Histoire du Poitou - La chronique de l’abbaye de Maillezais (ou de Saint-Maixent)

Aujourd'hui que l'on  s'occupe d'écrire l'histoire sur les  documents originaux, et que les travaux historiques faits sur des livres n'ont plus guère de valeur dans le monde savant, il est utile d'exhumer de la poussière des bibliothèques ou des dépôts d'archives les chroniques de chaque province, d'en examiner la Valeur et d'en rechercher les auteurs, s'ils sont demeurés inconnus; et c'est ce que je me propose de faire pour le Poitou, Je commencerai par des Recherches sur les chroniques du monastère de St-Maixent.

II.

 Dans ce travail, le document à examiner, qui se présente tout d'abord, est la chronique dite de Maillezais. Je viendrai ensuite à celle que les continuateurs de dom Bouquet appellent fragmentum chronicorum, etc., et donnent comme faite par un moine de St-Maixent, sur la série des comtes de Poitou.

Ensuite je dirai quelque chose sur trois chroniques ou histoires de I'abbaye de St-Maixent, rédigées dans des temps plus rapprochés de nous, par des religieux de ce monastère. On voit que cet établissement a été fertile en écrivains. Quatre d'entre eux ont, en effet, jeté du jour sur nos annales, tandis que le cinquième s'est plu à entasser des erreurs auxquelles se sont laissé prendre de bien doctes personnages. Mais je dois m'abstenir ici de pousser plus loin ces réflexions, et je vais suivre l'ordre des dates, pour classer les documents que je me propose de livrer à un examen critique.

III.

En pareille matière, et  à peu près toujours, quand il s'agit de recherches historiques, il est bon d’aller du connu à l'inconnu.

Examinons tout d'abord, pour la chronique dite de Maillezais, de quoi elle se compose ; puis je ferai connaître où ce document  été trouvé, par qui il a été rencontré ; je parlerai de son importance, et je finirai par indiquer son auteur, demeuré inconnu aux savants qui l'ont publiée. 

IV. La chronique dite de Maillezais, ainsi que la plupart des chroniques du moyen-âge, remonte jusqu'au commencement du monde, car les auteurs avaient alors la singulière prétention de ne vouloir rien laisser derrière eux, et elle finit vers le milieu du XIIe siècle.

Dans le Recueil des historiens de France, on dit tantôt que cette chronique finit e 1040, tantôt qu'elle se termine vers 1140. La première de ces indications est évidemment erronée.

Cette chronique commence par un prologue de J. Florus sur l'histoire. Puis ensuite vient l'histoire sainte et l'histoire profane, d'après Eusèb, Josèphe, Orose et autres auteurs. Arrivant à l'histoire de France, comme on la prenait anciennement, le chroniqueur copie Grégoire de Tours, Frédégaire, Aimoin et les autres écrivains, sur la première race. Quant à la race des maires du palais, l'auteur suit Eginhard et autres chroniqueurs, et, plus tard, il emprunte surtout Adhémar de Chabanais, dans la fin de son travail, pour ce qui ne lui est pas particulier.

V.

Rien n'est omis dans cette chronique, pour ce qui concerne le monastère de St-Maixent , la succession des abbés, les découvertes et les translations des reliques des saints , les incendies , les ruines et les réédifications des églises et autres constructions. C'est de cette circonstance qu'il fallait induire que l'auteur de cette même chronique était un moine de St-Maixent.

Il y a plus, c'est que sur deux années, 1028 et 1126, le rédacteur de la chronique indique le monastère de St-Maixent comme celui dans lequel il a écrit. Aussi le père Labbe a-t-il, tout d'abord, reconnu que cette chronique était bien celle de cette abbaye, quoique Besly l'eût indiquée comme étant propre à Maillezais, parce qu'il l'avait trouvée dans cette localité.

 L'auteur, du reste, ne parle de ce dernier établissement ecclésiastique que d'une manière peu suivie, comme par occasion, ainsi qu'il le fait pour beaucoup d'autres monastères du Poitou et des provinces voisines.

VI.

Comme je viens de le dire, la chronique dont je m'occupe en ce moment, fut découverte dans le monastère de Maillezais, alors à peu près abandonné par l'évêque de cette localité (2), qui s'établit d'abord à Fontenay-le-Comte où il fut même transféré, et qui se fixa plus tard à la Rochelle où le siégé épiscopal et auparavant abbatial de Maillezais fut définitivement placé par Louis X-III, après la reddition de ce Boulevard du protestantisme. 

 
Ce fut, ainsi que je l'ai pareillement exprimé, Jean Besly, né à Coulonges-les-Royaux (Coulonges-sur-l'Autize), et alors avocat du roi à Fontenay, qui trouva ce précieux morceau historique et le fit connaître, en y insérant des fragments dans son Histoire des comtes du Poitou, ouvrage communiqué par lui à bon nombre de savants, mais publié seulement après la mort de cet écrivain , par les soins de son fils.
Il l'indique sous le nom du lieu d'où il l'avait tiré. L'historien Duchesne, ami de Besly, qui lui avait fait lire cette chronique, l'appelle aussi Chronique de Maillezais, et c'est ce qui fait qu'elle est généralement connue sous ce titre.


Besly fut encore porté à adopter cette dénomination, parce que cette chronique contient des détails relatifs à Maillezais, notamment sur la fondation et la restauration de cette abbaye; mais cette partie semble être une addition à l'ouvrage principal.
 Il paraît que Besly père ne fit que copier ce document, écrit sur un parchemin, et qui était sans doute une copie faite avec soin de l'original, demeuré probablement à St-Maixent, où il se sera perdu. Mais comme Besly fils, à la mort de son père, voulut publier I'Histoire des comtes de Poitou (3), il prit à Maillezais le manuscrit dont il s'agit, et il en fit don à Jacques Dupuy (4), qui lui avait été d'un si grand secours pour la publication de l'ouvrage de son père, ainsi qu'il le mentionne, du reste, dans la dédicace qu'il en fit à ce savant. A la mort de celui-ci, le manuscrit de la chronique de St-Maixent passa dans la: bibliothèque du savant de Thou (5).
Ce fut à cet érudit que le père Labbe I ‘emprunta, pour la faire imprimer en partie, en 1657, dans le second volume de sa Bibliothèque (6) ; dom Martenne l'a ensuite insérée dans le IVe vol. de son recueil (7).


Du reste, et on l'a déjà dit, Labbe reconnut aisément que cette chronique était celle du monastère de St-Maixent, et qu'elle ne s'était trouvée que par accident dans l'abbaye de Maillezais.     

