre le frère de saint Louis, elle vit arriver le monarque pour punir cette révolte, elle prépara de ses mains un poison dont elle avait le secret, et chargea des scélérats d'en faire glisser dans la coupe où le roi buvait. Dieu permit que le complot, fût découvert. On arrêta ces émissaires, et, sur leur déclaration, ils furent pendus. Quand la comtesse, disent les Annales ne France, sut que sa mauvaisetié estoit dé couverte, de deuil elle se cuida précipiter et frapper d'un coustel en sa poitrine, qui ne lui eust usté de la main ; et quand elle vit qu'elle ne pouvait faire sa volonté, elle desrompit sa guimpe et ses cheveux, et ainsy fut longuement malade de dépit et de déplaisance.

 

HUGUES LE BRUN, XIe. DU NOM DE LUSIGNAN.

1249. HUGUES XI, comte de Penthièvre par sa femme, fils aîné de Hugues X, lui succéda aux comtés de la Marche et d'Angoulême.

 Il était entré, l'an 1247, dans l'association des seigneurs, formée pour restreindre la juridiction des ecclésiastiques, qui ruinait la justice séculière. On prétend que cette association fut autorisée par saint Louis ; mais on n'a aucun détail sur les suites qu'elle eut, ni sur la manière dont la dispute se termina. Ce que nous savons, c'est que vers l'an 1253, le comte Hugues excita la plus violente persécution contre son évêque, obert de Montberon, jusqu'à le chasser avec son clergé, après s'être emparé des revenus de l'évêché.

L'infortuné prélat implora la justice de saint Louis, qui soumit cette affaire à l'examen et au jugement des évêques de Limoges et de Cahors. Le comte fut condamné à assister, couvert d'un sac, ayant la tête et les pieds nus, à une procession indiquée pour ce sujet, à confesser publiquement son crime et à en demander pardon à l'évêque. On l'obligea de plus à payer une amende de cinq cents livres, et à l'entretien de trois cierges qui brûleraient à perpétuité au grand autel, pendant la célébration des Saints-Mystères. (Les rois de France, comme représentant les comtes d'Angoulême, doivent payer ces trois cierges. )

Le comte Hugues mourut âgé de quarante ans, suivant le P. Anselme, en 1260. YOLANDE DE DREUX, son épouse, fille de Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, lui donna cinq enfants, dont l'aîné, nommé comme son père, lui succéda. (Voy. les comtes de Penthièvre. )

 

HUGUES XII DE LUSIGNAN.

1260. HUGUES LE BRUN, XIIe. du nom de Lusignan, succéda aux comtés de la Marche et d'Angoulême à Hugues XI,. son père.

L'an 1262, Gui, son frère, seigneur de Cognac, à son retour d'Angleterre, et sa soeur Yolande, lui suscitèrent un procès pour avoir leur part dans la succession paternelle. Par arrêt du parlement, de la Saint-Martin d'hiver 1268, il fut dit que le seigneur Gui, frère du comte, recevra de lui, par manière de provision, pour son entretien, six cents livres tournois, et lorsqu'il viendra, chez son frère avec sept chevaliers à sa suite , il y sera défrayé avec sa compagnie, qu’il recevra des robes avec deux palefrois, un pour lui et l'autre pour son ècuyer, et cela jusqu'à ce qu'il ait obtenu la part qu il doit avoir dans l'héritage de son père ; que pareillement sa soeur recevra deux cents livres tournois, jusqu'à ce qu'elle soit mise en jouissance de sa part de la succession paternelle. (Pet. a S. Romual. contin. Chron. Ademari, pag. 161.)

L'an 1965, Hugues fit expédier à Dorat une charte portant ordre à ses vassaux de la Marche, de se conformer aux coutumes de Montferrand, et non à celles de Limoges, qui étaient prises du droit romain.

Les Haut-Marchais, ainsi que la ville de Guéret et ses environs, déférèrent à cette ordonnance ; et telle est l'origine de la coutume qui les gouverne encore de nos jours (1785).

