L'église Saint Jean de Montierneuf Guy Geffroy comte de Poitou duc d'Aquitaine

L'église abbatiale Saint-Jean-de-Montierneuf à Poitiers a été fondée, au 11e siècle, par Guy-Geoffroy-Guillaume. D'une grande qualité architecturale, l'édifice est entièrement construit en pierre de taille et ce pour la première fois en Poitou.

Au nord de Poitiers, près du boulevard Chasseigne, et englobée en partie dans les dépendances du quartier d'artillerie Dalesmes, s'élève l'église paroissiale de Montierneuf.

A ne considérer que son clocher aux trois quarts détruit, sa modeste façade, du XVlle siècle, donnant sur une petite place fermée et plantée d 'arbres, à laquelle on accède par un portail sans caractère, on serait loin de supposer que l'on se trouve en présence de l'une des anciennes beautés architecturales de la ville, devant un monument aussi distingué par son origine, qu'instructif au point de vue plus spécial de l'archéologie.

C'est sous ce double aspect que, dans le court espace qui nous, est réservé, nous allons l'examiner.

Montierneuf, comme l'indique son nom quelque peu défiguré, était autrefois une église abbatiale, l'église d'un riche monastère qu'on appellait le Moustier-Neuf (Monasterium-Novum), par opposition au monastère de Saint-Cyprien, dont la fondation remontait à une époque plus reculée. De Moustier-Neuf on a fait, par l'usage, Montierneuf, et ce nom a servi depuis à désigner le couvent et son église.

14 octobre 1075 - Philippe Ier, roi de France, confirme tous les dons qui avaient été faits ou pourraient se faire en faveur de l’abbaye de Montierneuf de Poitiers, dont Guillaume-Guy-Geoffroy, dit Guillaume VI, duc d'Aquitaine et comte de Poitou, Gui Geoffroi, duc  d’Aquitaine, faisait alors la fondation à la suite d'un voyage qu'il avait fait à Rome (Abb. De Montierneuf) T.19, p25.

L'abbaye de Montierneuf fut unie, dès le début, à la congrégation de Cluny, et devint le chef-lieu de l'une des provinces dans lesquelles les différentes maisons de cet ordre célèbre furent réparties (1).

1076 Bulle de Grégoire VII, qui donne à Hugues, abbé de Cluni, et à ses successeurs, le gouvernement de l’abbaye de Montierneuf de Poitiers (Abb. De Montierneuf) T19, p 23.

28 janvier 1077 Fondation de l’abbaye de Montierneuf par Gui Geoffroi, duc d’Aquitaine et comte de Poitou (Abb de Montierneuf) T 19, p 33

Guy, prieur de Cluny, en fut le premier abbé.

Abbaye Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers fondée, au 11e siècle, par Guy-Geoffroy-Guillaume comte du Poitou et duc d’Aquitaine (2)

Vers 1080 Acquisition de quelques vignes par Gui Geoffroi, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, en faveur de l’abbaye de Montierneuf qu’il venait de fonder (Abb. De Montierneuf) T19, p 47

Vers 1080 Don fait à l’abbaye de Montierneuf par un vicomte nommé Boson, de la moitié de l’église de Liniers et toutes ses appartenances (AA. De Montierneuf) T19,  p49.

Vers 1080 Dont fait à la même abbaye par Rainaud, abbé de St Cyprien, de la moitié de l’église de Liniers et de toutes ses appartenances (Abb de Montierneuf) T19, p51

10 juillet 1081 Don fait à l’abbaye de Montierneuf par Isember II, évêque de Poitiers, de l’abbaye de St Paul avec ses dépendances, à la sollicitation de Gui Geoffroi, duc d’Aquitaine et comte de Poitou. ( Abb de Montierneuf) T19, p 55.

Vers 1081 Dons fait à l’abbaye de Montierneuf par Hugues, abbé de cette abbaye, et Kadelon, vicomte d’Aunai, de plusieurs églises et héritages situés en divers lieux (Abb. De Montierneuf) T.19, p67.

Vers 1081 Notice ou l’on voit ce qui détermine Gui Geoffroi, duc d’Aquitaine, à ôter l’église de St Nicolas de Poitiers aux chanoines déréglés qui la desservaient pour la donner aux moines de Montierneuf (Prieuré de St Nicola) T-20, p 471

Les constructions du monastère qui s'élevaient sous la direction du moine Pons (2), n'étaient pas encore terminées, lorsque, le 28 janvier 1082, Guy en prit possession avec dix-huit religieux de son ordre, et ouvrit ainsi cette longue série d'abbés parmi lesquels figurent les noms illustres des Coucy, Saint-Gelais Lusignan, Étampes, Rochechouard, La Rochefoucauld, Cossé, Lorraine et autres.

