Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre (1)

Ce sont deux lamentables histoires que celles d'Alix de France et de Bèrengère de Navarre. Elles auraient sûrement inspiré quelques plans à Bertrand de Born, si ce troubadour avait eu dans le coeur d'autres sentiments que l'amour de la guerre et de l'indépendance

Triste victime des négociations diplomatiques, la malheureuse Alix, âgée de cinq ans à peine, avait été fiancée à Richard Coeur-de-Lion par le traité de Montmirail.==>6 janvier 1169. Paix de Montmirail entre Henri II Plantagenêt et Louis VII roi de France médiateur de Thomas Becket.

 

Elle fut aussitôt enlevée à sa mère et transportée loin de sa patrie, pour être élevée à la cour royale d'Angleterre, où la destinée de sa vie tout entière semblait être fixée. Son départ fut chanté, dit-on, par de nombreux troubadours.

Alix grandit sans avoir jamais vu le prince qu'elle devait épouser.

Elle n'était pas encore nubile, lorsque le brutal Henri II transforma la chambre de la jeune vierge en un boudoir de sérail.

Vainement Richard Coeur-de-Lion réclama maintes fois sa fiancée. Philippe-Auguste insista souvent pour que le mariage de sa soeur, formellement promis dans une convention solennelle, fût enfin réalisé.

Le souverain pontife envoya deux fois son légat, le cardinal Philippe de Pavie, rappeler au roi d'Angleterre le respect dû à la foi jurée.

Eléonore, « L'Aigle d'Aquitaine », fit entendre ses cris de jalousie féroce.

Henri II retenait toujours Alix de France, enfermée dans la tour de Woodstock, comme une captive du Sultan.

La mort du vieux roi d'Angleterre rendit à « l'Aigle » sa liberté ; mais l'infortunée princesse, toujours ballotée par les orages politiques, attendit, tremblante, que Richard vint prendre à la cour de Londres, la place laissée vacante par son père.

Eléonore, enfin délivrée par son fils, Richard, de la dure captivité que le roi du Nord lui avait si longtemps imposée, arriva la première à Londres ; par son ordre, Alix de France fut ramenée toute en larmes à Paris, tandis que son fiancé arrivait triomphant en Angleterre.

Alix entendit raconter, quelque temps après, que Richard Coeur-de-Lion avait épousé Bèrengère de Navarre, en présence de tous les croisés d'Angleterre et d'Aquitaine.

La malheureuse princesse alla chercher la paix de son coeur, au fond d'un cloître, dans la prière et la solitude ; elle n'y fit pas un long séjour.

 

Un an plus tard, Philippe-Auguste, revenu de la Croisade, conduisit sa soeur, belle et brillante encore, dans un tournoi.

Parmi les plus nobles et les plus braves combattants, elle distingua Guillaume, comte de Ponthieu, qui reçut bientôt après et sa main et son coeur.

Alix n'avait pas vu la fin de ses souffrances.

Deux années étaient à peine écoulées depuis son mariage, lorsqu'elle fut abandonnée par son mari, tout surpris, dans, sa folle illusion, que la captive d'Henri II n'ait pas oublié, près d'un mari tel que lui, ses habitudes de Woodstock.

Voyant dans la suite des années le sort fait à Bèrengère de Navarre par Richard Coeur-de-Lion, Alix de France a dû penser bien souvent que le fiancé de son enfance aurait flatté parfois son ambition, mais qu'il était, avec son caractère brutal et dépravé, incapable de modifier la destinée de sa vie, trop douloureuse pour avoir inspiré la poésie des légers troubadours.

Bèrengère eut aussi quelques doux rêvés de gloire et de bonheur.

 

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre (2)

 

Lorsque, fiancée au jeune roi d'Angleterre, elle voyait les Siciliens l'acclamer partout sur son passage, elle bénit sans doute la Providence et se félicita de sa brillante union.

Peu de jours après, faisant voile vers la Palestine avec Jeanne, reine douairière de Sicile, les deux princesses furent jetées par la tempête dans le port de Lamissol, où l'usurpateur, Isaac Comnène, gouvernait l'île de Chypre, avec le titre pompeux d'empereur.

Isaac voulut retenir Bèrengère et Jeanne comme prisonnières, afin d'obtenir pour elles une forte rançon ; Richard Coeur-de-Lion survint aussitôt. Il attaqua l'empereur avec cette fougue chevaleresque qu'il mettait dans toutes ses expéditions guerrières.

