L'Organisation administrative du Comté de Poitou au Xe siècle et l'avènement des Châtelains et des Châtellenies

La majeure partie du IXe siècle a été pour le Poitou une ère d'anarchie et de calamités. A la mort de Pépin Ier, roi d'Aquitaine, en 839, une guerre inexpiable s'engagea pour la possession du duché entre son fils Pépin II, à qui il devait normalement échoir, et Charles, fils de Louis le Pieux, en faveur duquel ce dernier en avait disposé.

Le Poitou fut l'un des principaux-théâtres des hostilités avec lesquelles se conjuguèrent les incursions des normands. Les pays d'Herbauges et de Tiffauges furent réduits à l'état de solitude. Poitiers fut successivement pillé, rançonné et incendié par les pirates.

De nombreux vici, comme Melle dont l'atelier monétaire fut dévasté, subirent un sort analogue. Suivant la chronique de Saint-Maixent, tous les monastères, à l'exception de Saint-Savin, muni d'une enceinte fortifiée, auraient été anéantis. Le Comte ne tient plus d'assises judiciaires comme à la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle ; du moins aucun document n'en a conservé le souvenir.

A la lumière de ces événements, le Xe siècle apparait aux yeux de l'historien, comme une ère de stabilisation et de paix relative et même, à certains égards, de restauration. Si les normands s'attardent encore dans le Bas-Poitou où ils feront irruption, à intervalles plus ou moins éloignés, jusque vers le premier tiers du XIe siècle, le Haut- Poitou ne les reverra plus. Des monastères se relèvent de leurs ruines. D'autres se fondent. A la faveur de la faiblesse du pouvoir central, le pouvoir comtal se consolide. La constitution du principat poitevin et aquitain, dans le cadre régional et sur le plan politique, est l'événement fondamental de cette époque.

Dès le début du Xe siècle, les comtes de Poitou commencent à devenir de grands seigneurs indépendants. Eble-Menzer (902-935), petits-fils de Renoul 1er (839-866), le premier de la dynastie, est un personnage considérable, qui s'intitule comte par la grâce de Dieu.

Il ne manque pas d'outrecuidance pour employer cette formule à l'imitation des rois francs. Malgré l'hérédité des fonctions publiques et des bénéfices, entrée en vigueur et reconnue législativement par le capitulaire de Kiersy-sur-Oise (877), les prérogatives de la royauté ne sont pas, en effet, anéanties. Les Carolingiens disposent encore, théoriquement du moins, de certains comtés à la mort du titulaire, au préjudice de l'héritier présomptif ou -même après l'entrée en possession de ce dernier.

Quand deux maisons rivales se disputent l'un de ces bénéfices « la concession royale apparait comme une justification de leurs prétentions » , mais elle est en fait inopérante.

Les ducs de France, Hugues-le-Grand, puis Hugues Capet, se prévaudront vainement d'une telle faveur pour enlever le Poitou à la dynastie comtale fondée par Renoul. L'insuccès final de leurs tentatives témoigne de l'effondrement du pouvoir central qui permet aux comtes de Poitiers de faire figure de véritables souverains.

Le Tribunal qu'ils président, l'ancien mallus franc, a pris l'aspect d'une cour féodale. On pourrait imaginer a priori que l'entrée en vigueur du régime féodal en droit public a coïncidé avec l'avènement du principat ; qu'en d'autres termes des particuliers, surtout de grands propriétaires fonciers, ont profité de cette circonstance pour usurper à leur tour et à leur profit comme les comtes,, les prérogatives de l'Etat et les ont exercées sous le nom de seigneurie, avec ou sans l'agrément de ces derniers. La réalité est tout autre.

Ce n'est que beaucoup plus tard, vers le début du XIe siècle et surtout après, qu'apparaissent les premiers châtelains et les châteaux qui deviendront le siège de leur principauté locale ; en d'autres termes, une organisation politique nouvelle sur les ruines du cadre administratif carolingien.

Au Xe siècle, ce cadre est resté intact. Au lieu d'être assisté d'un seul vicomte, résidant à Thouars, comme au IXe siècle, le comte parait, il est vrai, entouré de plusieurs. Il a créé les vicomtes de Melle, d'Aunay et de Châtellerault. Mais c'est là, le seul changement que spécifient les textes. On trouve en Poitou les mêmes circonscriptions administratives et les mêmes fonctionnaires subalternes qu'au siècle précédent, à savoir des vicairies et des vicaires.

Les sources ne permettent pas de déterminer avec précision, l'époque de cette organisation du comté de Poitou en vicairies.

La chronologie des actes est un élément d'information insuffisant, à cause de la pauvreté des sources au IXe siècle. Un fait certain est qu'elle fut l'œuvre du comte. Il lui appartenait de créer des subdivisions administratives dans son ressort pour remplir efficacement la lourde tâche qui lui était confiée. Il ne semble pas que le roi soit intervenu pour prescrire ou défendre cette pratique. Mais les événements politiques semblent avoir exercé leur influence.

 Quand Charlemagne eût divisé le royaume d'Aquitaine en comtés (778), les premiers comtes de Poitou, comme leurs collègues de Bourges, Limoges, Périgueux et Bordeaux, furent chargés d'établir l'autorité des Carolingiens dans un pays qui s'était montré fort attaché aux anciens ducs, jaloux de son indépendance, et qui répugnait plus ou moins à la domination franque. Il est probable qu'à Poitiers, ces fonctionnaires créèrent, à cette fin, plusieurs circonscriptions administratives dans les principales localités de leur ressort, qui était l'un des plus vastes de l'Aquitaine, et y préposèrent des officiers subalternes étroitement soumis à leurs ordres. Poitiers, Rezé, Loudun, Civray, Thouars et Sauves sont en effet, autant de chefs-lieux de vicairies au IXe siècle.

Il n'est pas question de la vicairie d'Ingrandes avant 913 et celle de Melle n'est pas mentionnée, avant 935, mais il est vraisemblable que ces deux districts, qui se distinguent, comme nous le verrons, par le nombre considérable des villages qui en dépendaient, remontent à une époque bien antérieure.

 Il y a lieu de faire entrer ici en ligne de compte la pauvreté des sources. On constate néanmoins que toutes les vicairies poitevines, à l'exception d'une douzaine environ, sont connues par des actes du Xe siècle.

Il parait probable que la multiplication de ces circonscriptions a été la conséquence de l'établissement de la dynastie des comtes indépendants. Eble-Menzer (902-935) et son successeur Guillaume. Tête-d'Etoupe (935-963), le premier surtout, ont dû concéder en fief à des vassaux les fonctions de vicaires dans beaucoup de localités pour consolider leur pouvoir. De là, le nombre considérable de vicairies dans le ressort desquelles ne figurent qu'un, deux ou trois villages.

Le Poitou figure avec le Limousin parmi les comtés de la Gaule franque dans lesquels on rencontre le plus de vicairies. Redet en énumère environ une soixantaine dans son Dictionnaire topographique du département de la Vienne. Quelques -unes ne sont pas identifiables. Plusieurs se rencontrent dans le voisinage, quelques fois à une distance plus ou moins éloignée, de la capitale du comté.

Les autres sont réparties dans les pagi particuliers.

Très peu de vicairies ont mis en échec la sagacité des érudits.

Cinq seulement n'ont pu être identifiées. Ce sont les vicairies : Beljoensis, Niverniacensis, Prisciacus, Raciacensis et Villena. On sait seulement que la vicaria Raciacensis était située entre la Vienne et la Creuse. Saint-Martin-la-Rivière sur la Vienne près de Chauvigny et Luray-sur-la-Creuse au nord du Blanc, en faisaient partie.

Par ailleurs la vicaria Niverniacensis fut à un certain moment, comme nous le verrons plus loin, une condita de la vicairie d'Ingrandes.  Douze vicairies avaient leur chef-lieu dans une zone proche ou relativement voisine de Poitiers, lui-même pourvu de ce titre.

C'étaient les vicariæ Leenia (Aigne, Commune d'Iteuil, canton de Vivonne, Vienne), Linarinsis vel Aliarinsis (Liniers, commune de Saint Julien l'Ars, Vienne), Silarinsis (Sillars, canton de Lussac-les-Châteaux, Vienne), Edrinsis vel Edrarinsis (Adriers, canton de l'Isle-Jourdain, Vienne), Genciaci (Gençay, Vienne), Salvinsis (Saint Jean de Sauves, canton de Moncontour, Vienne), Sanciaci {Sanxay, canton de Lusignan, Vienne), Liciniacinsis vel Liziniaci (Lusignan, Vienne), Kanabinsis (Cherves, canton de Mirebeau, Vienne)

Toutes ces vicairies sont dites « in pago Pictavo » sans mention d'un pagus particulier. Il en est de même de quatre autres, qui, à la différence des précédentes, étaient situées fort loin du chef-lieu du comté.

C'étaient les vicarise : Brainsis vel Braiacensis (Brayes, canton de Richelieu. Indre-et-Loire), qui dépendait avant 1789 du diocèse de Poitiers, Condacinsis (Condac canton de Ruffec, Charente), Pauliniacensis (Pouligny, canton du Blanc, Indre) à la jonction de la Touraine et du Berry Ruffiacus (Ruffec, en Angoumois.)

Du pays de Châtellerault, dépendaient dans le premier quart du XIe siècle les vicarise : Castri Araldi (Châtellerault, Vienne), Ingrandinsis vel Ignorandis (Ingrandes, canton de Dangé, Vienne) et Niverniacinsis, qualifiée de Condita de la vicairie d'Ingrandes.

Les vicairies de Colombiers, d'Ingrandes et Niverniacinsis sont antérieures à la formation du pays de Châtellerault, consécutive à la construction du castrum, mais c'est une question de savoir si elles ne faisaient pas partie l'une, circonscription d'origine gauloise ai même néolithique, représentée assez exactement par le pays de Châtellerault.

