Juillet 1286 Hommage d’Édouard Ier (Edward I), roi d'Angleterre au roi de France Philippe IV le Bel
Édouard Ier (Edward I), roi d'Angleterre, se trouve à Paris le 17 juillet 1286 pour des raisons diplomatiques majeures liées à sa double position de roi d'Angleterre et de duc d'Aquitaine (incluant la Gascogne), vassal du roi de France.
Voici les raisons principales, confirmées par les sources historiques :
A. Rendre l'hommage lige à Philippe IV le Bel
Philippe IV (Philippe le Bel) avait été couronné roi de France le 6 janvier 1286.
En tant que duc d'Aquitaine (titre qu'il tenait en fief du roi de France depuis le traité de Paris de 1259), Édouard Ier devait effectuer l'hommage pour ses possessions continentales (principalement la Guyenne/Gascogne).
Cet hommage a eu lieu en mai-juin 1286 à Paris (certaines sources précisent le 5 juin).
Il s'agit d'un rituel féodal incontournable, souvent source de tensions entre les deux royaumes.
Ce geste restaure officiellement la relation vassal-suzerain, après le changement de règne en France.
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Le protocole des hommages des rois d’Angleterre aux rois de France est l’un des points les plus sensibles du droit féodal médiéval, car il touche à la double qualité du souverain anglais :
roi indépendant en Angleterre, mais vassal du roi de France pour ses fiefs continentaux (surtout l’Aquitaine).
Je vous expose ci-dessous le protocole juridique, cérémoniel et pratique, tel qu’il ressort des chroniques (Froissart, Walsingham) et surtout des actes diplomatiques.
I. Principe fondamental
Le roi d’Angleterre ne rend jamais hommage pour sa couronne, mais uniquement :
- pour le duché d’Aquitaine / Guyenne (ancien duché de Normandie avant 1204),
- comme duc, non comme roi.
Formule essentielle :
non ut rex, sed ut dux
(« non comme roi, mais comme duc »)
II. Nature de l’hommage
C’est le point de conflit permanent.
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Période |
Type d’hommage |
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XIIᵉ–XIIIᵉ s. |
Hommage lige souvent exigé |
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Après 1259 (traité de Paris) |
Hommage simple, explicitement |
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Après 1369 |
Le roi de France exige le ressort souverain, même sans hommage lige |
III. Protocole cérémoniel
- Le roi d’Angleterre ne porte pas la couronne
- Il vient désarmé
- Il est vêtu en duc d’Aquitaine
- Il s’agenouille
- Le vassal joint les mains
- Le suzerain les reçoit entre les siennes
- Serment oral
« Je deviens votre homme pour le duché d’Aquitaine,
je vous promets foi et loyauté
contre tous, sauf l’honneur de ma couronne. »
La clause de réserve est capitale :
salvo honore regni mei
IV. Lieux habituels des hommages
- Paris (Palais royal ou Parlement)
- Amiens
- Montreuil
- Vincennes
Jamais en Angleterre.
V. Cas concrets majeurs
- Rend hommage pour :
- Normandie
- Anjou
- Aquitaine (par Aliénor)
- Hommage lige, mais fortement contesté
- Hommage à Philippe Auguste à Gisors
- Mal exécuté → justification de la confiscation de la Normandie
Traité de Paris
- Abandon officiel de la Normandie
- Conservation de la Guyenne
- Hommage simple seulement
- Hommage à Philippe III
- Ajoute une réserve écrite :
« sauf ce qui touche à la couronne d’Angleterre »
- Hommage à Philippe VI à Amiens
- Ambigu → conflit direct → guerre de Cent Ans
- Gouverne l’Aquitaine
- Refuse tout ressort judiciaire français
- D’où l’ajournement de 1369
VI. Le ressort judiciaire : le vrai enjeu
Même après hommage :
- Le roi de France revendique le droit d’appel des vassaux aquitains
- Les Anglais refusent
Le lit de justice du 9 mai 1369 affirme :
- que l’Aquitaine reste terre de ressort du Parlement de Paris
- même sans hommage lige
B. Mission diplomatique : Négocier une trêve entre la France et l'Aragon
Édouard Ier jouait un rôle de médiateur dans le conflit entre la France et le royaume d'Aragon, qui durait depuis les Vêpres siciliennes (1282) et la désastreuse croisade d'Aragon menée par Philippe III (père de Philippe IV).
Charles de Salerne (héritier angevin de Naples/Sicile) était prisonnier des Aragonais. Une grande guerre européenne menaçait.
En 1286, à Paris, Édouard Ier réussit à négocier une trêve entre Philippe IV et Alphonse III d'Aragon, qui permit la libération de Charles de Salerne.
Cette médiation était très importante pour Édouard : il voulait éviter une guerre générale en Europe qui aurait menacé la stabilité de ses propres possessions (notamment en Gascogne) et ses projets de croisade.
