Le Voyage clunisien du pape Urbain II, l'appel à la première croisade

Le voyage du pape Urbain II en France (août 1095-juillet 1096) 1 et le concile de Clermont qui en fut l'épisode majeur sont des événements assez connus pour qu'il ne soit pas indispensable de donner à cette étude un bien long préambule. Il s'agit surtout de présenter un certain nombre de faits relatifs à ce voyage, à la pensée qui l'a inspiré, à son itinéraire et à ses étapes, aux actes qui l'ont marqué en se bornant à ceux qui ont trait aux relations du pape avec le clergé régulier et séculier de la France du XIe siècle et des pays appelés, plus tard, à constituer l'unité française.

La plupart de ces faits sont aisés à retrouver dans les recueils des actes de la chancellerie pontificale et dans les ouvrages d'érudition. Cependant, leur portée s'élargit et leur austérité s'humanise lorsqu'on y projette la lumière fournie par les indications recueillies sur les hommes qui ont été associés au voyage pontifical et par les précisions que peut donner le recours à l'histoire locale. Ainsi étudié, le voyage d'Urbain II paraît susceptible d'éclairer d'un jour plus vif nos connaissances relatives à la politique pontificale, aux préparatifs de la croisade et à l'ensemble de la lutte menée par l'Église contre les poussées menaçantes de l'Islam.

Il est certain que le but essentiel du voyage entrepris par le pape fut la tenue d'un grand concile en France. De ce concile, qui succédait à celui de Plaisance (mars 1095), les contemporains et les historiens modernes ont surtout retenu l'événement sensationnel que fut la prédication de la croisade. Rarement la politique pontificale avait eu à jouer un jeu aussi serré.

En même temps qu'il sollicitait avec éloquence et avec habileté l'aide des laïques et qu'il songeait à subordonner la fougue des barons à l'autorité des légats, Urbain II déchaînait les foudres de l'excommunication contre Philippe 1er, le souverain du royaume au centre duquel il s'était avancé, et il faisait prohiber, de nouveau, l'investiture temporelle, défendant aux prêtres et aux évêques de faire hommage au pouvoir civil 2.

Deux autres assemblées importantes ont marqué le séjour du pape en France.

La première est celle de Marmoutier, près de Tours (mars 1096), qui confirma les décrets adoptés à Clermont. La seconde est celle de Nîmes (6-14 juillet 1096), à la fin du voyage. Les préférences du pape pour le clergé monastique s'y traduisent par l'adoption du dixième canon, qui affirme que les moines peuvent, comme les clercs, et même « plus dignement », administrer le baptême, la communion et la pénitence. Voici qui nous renseigne sur les tendances de cet ancien prieur de Cluny porté, en 1088, à la dignité pontificale, au terme d'une carrière déjà pleine d'une activité militante en faveur de l'autorité du chef de l'Église solidement appuyée par les ordres monastiques.

 Il apparaît donc que le voyage de 1095-1096 n'a pas eu pour but exclusif la prédication de la croisade. L'activité du pape s'y est manifestée sous des formes multiples dont les analyses qui suivront nous montreront les tendances et les résultats. Les actes de la chancellerie pontificale accusent eux-mêmes, dans leurs préambules, la portée très générale du voyage et, fait à noter, ne font pas allusion à la croisade.

Prenons pour exemple typique le préambule de la bulle du 20 juillet 1096 en faveur des chanoines de Saint-Sernin de Toulouse Factum est cum in partes Gallie pro negotüs ecclesiasticis venissimus 3. Quant à l'activité prédicante du pape, il est curieux de constater qu'elle est relativement mal connue en dehors des harangues de Clermont transcrites sinon dans leur texte intégral, tout au moins dans leur esprit par les historiens de la croisade. Sans doute, le pape a-t-il prêché en personne un peu partout sur son passage Ubicumque fuit praecepit cruces facere hominibus et pergere Terusalem et liberare eam a Turcis et aliis gentibus 4.

Cependant, les sources principales de l'histoire de la croisade sont sobres de détails sur la partie du voyage pontifical qui a suivi le concile de Clermont.

Orderic Vital mentionne le voyage du pape en France dans des termes très généraux, insistant surtout sur la consécration de l'autel Saint-Pierre du monastère de Cluny et de nombreuses basiliques.

Il n'en précise l'itinéraire qu'en ce qui concerne Tours et Angers 5.

La prédication de la croisade par le pape en personne n'est connue avec quelque certitude que pour Limoges et Angers. Pour Limoges, elle est mentionnée par Geoffroy du Chalard et par deux notices limousines 6.

Pour Angers, la source principale est la Gesta andegavensium peregrinorum venit Andegavim papa romanus Urbanus et admonuit gentem nostram ut irent Jerusalem 7. Une allusion plus générale au même fait peut être trouvée dans le cartulaire de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers 8.

On sait, enfin, qu'à Angers le pape a trouvé un collaborateur dans la personne de Robert d'Arbrissel, qui s'est chargé de transmettre l'appel pontifical dans les pays de la Loire 9.

Enfin, Ruinart, auteur d'une vie du pape Urbain II écrite au XVNe siècle, indique en termes très brefs que le pontife a prêché la croisade à la fin de son séjour en France, sans doute au cours du concile de Nîmes, bien que les textes contemporains ne soient pas, sur ce point, très explicites.

 Laissant à des prédicateurs actifs et dévoués le soin de répandre les mots d'ordre préparatoires à l'organisation de l'expédition en Terre sainte, Urbain II poursuivait des négociations multiples que nous nous proposons d'étudier. Il serait fort intéressant de suivre le pape dans ses rapports avec la féodalité laïque appelée à fournir les troupes de choc auxquelles les clercs se chargeaient d'insuffler l'esprit d'obéissance et de sacrifice. On pourrait chercher à savoir en détail dans quelle mesure les enrôlements ont afflué sur le passage du cortège pontifical. Pareille enquête, longue et minutieuse, a été menée au moins pour la région de Saint-Flour 10.

Même réduite aux relations du pape avec le clergé de France, la matière fournie par l'étude du voyage pontifical est abondante. En négociant avec les clercs, réguliers ou séculiers, soit pour défendre leurs intérêts contre les empiétements de la force temporelle, soit pour apaiser certains conflits, soit pour obtenir une aide pécuniaire en échange de faveurs importantes, Urbain II ne perdait pas de vue la préparation de la croisade.

Le succès de celle-ci dépendait de l'union de la chrétienté sous l'autorité de son chef. Par les clercs, on atteignait indirectement les barons, soit par les appels adressés à leur conscience chrétienne et par la perspective d'une ultime récompense, soit plus directement encore par les liens de famille qui unissaient les abbés et surtout les évêques à la chevalerie. On sait, d'ailleurs, par la lettre adressée par l'archevêque de Reims à Lambert, évêque d'Arras, que les prélats convoqués à Clermont avaient mission d'amener avec eux les princes et seigneurs de leurs diocèses.

Ce document cite nommément Baudouin, comte de Flandre 11. Les lettres transmises aux autres évêques devaient comporter des précisions analogues. Ainsi l'étude des négociations qui se déroulèrent en France en 1095-1096, entre Urbain II et le clergé, peut être utile à la connaissance des préparatifs de la croisade.

La première étape connue étant Valence (5 août 1095), des discussions se sont élevées au sujet de la route suivie par le pape avant d'arriver dans la vallée du Rhône. Il était à Asti le 27 juin. Albert d'Aix le fait venir par les Alpes, transactis Alpibus, tandis que Bernold de Constance le fait venir par mer, marino itinere. La première version nous paraît la plus acceptable. On était en été, au moment le plus propice à une traversée des Alpes 12. Aucun texte ne mentionne le passage du pape dans l'une quelconque des villes méditerranéennes où, cependant, Urbain II avait de nombreuses et importantes relations, quand cela ne serait que son légat Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille. Après avoir lancé, du Puy, les convocations au concile, le pape est allé vers Nîmes et Saint-Gilles, où il aurait pu se rendre dès l'abord s'il était arrivé par la côte. Bernold de Constance n'est pas toujours exact en ce qui concerne le voyage d'après lui, Urbain II aurait fêté Noël à Arles (1095), alors qu'en réalité il se trouvait à Limoges. Enfin, il semble probable que le pape, regagnant l'Italie en juillet 1096, a repris la route des Alpes au retour comme à l'aller 13.

Quoi qu'il en soit, cette étape de Valence est déjà importante. Urbain II y rencontra l'évêque Gontard il consacra la cathédrale, le 5 août. Ce prélat, fils d'un comte de Valentinois, était-dévoué au parti pontifical dans un diocèse situé, cependant, en terre d'Empire 14. Il était en relations étroites, peut-être par liens de parenté, avec Adhémar de Monteil, évêque du Puy, futur chef de la croisade, fils, lui aussi, d'une famille noble du Valentinois qui possédait le château de Montélimar 15. De la même région était originaire Hugues de Romans, légat d'Urbain II après l'avoir été de Grégoire VII, parent de Hugues Ier, duc de Bourgogne, qui avait combattu les Sarrasins d'Espagne avant de se retirer à Cluny en 1079. De même que le pape avait été prieur de Cluny, Hugues de Romans avait jadis gouverné le prieuré clunisien Saint-Marcel de Chalon avant d'être évêque de Die (1073-1082), puis archevêque de Lyon. Peu de temps avant le passage du pape, il était à Compostelle 16.

De Valence, le pape se rendit à Romans, dont l'abbaye bénédictine Saint-Barnard était sous la protection du Saint-Siège, tandis que Cluny possédait plusieurs dépendances aux environs. Cette étape avait pour but d'arbitrer un conflit aigu qui opposait Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne (le futur pape Calixte II) et saint Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble, au sujet de l'archidiaconé de Sermorens revendiqué par l'archevêque de Vienne. Celui-ci, fils de Guillaume Tête-Hardie, comte de Bourgogne et parent de l'empereur, était alors en lutte ouverte avec l'autorité pontificale représentée, dans la région, par le légat Hugues de Romans, plus connu sous le titre de Hugues de Die, dont nous parlions à l'instant. Il ne fait pas de doute que les préférences pontificales allaient vers l'évêque de Grenoble. Ce dernier, originaire, lui aussi, du Valentinois, auxiliaire du légat Hugues de Die, avait été, quelques années, moine au prieuré clunisien de la Chaise-Dieu. Il avait fait bon accueil à saint Bruno (qu'Urbain II avait connu dans sa jeunesse à Reims), venu dans son diocèse fonder le monastère de la Chartreuse. Saint Hugues ne cachait pas ses tendances réformatrices et, sans les violences de son adversaire, le conflit eût été immédiatement réglé à son avantage. Pour le moment, l'abbaye Saint-Barnard de Romans fut soustraite à l'autorité de l'archevêque de Vienne, tandis que sa dépendance vis-à-vis du Saint-Siège était confirmée 17. Quant à saint Hugues, il fut chargé, après le concile de Clermont, d'aller prêcher la croisade à Gênes 18. Au cours du concile, le pape se prononça en sa faveur dans la querelle qui l'opposait à l'archevêque de Vienne.

Après ces premières prises de contact, le cortège pontifical quitta la vallée du Rhône et aborda les rudes chemins du Vivarais pour atteindre le Puy-en-Velay par Tournent Il y était arrivé pour les fêtes de l'Assomption que le pape célébra, ayant à ses côtés l'évêque Adhémar de Monteil. Ce dernier devait son élection à l'intervention du légat Hugues de Die. Peut-être, bien qu'un doute légitime subsiste, avait-il été déjà à Jérusalem. Ses relations avec Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et avec la noblesse du Valentinois pouvaient être précieuses pour le projet pontifical et on peut penser qu'il y avait donné son adhésion bien avant le concile de Clermont 20.

Cependant, c'est à Clermont que le prochain concile fut appelé à se réunir, les convocations étant lancées du Puy. Le projet d'expédition armée n'avait pas été tenu absolument secret, puisque les prélats étaient invités à amener les barons. Quant au lieu de réunion, on avait hésité entre le Puy, Vézelay et Clermont. Il est possible que le pape ait craint de s'aventurer jusqu'à Vézelay, trop près du domaine capétien, au moment où se préparait l'excommunication du roi.

Eudes Ier, duc de Bourgogne, avait, certes, donné des preuves de son bon vouloir en allant, comme son prédécesseur Hugues Ier, guerroyer contre les Sarrasins d'Espagne mais on pouvait craindre un coup de force royal 21. Le Puy était un lieu de pèlerinages fréquenté sur la route de Compostelle mais on allégua des raisons d'ordre matériel, l'insuffisance des logements, pour l'écarter.

 

A Clermont, Urbain II était assuré, entre autres avantages, de la fidèle collaboration de l'évêque Durand. C'était, comme le pape, un ancien clunisien. Il avait gouverné le prieuré de la Chaise-Dieu de 1067 à 1078. Peut-être les deux hommes s'étaient-ils connus jadis. Dans ses lettres, le pape appelle Durand carissimus frater, alors qu'il réserve aux autres évêques l'adjectif dilectus. Au cours de son abbatiat, Durand avait eu l'occasion de recevoir à la Chaise-Dieu le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, qui avait fait hommage de son comté à saint Robert, fondateur du prieuré.

Renseigné par Adhémar de Monteil et par Durand, le pape voyait déjà, dans le comte de Toulouse, l'un des grands chefs de l'expédition. C'est sans doute ce qui explique que, ayant arrêté son choix sur Clermont, Urbain II se soit dirigé vers la Chaise-Dieu que gouvernait alors l'abbé Ponce de Tournon, issu d'une noble famille du Dauphiné.

Il y fut reçu, précisément, par Durand qu'accompagnaient Audebert, archevêque de Bourges, et Hugues, évêque de Grenoble, tous trois anciens moines du couvent. Il célébra la dédicace de l'église le 18 août (22). Si soucieux que fût le pape, par ses origines mêmes, de ménager les intérêts clunisiens, il ne pouvait s'affranchir aisément de toutes les sollicitations dont il était l'objet. Si le prieuré de la Chaise-Dieu tendait à secouer la tutelle de Cluny, par contre, il contestait les prérogatives de l'abbaye de femmes de Blesle (Haute-Loire) que sa fondatrice, Ermengarde, avait placée, dès le milieu du IXe siècle, sous la protection exclusive du Saint-Siège. Malgré l'intervention de l'évêque Durand, Urbain II céda aux instances de Florence, abbesse de Blesle, et délia son monastère de toute obédience envers la Chaise-Dieu ou Cluny (la Chaise-Dieu, 18 août 1095) 23.

Le pape était encore à la Chaise-Dieu lorsque, le 23 août, il confirma l'organisation régulière des chanoines de Cahors et les plaça, eux et leurs biens, sous la protection du Saint-Siège. Cette organisation, préparée par l'évêque Géraud de Gourdon, avait été déjà approuvée par saint Hugues, abbé de Cluny. En la confirmant, Urbain II cédait, vraisemblablement, au désir de Géraud de Cardaillac, évêque de Cahors depuis 1093, qui assistait à la consécration de l'église de la Chaise-Dieu. Géraud se rendra, plus tard, en Chypre et à Jérusalem.

Cependant, abordant les montagnes du Gévaudan, le pape se dirigeait vers le Languedoc où l'appelaient, vraisemblablement, d'importantes négociations avec les porte-paroles du comte de Toulouse. Il fit étape au Monastier, près de Chirac (Lozère), où se trouvait un prieuré dépendant de Saint-Victor de Marseille, fondé par Aldebert, évêque de Mende. En présence de celui-ci, il fit consacrer l'église par les prélats de sa suite en même temps, à la requête de Richard, abbé de Saint-Victor et légat pontifical, il plaça le monastère sous la juridiction du Saint-Siège, par l'intermédiaire des chanoines victoriens de Marseille, en dehors de tout pouvoir de l'évêque diocésain 25.

