GIRARD D’ATHÉE -sur-Cher, gouverneur des châteaux de Tours, Chinon et de Loches (Richard Coeur de Lion)
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Tous les historiens sont unanimes pour payer le tribut d'éloges qu’ils doivent aux talents militaires, à la valeur indomptable du brave gouverneur de Loches; ses actions avaient rendu ce point incontestable, mais dans l’appréciation de son caractère politique ont-ils montré la même impartialité ? Nous ne le pensons pas.
Toujours prêt à flatter le pouvoir, à lui sacrifier les vaincus, Guillaume le Breton (1), abusant des droits que s’accordent trop souvent les poètes de travestir l’histoire, n’a pas craint de ternir la réputation d’un guerrier dont la seule faute, bien pardonnable à nos yeux, est d’avoir défendu avec fidélité la cause du seigneur auquel les liens de la féodalité le tenaient enchaîné.
Dans sa Philippide, il représente Girard d’Athée comme un homme d’une humeur altière et farouche, issu de parents obscurs, serf de naissance, sans nom, ayant usurpé celui du lieu où il était né, enfin, désolant avec une barbarie sans égale le pays malheureux où il avait reçu le jour.
Lorsque tant de siècles écoulés séparent l’écrivain des événements dans lesquels s’agitèrent les personnages qu’il évoque devant le tribunal de l’impartiale histoire, c’est une œuvre toujours ardue d’entreprendre la défense d’un accusé et de discuter la valeur réelle des actions qui lui furent reprochées.
Malgré les difficultés de l’entreprise, soutenu par un sentiment d’amour pour la vérité, nous tenterons de faire rendre à ce chevalier la justice tardive à laquelle des documents authentiques lui donnent d’incontestables droits.
Chronologie Girard d’Athée / Richard Cœur de Lion
Girard au service du duc d’Aquitaine (années 1180–1189)
1180–1185
- Girard d’Athée apparaît comme seigneur d’Athée-sur-Cher, petit château contrôlant un axe secondaire entre Cher et Loire.
- Il appartient à une famille d’officiers angevins (frères : Enguerrand, Hugues, Renaud).
- Richard, alors duc d’Aquitaine, met en place un réseau d’hommes sûrs, souvent issus de la petite noblesse, pour gouverner Poitou, Touraine et Anjou.
Girard entre très probablement à ce moment dans l’orbite directe de Richard.
1186–1188
- Révoltes nobiliaires en Aquitaine et Poitou.
- Richard s’appuie sur des officiers durs pour :
- lever des subsides,
- tenir les châteaux,
- mater les résistances locales.
Girard est vraisemblablement déjà agent coercitif (justice, finances, garnisons).
1189–1194 : Richard roi, Girard au cœur du système
1189
- Mort d’Henri II.
- Richard devient roi d’Angleterre (septembre).
- Girard passe du statut d’officier ducal à officier royal.
Les chroniques anglaises signalent la montée en puissance de la famille d’Athée à la cour.
1190–1192 (Troisième croisade)
- Richard part en croisade.
- Le gouvernement est confié à :
- Guillaume Longchamp
- puis Hubert Walter
- Sur le continent, les châteaux angevins sont tenus par des hommes sûrs.
Girard d’Athée fait partie de ceux qui maintiennent l’autorité royale en Touraine et Anjou.
1192–1194 (captivité de Richard)
- Richard est capturé au retour de croisade.
- Levée d’une rançon colossale.
Girard intervient alors dans :
- la perception des revenus
- l’exécution forcée des obligations féodales
Les chroniqueurs ecclésiastiques deviennent très hostiles :
Girard est décrit comme violent envers les clercs et monastères.
Cette hostilité reflète surtout la pression fiscale exceptionnelle.
1194–1199 : Guerre ouverte contre Philippe Auguste
1194
- Libération de Richard.
- Retour immédiat sur le continent.
- Reprise de la guerre contre Philippe Auguste.
Girard est pleinement intégré à l’effort de guerre :
- garde de châteaux
- administration militaire
- soutien logistique
1196–1198
- Construction et défense de Château-Gaillard.