 Mais Bellac et la Basse-Marche refusèrent de s'y soumettre, et continuèrent de suivre les lois romaines, comme ils font encore à présent.

L'an 1267, Aliénor, comtesse de Leycester, femme de Simon de Montfort, suscita un nouveau procès à Hugues, prétendant qu'elle devait avoir sa part dans le comté d'Angoulême, comme fille de Mathilde, bisaïeule, de ce comte.

 L'affaire fut portée à la cour du parlement. Le comte dans ses défenses, prétendit que la comtesse n'était pas recevable dans sa demande, attendu que le comté d'Angoulême était impartable. Il fut prouvé néanmoins par enquête, qu'il s'en était fait autrefois des démembrements en faveur des puînés, et Geoffroi, oncle paternel du comte, en était lui-même un exemple. Mais on convint que ces démembrements n'étaient que des apanages reversibles à l'aîné au défaut des apanages.

En conséquence, le comte fut condamné par arrêt de l'an 1269, à payer à la comtesse de Leycester annuellement, par forme d'apanage, quatre cents livrées de terre monnaie courante dans le comté d'Angoulême : Appanamentum quadragentarum libratarum terroe monetoe currentis in comitatu Engolismensi, et huit cents livrées pour les arrérages. ( Du Cange, Gloss. verbo, appanamenlum.)

Hugues XII épousa, en 1253, JEANNE DE FOUGÈRES , fille unique et présomptive héritière de Raoul III, baron de Fougères, et d'Isabelle de Craon.

Raoul III étant mort en 1256. Hugues XII hérita du comté de Porhoet du chef de sa femme. Hugues, suivant Corlieu et Pierre de Saint-Romuald, mourut l'an 1282, et fut enterre à l'abbaye de la Couronne.

Il laissa deux fils, Hugues, qui suit; et Gui, avec quatre filles, dont la seconde, Marie, épousa, l'an 1288 , Etienne II, comte de Sancerre.

 

HUGUES XIII DE LUSIGNAN.

1282, HUGUES XIII, du nom de LUSIGNAN, né le 26 juin 1239, fils et successeur de Hugues XII aux comtés de la Marche et d'Angoulême, engagea, l'an 1301 , le premier de ces deux comtés au roi Philippe le Bel, pour une grosse somme d'argent.

Il servit, l'année suivante, dans la guerre de Flandre, et mourut au mois de novembre de l'an 1303, sans laisser d'enfants de sa femme BÉATRIX, fille de Hugues IV , duc de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1276 à Paris.

L'an 1288, il avait fait un testament, par lequel il instituait son héritier Gui, ou Guyart, son frère ; mais Gui lui ayant fait depuis la guerre, Hugues fit, l'an 1297, un nouveau testament en faveur de Geoffroi, son cousin.

Néanmoins, Hugues étant mort, Gui prit le titre de comte de la Marche et d'Angoulême, après avoir brûlé le dernier testament de son frère. Mais le roi Philippe le Bel, instruit de cette supercherie, qui le privait lui-même de plusieurs avantages que le comte Hugues lui avait faits par ses dernières dispositions, et d'ailleurs indisposé contre Gui, pour s'être joint aux Anglais, et leur avoir livré Cognac et Merpin, prétendit que les comtés de la Marche et d'Angoulême, devaient lui revenir par droit de confiscation.

En conséquence, il fil condamner Gui en douze mille livres d'amende, ce qui l'obligea de renoncer à la succession. Ce prince transigea ensuite, l'an 1308, avec Marie de la Marche, comtesse de Sancerre, et Isabelle, femme d'Hélie Rudel, sire de Pons, soeurs de Hugues XIII, pour les prétentions qu'elles avaient, auxdits comtés, dont il demeura par-là seul propriétaire.

Telle fut la fin des anciens comtes de la Marche et d'Angoulême.

 

 

COMTES DE LA MARCHE APANAGES.

