LA NAISSANCE DE BOURGUEIL ET DE MAILLEZAIS (987-990)3

Dès avant sa promotion à la dignité abbatiale, Gauzbert fut appelé à coopérer à la naissance de deux grands monastères : Maillezais (43) et Bourgueil (44) ; ce fut vers les années 987-989 ainsi que nous tenterons de l'établir dans quelques instants.

Pour Maillezais, l'initiative ne semble pas être venue de lui, comme il est arrivé pour un grand nombre de monastères de cette époque ; elle est venue du comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, Guillaume fier-à-bras, en collaboration avec sa femme Emma, soeur d'Eudes de Blois. A Bourgueil, la part de Gausbert semble plus marquante.

Maillezais est situé en Bas-Poitou, à la limite de, l'Aunis (45), dans les marais de la Sèvre Niortaise et de l'Autize, non loin de Fontenay-le-Comte, sur un îlot de calcaire jurassique, sis au milieu des terres d'alluvion : pays difficile, encore sauvage au moment où fut effectuée la fondation, coupé d'eaux dormantes et de bras morts.

Une partie du douaire que Guillaume avait constitué à sa femme, se trouvait dans cette région, où une colonie normande s'était établie à demeure. Le pays de Maillezais formait alors le district le plus éloigné de l'immense diocèse de Poitiers.

Un monastère-évêché y fut installé beaucoup plus tard par Jean XXII, en 1317, tandis que l'abbaye voisine, Luçon, partageait le même honneur. Par la suite, l'évêché de Maillezais fut transféré à la Rochelle (1652), et le monastère sécularisé (1666).  

Bourgueil se trouve placé dans une région favorisée de l'Anjou, que l'on appelle communément la Vallée (46). La Vallée comprend les terres, basses, et les terrasses de la rive nord de la Loire, de Langeais aux Ponts-de-Cé ; parcourue dans toute sa longueur par l'Authion qui coule parallèlement à la Loire, la Vallée est d'une extrême fertilité ; le peuplement relativement dense de la région avait respecté une importante forêt que les documents anciens nous montrent s'étendant de Bourgueil à Saint-Lambert-des-levées. Bourgueil se trouvait sur la voie romaine qui conduisait de Tours à Angers.

A la fin du Xe siècle, la partie occidentale de la Vallée, comme tout le Saumurois, relevait au spirituel du diocèse d'Angers ; au temporel, elle faisait partie du comté de Tours et, comme telle, relevait des comtes de Blois qui y possédaient une bonne partie de leurs biens familiaux (47).

Pour retracer les origines des monastères de Maillezais et de Bourgueil qui sont étroitement liées entre elles, nous disposons de deux groupes de documents :

L'Histoire de Maillezais du moine Pierre d'une part (48), et un certain nombre de chartes relatives à Maillezais et à Bourgueil de l'autre (49) ; accorder les deux sources n'est pas tâche aisée.

Le récit du moine Pierre, rédigé au milieu du XIe siècle, vers 1060 exactement, est plein de détails et très circonstancié. Seulement, dans la mesure où le contrôle par les sources narratives indépendantes et surtout les sources diplomatiques est rendu possible, il apparaît clairement que le moine Pierre a une fâcheuse tendance à suppléer par l'imagination à la carence de son information.

Le plus solide de son oeuvre reste encore ce qu'il a puisé directement clans les archives et les traditions propres de son monastère ; mais dès qu'il s'égare dans le domaine de l'histoire plus générale, les confusions et les inventions abondent. Ce qu'il nous dit de son monastère ne peut non plus être accueilli sans examen ; il est plus d'une fois en contradiction avec des faits connus par ailleurs avec certitude ; on relève plus d'une erreur et d'un anachronisme (50).

Les sources diplomatiques à mettre en regard sont insuffisantes pour éclairer tous les points obscurs ; plusieurs chartes que Pierre de Maillezais a connues, ne sont point parvenues jusqu'à nous (51). Pour Maillezais en particulier, nous ne possédons aucun acte antérieur à 1003, tandis que Bourgueil a un Cartulaire assez bien fourni à partir de 989-990.

 

LA NAISSANCE DE BOURGUEIL ET DE MAILLEZAIS (987-990)

(Illumination de l'Histoire de l'Abbaye de Maillezais)

Voici l'essentiel du récit: de Pierre de Maillezais.