- Organisation d’un réseau défensif normand et ligérien.
Même si Girard n’est pas ingénieur (rôle de Maître Urri), il appartient à l’administration militaire qui soutient ce dispositif.
1199
- Mort de Richard (avril).
- Succession de Jean sans Terre.
Girard reste fidèle au nouveau roi.
D’après une charte de l’année 1201 (2), Girard d'Athée, assisté de Jean Lemozine, ayant tenu le siège de la justice à la place de Robert de Torneham, sénéchal de Loches, en présence de Guillaume d’Azai, prévôt de la même ville, était parvenu à pacifier le différend qui s'était élevé entre Tancrède du Plessis et les moines de Villeloin, au sujet de certains droits prétendus sur le bois de Chédon.
Guillaume des Roches, sénéchal d’Anjou, ratifia l’arrêt rendu par ces magistrats; Guillaume de Perenai, Jean de Lestang, Hamelin de la Porte, prévôt de Tours, Guillaume du Pont, Pierre Achard, Nicolas, archiprêtre d’Amboise, et plusieurs autres comparaissent dans cette transaction en qualité de témoins.
Si nous nous reportons à la date indiquée dans cette charte, Richard-Cœur-de-Lion venait de succomber à la blessure qu’il avait reçue sous les murs du château de Chalus et Jean-sans- Terre, son frère, lui avait succédé (1199).
L’année suivante, Artur, fils de Geoffroi, comte de Bretagne et neveu de Richard, cherche à s’emparer du comté d’Anjou et, soutenu par Guillaume des Roches, prend de vive force les villes d’Angers et du Mans.
Soumis aux exigences du devoir militaire, fidèles à leurs serments, Girard d’Athée et Robert de Torneham s’empressent de fortifier et de mettre à l’abri d’un coup de main les villes de Loches et de Chinon, pendant que Guillaume des Roches, sans pitié pour le jeune âge d’Artur, abandonnait sa cause et livrait la ville du Mans au roi Jean comme un gage de sa fidélité.
En 1202, la ville de Tours est prise d’assaut et livrée au pillage par les troupes du roi d’Angleterre qui en donne le commandement à Girard d’Athée.
Vers la Toussaint de la même année, Sulpice d’Amboise se rend au parti du roi de France, et ayant réuni un nombre considérable de combattants, s’avance sur Tours, brûle la ville et place des chevaliers et des sergents à Châteauneuf, pour tenir en échec les troupes du roi d’Angleterre et défendre les lieux environnants des attaques de l’ennemi.
Avec un sentiment de délicatesse que nous devons faire connaître, Girard d’Athée , après avoir pourvu habilement à tous les besoins de la garnison du château de Tours, en donne le commandement à Guillaume le Batillé , son lieutenant, et se rend à Loches bien moins pour en augmenter les moyens de défense que pour éviter la pénible obligation de combattre en personne contre Sulpice d’Amboise, son ancien maître, son vieil ami, qui, naguère, suivait encore la même bannière que lui.
Nous avons suivi avec une minutieuse exactitude les faits cités dans les chroniques de Touraine, mettons en présence, maintenant, ceux qu’avance Guillaume le Breton dans son poème de la Philippide (3).
" Tout le pays était gouverné par ce farouche Girard, serf issu de père et de mère également serfs, et qui avait pris naissance dans le village assez obscur que l’on nomme Athie (c’est Athée).
Ce Girard avait dévasté tout le pays de Tours et d'Amboise, ainsi que tout le pays et tous les villages au milieu desquels il avait été nourri et élevé sous les plus sinistres auspices, étant le serf de Supplicias d’Amboise.
Il n’y a pas en effet de pire ennemi qu’un ennemi domestique, surtout lorsqu’il foule des têtes libres sous ses pieds d’esclave.
« Le roi assiégea à la fois Loches et Chinon et les conquit, non sans peine, au bout d’une année et à la suite de longs combats, tant il était difficile de renverser de telles citadelles !