A la fin d'août, le pape était à Nîmes où il sacra le nouvel évêque Bertrand de Montredon  26. Le 1er septembre, il était à Saint-Gilles où il célébra la fête du saint. Il y rencontra l'abbé Odilon, qu'il réconcilia avec l'évêque de Nîmes. Le séjour à Saint-Gilles, long de plus d'une semaine, a dû être mis à profit pour négocier, par l'intermédiaire d'Odilon, avec Raymond de Saint-Gilles, protecteur de l'abbaye 27. De Saint-Gilles, étape habituelle des pèlerins de Terre sainte prêts à s'embarquer dans les ports languedociens, le pape adressait à Ponce, abbé de la Chaise-Dieu, une bulle mettant cette abbaye sous la juridiction du Saint-Siège (7 septembre 1095) 28.

Remontant la vallée du Rhône vers la Bourgogne, le pape suivait la rive gauche du fleuve, à la lisière de l'Empire. En cours de route, il devait marquer, à plusieurs reprises, sa sollicitude envers le clergé régulier, chanoines augustins de Saint-Victor de Marseille ou de Saint-Ruf d'Avignon, ordre naissant de Saint-Antoine, en même temps que pour les chanoines de chapitres cathédraux désireux de se réformer et de s'astreindre à la règle. L'archevêque d'Arles, Gibilin, chargé provisoirement de l'administration du diocèse d'Avignon, venait de fonder à Tarascon un prieuré Saint-Nicolas relevant de Saint-Victor de Marseille.

Le 11 septembre 1095, Urbain II bénit le terrain destiné à l'église et au cimetière en présence du légat Richard, abbé de Saint-Victor, et de Guillaume, abbé de Montmajour.

D'Avignon, où il se trouvait du 12 au 15 septembre, il confirmait la soumission de Montmajour à Saint-Victor de Marseille que Grégoire VII avait déjà ordonnée 30. Il approuvait l'organisation régulière que se donnaient les chanoines de la cathédrale Notre-Dame des Doms en les plaçant sous la protection du Saint-Siège 31. Ayant sans doute reçu au passage les chanoines réguliers de Saint-Ruf, dont il avait officiellement enregistré l'existence en 1092 32, il leur accordait une bulle confirmative datée de Saint-Paul-Trois-Châteaux, 19 septembre 1095 33. Dans cette dernière ville, l'évêque Ponce III du Port était aux prises avec Guillaume, évêque d'Orange. Déjà, par une bulle datée du 17 mai 1095, le pape avait ordonné qu'à la mort de Guillaume le diocèse d'Orange serait uni, comme par le passé, à celui de Saint-Paul-Trois-Châteaux malgré cette décision, Guillaume se dévoua à la cause pontificale. Il partit en Terre sainte avec Raymond, comte de Toulouse, et Adhémar de Monteil, évêque du Puy 34.

Enfin, bien qu'il règne sur les origines de l'ordre charitable de Saint-Antoine une certaine obscurité, il ne serait pas impossible que le passage d'Urbain II à Vienne ait été marqué par des décisions favorables à l'ordre naissant, dont les membres suivaient la règle de saint Augustin. Les reliques de saint Antoine avaient été rapportées d'Orient par un seigneur dauphinois. Leur transfert au lieu-dit la Motte-Saint-Didier devait donner naissance à l'abbaye dite Saint-Antoine-de-Viennois. Dès 1083, Gontard, évêque de Valence, avait voulu soumettre Saint-Antoine à Montmajour, que Grégoire VII subordonnait alors à Saint-Victor de Marseille.

Urbain II aurait confirmé la translation des reliques et marqué ainsi solennellement le lieu de naissance de l'ordre qui s'organisait pour lutter contre le mal des ardents propagé par les pèlerins retour d'Orient. Cette décision prendrait alors, si elle était connue avec plus de certitude, une signification précise 35.

Nous ne savons rien de ce qui a marqué le passage du pape à Lyon, la ville de son légat Hugues. Nous retrouvons Urbain II à Mâcon, le 17 octobre 1095, où il aurait accordé des privilèges aux chanoines réguliers de l'abbaye Saint-Pierre qu'avait gouvernée, au milieu du XIe siècle, Guy de Vergy, moine de Cluny, enterré dans cette dernière abbaye 36. L'évêque Landry de Berzé n'avait pas toujours été en très bons termes avec Cluny, bien qu'il eût deux de ses frères parmi les moines. Il est vrai que de semblables discordes avaient opposé parfois Cluny et le légat Hugues de Die. Malgré son affection pour le monastère dont il était issu, Urbain II avait intérêt à ménager l'évêque de Mâcon.

 Dès son arrivée à Cluny, le 18 octobre 1095, il confirmait les biens et les droits de l'église de Mâcon placée sous la garantie du siège apostolique 37. La venue d'Urbain II à Cluny revêtait l'allure d'un événement de première importance.

Il faut y voir autre chose que le désir du pape de visiter le monastère dont il avait été prieur. Le caractère politique de cette étape est évident. Cluny était alors l'un des centres nerveux essentiels de la chrétienté d'Occident. Après avoir donné à l'Église l'un de ses pontifes les plus éminents, Grégoire VII, Cluny recevait, pour la première fois, un pape sorti, lui aussi, de l'ombre du monastère pour orienter le monde chrétien dans une entreprise inouïe. Associer Cluny au projet de croisade, avant même que les mots d'ordre officiels fussent lancés, c'était, sans aucun doute, mettre au service de l'entreprise un total impressionnant de forces morales et matérielles. Par ce centre émetteur, aux innombrables antennes, on était assuré de voir la parole pontificale transmise, de relai en relai, jusque dans les recoins les plus retirés du monde chrétien.

Nulle part plus qu'à Cluny l'idée de croisade n'était plus en faveur, idée déjà réalisée, dans des proportions plus modestes, sous la forme d'une lutte patiente contre les musulmans d'Espagne. Par l'activité de ses abbés et de ses moines, soutenue par celle des évêques d'Espagne sortis des rangs de l'ordre, Cluny avait acquis une haute expérience de la lutte contre l'infidèle. On savait déjà comment s'y prendre pour lancer sur les routes d'Espagne les chevaliers bourguignons, champenois ou aquitains. Il s'agissait d'étendre le terrain de la lutte et de proposer aux laïques de bonne volonté un objectif plus lointain, mais combien plus séduisant, Jérusalem et le tombeau du Christ 38.

 Les richesses de l'ordre, ou celles qu'il était susceptible de glaner, pouvaient être fort utiles aux organisateurs de la croisade. Les ennemis du pape ne disaient-ils pas que son voyage en France n'était dicté que par son avidité 39?

A de si éminents services devaient nécessairement correspondre d'insignes faveurs. Le 25 octobre 1095, Urbain II consacrait solennellement le maître-autel de la gigantesque basilique entreprise par les soins de l'illustre abbé saint Hugues 40.

A cette occasion, il confirmait les privilèges de l'abbaye placée, dès l'origine, sous l'obédience directe du Saint-Siège, en dépit de l'opposition des évêques de Mâcon. Par un acte spécial, il fixait, le même jour, les limites du « sacré ban » dans l'enceinte duquel l'abbaye jouirait d'un privilège exclusif de juridiction. Plus que jamais, après ces solennités, Cluny va se trouver associée à la croisade. Saint Hugues suivra le pape au concile de Clermont, puis jusqu'à Limoges 41, et nous verrons s'accuser le caractère clunisien du reste du voyage.

Le Pape Urbain II Preside Le Concile De Clermont et prêche la Croisade en Terre Sainte

Avant, cependant, de faire route vers Clermont, le pape se rendit à Autun où il fut reçu par le vieil évêque Aganon. Ce prélat avait fait le voyage à Jérusalem vers 1083-1085. Il se montrait fort dévoué à l'égard de Cluny. Enfin, si l'on en croit une petite chronique de Saint-Bénigne de Dijon, l'idée d'une entreprise vers Jérusalem aurait été déjà agitée au cours du concile tenu à Autun en 1094 42.

Revenant sur ses pas de la Bourgogne à l'Auvergne, Urbain II nemanqua pas de s'arrêter, en compagnie de saint Hugues, au grand prieuré clunisien de Souvigny que gouvernait alors Guy, auparavant comte de Mâcon. Durand, évêque de Clermont, était venu l'y retrouver. Ce séjour date du début de novembre 1095. Ici encore, les faveurs pontificales à l'égard de Cluny se manifestèrent.

Le pape régla un différend qui opposait Souvigny et Archambaud III de Bourbon, acharné à contester les privilèges du prieuré. D'autre part, le pape ordonna le transfert du corps de saint Mayeul dans une partie de l'église jugée plus convenable que celle dans laquelle il reposait, affirmation éclatante de l'intention pontificale d'honorer les grands hommes de Cluny. Enfin, par une bulle datée du Montet-aux-Moines, sur la route de Clermont, 13 novembre 1095, le. pape confirmait les privilèges de Souvigny 43.

Le séjour d'Urbain II au Montet n'est certainement pas sans rapports avec la soumission d'Archambaud de Bourbon. Le monastère du Montet, prieuré de l'abbaye bénédictine de la Cluse, en Piémont, bénéficiait des libéralités des seigneurs de Bourbon. Archambaud II y avait été enterré en 1078. La rédaction au Montet de la bulle confirmative des privilèges de Souvigny, privilèges contestés auparavant par le seigneur de Bourbon, tendrait à prouver que, finalement, les moines avaient gain de cause 44. Il convient d'ajouter qu'Ermengarde, abbé de la Cluse, assistait au concile de Clermont 45. Il n'a peut-être pas été étranger à la visite faite, à la veille du concile, par Urbain II à un important prieuré placé sous le même vocable, Saint-Michel, que l'abbaye mère.

Cependant, le cortège pontifical parvenait à Clermont le 14 novembre. Le pape avait autour de lui Daimbert, archevêque de Pise, Ranger, archevêque de Reggio, Jean, évêque de Porto, qui mourra en cours de route à Saint-Flour, Bruno, évêque de Segni, Gautier, évêque d'Albano, Jean de Gaëte, chancelier pontifical, Milon, évêque de Palestrina, ancien moine de Saint-Aubin d'Angers, etc.

Outre le cardinal-légat Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, fils de Bernard, vicomte du Rouergue, le clergé des diocèses provençaux ou rhodaniens était brillamment représenté. Citons Pierre II, archevêque d'Aix, ancien moine de Saint-Victor, fils de Geoffroy, vicomte de Marseille (46), Bérenger, évêque de Fréjus, fils de Rostan Bérenger, vicomte d'Avignon. Protecteur de Saint-Victor de Marseille, il partira l'un des premiers pour la Terre sainte. Il y avait aussi Désiré, évêque de Cavaillon, qui mourut au cours du concile 47, Gontard, évêque de Valence, Hugues, évêque de Grenoble, Hugues de Die, archevêque de Lyon et légat pontifical, Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne, Guillaume, évêque d'Orange, Ponce, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, déjà cités.

La Bourgogne, que le pape venait de traverser, était représentée par saint Hugues, abbé de Cluny, Jarenton, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, Aganon, évêque d'Autun, Landry de Berzé, évêque de Mâcon. Richer, archevêque de Sens, s'y trouvait aussi, mais en assez délicate posture. Quant à Humbaud, évêque d'Auxerre, tout récemment élu, on ne le verra qu'au concile de Nîmes mais son prévôt Hugues est allé à la croisade 48. De même, Pierre, doyen de l'église de Nevers, est mort sur la route de Jérusalem 49.

Le clergé champenois, au milieu duquel Urbain II, né à Châtillon-sur-Marne vers 1040, avait grandi, était représenté par Renaud, archevêque de Reims. Le pape l'avait connu dans sa jeunesse et l'avait revu à Rome en 1089. A son retour, Renaud, peut-être sur le conseil d'Urbain II, était passé par la Chaise-Dieu d'où il avait ramené des moines clunisiens pour réorganiser l'abbaye Saint-Nicaise de Reims. Il devait mourir à Arras le 21 janvier 1096 50. Il y avait aussi Robert, abbé de Saint-Rémi de Reims, et Gauzmar, abbé du Montier-la-Celle, au diocèse de Troyes 51.

Des diocèses situés en terre d'Empire proche du royaume de France n'étaient venus, on le devine, que peu de prélats. Citons, cependant, Poppon, évêque de Metz, Lanzon, abbé de Saint-Vincent de Metz 52, Manegold de Lutenbach, prévôt de Marbach 53. On peut y ajouter Martin, abbé de Saint-Denis de Mons, et Alard, abbé de Saint-Ghislain-en-Celle. Richer, évêque de Verdun, sacré à Lyon le 25 mars 1095 par Hugues de Die, n'alla pas au concile mais ses légats apportèrent des dons 55.

Il faut noter aussi la présence significative de Pibon, évêque de Toul, Saxon d'origine, ancien chancelier de l'empereur Henri IV, rallié au parti pontifical. Sans l'âge et les infirmités qui l'affligeaient, il eût pris la croix 56. Hugues de Bourgogne, archevêque de Besançon, frère de Guy, archevêque de Vienne, ne vint qu'au concile de Nîmes, en juillet 1096 il prit, cependant, la croix avec son frère Étienne et mourut en cours de route 57.

Par contre, les prélats du nord de la France étaient en assez grand nombre. Il y avait, outre Lambert, évêque d'Arras, dont nous verrons bientôt la situation particulière, Alode, abbé de Saint-Waast d'Arras, Aimery, abbé d'Anchin au diocèse d'Arras, Lambert, abbé de Saint-Bertin, Gérard, évêque de Thérouanne, Gervin, ancien abbé de Saint-Riquier, élu évêque d'Amiens en 1091, grâce à l'appui d'Urbain II, et Roger, tout récemment élu évêque de Beauvais ce dernier prit la croix et fut capturé par les Turcs 58.

Le clergé du domaine royal était fort peu nombreux. Citons, cependant, Jean, évêque d'Orléans, et Hugues, évêque de Senlis 59. Beaucoup de prélats, pris entre deux devoirs ou entre deux craintes, avaient préféré s'abstenir.

Du clergé normand présent au concile de Clermont, il faut détacher la vigoureuse personnalité de l'évêque de Bayeux, Eudes de Conteville, frère utérin de Guillaume le Conquérant. Associé à la conquête de l'Angleterre, il avait été créé comte de Kent et il avait exercé une sorte de vice-royauté. Conseiller du duc Robert, il prendra la croix avec lui et mourra en route à Palerme en février 1097.

Il y avait encore Gilbert, évêque d'Évreux, qui, lui aussi, prit la croix, Gontard, abbé de Jumièges, qui mourut au cours du concile, et Serlon d'Orgères, évêque de Sées, ancien abbé de Saint-Évroult au diocèse de Lisieux 8. Des diocèses de la région de la Loire moyenne étaient venus Hoël, évêque du Mans, qui avait assisté au concile de Plaisance, et des personnages de premier plan tels qu'Yves, évêque de Chartres, et Geoffroy, abbé de Vendôme. Il faut y joindre Raoul d'Orléans, archevêque de Tours, Bernard, abbé de Marmoutier, Étienne, abbé de Noyers, au diocèse de Tours.

 

 

Parmi le clergé angevin figurait Geoffroy, évêque d'Angers, fils de Hugues, seigneur de Mayenne. Il reçut la consécration pontificale à Clermont. Après avoir remis son évêché en 1101, il ira mourir à Cluny en 1103 63. Il amenait avec lui Natalis, abbé de Saint-Nicolas d'Angers.

