Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
PHystorique- Les Portes du Temps
TRADUCTION
Articles récents
Derniers commentaires
3 février 2026

864 Les incursions vikings vont provoquer les translations des reliques de saint Martial de Limoges à l’abbaye de Solignac, sainte Fauste et Évilasius à l’abbaye de La Prée

En 864, les incursions vikings, qui remontent alors très haut sur la Loire et ses affluents, plongent l’Aquitaine dans une terreur continue.

 

Limoges et sa région ne sont pas épargnées : les chroniques mentionnent des raids répétés sur le Limousin dès les années 860, avec pillages, incendies et prises d’otages.

 

Face à cette menace imminente, les moines de l’abbaye Saint-Martial de Limoges décident de mettre en sécurité les précieuses reliques de saint Martial, premier évêque de Limoges et patron de la ville, considéré comme l’un des grands saints apôtres des Gaules.

 

Ces reliques (principalement le corps ou une partie majeure du saint) sont transférées temporairement à l’abbaye de Solignac, située à une quinzaine de kilomètres au sud de Limoges, dans la vallée de la Briance.

 

 

Pourquoi Solignac ?

L’abbaye de Solignac (fondée vers 632 par saint Éloi sur un domaine offert par Dagobert Ier) est un établissement bénédictin important, déjà fortifié et relativement protégé par sa situation en fond de vallée.

 

Elle bénéficie d’une réputation de sainteté et de sécurité, loin des axes fluviaux principaux (Vienne et Loire) les plus exposés aux drakkars vikings.

 

Le transfert est une mesure classique à l’époque carolingienne : déplacer les reliques dans un lieu plus sûr lors des invasions, pour éviter profanation ou vol.

 

Déroulement et conséquences

Les reliques restent à Solignac pendant plusieurs années (certaines sources parlent d’un séjour prolongé jusqu’aux années 870 ou même plus tard).

 

Ce déplacement renforce temporairement le prestige de Solignac : les moines de Limoges et ceux de Solignac entretiennent des relations étroites pendant cette période de crise.

 

Une fois le danger viking atténué dans la région (après les défaites ou les rachats de tributs sous Charles le Chauve et ses successeurs), les reliques sont ramenées à Limoges, où elles retrouvent leur place dans la basilique Saint-Martial (reconstruite et agrandie par la suite).

 

La translation du 3 août 1028 (Saint-Pierre Saint-Étienne)

Il s’agit d’une translation solennelle intra muros, hautement symbolique :

  • Les reliques de saint Martial sont :
    • portées de l’église Saint-Pierre-du-Sépulcre
    • vers l’église Saint-Étienne
    • puis ramenées le jour même à Saint-Pierre

 

 Ce n’est pas un exil, mais une procession rituelle de glorification, destinée à :

  • réaffirmer la centralité de Saint-Pierre,
  • associer saint Martial à saint Étienne,
  • et renforcer la mémoire épiscopale et apostolique du saint.

 

 

 

Après l’incendie de l'abbaye de Solignac par les vikings, les moines se retirèrent à Brivezac (Corrèze).

 

Translatio Reliquiarum Sanctæ Faustæ

Fausta v. m. in Aquitania : Translatio AN. 864. Inc. Tempore quo post Dni N. I. C. inc.

DCCCLXV annus impletus est- Des. Quae pie ac fideliter detulerant Ubi immensa beneficia…

 

Le texte de la traduction (partiellement décrypté)

Le début du texte :
  • Le texte commence par une datation précise : "Tempore quo post Dni N. I. C. inc. DCCCLXV", ce qui fait référence à l'année 864, et au règne de Charles le Chauve, sous l'Empire carolingien, qui était marqué par les invasions vikings et les tensions internes.
  • "Annus impletus est" : indique que l’année est complète, en référence à un événement marquant de l’année 864.
"Fausta v. m." :
  • Fausta (v. m.) signifie "vierge et martyre", soulignant la nature chrétienne de sa dévotion et de son sacrifice.
Le texte continue :
  • "Ubi immensa beneficia..." : il s'agit d'un passage qui fait référence aux immenses bénéfices spirituels associés au culte des reliques. La traduction des reliques est perçue comme un acte de bénédiction divine, offrant protection et grâce à ceux qui honorent la sainte.