 Le narrateur commence par faire la description du « désert » de Maillezais avant l'introduction des moines ; c'était, s'il faut l'en croire, une région de marécages, sauvage, habitée par une population très primitive, auprès de laquelle vivait une colonie normande, L'historien nous apprend l'existence en ce lieu d'une résidence ducale, une « aula », qui servait à abriter le duc et sa familia quand il venait chasser dans le pays. L' « aula » était desservie par une « basilica » dédiée à saint Hilaire (52).

Peu après son mariage, soit aux alentours de 968-969 (53), Guillaume fier-à-bras y vint faire un séjour avec sa jeune femme. Pour surveiller la colonie normande, le duc décida de transformer l' « aula » en un véritable château.

A quelque temps de là, au cours d'une chasse, on découvrit, perdues dans les broussailles, les ruines d'une église que des manifestations miraculeuses signalèrent comme un lieu très saint (54).  

Emma persuada son mari de « doubler » le château qu'il projetait d'élever, par un monastère qui utiliserait les fondations de l'église nouvellement découverte. Telles sont les origines lointaines de Maillezais.

En fait, selon Pierre, le chantier ouvert ne fut pas poursuivit très longtemps : de graves difficultés matrimoniales ayant séparé les deux époux, Guillaume confia la garde du château à l'un de ses fidèles qui abandonna les projets de monastère, conçus par la duchesse d'Aquitaine (55).

Les choses en restèrent là quelque temps, — deux ans selon Pierre de Maillezais —, une vingtaine d'années si l'on suit la chronologie véritable à partir des points de repère qu'il nous donne (mariage de Guillaume d'Aquitaine en 968-969, concile de Charroux, juin 989).

Les deux époux s'étant enfin réconciliés, les travaux reprirent ; pour peupler le monastère qui s'achevait, Emma fit appel à son cousin Gauzbert, abbé de Saint-Julien de Tours, qui accepta de lui fournir treize moines ; le monastère devait rester simple cella jusqu'au moment où sa dotation serait suffisante pour devenir une abbaye autonome.

Pierre de Maillezais précise que cette décision fit l'objet d'un document écrit que nous ne possédons plus. Un concile, qui ne peut être que celui de Charroux (juin 989) (56) fut l'occasion de faire à Maillezais une double dédicace, celle de la basilique Saint-Hilaire, reconstruite, et celle de l'église du nouveau monastère. La donation de Puy-Létard sur le douaire d'Emma vint constituer les premiers éléments du domaine monastique de Maillezais.

C'est alors, que serait survenue une nouvelle brouille entre Guillaume d'Aquitaine et Emma. Pour se venger de sa femme, le duc aurait chassé les moines tourangeaux et donné Maillezais à l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers, tandis qu'Emma jetait dans ses domaines propres les fondations d'un autre monastère, Bourgueil, destiné à accueillir les moines expulsés par son mari. Ensuite, Pierre de Maillezais nous fait assister à la profession du duc à Saint-Cyprien, à sa brouille avec son abbé, à son entrée à Saint-Maixent, à sa réconciliation ultime avec sa femme etc.. ; toutes choses qui n'intéressent plus immédiatement l'histoire des deux monastères.

Du récit, il faut seulement retenir qu'après la mort de son père, GuilIaume-le-Grand, nouveau duc d'Aquitaine, se prêta aux désirs de sa mère et réintégra dans Maillezais les moines tourangeaux de l'abbé Gauzbert.

Les données de Pierre de Maillezais sont proprement incontrôlables jusqu'au concile de Charroux ; la seconde brouille de Guillaume fier-à-bras et d'Emma reste très problématique ainsi que les circonstances psychologiques de la fondation de Bourgueil. Peut-être, à tout prendre, un chantier fut-il ouvert à Maillezais vers 970, avec l'idée d'y créer un monastère, puis abandonné pour être repris vers 987-988.

Quant à la création d'une cella vers 987-988 avec le concours de moines tourangeaux demandés par l'entremise de Gauzbert (qui n'était point alors encore abbé, mais trésorier du monastère), elle présente assez de vraisemblance ; dans cette hypothèse, avancée par Pierre de Maillezais sur pièces écrites, la dédicace de juin 989 ne pose pas de problème.

Ce qui ne semble pas exact, c'est une rupture ultérieure entre Guillaume et Emma, du moins une rupture qui ait eu pour conséquence la seconde fondation : Bourgueil. On voit, en effet, les deux époux faire en plein accord une donation à Bourgueil en septembre 989, donc trois mois après le concile de Charroux et la dédicacé de Maillezais.