Baudry, abbé de Bourgueil, le futur historien de la croisade, était également présent 64. De Nantes était venu l'évêque Benoît de Cornouailles, ancien moine de Landévennec, puis abbé de Sainte-Croix de Quimperlé. C'était l'oncle d'Alain Fergent, duc de Bretagne, qui partira à la croisade 65. Le clergé breton, en dehors de lui, ne fut pas nombreux à Clermont. Morvan, évêque de Vannes, et Marbode, de Rennes, ne vinrent qu'au concile de Tours 66.

Audebert de Montmorillon, archevêque de Bourges, avait rejoint Urbain II au Puy. Frère de Gaucher de Montmorillon, il était, comme beaucoup d'autres évêques, d'origine noble. Il avait été tour à tour moine de la Chaise-Dieu, de Saint-Robert d'Andryes, au diocèse d'Auxerre, puis de Saint-Cyprien de Poitiers avant d'être abbé de Déols, puis archevêque de Bourges en 1092. Il n'a peut-être pas été étranger à l'enrôlement de Raoul V Thibaud, seigneur de Déols, parti à la croisade en 1097. Il est à peine besoin de nommer de nouveau Durand, évêque de Clermont, l'auxiliaire zélé d'Urbain II, si ce n'est pour signaler sa mort, dans la nuit du 18 au 19 novembre. Le pape hâta la désignation de son successeur, Guillaume de Baffle, de naissance noble, ancien abbé de Saint-Vosy du Puy 67. Parmi le clergé d'Auvergne, il faudrait encore nommer Pierre de Cizières, abbé d'Aurillac, Ponce, abbé de la Chaise-Dieu, Étienne, prieur de Saint-Flour, Bernard de Chanac, prévôt de Pébrac, etc.

Du Limousin venaient Humbauld de Sainte-Sévère, évêque de Limoges, et son rival Adhémar, abbé clunisien de Saint-Martial, auxquels il faut joindre Géraud, abbé d'Uzerche.

 

Les prélats d'Aquitaine étaient assez nombreux. Il y avait Pierre II, évêque de Poitiers, Pierre, abbé de Charroux, Ramnulfe, évêque de Saintes, Ansculfe, abbé de Saint-Jean d'Angély. Adhémar, évêque d'Angoulême, s'excusa de ne pouvoir venir.

Il était fils du comte Geoffroy Taillefer avant de se faire moine au couvent d'Augustins de Lesterps, il avait guerroyé en Espagne aux côtés de Guillaume VII, duc d'Aquitaine. Dans la correspondance échangée avec Urbain II, celui-ci le loue d'avoir introduit la vie régulière chez ses chanoines 67.

Renaud de Tivier, évêque de Périgueux, fut de ceux qui prirent la croix 68. A ce groupe, il faut joindre Amat d'Oloron, ancien clunisien, évêque d'Oloron de 1073 à 1089, archevêque de Bordeaux depuis 1089, légat du pape pour l'Aquitaine, la Narbonnaise, la Gascogne et l'Espagne, grand organisateur des pays reconquis au- delà des Pyrénées sur les Sarrasins 69.

Citons encore Sanche Ier, tout récemment élu évêque de Lescar, mêlé, lui aussi, de très près à la « colonisation féodale et monastique de l'Espagne du Nord au moment où Gaston V, vicomte de Béarn, allait partir vers la Terre sainte pour consacrer, ensuite, le reste de sa vie à la croisade d'Espagne 70.

Il faut insister sur la présence significative de quelques prélats d'Espagne, plus particulièrement informés des conditions de la lutte contre les infidèles. C'était Bérenger de Rosanes, archevêque de Tarragone depuis 1091, après avoir été évêque de Vich où il avait tenu à imposer la vie régulière à ses chanoines 71. C'était Pierre d'Andouque, d'une grande famille de l'Albigeois, que ses parents avaient donné, tout jeune, à l'abbaye Sainte-Foy de Conques. Depuis 1082, il était évêque de Pampelune et, grâce à lui, l'abbaye de Conques avait multiplié ses possessions en Espagne. Il entretenait d'étroites relations avec Saint-Sernin de Toulouse dont le chanoine Raymond deviendra évêque de Barbastro en 1104 72. Il y avait aussi Bernard de Sedirac, clerc agenais, moine clunisien de Saint-Orens d'Auch, envoyé par saint Hugues en Espagne et créé tour à tour abbé de Sahagun, le Cluny d'Espagne, et archevêque de Tolède 73.

Citons enfin Dalmace, évêque de Compostelle c'était, lui aussi, un ancien moine de Cluny qu'Urbain II et saint Hugues avaient, tout récemment, contribué à faire élire. Il était déjà très mêlé à la lutte que les nobles de Galice menaient contre les Maures du Portugal 74.

Terminons cette rapide revue avec les prélats des diocèses de Languedoc, Adhémar de Monteil, évêque du Puy, Bernard de Provenchères, évêque de Lodève, Godefroy, évêque de Maguelonne, protecteur de Saint-Victor de Marseille et de Saint-Gilles, Bertrand de Montredon, évêque de Nîmes, Dalmace, ancien abbé de Notre-Dame de la Grasse, archevêque de Narbonne, Pierre de Sauve, abbé d'Aniane, Bertrand, abbé du Mas-Garnier, Seguin, abbé clunisien de Lezat, etc.

On ne peut manquer d'être frappé du nombre impressionnant d'évêques sortis des monastères ou des rangs de la noblesse mêlés à la vie féodale et rompus, en même temps, à la discipline monastique, ils pouvaient, par cette double qualité, apporter une aide puissante et efficace à l'entreprise pontificale.

Il ne s'agit pas de refaire ici le récit du concile de Clermont, l'objet de cette étude étant borné aux négociations menées par le pape avec le clergé de France. La question de la primatie des Gaules se posait encore entre les archevêques de Lyon et de Sens. Urbain II décida, à Clermont, en faveur de Hugues de Die, archevêque de Lyon, son fidèle légat, contre Richer, archevêque de Sens. Ce faisant, il confirmait la décision prise en 1079 par Grégoire VII décernant la primatie à Gebuin, archevêque de Lyon. Bien que le ressort et les attributions du primat fussent moins étendus que ceux dont avaient joui, auparavant, les archevêques de Sens, le fait, pour Hugues de Die, de cumuler la primatie des Gaules et les fonctions de légat faisait de lui l'un des tout premiers personnages de l'Église de France 75. Richer payait, en même temps, les conséquences de son attitude trop favorable au roi de France dans l'affaire qui devait valoir à celui-ci l'excommunication. Urbain II, comme Grégoire VII, entendait rappeler à l'ordre ceux des membres du clergé de France qui se montraient trop sensibles à l'influence du pouvoir temporel 76.

Une autre question de primatie qui opposait Raoul d'Orléans, archevêque de Tours, à Roland, évêque de Dol, fut réglée au profit de l'église de Tours, en dépit de la démarche que le prélat breton avait faite auprès d'Urbain II en 1093 77.

Une querelle d'un autre genre divisait le clergé d'Arras et celui de Cambrai. Le clergé d'Arras, désireux de rétablir l'ancien diocèse artésien, avait désigné, en 1093, un évêque qu'Urbain II avait sacré à Rome en 1094. La question est d'autant plus intéressante que l'élu était Lambert de Guines, membre de l'illustre famille des comtes de Guines, parent des comtes de Ponthieu et de Godefroy de Bouillon, protégé de saint Hugues.

 Détail curieux, de toutes les lettres de convocation au concile, la seule qui ait été conservée est précisément celle qui s'adressait à Lambert. On peut penser que le dévouement de l'évêque d'Arras à la cause pontificale a eu d'heureux résultats auprès de la noblesse du Nord et de son illustre parent, le futur avoué du Saint-Sépulcre. D'autre part, Urbain II entendait détacher Arras de la province de Cambrai, trop étroitement inféodée à l'Empire, pour placer le diocèse artésien sous l'autorité de l'archevêque de Reims. En agissant ainsi, le pape n'oubliait pas ses origines champenoises et marquait, du même coup, ses préférences pour l'Église de France 78. Si on en voulait une preuve de plus, il suffirait de rappeler que Gauthier, évêque de Cambrai, ayant protesté contre la reconstitution du diocèse d'Arras et s'étant placé sous la protection impériale, Urbain II l'excommunia au cours du concile de Clermont. Il fut remplacé par Manassès, clerc de l'église de Soissons, devenu archidiacre de Reims, élevé dans le milieu ecclésiastique où le pape avait lui-même grandi avant de se tourner vers Cluny 79.

L'archevêque de Tolède fut chargé d'arbitrer le conflit qui opposait Bertrand, abbé du Mas-Garnier, à Seguin, abbé de Lezat, celui-ci refusant de se soumettre à son rival et s'appuyant, pour protester, sur le fait que son abbaye dépendait de Cluny 80.

La querelle qui opposait Pierre de Sauve, abbé bénédictin d'Aniane, à Godefroy, évêque de Maguelonne, fut réglée par une bulle du 19 novembre obligeant l'abbé à se soumettre à l'évêque 81.

 

Par contre, dans un cas comparable, Urbain II prenait parti pour un abbé contre un évêque également illustres, Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme, et Yves, évêque de Chartres mais Geoffroy avait acquis des titres à la reconnaissance pontificale en défendant Urbain II contre l'antipape Guibert. Il aimait à rappeler qu'il avait été élevé à la prêtrise de la main même du pape. Il obtint le renouvellement de l'exemption, pour son abbaye, de toute juridiction, épiscopale entre autres, exception faite pour celle du Saint-Siège.

Faut-il rappeler que les abbés de Vendôme jouissaient, depuis 1063 au moins, du titre cardinalice attaché à l'église Sainte-Prisce du Mont-Aventin, privilège dont n'étaient même pas investis les abbés de Cluny 81? Sans être à proprement parler une fille de Cluny, l'abbaye de la Trinité avait été peuplée, dès l'origine, par des clunisiens de Marmoutier. Il avait été convenu qu'en cas de contestation pour l'élection de son abbé on ferait appel à Cluny ou à Marmoutier. On conçoit donc que, si grand que fût le crédit de l'évêque de Chartres, les préférences pontificales soient allées ouvertement du côté de l'abbé de Vendôme.

Une bulle du 26 novembre confirma les privilèges de l'abbaye des Dames de Saintes, gouvernée alors par l'abbesse Hersende, qui passe pour avoir appartenu à l'illustre maison poitevine de Lusignan. L'abbaye se trouvait placée sous la protection du Saint-Siège 82.

Deux bulles datées du 29 novembre concernent respectivement le monastère bénédictin de la Trinité d'Aubechies, au diocèse de Cambrai, et celui de Saint-Ghislain en Celle (Belgique), du même diocèse. Les deux monastères voyaient leurs privilèges confirmés ils étaient appelés, d'ailleurs, à fusionner, Aubechies étant rattaché à Saint-Ghislain en 1119 83.

Une troisième bulle confirme l'attribution, faite par l'évêque d'Angoulême au chapitre cathédral, de l'administration des biens possédés par le dit chapitre dans la paroisse de Juillac-le-Coq. Ces biens étaient administrés jusqu'alors par un prévôt à la nomination de l'évêque. On se souvient que, peu auparavant, le pape avait l'évêque pour avoir persuadé ses chanoines de vivre de la vie régulière 84.

Une autre intervention du pape, portant la même date, mérite qu'on s'y arrête. Elle concerne l'abbaye Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou que Geoffroy IV, comte du Perche, avait donnée à Cluny. Cette donation avait soulevé les réclamations de la puissante abbaye Saint-Père de Chartres. Déjà, en 1094, le concile d'Autun avait eu à connaître du litige. Urbain II le trancha, comme on pouvait s'y attendre, en faveur de Cluny, par une bulle adressée à saint Hugues. Il n'est pas inutile d'ajouter que si Geoffroy IV, trop âgé, n'est pas allé à la croisade, son fils aîné Rotrou III a pris part à l'expédition 85.

C'est aussi du 29 novembre 1095 que date la bulle rendue en faveur de Molesmes que dirigeait, depuis 1075, Robert, le futur fondateur de Cîteaux. Saint Bruno, dont Urbain II avait été le disciple, y avait vécu vers 1082-1084. On entrevoit déjà le caractère exceptionnel de ce monastère bénédictin, libre de toute affiliation, placé sous la protection du Saint-Siège, dégagé de toute ingérence de l'évêque de Langres, qui était alors Robert de Bourgogne, frère du duc Eudes. Il est encore trop tôt pour annoncer la naissance de Cîteaux mais on pressent que le pape entrevoit les services que l'Église et l'autorité pontificale peuvent attendre de l'ardeur réformatrice de Robert de Molesmes 86. A Clermont même, le pape intervint pour réfuter les calomnies dont les chanoines de la cathédrale avaient accablé Ponce de Pontgibaud, abbé bénédictin de Saint-Allyre 87.

Du 1er décembre 1095, et toujours de Clermont, date la bulle rétablissant la concorde entre Cluny et son puissant prieuré de la Chaise-Dieu 88.

Il est fort probable que la bulle d'Urbain II confirmant l'affiliation à Cluny de l'abbaye de Mozac (Puy-de-Dôme), affiliation ordonnée par l'évêque Durand, date de l'époque du concile. Déjà, par une lettre datée de Plaisance, mars 1095, le pape avait attribué à Mozac le premier rang parmi les prieurés qui relevaient de Cluny. Ces faits sont

d'autant plus dignes de remarque que, juste à la même époque, saint Hugues plaçait à la tête de l'abbaye de Mozac Eustache de Guines, précédemment prieur de Sauxillanges. Eustache était le fils de Raoul, comte de Guines, et se trouvait ainsi apparenté à Lambert, évêque d'Arras, et à Manassès de Guines, qui partira à la croisade. C'est peut-être, enfin, de l'époque du concile que daterait l'affiliation à Cluny du prieuré d'Ambert 90.

La sollicitude pontificale pour les intérêts clunisiens en Auvergne allait continuer à se manifester dans la suite du voyage. Quittant Clermont le 2 décembre, Urbain II s'arrêtait, le 3, au prieuré clunisien de Sauxillanges. Il en dédicaça l'église, confirmant ainsi l'intérêt qu'il avait manifesté en faveur de Sauxillanges lors d'un conflit récent. Ce conflit opposait les moines clunisiens et les chanoines de Saint-Cerneuf de Billom, qui voulaient occuper leur prieuré Saint-Loup. Une bulle datée de Saint-Flour, 7 décembre, vint confirmer Sauxillanges dans l'ensemble de ses possessions 91. Sauxillanges avait été, autrefois, gouverné par saint Hugues, abbé de Cluny, et, plus récemment, par Eustache de Guines, élevé, depuis, à la dignité d'abbé de Mozac. De Brioude, où il se trouvait les 4 et 5 décembre 1095, Urbain II data un acte de privilèges en faveur de Cluny 92. Il accorda un acte semblable aux chanoines-comtes de Brioude. Saint Odilon, l'illustre abbé de Cluny, avait jadis été élevé à Saint-Julien de Brioude et son propre neveu, Odilon de Mercœur, était doyen du chapitre lors du passage d'Urbain II 93.

Saint-Flour, où le pape arriva le 6 décembre, est une autre étape clunisienne. Le prieuré Saint-Pierre avait été fondé au début du XIe siècle par Amblard de Brezons et saint Odilon. Les relations entre Saint-Flour et Cluny demeuraient fort étroites. Renouvelant en faveur de Saint-Flour les honneurs accordés à la Chaise-Dieu, à Cluny et à Sauxillanges, Urbain II célébra la dédicace de l'église le 7 décembre, à la demande du prieur Étienne II et en présence de Guillaume II, évêque de Mende 94.

Le pape était encore à Saint-Flour le 13 décembre, retardé, peut-être, par la mort de Jean, évêque de Porto, qui fut enterré dans l'église. A cette date le prieuré se vit confirmé dans la possession de l'église Saint-Martin de Chaudesaigues 95.

