Niort Donjon Poitevin Plantagenêt l’ancien castellum incendié en 1104 et reconstruction

Le port de Niort est protégé par le Château, formidable bâtisse élevée par les Plantagenets dans la seconde moitié du XIIe siècle, sans doute sur l’emplacement de l’ancien castellum incendié en 1104.

    Cet incendie eut lieu au cours de la lutte entre le comte de Poitou Guillaume VII et le comte d’Anjou Geoffroy Martel. «  M. CIV Multa incendia fuerunt in castellis Toarcii, Nioti et Belverii, «  dit la chronique de Saint-Maixent.

La forteresse sortit promptement de ses cendres, car Guillaume IX signe, le 19 avril 1134, une charte dans la cour du château de Niort, « in aulâ Niortensis castri ». P. Marchegay. Chartes de Fontevrault. Bibl. Ec.

Des Chartes, 1858, p 323, MM. J. Berthelé et A. Richard, tout en étant d’accord sur l’origine anglaise du château, différent sur la date de sa construction. Le premier propose 1155 à 1160 ; le second le croit contemporain de celui d’Ancenis, commencé en 1174. Berthelè. Le Donjon de Niort, p.19. Richard. Histoire des comtes de Poitou, II, p. 177. La Reine Aliénor y a séjourné quelque temps, l’histoire fait mention que cette Reine aimait particulièrement la ville de Niort.

 

Niort l’ancien castellum incendié en 1104 et reconstruction du Donjon Poitevin Plantagenêt

(le Cimetière des Rois d'Angleterre à l’abbaye de Fontevraud)

 

L'année précédente est l'époque de la fondation de l'ordre de Fontevrault, par Robert d'Arbrissel. Il vint prêcher à Niort, et il obtint de la piété des fidèles de cette ville, des aumônes abondantes pour son monastère. ==> Fons-Ebraldi - Robert d'Arbrissel et La légende du bandit Evraud

 

 

On le reconstruisit en pierre et avec une solidité qui lui a permis de braver les siècles et d’arriver jusqu’à notre époque dans un remarquable état de conservation.

Henri II ne fit élever que le donjon du midi ; celui du nord fut construit par son fils Richard, qui relia les deux tours avec un chemin de ronde.

 (Pâques le 5 avril 1170, au château de Niort, Aliénor présente aux barons Poitevins, Richard comte de Poitou âgé de douze ans.)

 

Dressé sur un plateau légèrement élevé au-dessus de la Sèvre, et surveille l’arrivée des barques à plusieurs lieues en aval. Ses deux grosses tours carrées (1), flaquées aux quatre angles de fortes tourelles rondes, et sur chaque face d’un contrefort semi–circulaire, ne sont pas encore réunies par le bâtiment central, qui ne sera élevé qu’à l’époque gothique. Elles sont reliées par des courtines, entre lesquelles s’étend une cour pavée (2). Distantes de 16m, les deux tours sont reliées depuis le 12e siècle par deux courtines parallèles prolongeant leur face nord-ouest et sud-est, elles-mêmes renforcées en leur centre par une sorte de tourelle-contrefort hémicylindrique. Cet intervalle délimitait une cour qui pouvait jouer le rôle de souricière entre les tirs des deux donjons : au 15e siècle, cet espace fut couvert d’une toiture et aménagé en logement.

Plan fortifications château de Niort

Les murs épais de 3,50m sont très soigneusement appareillés. Les ouvertures sont rares sauf sur le mur nord-ouest ou des fenêtres à meneaux ont été percées et des lucarnes ajoutées à la toiture.

Sur la face sud-est, une unique petite porte accessible par une échelle constituait l’entrée, entre le donjon sur et la tour médiane ; elle fut remplacée au 16e siècle par un escalier de pierre adossé à la façade.

Le donjon sud est armé de mâchicoulis bandés sur arcs entre les tourelles-contreforts sur les faces nord-est et sud-ouest. Ce sont là parmi les plus anciens connus. L’intérieur comporte deux étages voûtés en berceau brisé et un troisième sous voûtes en plein-cintre, refaites au 17e siècle.

Le donjon nord s’est effondré en 1749 et fut rebâti alors à l’identique, mais légèrement moins haut.

Il comporte une salle voûtée et deux niveaux de planchers. Le dernier étage est voûté en arc de cloître depuis 1750.

Ce très bel ensemble a perdu son enceinte et son castel d’entrée en 1817.