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17 juillet 1286. Paris Mandement de Liberate ordonnant au Trésorier d'Angleterre de verser à l'abbesse et aux moniales de Saint-Antoine-des-Champs soixante-trois livres vingt deniers sterlings en paiement de deux cent vingt livres et seize sous parisis que feu la comtesse de Leicester leur a légués par testament.
Édouard, par la grâce de Dieu [roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande et duc d'Aquitaine], etc.
Libérez du notre trésor à l'abbesse et aux moniales de Saint-Antoine près de Paris soixante-trois livres et vingt deniers [sterlings], en paiement de deux cent vingt livres et seize sous parisis que Aliénor, autrefois comtesse de Leicester, leur avait légués dans son testament pour les dettes dans lesquelles elle leur était tenue et dans lesquelles nous étions tenus envers ladite comtesse au nom de l'héritier du comte maréchal, pour l'assignation de sa douaire en Irlande et au Pays de Galles, en raison de Guillaume, jadis comte Maréchal, premier mari de ladite comtesse, lesdites lettres patentes des exécuteurs testamentaires de ladite comtesse étant toutefois retenues au préalable, portant quittance qu'ils nous font, à nous et à nos héritiers et à tous autres, de la somme susdite, scellées de leurs sceaux d'exécuteurs et du sceau de l'official de Paris, de telle sorte que les héritiers dudit comte Maréchal soient chargés de la somme que nous avons payée pour eux au même Échiquier [notre].
Témoin moi-même à Paris, le 17e jour de juillet, l'an de notre règne le quatorzième.
En résumé : le 17 juillet 1286, Édouard Ier est encore à Paris (ou dans ses environs immédiats) pour conclure les affaires diplomatiques entamées au printemps : hommage féodal + rôle de médiateur international.
C'est un moment clé de sa politique étrangère, qui montre à quel point il était impliqué dans les affaires continentales, bien au-delà des frontières de l'Angleterre.
Après l'hommage et la médiation à Paris, Édouard ne rentre pas immédiatement en Angleterre.
Il se rend ensuite en Gascogne (son duché) où il reste presque trois ans (1286-1289), pour réorganiser l'administration, renforcer les fortifications et restaurer l'autorité royale anglaise dans la région.
Moyen-Age Classique 1225 / 1329<==
B. Copie contemporaine P.R.O., E 403/1251.
Edwardus, Dei gracia, etc. Liberate de thesauro nostro abbatisse et monialibus Sancti Antonii juxta Parisius .Ixiij. li. et xx. den. pro ducentis et viginti libras et sexdecim solidis Parisiensium quos Alianora (1), quondam comitissa Leycestr., eisdem in testamento suo legaverat pro debitis in quibus eis tenebatur et in quibus eidem comitisse tenebamur vice herede comitis marescalli pro assignacione dotis sue in Hybernia et Westwallia racione Willelmi, dud um comitis Marescalli (2), primi viri sui, retentis tamen prius litteris patentibus executorum predicte comitisse super quietancia quam faciunt nobis et heredibus nostris et aliis quibuscumque de predicta peccunia sigillis eorum executorum et sigillo officialis Parisius signatis, ita quod heredes predicti comitis Marescalli de pecunia ilia quam pro eis in eodem Scaccario [nostro] solvimus onerentur.
Teste me ipso apud Paris., XVII. die julii anno regni nostri quarto decimo.
(1). Aliénor (ou Éléonor) Alias Éléonore d'Angleterre, Aliénor Plantagenêt ou Aliénor de Leicester, deuxième fille de Jean sans Terre et d'Isabelle d'Angoulême, née en 1215.
Elle épousa en premières noces, en 1224, Guillaume le Maréchal (William Marshal), comte de Pembroke.
Après la mort de celui-ci, elle se remaria en 1238 avec Simon de Montfort, comte de Leicester.
Après la bataille d'Evesham (1265) et la mort de Simon, elle se retira en France, où elle prend le voile à l'abbaye de Montargis, un couvent dominicain fondé par Amicie, la sœur de son époux. Elle y meurt le 13 avril 1275 et y est inhumée.
4 août 1265 Bataille d'Evesham- Henri III Plantagenêt liberé et mort de Simon de Montfort
(2). Guillaume le Maréchal (William Marshal earl of Pembroke), comte de Pembroke, né vers 1190, mort sans héritier direct de son corps le 6 avril 1231.
C'est le fils du célèbre Guillaume le Maréchal (le « régent » d'Angleterre), et il fut le premier mari d'Aliénor.
Les dettes et le legs concernent donc des engagements financiers liés à la douaire (dot de veuve) d'Aliénor en Irlande et au Pays de Galles, qui avaient été garantis ou engagés par la Couronne anglaise au profit des moniales de Saint-Antoine-des-Champs (un couvent parisien), et que la comtesse avait légués par testament.