La donation de septembre 989 montre que Bourgueil n'est pas né à la date ni dans les circonstances indiquées par Pierre de Maillezais ; de nouveau les deux époux agiront ensemble en faveur de Bourgueil, une deuxième fois entre 990 et 996, puis en juin 994 (57).

Bourgueil existait sans doute au moment de la consécration de Maillezais, et ce n'est point pour servir de refuge aux moines tourangeaux qu'il fut alors créé ; on verra' un peu plus loin ce qu'il en fut exactement ; mais terminons-en auparavant avec les origines de Maillezais.

Une charte du Cartulaire de Saint-Cyprien, datant de 1003, fait état d'événements survenus à Maillezais dans les derniers mois de la vie de Guillaume fier-à-bras, c'est-à-dire 995 ou 996 (58).

Il est dit que le duc, s'étant fait moine à Saint-Cyprien donna à son monastère de profession l'église de Maillezais, et que Guillaume-le-Grand, en 1003, désirant achever l'oeuvre entreprise autrefois par son père et faire de Maillezais un véritable monastère (comme il était prévu dans l'acte du concile de Charroux de 989, connu par le moine Pierre), l'a soustrait à la juridiction de Saint-Cyprien, donnant en compensation d'autres biens à l'abbaye poitevine.

L'histoire de Maillezais après le concile de Charroux semble donc pouvoir être reconstituée ainsi : le duc fier-à-bras et sa femme ne se pressèrent nullement de conduire la cella à l'état adulte, d'autant moins, semble-t-il que la sollicitude d'Emma se porta alors surtout sur l'abbaye de Bourgueil. De juin 989 à 995-996, Maillezais serait donc demeuré dans un état stationnaire, simple cella sous la dépendance de Saint-Julien de Tours.

En 995, le duc qui se considère comme propriétaire du monastère au titre de fondateur, selon la mentalité commune aux temps carolingiens, ne se fait aucun scrupule à le soumettre à Saint-Cyprien, lorsqu'il prend l'habit monastique ad succurendum dans l'abbaye poitevine.

Les moines tourangeaux qui ne voulurent pas se placer sous l'obédience de Saint-Cyprien, auraient alors regagné leur monastère d'origine ou celui de Bourgueil vers lequel allaient les préférences de Gauzbert.

De 995-996 à 1003, Maillezais fut une dépendance de Saint-Cyprien de Poitiers, jusqu'au jour où le duc Guillaume-le-Grand le reprit au monastère poitevin en dédommageant celui-ci d'ailleurs, et y réinstalla les moines de l'abbé Gauzbert (très probablement des membres de la. communauté de Bourgueil (59).

Les origines de Bourgueil sont plus simples (60). La charte dite de fondation est de 990 ; elle est suivie d'une imposante série de chartes fort intéressantes qui permettent de suivre l'histoire du monastère ; mais elle n'est pas 1 la première. Dès septembre 989, comme nous l'avons dit, la fondation avait été commencée ; on le voit par la charte dont nous avons parlé plus haut.

LA NAISSANCE DE BOURGUEIL ET DE MAILLEZAIS (987-990) Abbé Gausbert

(Abbaye de Bourgeuil)

Ainsi, au moment ou Guillaume fier-à-bras et Emma élevaient un monastère à Maillezais (vers 987988), Emma, à l'instigation de Gauzbert, pensait créer à Bourgueil un autre monastère, observant adamussim, la règle de saint Benoît (61). Saint-Julien de Tours lui fournit derechef quelques moines pour « son » monastère.

A partir de cet instant, Bourgueil qui se trouvait sur ses biens propres et non plus seulement sur les terres de son douaire, retint son attention et eut ses prédilections. Tandis qu'elle laissait Maillezais en l'état de simple cella, sans songer pour le moment à agrandir son domaine, elle activait l'évolution de Bourgueil, le dotant d'un domaine imposant.

En 990, la vie monastique « selon la règle de saint Benoît » y étant désormais florissante, Emma put adresser une lettre au pape Jean XV, lui demandant de confirmer sa fondation et d'en assurer la protection (62). Cette lettre a dû en fait être rédigée par l'abbé Gauzbert ; elle est plus intéressante par la doctrine monastique qu'elle expose que par ses dispositions juridiques;  il en sera reparlé plus loin.