Classé Monument Historique en 1840, il abrite les collections ethnographique depuis 1896, date du 1er Congrès National d’Ethnographie populaire tenu à Niort sous l’égide de la Société du Costume Poitevin l’origine du musée actuel.

 

 L’entrée se fait par une poterne, ménagée sans la courtine que regarde à ville et protégée par une tourelle (3). Un puits fournit la garnison d’eau potable (4).

 

le donjon de Niort Oeuvre architecturale savante et expérimentale Plantagenêt

Le couronnement des tours supporte sans doute un système de défense fixe et en pierre, présentant quelque analogie avec ce que seront plus tard les machicoulis (5). En outre la base des tours, au moins à cette époque, repose sur un talus destiné à empêcher la sape et à faire ricocher les projectiles (6)

Les abords de la forteresse sont protégés par une enceinte de 700 mètres de circuit, flanquée de douze tours et entourée de larges douves(7). De plus, le fort Foucaud(8), sur un îlot de la rivière, complète la défense et se relie au donjon vraisemblablement par un pont de pierre (9).

Dans cette vaste enceinte s’élèvent des bâtiments d’habitation et de servitude (10), des écuries pour les chevaux du comte (11), un grand bâtiment pour emmagasiner les redevances en grains.

On y trouve même une église,  « Sainct Gaudent on chastel de Niort, » qui existait sans doute avant la construction du château et s’est tourvée englobée dans l’enceinte (12).

fortification du donjon de Niort musée du donjon

 

(Etude Anciennes enceintes Plantagenet du Donjon de Niort Visite Virtuelle)

 

 Une garnison permanente veille sur les tours. Tout un arsenal d’arbalètes, d’armures, de traits, est confié à la garde d’un chef de l’artillerie (13).

Le châtelain ou gouverneur du Château a la surveillance des garennes qui en dépendent sur la rive droite de la Sèvre, le long du chemin qui mène au prieuré de Saint-Martin (14).

Niort l’ancien castellum incendié en 1104 et reconstruction du Donjon Poitevin Aliénor d'Aquitaine

 

Le dernier comte de Poitiers, du nom de Guillaume, eut pour fille Aliénor qui, après la mort de son père, épousa Louis le Jeune, et lui porta en dot la Guienne et le Poitou.

Sous le gouvernement des comtes de Poitiers, l'arrondissement de Niort vit successivement s'accroître sa population et son importance, soit par son goût pour l'agriculture et le commerce, soit par les moeurs affables de ses habitants, soit par la protection spéciale de ses divers souverains.

Ils firent en effet de la ville de Niort, l'entrepôt de la province, pour ses denrées et pour celles de l'étranger. Cet arrondissement cessa bientôt d'être tributaire de l'Angleterre pour le blé, dont le Poitou vint s'approvisionner dans les marchés de Niort.

En 1196, Richard, du consentement d'Aliénor, sa mère, donna l'usufruit du duché d'Aquitaine et du comté de Poitiers, à son neveu Otton, fils du duc de Saxe et de Mathilde sa sœur. Otton, élu roi des Romains, vendit à Richard ses possessions en France, et ne garda le comté de Poitiers que jusqu'à la fin de 1197.

Dès que Richard fut mort, la reine Aliénor se ressaisit de l'Aquitaine et du Poitou, comme d'un bien patrimonial. Elle en fit hommage la même année, dans la ville de Tours, à Philippe-Auguste roi de France, et, peu de temps après, elle s'associa, dans ce duché, son fils Jean-sans-Terre. ==> Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.

Nous avons des actes qu'elle fit seule, l'an 1199, en sa qualité de duchesse d'Aquitaine, et nous en avons d'autres, de la même année, qu'elle fit au même titre, de concert avec le prince Jean.

 

Du nombre des premiers actes, sont deux chartes en faveur de la ville de Poitiers, et la charte de franche-commune accordée à La Rochelle, toutes deux datées de son château de Niort.

 

 

 Le Port de Niort (Portus Niortensis) <==.........==> FORTIFICATION ANCIENNES ENCEINTES DE LA VILLE DE NIORT (plan)

....==> Aliénor d’Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune

Éléonore d’Aquitaine, Richard Cœur de Lion et Le prieuré de Saint-Bibien d'Argenson - Chartes de l’abbaye de Fontevraud <==.... ....==> L'expansion de l'empire Plantagenêt (carte et Donjon de Niort)

 

 

 

 


 

(1)    AU XIIIe siècle, le château, bien que composé de deux tours, est appelé couramment « la tour ». les bourgeois de Niort écrivent à Henri III en 1220 : « Senescallus vester…turrim de Niorto nostrae commisit custodiae . » Royal letters, n° 1035. Peut être faut il voir un souvenir de l’ancien château féodal dans cette appellation qui se retrouve également dans le fief de « latour ». A. Briquet. Fiefs nobles. Mém. Soc. De statistique, 1Er série, VIII, p.110.

