8 janvier 1362 Chapelle Saint-Martin de Cahors - Jean Chandos en présence du maréchal de Boucicaut reçut le serment de fidélité des habitants.
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Chronologie de la mise sous domination anglaise du Quercy et du Rouergue après Brétigny.
Première vague de prises de possession anglaises, deux ans avant la venue personnelle du Prince Noir à Cahors (juin 1364).
Jean Chandos arriva à Cahors, venant de Gourdon.
Lorsqu'il se présenta à l'entrée de la Barre, devant la porte Saint-Michel, si on s'en rapporte au procès-verbal anglais, ou bien devant la porte dite vulgairement des Anciens Augustins, d'après le procès-verbal cadurcien, le samedi après la fête de l'Epiphanie, c'est-à-dire le 8 janvier 1362, il était attendu par le maréchal de Boucicaut, les consuls et une grande multitude de peuple. (79).
Les consuls se montrèrent fort mécontents. Ils lurent un acte d'opposition où ils protestaient de leur fidélité et de leur attachement au roi de France et de leur peine de servir un souverain étranger.
« Nous déclarons, dirent-ils, que ce n'est pas nous qui abandonnons le roi de France, mais lui qui nous livre à un maître étranger ».
Le maréchal de Boucicaut, en vertu de ses lettres de pouvoir, et sur leur demande, déclara les consuls de Cahors complètement dégagés à l'égard du roi de France.
« Ayant de prêter le serment de fidélité, écrit M. Albe, dans son Cahors, ils dirent qu'ils avaient des privilèges et des coutumes, les uns écrits, les autres de tradition, et ils en demandèrent la confirmation ». Chandos le leur promit.
Après avoir lu les lettres du roi de France, le lieutenant d'Edouard III déclara que son maître ajouterait d'autres privilèges.
C'est ce qui explique pourquoi les consuls remirent à Chandos une cédule de demandes auxquelles il répondit, pour les unes, par l'affirmative, pour d'autres, d'une manière vague en disant que le roi « ordonnerait à sa venue », pour quelques-unes, d'une manière négative.
Les barrières furent alors enlevées, les clefs de la porte Saint-Michel furent données au maréchal de Boucicaut qui les remit à Chandos et celui-ci les rendit aux consuls.
Le lendemain, 9 janvier, Jean Chandos prêta serment dans la chapelle Saint-Martin et Boucicaut lui remit la possession de la ville.
Les consuls firent entendre alors une dernière protestation dans laquelle ils réservaient les droits de l'évêque et du Chapitre, ne reconnaissant au roi d'Angleterre que le droit du roi de France.
Le même jour, de concert avec le sénéchal anglais, Hélie de Paumiers, Chandos nomma juge-mage de la sénéchaussée Galhard Alquier, qui était juge du pariage; juge ordinaire de Cahors et de Montauban, Me Jean de Peirat et laissa les autres officiers dans leurs fonctions.
Voici la copie du procès-verbal de la prise de, possession de Cahors, d'après le manuscrit du Musée britannique :
« Le samedi, huitième jour de janvier, 1362, ledit Monseigneur (Chandos) vint à Cahours, à la porte appelée la barre Saint-Michel.
Et icel trouva ledit maréchal (Boucicault) et ledit messire Giraud de Joli (sénéchal du Quercy pour le roi de France), et les consuls et plusieurs des autres habitants de ladite ville.
Lesquieux, consuls, emprez le commande« ment dudit maréchal et emprez plusieurs requêtes faites par lesdits consuls, tant sur la confirmation de leurs privilèges que l'ordonnance de ladite ville et du pays, délivrance d'Anglais, gascons et pilleurs et autres, baillèrent et délivrèrent ladite ville audit maréchal, lequel la bailla audit Monseigneur le lieuteuant, par le consentement desdits consuls et entra dedans et incontinent, fit faire le cri général, à trompes par la ville, de par notre Sire, le roi d'Angleterre, que tous fussent, le dimanche, de dans une heure de présence au grand mostier de Saint-Etienne (cathédrale).
« Le dimanche, neuvième jour de janvier, furent lesdits consuls audit mostier et proposèrent et obligèrent plusieurs privilèges et raisons qu'ils se disaient avoir et offrirent enseigner par escrit desdits privilèges, par quoi ils n'étaient tenus à faire serment, et si tenus y étaient, qu'il le devait suffire que lesdits consuls le fassent pour eux et pour tous les autres.
Auxquelles choses leur fût répondu, par ledit Monseigneur le lieutenant, plusieurs causes et raisons pourquoi ils devaient faire ledit serment, et aussi tout le commun, tout gent d'église comme nobles et autres, nonobstant leurs dits privilèges et raisons.
Et à la parfois, lesdits consuls et autres de ladite ville le firent, desquels les noms arrivent »
Les documents municipaux nous donnent quelques détails sur le patriotique refus des consuls à prêter ce serment.