PHILIPPE LE LONG, étant, monté sur le trône de France après la mort du roi Louis Hutin, son frère, donna en apanage à Charles, son autre frère, le comté de la Marche, qu'il érigea en pairie par lettres du mois de mars 1316 (v. st.).

 Charles, devenu roi de France, par la mort de Philippe, au mois de janvier 1022 (11. st.), garda le comté de la Marche jusqu'en 1327. Alors il l'échangea, par lettres patentes du mois de décembre, avec Louis 1er, duc de Bourbon, contre le comté de Clermont, en Beauvaisis, et l'érigea de nouveau en pairie. Mais le roi Philippe de Valois, successeur de Charles, rendit à Louis, en 1331, ce dernier comté, qu'il décora eu même litre. Louis, en mourant, l'an 1042 (n. st.), transmit le comté de la Marche à l'un de ses fils, qui suit. (Voyez les. ducs de Bourbon.)

 

CHRONOLOGIE HISTORIQUE JACQUES Ier. DE BOURBON.

1342. JACQUES, troisième fils de Louis Ier., duc de Bourbon ; et. de Marie de Rainaut, eut, par le partage fait avec le duc Pierre, son frère, le comté de la Marche et la seigneurie de Montaigu, en Combrailles. L'alliance qu'il avait, contractée, l'an 1335, avec JEANNE , fille et héritière de Hugues de Châtillon-Saint-Pol, avait déjà fait, entrer dans sa maison les seigneuries de Leuse, de Condé , de Carenci , de Buquoi et d'Aubigni.

Ce prince fit ses premières armes dans la guerre de Bretagne, sous les ordres de Jean, duc de Normandie.

L'an 1346, il combattit, le 26 août, à la fameuse bataille de Créci, où, quoique blessé dangereusement, il eut assez de force et d'intrépidité pour voler au secours du roi Philippe de Valois, et pour l'arracher du champ de bataille. Le monarque signala sa reconnaissance en lui donnant le Ponthieu qu'il avait confisqué sur le roi d'Angleterre.

Il fut créé, le 15 juin 1245, souverain et général capitaine dans toutes les parties du Languedoc. Le roi Jean lui donna, l’an 1354, l'épée de connétable après la mort de Charles d'Espagne.

La trêve accordée par Edouard roi d'Angleterre, étant expirée en 1356, le comte de la Marche fut chargé d'aller s'opposer au prince de Galles, qui menaçait les provinces voisines de la Guienne.

Cette expédition n'eut aucun succès par la discorde qui se mit entre le comte de la Marche et ses deux collègues, le comte de Foix et le comte d'Armagnac. Honteux de ce revers, Jacques de Bourbon remit au roi l'épée de connétable, qui fut donnée à Gautier de Brienne, duc d'Athènes. Mais il ne crut pas que cette démission le dispensât de rendre à la patrie les services que sa naissance exigeait de lui. Il combattit, le 19 septembre de la même année, à la funeste journée, de Poitiers, où il demeura prisonnier, après avoir fait de son corps un rempart à son souverain.

Délivré, l'an 1360, par le traité de Bretigny, il fut nommé par le roi Jean pour en exécuter les conditions, en remettant aux Anglais les provinces qui leur étaient cédées. Il commença par ses propres domaines, et se démit généreusement du comté de Ponthieu, que ses services lui avaient mérité.

Il marcha peu de temps après contre les brigands nommés les Tard-venus, qui désolaient, le Lyonnais et les environs. Les ayant attaqués avec Pierre, son fils aîné, le 2 avril 1061, près de Briguais, à trois lieues de Lyon, ils reçurent l'un et l'autre des blessures dont le père mourut le 6 du même mois, et le fils quelques jours après.

Le corps de Jacques de Bourbon fut enterré aux Dominicains de Lyon, sous une tombe où l'on a marqué par erreur l'année 1365 pour celle de sa mort. C'est de lui que descendent tous les princes de la maison royale, qui existent aujourd'hui. De son mariage, il eut, outre le fils qu'on vient de nommer, Jean, qui suit ; Jacques, seigneur de Préaux; et Isabelle, mariée, 1°. à Louis, vicomte de Beauniont au Maine; 2°. à Bouchard VII, comte de Vendôme.