Il fit prisonniers un grand nombre de chevaliers et beaucoup de vassaux qui avaient défendu les deux places avec une grande vigueur, et ayant pris le serf Girard, il le chargea des plus fortes chaînes et le retint fort longtemps dans la prison de Compiègne, lui infligeant un supplice proportionné à ses crimes (4). »
Discutons froidement le mérite des faits avancés par ce poète et recueillis sans contrôle par les historiens qui lui ont survécu.
Girard d’Athée n’était ni serf, ni fils de serfs, car les hautes fonctions militaires et celles de la justice n’appartenaient alors qu’à la noblesse.
Fière et puissante, comme elle l’était à cette époque, l’aristocratie n’eût jamais consenti à se soumettre aux arrêts rendus par un juge d’une aussi basse extraction.
Dans le titre de 1201, que nous avons cité, Girard marche de pair avec des personnages du rang le plus élevé, parmi lesquels nous remarquons Pierre Achard, gentilhomme d’une illustre maison, et les seigneurs de Perenai et d'Azai-le-Rideau qui doivent reparaître, en 1213, à la première promotion des chevaliers Bannerets de la Touraine.
Guillaume le Breton nous parait mieux renseigné quand il assigne à notre héros la baronnie d’Amboise pour le lieu de sa naissance.
Un titre d’acquêt, fait par les religieux de la chartreuse du Liget le samedi après la fête de Sainte-Marie- Madelaine 1305, mentionne, dans l’état de lieux, certain domaine acheté dans la paroisse de Saint-Denis d'Amboise, au fief du prieur de cette église, attenant à la saulaye de Girard d’Athée, près du chemin qui conduit d’Amboise à Saint-Martin-le-Beau (5).
On lui reproche aussi d’avoir usurpé le nom auquel ses exploits avaient donné tant d’éclat; mais on oublie, que, vers le commencement du XIIIe siècle, les noms de famille, encore peu répandus, n’étaient autres que ceux des seigneuries possédées par les nobles d’une classe plus ou moins élevée.
La paroisse d’Athée, située entre Amboise et Bléré, près d’Azai- sur-Cher, appartenait, selon toutes les probabilités, à Girard qui en cette qualité avait le droit incontestable d’en prendre le surnom, et relevait, en arrière-fief, des seigneurs d’Amboise, pour ce domaine.
Il ne fut ni ingrat ni rebelle envers son pays, mais répandit son sang pour sa défense, car la Touraine appartenait si bien aux rois d’Angleterre, que pendant le court intervalle de paix qui eut lieu en 1201, entre Philippe-Auguste et Jean-sans- Terre, ce dernier fut investi des comtés d’Anjou, du Maine et de la Touraine, par arrêt de la cour souveraine.
L’accusation portée contre Girard d’Athée d’avoir saccagé et détruit les villes d’Amboise et de Tours ne nous semble pas mieux fondée.
Les chroniqueurs sont d’accord pour en accuser les Cotereaux, et les actes de barbarie dont ces villes furent affligées furent bien plus l’œuvre d’une soldatesque effrénée que celle d’un brave capitaine qui ne fut appelé au commandement de la ville de Tours qu’après la déplorable consommation de ces malheurs publics et, selon toute apparence, pour chercher à en prévenir le retour.
Le même accord existe entre les historiens pour faire connaître les immenses préparatifs de guerre et de toutes sortes réunis par Philippe-Auguste pour s’emparer du château de Loches.
Dans des lettres patentes du 29 juillet 1204, Jean sans Terre ratifie le don fait par Girard d’Athée en faveur de son courrier Josbert d’une rente perpétuelle de 100 sous, à prendre sur les revenus de Loches.
Ces lettres, adressées «au sénéchal de Loches», montrent que le capitaine de la forteresse bénéficiait d’un statut particulier.
Le 8 août 1204, le roi anglais ratifie les traités signés par Robert de Thornham, alors sénéchal du Poitou, Hubert de Bourg et Girard d’Athée, avec les seigneurs qui viennent d’abandonner le parti de Philippe Auguste pour le rejoindre.
Mais, à cette date, le roi de France a réussi à s’emparer de la Normandie, du Maine, de l’Anjou et de la Touraine, à part quelques places fortes qui résistent encore.
