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PHystorique- Les Portes du Temps
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9 novembre 2024

Notes historiques sur l’Hôtellerie de la Lamproie de Rabelais à Chinon

Le but de ces notes historiques sur l’Hôtellerie de la Lamproie à Chinon, qui évoque le souvenir de Rabelais, est de réfuter plusieurs erreurs biographiques sur cet illustre écrivain.

La profession du père de Rabelais donne lieu à un point d’interrogation au commencement de presque toutes les biographies de l’immortel auteur de Gargantua et de Pantagruel.

Etait-il aubergiste ou apothicaire à Chinon ? Certains auteurs, qui font du père de Rabelais un cabaretier en accréditant cette fable dans leurs écrits, ajoutent des injures gratuites au célèbre Tourangeau ; ses œuvres, disent-ils, se ressentent du milieu où il a vu le jour. Cette assertion est détruite par cette raison péremptoire : la maison paternelle de Rabelais à Chinon ne fut transformée en hôtellerie que vers 1590, un demi-siècle environ après la mort de l’illustre satirique.

En 1598, le docte et grave historien de Thou fit un voyage à Chinon et constata qu’une hôtellerie de récente création avait été installée dans « une grande maison, qui autrefois avait appartenu à François Rabelais. »

Les faits avancés par de Thou sont confirmés par un savant prélat Daniel Huet,  évêque d’Avranches, qui lors de son séjour à Chinon au mois de juin 1867, logea à l’hôtellerie de la Lamproie.

Puisque cette transformation de la maison paternelle de Rabelais en une hôtellerie est regardée par ces deux écrivains comme un fait digne de remarque ; (1) la conclusion est toute naturelle : cette maison n’avait pas la même destination auparavant.

Situé hors de l’enceinte de la Villefort dans le faubourg Saint-Etienne, la Lamproie était une des hôtelleries les plus importantes de Chinon ; c’est là que descendaient de préférence les étrangers de haute marque. A l’hôtellerie était joint d’un cabaret, qui au dire des contemporains était un des rendez-vous favoris de la population chinonaise au dix-septième siècle.

 

Les jours de fêtes on s’y régale,

On y rit du soir au matin

Dans le jardin et dans la salle

Tout Chinon se trouve au festin.

 

Là, chacun dit sa chansonnette,

Là, le plus sage ou le plus fou,

Et danse au son de la musette

Les plus gays branlos du Poitou (2).

 

Comme on le voit on n’engendrait point la mélancolie au cabaret « ou pendoit pour enseigne la figure d’une Lamproye (3). Une grande partie des bâtiments de cette hôtellerie ayant été démolie, une restitution est nécessaire ; elle nous sera assez facile grâce aux relations laissées par divers visiteurs et grâce surtout à deux excellentes gravures prises sur les lieux mêmes en 1699 par un dessinateur émérite.

 

En entrant de la rue dans la principale cour de l’hôtellerie on avait à droite une maison à étage ou était le cabaret et un peu plus loin les écuries ; à gauche un jeu de boules et une porte pratiquée dans le mur séparant la cour du jardin ; en face se dressait une petite cour carrée avec de simple moulures pour tout ornement extérieur. Après avoir monté trois marches on entrait dans l’unique chambre de la tour, communément nommée « cabinet des livres de Rabelais ».

En 1598, cette chambre servait de cellier à l’hôtellerie nouvellement fondée. Le changement de cette chambre de bibliothèque en cellier explique le sens de l’inscription gravée au-dessus de la porte : La véritable estude de Rabelais.

Au dix-septième siècle les maitres de l’hôtellerie de Lamproie eurent la louable idée de déplacer le cellier et de reconstituer la chambre de Rabelais en son état primitif. Plusieurs meubles, qui jadis avaient appartenu à l’immortel auteur de Pantagruel, furent pieusement recueillis et exposés dans cette salle, qu’éclairait une petite croisée donnant sur le jardin. Au-dessus de la cheminée de cette chambre on avait placé un portrait de Rabelais. Après démolition de cette tout carrée vers 1750, ces précieux objets furent dispersés et maintenant hélas ! Plusieurs sont malheureusement ou détruits ou disparus.

Au milieu du dix-huitième siècle le nombre des cabarets et des hôtelleries augmenta à Chinon dans une proportion trop forte pour le chiffre de la population de cette petite ville. Par suite de la concurrence, l’hôtellerie de la Lamproie, qui n’était plus en vogue, succomba. L’immeuble vendu fut changé en maison particulière.

Construit dans les premières années du dix-septième siècle, le vaste corps de logis que l’on trouve presqu’au commencement de la rue de la Lamproie est tout ce qui reste du célèbre cabaret : son  emplacement est désigné d’une façon très explicite par le premier historien de la ville de Chinon. (4)

Cette maison en pierre a été défigurée par sa transformation en magasin dans les années 1970, et restaurée depuis.

Puissent ces quelques lignes faire revivre aux yeux du lecteur cette hôtellerie fameuse ou bourgeois et manants chinonais se réunissaient jadis pour déguster d’antiques fioles des meilleurs crus de la contrée !

Henri Gramaud

Membre de la Société Archéologue de Touraine

 

 

 

(1). Mémoires de la vie J.de Thou livre sixième ; année 1598.- Mémoire de Huet édition de 1718 ; page 384.

(2). Id.

(3). Bernier. Jugement sur les œuvres de Rabelais 1697 ; pages 3 et 16.

 (4). Dumoustier. Essais historique sur la ville de Chinon. Deuxième édition. 1809, page 192

 

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