 

JEAN DE BOURBON.

1361. JEAN DE BOURBON, successeur de Jacques, son père, ou, si l'on veut, de Pierre, son frère, dans le comté de la Marche, joignit à cet héritage les comtés de Vendôme et de Castres avec les seigneuries de Lezignem, en Narbonnais, d'Epernon, de Bréhencourt, du Thail, de Quillebeuf, etc., par son mariage contracté, le 28 septembre 1364, avec CATHERINE DE VENDÔME, qui devint héritière, l'an 1074, au plus tard , de Bouchard VII, son frère, comte de Vendôme.

Le désir de venger la mort d'une princesse du sang, l'engagea, l'an 1366, à se joindre à Bertrand du Guesclin, dans la guerre qu'il porta en Castille contre le roi Pierre le Cruel, assassin de Blanche de Bourbon, sa femme.

L'expédition fut heureuse, et le comte Jean contribua à mettre sur le trône Henri de Transtamare, frère naturel de Pierre et son rival. De retour en France, il fut nommé lieutenant-général pour le roi dans le Limosin ; et accompagna le duc de Berri dans la guerre qu'il alla faire aux Anglais en Guienne, Il se distingua, l'an 1382, à la bataille de Rosebeque, gagnée, le 27 novembre, par les Français.

 Il donna de nouvelles preuves de sa valeur, en 1384, au siège de Taillebourg.

L'an 1388, il suivit le roi Charles VI au voyage de Gueldre, et l'accompagna de même, en 1391, dans celui de Languedoc. Sa mort arriva le 11 juin 1393. Sa femme, qui lui survécut jusqu'au Ier. avril 1412, le fit. père de Jacques, qui suit ; de Louis, comte de Vendôme; de Jean, seigneur de Carenci ; d'Anne, mariée, 1°. à Jean de Berri, comte de Montpensier ; 2°. à Louis le Barbu , duc de Bavière-Ingolstadt ; de Marie , dont il sera parlé ci-après; et. de Charlotte, l'une des plus belles princesses de son temps, mariée, le 2 août 1490 , à Jean II, roi de Chypre, où elle n'arriva que l'an 1411.

Le comte Jean eut de plus un fils naturel, nommé comme lui, et surnommé le Bâtard de la Marche. (Voyez les comtes de Vendôme. )

 

JACQUES II DE BOURBON.

1393. JACQUES II eut, dans la succession de Jean de Bourbon, son père, les comtés de la Marche et de Castres, avec les seigneuries de Montaigu et de Bellac. Marie, sa soeur, s'étant fait enlever par le chevalier Jean de Beyne, seigneur des Croix, il la poursuivit, et, l'ayant arrêtée, il l'enferma dans le château de Comète, en Albigeois, où elle languit pendant plus de trente ans. ( Délivrée par ordre du roi Charles VII, elle se porta pour héritière de Jean, son frère, seigneur de Carenci, à l'exclusion de ses enfants, qu'elle qualifiait de bâtards; mais dans la litispendance, elle vendit ses prétentions pour la somme de vingt mille écus d'or à Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. )

Le comte de la Marche accompagna, l'an 1396, Jean de Bourgogne, dit le comte de Nevers, dans son expédition de Hongrie, et demeura prisonnier des Turcs la même année, à la bataille de Nicopoli, donnée le 28 septembre. S'étant racheté moyennant une grosse rançon, il fut, à son retour en France, créé grand-chambellan le 26 juillet 1397.