En août, il prend Poitiers et une partie du Poitou.
Le roi Jean fait envoyer de l’argent à ses partisans poitevins, par l’intermédiaire d’un bateau des frères hospitaliers de Jérusalem, en vain.
À l’approche de l’hiver, les troupes de Philippe Auguste bloquent Chinon et Loches.
Chinon, défendue par l’Anglo-Irlandais Robert de Lacy, tombe aux mains des Français, puis en avril 1205, le roi de France, qui vient de recevoir des renforts en artillerie, entre à Loches assiégée depuis un an par Dreux de Mello, capitaine renommé, avait vu tous ses efforts devenir impuissants contre l’énergique résistance des assiégés.
Girard d’Athée, qui a résisté jusqu’à épuisement de la nourriture et des munitions, est fait prisonnier, avec ses 120 chevaliers et écuyers.
Le roi confie le château, qui appartenait jusqu’alors en douaire à Bérengère, veuve de Richard Cœur de Lion, à Dreux de Mello, il donne Châtillon-sur-Indre au fils de celui-ci, Loudun et la sénéchaussée du Poitou à Aimery de Thouars.
Le château de Langeais, qui avait été confié par Arthur de Bretagne à Robert de Vitré, est donné au roi par celui-ci, en échange du château de Saint-Sauveur près de Vire, en Normandie.
Capturé lors de la chute de Loches, Girard d’Athée est emprisonné à Compiègne.
Le roi anglais lui fait parvenir dans sa prison la somme de 40 marcs d’argent afin qu’il puisse subvenir à ses besoins, puis il propose au roi la somme de 2000 marcs pour payer sa rançon, mais Philippe Auguste ne donne pas suite.
Trente mois plus tard, en octobre 1207, Girard d’Athée est enfin libéré, contre la très forte rançon de 3000 marcs d’argent «de nouveaux deniers», négociée par l’intermédiaire du maître de la milice du Temple.
Elle fut versée par le roi Jean lui-même, preuve qu’il estimait hautement le Tourangeau.
Celui-ci s’embarqua alors pour l’Angleterre avec sa femme, ses enfants, ses vassaux et ses proches parents : Girard son neveu, son autre neveu Engelrand de Cigogné et André de Loches, grâce à un sauf-conduit fourni par le roi anglais.
On sait par ailleurs qu’en 1207 Guillaume des Roches reprit Parthenay, alors défendu par Guy de Thouars pour le compte de Jean sans Terre, et captura en même temps Savary de Mauléon, alors sénéchal du Poitou.
LES TOURANGEAUX EN ANGLETERRE
Girard d’Athée émigra avec ses vassaux et sa parentèle, soit une douzaine de personnes, tous Tourangeaux.
Parmi eux, les sires de Cigogné et de Chanceaux s’installèrent au manoir de Hurstbourne, dans le sud de l’Angleterre (6).
Nommé le 5 janvier 1208 shérif (7) du comté de Gloucester, au Sud-Ouest de l’Angleterre (Costwolds, vallée de la Severn, Bristol), Girard d’Athée devint en même temps constable (8) du château de Bristol en lieu et place de Robert de La Rochelle, et le 23 mai shérif du comté de Hereford, 25 kilomètres à l’est de la frontière du Pays de Galles, 40 kilomètres au nord-ouest de Gloucester.
Le roi lui confia la responsabilité de la somme de 1000 marcs d’argent, apportée par Guillaume de Thornham au château de Gloucester, dont Guy de Chanceaux avait été nommé constable.
Les comptes des shérifs, inscrits dans le Pipe Roll (9) , indiquent que Girard fut chargé d’un transfert d’argent entre le trésor royal de Marlborough (comté de Wiltshire) et Bristol, 17000 marcs d’argent, très grosse somme qui montre la confiance dont il jouissait auprès de Jean sans Terre.
Il fut d’ailleurs grassement” récompensé, puisque le roi lui remit 10 sacs d’argent, soit 1500 marcs, à partager avec Guy de Chanceaux.