 

Voici le récit de cette translation d'après le manuscrit antique découvert à Limoges par André du Chesne, et inséré par lui dans son Histoire des Ecrivains Français.

 

Nous le traduisons du latin :

« Dans l'année huit cent soixante-quatre après l'Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous le règne de Charles (le Chauve), roi de France, fils de l'empereur Louis le Débonnaire, une grande persécution fut déchaînée contre l'Église dans le pays d'Aquitaine ou de Gascogne.

 

 Des barbares païens, appelés Danois ou Normands, vinrent de leur pays, avec tout l'appareil d'une flotte innombrable, et se transportèrent près de la ville de Saintes et de la ville de Bordeaux, d'où ils se répandirent dans ces provinces, saccageant les villes, incendiant les monastères, les églises, les maisons particulières, et faisant un horrible carnage des habitants.

 

« En même temps, un homme éminent, Arnaud, fils du comte de Périgord, était mis en possession du duché de Gascogne.

 

 Arnaud avait soutenu de nombreux combats contre ces barbares pour la défense de l’Église, et leur avait fait subir de grandes défaites, mais en perdant lui-même une grande partie de son armée.

 

« Or il y avait près de la ville de Limoges un monastère, brûlé par les païens, qui se nommait Solignac, avec lequel Arnaud avait des relations très amicales, parce qu'il savait qu'il avait été construit par saint Éloi, évêque de Noyon, en l'honneur de l'apôtre saint Pierre, et que les religieux de ce couvent vivaient dans une parfaite régularité monastique.

 

Son attachement pour l'abbé de ce monastère était si grand qu'il avait fait vœu de prendre la tonsure et d'embrasser lui-même la vie monastique dans cette maison, par amour pour le Christ, ce qu'il aurait fait plus tard, si la mort n'était venue le frapper à l'imprévu.

 

«  Tandis qu'il était en santé, préoccupé des intérêts de ce monastère, il engageait souvent les moines à parcourir la Gascogne pour acquérir des reliques des saints martyrs, s'engageant à les aider lui-même à rendre leurs recherches fructueuses.

 

En conséquence, l'abbé et la communauté de ce monastère décidèrent qu'un religieux serait chargé de cette grave entreprise; et ils la confièrent à un religieux, nommé Aldaire (Aldarius), à qui s'adjoignit un neveu du duc, nommé Godefroy, qui voyageait alors dans ce pays.

 

« Ce moine séjourna quelque temps dans le château du duc de Gascogne, avec ses compagnons de voyage, continuellement attristé par la crainte de ne pas réussir dans l'exécution de son dessein, et d'en être empêché par les féroces habitants du pays, quand ce dessein leur serait connu.

 

Après avoir parcouru sans succès plusieurs lieux où se trouvaient des reliques de saints, il songeait à revenir dans son monastère, quand il parvint, avec ses compagnons, sur le territoire de Vie-Fezensac, en un lieu où avait été bâtie autrefois une belle église en l'honneur de sainte Fauste, vierge et martyre, et où les restes mortels de la sainte glorieusement ensevelis avaient été l'objet d'une vénération profonde de la part des chrétiens depuis les temps les plus reculés.

 

« Alors, persuadé qu'il allait réaliser un dessein divin, confiant en la grâce de Dieu, et fort du consentement du duc, un jour, à l'heure du crépuscule, à la faveur de la nuit qui commençait, il se rendit, suivi de ses compagnons, auprès du tombeau de la sainte, avant que les habitants du lieu connussent son dessein.

 

Après s'être prosterné dans la prière, et avoir invoqué l'assistance de Dieu et la protection de sainte Fauste, intimement pénétré d'un sentiment où se mêlaient la crainte et la confiance, il leva le couvercle du tombeau où reposait le saint corps.

 

Au même moment, quand ce saint trésor eut paru à la lumière, des coups de tonnerre si éclatants se firent entendre que tous crurent, pendant une heure, que c'en était fait d'eux.

 

 Mais cet horrible fracas ne fit nullement trembler le moine, qui, voyant ses compagnons frappés de terreur et désespérés, les engagea à reprendre courage et à achever virilement l'entreprise commencée.

 

Que dire de plus ?