Guillaume VI n'avait rien épargné pour faire de Montierneuf un établissement digne de lui. Aux nombreux domaines, aux biens de toute nature dont il l'avait doté et dont sa charte, du 28 janvier 1077, contient la longue énumération, il avait ajouté des droits et des privilèges considérables destinés à assurer, avec l'indépendance du monastère, la franchise du bourg qui s'élevait sous ses murs. Exempts chez eux et dans toute l'étendue de leurs possessions de la juridiction des officiers du comte, les religieux furent également dégagés, par l'effet de la bulle pontificale du 3 avril 1081, de celle des évêques.

Vers 1083 Règlement de Gui Geoffroi, duc d’aquitaine, au sujet de quelques démêlés qui étaient entre son prévôt et l’abbé de Montierneuf, pour des droits que ce prévôt prétendait appartenir au comte de Poitou. (Abb. De Montierneuf) T19, p 71.

1086 Don fait à l’abbaye de Montierneuf par Gui Geoffroi, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, de l’église de Migné sur l’Ausance (AAb de Montierneuf) T19, p77.

Mars 1088 Don fait à l’abbaye de Montierneuf par Pierre de Niort et Etienne son frère, de la moitié de l’église de Benet en bas Poitou (Abb de Montierneuf) T19, p79.

Vers 1088 Don fait à l’abbaye de Montierneuf par Guillaume IX, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, d’un bois ou forêt située près Pont-l‘Abbé (Abb de Montierneuf) T19, p81.

Guillaume, qui avait conçu le projet de laisser à son abbaye des biens suffisants pour l'entretien de cent religieux, témoignait aux moines, qu'il appelait ses seigneurs, une amitié toute particulière. Lorsqu'il résidait à Poitiers, il ne se passait pas de jour qu'il ne vînt les visiter (3).

Aussi, lorsque ce prince mourut au château de Chizé, le 24 septembre 1086, grande fut la désolation des religieux.

Leur reconnaissance se traduisit par des dispositions pieuses, destinées à perpétuer dans les siècles le souvenir de leur bon et généreux fondateur. Il n'est pas jusqu'à l'honneur qu'il leur avait souvent fait de s'asseoir à leur table et départager leur modeste pitance, qui ne fut rappelé par un touchant usage. A tous les repas, le couvert du comte restait mis à la table commune (4).

Suivant ses instructions, Guillaume fut inhumé à Montierneuf. Son corps, d'abord déposé dans le chapitre, fut transféré l'année suivante au milieu de la grande nef qu'on venait d'achever.

Le mausolée qu'on lui éleva, orné de colonnes de marbre et d'inscriptions composées par le moine Martin, chroniqueur et premier historien de l'abbaye, fut anéanti, dit-on, par l'effondrement de la voûte principale de l'église, en 1643.

On le remplaça par un autre tombeau formé d'un massif en pierre sur lequel le duc d'Aquitaine fut représenté étendu et les pieds appuyés sur un léopard. Une inscription rappelait qu'il était le fondateur de Montierneuf et indiquait la date de son décès (5). Ce tombeau fut détruit pendant la Révolution.

Abbaye Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers fondée, au 11e siècle, par Guy-Geoffroy-Guillaume comte du Poitou et duc d’Aquitaine (1)

 7 avril 1096 Bulle d’Urbain II qui met sous la protection du St-Siège l’abbaye de Montierneuf et confirme tous les dons qui lui avaient été faits (Abb de Montierneuf) T19, p85.

14 avril 1096 Bulle d’Urbain II pour servir de règlement aux démêlés qui étaient entre les chanoines de St- Hilaires le Grand et les moines de MOntierneuf, au sujet de quelques redevances, et de certaines processions qu’ils faisaint ensemble (Abb de Montierneuf) T19, p87.

1098 Restitution faite aux religieux de Montierneuf par le vicomte d’Aunai, de quelques droits qui leur appartenaient apud Floriacum, et qu’il avait usurpés (ABB de Montierneuf) T19, p99.

sources Poitiers

L’église abbatiale, dédiée à saint Jean l’évangéliste, est dédicacée par le pape Urbain II le 22 janvier 1096 à la veille de la première croisade.