        
Le père Labbe n'a rien imprimé de la chronique de St-Maixent, pour ce qui précède l'histoire des rois francks. Il ne donne, relativement à ces mêmes rois, que ce qui a trait au Poitou et surtout au monastère de St-Maixent, comme les particularités de la vie de St Léger.

 

Sur la seconde race, il s’étend davantage , et enfin, en avançant., il copie toute la chronique, sauf ce qui se trouve dans Adhémar de Chabanais, La moisson, pour notre province , est alors fort abondante , et la série des abbés de St-Maixent , par exemple, est exactement suivie , dans les derniers temps , jusqu'à Pierre Raimond, ou de Raymond , qui fut élu, vers le milieu du XIIe siècle , pour remplacer l'abbé Geoffroi; qui venait de mourir.

L'auteur de la chronique de Saint-Maixent fut longtemps un anonyme pour le monde savant; aussi, dans le Recueil du historiens de France ( t.XI ), les savants bénédictins disent-ils que le nom de cet écrivain est inconnu. Mais  vers la fin du XVIIe siècle, un prieur érudit du monastère de St-Maixent, dont j'aurai occasion de parler plus tard avec détail, après avoir reconnu que la chronique dite de Maillezais avait été écrite à St-Maixent, rechercha qui pouvait en être l'auteur.

D'abord dom Liabœuf s'assura que cette chronique avait été écrite, ou au moins terminée, du temps que Pierre Raimond était abbé de St-Maixent, puisqu'elle finissait par annoncer qu'il avait été élu eu remplacement de l'abbé Geoffroi décédé.   

Il se demanda ensuite si un simple moine de Saint-Maixent avait écrit cette même chronique, et il se fit une réponse négative, parce que, dans ce cas, ce religieux aurait parlé du gouvernement de l'abbé Pierre Raimond, dit Platon; surnom qui dénote la sagesse et la pureté de sa doctrine.

 

IX.

 

Que pouvait-on conclure de cela ? que Pierre Raimond est l'auteur de la chronique de St-Maixent. Il finit, en la signant pour ainsi dire, puisqu'il termine son curieux travail par des louanges pour son prédécesseur et la simple énonciation de son nom. (Anno Domini 1 144. 5 id. jan, id est die à ejusdem mensis obiit dominus Goffredus bonœ memoriœ abbas Sancti Maxentii. Hic in constructione cœnobii sui, et in augmentatione sui gregis curiosus ac devotus mansit , ut eventus in probat , et opera declarant, Hic monasterium quod ei domireus accomodaverat regendum post ultimum incendium quod evenit suo in tempore , foris ac semper construxit.; cui successit Petrus Raimondi , monachus de Clusâ.)

 

X.

Oui, c'est bien Pierre Raimond, comme dom Liabœuf l'a reconnu, qui est L'auteur de notre première chronique nationale.

« La modestie de cet abbé, dit avec raison le savant prieur qui est venu après lui, ne lui aura pas permis de continuer, pour ce qui le concernait, et le se donner aucun éloge, comme il l'a fait à ses prédécesseurs.  

Ce qui prouve encore que Pierre Raimond est bien l'auteur que nous cherchons, c'est que la chronique de St-Maixent parle de faits relatifs à des monastères, qu'un autre que lui aurait bien difficilement connus, par exemple, des monastères de St-Michel de Cluse ou de l'Ecluse en Piémont, ou il avait été religieux; du monastère de Vézelay en Bourgogne, et de quelques autres qu'il avait sans doute visités; en se rendant d'Italie en Poitou.

 

XI.

Dom Chazal, qui a écrit, dans le siècle dernier, sur l'histoire du monastère de St-Maixent, travail dont je parlerai plus tard, adopte entièrement le jugement porté par dom Liabœuf. Néanmoins; je dois le dire, dom Fonteneau, dans ses précieux manuscrits qui sont à la bibliothèque de la ville de Poitiers, semble hésiter sur la première charte, datée de 1134, où il est parlé de Pierre Raimond, sur le point historique dont il est ici question.

« Pierre surnommé Raimondi, dit-il; succéda à Geoffroy en 1134, selon la chronique de St-Maixent dont on le dit l’auteur. »

Dufour, mon savant collaborateur pour l'Histoire des comtes de Poitou, va plus loin encore, il s'exprime ainsi : " Dom Fonteneau dit que l'on croit cet abbé (Pierre Raimond) auteur de la chronique dite de Maillezais. Nous n'avons rien trouve, continue-t-il, qui poisse justifier cette opinion. »   

 Mais l'ouvrage de dom Liabœuf et celui de dom Chazal avaient sans doute échappé aux savantes investigations faites par Dufour, dans les manuscrits réunis par dom Fonteneau; et je ne puis hésiter à adopter l'opinion de ces deux bénédictins et notamment celle de dom Chazal, parce que les motifs sur lesquels ils s'appuient me paraissent à peu près sans réplique.

 Tenant ainsi pour vrai que Pierre Raimond est I'auteur de la chronique de Saint-Maixent, dite de Maillezais, il faut rechercher ce qu'il était, et les actes de son administration comme abbé de Saint-Maixent, car ce n'est que là où on peut trouver des traces de sa vie.

D'abord, on voit que cet abbé est appelé en latin Petrus Raimundi ou Raymundi, qu'on peut traduire en français par Pierre Raimond ou Pierre de Raimond, ou peut-être par Pierre fils de Raimond, car on sait qu'au moyen-âge un second nom au génitif était souvent l'indication du père de l'individu qu'on voulait désigner.

 

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU

Ensuite, d'où venait Pierre Raimond ?

Quelques-uns ont prétendu qu'il avait d'abord été moine de St-Michel-en-l'Herm, et Dufour semble être de cet avis; mais le nom distinctif du monastère in Eremo (8), ajouté au vocable du saint, n'a aucune analogie avec l'indication de Clusâ  qui se trouve dans la chronique de Maillezais. Il aurait été plus rationnel de supposer que Pierre Raimond avait été, avant d'être abbé de St-Maixent, moine de St-Michel-le-Clouq, près Fontenay-le-Comte (9)  où il existait alors un petit monastère ou prieuré dépendant de l'abbaye de Maillezais.

 Les deux noms latins au moins se rapprocheraient beaucoup. 