Quelques jours auparavant, la sollicitude pontificale s'était manifestée, par une bulle du 7 décembre, en faveur de l'abbaye de femmes de Marcigny-les-Nonnains (Saône-et-Loire) et, indirectement, en faveur de Cluny. Marcigny avait été fondée, en effet, par saint Hugues et par son frère Geoffroy de Semur. Leur sœur Ermengarde gouvernait l'abbaye, qui recevait alors de nombreuses veuves ou filles nobles comme le fera Fontevraud quelques années plus tard 96. Parmi celles-ci se trouvait Gisla, mère de Gaston, vicomte de Béarn, un des grands guerriers de la croisade 97.

Il est possible également que, du séjour à Saint-Flour, date l'érection de la communauté de Pébrac en abbaye d'Augustins. Cette communauté, fondée en 1062, protégée par Durand, évêque de Clermont, relevait de Brioude. La Gallia Christiana date son érection en abbaye de 1097. Cependant, Bernard de Chanac, qui fut à la fois abbé des Augustins de Saint-Amable de Riom et prévôt de Pébrac, avait assisté au concile de Clermont Pébrac se trouve à peu de distance de Saint-Flour 98.

Se rendant de Saint-Flour à Aurillac, Urbain II a peut-être visité le prieuré clunisien de Bredons. C'était un prieuré de Moissac qu'avait fondé, vers 1060, l'abbé Durand, qui fut aussi évêque de Toulouse. Deux mois plus tôt, le 15 septembre 1095, l'église de Bredons avait été consacrée par Durand, évêque de Clermont, et saint Hugues, abbé de Cluny. Ces détails rendent plus vraisemblable encore l'hypothèse d'une brève visite pontificale 99.

 

A Aurillac régnait encore l'atmosphère clunisienne. Dès les origines de l'abbaye fondée par saint Géraud, saint Odon, abbé de Cluny, y avait introduit les coutumes et l'esprit du monastère bourguignon. Il avait, un moment, gouverné Aurillac de concert avec l'abbé Arnulphe. Le rayonnement de l'abbaye s'était étendu vers le Midi et la Catalogne. Le pape était assuré d'y retrouver, comme en bien d'autres monastères clunisiens, l'esprit d'entreprise lointaine dont il avait besoin à l'instant même. Le pape consacra l'abbatiale à laquelle l'abbé Pierre de Cizières faisait faire d'importants travaux.

La petite chronique d'Aurillac est muette sur ce point mais une allusion très nette à la cérémonie se lit dans le texte d'une bulle d'Urbain II datée de Crémone, 19 avril 1097 100. De l'Auvergne, le cortège pontifical gagna le Limousin, peut-être par Argentat et Tulle. Il était à Uzerche le 21 décembre. L'abbé Géraud, qui gouvernait l'abbaye, y avait établi, en 1068, la discipline clunisienne avec l'appui d'Adhémar II, vicomte de Limoges. L'abbé aurait souhaité faire consacrer l'abbatiale à laquelle il avait fait faire d'importants travaux; mais les intrigues d'Humbauld de Sainte-Sévère, évêque de Limoges, firent échouer son projet. Cependant, au passage, Bernard, archevêque de Tolède, s'adjoignit le moine Maurice Bourdin il en fera un évêque de Coïmbre (1098), puis un archevêque de Braga (1111). Il ne pouvait prévoir que son protégé deviendrait plus tard l'antipape Grégoire VIII  101.

De grandes solennités devaient marquer le séjour d'Urbain II à Limoges. On devine aisément qu'elles intéressèrent particulièrement la grande abbaye Saint-Martial où l'abbé Adhémar (1063-1114) avait établi, non sans résistances, la discipline clunisienne et vers laquelle convergeaient de nombreux cortèges de pèlerins. Le pape était venu s'y loger. L'abbé était alors en plein conflit avec Humbauld de Sainte-Sévère, l'évêque de Limoges, qui avait obtenu gain de cause à Rome sur production de lettres fausses. L'un des premiers soins du pape, que la chronique de Bernard Itier désigne sous le titre de monacus clurziacensis, fut de déposer l'évêque et de le faire remplacer par Guillaume d'Uriel, prieur de Saint-Martial. Le 29 décembre 1095, Urbain II célébra solennellement la consécration de la cathédrale Saint-Étienne. Le lendemain, le même honneur fut accordé à l'abbatiale placée sous le vocable du Sauveur. Parmi les privilèges de l'abbaye que confirma une bulle datée de Saintes, 12 avril 1096, figurait, pour l'abbé, le droit de remplacer l'évêque absent et de gouverner le diocèse à sa place 102.

Du séjour à Limoges datent deux bulles du 29 décembre 1095 en faveur du monastère clunisien de Saint-Jean d'Angély. L'une subordonnait à Saint-Jean d'Angély les moines de Saint-Cybard d'Angoulême l'autre confiait à la même abbaye le soin de rétablir la discipline à Bassac 103.

Le pape était encore à Limoges quand il accorda une bulle de confirmation des droits et possessions de l'abbaye bénédictine Saint-Martin de Tulle, gouvernée par l'abbé Guillaume, neveu de Bernard, vicomte de Tulle (2 janvier 1096). Saint-Martin de Tulle avait été autrefois gouvernée par saint Odon, abbé de Cluny 104.

Du même jour date un privilège en faveur du prieuré Saint-Nicolas de Mornac, au diocèse de Saintes. C'était, à cette époque, un prieuré clunisien qui devint, en 1141, une dépendance des Augustins de Saint-Ruf 105.

Du Limousin, le cortège pontifical se dirigea vers le Poitou.

Aux confins de la Marche, la magnifique abbaye bénédictine Saint-Sauveur de Charroux fut un lieu d'étape tout indiqué. Le 10 janvier 1096, Urbain II consacra le maître-autel de l'église abbatiale dont l'énorme rotonde était visitée par les pèlerins qui se rendaient de Poitiers à Périgueux ou de Limoges à Saintes 106.

Trois jours plus tard, le pape arrivait à Poitiers le jour de la fête de saint Hilaire, 13 janvier 1096. L'objet principal de la visite pontificale semble avoir été le monastère clunisien de Montierneuf que le comte Guy-Geoffroy-Guillaume avait fondé en 1078.

 Le monastère avait alors pour abbé Géraud, venu de Cluny en 1093 remplacer Guy, le premier abbé, mort à Cluny en 1092. Il aura lui-même pour successeur, en 1096, Létaud, le propre neveu de saint Hugues. C'est assez dire l'importance qu'on attachait à Montierneuf dans les milieux clunisiens.

Urbain II consacra un autel dans l'abbatiale récemment construite et accorda au monastère les privilèges habituels. Cette cérémonie eut lieu le 21 janvier 1096. Le pape retrouva à Poitiers Guillaume VII, comte de Poitou, et l'évêque Pierre II, zélé protecteur des monastères dans son vaste diocèse 107.

Il est assez significatif que les faveurs pontificales n'aient pas été accordées aux autres communautés poitevines. Le cas le plus typique est celui de l'abbaye bénédictine Saint-Cyprien. L'abbé Rainaud II, bien que disciple de saint Robert, le fondateur de la Chaise-Dieu, s'était opposé à la soumission de Saint-Cyprien de Poitiers à Cluny. C'est là, peut-être, la raison de la réserve relative observée par le pape à son égard.

On ne sait rien de plus sur le séjour d'Urbain II à Poitiers, qui dura près d'un mois.

La même incertitude plane sur l'itinéraire suivi entre Poitiers et Angers. L'affirmation de Montalembert, touchant un séjour à Loudun, est vraisemblable si l'on tient compte des distances, bien que Loudun ne soit pas sur la route directe de Poitiers à Angers. Rien ne prouve que les églises Sainte Croix et Saint Nicolas de Loudun aient reçu la consécration pontificale 108.

Le pape a visité l'abbaye bénédictine de Saint-Maur de Glanfeuil, qu'il a affranchie de toute dépendance à l'égard de Saint-Maur des Fossés il y a institué l'abbé Girard mais il est difficile de préciser si ce passage a précédé ou suivi l'importante étape d'Angers 109.

Bannière Mélusine - Faucon Noir Croisade - Le Bal des hommes sauvages, tapisserie appartenant à l'église de Notre-Dame de Nantilly

(Croisade de Guillaume IX le troubadour, Bannière Mélusine - Faucon Noir Croisade - Le Bal des hommes sauvages, tapisserie appartenant à l'église de Notre-Dame de Nantilly. 37 tapisseries de Saumur en exposition à l'abbaye de Fontevraud )

L'intérêt du séjour pontifical à Angers semble avoir été concentré autour de l'abbaye Saint-Nicolas. C'était un monastère bénédictin fondé, au début duXIe siècle, par Foulques Nerra. ==>La rose d’or d’Urbain II, Foulques Nerra et Robert d’Arbrissel

Les premiers moines étaient venus de Marmoutier, qui représentait l'organisation clunisienne en Touraine. Dans la suite, ceux-ci avaient été remplacés par des Bénédictins de Saint-Aubin d'Angers non affiliés à Cluny. Le 10 février 1096, le pape célébra la dédicace de l'abbatiale et ordonna le transfert du corps de Geoffroy Martel de la salle capitulaire dans la nef de l'église. Rappelons que, la veille de sa mort, le comte d'Anjou s'était dépouillé de toute qualité séculière et s'était fait moine de l'abbaye 110.

C'est à cette occasion qu'Urbain II entra en relations avec Robert d'Arbrissel. Il le nomme "missionnaire apostolique" avec la permission de prêcher "per universum mundum" et le chargea de la prédication de la croisade dans les pays de la Loire en échange de tels services, il approuva la fondation de l'abbaye augustine de la Roë sur l'emplacement d'un ermitage fondé, dans la forêt de Craon, par le moine breton, en 1091. Au risque d'anticiper sur les faits, peut-on ne pas rappeler que, quelques années plus tard, naîtra Fontevraud, monastère mixte, chef d'ordre, fruit d'une initiative hardie de Robert d'Arbrissel 111?

Un curieux incident marqua le séjour du pape à Angers. Pour des raisons ignorées, les moines de l'abbaye Saint-Aubin refusèrent la consécration pontificale pour leur monastère, alors que le pape avait été invité à procéder à cette cérémonie par le cardinal Milon, évêque de Palestrina, ancien moine de l'abbaye 112. Auraient-ils trouvé excessives les exigences de la trésorerie pontificale? Cela n'empêchera pas, d'ailleurs, Urbain II de confirmer les possessions de Saint-Aubin par une bulle datée de Saintes, 14 avril 1096 113.

D'Angers, la chancellerie pontificale a expédié d'autres actes qui méritent mention.

Le 6 février, Urbain II confirma l'élection de Manassès de Châtillon à l'archevêché de Reims. Il s'agissait de remplacer Renaud, qui venait de mourir à Arras 114. Le nouvel élu était un compatriote d'Urbain II, né, précisément, à Châtillon-sur-Marne. Manassès était un ami de saint Bruno et du légat Hugues de Die. Son élection fut chaudement appuyée auprès du pape par Lambert, évêque d'Arras, et saint Yves, évêque de Chartres 115.

Le 10 février, le pape recommanda à Philippe, évêque de Châlons, fils de Thibaud III, comte de Champagne, l'église Saint-Nicolas-en-Lieu, dans la forêt de Trois-Fontaines, dont les religieux vivaient sous la tutelle de Raoul, abbé de Saint-Vanne de Verdun 116.

Cet acte fait plus que traduire les préoccupations champenoises du pape. En effet, les Bénédictins de Saint-Vanne, champions de la réforme clunisienne en Lorraine, avaient eu à lutter contre les évêques de Verdun inféodés à la cause impériale. L'évêque Thierry avait expulsé l'abbé Raoul en 1085, l'obligeant, lui et ses moines, à se réfugier à Saint-Bénigne de Dijon. Richer, successeur de Thierry en 1088, avait permis à Raoul de revenir à Saint-Vanne en 1092 et, peu avant l'acte d'Angers, l'abbé avait rallié l'évêque à la cause pontificale 117.

D'après Ruinart, qui semble avoir mal interprété Orderic Vital, Urbain II se serait rendu d'Angers à Chinon. Cette affirmation est, sans doute, relative à l'intervention du pape dans la vieille querelle qui opposait Foulques le Réchin, comte d'Anjou, à Geoffroy le Barbu, son frère. Geoffroy avait été enfermé à Chinon et ne fut délivré que sur les instances du pape. Mais il est douteux que celui-ci se soit rendu en personne à Chinon.

Quittant Angers et se dirigeant vers le Mans, Urbain II était à Sablé le 14 février 1096, d'où fut datée une bulle en faveur de Saint-Nicolas d'Angers. Peut-être le cortège pontifical a-t-il fait étape à l'abbaye bénédictine de Solesmes, toute proche de Sablé 118. Du 16 au 18 février, il séjournait au Mans. Hélie, comte du Maine, avait pris la croix mais ses démêlés avec le duc de Normandie devaient lui donner un prétexte pour ne pas partir. L'évêché du Mans était alors occupé par Hoël. Son frère Geoffroy était moine à Marmoutier. Hoël avait pour archidiacre Hildebert de Lavardin. Celui-ci deviendra évêque du Mans après la mort d'Hoël (29 juillet 1096), puis archevêque de Tours. Hildebert avait connu saint Hugues à Cluny, où il avait séjourné quelque temps alors qu'il se rendait à Rome en compagnie d'Hoël. Il écrira plus tard la vie du fameux abbé de Cluny 119.

 

Revenant vers les pays de la Loire, Urbain II arriva à Vendôme le 19 février. Ce trajet n'a rien qui doive surprendre si l'on se souvient des liens étroits qui unissaient Urbain II à l'abbé Geoffroy. Le séjour du pape se prolongea jusqu'au 3 mars. Le 26 février, Urbain II consacra le crucifix et un autel en l'honneur de la sainte Croix et de saint Eutrope, dont l'abbaye possédait des reliques 120.

De Vendôme, le pape fit route vers Tours ou, plus exactement, vers le monastère clunisien de Marmoutier, bâti sur la rive droite de la Loire, à moins d'une lieue en amont de la ville.

La réforme clunisienne y avait été introduite en 982 Marmoutier avait compté saint Mayeul parmi ses abbés (982-986). La situation n'était pas sans rappeler celle qui régnait à Vendôme. L'abbé de Marmoutier (c'était alors Bernard de Saint-Venant) était aux prises avec l'archevêque de Tours, Raoul d'Orléans, qui devait son avènement à Philippe 1er. Dès 1090, Hugues de Die avait eu à intervenir et s'était prononcé pour l'abbé. Comme on le devine, Urbain II abonda dans le même sens. Des solennités particulières marquèrent son séjour à Marmoutier. Le 10 mars 1096, il célébra la dédicace de l'abbatiale la veille, Bruno, évêque de Segni, avait consacré la chapelle de l'infirmerie le lendemain, le cimetière des religieux et le cimetière Saint-Nicolas furent bénis. Le pape prêcha au bord de la Loire et confirma publiquement les privilèges du monastère sur lequel s'étendit la protection de Foulques le Jeune 121.

Quant au séjour à Tours, il fut occupé par le règlement de litiges pendants entre l'archevêque, et le chapitre de Saint-Martin et, surtout, par un véritable concile qui confirma les décisions arrêtées à Clermont.

Bien entendu, Urbain II visita le tombeau de saint Martin 122.

De Tours furent datés également un certain nombre d'actes de la chancellerie pontificale. Il s'agit, tout d'abord, d'une bulle confirmant l'attribution du prieuré Saint-Pierre de Binson (Marne) à l'abbaye clunisienne de Coincy, au diocèse de Soissons.