Elle reçoit aussi la sépulture de son fils Guillaume le Troubadour, en 1127, confirmant son rôle de nécropole des comtes de Poitou – ducs d’Aquitaine.

4 mai 1199 charte d'Aliénor d’Aquitaine qui confirme les dons concédés au monastère de Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers.

Bien des siècles s'étaient écoulés lorsque, le 8 juillet 1822, on retrouva, après quelques recherches, le sarcophage en pierre qui renfermait la sépulture du noble duc. Les ossements étaient bien conservés, et l'on conjectura, d'après les débris de vêtements qui avaient échappé à l'action du temps, que Guillaume VI avait été enseveli avec le froc monacal, placé sur son costume ducal (6).

Les constatations terminées, le sarcophage fut refermé et, quelque temps après, on érigea, sur le lieu même de la sépulture, ce mausolée d'une mauvaise exécution, qu'on a relégué depuis dans un coin obscur du bas- côté droit de l'église, où on le voit actuellement.

La mort de Guillaume fut une grande perte pour l'abbaye. Bien des travaux restaient à exécuter et à achever.

L'église n'était pas entièrement terminée. Le projet qu'il avait formé d'accompagner la façade de deux tours, ne fut point repris par ses successeurs. Les travaux de l'enceinte fortifiée du monastère furent eux-mêmes arrêtés. Néanmoins, la pieuse fondation était assurée, et, à part quelques difficultés dont ils triomphèrent, les religieux jouissaient assez paisiblement des avantages qu'ils tenaient de la libéralité de leur fondateur, lorsqu'une circonstance mémorable attira sur leur maison, avec de nouvelles faveurs, un honneur signalé.

 A la suite du concile de Clermont, où il avait prêché la guerre sainte, le pape Urbain II, qui poursuivait son œuvre à travers la France, vint à Poitiers sur les instances du comte de Poitou, fils de Guillaume VI, et, le 21 janvier 1096, fit la dédicace de l'église de Montierneuf. Il la plaça sous l'invocation de la sainte Vierge, des apôtres saint Jean et saint André, et consacra de nouveau, aux bienheureux Étienne, Laurent, Vincent, Crisante et Darie, l'autel principal dans lequel on déposa leurs précieuses reliques.

Une inscription commémorative de cet événement, gravée peu profondément en caractères rustiques, avec enclaves et accouplements de lettres, fut placée derrière le grand autel du chœur, où elle resta jusque vers l'année 1711. Elle fut mise alors, par les soins de l'abbé Pierre d'Hauteville, un peu au-dessous du transept, dans le mur du bas- côté gauche de l'église. C'est là qu'on peut encore la voir sous le châssis vitré qui, grâce à la prévoyance de la Société des Antiquaires de l'Ouest, la protège contre les dégradations auxquelles elle n'a été que trop longtemps exposée. En voici le texte restitué (7) :

Undecimo . kalendas – februarii- principale. consecratum . est altare . in . honore-Dei • genitricis . et •beatorum apostolorum - Johannis . et - Andreae . cujus . reliquiae . conditae . ibidem sunt . ipsa - vero - die hac . sed - longe - post anno . dominicae - incarnationis millesimo . nonagesimo . sexto - papa - Urbanus . secundus - cum- tribus . archiepiscopis totidemque . episcopis - templo – in - honore . eorumdem venerabiliter . dedicato . hoc - altare . in - honore - beatorum martirum . Stephani - protomartiris . Laurentii Vincentii . Crisanti . Dariae . venerabiliter - consecravit - in - quo - et eorum . reliquias-• posuit.

L'inscription, gravée sur le chanfrein de la bordure, en partie disparue aujourd'hui, était ainsi conçue :

Anno - dominicae • incarnationis . millesimo . octogesimo . sexto - ante - infra-scriptum - vero - anno . decimo - Gaufredus . dux  Aquitanorum . hujus - loci - fundator . moritur - quinto - anno . ordinacionis . Guidonis . primi . abbatis hujus - loci - quem - et - ipse - post -quinque - annos . sequitur.,

 

Abbaye Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers fondée, au 11e siècle, par Guy-Geoffroy-Guillaume comte du Poitou et duc d’Aquitaine (3)

Au XIe siècle, Montierneuf avait atteint son apogée. L'abbé, élu par les religieux, était un personnage. Il portait la mitre, l'anneau et le bâton pastoral, et il n'allait pas tarder à joindre à ses prérogatives celle de conservateur apostolique et perpétuel des privilèges de l'Université de Poitiers. Après lui venaient de nombreux dignitaires : le prévôt, l'aumônier, le ségretain, le prieur, le sous-prieur, le chantre, l'hôtelier, le sénéchal qui était un officier séculier, et autres.

