PLAN DU DONJON CHATEAU DE TIFFAUGES

Devant nous, se dresse le vieux donjon.

- 1 La tour Carrée; 2 Le Vestibule; 3 La Galerie; 4 La Petite Charte; 5 La Grande Cour; 6 La chambre du Seigneur; 7 La Herse; 8 La tour du Pertuis

 

La route que nous suivons a comblé le fossé extérieur de la forteresse, et les décombres accumulés à droite et à gauche nous en masquent les parties latérales. On peut visiter cependant, à gauche, une salle, de cinq mètres carrés, dont la voûte est divisée par un arc à plein cintre, faisant saillie, et reposant sur des consoles.

Cette salle communiquait par un étroit couloir, aujourd'hui en partie comblé, avec l'étage immédiatement supérieur à l'entrée du donjon, et devait servir aux hommes de garde.

donjon château de Tiffauges

La porte d'entrée du donjon regarde le Sud; elle est arquée en double cintre surbaissé, dont les deux rangées parallèles de claveaux sont réunis par des pierres plates noyées dans le ciment. A 3m00 en arrière s'élève un deuxième arc de même forme, puis un troisième, plus élevé, distant de 2m45 du second.

(1) Le bourg de Tiffauges est bâti sur le sommet d'une colline qui domine au sud-est le vieux château, et n'en est séparé que par un ravin comblé par la grande route de Saint-Jean-de-Monts à Cholet. On comprend donc que depuis la découverte des armes à feu le château ait perdu toute son importance, et par suite ait été abandonné.

(2) Le chemin passe entre un pan de muraille dans l'épaisseur de laquelle était établie une sorte de guérite, et entre le rempart extérieur, terminé en une arête vive, et surmonté de consoles supportant une échauguette.

 

Donjon médiéval du Château de Tiffauges

Ces trois arcs successifs supportaient au moins deux étages superposés, et recouvraient le passage, primitivement large de 3m45, qui conduisait de la première enceinte à la cour intérieure.

Plus tard, l’ouverture de ce passage fut rétrécie, au niveau du premier arc, par un placage en maçonnerie, et l'espace libre n'y fut plus que de 2m75 environ (1).

Une herse, descendant obliquement de l'intérieur à l'extérieur, tombait en arrière du premier arc. Il semble même qu'il existait, tant en avant de cet arc qu'en avant et en arrière des deux autres, une double porte consolidée intérieurement par de forts barrages, dont les murs latéraux nous montrent les trous d'appui.

Moines Donjon château de Tiffauges

Pour pénétrer de la première enceinte dans la cour intérieure il fallait donc successivement détruire : la porte extérieure, la herse, un premier barrage, les deux portes du second arc, un second barrage, et enfin les deux portes du troisième arc.

Peut-être y avait-il, entre les arcs, des ouvertures formant mâchicoulis ; en tout cas, il en existait extérieurement, du côté de la première enceinte aussi bien que du côté de la cour intérieure : on les voit encore aujourd'hui.

La défense de l'entrée était formidable pour l'époque.

Si l'on gravit, à gauche (2) les décombres de la cour intérieure on peut pénétrer dans un couloir donnant accès : à droite, à la salle des hommes de garde déjà visitée ; à gauche, à l'étage immédiatement supérieur à l'entrée du donjon.

L'aménagement intérieur de cet étage est détruit : seule, une belle cheminée a victorieusement lutté contre les efforts des siècles.

Le visiteur audacieux qui s'aventurerait sur l'étroite allée formée par l'arc médian de l'entrée, pourrait pénétrer dans le donjon par un couloir voûté. Nous ne conseillerions point de suivre cette voie dangereuse, mais formons le vœu que le propriétaire du château rende cette exploration facile par l'établissement d'une passerelle.

C'est, en effet, le seul point qui permettrait d'entrer dans l'antique forteresse et d'en connaître l'économie intérieure.

Revenons à l'entrée de la cour intérieure.

A notre droite est la face Ouest du vieux donjon. Elle est constituée, du Sud au Nord, par l'entrée principale que nous avons décrite, par une courtine longue de 4m20, flanquée d'une tour aplatie large de 3m90 et faisant 1 mètre de saillie, et enfin, sur une longueur de cinq mètres, par une muraille dont l'extrémité, terminée en une arête vive de fortes pierres de taille, est surmontée des consoles qui y supportaient une échauguette : entre ces consoles était réservé un espace vide rectangulaire pour mâchicoulis.

 

Cette face du donjon n'offre pas le même aspect dans toute son étendue.

La courtine et la tour sont bâties en pierres de granit rectangulaires, grossièrement taillées, et séparées par un lit de pierres plates rappelant le cordon en briques des constructions romaines ; tandis que la muraille qui suit est construite, sans aucune symétrie, en pierres de gros et petit appareil liées entre elles par un ciment puissant.

Cette différence dans la construction indique qu'elle a été effectuée à deux époques différentes, et le sillon que les siècles ont creusé entre la tour et ce que nous avons appelé la muraille, montre nettement qu'elles n'ont été qu'adossées l'une à l'autre.

La façade Nord se poursuit à angle droit avec la muraille. Elle s'étend, de l'ouest à l'est, sur une longueur de quarante mètres, et est séparée de la cour intérieure par une douve pleine d'eau, large de dix mètres, dont la partie ouest a été comblée pour l'établissement de la route que nous avons suivie.

Cette façade Nord, encore surmontée de ses mâchicoulis, a le même aspect de construction que la muraille à laquelle elle fait suite. Elle est flanquée, près de son extrémité Est, d'un avant-corps représenté par une grande tour carrée, saillante de 3 mètres et large de 10 mètres. On y voit les deux sillons parallèles dans lesquels s'engageait le pont-levis relevé, et la porte, primitivement à cintre surbaissé puis rétrécie à linteau, par laquelle on entrait dans la forteresse.