Mais il était de notoriété, dans le monastère de Saint-Maixent, constatée par les historiens qui ont écrit après les deux chroniques, que Pierre Raimond était venu du Piémont. « Petrus Raimundi , dit dom Chazal, monasticem professus fueral in cœnobio Sancti-Michaelis de Clusâ , in Pedemonubus , abbas Sancti-Maxentii eligitur anno 1144, post mortem Goffredi, ut refertur in chronico Sancti-Maxentii cujus autor fuit ipse Petrus Raymundi. »

Comment, du reste, s'il eût été Poitevin, ou qu'il n'eût jamais été en Italie, aurait-il parlé du monastère de Cluse ou de l'Ecluse en Piémont, d'assez peu d'importance? S'il s'en est occupé, c'est que, sans doute, il y avait été religieux ; de même qu'il a parlé de Vézelay et de quelques autres établissements ecclésiastiques qu'il aura visités en se rendant du Piémont en Poitou.

Il serait difficile, on le sent bien, de connaître les causes qui portèrent un religieux d'au-delà les Alpes à venir de si loin à Saint-Maixent. Mais l'on sait qu'alors de pieux cénobites trouvaient du charme à quitter leur pays, pour se fixer à de grandes distances; c'était, en agissant ainsi, en s'éloignant de ses parents et ses amis, délaisser d'autant plus le monde!

Une autre question serait à faire. On pourrait se demander quelle était la famille de l'abbé Pierre? Quel  était ce Raimond dont probablement il était fils?

 Si on voulait écarter ces investigations, en disant qu'il est oiseux ou impossible de découvrir l'origine d'un obscur moine, même devenu abbé et écrivain, dans le XIIe siècle, ou répondra que Pierre Raimond était né dans une haute position de la société. En effet, si on tient pour vrai ce que dit dom d'Achery dans son Spicilegium (tom. II, pag. 432-453 ), dans une charte de 1146 , consentie par Louis VII dit le Jeune, et Aliénor d'Aquitaine, son épouse, au monastère de Saint-Maixent, pour la forêt de Saura, Pierre Raimond est qualifié de parent du monarque ou plutôt d'Aliénor.

Toujours est-il que cet abbé; dont la conduite fut telle qu'on lui donna pour surnom le nom d'un des sages de l'antiquité, vit se retirer près de lui, à l'abbaye de Saint-Maixent, où il demeura un an avant d'être sacré (10), Grimoard, abbé des Alleuds, frère de saint Géraud de Salles (11), qui, élu évêque de Poitiers après Pierre de Châtellerault, n'accepta que par contrainte; et en disant qu'il aurait mieux aime être lépreux qu'abbé, et qu'il aurait préféré souffrir le martyre qu’être évêque. Grimoard s'exprimait avec franchise, et au bout de quelques mois il mourut des suites de la contrainte morale à laquelle il avait été obligé de céder. La terre aura été légère à ce prélat si pénétré de l'humilité évangélique!

 

       

XIV.

 Les actes d'administration de Pierre Raimond, comme abbé de Saint-Maixent, sont assez nombreux, et il faut remarquer ici, et en commençant, que la chronique de St-Maixent et dom Chazal sont en opposition avec dom Fonteneau, pour l'époque où cet abbé entra en fonctions. Les premiers indiquent l'année 1144, et le dernier mentionne 1134, en donnant des chartes dans lesquelles Pierre Raimond serait mentionné comme abbé de Saint-Maixent, bien avant le temps où la première chronique de ce monastère, dite de Maillezais, indique son élection.

Alors il y aura eu erreur de copiste dans le manuscrit de cette chronique trouvé de Maillezais, et dans les travaux historiques qui en ont été la suite : on aura mis la lettre X en trop dans le millésime, et il faudra lire 1134 au lieu de 1144. Il doit en être ainsi sans aucun doute, si comme l'établit dom Fonteneau, l'hommage simple rendu par Hugues VII, seigneur de Lusignan, à Pierre Raimond , abbé de Saint-Maixent, est de l'année 1137, et si on doit dater de 1142 une autre charte relative à un repas pour trois personnes, que Jean Rogoz et sa mère avaient droit d'exiger du monastère de Saint-Maixent, à Romans , près Melle, le jour de la fête de Saint Symphorien, patron du prieuré.

 

 Cette redevance, d'une espèce assez commune alors, fut, du reste, supprimée par un acte de 1145. On a déjà vu que l'abbé Pierre Raimond obtint la forêt de Saura, que dom Fonteneau appelle la forêt de Sèvre, et que dom Chazal prétend être la forêt de l'Epaus, d'Aliénor d'Aquitaine, et il y a à ce sujet plusieurs chartes qui peuvent prêter à des observations.

En 1149, Sanson, qui avait molesté le monastère de Saint-Maixent et ses religieux, et usurpé de leurs biens, fit une éclatante satisfaction entre les mains de l'abbé Pierre (12).

En 1158, celui-ci reçut au nombre de ses moines le fils de Simon Esperun, du consentement de la mère et des frères de celui-ci, qui donnèrent, pour prix de son entrée en religion, une portion dans une prévôté et trois maisons à Saint-Maixent, dont une devait une livre de piment de rente, ce qui prouve l'usage qu'on faisait alors de cette épice en Poitou.

Cette famille se dévoua tout entière an monastère de Saint-Maixent; car, en 1153, Giraud Esperun fit don de sa personne de celle de son fils et de celle de sa fille, à l'abbé Pierre Raimond et à ses moines avec la moitié d'une ouche, et le bourg situé autour de la porte poitevine.

Arsende, femme du donateur, ratifia cet acte, en se réservant seulement un usufruit sur le bourg. La même année, l'auteur de la chronique dite de Maillezais fit un acte favorable pour la localité, Il donna aux hospitaliers de Saint-Maixent un vaste jardin, à la charge de recevoir gratuitement, dans leur établissement, tous les habitants de la ville qui tomberaient malades.

 Les maîtres d'école qui voulaient professer dans la ville de Saint-Maixent, devaient prendre licence de l'abbé et de ses religieux, et non ailleurs. Or, il arriva qu'un instituteur, qui était muni d'une autorisation d'enseigner, donnée par le monastère de Saint-Liguaire-sur-Sèvre, relevant de celui de St-Maixent, se mit à exercer dans la ville groupée auprès de ce dernier établissement ecclésiastique. Jaloux du droit qu'avait son abbaye de diriger l'enseignement dans cette localité, l'abbé Pierre s'opposa à ce que maître Tipaud (Tipoudus) , c'était le nom de l'instituteur, continuât à donner des leçons , et il parvint à faire fermer cette école.