 (Visite pastorale dans le Poitou de Bertrand de Got (CLÉMENT V) du 17 MAI 1304 au 22 juin 1305)

 Mais à la prospérité et à la puissance ne tarda pas à succéder la décadence. Des pratiques locales, d'anciennes règles particulières s'étaient, depuis longtemps déjà, introduites à Montierneuf, au grand préjudice de la règle primitive (8).

La commende aggrava le mal. L'abbaye déclina rapidement. Les guerres de religion lui portèrent un coup funeste.

 En 1562, elle fut envahie par les soldats de Sainte-Gemme qui saccagèrent les bâtiments claustraux et incendièrent l'église. A partir de ce moment, malgré les louables efforts de plusieurs de ses abbés pour le relever de sa ruine morale et matérielle, le Moustier-Neuf ne fit plus que végéter.

Les cloîtres dévastés et ruinés, les religieux, dont le nombre était alors et resta depuis fort réduit, vécurent isolément dans différents petits logements renfermés dans le clos de l'abbaye, et y tinrent chacun leur ménage. On comprend quel relâchement en résulta pour l'observance de la règle, dont la vie en commun était l'une des prescriptions fondamentales.

Ce ne fut qu'en 1713 que la communauté fut rétablie, non sans peine, à la suite de la reconstruction des lieux réguliers, c'est-à-dire du vaste bâtiment qui est adossé au côté sud de l’église et fait aujourd'hui partie des bâtiments de la caserne Dalesmes.

A la même époque, reprenant l'œuvre de réforme dans laquelle l'un de ses prédécesseurs, l'abbé Rousseau, avait échoué en 1621, l'abbé Pierre d'Hauteville entreprit la réforme de son abbaye, en y introduisant quelques religieux de la congrégation de Saint-Maur, dits de la rigoureuse observance. Mais loin de procurer le résultat espéré, cette introduction ne fit qu'amener la dissension au monastère.

Le mal était sans remède. Aussi, avant que la Révolution eût dispersé les moines et fermé les couvents, les religieux de Montierneuf, à qui la vie commune était devenue insupportable, s'étaient séparés, vers la fin de l'année 1787, pour jouir, chacun de son côté, des bénéfices qui lui étaient attribués (9). Ce fut la fin de l'abbaye.

 Deux ans plus tard, le régiment d'Agénois en prenait possession.

Mais revenons à l'église que nous avons laissée livrée aux bandes incendiaires de Sainte-Gemme. Deux abbés, l'oncle et le neveu, Pierre et René Rousseau de la Parisière, ne pouvant relever le monastère entier de ses ruines, entreprirent de réparer au moins l'église. La voûte de la nef principale s'étant fondue, en 1648, Pierre Rousseau la fit remplacer par une nouvelle voûte en berceau, moins élevée d'environ cinq mètres que l'ancienne, ainsi qu'en témoignent encore les arrachements qui se voient dans les combles.

L'église elle-même fut diminuée de trois travées que leur état de dégradation et les fonds dont disposait l'abbé ne permirent pas de conserver. C'est alors que fut élevé le pignon triangulaire, avec son portail en style grec, orné, suivant le goût de l'époque, de frises en ronde bosse, d'amours et de génies, qu'on voit encore aujourd'hui.

René Rousseau, son successeur, entreprit la restauration de la partie supérieure de l'abside, appelée la lanterne, qui menaçait d'une chute prochaine. Deux contreforts, un peu massifs, portant pour toute décoration les armes de l'abbé (d'azur à deux roseaux d'or en sautoir) et le millésime de 1668, n'ayant pu arrêter la poussée de la voûte, on dut la reprendre en entier. Cette restauration délicate, conduite avec intelligence et habileté, dura de 1668 à 1672.

Ainsi restaurée, l'église de Montierneuf, paroissiale ou succursale en même temps qu'abbatiale, puisqu'elle avait son curé, ou pour mieux dire son vicaire perpétuel, arriva à l'époque de la Révolution, qui fut pour elle le signal de nouvelles calamités.

Fermée au culte, transformée en écurie, puis en magasin à fourrage, découronnée de son clocher qui, en s'écroulant en partie, vers la fin du siècle dernier, endommagea une partie de l'édifice, la pauvre basilique n'offrit plus aux regards que le lamentable aspect d'une grandeur déchue.