Le pays de Loudun comprenait les trois vicarim : Lausdnensis (Loudun, Vienne), l'une des plus anciennement mentionnées par les actes et probablement créée l'une des premières, ce que rendent vraisemblables l'importance et l'antiquité de ce castrum ; Barnisec (Bernezay, aujourd'hui les Trois-Moutiers, Vienne) et Vareciacinsis (Vézières ou Véziers, canton des Trois-Moutiers, Vienne).

Le pays de Brioux ne comptait pas moins de quatorze vicariae : Undactus, in pago Pictuvo in urbem Bruisensem, d'après dom Fonteneau, Anctortas, d'après Besly, dans le ressort de laquelle sont mentionnées deux localités inconnues : Dennaziun et Ploria.

La villa Maria était de ratione Sancti Juniani Mariacensis, ce qui rend vraisemblable sa situation aux environs de Maire l'Evescault, canton de Sauzé-Vaussais (Deux-Sèvres), et autorise à la placer dans le pays de Brioux, Blaziucinsis (Blâlay, canton de Civray, Vienne), Briocensis (Brioux, canton de Melle, Deux-Sèvres), Brionensis (Brion, canton de Gençay, Vienne), Bomocinsis vel Bonnio (Bouin, canton de Chef-Boutonne, Deux-Sèvres), Colniaci, Caulniacensis vel Jaulniacinsis (Caunay, canton de Sauzé-Vaussais, Deux-Sèvres) , Exuldunensix (Exoudun, canton de la Mothe-Sainte-Héraye, Deux-Sèvres), Rodoninsis (Rom, canton de Lezay, Deux-Sèvres), Saviniaci (Savigné. canton de Civray, Vienne), Villa Faniacensis (Villefagnan, Charente), Vicovedoninsis (Vivonne, Vienne), Odenacus vel Audenacensis in pago Briocense et in pago Sanctanico (Aunay, Charente)

Deux vicairies seulement sont rattachées expressément au pagus de Melle dont un démembrement du pagus de Brioux constitua le ressort.

Ce sont les vicariae : Metulinsis vel Metulo (Melle, Deux-Sèvres) et Tiliolus vel Tilliolis (Tillou, canton de Chef-Boutonne, Deux-Sèvres), l'une très riche en habitats, l'autre d'un ressort médiocre. On serait tenté d'y ajouter la vicaria Natolinensis (Nanteuil, canton de Saint-Maixent, Deux-Sèvres), en vertu de sa situation géographique, mais l'existence même de cette vicairie souffre difficulté. Il n'en est question, en effet, que dans un seul acte et on peut se demander s'il n'y a pas lieu d'y lire, par suite d'une erreur de scribe, Métalinensis ou Metulinensis au lieu de Natolinensis.

Toujours est-il que Nanteuil n'était plus qu'un village, la villa Nantolium, du ressort de la vicairie de Brioux en 975, s'il fut jamais un chef-lieu de vicairie.

Du pays de Niort, constitué seulement au début du XIe siècle, à la suite de la construction du château, dépendaient la vicairie du même nom, formée en partie aux dépens de la vicairie de Bessac qui dépendait de l'Aunis, la vicaria Fontaniacinsis (Fontenay-le-Comte, Vendée).

Aiffre (Vicaria Africa vel Afriacinsis), d'abord siège d'une vicairie, plus tard simple villa, en faisait aussi probablement partie vers la fin du Xe siècle. Le territoire de Niort semble avoir compris également le ressort des Vicariae Calriacinsis (Chauray, canton de Niort) et Marniaci (Marigny, canton de Beauvoir, Deux-Sèvres).

Mais ces circonscriptions, dont il est question avant la constitution du pagus et de la vicairie de Niort, dépendirent peut-être à l'origine du pagus de Brioux ou de celui de Melle, comme celles d'Aiffre et de Saint Maixent que les actes se bornent à mentionner dans le pays de Poitou.

Malgré son étendue considérable, le pagus de Thouars ne comprenait que deux vicairies, celle de Thouars (Toarcinsis) et de Thenezay (Teneacinsis / Deux-Sèvres), la première très importante, à cause du grand nombre de villae qui en dépendaient.

Le pays d'Herbauges, qui s'étendait à l'époque franque sur tout le Bas-Poitou, c'est-à-dire les territoires compris entre le Lay et la Loire « connus sous les noms modernes de Talmondais et de Raiz », vaste région dépeuplée d'abord par les incursions des pirates saxons au Ve siècle, puis surtout par celles des Normands, ne compta jamais, semble-t-il, que deux vicairies : Bram et Talamum (Saint-Martin et Saint-Nicolas de Brem et Talmont, Vendée) et Ratiasinsis ou Ratinsis (Rézé, Loire Inférieure).

Son chef-lieu ayant été détruit par les Normands, celle de Rézé disparut de bonne heure. Il n'en est plus question après 839. Celle de Brem et Talmont, au contraire, protégée sans doute par la construction à Talmont d'un château primitif que remplaça celui du XIe siècle, survécut à la dévastation du pays environnant. Il en est encore question au début du XIe siècle.

Le pays de Mervent, formé de la partie méridionale du pays d'Herbauge, dont il représente un district distinct avant la fin du Xe siècle, semble avoir eu dans son ressort deux vicariæ: Matreventi ou Marevenni (Mervent, canton de Sainte Hermine, Vendée) et Canioaninsis (Chantonnay, Vendée).

L'une et l'autre sont mentionnées à des dates tardives et aucun texte n'attribue à ce pagus particulier la vicairie de Chantonnay. C'est à cause de sa situation géographique qu'il est permis de la placer avec vraisemblance dans son ressort. Le territoire de ces deux vicairies, compte tenu de la pauvreté des sources, semble avoir été dévasté par les incursions des pirates et, pour cette cause, très peu peuplé, puisque les chartes ne mentionnent, comme nous le verrons plus loin, qu'une villa dans la dépendance de chacune d'elles.

Le pays de Tiré, connu par une seule charte du cartulaire de Saint Cyprien, fut d'après cet acte le siège de la vicaria Arduacinsis vers le troisième tiers du Xe siècle. D'après de la Fontenelle de Vaudoré, il s'agirait d'Ardin (Deux-Sèvres)., et la villa Ulmus comprise dans son ressort, serait le bourg d'Oulmes sur la route de Niort à Fontenay-le-Comte. Mais cette identification me parait moins probable que celle proposée par Redet : Saint-Juire, canton de Sainte- Hermine, Vendée.

Le ressort des vicairies poitevines est très inégal. Compte tenu des lacunes de la documentation, il est, en général, de faible étendue.

Près de la moitié d'entre elles ne paraissent avoir compris dans leur territoire qu'un, deux ou trois villages. Les chartes n'en mentionnent qu'un seul dans les vicairies de Rezé, Brem et Talmont, Fontenay-le-Comte, Mervent  et Saint Juire.

Ces circonscriptions ont été dévastées, il est vrai, par les incursions des Normands, mais il en est d'autres qui ne paraissent pas en avoir particulièrement souffert et se trouvent dans le même cas. On ne compte, en effet, qu'une seule villa dans la dépendance des vicairies de Bernezay, Blâlay, Chantonay, Condac, Adriers, Aigne, Nanteuil, Niverniucensis, Prisciacus, Saint-Maixent, Sillars, Vésiers ou Vézière.

On trouve deux villages dans les vicairies d'Aiffres, Bouin, Chauray, Cherves, Gençay, Sanxay, Savigné, Undaclus.

Trois dans les vicairies de Caunay, de Lusignan, de Pouligny, d'Usson et Villena.

 Quatre dans celles de Brion, Châtellerault, Exoudun, Marigny, Niort, Rom, Tillou.

Cinq dans les vicairies de Civray et de Ruffec.

Six dans celles de Blanzay, de Colombiers et de Loudun.

Sept dans les vicairies d'Aunay et de Braye.

Huit dans celle de Thenezay. Ce chiffre est dépassé dans plusieurs autres.

La vicairie de Liniers comprenait dix villages, la vicairie Raciacinsis ou Ranciacinsis, onze, de même que la vicairie de Civaux ; la vicairie de Brioux et la vicairie de Bessac treize, la vicairie de Sauves vingt et une, la vicairie de Vivonne et la vicairie de Thouars vingt-deux, la vicairie d'Ingrande vingt-six, enfin la vicairie de Melle trente et une.

Une particularité de son ressort territorial attribue à la vicairie de Poitiers une place à part parmi les autres vicairies du Poitou.

 Les cités gallo-romaines de l'Empire avaient, à l'image de Rome, leur pomerium municipal, ligne idéale marquant la limite du territoire urbain où s'arrêtait la juridiction des magistrats municipaux. Il est encore mentionné au Bas-Empire.

Une loi du Code Théodosien du 26 novembre 400 fait état notamment des édifices attenant aux boulevards extérieurs des villes. C'est sur ce terrain du pomerium, dans le voisinage des remparts et au milieu des ruines, que s'éleva à Poitiers la basilique de Saint Hilaire, que furent construits le monastère et le faubourg du même nom, enfin, plus tard au VIe siècle, le couvent de Sainte Radegonde.

Il n'est plus question à cette époque du pomerium, mais de la banlieue de la cité désignée par l'adjectif suburbanus. C'est le terme employé par Grégoire de Tours dans l'œuvre duquel n'apparaît pas le mot suburbium.

On peut faire la même observation avec les chartes poitevines où le monastère de Saint Hilaire est dit : « situm in suburbano Pictavense ». Un autre acte du XIe siècle mentionné les manses des « Rusticorum sive suburbanorum ».

Cette banlieue n'excluait pas une plus grande ceinture. A Rome on distinguait une zone concentrique, tracée à cent milles de la ville en partant des portes, qui en était considérée, depuis une époque reculée, comme une dépendance naturelle et à laquelle fut restreinte, vers la fin du second siège, la compétence du préfet de la ville.

A vrai dire, il n'est pas question, à ma connaissance, dans les cités de la Gaule d'un territoire en constituant une dépendance et distinct du pomerium ou de la banlieue avant l'époque franque, mais il faut tenir compte des lacunes de la documentation.

