Berkhamsted Castle - Captivité de Jean II le Bon (inhumé le 7 mai 1364)
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L'année 1358 marque un tournant dramatique dans la Guerre de Cent Ans.
La France sombre dans l'anarchie (Jacquerie, révolte d'Étienne Marcel, ambitions de Charles le Mauvais), tandis que les négociations avec l'Angleterre s'enveniment.
Le projet de traité du 8 mai 1358 (premier traité de Londres, prévoyant une rançon colossale de 4 millions d'écus et des cessions territoriales massives) est abandonné face à l'impossibilité de payer la première tranche due en novembre 1358.
En réaction, les Anglais durcissent leur position.
Le 24 mars 1359, Jean II le Bon, toujours captif, signe un second traité de Londres (souvent appelé « sous-seing dolosif » en raison de ses clauses encore plus humiliantes) : cession de vastes territoires (du Poitou à la Gascogne en pleine souveraineté, Calais, Guînes, Ponthieu), rançon maintenue à 4 millions d'écus, et abandon par Édouard III de ses prétentions à la couronne de France au nord de la Loire.
Ce texte, perçu comme une capitulation honteuse, est rejeté par les États généraux et le dauphin Charles (futur Charles V) en mai 1359.
Ce second accord s'inscrit dans les préparatifs d'une grande offensive anglaise : dès l'automne 1358, après le départ des légats pontificaux, Édouard III décide une chevauchée visant Reims (lieu du sacre royal) pour se faire couronner roi de France.
Les instructions sont lancées :
6 décembre 1358 : à la marine pour le « passage » (transport des troupes) ;
2 janvier 1359 : aux archers gallois ;
1er février 1359 : aux autres contingents de gens de guerre.
Édouard III débarque à Calais le 28 octobre 1359 avec une armée imposante, assiège Reims sans succès (décembre 1359–janvier 1360), ravage la Champagne et la Beauce, puis se dirige vers Paris avant d'accepter des préliminaires de paix à Brétigny (8 mai 1360), moins sévères, ratifiés à Calais en octobre 1360 (traité final).
Pendant ce temps, la captivité de Jean II le Bon (capturé à Poitiers en 1356) se durcit progressivement, passant d'un régime relativement confortable à une surveillance accrue pour forcer les négociations :
Mai 1358 : « élargi » (liberté relative).
3 décembre 1358 : ordre de transfert vers le sévère château de Somerton (Lincolnshire).
Initialement séquestré à l'Hôtel de Savoie (Savoy Palace, Londres) sous garde de 70 hommes.
4 avril 1359 : transfert au château de Hertford.
29 juillet 1359 : Somerton Castle. (1)
Bientôt le bruit se répandit que l’ennemi alloit débarquer en Angleterre, et qu’une tentative seroit faite pour la délivrance de l’illustre captif.
Diverse mesures furent prises pour la défense du royaume, et on jugea prudent de transférer le roi Jean dans un lieu plus fort et plus rapproché de Londres que Somerston ;
Jean de Buckingham et Raoul Spigornell (2) furent chargés de le conduire au château de Berkhampstead (3).
Ce mouvement alloit s’exécuter, lorsque le régent apprit la descente d’un parti françois près de Winchelsea, et la destruction de cette petite ville.
L’inquiétude fut grande ; ordre fut aussitôt donné de renfermer partout les prisonniers françois dans des châteaux forts, et d’amener à Londres le roi Jean avec son fils et sa suite. (3)
1er mars 1360 : Berkhamsted Castle (Hertfordshire).
15 mars 1360 : Tour de Londres.
Aujourd'hui, géré par English Heritage (entrée gratuite), le site est un magnifique exemple de château normand évolué, avec ses 11 acres de douves et remblais.
Un lieu idéal pour comprendre l'architecture militaire du Moyen Âge anglais !
En 1263, l’Angleterre est en pleine Seconde guerre des Barons.
Richard de Cornouailles soutient activement son frère Henri III contre Simon de Montfort et les barons rebelles.
Il séjourne régulièrement dans ses résidences, dont Berkamstead.
Hartmann V de Kibourg (Hartmann der Jüngere), noble d’Empire, meurt en 1263, sans héritier direct mâle.
Sa mort ouvre une question successorale sur des fiefs impériaux importants (en particulier en Suisse alémanique).
Rodolphe de Habsbourg (le futur roi des Romains en 1273), dès qu'il apprend la mort de Hartmann le jeune, se rend sans tarder auprès de Richard de Cornouailles, qui est en ce moment occupé à guerroyer contre les barons anglais pour le compte de son frère Henri III, et, le 17 octobre 1263, à Berkamstead, il obtient du roi des Romains l'investiture des fiefs impériaux qui avaient appartenu au défunt Hartmann. (Richard de Cornouailles est élu roi des Romains en 1257.)
Le 8 avril 1364, vers minuit, Jean le Bon s’éteint à Savoy Palace, résidence du roi de France en Angleterre dans sa quarante cinquième années.
Il y résidait depuis son retour volontaire en captivité en janvier 1364, après la fuite de son fils Louis d'Anjou (otage pour la rançon du traité de Brétigny).
La cause officielle est une maladie subite (peut-être une infection ou une affection pulmonaire), sans preuve d'empoisonnement malgré certaines rumeurs ultérieures.
En apprenant la nouvelle, Edouard III, qui n’a jamais eu à se plaindre de la loyauté de Jean le Bon, semble sincèrement affecté.
Les funérailles à Londres
Le corps est embaumé à Londres.
Une cérémonie grandiose a lieu à la cathédrale Saint-Paul (St Paul's Cathedral), avec une profusion de torches (Froissart mentionne 4 000 torches de 12 pieds et 4 000 cierges de 6 livres).
Cette pompe dépasse même celle des Anglais pour les morts de Crécy (1346), comme le notent plusieurs chroniqueurs.
Le corps est ensuite placé sur un chariot funèbre pour le départ.
C’est ensuite la procession vers Douvres débarque à Calais, puis Paris.
Le corps arrive à Paris le 1er mai 1364.
Il est exposé pendant trois jours à l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs (un monastère parisien important), recouvert d’un drap d’or, où le peuple vient se recueillir en grand nombre.
Une messe solennelle est ensuite célébrée à Notre-Dame de Paris, avec participation de la haute noblesse, du clergé et de figures comme Pierre Ier de Lusignan (roi de Chypre, présent à Paris à ce moment).
L'inhumation finale
Conformément aux volontés du défunt, le corps est transféré à la basilique Saint-Denis (nécropole royale).
Il est inhumé le 7 mai 1364, soit exactement trente jours après sa mort (compte tenu du voyage).
Son fils Charles V (qui monte sur le trône en mai 1364) commande peu après un magnifique gisant en marbre blanc, réalisé par André Beauneveu (conservé aujourd'hui à Saint-Denis).
Ce cérémonial funéraire très élaboré, de part et d’autre de la Manche, symbolise à la fois le respect chevaleresque de l’époque et la volonté d’Édouard III de montrer sa grandeur face à un roi vaincu mais honorable.
C’est l’un des rares exemples où un ennemi mort en captivité reçoit des funérailles quasi royales de la part de son geôlier.
(1). Rivers comptes, « particularia compoti » relatifs au séjour du roi Jean à Somerton, et conservés au dépôt de Carlton Ride sous la garde du R. Joseph Hunter
(2). Ce Spigornell étoit depuis quelques temps attaché au service de la surveillance du roi. Plusieurs comptes de frais de voyages faits par lui de Somerton à Londres, et vice et versa sont conservés à Carlton Ride.
(3). Ordre des 14 et 17 mars 1360 (Rymer).