Zélé pour le service de la France, il courut avec quelques vaisseaux dans la Manche, et remporta plusieurs avantages sur les Anglais. Owen - Glendour réclamait alors la principauté de Galles, comme le patrimoine de ses ancêtres que le roi d'Angleterre avait usurpé Le comte de la Marche fit avec lui un traité par lequel il s'engageait à mener aux Gallois huit cents hommes d'armes et trois cents albalétriers. Ravi de trouver cette occasion d'occuper l'Anglais dans ses propres états, le ministère de France donna au comte une somme de 100 mille écus d'or pour les frais de l'expédition qu'il projetait. Mais, au lieu d'employer cette somme à l'objet de sa destination, il la dissipa au jeu et en fêtes. Il fil néanmoins semblant de vouloir tenir l'engagement qu'il avait pris, et s'embarqua effectivement, comme pour aller au secours de son allié. Mais repoussé par la tempête, il s'en revint promptement, et essuya, en passant par Orléans, les railleries des écoliers, qui lui criaient: Mare vidit et fugit

Attaché depuis longtemps à la maison de Bourgogne, il prit son parti, l'an 1407, contre celle d'Orléans, après l'assassinat du chef de cette dernière. Il s'en trouva bien d'abord ; car ayant été nommé, l'an 1409, par la faction bourguignone avec le comte de Vendôme, son frère, et le comte de Saint-Pol, pour réformer les abus de l'administration , il commença par retirer l'obligation qu'il avait faite pour les 100 mille écus d'or qu'on lui avait donnés pour son expédition d'Angleterre, et peut-être s'appropria-t-il encore une partie des dépouilles des financiers, qui furent presque tous ruinés par les recherches et les vexations, de ces prétendus réformateurs, sans que le peuple en reçût aucun soulagement. Mais étant à la tête, d'un parti de bourguignons, il fut vaincu devant Tours, et fait prisonnier, l'an 1411. par les Orléanais, qui le firent conduire à la tour de Bourges, d'où il ne sortit qu'à la paix conclue, l'année suivante, à Auxerre. ( Villaret, in-4°. tom. VII, pag. 96.) Remis en liberté, il a surprendre Louis, son frère, dans sa ville de Vendôme, le fait prisonnier, et ne lui rend la liberté qu'aubout de huit mois, après avoir méprisé les prières et bravé les menaces que des personnes puissantes lui avaient, faites, pour obtenir sa délivrance. Ce furent les remords de sa conscience qui l'obligèrent à faire ce que les motifs humains les plus pressants n'avaient pu opérer. Honteux de retenir dans les fers un frère qui n'avait à ses yeux d'autres crimes que d'être plus opulent que lui, il alla lui-même les briser, et dit en l'embrassant : « Vous réunissez, » par l'estime que vous inspirez, les intérêts les plus contraires; " il est juste que je me rende aux sentiments qui vous sont dus. » Je me suis fait jusqu'ici violence en y résistant, pour céder " au plus vil sentiment qui m'arme contre vous ; reconnaisses " un frère qui vous délivre, où bien celui qui vous enchaîna ». C'est le discours que lui prête un ingénieux moderne. Jacques étant devenu veuf, l'an 1414 an plus tard, de BÉATRIX, fille de Charles III, roi de Navarre ( qu'il avait épousée le 14 septembre 1406 , et non pas en 1397 ) , il contracta une nouvelle alliance, l'an 1415, avec JEANNE II, reine de Naples et de Sicile. Mais les grands démêlés qu'il eut avec cette princesse le déterminèrent, au bout de quelques années, à se séparer d'elle et à se retirer en France. ( Voyez les rois de Naples et de Sicile. ) Il y rentra sur la fin de 1422, après avoir erré quelque temps en Italie.

Son retour ne fut pas inutile au roi Charles VII, nouvellement élevé sur le trône. Ce monarque l'ayant nommé, l'an 1424, gouverneur de Languedoc, il arrêta les courses des Anglais, des Bourguignons et des routiers, qui désolaient le pays.