 Il me parait, en effet, vraisemblable qu'à l'époque des invasions, sinon auparavant, une zone de protection s'est constituée autour et au -delà des remparts des cités. Cette zone représentait un territoire de cinq lieues de rayon, soit environ 11 kilomètres, le mille ou lieue gauloise valant 2221 mètres. Telle est l'origine des quintes d'Angers, de Tours, d'Angoulême, Saintes, Périgueux, Limoges, Poitiers, etc….  mentionnées aux IXe et Xe siècles.

On peut faire état, à l'appui de cette interprétation, des textes où le territoire qui en dépend est qualifié defensaria. Ce terme n'apparait pas dans les chartes poitevines, mais l'archéologie permet de suppléer à leur silence et d'attribuer à la quinte de Poitiers le caractère d'une zone de protection ou de défense.

 Letouzey de Longuemar a relevé sur sa circonférence, qu'il qualifie inexactement de suburbium, les lieux dits suivants : Dognon (de St Hilaire), Borderie, Tour-de-Ganne (à Béruges), Barrière, Château-Gaillard, Motte (de Ruffigny), Camp-de-Mougon, Bordes (de Nouaillé), les Chàtelliers, l'Enceinte de Carthage, celle de Château-Neuf, Château Merle, le Château de Saint Julien, l'Enceinte d'Auzec, les Barres, les Bordes de Sèvres, les tours de Lavoux et Mont-Louis, Château-Fromage et la Motte de la Roche. Ils forment « ainsi, dit-il, une chaîne continue qui vient aboutir au vallon sinueux et encaissé de l'Auxance, sur les berges duquel se trouvent un second Château-Gaillard et l'oppidum, celtique de Céneret ».

 A Poitiers, la quinte n'était pas seulement une zone de défense, elle coïncidait en outre presque exactement avec le ressort de la vicairie. Il est vraisemblable que dans un intérêt de police, pour le maintien de l'ordre public dans la cité confiée à son administration, le comte a étendu la compétence de son délégué, le vicaire, à tout ce territoire suburbain.

La situation des vicairies et le chiffre si dissemblable des villages, contenus dans le ressort de chacune d'elles, suggèrent une observation sur la répartition de la population poitevine au Xe siècle.

Les plus fortes agglomérations d'habitants dans la Vienne se rencontrent à proximité et aux environs de Poitiers, dont la quinte comprend une douzaine de villages ; dans la région de Neuville ; à Saint-Jean-de- Sauves qui en compte vingt et un ; dans les districts de Civaux, de Vivonne et d'Ingrandes, l'actuel pays de Châtellerault. Tous ces districts priment de beaucoup les ressorts de Civray et de Loudun dont ne dépendent qu'un petit nombre de villages. Dans les Deux-Sèvres les pays de Brioux et de Melle dominent tous' les autres par le chiffre inégalé de leurs habitants.

Niort, simple village, passé, vers le deuxième tiers du Xe siècle, au rang de chef-lieu de vicairie, puis de petit pagus, n'est qu'un centre très médiocre de population. Le pagus de Thouars, qui s'étendait jusqu'aux environs de Poitiers et pénétrait par ailleurs profondément en Gâtine, ne comptait, pour un territoire aussi vaste, qu'un faible nombre de villages, la plupart rattachés à son chef-lieu, promu au rang de vicairie, et situés dans les régions de Neuville et de Mirebeau.

 Les chartes placent dans le pays de Thouars les rares localités qu'elles mentionnent en Gâtine. Ce pays, boisé ou couvert d'ajoncs et de brandes, attendait un concours de circonstances favorables, qui se présentèrent sous la dynastie des Parthenay-L'Archevêque, pour naître à la vie économique.

Les traces de population sont également très rares, pour les motifs indiqués plus haut, dans le département de la Vendée. Quelques habitats seulement se laissent apercevoir à Talmont, Fontenay-le-Comte et Mervent. Ailleurs on ne rencontre que des ruines. Très inégal, comme on l'a vu, le ressort des vicairies loin de rester immuable subit parfois des changements notables.

Les chartes situent certains villages tantôt dans une vicairie, tantôt dans une autre, suivant les époques et quelques fois dans le même temps, ce qui semble démontrer soit que les limites de ces ressorts n'avaient rien de fixe, soit qu'elles étaient mal connues des scribes.

Les chefs-lieux de vicairies, eux-mêmes, ne sont pas restés immuables au Xe siècle. Des villages ont acquis cette prééminence au détriment de certains d'entre eux qui sont descendus au rang de simples villae sans qu'il soit possible, la plupart du temps, de préciser les causes de ces transformations administratives.

Toutes les observations qui précèdent posent un problème fort difficile à résoudre. Convient-il de considérer toutes les vicairies, mentionnées par les textes poitevins du Xe siècle, comme autant de circonscriptions administratives placées sous l'autorité d'un vicaire ?

L'affirmative n'est pas douteuse pour quelques- unes d'entre elles.

Des chartes très significatives, exceptionnelles, il est vrai, font connaître à la fois la vicairie et le fonctionnaire placé à sa tête.

Le nommé Guarnarius est qualifiée en 897 de :« Vicarius Pictavis Civitate ». Le même titre est attribué à un certain Maingaudus en 932 et en 963-975. Au début du XIe siècle, au nommé Adémar qui semble avoir rendu la fonction héréditaire dans sa famille.

Adalardus est vicaire de Sauves entre 963 et 975 et semble avoir rempli cet office dès l'année 932. Cadelon est préposé à la vicairie de Melle vers la fin du Xe siècle, en 988 ou 992.

D'autres chartes montrent des vicaires exerçant leur ministère dans une circonscription déterminée. C'est le cas, par exemple, du nommé Landricus qui assiste, en qualité de témoin, à plusieurs donations d'immeubles situés dans les vicairies de Bessac et de Niort. On peut en conclure avec vraisemblance que ce personnage était à la tête de ces districts. Le vicaire Adraldus, qui intervient constamment, pour le même objet, dans le ressort d'Ingrande semble également avoir eu sa résidence dans cette vicairie.

Ces chartes sont, elles aussi, exceptionnelles. La plupart ne permettent pas de connaître le siège du vicaire dont elles mentionnent les noms. Aucune règle de compétence territoriale ne s'opposait à ce que cet officier jouât le rôle de témoin ailleurs que dans la circonscription où il exerçait son ministère. Quel que soit le lieu où ils sont établis, les vicaires se déplacent donc pour assister en qualité de témoins aux actes du comte ou de personnages plus ou moins considérables.

Le vicaire Abietharius, par exemple, est présent à des libéralités d'immeubles situés dans les ressorts de Liniers, Civaux, Blanzay et Châtain, seul ou avec d'autres vicaires et sous-vicaires

Le vicaire Rainaldus assiste à des donations intervenues dans les districts de Brayes, Poitiers, Caunay, Loudun, Saint-Jean-de- Sauves, Liniers, Ingrandes, Civaux, etc. Comme c'est là, avec l'assistance au plaid comtal, la manifestation exclusive de leur activité, il est impossible de savoir le lieu de leur résidence et cette observation s'applique à la plupart des cinquante vicaires environ, sans parler des sous-vicaires, mentionnés par les chartes poitevines. On ignore donc les titulaires d'un grand nombre de vicairies et la question se pose pour elles de savoir si elles constituaient, au Xe siècle, un ressort administratif, confié à un fonctionnaire plutôt qu'un simple ressort géographique. Elle se pose d'autant plus que le chiffre des vicaires connus est beaucoup trop faible pour correspondre à celui des districts.

Des historiens ont envisagé cette difficulté et proposé une solution pour la résoudre.

« La Viguerie, a écrit Fustel de Coulanges, était une division du Comté admise non seulement dans les usages administratifs, mais dans les usages ordinaires des particuliers. Les formules et les chartes le prouvent. Quand on vend ou donne une terre, on ne manque guère d'en marquer la situation par l'indication du « pagus » et de la viguerie. Cette pratique a pu continuer en vertu de l'usage, après la disparition de la centaine ou de la viguerie administrative et le fonctionnaire de cette circonscription » .

Brun-Durand a observé que parfois la vicaria ne désigne plus un ressort administratif mais une contrée. Enfin, André Deléage a attiré l'attention sur la langue imprécise des scribes : « Ils situent facilement, dit-il, un village d'un ressort dans un ressort voisin. » « Chose plus grave, ils donnent souvent à un ressort un chef-lieu tout arbitraire qui n'a rien de commun avec la résidence d'un viguier et cela non seulement quand ils emploient l'expression vague « in agro » ou « in fine » mais même quand ils emploient l'expression technique « in vacaria » d'ailleurs assez factice à une époque où les viguiers ont généralement perdu tout pouvoir.

Leurs indications qui facilitent grandement l'identification des noms de lieux ne doivent donc pas être prises à la lettre par celui qui veut préciser les anciens ressorts et les anciens chefs-lieux. La détermination de ces derniers résulte essentiellement des anciens villages fortifiés car les chefs-lieux de vigueries étaient des centres de défense territoriale et les habitants des villages du ressort s'y réfugiaient en cas d'alarme ».

Ces observations d'un tel historien méritent de retenir l'attention.

Quand Deléage dénonce l'imprécision de la langue des scribes je suis d'accord avec lui. Je crois encore comme lui que l'expression « vicuria » dans les actes du Xe siècle ne désigne pas nécessairement un centre administratif, ni la résidence d'un vicaire. Mais le critérium qu'il propose pour identifier ce ressort ou ce chef-lieu me parait inacceptable. Il a pu lui paraître résoudre la difficulté en Charolais.

Il n'est pas satisfaisant pour la trancher en Poitou, car l'évolution des institutions carolingiennes est loin d'avoir été partout uniforme.

On constate bien dans le comté de Poitou au Xe siècle et surtout au début du XIe, la promotion de plusieurs « castra » ou localités fortifiées au rang de chefs-lieux de vicairies. Ce fut le cas par exemple de Colombiers, Loudun, Civray, Châtellerault, Vivonne, Thouars et Melle.

Mais des villages, qui n'ont jamais été fortifiés comme Sauves et Ingrandes aux confins de la Touraine et du Poitou, sont en plein Xe siècle, comme nous l'avons vu, les chefs-lieux de vicairies et la résidence d'un vicaire.