Comme un preux et courtois chevalier, le jeune roi d'Angleterre s'empara rapidement de l'île de Chypre, sous les regards émus de sa fiancée.

Ce fut certainement une splendide fête pour elle lorsque, le dimanche 12 mai 1191, inspirant tout à la fois l'enthousiasme et la terreur, Richard, vainqueur d'Isaac Comnène, fit célébrer son mariage dans la cathédrale de Lamissol, et posa lui-même sur le front de Bèrengère la couronne royale de Chypre.

Elle dut croire un moment qu'elle serait la plus heureuse des reines.

Peu de jours après, elle reprit la mer avec Jeanne de Sicile et débarqua près de Ptolémaïs.

Le roi Philippe-Auguste, dissimulant tous ses justes griefs, alla recevoir les deux reines et les accueillit avec la plus généreuse courtoisie.

La voile qui menait Bèrengère en Palestine avait à peine disparu sur les flots, lorsque Richard Coeur-de-Lion enleva la fille d'Isaac Comnène, et partit avec elle sous les yeux du prince vaincu.

Le doux rêve de Bèrengère était à tout jamais fini.

Richard la contraignit à vivre avec sa rivale ; elles avaient la même tente, la même escorte, les mêmes serviteurs..

Elles furent bientôt délaissées l'une et l'autre.

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre (3)

Lorsque Richard Coeur-de-Lion, renonçant à la couronne de Jérusalem qu'il avait tant désirée, voulut rentrer dans son royaume, les deux reines d'Angleterre et de Sicile firent encore voile ensemble sur un autre navire.

Elles venaient d'arriver à Rome, quand Richard fut fait prisonnier par le duc d'Autriche.

Elles rentrèrent rapidement en France et débarquèrent à Marseille, où Raymond de Saint-Gilles alla les recevoir et les accueillit avec la légendaire largesse des comtes de Toulouse.

Il les accompagna jusqu'à la cour de Poitiers, et la reine Jeanne le récompensa en lui donnant sa main (1194); il succéda l'année suivante à son père, Raymond V.

Il ne semble pas que Bèrengère ait été consolée par la reine Eléonore de tous les outrages que le roi Richard lui avait prodigués en Palestine ; car elle -dut bientôt quitter la tour Maubergeon pour se réfugier dans le sombre et solitaire château de Roquebrune (1).

Elle employa toute son influence et son autorité à faire respecter les droits de son mari captif, trahi par de nombreux vassaux, qui s'attachaient soit à Philippe-Auguste, soit à Jean-Sans-Terre.

Elle mit aussi ses efforts à hâter la délivrance du roi.

Lorsque le prisonnier de Tréfels, après avoir recouvré sa liberté, put enfin revenir en Aquitaine, Bèrengère retrouva sa place dans le palais de Poitiers, où les chroniques nous la montrent célébrant la fête de Noël, en 1196.

La vie commune ne dura pas longtemps ; en 1198, la rupture était devenue définitive entre les deux époux. La malheureuse reine, durement repoussée par son mari, alla vivre, presque sans ressources, dans le château de Beaufort (2).

Elle ne fut pas appelée près du roi Richard mourant ; elle n'assista même pas à ses funérailles, qui furent cependant célébrées à quelques lieues seulement de sa résidence, dans l'abbaye de Fontevrault.

Jean Sans-Terre, successeur de Richard Coeur-de-Lion, ne voulut pas lui venir en aide ; mais le roi de France, Philippe-Auguste, toujours chevaleresque, lui donna l'hospitalité dans la ville du Mans, avec un douaire convenable.

C'est là qu'elle mourut en 1230, vénérée par tous les habitants de la ville et des environs, qui lui firent de touchantes funérailles dans l'abbaye de Lepeau.

Les Manceaux ont perpétué sur son nom des souvenirs légendaires de tristesse et de charité ; ils entretiennent encore, avec un soin jaloux, la maison qu'elle aurait habitée (3).

Son tombeau, précieux souvenir de l'architecture du XIIIe siècle, a été, en 1821, transporté dans la cathédrale du Mans.

 

Bulletin de la Société scientifique historique et archéologique de la Corrèze

 

 

La troisième croisade (1189-1192) - la croisade des rois Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion<==.... ....==> Juillet 1191. Départ pour la Terre Sainte des rois Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion

 


 

(l) Commune du canton de Monségur (Gironde),

(2) Chef-lieu de canton de Maine-et-Loire

(3) Dom Paul Piolin. Revue des questions hist, T. XL VIIII, p174