Emma obtint en février 996 confirmation de ses donations par son frère le comte de Blois pour toute la partie du domaine qui provenait de ses biens propres (63) ; elle avait obtenu à une date indéterminée confirmation de son mari, Guillaume, comte de Poitiers pour la partie provenant de son douaire (64), tandis qu'un diplôme royal, de date incertaine, probablement 996, confirmait la fondation du monastère, accordait l'immunité et apportait des précisions sur le mode des élections abbatiales (65).

En 996, le monastère est donc parvenu à une situation stable et bien définie ; il est en possession des premiers éléments d'un important domaine temporel et annonce déjà I' « ingens coenobium Burguliense » dont parlera Adémar de Chabannes vers 1028 (66).

La collaboration de Gauzbert et d'Emma s'est montrée sur ce point fructueuse, et l'on comprend l'affection de l'abbé de Saint-Julien pour le beau monastère de la Vallée dont il tentera encore d'améliorer la situation juridique.

 

 

 

Gausbert, origines familiales et monastique avec Eudes I°comte de Blois, Emma et Guillaume comte de Poitiers et duc d'Aquitaine <==.... ....==>

 

 

 


 

Emma comtesse de Blois et duchesse d'Aquitaine fondatrice des Abbayes Saint Pierre de Maillezais et de Bourgueil

L'abbaye de Bourgueil, plus précisément l'abbaye Saint-Pierre de Bourgueil-en-Vallée, est une abbaye bénédictine, qui adopte la règle de Saint Maur en 1630. Elle est située à Bourgueil, autrefois Burgolium, dans le pays du Bourgueillois, dépendant avant 1790 de l'élection de Saumur, du siège royal de Chinon et du diocèse d'Angers, donc de l'Anjou historique.

 

 

Le rayonnement Clunisien de l'abbaye de Maillezais sur la région au Moyen Âge !

L'abbaye de Maillezais n'appartint jamais à l'ordre de Cluny, mais elle en subit l'influence. Le projet Clunypedia a pour but de faire connaître le rôle joué par Cluny et les sites clunisiens dans notre histoire et d'aider ainsi à la préservation et à la promotion du patrimoine matériel et immatériel qui en est le témoin.

 

 

(43) Outre le livre de l'abbé LACURIE sur L'abbaye de Maillezais cité plus haut, on se reportera à la thèse de Mlle F. POIRIER-COUTANSAIS, Etude sur les abbayes bénédictines du Poitou du IXe au début du XIIe siècle, dans Posit. thèses Ecole des chartes, 1956, p. 71-72; de la même, Les monastères du Poitou avant l'an mil, dans Revue Mabillon, t. LUI, 1963, p. 19-21.

(44) Le seul ouvrage d'ensemble valable sur Bourgueil est le Volume déjà cité de M. DUPONT, Monographie du Cartulaire de Bourgueil ; sur la fondation voir p. 11-43 ; au XVIIe siècle, Dom FOUQUET avait rassemblé des notes qui sont actuellement en la possession de M. Goupil de Bouille, (p. 209-258 du ms.). (45) Voir A. JOANNE, Géographie de la Vendée, Paris, 1879, p. 10. —J.JACOUPY, Le Poitou, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Grenoble-Paris, 1944, p. 219-222,

 (46) CHEVALIER-C. CHARLOT, Etudes sur la Touraine, Tours, 1858, p. 298-304.— M. DUPONT, op. cit., p. 1-3.

(47) M. DUPONT, op. cit., p. 3-6,

(48) Dans P. L., t. CXLVI, c. 1247-1272.

(49) Cf. supra n. 18 et 19.

(50) Cf. L. HALPHEN, L'Histoire de Maillezais du moine Pierre, dans A travers l'histoire du moyen-âge, Paris, 1950, p. 154-161, reproduit de la Revue historique, 1908, p. 292-297.

(51) Il sera plus loin question de la charte dressée lors de la dédicace de l'église, à l'occasion du concile de Charroux de juin 989 : Scriptura firmatum est, lib. I, c.2, c. 1254 A.

(52) L'histoire d'une maison de chasse transformée en monastère par un Guillaume due d'Aquitaine nous remet dans le climat de la fondation de Cluny, telle qu'elle est rapportée dans la vie tardive d'Hugues d'Anzy, AA. SS. OSB., t. V, p. 92-106 et AA. SS.Boll. april. t. II, p. 263-221; cf.J. de VALOIS, Sur quelques points d'histoire relatifs à la fondation de Cluny, dans Le Millénaire de Cluny, t.I, Dijon, 1910, p. 209.