Nous croyons avec le chanoine Chaume  que pour déterminer les chefs-lieux de vicairies il faut s'attacher à un critérium beaucoup moins étroit que celui proposé par Deléage, notamment à des éléments d'appréciation d'ordre historique, archéologique et topographique ou fournis par l'organisation ecclésiastique.

Aux circonscriptions administratives, signalées plus haut et dont l'existence n'est pas douteuse, on peut, il me semble, ajouter les vicairies qui représentaient des centres importants aux époques gallo-romaines et franques.

 Dans ce groupe figurent : Aunay, station à la frontière de la Saintonge et de l'Aunis, Rom, qui était avec Poitiers le principal lieu de rencontre des routes romaines du Poitou, où celle de Bourges et du centre vers Saintes y coupait le chemin direct de Bordeaux sur Angoulême ; Brioux, capitale d'un vaste pagus ; Melle, célèbre par son atelier monétaire ; Rézé, capitale du pays de Raiz ; Civaux, fameux par ses vastes champs de sépultures, centre religieux, politique et commercial.

Il y a lieu d'y joindre les chefs-lieux de districts caractérisés par l'existence d'un castrum tels que Thouars, Loudun, Gençay, Civray, Châtellerault et Colombiers, qui fut anciennement une dépendance de la vicairie de Sauves.

Enfin, on peut considérer comme de véritables ressorts administratifs les chefs-lieux de vicairies qui étaient en même temps des sièges paroissiaux : Aiffres, Adriers, Blâlay, Blanzay, Bouin, Braye, Brion, Caunay, Chauray, Cherves, Condac, Exoudun, Gençay, Lusignan, Liniers, Marigny, Nanteuil, Savigné, Sillars, Thénezay, Tillou, Usson, Vézières ou Véziers, Vivonne.

En résumé, beaucoup de chefs-lieux de vicairie, mentionnés par les chartes doivent, croyons-nous, être tenus pour tels, c'est-à-dire pour autant de circonscriptions administratives. Peut-être certains vicaires étaient-ils placés à la tête de plusieurs.

On manque de renseignements sur les attributions des vicomtes et des vicaires de Poitou au Xe siècle.

A l'époque carolingienne, le vicomte exerçait en principe, par délégation, les pouvoirs de justice et de police, militaires et financiers dévolus au comte.

On sait qu'il pouvait appeler sous les armes les hommes libres de son ressort tenus au service militaire et en prendre le commandement. Mais cette prérogative n'a pas survécu à l'établissement du régime du seniorat et de la vassalité. Il n'en est pas question dans les actes qui ne reconnaissent pas davantage au vicomte une activité financière.

Le capitulaire de Pitre (864), qui suppose la présence d'un vicomte près de chaque comte ayant dans son ressort un atelier monétaire, n'attribue à ce fonctionnaire ni les pouvoirs d'un inspecteur de la monnaie, ni ceux d'un administrateur.

Dans l'ordre judiciaire, le vicomte pouvait statuer au mallum sur les causes les plus importantes, les majores causae, dont les capitulaires réservent la connaissance au comte à l'exclusion du vicaire. C'étaient en matière civile, les procès relatifs à la liberté, à la propriété des esclaves et à la propriété foncière.

Un missus de Bernard, comte de Poitou, nommé Godilus, préside à Poitiers le 20 juin 815 un plaid où fut débattu le statut juridique de deux serfs qui furent convaincus d'avoir fait- fabriquer une fausse charte d'affranchissement.

Ce missus doit-il être considéré comme un lieutenant du comte, c'est-à-dire un personnage investi des pouvoirs dévolus plus tard au vicomte ? S'agit-il au contraire d'un envoyé temporaire, chargé, en vertu d'une commission spéciale, de présider le plaid en question ?

Le texte ne permet pas de résoudre cette difficulté. En matière criminelle, le vicomte connaissait également des infractions pouvant donner lieu à une condamnation à mort ou à la perte de la liberté.

Les documents de la pratique poitevine n'en portent pas expressément témoignage. C'est une matière sur laquelle ils ne nous renseignent pas davantage quand il s'agit du comte. Mais on peut invoquer, moyennant certaines réserves, en faveur de la compétence vicomtale, car il peut s'agir d'une prérogative usurpée plus tard, les textes du XIe siècle qui montrent les vicomtes en possession de la haute justice.

Les vicomtes poitevins remplissent près du comte, en qualité de vassaux, les services de cour et de conseil. Ils siègent à ses plaids, ensemble ou séparément suivant les circonstances, avec les principaux personnages du comté. Ils souscrivent de nombreuses libéralités faites par le comte ou ses fidèles aux établissements religieux, assistent avec lui à la dédicace d'Eglises, à la fondation de monastères ou de prieurés.

 Il n'y a pas de trace d'une juridiction exercée personnellement par les vicomtes poitevins au Xe siècle. On voit seulement les vicomtes de Thouars, Aimery et Savary, restituer à l'amiable, en mai 925, aux chanoines de Saint-Martin de Tours, les domaines de Curçay et d'Antoigné dont ils les avaient dépouillés depuis plusieurs années et que ces derniers revendiquaient devant le tribunal du comte. Cet accord fut confirmé par le comte. Il n'y eût pas de jugement. Aimery et Savary ne font que renoncer à une prétention injuste sur le conseil de leurs vassaux.

C'est seulement au XIe siècle que l'on voit les vicomtes de Thouars tenir des assemblées judiciaires comme les premiers châtelains dont les cours féodales paraissent aussi anciennes que la leur.

Comme aux vicomtes, les actes poitevins n'attribuent aux vicaires aucun rôle en matière militaire ou financière. Les dispositions des Capitulaires qui faisaient des vicaires, des collecteurs d'impôts et leur confiaient le soin de percevoir, en qualité d'exactor publicus, le fredus et les autres redevances dues au roi, sont tombées en désuétude avec la décadence du pouvoir central et l'avènement des comtes indépendants. Il en est de même de celles qui imposaient à ces fonctionnaires l'obligation de rassembler les guerriers de sa circonscription pour les conduire au comte. L'armée s'est féodalisée.

Le souverain régional convoque ses vassaux à l'ost. C'est à leurs seigneurs que les hommes libres doivent le service militaire.

On trouve les vicaires investis exclusivement d'attributions relatives à la juridiction gracieuse ou contentieuse. Ils interviennent souvent dans les contrats, notamment dans les libéralités intéressant les établissements religieux auxquels ils contribuent par leur souscription à assurer l'autorité et la valeur.

Le qualificatif remarquable, parce qu'extrêmement rare, de « supercurionus » attribué à un vicaire par deux chartes de Nouaillé mérite de retenir l'attention. Il témoigne d'une certaine analogie entre le pouvoir de juridiction gracieuse reconnu à cet officier par les Capitulaires et les fonctions des curiales, compétents autrefois pour les gesta, qui avaient fini par devenir de simples témoins dans les actes. Un ou plusieurs vicaires prêtent ainsi leur concours dans l'accomplissement des actes juridiques, soit au comte, soit aux vicomtes comme à d'autres personnages plus ou moins importants, pendant tout le cours du Xe siècle et même jusque vers le premier tiers du XIe. Mais, à partir de l'an 1000, leur présence devient de plus en plus rare, tandis que d'autres officiers, les prévôts, commencent à se substituer à eux.

Les vicaires participent à l'exercice de la juridiction contentieuse en assistant avec les vicomtes et d'autres personnages considérables aux assemblées judiciaires tenues par le comte. Ce sont des officiers importants qui figurent dans le groupe de ses vassaux.

Déjà des Capitulaires du IXe siècle les placent dans la catégorie des « potentiores » .

Walafrid Strabon nomme les centeniers auxquels les vicaires sont assimilables, parmi les Potentes seculi avec les comtes, les vassi dominici et les missi comitum.

A la même époque l'inféodéation des offices commençant, des centeniers figurent bien des fois parmi les vassaux du comte. Le fait devient de plus en plus fréquent à mesure que l'on avance vers la fin du IXe siècle.

Les notices des jugements rendus par le comte de Poitou au début du Xe siècle attribuent sans discrimination à tous les assistants au plaid la qualité de vassaux. Parmi eux on rencontre des vicaires. Ils siègent, en outre, au tribunal conformément à la pratique franque et participent à l'élaboration de la sentence qu'il leur appartenait, au surplus, de ramener à exécution.

Un vicaire, nommé Renaud, est encore présent au plaid de juillet 959 présidé par Guillaume Tête d'Etoupe, comte de Poitou. Sa souscription figure au bas de la notice à côté de celles des vicomtes de Châtellerault, de Thouars et d'Aunay.

L'institution carolingienne est néanmoins sur son déclin. Il n'est plus question des vicaires dans les procès-verbaux des assemblées judiciaires dont le souvenir subsiste à compter du XIe siècle.

Au plaid du dix décembre 1032, Guillaume-le-Gros siège : « cum suis judicibus et prepositis ac multis de nobilibus ».

Les vicaires n'avaient pas seulement qualité pour siéger au tribunal du Comte. Ils étaient aussi habilités par la législation carolingienne à présider des assemblées judiciaires. Leur compétence était toutefois limitée par la réforme de Charlemagne qui leur retira la connaissance des causes les plus importantes (majores causae).

Aucun vicaire ne paraît avoir assumé, en Poitou, la présidence d'un plaid au Xe siècle. On a quelques notices de jugements rendus par cet officier dans d'autres régions. Ces textes soulèvent des difficultés.

Il y en a qui ont trait à des affaires relatives à la propriété foncière, de sorte que le vicaire aurait transgressé les règles limitant sa compétence. Mais il y a lieu parfois de se demander si le personnage qualifié de vicaire n'était pas plutôt un vicomte.