L'époque précise de la mort de Pierre Raimond est inconnue. Seulement, dans la continuation du cartulaire de St-Maixent, cartulaire dont je vais bientôt parler, on lit le passage suivant :

 « Quo anno Petrus Raimundi vivere desiit, ignoratur; certè vivebat adhuc dùm Willelmus papiensis cardinalis legatus apostolicus venit in istas regiones. Obiit vero Petrus ante dicessum prœdicti cardinalis et ante dominicam tertiam quadragesimœ quâ cantatur Oculi mei. »

Toujours est-il qu'en 1175, Pierre Raimond n'existait plus, car son successeur Pierre de la Tour (de Turre) occupait dejà, dans cette année, le siége abbatial de St-Maixent ( 13).

 

XVI.

Pierre Raimond ne se borna pas à écrire la chronique de St-Maixent; il fit aussi un cartulaire complet de ce monastère, dans lequel il copia ou fit copier les privilèges accordés à cet établissement religieux par des papes et par des rois, les donations, acquisitions et autres actes importants.

Ce travail, précédé d'un prologue curieux, fut écrit sur du parchemin, format in-4°, en caractères de l'époque du XIIe siècle.

Pierre Raimond y fit entrer 89 chartes, à dater du règne de Ludwig Débonnaire, jusqu'en 1150, temps où il était encore abbé.

 Il dit qu'il a fait ce cartulaire afin de conserver les chartes, qui, séparées les unes des autres étaient exposées à se perdre et qu'il n'y a rien ajouté. Pour donner plus de poids à ses paroles, il affirme par serment  ses assertions, et offre même de les faire soutenir par le duel, ce qui prouve qu'alors l'épreuve par les armes était encore en usage, même pour les ecclésiastiques.

 

Pour parachever le cartulaire formé par l'abbé Pierre 1er, car tel est son nombre dans la série des abbés de St-Maixent portant ce prénom, on ajouta au commencement du volume trois ou quatre cahiers concernant les hommages et les autres documents importants, depuis le temps de l'auteur jusqu'en 1250.

Ce manuscrit fut enlevé par les protestants, à une époque où ils s'emparèrent de St-Maixent. On le retrouva plus tard, mais pourri en partie ou rongé par les vers. Dom Liabœuf le fit copier, pour servir de preuve à ses Antiquités du monastère de St-Maixent.

Depuis, ce cartulaire, originale copie, a péri, ou du moins, s'il existe encore, il est perdu et on ne sait où le prendre; heureusement que les copies des principales chartes du trésor de St-Maixent, qui ont été prises par dom Fonteneau et existent dans sa collection, suppléent, en partie au moins, à la perte de ce précieux cartulaire.

 

 (Vouvant rue des ducs d'Aquitaine Histoire généalogique de la maison de Chabot originaire du Bas - Poitou)

 

 

XVII,

 Il faut ajouter, pour ce qui concerne Pierre Raimond, qu'il fut choisi par le roi Louis le Jeune, pour être juge du différend grave élevé entre le monastère de Maillezais et Sebran Chabot.

 

XVIII.

Un vœu est émis par dom Liabœuf, c'est que la chronique de St-Maixent, dite de Maillezais, dont on n'a encore livré au public que des fragments, soit imprimée en son entier. Ce serait en effet une chose fout-à-fait désirable: et, pour mon compte, je me sentirais disposé à travailler à cette œuvre toute nationale pour un Poitevin (14); et pourtant d'autres travaux aussi importants, depuis longtemps entrepris et qui sont à terminer, absorbent presque tous mes moments disponibles (15) ! ,

Pour appuyer d'autant plus ce vœu, il s'agit de faire sentir l'importance de la chronique de St-Maixent. D'abord il y a un peu de confusion dans ce morceau historique, et si, comme le disent les bénédictins dans le Recueil des historiens de France, on trouve, par exemple  des faits passés en 860 avant d'autres arrivés en 840; plus tard l'ordre est suivi avec soin, et la chronologie, disent de plus les savants éditeurs de ce Recueil, y est assez exacte (16). " C'est la chronique, continuent-ils encore, qu'on cite le plus souvent, surtout depuis le Xe jusqu'au milieu du XII siècle, et elle finit à ce temps ...

Elle est d'un grand secours pour l'histoire du Poitou, de l'Anjou et des provinces voisines ; on y trouve l'histoire de la première croisade, presque jour par jour, et Baronius s'est souvent servi de ce travail. .... On y fait la remarque que l'année de la reddition de Nicée aux croisés fut extrêmement, calamiteuse.

 Au mois d'octobre, une comète fut vue pendant sept nuits; dans ce mois il y eut un tremblement de terre;  le mois suivant, les insectes dévorèrent les semences confiées à la terre et les rivières débordèrent tellement qu'elles renversèrent beaucoup d'habitations et firent périr grand nombre d'hommes.

Chaque année de cette chronique fournit un enchaînement d'événements plus ou moins étendus et intéressants. Pour nous Poitevins, habitants de la terre sur laquelle j'ai pris naissance et sur laquelle j'écris, pour nous la chronique de St-Maixent a encore plus d'importance : elle indique surtout ce qui tient à cette province, et elle est la première histoire du Poitou, car on peut lui donner ce nom, qui ait traversé les siècles pour arriver jusqu'à nous (17). 

 

 

DEUXIÈME PARTIE.

XX. Je vais quitter le vrai pour entrer dans le faux, ou plutôt pour le combattre; ce début surprendra sans doute. On aura peine à croire que dom Bouquet et ses continuateurs, les savants et infatigables éditeurs du Recueil des historiens de France, aient tenu pour sérieux, et inséré dans leur recueil, d'ailleurs si estimable , si utile , un document qui ne contient , dans presque toutes ses parties, qu'un tissu de fables et d'erreurs. Encore si, en le publiant, les doctes bénédictins avaient noté les mensonges qui y fourmillent ou qui le composent presqu'en entier? Mais point du tout, ces écrivains donnent cette seconde chronique de St-Maixent comme un morceau historique et méritant toute confiance; ils le défendent même, dans une partie essentielle, en soutenant la véracité du faux testament de Guillaume X, le dernier des comtes de Poitou, duc d'Aquitaine et père de la reine Aliénor. 

Etonné que de telles erreurs aient échappé à l'érudition personnifiée (18), moi, simple écrivain de la province, n'ayant d'autre mérite que celui d'avoir vieilli sur les chartes et sur les gros livres (19), j'entre en lice avec de véritables géants en savoir, et la lutte semblera d'abord bien inégale. Néanmoins l'espérance dirige ma plume, j'ai pour moi le bon droit et je parviendrai,  je n'en doute pas un instant, à vous faire partager ma conviction, parce qu'elle repose sur des preuves sans réplique, sur la vérité en un mot.