Il est très possible qu'en assignant à son monastère une origine semblable à celle du grand monastère bourguignon, Pierre de Maillezais ait voulu revendiquer implicitement l'égalité de dignité entre Maillezais et Cluny, précisément à une époque où Maillezais venait d'être soumis à Cluny à la suite de difficultés internes ; cf. LACURIE, op. cit., pièce justif. XVIII, p. 209-210 et p.1412.

Ceci est d'autant; plus vraisemblable qu'il majore sciemment les termes de la Charte pontificale obtenue par le duc Guillaume-le-Grand pour Maillezais. Maillezais selon Pierre aurait été libéré de toute sujétion : ab omni serviiutis vinculo liberum... et absolutum, nullius sit episcopi aut alterius monasterii dicione subjectum, praeter Romanam principis Apostolorum Ecclesiam, P.L., t. CXLVI, c. 1264 B.

(53) J. POIRIER-COUTANSAIS indique les alentours de 922 (Les monastères du Poitou avant l'an mil, p. 19) ; M. DUPONT propose les alentours de 925 (Monographie du Cartulaire de Bourgueil, p. 14) ; à s'en tenir aux données obvies de Pierre de Maillezais, c'est très peu de temps après le mariage, avant la naissance de Guillaume-le-Grand, cf. L. HALPHEN (L'Histoire de Maillezais du moine Pierre, p. 152 etn. I), le problème n'a pas grande importance, Pierre rapportant des évènements lointains sans établir une chronologie rigoureuse. S'il y eut des premiers travaux à Maillezais ils se situeraient entre 968 et 986.

(54) Un des compagnons du due Guillaume, Gauzlin, poursuivait un sanglier qui alla se réfugier dans une vieille église ruinée, sous la protection des autels ; Gauzlin tenta de l'abattre et pour sa punition perdit la vue. Emma lui conseilla de passer la nuit dans le leiu profané, en priant pour sa guérison, et d'y offrir deux cierges, aussi hauts que lui et du diamètre de sa tête, c. 1250-1251; Une légende très voisine explique les origines de Jumièges ; à la différence que, là, c'est un cerf qui va se réfugier auprès de l'autel ; cf. J. LAPORTE, Légendes de Jumièges, dans Jumièges, Congrès scientifique, 1.1, Rouen, 1955, p. 41-46 ; et Saint Wandrille, dans L'Abbaye de Saint-Wandrille, Noël 1960, p. 18. Pierre de Maillezais a donc fait appel une légende déjà exploitée par l'hagiographie monastique.

(55) A. RICHARD a établi que le garnissaire du castrum de Maillezais à cette époque fut Foulques, frère d'Hugues du Mans, cf. Histoire des comtes de Poitou, Paris, 1903, t. I, p. 114, n. 1.

(56) A. RICHARD, Histoire des comtes de Poitou, t.1, p. 126.

Eglise Poitou Foussais Payré

(Eglise Poitou Foussais Payré)

(57) Septembre 989, don fait à l'abbaye de Bourgueil par Guillaume-fier-à-bras du village et de l'église de Saint-Christophe de Longèves (arr. et cant. de Fontenay-le-Comte, Vendée), de Saint-Michel Le Cloucq (cant; Saint-Hilaire-auxLoges, arr. Fontenay-le-Comte), et de quelques maisons aux Loges de Fontenay (ib.), cf. M. DUPONT, p. 19 et p. 174. — Avril 994, don onéreux fait à l'abbaye de Bourgueil par Guillaume fier-à-bras et Emma sa femme du domaine et de l'église, de Foussais - Payré (cant. Saint-Hilaire-des-Loges, arr. Fontenay-le-Comte) ; l'abbé verse 1.500 sous d'argent, cf. M. DUPONT, p. 19 et p. 175. — Avril 994 selon les copies de Salmon (en réalité l'acte n'a pas de date, cf. J. DELAVILLE-LEROULX, op, cit„ charte XIV-4, p. 36-37), dotation de l'abbaye de Bourgueil par le comte Guillaume et Emma sa femme ; don de l'alleu de Celliers (che de Léncloître; arr. de Châtellerault, Vienne), de l'église de Jaunay (cant. Saint-Georges, arr. Poitiers), de la moitié du domaine de Vouzailles (cant. de Mirebeau; arr. Poitiers), cf. M. DUPONT, p. 19 et n. 7, p. 175.