 Par ailleurs, le vicaire pouvait instruire les procès sur le fond desquels il n'était pas qualifié pour statuer définitivement. Dans un débat immobilier, certaines parties de l'instance, où il s'agissait, par exemple, d'administrer un mode de preuve ou de recevoir un serment, pouvaient se dérouler devant eux. Il semble, toutefois, que par suite de la négligence ou de la tolérance des comtes, des vicaires ont continué après la réforme de Charlemagne à statuer par voie d'usurpation sur des causes qui n'étaient plus de leur compétence.

La présence de sous-vicaires met en évidence, malgré la sécheresse de la documentation, l'importance du rôle administratif attribué aux vicaires. On rencontre quelques sous-vicaires à côté des vicaires dans plusieurs régions de la France. Mais, nulle- part, il ne paraît y en avoir eu autant qu'en Poitou au Xe siècle.

Leur institution a pu correspondre au perfectionnement de l'administration réalisé par Charlemagne qui exigea des fonctionnaires provinciaux plus de zèle et d'activité. Pourtant il n'en est pas question, en Poitou, avant les dernières années du IXe siècle, où l'on voit le sous-vicaire Rainarius figurer parmi les témoins d'une donation de biens situés dans la quinte de Poitiers.

La fréquence des interventions de ce fonctionnaire dans la vicairie de Poitiers autorise à le considérer comme un auxiliaire du vicaire de cette ville, le nommé Guarnarius, avec lequel il souscrit plusieurs fois des actes. Il joue le même rôle, en compagnie du même personnage ou de d'autres vicaires, dans les ressorts de Liniers et d'Ingrandes, de Civaux et de Sauves, mais cela ne me parait pas incompatible, pour les motifs donnés plus haut, avec la qualité d'agent subalterne du vicaire de Poitiers.

Le sousvicaire Ledevinus, qui possède une terre dans la très importante vicairie d'Ingrandes, dans le premier quart du XIe siècle, me parait être le sous-vicaire du vicaire d'Ingrandes, Adraldus, avec lequel il souscrit une libéralité à la même époque dans ce ressort.

On ne rencontre jamais le mot « subvicaria » ou un terme analogue dans les chartes pour désigner la sphère d'activité du sous-vicaire.

Celui-ci parait, au contraire, établi dans le même ressort que le vicaire dont il est l'auxiliaire. Mais les mentions relatives à ces fonctionnaires ne sont pas assez nombreuses pour permettre de croire à la présence d'un sous-vicaire à côté de chaque vicaire. Il est, au contraire, probable que seuls les vicaires de circonscriptions importantes, telles que Poitiers et Ingrandes, mentionnées plus haut, en étaient pourvues.

L'activité des sous-vicaires paraît limitée aux actes de juridiction gracieuse. Ils figurent souvent parmi les témoins des libéralités faites aux établissements religieux. Ils ne siègent pas au plaid du comte, comme certains vicaires. L'infériorité de leur fonction les en écarte. Enfin, le sous-vicaire, nommé probablement par le vicaire, ne semble pas figurer dans la vassalité du comte. Quelques-uns d'entre eux parviennent néanmoins à devenir vicaires.

Ils disparaissent avec ces officiers vers le premier tiers du XIe siècle.

En résumé, le Poitou me parait posséder au Xe siècle un cadre administratif remarquable aux contours nettement et fortement dessinés. Les institutions carolingiennes toujours en vigueur ont pris une large extension en se transformant sous l'influence de l'établissement progressif du régime féodal.

 Le Comte exerce son autorité et rend la justice avec le concours de plusieurs vicomtes et de vicaires locaux relativement nombreux dont le ressort territorial très variable comprend un nombre plus ou moins considérable de villages.

Certains de ces vicaires sont assistés de sous-vicaires. Vicomtes et vicaires remplissent les obligations vassalique de Cour et de Conseil.

 

 

II

Un événement considérable anéantit peu à peu le cadre administratif dans lequel s'exerçait l'activité des vicaires. C'est la construction des châteaux, qui entraîna l'apparition des châtelains et la constitution de principautés locales (châtellenies).

Il y eût peu de localités fortifiées en Poitou, comme ailleurs, avant les incursions des normands. Poitiers, cité épiscopale, munie de son enceinte gallo-romaine, Thouars, Loudun et Tiffauges semblent avoir été alors, avec le monastère de Saint-Savin, fortifié par Charlemagne, les seuls castra existant.

L'arrivée des pirates sur les côtes de l'Océan, leurs raids fréquents, de plus en plus audacieux à l'intérieur des terres, imposèrent dans l'Ouest et le Nord de l'Empire franc, comme les incursions des Hongrois dans l'Est et des Sarrazins dans le Midi, la constitution de lieux de refuges à l'usage des indigènes.

Ils commencent à apparaître vers la fin du règne de Charles-le-Chauve, sur l'initiative du pouvoir royal ou des autorités régionales et locales. On restaura les enceintes romaines des cités. On dota d'un système défensif les agglomérations qui en étaient dépourvues. Les premiers castra témoignent généralement de la rapidité avec laquelle on les créa, de la pauvreté des moyens dont on disposa et de l'inexpérience de leurs constructeurs. Ce sont des forteresses sommaires protégées, à défaut d'obstacles naturels, par des fossés et des remparts couronnés de palissades, flanquées de tours de bois ou d'un donjon, à l'édification duquel le bois et la pierre ont été utilisés.

Les premiers châteaux du Poitou, dont l'origine remonte aux incursions des Normands, sont vraisemblablement apparus sous cet aspect.

 Suivant Benjamin Fillon, la motte de Rullan, à Fontenay-le-Comte, fut couronnée dans la seconde moitié du IXe siècle d'une tour destinée à protéger les habitants du lieu contre le fléau et remplacée au XIe siècle par un donjon.

On échelonna sur les bords de la Sèvre niortaise que les pirates remontaient pour se répandre dans l'intérieur du pays, des travaux de défense auxquels succédèrent plus tard les châteaux de Salbart, Niort, Tellouse et Magné.

Il est probable encore que l'emplacement de l'ancien château d'Apremont (XIe siècle environ), lieu déjà habité à l'époque gallo-romaine, servit de refuge fortifié aux indigènes contre les Normands qui suivaient le cours de la rivière, la Vie, pour dévaster la contrée.

C'est encore pour parer au même danger que Louis le Débonnaire autorisa les religieux de Saint-Philibert de Noirmoutiers à entourer d'un castrum leur monastère et que Guillaume Tête d'Etoupe, comte de Poitou, fit édifier un château sur le rocher de Maillezais, après le départ des envahisseurs.

Pour avoir été le point de départ de la construction des châteaux, les incursions des Normands n'en ont pas été en Poitou, comme ailleurs, la cause essentielle ou principale.

Loin de s'arrêter, le mouvement se précipita après elles. L'anarchie sociale imposa aux grands, laïcs ou ecclésiastiques, l'obligation de pourvoir à la défense de leurs biens, d'asseoir ou de consolider leur domination.

Les prescriptions de l'édit de Pitre (864), qui défendaient la construction des châteaux sans la permission du roi, devinrent lettre morte. Un « castrum » était pour le seigneur la condition de l'indépendance, la base de la souveraineté.

 Les plus puissants d'entre eux en munirent les frontières de leur principauté. Il fallait les protéger contre les entreprises de leurs voisins et, comme les seigneurs étaient animés de l'esprit de conquête, ils avaient besoin d'une base d'attaque. Ces châteaux sont désignés sous le nom de « castra » « oppida » et « castella ».

Il ne parait pas possible de déterminer avec précision, à cause de la rareté des textes et de l'insuffisance des découvertes archéologiques, l'époque à laquelle furent construits les premiers châteaux du Poitou.

C'est une constatation qui a été faite pour ceux des pays voisins, l'Anjou et le Maine notamment. M. Robert Latouche fait observer que, dans le Maine, les textes ne font pas mention de constructions et d'inféodation de châteaux avant la fin du Xe siècle. Les sources poitevines conduisent à une conclusion sensiblement analogue. Rares sont les castra que l'on peut faire remonter à une période antérieure.

Il est question de Colombiers vers l'an 926 133, mais il s'agit plutôt d'une villa fortifiée. Le château de Lusignan apparaît entre 900 et 950, celui de Saint-Maixent en 944 135. Ceux de Niort et de Melle vers 950 ; à la fin du Xe siècle, Gençay et Fontenay-le-Comte.

Au XIe siècle, les châteaux se sont multipliés en Poitou comme ailleurs. Les actes en mentionnent un assez grand nombre dont il n'était pas question jusque- là.

Quelques- uns d'entre eux, il est vrai peuvent remonter, à une date antérieure. D'autres, qui existaient probablement à la même époque, ne sont connus que plus tard. Sous ces réserves, que suggèrent les lacunes de notre tradition, on rencontre notamment dans la Vienne, ceux de Civray, Châtellerault, Chauvigny, Couhé, Vivonne, Montreuil-Bonnin, Lussac, Mirebeau, Moncontour, Mortemer, Montoiron, Angles, Bonneuil-Matour, Cheneché :

 dans le département des Deux-Sèvres : les châteaux d'Argenton, de Bressuire, Chef- Boulonne, Chizé, Germond, Hérisson, la Mothe, Parthenay, Secondigny, Ternant;

 en Vendée, ceux de Brem, Beauvoir sur Mer, Curzon, la Chaise le Vicomte, la Garnache, Luçon, Mallièvre, Mauléon, Mouzeuil, Pouzauges, Saint-Hilaire-de-Rié, La Roche-sur-Yon, Talmont, Tiffauge et Vouvent.

Plusieurs de ces châteaux ont succédé à des castella gallo-romains.

Jullian a évalué à plus d'un millier les châteaux-forts qui hérissaient déjà le sol de la Gaule au Bas-Empire. Leur nombre ne put que s'accroître à l'époque des invasions germaniques. On voit, dans le dernier quart du VIIIe siècle, les Francs s'installer dans les châteaux pour contenir les Aquitains et les Saxons. On sait qu'il existait sur la rive gauche de la Loire, dans les pays de Mauge, de Tiffauges et d'Herbauges des castra que les Normands détruisirent.

Ce fut le cas du château de Tiffauge reconstruit au XIe siècle.