La pile sur laquelle s'abaissait le pont-levis est parfaitement conservée au milieu de la douve. Au-dessus de la tour, était édifiée une très mauvaise construction carrée qui devait être habitée par les hommes d'armes.

La façade Est, est en ruines. Elle est séparée de la cour intérieure par un large fossé qui devait être rempli d'eau, comme nous l'apprend la Popellinière : «  puis le donjon qui est une haute, large, et fort espesse tour estoffée de gros caillous (comme tout le reste du chasteau) et entournée de grans et profons  fossez à fond de cuve, massonnez des deux costez, et remplis d'une eau dormante, rend ceste avenue imprenable, et mesme le Donjon inaccessible, ores que tout le chasteau fut prins. Joint que la porte qui est contre, avec ses triples murailles, semble de soy assez forte pour y défendre l'entrée » (3).

 

Lancelot Voësin, seigneur de la Popellinière, naquit à Sainte-Gemme-de-la-Plaine (Vendée) en 1541, du mariage de Joachim Voësin [on écrit aussi Voysin] et de Marie Le Tourneur. Il se maria, dit-on, deux fois, mais on ne connaît que le nom de sa première femme, Marie Bobineau, d'une famille d'échevinage de la Rochelle. — Voir une notice intéressante sur Pierre Bobineau, maire de la Rochelle, et beau-père de la Popellinière, dans l'histoire de la Rochelle du père Arcère, t. Il, p. 45. Il y renvoie à la Popellinière t. II, fol. 384, de l'édition in-folio de sa vraye et entière histoire, Haultin, la Rochelle, 1581.  

La Popellinière donne de Tiffauges une description d'autant plus exacte qu'il y était venu. Il connaissait Jean de Ferrières, seigneur de Tiffauges et dernier vidame de Chartres, qui, comme lui, avait épousé une Rocheloise nommée Joubert. Si même ils n'étaient pas parents par alliance du moins étaient-ils Huguenots tous les deux.

Dans le livre des Entreprises et ruses de guerre et des fautes qui parfois surviennent es progrès et exécution d'icelles, etc., etc., tiré de l'italien du Saint Bernardin Roque de Plaisance, par le seigneur de la Popellinière, Lancelot du Voësin ; Paris, Nicolas Chesurau 1571, in-4°, on lit la dédicace suivante : A haut et puissant seigneur, messire J. de Ferrières, prince de Chabanais, vidame de Chartres, baron de Tiffauges, Confolens, Loubert, etc., le seigneur de la Popellinière souhaite tout bonheur.

La Popellinière mourut à Paris, le 8 janvier 1608.

 

La façade Sud, si l'on gravit les décombres qui en masquent la plus grande partie, peut encore être reconnue.

Elle est formée, de l'ouest à l'est par trois courtines (de lm50, de 5 m. et de 7 m.) séparées par une tour aplatie, large de 2m40, et par une tour demi-cylindrique de 2m20 de diamètre. Ces deux tours font une saillie de 1m10 ; mais, du côté de la première courtine, — qui la relie à l'entrée du donjon et est élevée sur un plan postérieur de à celui des autres courtines —, la tour aplatie présente une saillie de 2m20.

A l'extrémité Est de la longue courtine existait une large tour aujourd'hui démolie.

Construite uniquement en vue de la défense, cette façade, comme celles dont nous allons parler, ne présente point d'ouverture : on ne saurait, en effet, donner ce nom à quelques baies très étroites ne pouvant éclairer l'intérieur que d'un jour douteux.

La façade Est présente successivement une courtine longue de 6m70, une petite tour de 1m60 de largeur et de 1 m. de saillie, puis une courtine de 4m30 flanquée, à son angle N. E., d'une tour aplatie de 3m70 de largeur.

Un mur de 0m80 d'épaisseur, perpendiculaire à cette dernière courtine, lors de sa jonction avec la tour plate, délimitait un appartement carré (5m80 sur 5m50), adossé au donjon.

On y remarque quelques marches d'un escalier dont nous indiquerons bientôt- là destination.

 

La tour aplatie (angle N. E.) se poursuit à l'ouest, sur une longueur de 3m50, et fait ainsi partie de la façade Nord, laquelle est, en outre, constituée par deux courtines de cinq mètres, reliées entre elles par une tour demi-circulaire de 1m70 de diamètre : elle se termine par une tour aplatie de 2m30 de largeur se continuant sur la façade ouest.

 

Ces façades, Sud, Est et Nord, ont le même aspect que la courtine et la tour plate de la façade Ouest. Elles constituaient par leur ensemble une seule et même construction qui était le donjon primitif, le vieux donjon de Gilles de Rais. Il nous reste à dire comment s'y adaptait la construction plus récente, baignée par la douve, dont nous avons décrit l'apparence extérieure.


 

 

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 (1) C'est probablement lors de la construction des annexes du donjon (V. plus loin) que l'entrée primitive fut ainsi rétrécie. On augmentait les ressources de la défense à l'intérieur en même temps que les difficultés à vaincre pour entrer.

(2) De cet endroit on peut voir, sur la façade Ouest du donjon, à travers une belle fenêtre dont les meneaux forment la croix, un appartement dont la voûte est divisée par un arc saillant, comme celle de la salle des hommes de garde où nous sommes entré. Les autres appartements du donjon devaient être voûtés.

(3) La vraye et entière histoire des troubles et choses mémorables, avenues tant en France qu'en Flandres, et pays circonvoisins, depuis Van 1562, etc. etc. La Rochelle, chez Pierre Davantes, 1573. Petit in-8°. — p. 173.