 

XXI.

La seconde chronique que j'entreprends d'examiner à fond a été pour la première fois publiée par dom Martenne  dans sa Collectio amplissima ( t. v. col. 1147 et s. ) , sous le titre de Fragments des Chroniques des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine. (Ex -Fragmentis Chronicorum comitum Pictaviœ , ducnm Aquitaniœ.) - Il y a joint un court fragment tiré d'une prétendue chronique de St-Michel-en-l'Herm, qui reproduit la mention d'un vicomte de Thouars qui n'a jamais existé et du nom de Trulle. Ensuite les bénédictins, continuateurs de dom Bouquet, ont inséré par lambeaux cette seconde chronique de St-Michel dans leur Recueil des historiens de  France (20), en considérant ce morceau historique comme un supplément de la chronique dite de Maillezais (21).    

 

XXII.

Dom Martenne et les continuateurs de dom Bouquet s'accordent pour trouver l'auteur de cette chronique dans un moine anonyme du monastère de St-Maixent. Cette opinion est fondée, car elle résulte de quelques expressions de ce document. Quelques érudits ont pensé, d'un autre côté, que ce travail avait été fait par plusieurs rédacteurs, parce qu'il n'y a pas d'esprit de suite; mais, dans la réalité, tout peut bien être dû à la même plume. Au premier coup d'œil, on croirait qu'on a voulu faire une continuation de la première chronique de St-Maixent, dite de Maillezais.

L'ordre des temps est interverti, parfois, dans l'une comme dans l'autre.  

Le Fragmentum chronicorum comitum Pictaviae ne rapporte aucune date, seulement  il cite que tel fait est arrivé sous tel évêque de Poitiers ou pendant la domination de tel comte ; il s'étend depuis le commencement du Xe siècle jusque vers 1280.

Sa formule de citation de temps est en tête de ses divisions; par exemple, au commencement de la première continuation, ou seconde partie, allant de 1159 à 1198, on lit : Ex nostrâ chronicâ temporibus Laurentii ; Johannis et Willelmi pictavensium episcoporum. Et pour la seconde continuation, ou troisième partie, qui va de 1198 à 1224 environ, l'intitulé est: Ex chronicâ nostrâ temporum  Aimari , Willelmi IVY et Phitippi pictavensium episcaporum.

Il est à remarquer qu'on a oublié de citer l'évêque Maurice de Blaison, successeur Aimar du Peyrat (de Peirato). Maurice fut fait évêque de Poitiers de 1198 à 1217 environ.

 

XXIII.

Il est à regretter que dom Martenae ait ainsi commencé à donner cours, dans le monde savant, à une réunion d'erreurs très-graves et excessivement nombreuses, comme je l'ai déjà dit et ainsi que je vais bientôt l'établir. On doit s'étonner aussi que sa saga cité ne lui ait pas fait apercevoir ce qu'était véritablement ce qu'il imprimait. Sans doute ce savant n'aura pas examiné assez les matériaux qu'il plaçait dans sa précieuse collection. Ensuite on peut se demander comment dom Martenne, qui connaissait si bien les différents genres d'écritures de chaque siècle, s'est laissé tromper sur la date des caractères d'un manuscrit et on aurait droit de s'en étonner. Mais on peut répondre ou que le savant religieux n'a vu ou cru voir qu'une copie de la chronique en question  ou que le faussaire avait à dessein parfaitement imite le caractère employé à une époque plus ancienne.

Je suis porté à adopter cette dernière conjecture, lorsque je vois, ainsi que j'en justifierai plus tard, que certaine copie de ce document, en la possession d'un seigneur intéressé à faire passer la chronique pour vraie, à la fin du XVIIe siècle, était donnée comme l'original en parchemin, du temps de Gauthier de Bruges. Or ce prélat occupa le siégé épiscopal de Poitiers de 1278 à 1306.

 

XXIV.

Mais la science des bénédictins chargés de la publication du Recueil des historiens de France, a été doublement mise en défaut pour la seconde chronique de St-Maixent. En effet, d'abord ils l'ont publiée sans s'apercevoir de ses nombreux défauts, et ensuite, je l'ai dit déjà, ils l'ont défendue sur les doutes émis relativement à ce document, en ce qui concerne le prétendu testament de Guillaume X (22).

 

XXV.

De nombreux auteurs, entrainés par le suffrage le dom Martenne et des successeurs de dom Bouquet,  ont tenu pour vrai le Fragmentum chronicorum, et sont partis de son contenu pour ce qui concerne les vicomtes de Thouars et les familles seigneuriales du bas Poitou qu'on en fait descendre.

Je citerai d'abord Meschin (23), dont l'ouvrage paraît être, le premier imprimé de tous ceux qui ont parlé du faux Arnoul, premier vicomte de Thouars prétendu.

Je nommerai aussi le père Arcère, écrivain habituellement très-judicieux. Mais il jurait d'après la parole du maître, et, malgré toute sa science, le maitre s'était trompé.

Voici du reste ce que dit Arcère dans son Histoire de la Rochelle.

« Ces seigneurs (Savary et Guillaume de Mauléon), dit Arcère, Hist. de la Rochelle ( t. 1 , p. 203), la citant en marge ,  Chron. Pictav. veter, script. t. 5) descendaient d'Arnold, premier du nom, que son frère Eble, duc d'Aquitaine et comte de Poitou, fit vicomte de Thouars.

Arnold II l'un de ses enfants, bâtit le château de Mauléon; et, dans la suite, le nom de ce château servit à désigner une branche de cette  grande maison. »         

Drouineau de Brie, qui a écrit vers 1735, et d'après l’invitation de M. Lenain, intendant du Poitou, des Mémoires sur Thouars, demeurés manuscrits, a aussi payé son tribut à l'erreur, en indiquant le faux Arnoul comme premier vicomte de Thouars, et en parlant de Trulle et des autres vicomtes de  la fabrique du moine anonyme de St-Maixent.

Sans doute il aura été entraîné dans cette mauvaise voie par la connaissance qu'il aura eue de ce document apocryphe.

Berthre de Boumiseaux, qui a publié dans ces derniers temps une Histoire de Thouars (24), a marché sur les errements de Drouineau de Brie, qu'il a suivi pas à pas dans une grande partie de son travail.