Ils prétendirent que, d'après le pariage de 1306, le roi de France ne pouvait aliéner ladite ville au préjudice de l'évêque qui en était seul seigneur ; que ledit évêque n'avait appelé en pariage le roi Philippe-le-Bel qu'à la condition que la ville ne changerait point de maître, ce qu'ils déclarèrent publiquement et que c'était avec regret et une grande douleur, qu'ils obéissaient au roi de France dans cette occasion ; et que ce n'était pas eux qui se donnaient au roi d'Angleterre, mais que c'était le roi de France qui les abandonnait à un maître étranger.
Ce qu'ils firent insérer sur l'acte conservé dans les archives de l'hôtel de ville. (1, III, p. 170—5, p. 391—12, II, p. 578.)
Entre la porte Saint-Michel et la tour de Saint-Mary, il y avait une petite tour carrée, puis une seconde pareille, puis une plus haute, dite Crotade ou de Morlas, surmontée d'une salle voûtée ; elle était gardée par cinquante hommes.
Et puis, enfin, deux autres petites tours carrées.
On les voit encore toutes, extérieurement, dans le cimetière.
Le document de 1605 nous apprend que les toitures et les planchers de ces tours avaient grand besoin de réparation. (1, III, p. 242—5, p. 466—50—63.) 4° La grosse tour carrée de Saint-Mary (la poudrière actuelle).
Elle est à l'extrémité de la plaine et domine la rivière. Elle était munie d'un corps de garde et d'un pont-levis et était gardée par soixante-dix hommes.
Le 13 janvier, Chandos confirma les privilèges, par lettres datées de Cahors et adressées au sénéchal de Quercy.
De Cahors, Chandos se rendit à Montauban pour prendre possession de la ville.
De là, il alla à Moissac, où il arriva le 15 janvier.
Il était attendu, à la première barrière de la ville, par Giraud de JoJv, commissaire du roi de France, les consuls, plusieurs religieux cil de nombreux habitants.
Chandos jura de respecter les privilèges, les grâces et les libertés de la ville et la barrière fut ouverte. Le lieutenant du roi d'Angleterre entra aussitôt dans Moissac.
Le lendemain il se trouvait au mostier de l’abaye ou les habitants devaient faire les serementz.
Il eut quelques difficultés avec l'abbé Ratier de Lautrec. Celui-ci voulait que Jean Chandos lui rendit, pour la juridiction de la ville, l'hommage auquel s'étaient assujettis les comtes de Toulouse et plus tard les rois de France.
Le commissaire anglais refusa et l'abbé de Moissac se démit de ses fonctions.
Le 20 janvier il prit possession de Montauban (1),
Le 6 février 1362, Chandos prit possession de Figeac dans l'église des Frères Mineurs.
Le 8 février de Villefranche-de-Rouergue (2)
Le 13 du même mois, il prit possession de la ville de Saint-Antonin.
Le 17 de Millau (3).
Il ne semble pas que le lieutenant du roi d'Angleterre soit allé recevoir le serment des autres villes du Quercy.
Elles durent le prêter entre les mains du sénéchal ou d'autres officiers royaux.
L'évêque de Cahors finit par quitter sa ville d'Albas. Il se relira au château familial de Brengues, d'où il gouverna le diocèse.
C'est de là qu'il data une ordonnance pour remettre en vigueur la discipline ecclésiastique. Il devait y finir ses jours.
La porte Saint-Michel de Cahors : histoire et fonctions
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1. Origine et situation
La porte Saint-Michel était l’une des portes majeures de l’enceinte médiévale de Cahors, située sur le front oriental / sud-oriental de la ville.
- Elle tirait son nom :
- soit de la paroisse ou chapelle Saint-Michel proche,
- soit d’un faubourg Saint-Michel, fréquent dans les villes médiévales.
- Elle commandait l’accès vers :
- la vallée du Lot en aval,
- les routes menant vers Figeac, Villefranche-de-Rouergue et le Rouergue,
- axe stratégique au XIVᵉ siècle.
2. Époque médiévale (XIIᵉ–XIVᵉ siècles)
Enceinte et rôle militaire
- Cahors était protégée par une enceinte fortifiée puissante, renforcée après :
- la croisade albigeoise,
- puis surtout durant la guerre de Cent Ans.
- La porte Saint-Michel était :
- fortifiée (tour(s), herse, vantaux),
- surveillée par des gardes municipaux ou seigneuriaux,
- point de contrôle des personnes, marchandises et troupes.
Rôle administratif et politique
- Comme les autres portes de Cahors, elle servait :
- à la réception officielle de princes ou capitaines,
- à la proclamation d’ordonnances,
- au contrôle fiscal (droits d’entrée).
3. XIVᵉ siècle : période anglaise et troubles
Dans le contexte que vous citez (1362–1368) :
- Cahors est successivement occupée, soumise, puis libérée.
- Les portes, dont Saint-Michel, sont des points clés :
- pour la prise de serment,
- pour les entrées du Prince Noir (1364),
- pour les mouvements de troupes anglaises ou françaises.
Lors des révoltes contre le fouage (1368), les portes jouent un rôle décisif :
- fermeture aux garnisons,
- prise de contrôle par les habitants,
- expulsion ou massacre des Anglais.
Il est très probable que la porte Saint-Michel ait été impliquée dans ces événements, même si les chroniques ne la nomment pas toujours explicitement.