 

Les saints ossements furent levés du tombeau où ils avaient reposé si longtemps, furent enveloppés de linges précieux, et furent portés avec des transports d'allégresse au monastère d'où les voyageurs étaient venus.

 

« Nous ne devons pas passer sous silence un prodige que le Seigneur daigna accomplir, au passage à gué d'un fleuve, pour honorer la sainte martyre.

 

Lorsque les voyageurs arrivèrent à un endroit où ce fleuve, grossi par de longues pluies, avait inondé la plaine, ils ne purent le traverser qu'à la nage montés sur leurs chevaux.

 

 Le cheval qui portait le frère chargé des reliques n'ayant pu passer avec les autres, le frère pria son compagnon de lui ramener une autre bête; mais ils n'osèrent pas la lui conduire à cause de la crue énorme de l'eau.

 

Ce que voyant, le frère eut recours à la prière, et aussitôt l'eau baissa si bien qu'il se forma un gué qu'il traversa sans le moindre péril.

 

« Peu de jours après, ils parvinrent jusqu'à un bourg nommé Nounars-sur-Arnon (1), non loin du monastère de Brivezac, dans lequel, selon la mission qui leur avait été confiée, ils déposèrent non seulement les reliques de sainte Fauste, mais encore celles de saint Martin de Tours et de la bienheureuse Vierge Marie, qu'ils avaient trouvées dans l'église de la bienheureuse.

 

« Le couvent de Brivezac dépendait de la grande abbaye de Solignac à laquelle appartenait le frère AIdaire, et laquelle les reliques étaient destinées.

 

Mais cette abbaye, détruite par les Normands, n'ayant pu être encore complètement réédifiée, la translation eut lieu dans l'église de Brivezac.

 

Les religieux avertis de l'arrivée des reliques sortirent du monastère et allèrent au-devant d'elles, avec une grande multitude de peuple, tenant dans leurs mains des cierges qui n'étaient pas allumés.

 0 merveille ces cierges s'allumèrent d'eux-mêmes tout à coup, et le vent qui soufflait avec violence ne parvint pas à les éteindre.

 

 « Plus tard, la plus grande partie de ces reliques, particulièrement celles de sainte Fauste, furent transportées dans l'église du monastère de Solignac, et déposées dans la crypte qui est au-dessous du maître-autel, où le Seigneur opère, par l'entremise de ses saints, des miracles signalés de guérison jusqu'au jour présent.

 

D'après le Livre des anniversaires de l'abbaye de Solignac, une fête anniversaire de cette translation fut établie à la date du 15 juin, par un abbé de ce couvent à la demande d'un religieux de Solignac, prieur de Brivezac, qui se nommait Hugues de Pandrinha.

 

C'est aussi ce qui est marqué dans l'ancien martyrologe de Brivezrac : Brivaziaco, translatio sanctae Faustae virginis.

 

Le monastère de Solignac est un des plus importants que l'ordre Bénédictin ait possédés en France.

 

Voici ce que son chroniqueur, dom Laurent Dumas, dit de sa fondation :

« Entre les monastères qui furent fondés quelque temps après la mort de saint Benoît (641), noua pouvons mettre celui de Solignac qui a été un des plus célèbres de toute la France.

 

Sa fondation a été fidèlement décrite par saint Ouen, archevêque de Rouen, en la vie qu'il a écrite du grand saint Éloi, son contemporain et son intime ami.

 

 Il dit que le roi Dagobert avait une telle affection pour saint Éloi que bien souvent, quittant la compagnie des princes, ducs et grands seigneurs, il se retirait seul avec le saint pour jouir de son entretien, de sorte que tout ce que demandait saint Éloi lui était incontinent accordé.

 

Or, entre autres choses, il demanda au roi de lui donner une certaine terre, nommée Solignac, sise au pays de Limoges :

« Monseigneur et mon roi t, lui dit-il, qu'il plaise votre Majesté m'accorder ce lieu, afin que je puisse y dresser une échelle par laquelle vous et moi montions au ciel ! »

 

 Laquelle demande, le roi agréa très volontiers selon sa coutume, et commanda aussitôt qu'on expédiât toutes let très et patentes à ce nécessaires.