Celui de Thouars, mentionné dès l'époque mérovingienne, réédifié plusieurs fois au Moyen-Age, fut, d'après Ledain, établi sur l'emplacement d'un camp romain, comme tendrait à le prouver la découverte dans ses dépendances de tuiles à rebord et d'une inscription païenne, enfin, dans la ville, l'existence d'une voie romaine.

Il est vraisemblable que le château de Lusignan succéda également à un autre camp du Bas-Empire, probablement de Taifales. Son assiette serait indiquée, suivant le même archéologue, par le lieudit les Châtelliers situé entre la gare et la Font-de-Cé.

L'origine romaine du château de Loudun n'est pas douteuse. La fameuse tour carrée, due à Foulques Nerra, fut érigée sur le castellum ou praetorium romain, sorte de gîte d'étape, transformé en forteresse munie de murailles, commandant toute la grande plaine comprise entre la vallée de la Vienne et celle de la Dive et du Thouet.

Quelques châteaux, tels que ceux de Chateau-Larcher et de Colombiers semblent avoir remplacé d'anciennes villae fortifiées dans le Bas-Empire ou à l'époque franque. Le plus grand nombre sont des constructions plus récentes. Mais, quelle que soit l'origine des uns ou des autres, ils sont destinés à repousser des invasions, à ce servir de place de guerre pour braver des ennemis personnels : de bastilles pour maintenir dans l'obéissance et le devoir tous ceux qu'ils astreignent à des services, de repaires après les expéditions militaires, les coups de main et les razzias. »

 Leur assiette répond à ces préoccupations. Il en est qui s'élèvent au sommet d'un plateau rocheux affectant la forme d'un demi-cercle, comme celui de Bressuire, à l'extrémité d'un promontoire enveloppé par une rivière, comme les châteaux de Thouars et de Parthenay que le Thouet entoure de ses méandres. Le château de Gençay est construit sur une colline escarpée au pied de laquelle serpente le cours sinueux et profond de la Clouère, sur le passage de l'antique voie romaine reliant Poitiers à Charroux, et Périgueux.

 Dans le bocage vendéen, celui de Pouzauges se dresse également au sommet d'une colline à 278 mètres d'altitude. Un rocher sert de base à la forteresse de Maillezais et à celle de Chef-Boutonne, qui dominait les sources de la Boutonne, et au château de Mervent, véritable nid d'aigle dont la Mère baignait le pied.

Certains castra ont pour assiette une butte naturelle ou artificielle. Telles nous apparaissent les mottes de Rullan à Fontenay-le-Comte et de Commequiers (Vendée).

 D'autres châteaux enfin ont été aménagés sur une éminence au milieu de la plaine. Parmi les plus remarquables du groupe figurent ceux de Mirebeau et de Moncontour. Le premier construit sur un rocher crayeux de forme ovale, à moitié chemin environ de Poitiers et de Loudun, dominait la contrée à 126 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le second se dressa aux confins du Mirebalais et du pays de Thouars, sur une colline au pied de laquelle s'étendent les larges marais de la Dive.

A l'époque carolingienne le Comte avait partagé à sa guise en vicairies le pagus pictaviensis. Sous le régime féodal, le droit de construire des châteaux, destinés à devenir de nouvelles circonscriptions administratives, lui était réservé, en principe, en tant que souverain régional. En fait, le comte usa souvent de cette prérogative.

Plusieurs châteaux du Poitou ont été édifiés par la maison de Poitiers. Telle est vraisemblablement l'origine des « castra » de Gençay 190 et de Montreuil-Bonnin qui dépendent de leur domaine au Xe siècle et de celui de Melle où vers la même époque s'exerce leur autorité.

Guillaume Tête d'Etoupe fit édifier, comme on l'a vu, le château de Maillezais 193 et Guillaume-le-Grand, celui de Vouvent 194. D'autres châteaux poitevins sont l'œuvre des comtes d'Anjou ou des comtes de la Marche.

Foulques Nerra, le grand bâtisseur de forteresses, construisit ceux de Mirebeau et de Moncontour, dans la partie du territoire poitevin qu'il tenait en fief des comtes de Poitou.

Le « castrum » de Civray semble avoir été l'œuvre des comtes de la Marche, auxquels il appartenait, quand un seigneur, nommé Aimeri, l'enleva à Bernard 1er. Cependant le rôle du comte dans la construction des châteaux se présente sous un aspect fort complexe.

Un certain nombre ont été édifiés avec l'agrément du comte de Poitou, soit par des gens d'Eglise, soit par leurs vicomtes ou leurs vicaires.

 Eble, évêque de Limoges et frère de Guillaume Tête d'Etoupe, munit d'une enceinte fortifiée le bourg de Saint-Hilaire et le monastère de Saint-Maixent. On doit attribuer aux vicomtes de Thouars le « castrum » de la Chaise en Bas Poitou et peut-être aussi ceux de Tiffauges et de Commequiers.

L'œuvre des vicaires est plus obscure. Il est probable, sinon certain, que Guillaume-le-Chauve, qui édifia le château de Talmond, et prit le titre de « princeps » de ce castrum en fut aussi le dernier vicaire. On peut se demander encore si la construction du « castrum » de Châtellerault ne fut pas entreprise par un vicaire d'Ingrandes nommé Adraldus. Par ailleurs, on ne trouve pas de forteresse bâtie par un simple aventurier et dont l'existence serait en quelque sorte légitimée par une longue possession.

Quelque soit l'importance des constatations que l'on puisse faire, les origines de beaucoup de châteaux demeurent inconnues. C'est le cas, par exemple, de l'un des plus importants d'entre eux, celui de Parthenay. Quand d'aventure le nom du « princeps » est mentionné par les sources, nous ignorons la plupart du temps sa situation vis-à-vis du comte.

Hugues le Cher ou Hugues le Bien Aimé, qui a dû naître vers l'an 900 et édifia, suivant la Chronique de Saint Maixent, le célèbre château de Lusignan était-il, comme ses successeurs, dans la vassalité de ce dernier ? Rien ne permet de le croire. La même difficulté se présente pour les Isambert qui construisirent le château des évêques à Chauvigny.

Toutes ces incertitudes posent la question de savoir quel a été le rôle des grands propriétaires fonciers, des alleutiers, dans la construction des châteaux. De quelles ressources considérables ne fallait-il pas disposer, bien que beaucoup de matériaux se trouvassent sur place, pour subvenir aux charges qu'entraînait l'édification de forteresses énormes dont l'assiette couronne souvent le sommet abrupt des collines ?

Suivant M. A. Dumas « il est fort douteux que des châteaux forts aient été construits par des propriétaires d'alleux en cette qualité ». Il me parait impossible de se rallier à cette opinion dans sa forme absolue. M. Dumas l'appuie sur des textes angevins. Peut-être est-elle fondée pour l'Anjou.

Elle ne l'est pas pour d'autres régions. Tenant de la Tour l'a montré pour le Limousin. Laron, Las Tours, Pierrebufière, Bré, Flamenc représentent cinq châteaux importants de la vicomté de Limoges appartenant à autant de personnages contemporains des derniers Carolingiens et des premiers Capétiens. Ces « principes » portent chacun le nom de leur castrum bâti avant eux ou par eux.

Ce sont des alleutiers, qui ne rendent hommage ni au comte de Poitou, ni au vicomte de Limoges. Ils donnent, échangent ou lèguent des parties quelconques de leur domaine sans l'intervention d'aucun suzerain. En Poitou, les exemples sent plus rares par ce que les ou illicites, édifiés par le comte ou des principes avec ou sans son aveu, les « castra » se multiplièrent.

La formation d'un ressort autour d'un grand nombre d'entre eux bouleversa l'organisation administrative carolingienne. Elle entraîna la transformation ou la disparition des vicairies. Celles dont le chef-lieu possédait un « castrum » ou en fut pourvu vers la fin du XI ou au début du XIe siècle devinrent le siège d'une châtellenie. Tel fut le cas des vicairies d'Aunay, Civray, Gençay, Fontenay-le-Comte, Lusignan, Melle, Niort, Saint-Maixent, Talmont, Vivonne, etc . …

Les textes portent témoignage de cette métamorphose en qualifiant parfois de vicaria le ressort de quelques-uns de ces châteaux. Avec sa pénétration ordinaire, A. Deléage a discerné les circonstances qui lui ont permis de s'accomplir : « Ce qu'il fallait, a-t-il écrit, à un château pour avoir de l'autorité, c'était se parer d'une longue antiquité et être un lieu où on avait rendu la justice longtemps. Pour que les gens d'alentour vinssent « retraire » au château, il fallait que ce fût une vieille tradition de refuge. Pour que les seigneurs puissent faire accepter leur justice, il était bon qu'ils parussent continuer l'œuvre des voyers. Il fallait que forteresse et justice seigneuriale parussent la suite et l'héritière de la forteresse publique et de la justice royale » .

Dans les vicairies, dont le siège était pourvu d'un « castrum » le vicaire, détenteur des attributs de la puissance publique, la justice et le fisc, sans préjudice du pouvoir militaire, en vertu d'une délégation du comte, put exercer son autorité sur le territoire environnant le château. La concession de la vicaria castri permettait tous les empiétements. Un certain Létier, par exemple, donne aux religieux de Château-Larcher une terre, libre de toute coutume, où ces derniers construisent un bourg. Sur ces entrefaites, ledit Letier obtient de ses seigneurs la vicaria de tout le château. Aussitôt il émet la prétention de l'exercer sur cette terre.

La construction de nouveaux châteaux et l'action du régime féodal exercèrent leur influence sur le ressort de la châtellenie, qui correspondit plus ou moins au district carolingien. La châtellenie de Melle, par exemple, l'une des plus importantes, qui eût sa coutume particulière, dont le vieux Coutumier de Poitou consacre certaines dispositions, n'engloba pas intégralement le territoire de la vicairie. Les châteaux plus récents de Chizé, Lezay et Chef-Boutonne s'y taillèrent chacun une circonscription. Mais elle conserva néanmoins la majeure partie de son territoire. Beaucoup de villae, qui dépendaient au Xe siècle de la vicaria Metulensis, figurent, en effet, à titre de fiefs ou d'arrière-fiefs dans la mouvance de la châtellenie.