Le texte de la bulle désigne le prieuré comme un patrimoine propre du pape Monasterium sancti Petri apud Bainsonum, patrimonium suum. Nous sommes ici dans le pays natal d'Urbain II, de son nom propre Eudes de Lagery, fils de Miles, seigneur de Lagery 123. Dans sa jeunesse, il avait été chanoine de Reims et chapelain de Thibaud de Pierrepont, évêque de Soissons (1072-1080). C'est à cette époque, en 1077, que la première donation de Binson à Coincy avait été faite par l'évêque Thibaud, vraisemblablement sous l'inspiration de son chapelain déjà dévoué à Cluny.

La bulle datée de Tours, 20 mars 1096, ne faisait que confirmer cette attribution 122. Une autre, portant la même date, renouvelait la protection pontificale en faveur de l'abbaye de Tournus 125.

Le 21 mars, l'abbaye de Charroux vit confirmer ses droits sur celle de Ham 126. L'abbaye bénédictine Saint-Vincent de Metz bénéficia d'un privilège à la même date. Elle était alors gouvernée par l'abbé Lanzon. Celui-ci avait des titres particuliers à la bienveillance pontificale. Il avait pris parti pour Grégoire VII contre l'antipape Clément III. Il avait tenu tête aux partisans de l'empereur mais il avait dû s'enfuir. Invité, en 1086, à rentrer dans son abbaye par le pseudo-évêque Brunon, il avait préféré courir les risques du pèlerinage à Jérusalem. Il n'avait repris possession de son abbaye qu'en 1090, au temps de l'évêque Poppon, très dévoué lui-même au Saint-Siège, réformateur de l'abbaye d'Épinal. Le privilège accordé à l'abbé de Saint-Vincent de Metz, semblable à celui de l'abbé de Saint-Martial de Limoges, comportait le droit de célébrer la messe dans la cathédrale en l'absence de l'évêque 127.

C'est encore un acte relatif à la lutte entre le sacerdoce et l'Empire, et au zèle ultramontain du clergé régulier qu'il nous faut signaler au sujet de l'abbaye alsacienne de Marbach, en date du 24 mars 1096. La protection du Saint-Siège était accordée aux chanoines réguliers de Saint-Augustin de Marbach, gouvernés alors par le prévôt Manegold de Lutenbach, fondateur de l'abbaye vers 1089-1090. Manegold avait déjà ardemment lutté par la parole et par la plume en faveur de la cause pontificale. Il était en correspondance avec Yves de Chartres. L'organisation de Marbach était inspirée de celle des chanoines de Saint-Ruf. L'abbaye alsacienne tendait à essaimer et à multiplier les monastères de même observance. Plus encore, Manegold avait réussi à amener en France Otton de Hohenstaufen, évêque de Strasbourg, qui fit sa soumission à Urbain II à Tours et se montra, ensuite, plein de zèle pour la croisade. Il partit avec Godefroy de Bouillon et mourut au retour 128.

C'est, par contre, une pensée clunisienne qui inspira la bulle qui confirmait la protection pontificale accordée à l'abbaye de Saint-Bertin, 23 mars 1096. A cette époque, l'abbé Lambert, d'une part, la comtesse de Flandre, d'autre part, cherchaient, non sans peine, à placer l'illustre abbaye sous la règle clunisienne. L'intention pontificale est, ici encore, facile à saisir 129.

L'intervention d'Urbain II en faveur de Saint-Bertin concerne une abbaye à laquelle s'intéressait Robert II, comte de Flandre, appelé à jouer un rôle brillant à la croisade. La même remarque s'impose pour la bulle confirmative des privilèges de l'abbaye bénédictine de Corbie, en date de Tours, 25 mars 1096. Corbie, comme Saint-Bertin, bénéficiait de la générosité du comte de Flandre 130.

Cependant, de Tours, Urbain II et sa suite faisaient route vers l'Aquitaine et le Languedoc. Le 29 et le 30 mars, le pape passa une seconde fois par Poitiers. Il y confirma les privilèges de Saint-Martin de Tours et régla les rapports qui devaient unir l'illustre collégiale à l'abbaye bénédictine de Cormery 131.

Avant d'atteindre les grands monastères clunisiens de Saintonge, le cortège pontifical se dirigea vers Saint-Maixent, où il se trouvait le 31 mars.

Bien que la Chronique dite de Saint-Maixent ou de Maillezais soit muette sur ce point, le fait est attesté par une lettre convoquant Richer, archevêque de Sens, et les évêques de France au concile d'Arles et, selon Ruinart, par un privilège en faveur de l'abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil 132. On peut penser, toutefois, que le pape n'a fait que passer à Saint-Maixent sans accorder à cette abbaye les privilèges qu'il réservait à d'autres communautés. La grande abbaye poitevine était alors gouvernée par l'abbé Garnier qui ne semble pas avoir eu d'attaches spéciales avec Cluny mais avant lui elle avait été réformée par l'abbé Benoît (1069-1078), appelé de Cluny par le comte Guy-Geoffroy-Guillaume, puis par Anségise (1080-1087), venu de Marmoutier 133.

Avant d'atteindre Saintes, Urbain II s'arrêta à Saint-Jean-d'Angély. La réforme clunisienne y avait été introduite, au début du XIe siècle, par Odilon, abbé de Cluny, à la demande de Guillaume V le Grand, duc d'Aquitaine. De Saint-Jean-d'Angély fut datée une bulle du 7 avril 1096 en faveur de Montierneuf de Poitiers.

Urbain II était déjà à Saintes lorsqu'il ratifia tous les dons faits à Saint-Jean-d'Angély, entre autres l'église de Bury, au diocèse de Beauvais, donnée par Guy, évêque de cette ville 134.

 A Saintes, le pape retrouvait encore l'atmosphère clunisienne. Guy-Geoffroy-Guillaume, comte de Poitiers, le fondateur de Montierneuf, avait confié à des moines de Cluny le soin d'honorer les reliques de saint Eutrope.

Ayant célébré Pâques à Saintes, le 13 avril, Urbain II consacra l'autel majeur du prieuré clunisien, le 20 avril, en présence de l'évêque Ramnulie 135. Entre temps, la chancellerie pontificale confirma les possessions de Saint-Martial de Limoges (12 avril) 136 et de Saint-Aubin d'Angers (14 avril) 137. Elle s'occupa du différend qui mettait aux prises l'abbaye de Montierneuf et le chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers au sujet du prieuré Saint-Nicolas de cette ville (14 avril) 138. Elle confirma, enfin, les statuts des chanoines de la cathédrale de Reims, statuts que les archevêques devaient jurer de respecter le jour de leur entrée 139.

De Saintes, Urbain II atteignit Bordeaux en compagnie d'Amat d'Oloron, auxiliaire dévoué de la politique pontificale, très mêlé à la lutte contre l'Islam en Espagne. Le 1er mai 1096, le pape consacra la cathédrale de Bordeaux en présence de l'archevêque, qui faisait partie de la suite pontificale depuis le concile de Plaisance 140.

Si l'on en croit la Chronique de Bazas, qui rapporte le fait avec d'assez grosses erreurs de dates, une cérémonie analogue aurait eu lieu à Bazas, au temps de l'évêque Étienne de Sentea son prédécesseur, Raymond le Jeune, avait fait restaurer la cathédrale. La Gallia Christiana est muette sur ce point mais le passage du pape à Bazas, entre Bordeaux et Nérac, n'est pas invraisemblable 141.

Le séjour d'Urbain II à Nérac, en mai 1096, fut marqué par la consécration, en l'honneur des saints Thomas et Nicolas, de l'église du prieuré qui relevait de l'abbaye bénédictine de Condom 142.

Sur le chemin de Nérac à Toulouse, à travers le diocèse d'Agen où pullulaient les établissements clunisiens, Eysses, Moirax, Mézin, etc., le pape s'arrêta, le 5 mai, au prieuré de Layrac qu'avait fondé Hunald, vicomte de Brulhois, avant d'entrer dans les ordres il était le frère de Centulle, vicomte de Béarn, lui-même très généreux à l'égard de Cluny en même temps que fort ardent à la guerre contre l'Islam en Espagne. Hunald était devenu moine de Moissac en 1061, abbé en 1072, et s'était, finalement, retiré à Layrac en 1085. Comme Moissac, Layrac était affilié à Cluny. Le pape consacra l'église du prieuré. Il convient de rapprocher cette faveur de celle que le pape avait accordée au couvent de Marcigny où se trouvait Gisla, épouse de Centulle, mère de Gaston IV, vicomte de Béarn. Rappelons aussi que Sanche Ier, évêque de Lescar, était à Clermont.

Urbain II tendait visiblement à lier à la cause de la croisade, par l'intermédiaire des clercs, la féodalité béarnaise à la fois combattive contre les infidèles et docile au Saint-Siège 143.

De Layrac, le pape donna également son assentiment à l'affiliation à Cluny du prieuré de Saint-Michel de Montaut au diocèse d'Auch. A cette donation était associé Guillaume de Montaut, noble de Gascogne, moine de Cluny, prieur de Saint-Oriens d'Auch, puis archevêque de cette ville. Ami de saint Hugues et d'Amat d'Oloron, Guillaume avait assisté au concile de Plaisance 144.

Parvenu à Toulouse, l'une des grandes étapes du voyage, où il savait rencontrer le comte Raymond IV, dont l'aide lui était si précieuse, Urbain II ne perdit pas de vue l'un des buts de ses pérégrinations à travers la France centrale et méridionale, les négociations avec les abbayes.

Dès le 7 mai, une bulle adressée aux évêques Isarn de Toulouse, Simon d'Agen, Géraud de Cahors et Raymond de Lectoure, tout dévoués à la réforme clunisienne, invita ces derniers à aider l'abbaye de Moissac à récupérer ses possessions. Sans tarder, il se dirigea vers la splendide abbaye des rives du Tarn, qu'une charte du XIe siècle qualifie de métropole de l'ordre de Cluny en Languedoc. Saint Hugues de Cluny l'accompagnait.

L'abbé Ansquitil gouvernait alors Moissac. Urbain II l'avait déjà défendu contre une rébellion des moines qui voulaient lui opposer un autre abbé. Le pape confirma les immunités accordées par ses prédécesseurs. Comme il l'avait déjà fait à Vendôme, il consacra un autel à la sainte Croix. Bernard, archevêque de Tolède, recruta le moine Géraud dont il fera un chantre de sa cathédrale, puis un évêque de Braya 145.

Urbain II était encore à Moissac le 13 mai 1096, date que porte une bulle en faveur de l'abbaye Saint-Orens d'Auch, prieuré clunisien qu'avait précisément gouverné Bernard de Sédirac avant de devenir abbé de Sahagun, puis archevêque de Tolède. La bulle pontificale confirma l'affiliation à Cluny, qui datait de 1068, et précisa le privilège de l'abbaye au sujet de son cimetière contre les prétentions de l'archevêque d'Auch et de ses chanoines 146.

De retour à Toulouse, le pape accorda à Cluny une nouvelle grâce en lui soumettant, par une bulle du 23 mai à laquelle était associé Raymond, comte de Toulouse, la grande abbaye de Beaulieu-en-Limousin. Déjà, Grégoire VII avait tenté de soustraire ce monastère à l'influence des laïques, particulièrement celle de Hugues de Castelnau. Les moines avaient vivement résisté. L'intervention d'Urbain II fut décisive 147. Le 24 mai, au milieu d'une nombreuse assemblée d'évêques et d'abbés, Urbain II procéda à la consécration solennelle de la collégiale Saint-Sernin dont l'évêque de Toulouse, Isarn de Lavaur, avait jadis été prévôt. En 1083, il avait voulu y introduire des Clunisiens de Moissac, sans succès. Il avait, par contre, réussi à affilier le monastère de la Daurade à Cluny et imposé la vie régulière aux chanoines de la cathédrale Saint-Étienne. La faveur pontificale était assurément bien placée et, par l'évêque Isarn, elle atteignait le comte Raymond. Une bulle datée de Saint-Gilles, 20 juillet 1096, viendra rappeler la cérémonie de consécration en précisant les privilèges qui en découlaient l48.

Le pape était encore à Toulouse quand, le 27 mai, il mit fin, sans doute à la requête de l'évêque Simon, au conflit qui opposait les chanoines de la cathédrale Saint-Étienne d'Agen à ceux de la collégiale Saint-Caprais 149. Il conféra avec Albert, qui gouvernait l'abbaye de Montauban, placée, depuis 1079, sous l'autorité de la Chaise-Dieu 150. Au début de juin, à l'approche du concile qui, prévu d'abord à Arles, devait se réunir à Nîmes, Urbain II se dirigea vers le Bas-Languedoc.

Il était à Carcassonne le 11 juin. Le diocèse était alors gouverné par l'évêque Pierre II. Celui-ci avait introduit ou rétabli la vie régulière dans le chapitre de sa cathédrale, ainsi qu'à l'abbaye Sainte-Marie-du-Sauveur qui en dépendait. Le pape approuva cette initiative, qui répondait exactement à ses conceptions et à laquelle il avait déjà donné son adhésion dès 1088.

Le 12, il officia à la cathédrale Saint-Nazaire et bénit les matériaux rassemblés pour sa reconstruction, ainsi que le cimetière placé à l'est de l'édifice. Le 13, il célébra la messe à l'abbaye Sainte-Marie et en bénit également le cimetière 151.

De Carcassonne, on voit le pape se rendre à l'abbaye bénédictine d'Alet. Il y aurait réglé, au profit des chanoines de la cathédrale de Toulouse, un différend qui les opposait à l'abbaye de Cluse en Piémont 152.

L'étape suivante, l'abbaye bénédictine de Saint-Pons de Thomières, est plus importante. Celle-ci avait été fondée en 936 par Pons 1er, comte de Toulouse, avec des moines venus de Saint-Géraud d'Aurillac. L'esprit clunisien y régnait. Mieux encore, l'abbaye était gouvernée alors par l'abbé Frotard, légat pontifical. Très mêlé à la fois à la vie religieuse et féodale du Languedoc et de l'Espagne, c'était un collaborateur d'Amat d'Oloron, archevêque de Bordeaux. L'abbaye de Saint-Pons avait reçu des fils de noblesse languedocienne et des princes aragonais. Ici encore, il devait être facile de mettre à profit les liens multiples qui unissaient le clergé monastique et la noblesse languedocienne dans une lutte commune contre l'Islam, même si cette lutte devait avoir des objectifs plus lointains et plus grandioses que ceux qu'on avait visés jusqu'alors. Frotard avait assisté au concile de Plaisance. Urbain II était à Saint-Pons à la fin de juin il y officia pour la fête de saint Jean-Baptiste (24 juin 1096).

Le 28, il arriva à Maguelonne. Le pouvoir pontifical avait là de fortes assises. En 1085, Pierre de Melgueil, comte de Maguelonne, s'était placé sous la suzeraineté du Saint-Siège, suzeraineté déléguée ensuite à l'évêque. C'était alors Godefroy. Il avait introduit la règle dans le collège de ses chanoines. Il n'a sans doute pas été étranger à l'adhésion du vicomte Guilhem V à la croisade. Lui-même partira en Terre sainte. Le pouvoir pontifical avait tout à gagner à s'assurer le dévouement des villes maritimes languedociennes, dévouement qui pouvait être précieux à la veille d'une grande aventure vers l'Orient.

On apprécie mieux ainsi l'importance des faveurs accordées par le pape. Le 29 juin, Urbain II procéda à la consécration solennelle de toute l'île de Maguelonne, y compris les constructions entreprises à la cathédrale par Arnaud, prédécesseur de Godefroy, et poursuivies par celui-ci 154.