 

Saint Eloi érigea en ce lieu un grand monastère où, ayant institué un abbé et supérieur, il envoya plusieurs de ses serviteurs pour être consacrés à Dieu, et y assembla grand nombre de religieux de diverses provinces, jusques à plus de cent cinquante, à l'entretien desquels il affecta le revenu de la terre qui était très suffisant.

 

«  Il aima cette maison et l'affectionna si passionnément que tout ce qu'il pouvait avoir et tirer du roi, des princes, ou autrement, il envoyait le tout en ce lieu, surtout un grand nombre de livres et de volumes de l'Écriture-Sainte.

 

Sa résolution était de se retirer en cette maison, pour se vouer à Dieu, si la disposition du ciel ne l'eût réservé ailleurs, pour la plus grande gloire de Sa Majesté.

 

« J'ai été moi-même en ce monastère de Solignac ajoute Saint-Ouen, où j'ai reconnu une observance de la règle si entière parmi les religieux, qu'il faut avouer que leur vie est singulièrement édifiante.

 

Cette compagnie est remarquable en beaucoup de notables avantages qu'elle a, car plusieurs d'entr'eux ont la connaissance des arts et travaillent à diverses sortes d'ouvrages, lesquels étant tous fondés en l'amour de Dieu sont toujours prêts à tout ce qu'on leur commande.

 

Le lieu est si fertile et plaisant que, lorsque quelqu'un y aborde, et qu'il considère ses beaux jardins et ses agréables plants d'arbres fruitiers, il est contraint de s'écrier : «  Que vos tabernacles sont beaux,. « ô Jacob que vos tentes sont plaisantes, ô Israël »

 

 L'acte de fondation, signé par saint Éloi et par vingt- deux évêques, est daté du 12 des calendes de décembre, de la dixième année du règne de Dagobert, 20 novembre 638.

 

 L'abbé de Solignac, au moment de la translation des reliques de sainte Fauste, se nommait Bernard 1er.

 

C'est lui qui assista, en 866, à un célèbre concile de Soissons où étaient réunis trente-trois archevêques et évêques, et qui sanctionna le privilège accordé aux moines de Solignac de nommer leur abbé.

 

Le 12 juin 883, le pape Martin II accorde une charte et prend sous son patronage de l’abbaye de Solignac et confirme les biens de l’abbaye.

 

Le 13 juin 889, charte donnée de l’abbaye Saint-Mesmin de Micy par le roi Eudes.

 

Charles le Simple donne avec l'accord de l'évêque de Limoges Turpion, le 18 juillet 922, seize églises à Solignac pour l'aider à se relever des destructions dues à la période d'anarchie. On ne sait rien des constructions de cette période.

 

En 942 l'abbé Géraud II fonde avec l'abbaye de Fleury-Saint-Benoît une « fraternité » de prière. Il y a eu des échanges entre les deux abbayes. Par exemple, Bernard II, abbé de Solignac en 983, puis de Beaulieu, enfin évêque de Cahors, a été l'élève d'Abbon de Fleury.

 

Son successeur, Amblard, rappelle dans une lettre à Hervé, trésorier et bâtisseur de la basilique Saint-Martin-de-Tours, qu'il a été son condisciple à Fleury.

 

L'abbaye Saint-Pierre du Vigeois, fondée par Saint Yrieix avant 572, s'affilie à Solignac au début du XIe siècle. Sa communauté était très importante, une centaine de moines.

 

 

En 1031, Géraud III participe au concile de Limoges au cours duquel Dieudonné, évêque de Cahors, prêche la trêve de Dieu.

 

 

Entre 1161 et 1167, l'évêque de Noyon Baudoin de Beuseberg envoya à Solignac le bras droit d'Éloi, comme en témoigne sa notice nécrologique, le 29 septembre, et son anniversaire :

Anniversarium domini Baldoini episcopi Noviomagensis, qui dédit nobis brachium dextrum sancti patris nostri beati Elegii.

 

 La ferveur se maintint dans ce monastère tant qu'il put user librement de ce privilège; mais elle décrût sensiblement quand l'abbaye tomba en commande en 1517, comme tant d'autres.

 

 Le premier abbé commendataire fut Guillaume de Montbas de Barton, évêque de Lectoure.

L'église de Solignac, qui existe encore de nos jours, est une église romane d'une architecture extrêmement remarquable.