Il est difficile de préciser, à l'aide des textes trop peu nombreux dont nous disposons, l'époque à laquelle le château devint le siège d'une circonscription administrative et où le châtelain devint un seigneur.

Il est rarement question d'une dépendance d'un castrum sise hors de son enceinte, en d'autres termes, de son ressort, avant la seconde moitié du XIe siècle, mais les mentions relatives à ce district deviennent fréquentes à partir de cette époque et les termes de vicaria, de circuitiis, territorium, de castellania surtout, servent à le désigner.

Les vicairies, dont l'assiette était impropre à la construction d'un château ou en restèrent démunies, disparurent plus ou moins vite selon leur importance. Blâlay, Blanzais, Brioux, Brion, Caunay, Savigné, Sillard, Thénezay, Tillou, Usson, par exemple, cessent d'être mentionnées par les actes avant la fin du Xe siècle.

 Des chartes, plus ou moins rares, font état au début du XIe siècle, et même bien plus tardivement encore, de quelques autres que caractérisent l'étendue de leur ressort, notamment de Civaux, d'Ingrandes et Sauves. Mais toutes ne font que perpétuer le souvenir d'un régime administratif disparu.

Leur chef-lieu, ainsi que les villages plus ou moins nombreux qui en constituaient le ressort, sont tombés dans la dépendance d'un château construit dans leur voisinage. Les exemples de ce mouvement ne sont pas rares.

La châtellenie de Niort absorba plus ou moins complètement le ressort de la vicairie de Bessac, et Bessac donna son nom à un faubourg de Niort. La châtellenie de Gençay se substitua à la vicairie de Brion, localité comprise dans son ressort vers 1080. Plusieurs vinages dépendant de la vicairie d'Ingrandes : le Vivier, Poutumé, Villiers etc, sont entrés dans le ressort (vicarin) du Castrum de Châtellerault au XIe siècle. Cette observation s'applique à la vicairie de Sauves. Plusieurs des localités qui en dépendaient au Xe siècle : Vendeuvre, Colombiers, Varennes, Grogon, Lésigny, Neuville, Baidon, Tricon, etc,  sont plus tard dans la mouvance de la châtellenie de Mirebeau. « Le territoire de la viguerie de Sauves, a observé E. de Fouchier, sans être absolument identique avec le pays Mirebalais, renfermait néanmoins la plus grande partie des fiefs relevant à une époque postérieure du château de Mirebeau .»

Les villages de Périgné, de Châtainet de Jarcq, commune de Champigné-le-Sec (Vienne), qui ressortissaient de la vicairie de Blanzay sont dans la mouvance du château de Civray au XIe siècle.

En un mot, la châtellenie a absorbé la vicairie de Blanzay et probablement aussi celle de Savigné. De leur côté, les châtellenies de Lussac et de Mortemer ont annexé à leur territoire la plus grande partie du ressort de la vicairie de Civaux.

Pendant que disparaissait le district carolingien, l'inféodation du pouvoir judiciaire et des profits qui en découlaient manifestait son influence sur le sens du mot et vicaria  qui jusqu'alors serrait exclusivement à le désigner.

 Le vicaire franc avait exercé les droits publics dans sa circonscription, notamment celui de percevoir les redevances dues au fisc et de rendre la justice dans les affaires les moins, importantes. En donnant en fief des biens plus ou moins considérables, depuis des villages jusqu'à des parcelles parfois infimes de leurs domaines, le comte et ses vassaux concèdent en même temps sous le nom de vicaria les prérogatives de l'ancien vicaire.

C'est ainsi que ce terme, devenu synonyme de coutume, désigne souvent tout un ensemble de droits parmi lesquels figure la juridiction, et prend en pareil cas un sens abstrait. S'agit-il seulement de la basse justice ?

On serait-tenté de l'admettre, d'après les dispositions des capitulaires carolingiens qui retirèrent aux vicaires la connaissance des majores causae. Mais la question de savoir, dans quelle mesure cette réforme entra en vigueur et combien de temps elle a continué à être applipliquée demeure obscure.

Les textes poitevins témoignent qu'à la fin du Xe siècle et au XIe le terme vicaria sert à désigner la haute justice, c'est-à-dire, en matière criminelle, la justice de sang. Lorsqu'ils concèdent la vicaria d'un domaine ou d'un lieu quelconque, plusieurs donateurs se réservent les cas d'homicide, de rapt, de vol et d'incendie. La connaissance de ces crimes est donc comprise dans cette disposition puisqu'une clause spéciale est nécessaire pour en priver le donataire. Les comtes, vicomtes et châtelains, retiennent volontiers ces quatre cas de la haute justice.

Cependant, le mot « vicaria » n'a pas toujours aux XIe et XIIe siècles un sens abstrait. Il conserve parfois, comme l'a observé M. Ch. Ed. Perrin, pour la« centena » de la Lorraine, une valeur territoriale.

Il désigne alors le ressort plus ou moins restreint dans lequel s'exercent les droits qui résultent de la possession de la vicaria. C'est là une survivance de l'institution carolingienne qu'un vieil érudit poitevin, de La Fontenelle de Vaudoré, a qualifié de viguerie imparfaite.

Guillaume Fierabrace, duc d'Aquitaine, par exemple, donne aux moines de St Jean d'Angely, la vicaria et toutes les coutumes justes ou injustes qu'il pouvait avoir sur son domaine de Courcelles.

L'un de ses successeurs, Guillaume le Gros, fait l'abandon aux mêmes religieux de la vicaria et de toutes les redevances que lui devaient les manants du village de Charentenay, moyennant la somme de deux cents sous. Guillaume-le-Jeune, enfin, concède à Garnier, abbé de Saint-Maixent et à ses moines, la vicaria de Romans, sauf les cas d'homicide, de vol, d'incendie et de rapt.

Les vicomtes et les châtelains de Poitou octroient volontiers aux églises le même avantage.

Au début du XIe siècle, Raoul, vicomte de Thouars, son épouse Aremburge et leurs enfants, renoncent à la vicaria et autres mauvaises coutumes qu'ils réclamaient sur l'alleu de Clazay, à l'exception des quatre cas d'homicide, d'incendie, de vol et de rapt. Constantin, châtelain de Melle, abandonne à l'abbaye de Saint-Florent-de-Saumur, avec le consentement de son suzerain, Guillaume Aigret, duc d'Aquitaine, de ses frères et de la mère de ce dernier, la comtesse Agnès, toute la vicairie qu'il tenait de lui dans la villa des Fosses (Canton de Brioux) .Un autre châtelain, Hugues de Viyonne, et ses fils, concèdent à l'abbaye de Nouaillé, la vicaria qu'ils possédaient dans le village de Comblé, commune de Celle- l'Evesvault.

 Les hommes, qui habiteront sur ces terres, seront soustraits, en conséquence, la districito du châtelain et de ses officiers. La juridiction appartiendra au prévôt de l'abbaye.

La vicaria est âprement convoitée à cause des profits dérivant de sa possession. Tel personnage, qui a obtenu celle d'un château, entend l'exercer sur une terre qui en dépend, bien qu'il ait disposé de cette terre en faveur des religieux de Saint-Cyprien. D'autres, plus hardis et confiants dans leur puissance, ne se prévalent d'aucun titre pour introduire la vicaria sur les terres des couvents. Il faut que les religieux de Saint Cyprien repoussent une entreprise semblable de Jourdain, châtelain de Château-Larcher, sur le vieux Marnay. Enfin, quand ils ne peuvent pas obtenir gratuitement la vicaria d'un bourg ou d'un village, les monastères en font volontiers l'acquisition.

Le ressort dans lequel elle s'exerce présente en pareil cas une certaine importance et se rapproche de celui du vicaire carolingien.

A la transformation ou à la disparition de la vicairie correspondit un changement aussi remarquable dans la situation du vicaire.

A mesure que se poursuivait la construction des châteaux, des châtelains de plus en plus nombreux faisaient leur apparition. Ces nouveaux venus sont les successeurs des vicaires. Deléage a fait pour la Bourgogne cette constatation qui s'impose ailleurs avec autant de force.

Des châtelains possèdent le château que des vicaires habitaient et rendent la justice qu'ils rendaient. Une question, beaucoup plus difficile à résoudre, est celle de savoir, dans quelle mesure les vicaires sont devenus des châtelains et ont pu faire souche de seigneur féodaux.

Suivant Deléage, les textes bourguignons ne permettent pas d'y répondre. « Ne disons pas, écrit-il, que les seigneurs furent des descendants des voyers. » . Cette opinion ne me parait pas devoir être généralisée. L'évolution de l'institution carolingienne des vicaires a été, croyons-nous, assez différente, suivant les grands fiefs. Elle parait même s'être accomplie diversement, suivant les circonstances locales, dans l'intérieur de chacun d'eux. Aussi convient-il de se mettre en garde contre les système trop absolus.

Pour F. Lot, le vicarius carolingien est devenu un grand seigneur. Flach et Molinier semblent partager, jusqu'à un certain point, cette opinion. Aux yeux du premier, en effet, la vicairie ou viguerie serait devenue une seigneurie parfois considérable. Le second pense que, dans le Midi de la France, un certain nombre de vicaires « donnèrent naissance à de petites familles seigneuriales qui prirent le nom de leur château principal ». Pour Halphen, au contraire, les vicaires carolingiens, en Anjou, du moins, n'ont jamais réussi à s'assurer vis-à-vis du comte la même indépendance que le comte vis-à-vis du roi.

« On serait bien en peine, ajoute-t-il, de citer un seul grand seigneur de la fin du Xe siècle ou du commencement du XIe ayant comme capitale le chef-lieu de l'une de ces anciennes vicariae ».  Suivant cet historien, les comtes ont pendant tout le Xe siècle « continué à avoir des vicarii ou voyers, répartis sur leurs domaines M, mais ces derniers qui continuent les vicaires carolingiens sont devenus de simples fonctionnaires domaniaux.

