Le concile de Charroux se tint le 1er juin 989 dans ce village de la Vienne, au sud-est de Poitiers, où étaient conservées des reliques de la vraie Croix.

FAIRE LA PAIX AUTOUR DE L’AN MIL, DEJA UN OBJECTIF EN EUROPE ?

En France, l’historiographie traditionnelle a longtemps présenté les X° et XI° siècles comme une période de déchaînement de violences, de guerres féodales, prenant place dans un contexte d’anarchie politique et de reflux du pouvoir royal succédant à la grandeur de la période carolingienne. Elle expliquait ainsi les tentatives de l’Église à travers les mouvements de Paix de Dieu pour contenir les exactions des laïcs et discipliner la chevalerie naissante....

Comment régler les conflits ?

La société du « premier moyen âge » est une société violente. Toutefois cette violence ne peut être assimilée à une violence aveugle. Dans une société qui exacerbe le sens de l’honneur, venger l’affront est un devoir car l’offense rejaillit sur le groupe...https://etudesgeostrategiques.com

Réuni sous le patronage du duc d’Aquitaine et comte de Poitiers Guillaume VI dit le Vénérable, sous l'autorité de l'archevêque de Bordeaux Gombaud et en présence des évêques Gislebert de Poitiers, Frotaire (Frotier) de Périgueux, Abbon de Saintes, Hugues Ier de Jarnac d'Angoulême et Hildegaire de Limoges, il instaura pour la première fois la paix de Dieu : ses canons jetaient l'anathème sur « les violateurs d'églises », « contre les voleurs des biens des pauvres » et « ceux qui brutalisent les clercs ». (Wiki)

 

 Le texte du Concile

Forts des décrets synodaux de nos prédécesseurs, au nom de Notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, aux calendes de juin, moi Gombaud, archevêque de l’Aquitaine seconde avec tous les évêques de la province nous nous sommes réunis au palais que l’on appelait autrefois Charroux. Nous y avons tous imploré l’aide de la divine piété, tant les évêques que les clercs consacrés et que l’ensemble des laïcs des deux sexes pour que, nous qui avons vu se développer dans nos demeures des habitudes funestes, à cause du caractère tardif de ce concile, nous puissions, en considération de la grâce céleste, arracher ce qui est nuisible et planter ce qui est utile. Tout spécialement réunis au nom de Dieu, nous avons décidé ce qu’exposent de façon manifeste les canons ci-dessous.

Anathème contre ceux qui violent les églises.

Si quelqu’un viole une église sainte et emporte quelque chose par la force, à moins qu’il ne donne satisfaction, qu’il soit anathème.

Anathème contre ceux qui pillent les biens des pauvres.

Si quelqu’un s’empare de la brebis, du bœuf, de l’âne, de la vache, de la chèvre, du bouc ou des porcs des paysans ou des autres pauvres, sauf si c’est de leur faute, qu’il soit anathème s’il a négligé de faire réparation en tout.

Anathème contre ceux qui frappent les clercs.

Si quelqu’un attaque, capture ou frappe un prêtre, un diacre ou un autre membre du clergé ne portant pas d’armes, c’est-à-dire un bouclier, une épée, une cuirasse ou un casque, mais faisant simplement route ou demeurant dans sa maison, sauf si ce clerc a été jugé par son propre évêque pour avoir commis un délit, le coupable de ce sacrilège, à moins qu’il ne donne satisfaction, sera tenu hors des demeures de la sainte Église de Dieu.

Moi, Gombaud, archevêque de Bordeaux, j’ai souscrit.
Moi, Gislebert, évêque de Poitiers, j’ai souscrit.
Moi, Audigier, évêque de Limoges, j’ai souscrit.
Moi, Frotaire, évêque de Périgueux, j’ai souscrit.
Moi, Abbon, évêque de Saintes, j’ai souscrit.
Moi, Hugues, évêque d’Angoulême, j’ai souscrit.

Documentation historique 1873
- Gallia christiana in provincias ecclesiasticas distributa, in qua series et historia archiepiscoporum, episcoporum et abbatum..., tome 2, 1873, Parisiis, pp. 1277-1285

 

Charroux, l'une des capitales de la Marche (les autres furent Guèret et Bellac), avait au moyen âge une certaine importance. Elle était bâtie dans une situation pittoresque, près de la Charente, sur un sol boisé, couvert de monuments celtiques, d'ouvrages militaires anciens et traversé de voies romaines.

Une abbaye fondée par Charlemagne, y avait attiré un grand nombre d'habitants; elle comptait huit églises et occupait une étendue aussi grande que celle de Limoges. Charroux resta capitale jusqu'en 1477.

Les anciens sires de Lusignan, Geoffroy la Grand'Dent et les comtes de La Marche : recherches historiques sur le moyen âge en Poitou / Farcinet, Charles (1824-1903)