XXVI. Thibaudeau, à qui on doit un Abrégé de l'Histoire du Poitou (25), écrit beaucoup trop vite, et qui contient pourtant beaucoup de faits, a été, et c'est de la critique, jusqu'à révoquer en doute l'existence du faux Arnoul ou Arnould, prétendu frère d'Ebles-Manzer, comte de Poitou, et qu'on indique comme la tige des vicomtes de Thouars.

 Il est bon de rapporter ici le passage où cet écrivain, mieux avisé que ses contemporains ; paraît avoir aperçu la vérité.

La ville de Thouars, avec l'étendue de son ressort, fut donnée en apanage, suivant Méchin, par Ebles II, comte de Poitou, à son frère Arnoul, pour le tenir à titre de vicomté.

 Arnoul, premier Vicomte de Thouars, voulant aller de pair avec les comtes de Paris et d'Anjou, prédécesseurs de Hugues-Capet, prit les armes de France, et porta d'or semé de fleurs de lis d'azur, au canton de gueules.

Ces armes ont toujours été retenues par les successeurs d' Arnoul, jusqu'à ce que cette seigneurie tombât dans la maison d' Amboise.

Cette prétendue donation du vicomté de Thouars, faite par Ebles II, comte de Poitou, à son frère Arnoul, n'est appuyée d'aucune preuve; plusieurs circonstances la détruisent. Le comte Ebles, dont l'auteur veut parler, est sans doute celui à qui Besly et Bouchet donnent la dénomination de second du nom, mort en 935, quoiqu'il n'y ait point eu deux comtes de Poitou du nom d'Ebles. Le comte n'avait point de frère ; il était fils unique et naturel de Ranulphe II, comte de Poitou; et dans le nombre des anciens seigneurs de Thouars, on n'en trouve aucun du nom d'Arnoul.

Les armoiries n'étaient point encore en usage du temps d'Ebles, comte de Poitou, au commencement du Xe siècle.

C'est Louis le Jeune, roi de France, qui a le premier pris les fleurs-de-lis pour armoiries, vers 1149, pendant les croisades.

Le premier vicomte de Thouars qui paraît avoir eu les armes de France d'or, semé de fleurs de lis, au quartier de gueules, est Aimery VII, vivant vers 1294. Tout ce que dit Méchin à ce sujet n'est donc ni vrai ni vraisemblable (26).

 

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU

XX VII.

Néanmoins, et on aurait peine à le croire, quand on connaît ses nombreux travaux sur l'histoire du Poitou, Dufour, dans son Ancien Poitou (27), a tenu pour vraie la seconde chronique de Saint-Maixent , et ce qu'elle contient; car d'abord il la cite (28) pour établir que Henri II et Aliénor étendirent l'enceinte de Poitiers, et ceignirent cette ville d'une muraille (29) , et pour attribuer la fondation de la collégiale de St-Nicolas de Poitiers à Agnès de Bourgogne, successivement comtesse de Poitou et comtesse d'Anjou;  ensuite, d'après cette chronique (30), il fait fonder une chapelle dans I' église de St- Paul de Poitiers, par Alix, femme d'Eudes, vicomte de Poitiers, fils de Gui (31).

Enfin Dufour rapporte (32) que Hugues du Puy du Fou, qu'il dit parent des anciens comtes de Poitou ; ducs d'Aquitaine, toujours en suivant la chronique apocryphe, fit augmenter les bâtiments des Dominicains de Poitiers, à cause de l'attachement que Hugues son père, et Valence de Lusignan sa mère, inhumés dans l'église de ces religieux, portaient à leur établissement.

Seulement cet auteur, en se reportant à Hugues qu'il dit avoir été marié, par la reine Aliénor, avec sa parente Valence de Lusignan, même avant qu'il fût pourvu de l'office de sénéchal de Poitou, qu'on lui fait occuper, d'après l'anonyme de St-Maixent, paraît douter un peu de l'existence de cette Valence.  « Aucune généalogie de la maison de Lusignan, dit-il, ne parle de cette Valence, femme de Hugues.

Cependant son existence ne peut être révoquée en doute, puis qu'elle est attestée par un auteur en quelque sorte contemporain.  On le voit, Dufour croyait à la véracité du Fragmentum chronicorum. Seulement il ajoute : « Besly fait mention d'une Valence, fille unique de Geoffroy de Lusignan, frère de Hugues V, comte de la Marche, laquelle épousa Hugues l'Archevêque, seigneur de Parthenay. ( Comt. de Poit., pag. 57.)

Ce ne peut être la même personne qui fut mariée à Hugues du Puy du Fou. Je soupçonne que cette dernière pourrait bien avoir été fille de Jeanne de Montcheusy, comtesse de Pembrocke , et de Guillaume de Lusignan, quatrième fils de Hugues X, tige de la maison de Pembrocke, qui prit le nom de Valence , soit qu'il naquit en ce lieu, soit parce qu'il lui fut donné en partage avec plusieurs autres terres.

 Ce n'est, au surplus, qu'une conjecture.  Je pourrais dire que cette conjecture n'est pas fondée, mais ce n'est pas ici le lieu de s'en occuper.

 

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU

XXVIII.

J'ai prétendu que la seconde chronique de Saint-Maixent ou le Fragmentum chronicorum , etc. , est un tissu de faussetés. Je suis arrivé au moment d'expliquer plus amplement mon allégation, et peu après j'en ferai la preuve. Je dirai donc que la série des évêques de Poitiers, sauf l'omission de Maurice de Blaison parmi les évêques, et celle des ducs d'Aquitaine, comtes de Poitou, sont vraies, mais que la série des vicomtes de Thouars est de pure invention.

Il en est de même pour l'origine qu'on vent donner à certaines familles seigneuriales du bas Poitou, en les faisant descendre de la maison de Thouars.

De plus, le testament du duc Guillaume X est une pièce fausse.

 

XXIX.

A présent, il me reste à prouver ce que j'ai avancé.

C'est d'abord de la fausse origine des vicomtes de Thouars, dont on fait descendre la maison des comtes de Poitou, et de la série de ces grands feudataires que je dois m'occuper. Ma preuve faite, pour cette première partie, et elle influera grandement sur ce qui concerne la suivante, je passerai aux maisons seigneuriales prétendues être des branches de la maison vicomtale de Thouars.

Enfin je viendrai à démontrer la supposition du prétendu testament du père de la reine Aliénor, successivement femme de notre roi Louis le Jeune et de Henri II, roi d'Angleterre.