Elle est surmontée de six dômes de grande dimension, qui lui donnent, soit au dedans, soit au dehors, l'aspect le plus imposant; quatre se succèdent depuis l'entrée de l'église jusqu'au sanctuaire, et les deux autres surmontent les bras da transept.

 

C'est dans cette église que reposent les reliques de sainte Fauste auprès de celles du fondateur de l'abbaye, saint Éloi, du premier abbé, saint Rémacle, et de l'un de ses plus saints religieux, saint Théau.

C'est là qu'elle est honorée depuis environ plus de mille ans.

 Ses restes précieux sont mentionnés dans le catalogue des reliques de l'abbaye qui y a été conservé pendant de longs siècles.

 

 Une bulle du pape Eugène III, l'illustre disciple de saint Bernard, datée d'Auxerre l'an 1147, mentionne le monastère de sainte Fauste parmi ceux qui étaient exemptés de la juridiction épiscopale et qui dépendaient directement du Saint-Siège.

 

Enfin, dans le catalogue des fêtes du monastère de Solignac, la fête de sainte Fauste est classée au 15 juin, parmi les fêtes de première classe, avec octave, au même rang que les fêtes les plus solennelles de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge, de saint Pierre et saint Paul, de saint Jean-Baptiste et de saint Eloi.

 

Culte de sainte Fauste en Gascogne.

Remarquons, en terminant cette histoire, que dans les honneurs rendus à sainte Fauste, le monastère de Solignac ne faisait que marcher sur les traces du pays qui avait donné naissance à la bienheureuse.

 A peine sa tombe s'était-elle fermée dans le Fezensac qu'elle était devenue glorieuse.

Ses restes vénérés, recueillis comme un trésor par de pieux fidèles, et ensevelis avec honneur, produisirent bientôt comme une céleste moisson de miracles qui attirèrent à sa tombe des multitudes innombrables.

 

Une grande basilique fut élevée sur son tombeau, et plusieurs paroisses se firent honneur de prendre son nom, Sainte- Fauste de Cazaubon, Sainte-Fauste de Lagraulas. Sainte-Fauste de Sos.

 

Quand la basilique, qui avait abrité ses reliques pendant plus de cinq siècles, eut été détruite par les Normands, une chapelle lui fut dédiée dans l'enceinte du cimetière de Vic-Fezensac (2) ; et quand cette chapelle eut été renversée à son tour, elle fut remplacée par une autre qui porta le nom d'un autre martyr du pays, le nom de saint Fris, mais où le culte de sainte Fauste était joint, par une tradition constante, à celui du martyr de Bassoues.

 

Nous en avons un témoignage populaire, mais d'une autorité irrécusable, dans la coutume contractée dans la ville de Vie, de dire des morts, au moment de leurs funérailles, qu'ils étaient portés à Sento Haousto, c'est-à-dire au lieu où est honorée sainte Fauste.

 

 Cette chapelle est demeurée debout jusqu'aux jours néfastes de la Révolution française.

 Le chapitre collégial de Vie était fidèle à s'y rendre tous les ans, le jour de la fête de saint Fris, pour la célébration de ses offices, joignant ainsi, dans un heureux concert, le culte rendu à deux saints qui avaient honoré le pays par leur martyre.

 

 

De Solignac les saintes reliques furent transportées, en 1247, au diocèse de Bourges, dans l’abbaye cistercienne de Notre-Dame de la Prée, près d’Issoudun.

 

« On dit qu'à présent le corps de sainte Fauste et d'Evilasius sont au monastère de la Pree possédé par des Bernardins, et qu'au mesme monastère on garde une ceinture de sainte Fauste, par laquelle Dieu fait de grands miracles, particulièrement envers les femmes enceintes. On n'a pourtant pu savoir par quy, ny comment, ny depuis quand ces saints corps reposent dans ce monastère, seulement qu'ils tiennent cela par tradition. »

 

L’abbaye de La Prée (commune de Ségry, Berry) est une abbaye cistercienne fondée en 1140.

Elle a effectivement reçu des reliques venues d’Aquitaine au XIIIᵉ siècle.

 

Des traditions locales et érudites indiquent qu’on y conservait :

  • les reliques de sainte Fauste, associées à celles d’Evilasius (ou Évilase / Évélase.