Mais, à la demande du roi, il se démit, l'année suivante, pour lui obéir et lui complaire, de ce gouvernement, en faveur du comte de Foix, qu'on ne pouvait détacher qu'à ce prix du parti des ennemis de la France. Une pension de 12 mille livres sur les revenus du Languedoc, fut le dédommagement que Charles VII lui accorda, le 13 avril, pour ce généreux sacrifice. ( Vaissète, tom. IV, pag. 464, 466. )

Jacques de Bourbon conservait toujours le titre, les honneurs et le cortège de la royauté ; mais il n'en soutint point le caractère, surtout dans les dernières années de sa vie. On vit dans sa conduite un mélange ridicule de faste et de faiblesse qui le fit tomber dans le mépris. Il s'aperçut lui-même de sa décadence dans l'opinion publique ; et la vénérable Colète, réformatrice de l'ordre de Sainte-Claire, acheva de le déprendre du faux éclat des grandeurs humaines dans les entretiens qu'il eut avec elle. Les exhortations pathétiques de cette pieuse fille le touchèrent au point qu'il prit le parti de se faire cordelier.

 Il choisit le couvent de Besançon pour le lieu de sa retraite, et s'y rendit, l'an 1435 dans l'équipage le plus bizarre et le plus propre à faire soupçonner le dérangement de son cerveau. « J'ai » lu , dit Brantòme ( tome I) , dans l'histoire de ce grand Olivier de la Marche, qui estoit, lors à Besançon , et le vit quand » ce roy s'y vint rendre cordelier ; dit qu'il se faisoit porter » par quatre hommes en une civière, telle sans aultre différence que les civières que l'on porte les fiens, fumiers et ordures, et estoit demy couché.... demy appuyé et levé à l'encontre d'un meschant et desrompu oreiller de plumes, vestu,  pour toute parure, d'une longue robe grise de petit prix ; et estoit ceint d'une corde nouée en la façon d'un cordelier, et en teste avoit un gros bonnet blanc de laine, noué et bridé par-dessous le menton.... Dit pourtant ledict messire Olivier que ledict roi de sa personne paroissoit un grand chevalier,  fort beau , fort bien fourré de bons membres, ayant le visage bon, agréable, et portant une chere joyeuse en sa veuil lette vers chascun.... Il avoit à sa suite quatre cordeliers de l'observance, que l'on disoit grands clercs et de sainte vie ; et après iceulx sur le coin où il pouvoit avoir 200 chevaux,  dont il y avoit litière, chariot couvert, haquenées. mules,  mulets dorés , harnachés honorablement. ; et avoit sommiers couverts de ses armes, et nobles et serviteurs bien vestus et en bon point.... et en cette pompe humble et. dévote ordonnance fit son entrée de Besançon , comme il avoit fait dans toutes les autres villes ; et puis entra au couvent, où depuis on le vit rendu cordelier. »

Il mourut, le 24 septembre 1438, à l'âge de soixante-huit ans, et fut enterré au couvent, des religieuses de Sainte-Claire, dans la chapelle qu'il y avait fait bâtir. BEATRIX, sa première femme, lui donna Eleonore, mariée , l'an 1429, à Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac, qui, dès l’an 1435, prenait le litre de comte de la Marche.

 

BERNARD D'ARMAGNAC.

1435. BERNARD, comte de Pardiac, second fils de Bernard VII, comte d'Armagnac, fut pourvu, l'an 1435, du comté de la Marche, par le roi Charles VII, après la retraite de Jacques de Bourbon. En mourant (l'an 1462 an plus tard), il transmit ce comté à son fils aîné, qui suit. (Voyez les comtes de Pardiac. )

 

JACQUES D'ARMAGNAC.

1462 au, plus tard, JACQUES , fils aîné de Bernard d'Armagnac, lui succéda au comté de la Marche comme à celui de Pardiac, et obtint du roi Louis XI le duché de Nemours , en considération de son mariage contracté, le 12 juin 1462 , avec LOUISE, fille de Charles d'Anjou, comte du Maine.

Le comté de la Marche ayant été disputé, l'an 1465, à Jacques d'Armagnac, par Louis-Jean de Bourbon, comte de Vendôme, le premier fut maintenu dans sa possession par arrêt du conseil, rendu le 21 janvier 1466 (n.st.).