Mais la popularité de Girard d’Athée auprès du roi suscita rapidement des jalousies au sein de la haute noblesse anglaise.
Celui-ci fut également chargé de faire remettre en état les arbalètes du château de Bristol, en faisant appel à un maître-arbalétrier, et de « garder avec soin» le chevalier Pierre, fait prisonnier à Bourg.
Une autre ligne du Pipe Roll cite à nouveau Girard d’Athée : la reine Isabelle (10) étant venue à Gloucester, c’est lui qui fut chargé de régler ses dépenses, d’un montant de 10 marcs d’argent.
À la mort de l’archevêque de Cantorbéry, en 1205, le roi fit pression pour le faire remplacer par son ami l’évêque de Norwich, contre l’avis des chanoines de Cantorbéry.
Mais le pape imposa Étienne Langton, que le roi refusa.
Le pape, en 1208, jeta alors l’interdit sur le royaume d’Angleterre puis, pour faire céder Jean sans Terre, l’excommunia l’année suivante.
Celui-ci décida alors de chasser d’Angleterre les moines, cisterciens surtout, et de confisquer leurs biens.
Girard d’Athée, comme d’autres shérifs, fut chargé de vendre les monastères et les propriétés religieuses de sa circonscription. Seuls quelques abbés, qui acceptèrent de prêter allégeance au roi et de verser une forte somme d’argent, purent conserver leurs terres.
Girard confisqua ainsi les 700 hectares de l’abbaye de Cirencester (abbaye d’augustins, fondée en 1117), et en garda probablement une partie : le Pipe Roll montre combien Girard et Engelrand avaient coutume de marchander avec le roi pour obtenir toujours plus de droits et de privilèges.
Girard reçut l’ordre de s’emparer de tous les navires des côtes du Somerset et du Pays de Galles, sauf ceux du Danemark et de la Norvège ; il saisit également les manoirs de l’évêque de Bath, et conduisit auprès du roi, en septembre 1208, le chevalier Gérard, otage de Savary de Mauléon, afin qu’il soit gardé à Nottingham.
Nous savons par ailleurs qu’à la fin de cette même année, Girard d’Athée prit part au conseil du roi, à la cour de Bristol lorsque Llewellyn, prince de Galles du Nord, fit sa soumission à Jean sans Terre.
En 1211, en lutte contre son ancien lieutenant Guillaume de Briouze (William de Braose), le roi Jean lança contre lui Girard d’Athée.
Celui-ci réussit à le faire capituler et à lui faire payer 1000 marcs d’argent pour rembourser les frais de l’expédition.
Guillaume s’enfuit alors en Irlande, puis en Ecosse et enfin en France, mais Girard fit arrêter sa femme, Maud, qui avait accusé le roi d’avoir lui-même exécuté le jeune Arthur de Bretagne, et qui refusait de livrer ses fils en otages, comme le roi l’exigeait de tous ses barons.
Maud de Briouze et son fils Guillaume, emprisonnés au château de Windsor, y sont morts de faim.
Le gouverneur de la forteresse était alors Engelrand de Cigogné, dont les barons anglais demandèrent l’expulsion, en vain.
La dernière mention de Girard d’Athée, resté jusqu’au bout fidèle au roi anglais, malgré l’excommunication prononcée par le pape, date de septembre 1213 : il reçoit alors, des mains de son neveu et vassal Engelrand de Cigogné, la garde du manoir de Kingeslan.
Un autre de ses vassaux, Guy de Chanceaux, apparaît dans un document de 1214.
Girard fut remplacé dans ses fonctions de shérif du comté de Gloucester, par Engelrand de Cigogné, assisté de sa femme Agathe et de son fils Olivier.
Au cours des années précédentes, Engelrand avait entrepris une tournée des villes soumises à sa juridiction, et avait prélevé 22 livres d’amendes, en 1210 il avait reçu également à Bristol, de la ville de Gloucester, la somme de 500 marcs d’argent, participation au financement de la campagne victorieuse du roi en Irlande. Une autre de ses tâches avait été de payer la nurse du fils du roi, le futur Henri III.