 

XXX.

Avant d'entrer en matière, je dois rappeler qu'il existe une très-grande difficulté pour établir la série véritable des vicomtes de Thouars, par le motif que l'ordre de succession n'était pas le même que dans les autres seigneuries, Comme ailleurs , le fils aîné ne succédait pas à son père, mais les frères se succédaient les uns aux autres en commençant par les ainés, et quand le dernier frère était décédé, le fils de l'aîné devenait vicomte titulaire, ses frères venaient après lui, et ainsi de suite.

Il sera curieux de rechercher d' où provenait cet usage singulier, qui avait l'avantage de ne laisser presque jamais le pays sous la domination d'un mineur, et par suite sous le gouvernement d'un tuteur.

De plus, tous les enfants d'un vicomte, aptes à posséder la vicomté à leur tour, prenaient le titre de vicomte, ce qui rend très-difficile de dire si à une époque donnée tel était vicomte régnant, ou s'il ne l'était que d'une manière honorifique.

Le mode de succéder à la vicomté de Thouars se rattachait, du reste, au droit général de succession usité entre les nobles, dans ce même pays, et indiqué par l'ancienne coutume de Poitou (34) ; il est aussi indiqué par Duchesne (35), qui tenait ces détails de Besly, d'après une lettre que lui adressa ce savant, le 23 mai 1620, lettre publiée par le père Anselme (36).

 (Les Seigneurs de Moncontour – Time Travel 2 mai 1242 – Geoffroy de Lusignan à la Grand Dent, Louis IX saint Louis)

 

« Tout ce qui étoit , dit Duchesne, entre les rivières de la Sèvre nantaise et de la Dive qui passe à Moncontour, avoit cette coutume que le fils aîné, s'il n'y a voit que des enfants mâles, prenoir tous les biens immeubles , et s'il y a voit des filles, une ou plusieurs, il en prenoit seulement les trois quarts avec le principal château pu tel autre qu'il lui plaisoit choisir , avec ses clôtures ; l'autre quart restoit aux filles.

 S'il y avoit des frères puînés, tant que l'ainé vivoit, ils ne prenoient rien, sauf la provision de neuf parties les deux, le tout de l'hérédité partagée en neuf, à sous-diviser entre les puînés ; et quand l'ainé décédoit, ses enfants ne lui succédoient point d'abord, mais seulement en meubles, et la terre qu'il avoit tenue passait au premier frère puîné et de frère à frère, tant qu'il y en avait, lesquels entroient successivement en foi et hommage de la même terre : par la mort du dernier de ses frères, elle retournoit de plein droit aux enfants de l'ainé.

Entre la Sèvre Nantaise et la mer; le fils aîné prenoit les deux tiers seulement, l'autre tiers se sous-divisoit entre les enfants des frères puinés. Ce mode de succéder s'appeloit retour ou viage. »

 

XXXI, .

Je ne parlerai point de l'institution des vicomtes en général, parce que ce sera le sujet d'un travail que je publierai plus tard ; je veux parler de mes Recherches sur la mine d’argent, les monnaies, et les vicomtes de Melle et ce sujet y sera ébauché.

 Je me contenterai de dire à présent que vers 900, et au milieu des viguiers dont l'origine remonte à celle du comte de la province, et qui se perpétuèrent encore longtemps, malgré cette nouvelle création, quatre vicomtes apparaissent en Poitou, savoir : les vicomtes de Thouars, de Châtellerault, d'Aulnay et de Melle.

Quant au vicomte de Thouars, ses possessions territoriales étaient plus considérables que celles des autres Vicomtes réunies; plus tard, il devint tout-à-fait souverain, fit la paix et la guerre tantôt avec la couronne de France et tantôt avec la couronne d'Angleterre.

Mais je ne veux pas anticiper sur le grand ouvrage auquel je travaille depuis plusieurs années, je veux parler de l' Histoire des Vicomtes de Thouars.

 

XXXII.

Seulement il est bon de remarquer ici que l’origine du premier comte de Poitou, d' Abbon, revêtu de cette dignité par Karlemagne, en 778 , à la création du royaume d'Aquitaine, est inconnue, et si rien ne prouve que cet officier fut parent du monarque, de même on n'a aucune donnée sur l'origine personnelle des quatre vicomtes établis de Poitou , vers l'an 900.

Aucun document ne les rattache, ni les autres, à la maison des comtes de Poitou, et ce ne fut point notamment un frère d'Ebles-Manzer, ni même quelqu'un connu pour être son parent, ni enfin quelqu'un du nom d'Arnoul ou d'Arnould, qui fut le premier vicomte de Thouars.

Le premier vicomte véritable de cette localité que l'on trouve portait le nom de Savary; mais quelle était sa famille? On l’ignore entièrement.

Du reste je noterai que d'abord dans les chartes des vicomtes ne joignirent pas à leur titre l'indication du lieu de leur résidence

 

 

 

 

Par De Armand-Désiré de La Fontenelle de Vaudoré,

Président de la Société des Antiquaires de l'Ouest, secrétaire perpétuel de la Société académique de Poitiers, membre des Sociétés des Antiquaires de France, de Normandie, de la Morinie, de Picardie, du Midi, de la Société de l'histoire de France, de l’institut historique; des Sociétés académiques d'Angers, Angoulême, Blois; Bourbon-Vendée, Caen (3 Soc. ), Cherbourg, Douai, Evreux (2 Soc.), Falaise, Metz, Nantes, Niort (2 Soc.), Orléans , Rochefort. Rouen, St-Quentin et Valence; correspondant du Ministère de l'Instruction publique pour l'histoire de France, de la Commission des Archives de la Grande-Bretagne, et de la. Commission royale d'histoire de Belgique; conservateur et inspecteur divisionnaire du Monuments historiques du Poitou et de l'Aquitaine du nord. etc.

 

  ==> Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

 

 

 


La Chronique de Maillezais, Chronicon Malleacense, Chronicon sancti Maxentii

Gisants des ducs d'Aquitaine inhumés à l'abbaye de Maillezais, Guillaume VI - Eudes - Guillaume le Grand -

Pierre tombale découverte au cours des fouilles archéologiques exécutées sous la direction d'Apollon Briquet, en 1834, sur le site de l'abbaye de Maillezais, cette pierre tombale intègre les collections de la Société de statistique, sciences, lettres et arts du département des Deux-Sèvres avant 1865. Il s'agit du monument funéraire d'un seigneur.