- L'évolution de l'institution des vicaires carolingiens ne permet de tenir pour exacte aucune des opinions que nous venons de rappeler.

D'une manière générale, la thèse de Ferdinand Lot me parait contenir une part incontestable de vérité. Il ne semble pas douteux que, dans plusieurs régions de la France, des vicaires soient devenus, dans la seconde moitié du Xe siècle et après, des châtelains ou aient même pu parvenir à une plus haute dignité. La question ne saurait être examinée ici dans toute son ampleur. Je me bornerai à citer quelques exemples pour éclairer l'histoire de l'institution des vicaires en Poitou. Le vicaire de Bourbon, dont le ressort ne comprenait pas moins de six centaines, a réussi à s'élever au rang et à la dignité de comte.

L'un des fils d'un vicomte d'Albigeois, qui reçut en héritage la vicairie de Lautrec, prit le titre de vicomte de Lautrec. Molinier a constaté que, dans le Midi de la France, les vicaires ne disparurent pas à l'époque féodale et se conservèrent sous deux formes différentes.

« Les uns donnèrent naissance à de petites familles seigneuriales qui prirent le nom de leur château principal ; les autres conservèrent tantôt des droits utiles appelés, comme la charge même vicaire, tantôt même le titre ancien » . En Provence, dès la première moitié du XIe siècle, les vicaires ou viguiers prennent rarement leur titre.

Ces fonctionnaires sont devenus des seigneurs importants et prennent la qualité de « prince », parfois même du territoire de leur seule viguerie. Une évolution analogue peut être constatée en Flandre où d'anciens officiers publics carolingiens paraissent s'être perpétués sous le nom de châtelains. Certains d'entre eux seraient les successeurs des centeniers.

En Poitou, il n'est pas douteux que plusieurs vicaires sont devenus des châtelains. Tel fut le cas, par exemple, des vicaires de Melle et de Vivonne, chefs- lieux de vicairies importantes pourvus chacun d'un château.

Le nommé Constantin, qui s'intitule vicaire de Melle ou souscrit des actes en cette qualité vers 1030 et en 1043, reçoit dans d'autres contemporains le titre de « miles Metulinsis castri » et de seigneur de Melle conjointement avec un certain Maingot.

Il figure parmi les principaux vassaux du comte de Poitou, Guy Geoffroy, dans l'entourage duquel on le rencontre fréquemment.

On peut établir aussi sûrement l'origine des seigneurs de Vivonne.

Un certain Hugues souscrit au début du XIe siècle, en qualité de vicaire, la donation de biens situés dans, la vicairie de Vivonne.

Un autre Hugues, probablement le fils du précédent, est qualifié de vicarius, de castro Vicvione, c'est-à-dire de châtelain de Vivonne, vers 1070 275. Il souscrit Hugues de Vivonne vers 1080, comme ses descendants, les sires de Vivonne, qui feront souche de seigneurs féodaux.

Pour d'autres vicaires, l'accession au titre de châtelain est plus difficile à établir, mais elle paraît très probable, d'après les renseignements plus ou moins explicites tirés des chartes.

Richard donne pour ancêtre aux seigneurs de Rochefort un vicaire du comte de Poitou du nom de Châlon installé à Saint-Maixent en 948. Ce vicaire ou ses descendants usurpèrent une partie des attributions de leur charge. Cantonnés auprès de l'une des portes du bourg, portant leur nom, ils y exercèrent des droits de péage. Richard pense qu'ils en furent délogés et construisirent une tour, mentionnée en 1134, dans les hauts quartiers de la ville.

La puissance des Châlon leur permit de se parer d'abord du nom de la ville de Saint-Maixent avant de se qualifier de seigneurs de Rochefort, suivant la désignation du château, situé sur la Charente qu'un nommé Hugues, fils de Châlon, obtint au commencement du XIe siècle.

Il me parait également probable que le premier seigneur de Talmont, surnommé le Chauve, n'est autre que l'ancien vicaire de ce lieu (ou son descendant). On le voit, en effet, souscrire en qualité de seigneur du château de Talmont en 1030 la donation d'une portion de vigne située dans la vicairie de Brem et de Talmont.

Ce Guillaume est au XIe siècle à la tête de la châtellenie de Talmont que ses héritiers recueillent, à titre héréditaire, et il figure parmi les principaux vassaux du comte de Poitou.

Il semble encore que l'un des vicomtes de Poitou a eu pour ancêtre un vicaire. Le nommé Adraldus qui souscrit fréquemment, en cette qualité, des donations de biens situés dans la vicairie d'Ingrandes à la fin du Xe siècle  ne doit-il pas être identifié avec le fondateur du castrum Araldi et le premier vicomte de Châtellerault ? Le fait paraît d'autant plus vraisemblable que la châtellenie de Châtellerault a englobé, comme on l'a vu, dans son ressort plusieurs villages de la vicairie d'Ingrandes.

Si plusieurs vicaires sont devenus des châtelains, telle ne fut pas la destinée de tous, ni même du plus grand nombre. La plupart disparurent à l'exception du vicaire de Poitiers, dont il va être question, en même temps que leur ressort administratif. Ils ne se sont pas perpétués, sous la forme d'agents domaniaux du comte. Celui-ci confie l'administration de ses seigneuries à des fonctionnaires désignés très généralement sous le nom de prévôts à partir de la seconde moitié du XIe siècle.

La présence de ces officiers peut être observée dans toutes les régions où le comte de Poitou possède des domaines : en Talmondais, en Aunis, en Saintonge, dans la forêt de la Sèvre, etc.

On en rencontre dans toutes les villes et bourgs où il peut prétendre à des droits ou à des redevances : à la Rochelle, Surgères, St Jean d'Angély ; Saintes, Montreuil-Bonnin, Chizé, Benon , etc.

Suivant A. Richard, Guy-Geoffroi, comte de Poitou, serait le créateur de ce système administratif. Il aurait remplacé dans ses domaines les vicaires ou viguiers par des prévôts. Cette opinion parait dénuée de fondement. On voit, en effet, dès la fin du Xe siècle, des prévôts souscrire des actes concurremment avec des vicaires.

Leur nombre s'accroît dans la première moitié du XIe siècle, à tel point que l'institution s'est généralisée à l'avènement de Guy-Geoffroi (1058). A cette époque le vicaire carolingien a disparu. C'est ce qui a induit Richard en erreur.

Suivant certains érudits poitevins, il y aurait eu déjà un prévôt à Poitiers avant l'an 1000, mais aucun texte ne nous parait pouvoir être invoqué à l'appui de cette opinion. L'avènement de ce fonctionnaire semble plus tardif. On constate sa présence dans la seconde moitié du XIe siècle, à côté du vicaire de Poitiers, nommé Adémar.

Ce personnage qui tient son office, à titre héréditaire, parait avoir été un fonctionnaire important, partant gênant pour l'autorité du Comte. Il disparaîtra au début du XIIe siècle et, dès lors, le prévôt exercera sans partage ses attributions à Poitiers sous la surveillance du sénéchal.

La présence des deux fonctionnaires peut être constatée également dans la seconde moitié du XIe siècle à Thouars, où le vicomte a institué un prévôt à côté du vicaire carolingien. Cette coexistence du prévôt et du vicaire ou voyer, exceptionnelle en Poitou, est normale dans d'autres grands fiefs, notamment dans l'Anjou et le Maine, mais dans ces deux derniers comtés les deux institutions ne se présentent pas sous le même aspect.

En Anjou certains seigneurs n'ont qu'un prévôt ou un voyer, mais comme la montré Louis Halphen, quand ils ont l'un et l'autre, le voyer est subordonné au prévôt. Dans le Maine, au contraire, le prévôt joue un rôle subalterne par rapport au vicaire ou au voyer. Celui-ci est demeuré au XIe siècle, suivant les observations de M. R. Latouche, le fonctionnaire le plus important de l'administration locale et a même parfois sous ses ordres un sousvoyer.

En résumé, la construction des châteaux, commencée sous l'influence des incursions des Normands, se généralisa vers la fin du Xe et au début du XIe siècle et entraîna la disparition des divisions administratives carolingiennes du comté en vicairies. Les chefs-lieux de ces circonscriptions pourvus d'un castrum devinrent le siège d'une châtellenie dont le ressort annexa plus ou moins l'ancien district.

Les autres disparurent et leur ressort fut absorbé par celui des châteaux édifiés sur leur territoire.

C'est dans la première moitié du XIe siècle que des principautés locales ont commencé à s'établir et que des châtelains, souverains dans leur seigneurie et souvent en conflit avec le comte, remplacent les vicaires dans la cour de ce dernier où ils s'acquittent des devoirs vassaliques.

 Quelques-uns de ces châtelains sont d'anciens vicaires qui ont pris cette qualité au chef-lieu de leur résidence. Les autres vicaires ont disparu en même temps que leur district, sans se perpétuer comme cela est arrivé ailleurs, notamment en Anjou et dans le Maine, sous l'aspect d'agents domaniaux du comte et de ses vassaux, concurremment avec des prévôts.

En Poitou, au contraire, ces prévôts après avoir coexisté avec des vicaires à la fin du Xe siècle, représentent ensuite, à de rares exceptions près, les seuls administrateurs des seigneuries. Le vicaire de Poitiers, qui tenait son office à titre héréditaire, parait seul avoir réussi à conserver ses prérogatives jusqu'au début du XIIe siècle.

Cette transformation sociale est corroborée par le changement de sens du mot vicaria qui s'appliquait au district carolingien. Il prend au XIe siècle une acception abstraite et désigne tout un ensemble de droits parmi lesquels figure la juridiction. La concession de ces droits en fief, une large conversion des alleux en tenures féodales caractérisent le régime politique nouveau, où un grand nombre d'hommes libres et même des individus d'origine servile figurent en qualité de milites dans la vassalité des châtelains ou des seigneurs inférieurs.

 

L'Organisation administrative du Comté de Poitou au Xe siècle et l'avènement des Châtelains et des Châtellenies par Marcel GARAUD Professeur à la Faculté de Droit Président de la Société des Antiquaires de l'Ouest

 

 

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