 

  • Le 4 janvier est le jour officiel de la fête de sainte Fauste.

 

 

 

La Prée, Pratea, fondée sous le vocable de Notre-Dame avec des moines de Clairvaux par Raoul II d'Issoudun, entre 1127 et 1134.

 

 Le pape Eugène III lui unit le monastère plus ancien de Bois-Dabert (1145).

 

 Il paraît par les lieux réguliers de l'abbaye de La Prée, que ce monastère, où il n'y a que cinq ou six religieux, était autrefois considérable. L'église, les cloîtres, le chapitre et le réfectoire sont voûtés. Le réfectoire grand, large et élevé contenait un grand nombre de religieux.

 

On voit dans l'église, du côté de l'Evangile, un sépulcre de pierre élevé sur six petites colonnes, dans lequel sont les reliques de sainte Fauste et de saint Evilasius.

 

On trouve un règlement du chapitre général de Citeaux de 1240, qui permet aux religieux de la Prée de faire tous les jours mémoire de ces Saints à Laudes, à Vèpres et à la Messe.

 

Le cardinal de Prée, évêque de Bayeux et de Limoges, et abbé commendataire de La Prée (1519), a voulu être enterré aux pieds de sainte Fauste, comme on le voit par son épitaphe.

 

 Dans la croisée est le tombeau du seigneur Gaucher de Passac et dans le collatéral on voit une représentation de celui de Noire-Seigneur, dans lequel il y a un Christ étendu dans un sépulcre de pierre, dont la figure est très belle.

 

 

Martène et Durand parlent de Fauste et Evilasius, martyrisés à Cyzique, en Hellespont, sous Maximien, et honorés le 20 septembre (B. H. L., 2833-2835).

Le douzième jour avant les calendes d’octobre (20 septembre).
 

À Cyzique, la naissance au ciel des saints Fauste, vierge, et Évilasius, sous l’empereur Maximien.

Évilasius lui-même, alors premier officier du palais, ordonna qu’elle fût rasée et tondue pour l’humilier, puis suspendue et soumise aux tortures.
 

À ce moment-là, un éclair jaillit du ciel et frappa un grand nombre des serviteurs.

Ensuite, il ordonna que l’on apportât des coffres, et que Fauste y fût enfermée et immobilisée, afin qu’on la sciât en deux comme du bois ; mais les bourreaux ne purent l’atteindre avec leurs scies.

Devant ce prodige, Évilasius, frappé de stupeur, se mit à croire au Christ.
 

Lorsque cela fut rapporté à l’empereur, celui-ci envoya un préfet, qui fit suspendre Évilasius et le tortura avec violence.

Il ordonna aussi que Fauste fût tirée nue de sa prison, sans aucun vêtement, et que l’on lui perforât la tête et y enfonçât des clous.
 

Puis non seulement la tête et le visage, mais encore la poitrine et tout le corps jusqu’aux jambes furent remplis de clous.

 

Après cela, il ordonna de faire chauffer une poêle (ou plaque de fer) ; mais celle-ci, tandis que Fauste chantait des psaumes, se refroidit.

 

Alors, une voix venue du ciel les appela, et ils rendirent ainsi l’esprit.

 

Fauste avait treize ans, et Évilasius quatre-vingts. (3)

 

Les châsses qui renfermaient les reliques à La Prée, sauvées à la Révolution, furent déposées en 1807 dans l'église de Gouërs, puis en 1820 dans celle de Segry, dont le curé les vendit, en 1858, à Alexandre Du Sommerard pour le Musée de Cluny.

 

L’inscription EVILASIVS FAVSTA, gravée en émail au-dessus du toit de la châsse (voir figure 441), nous fait connaître le nom des personnes qui s’y trouvent représentées : Evilase, prêtre des idoles, chargé le premier en cette qualité, par l’empereur Maximien, du supplice de sainte Fauste, et sainte Fauste, dans la tête de laquelle un bourreau enfonce un clou.

 

 Dans la partie inférieure de la châsse on voit saint Jean et la Sainte-Vierge.

 

 Ces figures sont en relief, en cuivre ciselé et doré, sur un fond d’émail bleu largement décoré de rinceaux terminés par de superbes fleurons bleu foncé, bleu très clair, blanc, rouge, vert et jaune.