Passant par Montpellier le 2 juillet, Urbain II arriva à Nîmes le 5 pour l'ouverture du concile par lequel devait se terminer ou presque son long séjour en France. L'évêque Bertrand de Montredon l'avait rejoint à Maguelonne.

Le 6 juillet, le pape consacra la cathédrale en présence de Raymond de Saint-Gilles, d'Isarn, évêque de Toulouse, et des membres du concile, parmi lesquels il faut noter Pierre-Guillaume, abbé de Cuxa, l'abbé de Ripoll, etc.155. Peu après, Bertrand de Montre don fut transféré au siège de Narbonne, laissé vacant par la mort de l'archevêque Dalmace.

Laissant de côté les décisions de caractère général adoptées par le concile, il nous faut noter quelques actes qui datent du séjour à Nîmes, lequel se prolongea jusqu'au 15 juillet. L'un d'eux concerne l'abbaye clunisienne Saint-Martin-des-Champs de Paris, placée sous l'obédience directe du Saint-Siège. Elle était alors gouvernée par le prieur Ursus, un protégé de saint Hugues 156.

C'est également de Nîmes que fut réglée l'affaire de l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre, gouvernée alors par l'abbé Guibert, qu'Urbain II déposa pour infamie. L'abbaye devait être réformée par des clunisiens de la Chaise-Dieu, de Cluny ou de Marmoutier. Il est de fait que Guibert a été remplacé par un neveu de saint Hugues 157.

L'archevêque de Besançon, Hugues de Bourgogne, présent au concile et prêt à prendre la croix, obtint confirmation des droits de son église 158. Une autre bulle datée de Nîmes mit fin à un long conflit qui opposait les abbayes de Figeac et de Conques.

Depuis le IXe siècle, Figeac était soumise à Conques. Vers 1074, les moines de Figeac, encouragés par leur abbé Ayrald et par un moine de Cluny, Hugues de Calmont, originaire de la région, avaient voulu se placer sous l'obédience clunisienne mais ceux de Conques s'y opposaient. Grégoire VII s'était prononcé en faveur de Conques tout en décidant que, à la mort de l'un des deux abbés, le survivant gouvernerait les deux monastères. Étienne, abbé de Conques, étant mort le premier, Ayrald, abbé de Figeac, ne put se faire reconnaître par l'abbaye rivale. Déjà l'affaire avait été évoquée à Clermont, puis à Limoges. Soucieux de ménager à la fois les Clunisiens de Figeac et la puissante abbaye de Conques, dont l'influence rayonnait sur le Languedoc et au delà des Pyrénées, Urbain II décida, à Nîmes, que les deux monastères vivraient séparément 159.

 

De Nîmes, comme en 1095, Urbain II gagna Saint-Gilles.

Déjà, au concile de Nîmes, Raymond IV, comte de Toulouse, avait dû restituer à l'abbaye des biens usurpés. Urbain II consacra l'autel de la nouvelle basilique le 15 juillet. C'est seulement en 1098 qu'il put apaiser le conflit qui opposait Saint-Gilles et Cluny, Saint-Gilles désirant secouer la tutelle clunisienne à laquelle elle était soumise depuis 1066 160. De Saint-Gilles, le pape confirma, en faveur de l'abbesse Galburge, les privilèges de l'abbaye bénédictine de Juvigny, au diocèse de Trèves 161.

Regagnant les pays du Bas-Rhône, le cortège pontifical atteignit Villeneuve-lès-Avignon dont l'abbaye bénédictine, enrichie par Raymond de Toulouse et gouvernée par l'abbé Pierre Ier, se vit confirmée dans ses privilèges (22-23 juillet) 162.

A la fin de juillet, il était à Cavaillon. De là, le 30 juillet, Urbain II accorda une bulle confirmative des possessions de l'abbaye bénédictine de Montmajour, gouvernée par l'abbé Guillaume. Est-ce en souvenir de ce fait qu'un chapiteau du cloître de Montmajour représente saint Pierre couronné de la tiare comme sur les monnaies papales 163? En dépit de l'opinion de Ruinart, qui parle du passage d'Urbain II à Marseille, où il aurait été somptueusement reçu à Saint-Victor, le pape reprit la route des Alpes. On le trouve encore à Apt où il consacra la cathédrale et l'abbaye bénédictine Saint-Eusèbe, soumise à Saint-Gilles depuis 1032 et gouvernée par l'abbé Geoffroy (5 août 1096) 164. Il gagna, de là, Forcalquier (7 août) 165, puis, repassant les Alpes, il atteignit Asti, Pavie et Milan.

La tournée pontificale en France prenait fin alors que, déjà, les pauvres gens et les barons, rassemblés à l'appel d'Urbain II, partaient pour la grande aventure dont beaucoup ne devaient jamais revenir.

Il est temps de conclure et de dégager, de l'ensemble des faits énoncés ci-dessus, quelques caractères du voyage de 1095-1096.

 La prédication de la croisade, les conciles de Clermont, de Tours et de Nîmes en ont été les traits dominants mais, d'autre part, l'ensemble du voyage est marqué par tout un faisceau de négociations avec des institutions et avec des hommes représentant ces institutions, négociations dont nous avons tenté de reconstituer la trame.

Tout d'abord, le voyage apparaît comme un voyage monastique. Que l'on veuille bien se reporter à la succession des étapes, à la qualité des personnages rencontrés et à la série des actes émanés de la chancellerie pontificale.

La plupart des lieux d'étape sont des monastères. Il y a sans doute, à cela, des raisons matérielles la suite pontificale trouvait, dans les abbayes, des facilités de logement et d'hébergement. Il y a aussi des raisons morales Urbain II y retrouvait l'atmosphère du cloître qu'il n'avait certainement pas oubliée. Peut-on douter qu'il y ait eu, dans ce choix systématique des étapes monastiques, une pensée politique?

Le voyage de 1095-1096 illustre avec une incontestable évidence les tendances suivies par la politique pontificale depuis Grégoire VII. La papauté prend appui sur les ordres religieux aussi bien dans la lutte contre les souverains laïques que dans la lutte contre l'Islam. Les monastères aideront à l'entreprise par leur influence morale, par leurs hommes et, vraisemblablement, par leurs ressources matérielles. Il y avait aussi, cela va de soi, les évêques mais nombre d'entre eux étaient d'anciens moines. Moines, abbés et évêques devaient servir à mobiliser la féodalité laïque à laquelle très souvent ils étaient liés par les liens du sang.

Le voyage pontifical a été, plus particulièrement encore, un voyage clunisien. Le nom de Cluny est revenu tant de fois dans le cours de cette étude qu'on hésite à le répéter encore au moment de conclure.

Dans un nombre extrêmement élevé de cas, ce sont des monastères clunisiens que le pape a visités ou gratifiés de larges faveurs. Ce sont des Clunisiens qui l'accompagnaient. Saint Hugues et Cluny dominent le voyage. Là aussi, il faut faire la part des sentiments personnels d'Urbain II, heureux de se retrouver dans un milieu auquel il devait une grande part de sa formation spirituelle mais on ne peut pas ne pas songer au côté matériel et politique des choses. Il faut penser aux richesses de Cluny et des prieurés clunisiens, trésor de guerre que la papauté a pu essayer d'utiliser pour la grande entreprise. Il faut évoquer l'ascendant de Cluny sur la société féodale. Il faut rappeler le contrôle exercé par Cluny sur tout ce qui touchait aux pèlerinages et aux entreprises lointaines.

Certes, la crainte d'un coup de force de Philippe Ier a pu inciter le pape à ne pas dépasser la Loire, sauf pour atteindre le Mans et Vendôme. Il devait savoir, cependant, qu'il y avait à Cluny et dans les prieurés du Centre, de l'Ouest et du Languedoc une ambiance de lutte et d'aventure. Les abbés du Midi et les prélats d'Espagne, que nous avons vus graviter autour d'Urbain II, ne pouvaient manquer de pousser à une lutte qui, par la Terre sainte, atteindrait aussi l'Islam auquel ils faisaient face, pour leur part, au- delà des Pyrénées.

Remarquons, en passant, que l'itinéraire pontifical touche systématiquement les grands centres religieux jalonnant les routes de pèlerinages. Beaucoup d'entre eux seront visités, de nouveau, par Pascal II 166, un autre clunisien devenu pape, et par Calixte II  167. Or, la plupart de ces centres étaient des centres clunisiens.

Cependant, les actes pontificaux qui ont marqué le voyage de 1095-1096 n'ont pas été exclusivement réservés à Cluny. Le pape a été en relations avec des hommes qui se préparaient à contribuer à l'essor de la vie monastique en proposant d'autres méthodes l'activité charitable à Saint-Antoine de Dauphiné, la retraite austère et laborieuse telle que l'envisageait Robert de Molesmes pour Cîteaux, le rapprochement des moines et des moniales dans l'organisation mixte de Fontevraud à laquelle, peut-être, Robert d'Arbrissel songeait déjà quand il prêchait devant Urbain II à Saint-Nicolas d'Angers.

Plusieurs exemples nous ont montré aussi l'intérêt porté par le pape aux Augustins relevant de Saint-Victor de Marseille ou de Saint-Ruf d'Avignon, congrégations fortement établies dans les pays provençaux ou languedociens, bien placées, elles aussi, pour collaborer à des entreprises méditerranéennes 168. Ce sont encore les chapitres des cathédrales dont le pape approuve, au passage, l'organisation sous la règle. C'est la querelle du sacerdoce et de l'Empire qu'évoquent quelques actes relatifs à des monastères lorrains ou alsaciens. Il n'est pas jusqu'aux origines champenoises d'Urbain II qui ne transparaissent dans quelques actes relatifs au prieuré de Binson ou au clergé rémois ou soissonnais mais le souci de sa sécurité n'a pas permis au pape d'aller revoir son pays natal.

On n'a pas manqué non plus de remarquer le nombre important de cérémonies de consécration célébrées en cours de route. Ces cérémonies rendaient plus éclatantes encore les concessions octroyées par le pape aux églises et aux monastères qui en bénéficiaient. Il faut y voir autre chose qu'une série d'inaugurations de constructions neuves 169. Elles ont été particulièrement fréquentes en ce qui concerne les monastères ou les prieurés clunisiens et, dans la plupart des cas, elles sont étroitement liées aux négociations générales menées par la politique pontificale en France. Elles présentent aussi une densité remarquable dans les pays languedociens et provençaux relevant de l'autorité du comte de Toulouse.

Ainsi envisagé sous ses divers aspects, le voyage pontifical apparaît comme tout autre chose qu'une simple tournée de prédication. C'est un voyage politique, chargé de préoccupations multiples qui se rattachent de près ou de loin à la croisade, sans que soient perdues de vue ni la lutte contre le pouvoir temporel, ni la réforme ecclésiastique. On ne peut raisonnablement penser que des séjours de deux ou trois semaines, non seulement à Clermont, à Tours ou à Nîmes, où furent tenus des conciles, mais à Cluny, à Limoges, à Poitiers, à Saintes ou à Toulouse n'aient été employés qu'en manifestations oratoires. Il ne suffisait pas de parler aux foules. Il fallait agir, non seulement sur les masses, mais, surtout, sur les personnalités individuelles ou collectives susceptibles d'apporter une collaboration efficace à l'œuvre entreprise. Puisse cette étude apporter quelques lumières nouvelles sur les modalités de cette action.

René CROZET, Professeur au Lycée, Chargé de cours à la Faculté des Lettres de Poitiers.

 

 

 

 

 

 Le rayonnement Clunisien de l'abbaye de Maillezais sur la région au Moyen Âge ! <==.... ....==> 1096, La croisade des barons - Première croisade et Prise de Jérusalem.

 

 

 


 

Extrait du prêche d'Urbain II - d'après l'Histoire des Croisades de Foulcher de Chartres - 1105

..."Il est urgent, en effet, que vous vous hâtiez de marcher au secours de vos frères qui habitent en Orient,et ont grand besoin de l'aide que vous leur avez, tant de fois déjà, promise hautement. Les Turcs et les Arabes se sont précipités sur euxn ainsi que plusieurs d'entre vous l'ont certainement entendu raconter, et ont envahi les frontières de la Romanie, jusqu'à cet endroit de la mer Méditérannée, qu'on appelle le Bras de Saint-George, étendant de plus en plus leurs conquêtes sur les terres de Chrétiens, sept fois déjà ils ont vaincu ceux-ci dans des batailles, en ont pris ou tué grand nombre, ont renversé de fond en comble les églises, et ravagé tout le pays soumis à la domination chrétienne. Que si vous souffrez qu'ils commettent quelques temps encore et impunément de pareils excès, ils porteront leurs ravages plus loin, et écraseront une foule de fidèles serviteurs de Dieu. C'est pourquoi je vous avertis et vous conjure, non en mon nom, mais au nom du Seigneur, vous les hérauts du Christ, d'engager par de fréquentes proclamations les Francs de tout rang, gens de pied et chevaliers, pauvres et riches, à s'empresser de secourir les adorateurs du Christ, pensant qu'il en est encore temps, et de chasser loin des régions soumises à notre foi la race impie des dévastateurs. Cela, je le dis ç ceux de vous qui sont présents ici, je vais le mander aux absens; mais c'est le Christ qui l'ordonne. Quant à ceux qui partiront pour cette guerre sainte, s'ils perdent la vie soit pendant la route sur terre, soit en traversant les mers, soit en combattant les Idolâtres, tous leurs péchés leurs seront remis à l'heure même : cette faveur est si précieuse, je la leur accorde en vertu de l'autorité dont je suis investi par Dieu même.Quelle honte ne serait-ce pas pour nous si cette race infidèle si justement méprisée, dégénérée de la dignité d'homme, et vile esclacve du démon, l'emportait sur le peuple élu de Dieu tou-puissant, ce peuple qui a reçu la lumière de la vrai foi, et sur qui le nom du Christ répand une si grande splendeur ! Combien de cruels reproches ne nous ferait pas le Seigneur, si vous ne secouriez pas ceux qui, comme nous, ont la gloire de professer la religion du Christ ? Qu'ils marchent, dit encore le pape en finissant, contre les infidèles, et terminent par la victoire une lutte qui depuis longtemps déjà devrait être commencée, ces hommes qui jusqu'à présent ont eu la criminelle habitude de se livrer à des guerres intérieures contre les fidèles; qu'ils deviennent de véritables chevaliers, ceux qui si longtemps n'ont été que des pillards, qu'ils combattent maintenant, comme il est juste, contre les barbares, ceux qui autrefois tournaient leurs armes contre des frères d'un même sang qu'eux; qu'ils recherchent des récompenses éternelles, ces gens qui pendant tant d'années ont vendu leurs services comme des mercenaires pour une misérable paie; qu'ils travaillent à acquérir une double gloire ceux qui naguèrent bravaient tant de fatigues, au détriment de leur corps et de leur ame.Qu'ajouterai-je de plus ? D'un côté seront des misérables privés des vrais biens, de l'autre des hommes comblés des vraies richesses; d'une part combattront les ennemis du Seigneur, de l'autre ses amis. Que rien donc ne retarde le départ de ceux qui marcheront à cett expédition; qu'ils afferment leurs terres, rassemblent tout l'argent nécessaire à leurs dépenses, et qu'aussitôt que l'hiver aura cessé, pour faire place au printemps, ils se mettent en route sous la conduite du Seigneur."