 

Faux testament de Guillaume X, père d'Aliénor d'Aquitaine en faveur des Seigneurs du Bas-Poitou (Chroniques de Saint-Maixent)

Le premier volume, qui embrasse une période de 185 ans (de 778 à 993) jette une vive lumière sur l'époque la plus obscure de nos fastes, et fait regretter que le second, qui devait nous conduire jusqu'à l'avènement d'Aliénor de Poitou au trône ducal d'Aquitaine, en 1137, ait été interrompu par la mort des deux auteurs.

 

Jean Besly premier véritable historien du Poitou.

Jean Besly est né à Coulonges-les-Royaux (Coulonges-sur-l'Autize), près de Niort (Deux-Sèvres). Issu d'une famille de marchands, il fait ses études à Poitiers, puis à Toulouse. Avocat à Fontenay-le-Comte, il acquiert rapidement une grande réputation qui lui permet un mariage fort avantageux avec Catherine Brisson, parente d'un autre jurisconsulte de renom, Barnabé Brisson (1559).

 

(1)    Ce travail a été lu, par morceaux détaché, aux séances de la Société académique de Poitiers, dans le courant de l'aimée 1837.

(2)    Jacques Raoul de la Guibourgère, d'une maison qui possédait des terres en Poitou et en Bretagne.

(3)    J'ai en ce moment entre les mains une collection de lettres autographes et curieuses de Besly père et fils, Il s'en trouve de relatives à l'Histoire des comtes de, Poitou et à la publication de cet ouvrage.
(4)     Jacques Dupuy, né à Agen, est mort à Paris le 17 novembre 1656. Garde de la bibliothèque du roi, il publia, avec son frère Pierre, plusieurs ouvrages, et seul il en fit paraître d'autres.
(5)    Jacques-auguste de Thou, né le 8 octobre 1553, et mort le 7 mai 1617.

(6) Nova Bibliotheca manuscriptorum , 2 vol. in-f.

(7) Veterum scriptorum et monumentorum historicorum amplisima collectio , 9 vol. in-f.

(8) Tiré de sa position dans le marais méridional du bas Poitou.

(9) Prioratus S. Michaelis Clausi, d'après le Pouillé d'Alliot. Paris, 1626          

 (10) Manuscrits de dom Fonteneau. Quand Je cite des chartes sans indiquer d'où elles viennent, il faut les tenir comme étant de sa collection.

(11) Géraud de Salles a fondé plusieurs monastères en Poitou, notamment les Châtelliers et l'Absie en Gâtine.

( 12) Manuscrit de dom Chazal,  qui est en ma possession.

 (13)    L'époque précise de l'élection de cet abbé est inconnue; c'est ce qui fait qu'on ignore quand mourut son prédécesseur.

(14) L'Institut (académie des inscriptions et belles-lettres), à qui J'adresserai ce Mémoire, prendrait sa part dans la mise à exécution de ce vœu, s'il Jugeait ce travail digne d'une distinction, lorsqu'il émettra un Jugement relativement aux recherches faites sur les antiquités nationales.

Je pourrais ensuite et sur une si notable recommandation, obtenir la remise momentanée, entre mes mains, du manuscrit de la chronique de St-Maixent, dite de Maillezais, qui est à la bibliothèque du roi, pour la copier, en faire une traduction , l’enrichir de notes , et la faire imprimer.               

(15)    Je termine des ouvrages nombreux sur l'histoire de mon pays qui sont commencés depuis longtemps.            

(16) Il s'est glissé pourtant quelques erreurs dans cette chronique, notamment en ce qui concerne l'âge et le gouvernement d'Odillon.

(17) Le père Phil. Labbe pense que cette chronique a été faite par plusieurs auteurs. Le précieux manuscrit de ce document existe à la bibliothèque du roi, n° 6892, fonds de Thou, et renferme une addition où on trouve le récit de la mort de Louis IX. Voir la Bibliothèque des croisades, t. 1 , p. 363.         

(18) Qu'il me soit permis d'emprunter ici les expressions de M. Champollion-Figeac , dans les Prolégomenes placés en tête de l'édition de l' Ystoire de li Normant, publiée, en 835, par la Société de l'histoire de France : « Mon médiocre savoir sera toujours sincèrement respectueux devant des noms et des ouvrages comme ceux des bénédictins , et la raison commande, lorsqu'on a le bonheur de relever quelques-unes de leurs fautes, un bien modeste orgueil. »

(19) Depuis trente ans je m'occupe de recherches historiques particulières sur le Poitou et l’Aquitaine du nord. J’ai lu et relu toutes les chartes de la collection de dom Fonteneau.                  

(20) T. x, p.285 ; t.XI, p.372 ; t. XIII, p.408 ; t. XVIII,p. 242.

(21) T.XII, Préface.

(22)    Recueil des hist. de France, t. XII. Préfac, p. XXXII-XXXVI.

(23). L'ouvrage de Meschin est intitulé: Histoire de Poitou, Saintonqe et Aunis. L'Art de vérifier les dates, l'Histoire de Languedoo par dom Vaissette, l'Histoire des Comtes de Poitou, par Besly, même les Annales d'Aquitaine, par Bouchet, ne mentionnent pas la fausse série des vicomtes de Thouars. Seulement la dernière édition de Bouchet a, à sa suite, l'Origine des Poitevins, attribué à la Baye , ouvrage fabuleux au dernier point.    

(24) Hist. de la ville de Thouars, Niort. Morisset, 1824. 1 vol. in-8.

 (25) A Poitiers quelques personnes prétendent que Thihaudeau , avocat très employé, avait composé son ouvrage presqu'en entier pendant les vacances d'une année : cela n'est pas probable, quoique le livre ait été fait, on le répète, avec précipitation.  

(26)Thihaudeau, Abrégé de l'Hist. du Poitou, t. 111, p. 190 et 191

(27) De l'Ancien Poitou et de sa capitale.

(28) Pag. 252.

(29) Pag. 374.

 (30) Pag. 271.

(31) Pour l'Histoire des Comtes du Poitou, entreprise par Dufour et par l'auteur de ce mémoire,  ce qui concerne les vicomtes de Thouars est rentré dans la partie du travail affecté à ce dernier.

(32) Pag. 397.

(34) Cette coutume a été abolie par les trois états du Poitou, en 1514, et elle l'a été comme le dit Besly, à cause de sa rigueur et par les troubles et procès qu'elle engendrait.

(35) Hist, de la maison de Chataigner, t. 1 , p. 8 et 9.

(36) Hist: chron, et généal. de la maison de France.