Destinée à être rendue au culte, à la suite du Concordat, ce ne fut qu'en 1822 que le service paroissial put y être rétabli, après une restauration entreprise, en 1817, sous les auspices et grâce à la générosité du comte d'Artois et du duc d'Angoulême, ainsi qu'aux démarches du préfet de la Vienne, M. Du Hamel, dont on plaça, par reconnaissance, les armoiries sur le fronton du portail d'entrée.

Mais hélas! on restaura comme on savait le faire à cette époque. Ce fut une mutilation générale. Les colonnes impitoyablement piquées, martelées, furent recouvertes d'un épais enduit. Aux sculptures originales et variées des chapiteaux, on substitua des oves et des arcs grecs qui, avec les fresques dont on décora certaines parties de l'intérieur, forment un contre-sens absolu avec le style de l'édifice.

Malgré cette désastreuse restauration, Montierneuf, que nous allons parcourir rapidement, présente encore, dans son ensemble, un beau spécimen de l'architecture romane secondaire unie, dans l'une de ses parties principales, à la période ogivale primitive.

La nef, d'une largeur peu commune au XIe siècle, est d'un aspect particulièrement grandiose. Les bas- côtés à voûtes en arêtes reçoivent le jour, de chaque côté, par huit fenêtres à plein cintre accompagnées de colonnettes et encadrées dans un cintre de plus grand diamètre, formant une archivolte dont les retombées reposent sur des colonnettes.

Le transept, vaste et de forme quadrangulaire, est voûté en berceau. A chacun de ses côtés est accolée une absidiole, éclairée par trois fenêtres et ornée à sa partie inférieure d'une arcature à pleins cintres et à chapiteaux variés. Dans l'absidiole de droite, près de laquelle se trouve le calvaire et la grotte de Notre-Dame de Lourdes, on voit l'inscription funéraire de René Caillet, abbé de Montierneuf, décédé le 10 juin 1529. L'intertranscpt est surmonté d'une coupole octogonale, élevée sur trompes et reposant sur quatre piliers formés par l'assemblage de demi-colonnes réunies en faisceau.

L'abside présente cette particularité, que les colonnes ne sont ni semblables entre elles, ni également espacées. Les quatre colonnes du fond sont simples et rapprochées, alors que les autres, plus éloignées les unes des autres, forment, à proprement parler, des piliers garnis de colonnes engagées. La partie supérieure de l'abside, vulgairement dite la lanterne, mérite de fixer l'attention. Ses sept fenêtres à lancette, séparées par de fines nervures qui forment les arceaux des divers compartiments de la voûte, sont composées chacune de deux ogives accolées, surmontées d'une gracieuse rosace il quatre feuilles, et encadrées dans une ogive principale. Bien qu'on ait conjecturé que cette élégante construction ait pu être entreprise à la suite du violent orage qui, le 18 août 1367, avait gravement endommagé l'édifice (10), il parait plus rationnel de l'attribuer il la fin du XIIIe siècle ou au commencement du XIVe, qui était l'époque de l'ogive à lancette, alors que dans la seconde moitié du XIVe siècle on était en plein style ogival secondaire ou rayonnant.

Autour de l'abside se développe le déambulatoire dont le pourtour, éclairé par des fenêtres semblables à celles des bas- côtés de la nef principale, est orné à sa partie inférieure d'une arcature romane qui, longtemps dissimulée dans la maçonnerie et sous l'enduit des restaurateurs de 1817, en est heureusement sortie à peu près intacte (11).

Trois absidioles, celle du milieu, de plus grande dimension que les deux autres, s'ouvrent sur le déambulatoire. Comme celles du transept, elles sont percées de trois fenêtres dont l'une, celle du fond de l'absidiole médiane, est de plus grande dimension que les autres.

A l'extérieur, nous retrouvons le vaste pignon triangulaire avec son portail grec dont nous avons parlé plus haut. La fenêtre géminée et les deux autres qui l'accompagnent sont d'un assez mauvais style. Dans cette reconstruction du XVIIe siècle apparaissent çà et là quelques fragments de sculpture provenant de la façade primitive. C'est assurément ce qu'elle présente actuellement de plus curieux.

Les murs extérieurs de la nef sont sobres d'ornements, la régularité des fenêtres et des contreforts plats qui les séparent, la disposition de la corniche aux modillons variés, constituent, abstraction faite des massifs élevés, au XVIIe siècle, pour arrêter l'écartement des voûtes, un tout aussi simple que noble.