1. Pour l'étude du voyage d'Urbain II, on peut consulter particulièrement Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XIV, p. 681 et suiv. Montalembert, Les moines d'Occident, t. VIII, p. 163 et suiv. J.-H. Pignot, Histoire de l'ordre de Cluny, depuis la fondation de l'abbaye jusqu'à la mort de Pierre le Vénérable, 909-1157. Autun et Paris, 1868, t. II L. Paulot, Urbain II. Paris, 1903 Louis Bréhier, L'Église et l'Orient au Moyen Age, les croisades, 5e édit. Paris, 1928 J. Calmette, Le monde féodal (collection Clio). Paris, s. d. Les bulles pontificales sont données dans Regesta pontificum romanorum. édit. Ph. Jaffé. Berlin, 1851 à compléter par W. Wiederhold, Papsturkunden in Frankreich (Nachrichten von der kôniglichen Gesellschaft der Wissenschaften zu Guttingen). Berlin, 1906-1913.

2. Louis Halphen, L'essor de l'Europe, XIe-Xllle siècles (Peuples et civilisations). Paris, 1932, p. 44.

3. Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, publ. par Mgr Douais. Paris, 1887, p. 476.

4. Chronique de Maillezais, dans les Chroniques des églises d'.4njou, publ. par Marchegay et Mabille (Soc. Hist. de France). Paris, 1869.

5. Orderic Vital, édit. Auguste Le Prévost (Soc. Hist. de France), IX, 2 et 4.

6. Hagenmeyer, Chronologie de la première croisade, dans la Revue de l'orient latin, 18981899 Recueil des historiens des croisades, historiens occidentaux, t. V, vol. 2 A. Bosvieux, Vie de saint Geo f froy, dans les Mém. de la Soc. des sciences nal. et archéol. de la Creuse, t. III, 1862. 4. Recueil des historiens des croisades, ibid.

7. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, publ. par Bertrand de Broussillon (Doc. histor. sur l'Anjou, publ. par la Soc. d'agr., sciences et arts d'Angers), 1896-1903, t. I, p. 407. 8. Vita B. Roberti de Arbrissello, dans Migne, Patrol. lat., t. CLXII.

9. Ruinart, B. Urbani Il papae vita, Migne, Patrol. lat., t. CLI.                       

10. Cartulaire du prieuré de Saint-Flour, publ. par Marcellin Boudet. Monaco, 1910.

11. Migne, Patrol. lat., t. CLXII, 645.

12. Pascal II, venant en France en 1106 et se dirigeant directement vers Cluny où il fêta Noël, est arrivé par les Alpes.

13. Aug. Fliche, Urbain II et la croisade, dans la Rev. d'hist. de l'Église de France, t. XIII, 1927 dans cet article, M. Fliche accepte la version du voyage par mer.

14. Chanoine Perrot, La basilique Saint-Apollinaire, cathédrale de Valence, dans le Bull. de la Soc. d'archéol. et de statistique de la Drôme, t. LVI à LIX, 1922-1925 l'auteur fait allusion, sans citer ses sources, à une consécration de l'église de Cruas (Ardèche), qui aurait eu lieu quelques jours auparavant.

15. Louis Bréhier, Notices sur Adhémar de Monteil, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques et dans le Dict. de biographie française; Id., Adhémar de Monteil, évêque du Puv, Soc. acad. du Puy, 1923.

16. Hist. littéraire de la France, t. IX.

17. Giraud, Essai historique sur l'abbaye de Saint-Barnard et la ville de Romans. Paris, 1856 Ulysse Robert, Histoire du pape Calixte Il. Paris, 1891.

18. Gallia Christiana, XVI, 233 Ferdinand Chalandon, Histoire de la première croisade jusqu'à l'édection de Godelroi de Bouillon. Paris, 1925, p. 54.

19. J. Régné, Histoire du Vivarais, t. Il. Largentière, 1921, p. 17.

20. R. Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem, t. I. Paris, 1934, p. 3-5.

21. Aug. Fliche, L'Europe occidentale de 888 à 1125 (Hist. gén. Glotz). Paris, 1930, p. 557.

22. D. Branche, L'Auvergne au Moyen Age, les monastères. Paris, 1842, p. 145 F. Gardon, Histoire de l'abbaye de la Chaize-Dieu, publ. par Antoine Jacotin. Le Puy, 1912 Gallia Christiana, II, 331.

23. Léo de Saint-Poney, Notice historique sur Blesle et l'abbaye de Saint-Pierre de Blesle, dans les Ann. de la Soc. d'agric., sc., arts et commerce du Puy, t. XXXIX, 1868 Bullaire d'Auvergne, dans les Mém. de l'Acad. de Clermont, t. XVII, 1875 Louis Bréhier, art. Blesle, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

24. Guillaume Lacoste, Histoire générale de la province de Quercy, publ. par Combarieu et Cangardel. Cahors, 1883, t. I, p. 424 Gallia Christiana, I, 127, instr. 31.

25. J. Daudé, En Gévaudan, recherches historiques sur le Monastier. Paris, 1885 Devic et Vaissète, Histoire générale de Languedoc, édit. Privat. Toulouse, 1872, t. III Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, publ. par Guérard (Doc. inédits). Paris, 1857, t. II, p. 242 Bion de Marlavagne, Note sommaire des titres de l'ancien prieuré conventuel du Monastier-lez-Chirac. déposés aua archives de Rodez, dans le Bull. de la Soc. agr., ind., sciences et arts de la Lozère, t. VI, 1855, p. 85 Wiederhold, op. cit., IV (Provence mit Venaissin.), 1907.

26. L. Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes. Paris, 1750, t. I, p. 176 Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 479.

27. L. Ménard, op. cit. Gallia Christiana, VI, 484.

28. Bullaire d'Auvergne,

29. Gallia Christiana, I, 556 Martène, Amplissima r.ollectio, I, 556 Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, t. I, p. 243 Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 479.

30. W. Wiederhold, op. cit., IV (Provence mit Venaissin.), 1913.

31. Abbé E. Granget, Histoire du diocèse d'Avignon. Avignon, 1862, t. I, p. 319 Gallia Christiana, I, instr. 141.

32. Gallia Christiana, XVI, 355.

33. Codex diplomaticus ordinis sancti Rufi Valentiae, publ. par U. Chevalier. Valence, 1891, p. 9 il convient de noter que, dans cette bulle, il n'est fait aucune allusion à une visite du pape à Saint-Ruf.

34. Gallia Christiana, I, 712, 771, instr. 119; Louis-Ans. Boyer de Sainte-Marthe, Histoire de l'église cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Avignon, 1710, p. 49 Ferdinand Chalandon, op. cit., p. 54.

35. F.-Z. Collombet, Histoire de la sainte église de Vienne. Lyon, 1847, t. II, p. 1 J. David, art. Saint-Antoine, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

36. Ruinart, op. cit., p. 160 Gallia Christiana, IV, 1114.

37. J.-H. Pignot, op. cit, Gallia Christiana, IV, 1064, instr, 284.

38. J.-H. Pignot, op. cit., t. II, p. 146 L. M. Smith, Cluny in the eleventh and twelfth centuries. Londres, 1930 G. Letonnelier, L'abbaye exempte de Cluny et le Saint-Siège (Archives de la France monastique, vol. XXII). Ligugé et Paris, 1923.

39. L. Compain, Étude sur Geoffroy de Vendôme, dans la Bibl. de fÉc. de.s Hautes-Études, fasc. 86. Paris, 1891, p. 267 Pflugk-Harttung, Iler italicum. Stuttgart, 1883, p. 439 (Satire auf Papst Urban II und die rëmische Kurie) un bref passage de la Gallia Christiana (XIII, 1191) rapportant que Richer, évêque de Verdun, ne pouvant assister au concile de Clermont, fit apporter des dons par ses légats, tendrait à prouver que le pape attendait une aide pécuniaire du clergé.

40. Bibliotheca Cluniacensis, publ. par M. Marrier et A. du Chesne. Paris, 1614 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, publ. par A. Bruel (Doc. inédits). Paris, 1876-1903, t. V, p. 41.

41. Dom L'Huillier, .La vie de saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109. Solesmes, 1888, p. 429.

42. Gallia Christiana, IV, 381, instr. 83 Hist. littéraire de la France, VIII, 461 Labbe, Bibl. Nova, I, 294 Davy, art. Aganon, dans le Dict. de biographie française.

43. Sébastien Marcaille, Antiquitez du prieuré de Souvigny. Moulins, 1610 Ileoueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 42 Gallia Christiana, II, 378 Bullaire d'Auvergne Max Fazy, Les origines du Bourbonnais. Moulins, 1924, 2 vol.

44. Chanoine Morel, L'histoire du Montet-aux-Moines. Moulins, 1886, p. 37 Max Fazy, op. cit., t. II. Moulins, 1924.

45. Bullaire d'Auvergne.

 

46 1. Gallia Christiana, I, 308.

47 2. P. Calendini, art. Bérenger, év. de Fréjus, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques. 3. Gallia Christiana, I, 944.

48. Gallia Christiana, XII, 288 et 350.

49. Gallia Christiana, XII, 662.

50. Hist. littéraire de la France, t. VIII.

51. Gallia Christiana, IX, 230, et XII, 543.

52. Gallia Christiana, XIII, 919 Flist. littéraire de la France, t. IX.

53. P.-A. Grandidier, Histoire de l'église et des écêques-princes de Strasbourg, publ. dans Œuvres historiques inédites. Colmar, 1865-1868, t. II.

54. Gallia Christiana, III, 106 et 93.

 

5. Gallia Christiana, XIII, 1191.

56. Gallia Christiana, XIII, 994.

57. Gallia Christiana, XV, 37.

58. Gallia Christiana, III, 381, 409 X, 1542, 1167 IX, 714.

59. Gallia Clxristiana, VIII, 1441 X, 1395.

60. Gallia Christiana, XI, 353, 572, 195, 960, 683.

61. Rist, Zittéraire de la France, t. VIII.

 

62. Gallia Christiana, XIV, 73 et 290.

63. Gallia Christiana, XIV, 562.

64. Baudry de Bourgueil, lüstor. Hierosol.

65. Travers, Histoire de Nantes. Nantes, 1836-1841 A. Dupouy, Histoire de Bretagne (Vieilles provinces de France). Paris, s. d.

66. Gallia Chrisliana, XIV, 924 et 746.

6. Gallia Christiana, II, 44 et 150 Eug. et J. Hubert, Le Bas-Berry, Châteauroux et Déols, 1er fasc. Paris, 1930.

67. Gallia Christiana, II, 264 et 758.

68. Abbé Tricoire, Les évêques d'Angoulême. Angoulême, 1912, p. 114.

69. Gallia Christiana, II, 1461.

70. A. Degert, Un ouvrier de la Réforme au XIe siècle, Amat d'Oloron, dans la Revue des Questions historiques, 1908 Max Fazy, Notice sur Amat, évêque d'Oloron, archevêque de Bordeaux et légat du Saint-Siège, dans la Bibl. de la Fac. des lettres de Paris, fasc. 24, 1908 R. Biron, art. Amat ou Aimé d'Oloron, dans le Dici. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

71. Gallia Christiana, I, 1289 Ad. Mazure, Histoire du Béarn et du pays basque. Pau, 1839, p. 30 P. Boissonnade, Du nouveau sur la chanson de Roland. Paris, 1923, p. 60.

72. S. Ruiz, art. Bérenger, arch. de Tarragone, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

. E. Jolibois, Le cartulaire de l'abbaye Saint-Sernin de Toulouse, dans la Revue histor. du Tarn, 1887 Cartulaire de l'abbaye de Conques-en-Rouergue, publ. par Desjardins. Paris, 1879, p. xxx P. Boissonnade, op. cit., p. 57.

 

73. J. Pérez de Urbel, art. Bernard Ier de Sédirac, arch. de Tolède, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

74. Florez, Espana sagrada. Madrid, 1792, t. XIX, p. 209-212; Antonio Lopez Ferreiro, Historia de la Santa Iglesia de Santiago de Compostela, t. III. Santiago, 1900, p. 182.

75. Aug. Fliche, La primatie des archevêques de Sens, dans le Bull. de la Soc. archéol. de Sens, t. XXXVII, 1929-1930.

76. Abbé H. Bouvier, Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de Sens, t. I. Paris, 1906.

77. Gallia Christiana, XIV, 73, 1047.

78. Abbé Fréchon, Notice sur Lambert de Guisnes, évêque d'Arras, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires de la Morinie, t. VI, 1841-1843; Rist. littéraire de la France, t. X; dom L'Huillier, op. cit. Héfélé, Histoire des conciles, trad. Delarc. Paris, 1872, t. VII.

79. Gallia Christiana, III, 23.

80. Gallia Christiana, XIII, 116.

81. Baluze, Miscell., II, 119 Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 479 Cartulaires des abbayes félicité d'Aniane et de publ. par Cassan et Meynial. Montpellier, 1898-1900 Tisset, L'abbaye de Gellone au diocèse de Lodève, des origines au XIIIe siècle. Paris, 1933.

81. L. Compain, op. cit.; Cartulaire de l'abbaye cardinale de la Trinité de Vendôme, publ, par 82. Boudet, Histoire de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, dans les Arch. histor. de la Saintonge et de t. XII, 1884 Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, publ. par Grasilier (Cartulaires inédits de la Saintonge, t. II). Niort, 1871, p. 10.

83. Gallia Christiana, III, 77, instr. 77 (pour Aubechies) et 90-100 (pour Saint-Ghislain) dom P. Baudry, Annales de l'abbaye de Saint-Ghislain-en-Celle (Belgique), pub]. par Reiflenberg dans les Monum. pour servir à l'hist. des prov. de Namur et du Luxembourg, t. VIII, 1848; F. Baix, art. Aubechies, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

 

84. Abbé Tricoire, op. cit. Gallia Christiana, II, instr. 449.

85. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 42 Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou (Arch. du diocèse de Chartres). Vannes, 1895 G. Letonnelier, op. cit., p. 132.

86. Cartulaire de l'abbaye de Molesme, publ. par J. Laurent. Paris, 1907-1911, t. I Gallia Christiana, IV, 566 et 729-741.

87. Gallia Christiana, II, 324 cette abbaye, détruite par les Normands, avait été rétablie, en 958, par des moines de Cluny.

88. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 43.

 

89. Bullaire d'Auvergne; Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 45 G. Letonnelier, op. cit., p. 111 (cet auteur semble confondre Mozac et Moissac) Guy de Valous, Le monachisme clunisien des origines au XVe siècle (Archives de la France monastique). Paris et Ligugé, 1935, t. II, p. 168 Gallia Christiana, II, 352 Gomot, Histoire de l'abbaye royale de Mozat. Paris, 1872, p. 36.

90. Desribes, Histoire de l'église d'Ambert en Livradois. Clermont-Ferrand, 1875, p. 42 R. Crégut, art. Ambert, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

91. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 45 Cartulaire de Sauxillanges, publ. par H. Doniol, dans les Mém. de l'Acad. de Clermont, t. III, 1861, p. 820 Guy de Valous, op. cil., t. II, p. 153 Bullaire d'Auvergne; Gallia Christiana, II, 375.

92. Rec. des histor. des Gaules et de la France, XIV, p. 683 et 716.

93. Gallia Christiana, II, 492 Darras, Histotre générale de l'Eglise, t. XXIII. Paris, 1875 Bullaire d'Auvergne, p. 660.

94. Gallia Christiana, I, 89.

95. Bullaire d'Auvergne Gallia Christiana, l, 89 Cartulaire du prieuré de Saint-Fdour, publ. par M. Boudet. Monaco, 1910.

96. Darras, op. cit. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 45 Bullaire d'Auvergne; Gallia Christiana, IV, 486 dom L'Huillier, op. cit., p. 417 H. Drouot et J. Calmette, Histoire de Bourgogne (Les vieilles provinces de France). Paris, s. d., p. 148.

97. P. de Marca, Histoire de Béarn, nouv. édit. par l'abbé V. Dubarat, t. I. Pau, 1894, p. 394.

98. Ruinart, op. cit., p. 187 Gallia Christiana, II, 388 et 459, instr. 159 Bullaire d'Auvergne; J.-B. Payrard, Cartularium sive terrarium Piperacensis monasterii. Le Puy, 1875.