 Ce jugement, auquel présida Louis XI, ne le rendit pas plus attaché à ce monarque. Artificieux, inquiet, audacieux, ingrat et perfide, il ne se forma point de complot, de faction et de révolte où il n'entrât. Louis XI, après lui avoir pardonné plusieurs fois, voyant qu'il bravait, en quelque sorte, l'autorité souveraine dans son château de Carlat, où il vivait dans l'indépendance, chargea, l'an 1475, le sire de Beaujeu d'aller le forcer dans cet asile. Jacques, se voyant investi par des forces supérieures, consentit à se rendre, à condition qu'on lui conserverait la vie. Le sire de Beaujeu le promit, de l'avis des généraux qu'on lui avait donnés pour éclairer sa conduite. Mais Louis XI n'eut pas honte de désavouer son gendre, et l'obligea même de présider au jugement du procès qu'on fit au prisonnier. Il est vrai que, voyant le duc de Bourbon, son frère, impliqué dans les dépositions du duc de Nemours, il crut devoir s'abstenir de donner sa voix ; mais il recueillit celles des autres juges, et l'arrêt de mort qu'ils rendirent fut prononcé, en son nom, le 10 juillet 1477- On a rendu compte plus haut, à l'article des comtes de Pardiac, autant que les bornes d'un abrégé peuvent le permettre, de l'appareil effrayant avec lequel ce jugement fut exécuté le 4 août suivant, et du sort qu'éprouvèrent les enfants de Jacques d'Armagnac.

 

PIERRE DE BOURBON, SIRE DE BEAUJEU.

1477. PIERRE , quatrième fils de Charles I, duc de Bourbon, et d'Agnès de Bourgogne, marié, l'an 1474; avec ANNE, fille du roi Louis XI , eut, dans la dépouille de Jacques d'Armagnac par lettres du mois de septembre 1477, le comté de la Marche et la seigneurie de Montaigu , en Combrailie. Il devint duc de Bourbon, en 1488, par la mort du duc Jean, son frère aîné, et finit ses jours à Moulins, le 8 octobre 1503, ne laissant de son mariage qu'une fille, nommée Susanne, mariée à Charles de Bourbon, comte de Montpensier. (Voyez les sires de Beaujeu et les ducs de Bourbon. )

 

 

 L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur., par le moyen d'une table chronologique... Par un religieux de la congrégation de Saint-Maur

 

 

 

L'Organisation administrative du Comté de Poitou au Xe siècle et l'avènement des Châtelains et des Châtellenies <==

Les Marches communes du Poitou, d'Anjou, de Bretagne et l’organisation judiciaire et lois anciennes de la province du Poitou.  <==

Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.<==

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre <==

ANGOULÊME 1028 – Le jugement de Dieu, un Duel Judiciaire<==

JUSTICE DE POITOU. L'ancienne sénéchaussée de Poitou<==

 

 

 

 


 

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU.

Aujourd'hui que l'on s'occupe d'écrire l'histoire sur les documents originaux, et que les travaux historiques faits sur des livres n'ont plus guère de valeur dans le monde savant, il est utile d'exhumer de la poussière des bibliothèques ou des dépôts d'archives les chroniques de chaque province, d'en examiner la Valeur et d'en rechercher les auteurs, s'ils sont demeurés inconnus; et c'est ce que je me propose de faire pour le Poitou, Je commencerai par des Recherches sur les chroniques du monastère de St-Maixent.

 

 

(1) du Vigeois, au lieu de quinze mille livres, dit cinq mille marcs. Si cet auteur, qui était contemporain, ne s'est point trompé, il parait que trois livres angevines valaient un marc : et comme le marc d'arpent fin était, sur la fin du règne de Louis VII, à 53 sous 4 deniers, la livre angevine devait valoir 17 sous 9 deniers un tiers : ainsi, quinze mille livres angevines reviendraient à près de 267,500 livres de notre monnaie actuelle.