4. Époque moderne (XVe–XVIIIᵉ siècles)
- Avec la pacification du royaume :
- la fonction militaire décline,
- la porte devient surtout un ouvrage de circulation et de péage.
- Des transformations ont lieu :
- élargissements,
- réparations,
- parfois intégration à des bâtiments civils.
5. Disparition et vestiges
- Comme beaucoup de portes urbaines :
- la porte Saint-Michel est démantelée entre le XVIIIᵉ et le XIXᵉ siècle,
- notamment pour des raisons de circulation et d’urbanisme.
- Il n’en subsiste pas d’élévation complète visible aujourd’hui, mais :
- des tracés,
- des noms de rues ou de quartiers,
- parfois des restes de maçonnerie intégrés dans des constructions postérieures.
Importance historique
La porte Saint-Michel n’est pas qu’un élément architectural :
- c’est un lieu de passage stratégique,
- un espace de souveraineté urbaine,
- un théâtre potentiel d’événements politiques majeurs au XIVᵉ siècle.
CHAPELLE SAINT-MARTIN
Une première chapelle Saint-Martin est bien attribuée à saint Didier de Cahors (VIIᵉ siècle).
Au XVIIᵉ siècle, elle n’existait plus qu’à l’état de ruines (témoignage du Fouillé-Dumas).
Elle constitue la pièce principale de la sacristie actuelle. Celle-ci se compose, en réalité, de trois pièces :
1° un péristyle, restauré en 1875, et dont la porte d'entrée est au fond du sanctuaire, du côté de l'épitre; 2° une grande salle, ou ancienne chapelle Saint-Martin ; 3° à la suite une petite salle.
Je crois que la petite salle de la sacristie a été construite, postérieurement à la grande salle, précisément sur l'emplacement des ruines de la première chapelle.
Aucun document ne nous renseigne sur l'origine de la chapelle actuelle; mais son architecture et son ornementation indiquent certainement qu’elle fut construite dans le XIVe siècle, pour remplacer probablement la précédente chapelle du même nom, qui alors devait déjà être en mauvais état.
Elle existait en 1362, puisque c'est dans la chapelle de Saint-Martin de la cathédrale, que Jean Chandos, délégué du roi d'Angleterre, reçut, en grande cérémonie, le serment des consuls et des notables de Cahors.
Elle servait de salle capitulaire et de sacristie.
C'est dans ses murs que se réunissait le chapitre réuni en assemblée électorale pour choisir un nouvel évêque. (1, IV, p. 13).
Ajoutons, enfin, qu'après le pillage et la profanation de la cathédrale par les huguenots en 1580, c'est dans cette chapelle qu'on célébra les offices jusqu'au rétablissement du chœur de la cathédrale (1, IV, p. 264).
Cette chapelle est bien conservée, d'ailleurs.
Les quatre belles fenêtres qui l éclairent rappellent par leur forme, celles de la Sainte-Chapelle de Paris.
« Les murs et la voute d'arête, très élevés, sont ornés de belles peintures exécutées au XIVe siècle.
La décoration de la voûte, seule apparente actuellement, fait vivement regretter qu'on n'ait pas encore jugé à propos d'enlever le badigeon qui recouvre la peinture des murs, On croit que ces dernières reproduisaient la légende de Saint-Martin, si populaire au moyen âge. ) (18 n. p. 48).
« C'est là qu'on conserve certains objets précieux, tels que chapes du XVIIe siècle, d'une richesse d'ornementation merveilleuse Des aubes garnies jusqu'à mi-hauteur en point de Venise et d'Angleterre, attirent l'attention des connaisseurs.
La crosse et deux plaques de gants en cuivre émaillé de Pons d 'Antéjac, sont de curieux spécimens de l'orfèvrerie du XIIIe siècle.
On remarque, parmi les tableaux, le portrait de Dadine d'Hautesserre, peint avec la sainte coiffe sur le poing en souvenir du service qu'il rendit à l’église de Cahors, en sauvant cette précieuse relique du pillage des Huguenots, en 1580.
Il y a aussi le portrait du chanoine d'Hautesserre, mort en 1711.
Enfin, on y conserve une garniture d'autel, chandelier et croix en cuivre ciselé, d'une grande valeur. » (42, p. 57).
Contre le côté est de cette sacristie, en est une autre plus petite, plus basse, avec laquelle elle communique par une porte d'un style un peu plus récent et portant un écusson écartelé : au 1 et 4 un griffon, au 2 et 3 une bande accompagnée de six roses aussi en bandes, dont 3 en chef et 3 en pointes.
Dans le Cahors du Prince Noir, de Chandos, de Walkafara et de la révolte de 1368, les portes sont des instruments du pouvoir autant que des points de rupture.
Le vieux Cahors Joseph Daymard
(1) A. BARDONNET. op. cit.. D. 99.
(2) M. ROUQUETTE, Le Rouergue sous les Anglais, Millau, 1869, pp. 21-22.
(3) Ibid., pp. 34-39. Cf. Bibl. Inguimbertine de Carpentras, ms. 1772, fol. 343.