99. Bouange, Saint-Géraud d'Aurillac et son illustre abbaye. Aurillac, 1881, t. I, p. 345; H. Bouffet, Le prieuré de Bredom, dans la Revue de la Haute-Auvergne, 1906.

 

100. Olleris, Gerbert, Aurillac et son monastère, dans les Mém. de l'Acad. de Clermont, t. IV, 1862; Bullaire d'Auvergne; Bouange, op. cit.; Breue chronicon Auriliacensis abbatiae, publ. par Mabillon, Vetera analecta, 1723, p. 349-350 G. Belmon et P. Fontaine, art. Aurillac, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

101. Abbé Poulbrière, Histoire du diocèse de Tulle. Tulle, 1884, p. 89 Combet, Histoire de la ville et du canton d'Userche. Limoges, 1857 Cartulaire de l'abbaye d'Uzerche, publ. par J.-B. Champeval. Paris, 1901 Ch. de Lasteyrie, L'abbaye de Saint-Martial de Limoges. Paris, 1901.

102. Gallia Christiana, II, 518 Ch. de Lasteyrie, op. cid. Chroniques de Saint-Martial de Limoges, publ. par Duplès-Agier (Soc. Hist. de France). Paris, 1874; supplément publ.,par Champeval, dans le Bull. de la Soc. archéol. et histor. du Limousin, t. XLII, 1894 Gallia Christiana, II, 518.

103. Le cartulaire de l'abbaye royale de Saint-Jean d'Angély, publ. par G. Musset (Arch. histor. de la Saintonge et de l'Aunis, t. XXX et XXXIII).

104. Cartulaire de l'abbaye bénédictine de Saint-Martin de Tulle, dans le Bull. de la Soc. archéol. de la Corrèze, t. IX à XXI Gallia Christiana, II, 664 dans la bulle du 2 janvier 1096, on ne lit aucune allusion à une visite du monastère par Urbain II. Si, comme il est vraisemblable, le pape est passé à Tulle en allant d'Aurillac à Uzerche, il ne s'y est pas arrêté longuement.

105. Gallia Christiana, II, 1070 Rec. des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 49 abbé Grasilier, Cartulaires inédits de la Saintonge. Niort, 1871, p. XXIII.

106. Chartes et documents pour servir à l'histoire de l'abbaye de Charroux, publ. par le P. de Monsabert dans les Archives histor, du Poitou, t. XXXIX.

107. Gallia Christiana, II, 1265 de Chergé, Mémoire historique sur l'abbaye de Montierneuf de Poitiers, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 1844 A. Richard, Histoire des comtes du Poitou, t. 1. Paris, 1903, p. 408 P. Boissonnade, op. cit., p. 25 G. Letonnelier, op. cit., p. 117.

108. Montalembert, op. cit., p. 163, n. 2.

109. Chronicon Sancti Sergii andegavensis, édit. par Marchegay et Mabille dans les Chroniques des églises d'Anjou. Paris, 1869, p. 141 Gallia Christiana, XIV, 689; dom Landreau, L'abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil du Xe au Xllle siècle, ses relations avec le Mont-Cassin, dans la Revue de l'Anjou, 1906.

 

 110. Fragmentum historiae andegavensis, publ. par L. Halphen et R. Poupardin, Chroniques des comtes d'Anjou et des seigneurs d'Amboise. Paris, 1913 Orderic Vital, IX, 4 Gesta andegavensium peregrinorum, dans Rec. des histor. des croisades Chronique de Rainaud ou de Saint-Maurice d'Angers, publ. par Marchegay et Mabille, op. cit. L. Le Pelletier, Breuiculum fundationis et series abbatum sancti Nicolai Andegavensis. Angers, 1616 L. Halphen, Le comté d'Anjou au XIe siècle,. Paris, 1906.

111. Fundatio ecclesiae Sanctae Mariae de Rota, publ. par Baluze, Miscell., III, 18; L. Halphen, op. cit. D.-A. Segoigne, Cartularium Sanctae Mariae de Rota. Laval, 1904-1908.

112. Chronica domni Rainaldi, archidiaconi S. Mauricii Andegavensis, publ. par Marchegay et Mabille, rec. cité, p. 1 à 16.

113. Cartulaire de Saint-Aubin d'Angers, publ. par Bertrand de Broussillon, rec. cité; noter que l'abbaye bénédictine Saint-Aubin d'Angers était en association de prières avec Cluny et avec d'autres abbayes non clunisiennes.

114, Hist, dittéraire de la France, t. VIII.

115. Hist, littéraire de la France, t. IX.

116. Cette église deviendra, au XIIe siècle, l'abbaye cistercienne de Cheminon (1137) E. de Barthélemy, Recueil des chartes de l'abbaye Notre-Dame de Cheminon, dans les Mém. de la Soc. des lettres, se. et arts de Vitry-le-François, t. XI Gallia Christiana, X, instr. 158.

117. Gallia Christiana, XIII, 1294 dom Calmet, Histoire de Lorraine, I, 1238.

118. Orderic Vital, IX Ruinart, op. cit., p. 195-196 Montalembert, op. cit., p. 163.

119. Dom Piolin, Histoire de l'église du Mans. Le Mans, 1851-1863, t. III, p. 421 (cet auteur, peu sûr, rapporte une tradition locale d'après laquelle le pape aurait visité le prieuré de Vivoin qui dépendait de Marmoutier) P. de Déservillers, Un évêque au Xlle siècle, Hildebert et son temps. Paris, 1876 A. Dieudonné, Hildebert de Lavardin, évêque du Mans, archevêque de Tours, dans la Rev. histor. et archéol. du Maine, t. XL, XLI et XLII, 1896-1898 R. Latouche, Histoire du comté du Maine pendant le Xe et le XIe siècle, dans la Bibl. de l'Éc. des HautesÉtudes, fasc. 183. Paris, 1910.

120. Chronique de l'Évière ou de Vendôme, publ. par Marchegay et Mabille, rec. cité; Cartulaire de l'abbaye cardinale de la Trinité de Vendôme, t. IV; abbé G. Plat, La Trinité de Vendôme. Paris, 1934.

121. A. Salmon, Recueil des chroniques de Touraine. Tours, 1854, p. 315 et 338 dom Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, publ. par l'abbé C. Chevalier, dans les Mém. de la Soc. archéol. de Touraine, t. XXIV L. Halphen, op. cit. de Morry, Urbain II et l'abbaye de Marmorutiers, dans la Revue histor. de l'Ouest, 1895.

122. Orderic Vital, IX, 4 Labbe, Concil., X, 435.

123. Lagery (Marne), canton de Vffle-en-Tardenois.

124. Gallia Christiana, IX, 349 X, instr. 99 et 104 H. Jadart, Du lieu natal d' Urbain II, dans les Travaux de l'Acad. de Reims, t. LXIV, 1877-1878 chanoine Lucot, L'église de Binson et Sainte-Posenne. Châlons, 1882 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 51 L. M. Smith, op. cit., p. 93 G. Letonnelier, op. cit., p. 45.

125. P. Juénin, Nouvelle histoire de l'abbaye de Saint-Philibert et de la ville de Tournus. Dijon, 1733, preuves, p. 136.

126. Chartes et documents. Arch, histor. du Poitou, t. XXXIX, p. 113.

127. Gallia Christiana, XIII, 919 Hist. littéraire de la France, t. IX dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. I, 1250.

128. Gallia Christiana, V, 796, instr. 474 P.-A. Grandidier, op. cit.

129. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 64 Cartulaire de l'abbaye de Saint-Bertin, publ. par Guérard. Paris (Doc. inédits), p. iiv H. de Laplane, Les abbés de Saint-Bertin d'après les anciens monuments de ce monastère. Saint-Omer, 1854.

130. Bened. Cocquelin, Historiae regalis abbatiae Corbeiensis compendium, publ. par J. Garnier, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires de Picardie, 1846 dom Grenier, Histoire de la ville et du comté de Corbie, des origines à 1400, publ. par la Soc. des Antiquaires de Picardie, 1910.

131. Abbé Bourassé, Cartulaire de Cormery précédé de l'histoire de l'abbaye et de la ville de Cormery, dans les Mém. de la Soc. archéol. de Touraine, t. XII.

132. Regesta pontificum. édit. Jaffé Ruinart, op. cit., p. 203.

133. Chartes et documents pour servir à d'histoire de l'abbaye de Saint-Maixent, pub. par A. Richard, dans les Arch. histor. du Poitou, t. XVI.

134. Le cartulaire de l'abbaye royale de Saint-Jean-d'Angély, publ. par G. Musset, dans les Arch. histor. de la Saintonge et de l'Aunis, t. XXX et XXXIII.

135. Gallia Christiana, II, 1064 L. Audiat, Saint Eutrope et son prieuré, documents inédits. Saintes et Paris, 1877.

136. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 54.

137. Cartulaire de Saint-.4ubin d'Angers.

138. Regesla ponlificum. édit. Jaffé.

139. Dom Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims. Reims, 1843-1844, t. III, p. 203.

140. J.-A. Brutails, Les vieilles églises de la Gironde. Bordeaux, 1912 P. Courteault, La cathédrale de Bordeaum. Paris (Petites monographies des grands édifices de la France), 1935.

141. Chronique de Bazas, publ. par E. Piganneau, dans les Arch. histor. de la Gironde, t. XV Ch. des Moulins, Quelques faits d’ajouter à la deacription monumentale de Bazas, dans le Bull. monumental, 1846 R. Biron, art. Bazas, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

142. Chronique de Bazas; Historia abbatiae Condomensis nunc episcopatus, publ. par d'Achery, Spicilegium, XIII, 432-511 A. Plieux, L'abbaye et la ville de Condom, dans la Revue de Gascogne, t. XXI, 1880 Id., Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre de Condom. Auch, 1881.

143. P. de Marca, op. cit. abbé P. Dubourg, Monographie ou histoire du prieuré de la ville de Layrac depuis le X. jusqu'au XIXe siècle. Agen, 1896 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 55.

144. Ruinart, op. cit., p. 206 Gallia Christiana, I, 981 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 54.

145. Mabillon, Annales S. Benedicti, V, 368 Devic et Vaissète, op. cit., III, p. 485 J. Marion, L'abbaye de Moissac, dans la Bibl. de l'Éc. des chartes, 1849 E. Rupin, L'abbaye et les cloîtres de Moissac. Paris, 1897 F. Galabert, Album de paléographie et de diplomatique, xme siècle, pi. 1.

146. Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 54 abbé F. Caneto, L'abbaye SaintOrens d'Auch, dans la Revue de Gascogne, 1867 à 1873.

147. Cartulaire de l'abbaye de Beaudieu-en-Limousin, publ. par Deloche. Paris (Doc. inédits), 1859 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 55 G. Letonnelier, op. cit., p. 45

148. Chronicon Sancti Saturnini, dans Devic et Vaissète, op. cit., t. V, p. 49-50 Gallia Christiana, XIII, 13, 92 Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, publ. par Douais. Paris, 1887.

149. Wiederhold, op. cit., VII (Gascogne, Guienne und Languedoc), 1913.

150. Gallia Christiana, XIII, 227.

151. Gallia Christiana, VI, 871 le P. Bouges, Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Carcassonne. Paris, 1741, p. 93 Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 486 Mahul, Cartulaire et archives des communes de l'ancien diocèse et de l'arrondissement administratif de Carcassonne. Paris, 1857-1889, t. V (Histoire de l'église de Carcassonne).

152. Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 486 V. Mortet, Étude archéologique sur l'église abbatiale de Notre-Dame d'Alet, dans le Bull. monumental, 1898 J.-M. Vidal, art. Alet, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

153. Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 485 Gallia Christian.a, VI, 226 Bène, Recherches historiques sur Frotard, 10e abbé de Saint-Pons de Thomières. Montpellier, 1875. 2. Ch. d'Aigrefeuille, Histoire de la ville de Montpellier, édit. par La Pijardière. Montpellier, 1879, t. 154 Gallia Christiana, VI, 740 A. Germain, Histoire de la commune de Montpellier. Montpellier, 1851, t. 1 Id., Chronique inédite de Maguelonne, dans les Mém, de la Soc. archéol. de Montpellier, t. III; Id., Maguelonne sous ses évêques et ses chanoines, lbid., t. V; Aug. Fliche, Montpellier. Paris, 1935 (Villes d'art célèbres).

155. Gallia Christiana, VI, 439 L. Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes. Nîmes, 1873-1875, t. I Cartulaire du chapitre épiscopal de Nîmes, publ. par Germer-Durand dans les Mém. de l'Acad. du Gard, 1873.

156. Gallia Christiana, VII, 517 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 58 J. Depoin, Recueil de chartes ét documents de Saint-Martin-des-Champs (Archives de la France monastique), t. 1. Ligugé et Paris, 1912.

157. Gallia Christiana, XII, 380 De gestis abbatum S. Germani Autissiodorensis, publ. par Labbe, Bibl. nova, I, 575 G. Letonnelier, op, cit., p. 42 V.-B. Henry, Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre. Auxerre, 1853.

158. Gallia Christiana, XV, 37.

159. Lacoste, Histoire générale de la province de Quercy, publ. par Combarieu et Cangardel. Cahors, 1883, t. I Desjardins, Essai sur le cartulaire de l'abbaye Sainte-Foy de Conques-enRouergue, dans la Bibl. de l'Éc. des chartes, 1872 Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. V, p. 57 A. Lambert, art. Ayrald, abbé de Figeac, dans le Dict. d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.

160. Abbé C. Nicolas, Constrciction et réparations de l'égdise de Saint-Gilles, dans les Mém. de l'Acad. de Nîmes, 1900 G. Letonnelier, op. cit. Guy de Valous, op. cit. Aug. Fliche, AiguesMortes et Saint-Gilles. Paris 1,Petites monographies des grands édifices de la France), s. d.

161. Gallia Christiana, XIII, 615.

162. Gallia Christiana, 1, 873 Devic et Vaissète, op. cit., t. III, p. 489.

163. Gallia Christiana, I, 607 F. de Marin de Carranrais, L'abbaye de Montmajour. Marseille, 1877 É. Mâle, L'art religieux en France au Xlle siècle. Paris, 1922, p. 252.

164. Gallia Christiana, I, 377 abbé Boze, Histoire de l'église d'Apt. Apt, 1820 abbé Granget, Histoire du diocèse d'Avignon, t. l, p. 323.

165. Regesta. édit. Jaffé.

166. Itinéraire de Pascal II (1106-1107) Plaisance, Cluny, Lyon, Chalon-sur-Saône, Cluny, la Charité, Déols, Tours, Marmoutier, Chartres, Saint-Denis, Lagny, Châlons-sur-Marne, Troyes, Auxerre, Clamecy, Souvigny, Sauxillanges, Brioude, le Puy, Valence.

167. Itinéraire de Calixte II (1119) Cluny, Saint-Antoine, Vienne, le Puy, Brioude, Sauxillanges, Clermont, Mozac, Brioude, Saint-Flour, Saint-Gilles, Montpellier, Maguelonne, Béziers, Toulouse, Périgueux, Angoulême, Poitiers, Loudun, Fontevraud, Saint-Florent, SaintMaur, Angers, Marmoutier, Orléans, Étampes, Morigny, Saint-Denis, Senlis, Soissons, Reims.

168. G. Arnaud d'Agnel, Les possessions de l'abbaye de 6aint-Victor de Marseille dans le sudouest de la France, dans la Revue Mabillon, 1906.

169. Sur cette question, je me permets de renvoyer à mon étude Le voyage d' Urbain 11, 1095-1096, et son irnportance au point de vue archéologique, dans les Annales du Midi, 1937 (carte de l'itinéraire pontifical).