(2)    « Pro aula castri Niortensi pavenda. » 1245. Comptes d’Alphonse. Publ. Par Bardonnet. Arch. Hist. Du Poitou, IV, pp.2 à 197 ; VIII, pp. 1 à38.

(3)    « Pro portali aule Niorto tegendo. » 1259. Loc. cit. Cette tourelle a été conservée dans l’addition gothique. On y a percé, à l’époque moderne, l’entrée actuelle. Berthelé. Donjon de Niort, p. 7.

(4)    « Pro puteo curando. » 1247. Loc.cit.

(5)    Les tourelles d’angle sont reliées au contrefort construit sur le milieu de la face par une arcade portant crènelage et laissant entre elle el mur une espace suffisant pour le jet des projectiles. Le Crénelage est moderne, mais il est vraisemblable qu’ila été reconstruit à peu près tel qu’il existait à l’origine. Berthelé, loc. civ, p.7.

(6)    « Pro turre tallendua. » 1246. Comptes d’Alhponse. Cette mention, que M. Berthelé ne semble pas avoir connue, prouve que la base des tours n’a pas toujours été verticale. Il est donc impossible de tirer de l’état actuel des tours un argument pour en reculer la construction avant celles de Château-Gaillard. Berthelè. Donjon de Niort, p 18.

(7)    La doe do chatea, art. 39. Ce mur d’enceinte, démoli en 1817, suivait  les rues Brisson, Thiers, Pasteur, de l’Aabreuvoir. Les tours ne semblent pas avoir porté de noms particuliers. Dans une visite de 1611, l’architecte du roi, Androuet du Cerceau, les désigne par leur situation : Tour vis-à-vis  le jeu de paume, tour vers le logis du sieur de La Barberye, tour de Notre-Dame, tour de Pellet, tour de l’Espingole, tour de la Fontaine, les deux tours de Foucault, tour du moulin, tour du Maire, tour proche la tour du Maire. Arch. Hist. Du Poitou, XXXI, p. 311. En 1493, le comte de réparations au château cite la tour « devers la hasle ». Arch. Hist. Du Poitou, XX, 297

(8)    Chatea Focaut, art. 319.

(9)    « Pro ponte lapidéo sustinendo »,1246 ; « pro poate faciendo de novo, » 1247. En 1493, des réparations visent le pont-levis de Foucault. Arch.du Poitou, XX 297.

(10)    « Pro domibus castri Niortii in adventu domini comitis reparendis , » 1245 ; pro muris magni balli reparendis, » 1246.

(11)    « Pro tabellis pro equis domini comitis subornandis, » 1247 ; « pro expensa XI equorum subjornacium apud Niortum, « 1248.

(12)    Voir VI Les Eglises, p.439.

(13)    Extraits de Comtes : « Pro operatorio magistri Laurentii apud Niortum reparendo, 1245 ; pro quarellis attiliandis apud Niortum et cooperturis novis balistarum quas fecit magister Laurencencius defunctus, 1247 ; pro balisits, quarellis deferendis a Thalemondo usque ad Niortum, id ; pro…quarellis et armaturis per castra portandis, id. » En 1307 »l’artilliateur » de Niort se nommait maitre Jean. Hist. De Fr., XXII, p.554.

(14)    « Guidem servienti custodienti garennam de Niorto, 1259. Comptes d’alphonse : « Huetus, custos garennae de Niorcio », 1308. Hist. De Fr., XXI, p.557. les garennes du roi étaient situées boulevard Main : « une maison avecq ses appartenances de cour et jardi, sis sur le port et havre dudit Nyort ou estaient autrefois les garennes du Chastel. » Déclaration de Fr. Guillemin, apothicaire, 17 mai 1619. Arch.départ. Vienne. C 355-358.

   voici la nomenclature moderne des rues suivies par le mur d’enceinte : rue de l’Espingole, de la Motte du Pin, du Vingt-quatre février, des Piques, avenue de la République, rue des Douves, rue Pluviault, les Casernes, le Jardin public, les quais de la Regratterie, de Cronstadt et de la préfecture.