Il existe, en outre une charte commune de juin 994 dans la coll. Gaignières ; elle à, été signalée par L. HALPHEN, L'Histoire de Maillezais du moine Pierre, p. 158, n. 4 (cf. Paris BN ms. lat, 12.127, p. 123).

 

(58) charte est certainement la donnée la plus solide que nous possédions sur les origines de Maillezais, elle existe en original ; èdit. REDET, Cartulaire de Saint-Cyprien, n° 513 et surtout n. 4 qui donne le texte de la charte originale ; le Cartulaire donne une version abrégée.

(59) Une longue mise en veilleuse de Maillezais est d'autant plus vraisemblable que la 2° fondation de 1003 restera, elle aussi, de portée réduite ; il faudra attendre 1010 et le transfert du monastère dans l'ancien castrum de Maillezais pour voir l'abbaye prendre son essor: 1010 est d'ailleurs la date de fondation retenue par les Chroniques contemporaines (par ex. Chronique de Saint-Maixent, dans MARCHEGAY-MABILLE, Chroniques des Eglises d'Anjou, p. 387).

(60) Pour A. RICHARD, Bourgueil aurait été fondé par Emma après l'échec de la première tentative de Maillezais, soit vers 970 ; mais il ne parle de l'abbé Gauzbert et de ses moines qu'après le concile de Charroux de 989, conformément au récit de Pierre de Maillezais, qui n'en parle qu'à ce moment. A. Richard n'est pas très explicite, mais il ressort de son récit que Gauzbert aurait été appelé à Maillezais, comme le dit le moine Pierre, vers 989, puis presque aussitôt sollicité par Emma de venir, à Bourgueil, transformer la modeste cella qu'elle y avait établi vers 970, en une abbaye autonome ; cf. Histoire des comtes de Poitou, p. 129. M. DUPONT suit la reconstitution des événements réalisée par A. Richard, mais en corrige la chronologie ; pour lui, Bourgueil fut fondé entre 975 et 977 ; 975, époque où Guillaume d'Aquitaine s'éloigne du Poitou et ne paraît plus dans les chartes de la région : 977, première charte relative à Bourgueil), cf. Monographie du Cartulaire de Bourgueil, p. 13-16. Mais il n'est nullement besoin de remonter si haut ; le récit du moine Pierre n'y force point ; quant à la charte de 977, c'est un acte d'administration domaniale dressé par Eudes et Emma et versé ensuite aux archives de Bourgueil ; il n'y-est question ni de monastère, ni d'abbé, ni de moines, mais seulement d'un moulin « ex rebus sancti Mauritii qui fuit de potestate Burgulii » (Tours ms. 1338, pièce 49, f° 162) ; le moulin faisait partie du domaine de la villa ou de la curtis de Bourgueil et se trouvait sur des terres bénéficiales relevant de la cathédrale de Tours ; il n'y a, croyons-nous, rien de plus.

(61) L'insistance sur la règle de saint Benoît que devront observer les moines de Bourgueil est remarquable ; on en trouve la mention explicite dans la charte dite de fondation (Monographie du Cartulaire, p. 162) et dans l'acte de mars 1003 obtenu du pape Sylvestre H (P. L., t. CXXXIX, e. 285). Cette dernière charte indique que l'initiative de la fondation de Bourgueil est principalement venue de Gauzbert : venerabili Gauberto abbate cogente et hortante. L'acte de Sylvestre II figure trois fois au Cartulaire de Bourgueil avec trois dates différentes, 1000, 1003 mars, 1003 mars, cf. Tours ms. 1338, f 218 ss., 224 ss., 231 ss. Nous y reviendrons.

(62) Monographie du Cart. de Bourgueil, pièce justif. n° 1, p. 161 s. et DELAVILLELEROULX, op. cit., n. XIV-I, p. 31 ss.

(63) Gallia, t, XIV, Instrumenta, p. 148, et DELAVILLE-LEROULX, op. cit., XIVIII, p. 35 ; cf. Monographie du Cart., p. 22 et n. 3 ; la date est établie avec certitude par F. LOT, Etudes sur le règne de Hugues Capet; Paris, 1903, p. 178, n, 2,