 

Le revers porte six grands médaillons à quatre lobes appliqués sur fond de cuivre quadrillé; ces médaillons présentent chacun un ange aux ailes éployées, gravé en réserve sur un fond d’émail rouge ; les lobes sont en émail bleu. Sur les pignons, les apôtres saint Pierre et saint Paul.

 

Le même musée possède une autre châsse d’un travail remarquable, sur l’une des faces de laquelle se trouvent vingt trois figures gravées au trait.

 

 Cette face donne les détails du martyre de sainte Fauste, ainsi que l’indique la légende HOC EST MARTIRIVM BEATE FAV[s]TE .

Mme Marie-Madeleine Gauthier a étudié ces deux châsses en 1972 ; elle date la grande châsse de la troisième décennie du XIIIe siècle, et lui attribue une antériorité de deux décennies sur la petite. (4).

 

Les inscriptions portées sur ces châsses sont les suivantes :

□ Grande châsse [0m43 X 0m51, Inv. Cluny 2826]

HOC EST MARTIRIUM BEATE FAUSTE +

□ Petite châsse [0m36 X 0m46, Inv. Cluny 2827]

EVILAZIUS : [E]T FAUSTA :

 

 

Ces transfert de 864 illustre parfaitement la panique religieuse et stratégique provoquée par les Vikings dans le sud-ouest de la Francie : les communautés monastiques n’hésitent pas à déplacer leurs trésors les plus sacrés pour les soustraire au pillage.

 

 

 

Sources et témoignages

Adémar de Chabannes (Chronique, XIe siècle) mentionne les déplacements des reliques de saint Martial à plusieurs reprises lors des incursions normandes.

Les Annales Lemovicenses et les traditions limougeaudes rapportent ce transfert en 864 comme une mesure d’urgence face aux « païens de la Loire ».

Le cartulaire de Solignac et les vitae locales confirment l’accueil des reliques et le rôle protecteur de l’abbaye pendant cette période troublée.

Les saints du calendrier diocésain d'Auch.... Du 1er janvier au 16 mai par J.-M. Bénac.

 

 

 

Haut Moyen-Age 476 / 987<==

Saint Éloi émailleur du trône du roi Dagobert - de l’Abbaye Saint-Pierre-Saint-Paul de Solignac à l’Abbaye de Saint Denis - Louis VII, Aliénor d’Aquitaine et l’abbé Suger <==

Nous étions Vikings... l'histoire des Vikings dans le Poitou<==

 

 

(1) Nonars, près du château d’Arnac. On voit encore quelques ruines au Puy-d’Arnac, qui est au sommet, tandis que Nonards est au pied de la montagne.

(2). La chapelle fut bâtie d'abord; et puis le cimetière fut établi auprès, contrairement à l'usage qui voulait à cette époque que les cimetières fussent établis auprès de l'église paroissiale.

(3). « XII Kr. OCT. In Cyzico, natale sanctorum Faustae virginis et Evilasii, sub Maximiano imperatore, quam idem Evilasius, cum esset primus palatii, iussit decalvari et radi ad turpiludinem : deinde suspendi ac torqueri : quo tempore, coruscalio de caelis facta multos ministrorum percussit. Deinde iussit loculos afferri et eam immissam ac fixam, quasi lignum secari mediam; sed eam carnifices serris laedere non valebant. Quae inter, stupens Evilasius, Christo credere coepit : et hoc ubi imperatori nuntiatum est, misit praefectum qui eum suspensum fortiter torqueret. Qui etiam iussit Faustam nudam et sine mavorte educi de carcere et ei caput terebrari ac clavis infigi. Cui postmodum, non solum caput et faciès, sed et pectus et totum corpus usque ad tibias, clavis impletum est. Post haec sartaginem iussit igniri : sed haec, illa psallente, refriguit. Haec inter. veniens vox de caelo vocavit eos, et sic tradidenint spiritum. Erat autem Fausta annorum tredecim, et Evlasius octoginta. »

(4). Reliques et authentiques de reliques à l'abbaye Saint-Pierre de Solignac M. Jean-Loup Lemaitre Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France

 

Commentaires
PHystorique- Les Portes du Temps