L'aspect du transept est sévère. De chacun de ses côtés s'élancent avec hardiesse des contreforts plats terminés en glacis. Les deux absidioles, que l'on a vues à l'intérieur, se reproduisent au dehors. C'est à celle de gauche qu'est contiguë la tourelle dont l'escalier conduit, par une galerie pratiquée dans l'épaisseur de la muraille, à l'escalier de la seconde tourelle accolée au clocher.

Le chevet de l'église est un fort beau morceau d'architecture. Au-dessus des trois absidioles, couronnées d'un entablement à modillons et divisées verticalement, comme celles du transept, par des colonnes engagées, se dresse l'élégante lanterne aux fenêtres à lancette, que nous avons admirée à l'intérieur. La légèreté de cette construction, la délicatesse des arcs-boutants primitifs et des contreforts aux pyramides fleuronnées sur lesquels ils s'appuient, sont du plus heureux effet

Le clocher qui surmonte le dôme surbaissé de l'intertransept se composait, avant son effondrement partiel, d'une tour romane quadrangulaire, couronnée d'une pyramide conique en pierre ornée de saillies en pommes de pin, accostée de quatre clochetons ajourés, terminés eux-mêmes par une petite pyramide en pommes de pin et reliés entre eux par une arcature de même style.

Cette forme décorative de la pomme de pin, que nous venons de signaler et dont on ne trouve, en Poitou, qu'un autre exemple, dans le clocher de Notre-Dame la Grande de Poitiers, paraît appartenir à l'école angoumoisine ou à l'école périgourdine, et remonter au milieu du XIIe siècle (12). Il s'en suivrait que la partie supérieure du clocher de Montierneuf serait moins ancienne d'un demi-siècle environ que le massif inférieur. Il est, du reste, constant que dans le courant du XII e siècle on exhaussa fréquemment les tours construites précédemment et qui, jusque-là, avaient été couvertes en bois et en tuiles.

Quoi qu'il en soit, le clocher de Montierneuf n'a plus aujourd'hui qu'un seul des côtés de sa tour quadrangulaire. Ce n'est plus qu'un pauvre mutilé. Mais néanmoins, tel qu'il est, avec ses vastes fenêtres géminées à plein cintre, avec les colonnes engagées qui encadrent l'un de ses angles, et les pilastres qui décorent l'angle opposé, avec ses deux clochetons ajourés et l'arcature qui les raccorde, cette épave du vieux clocher donne encore une haute idée de son mérite architectural, et montre qu'il ne le cédait en rien à celui du monument tout entier.

A. BONVALLET, Membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest.

 

 Le rayonnement Clunisien de l'abbaye de Maillezais sur la région au Moyen Âge ! <==.... ....==>Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons.

Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus <==

 

 

 


 

 

(1) Redet, Statuts et usages de l'ancienne abbaye de Montierneuf de Poitiers, t. X, p. 304 des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest.

(2) « Domini Poncii monachi ejusdem monasterii constructoris. » Montierneuf, mss. de Dom Fonteneau, t. XIX, p. 49. Charte.

(3) Thibaudeau, Histoire du Poitou, édit. de i 839, t. I, p. 290.

(4) De Chergé, Mémoire historique sur l'abbaye de Montierneuf de Poitiers, t. XI, p. 180-181 des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest.

(5) Thibaudeau, t. f, p. 227-228.

(6) De Chergé. Antiq. de l'Ouest, t. XI. Relation de cette découverte, p. 240 et suivantes.

(7) De Chergé, Mémoires historiques sur l'abbaye de Montierneuf de Poitiers, Antiq. de l'Ouest, t. XI, p. 187, et de Longuemar, Epigraphie du haut Poitou, Antiq. de l'Ouest, t. XXVIII, p. 188.

(8) Redet. Statuts et usages de l'ancienne abbaye de Montierneuj, Antiq. de 1 Ouest, Mem., t. X.

(9) De Chergé, Mémoires historiques sur l'abbaye de Montierneuf, t. XI, p. 225, et Thibaudeau, t. 1.

 

(10) Foucart Poitiers et ses Monuments, Mém. de la Société des Antiq. de 1’Ouest, t. VII, p. 147.

(11) Lecointre Dupont, De l'Architecture religieuse en France au xix, siècle, Mém. de la Société des Antiq. de l'Ouest, t. XL p. 8.

(12) J. Berthelé, Recherches pour servir à l'histoire des arts en Poitou, p. 85 et 86.,