Engelrand était, comme Girard, très impopulaire et la chronique de Saint-Alban les qualifie tous les deux de conseillers très injustes (consilarios iniquissimos 11)
II garda son poste jusqu’à 1216, date de la mort du roi.
Gérard d'Athée (orthographié Gerardi de Athyes dans l'édition de 1215 de la Magna Carta ) était un important commandant militaire et seigneur d' Athée-sur-Cher , près de Tours , aujourd'hui en France.
Il possédait son propre château, ses armoiries et son emblème, « Un lion contrapassant qui retourne sa tête », de Guyenne, en Aquitaine, emblème également utilisé par le roi Richard Ier, sous le règne duquel il est mentionné pour la première fois.
Le sceau de Girard d’Athée a été dessiné en 1699 par Roger de Gaignières (ms no 678,fo 23). Autour de ces mots: SIGILLVM. GIRARDI. DE. ATEIS [Gaignières, manuscrit n° 678, f 23, Bibliothèque impériale.
En 1215, ses terres furent confisquées et sa famille interdite de toute future propriété foncière par l'article 50 de la Magna Carta.
Nous retirerons entièrement de leurs bailliages les parents de Gérard d'Athénée (de sorte qu'à l'avenir ils n'auront plus aucun bailliage en Angleterre) ; à savoir Engelard de Cigogné , Pierre, Guy et André de Chanceaux, Guy de Cigogné, Geoffroy de Martigny avec ses frères, Philippe Marc avec ses frères et son neveu Geoffroy, et toute leur descendance.
L’année suivante, une partie de ses prérogatives passa à son fils Jean, mais celui-ci ne parvint jamais à égaler la carrière de son père.
Le roi lui montra cependant de l’estime, puisqu’en 1216 il lui donna les terres confisquées à un nommé Simon, domaine s’étendant sur cinq comtés, et lui octroya une rente de 50 livres.
Plus tard, en 1224, le roi Henri III dédommagea Jean d’Athée des frais d’un voyage qu’il lui avait demandé d’effectuer.
Par une charte, qui malheureusement pour l’histoire est sans date, Girard d’Athée fait connaître qu’inspiré par un sentiment de divine piété , avec le consentement de Lupa, son épouse, et de Jean, son fils , il a donné à Dieu et à l’église de Saint-Maurice de Tours , en pure et perpétuelle aumône , pour le salut de son âme, celui de sa femme , de ses ancêtres et de ses héritiers, les maisons et la place situées entre la dite église et la Tour du roi, c’est-à-dire l’emplacement qu’occupent aujourd'hui la Psaliette et les autres maisons du même côté jusqu’à la rue de la Caserne (12).
Il serait surabondant d’accumuler d’autres preuves pour démontrer combien le caractère honorable de Girard d’Athée a été méconnu jusqu’à ce jour. Si, moins esclave des scrupules de sa conscience, il eût oublié ses serments et suivi l’exemple que lui donnaient Sulpice d’Amboise, Guillaume des Roches et tant d’autres puissants seigneurs, nous l’eussions vu plus tard figurer sur la liste de nos chevaliers Bannerets, la reddition du château de Loches lui eut bien mérité cette récompense.
Le roi, etc., à Girard d’Athée, salut. Nous vous mandons de faire assigner à Raletot, notre sergent, le revenu que nous lui avons promis, dans l’honneur du château de L…… [lacune, probablement Loches ou Langeais], lui-même étant à Aurival [peut-être Aurevallis ou un lieu-dit]. Le 5ᵉ jour d’août.
Rex, etc. Girardo de Athies salutem. Mandamus vobis quod redditum quem promisimus Raletot servienti nostro assignari faciatis ei in honore castri de L……. ipso apud Aurivall. 5°. die augusti.
Le roi, etc., à Girard d’Athée, etc. Nous vous mandons de faire avoir à Barthélemy Savari le revenu qu’il doit avoir. Témoin : moi-même à […]
Rex etc: Girardo de Athies, etc. Mandamus vobis quatinus faciatis habere Bartolomeo Savari redditum suum quem habere debet. Teste me ipso apud
Le roi, etc., à G. d’Athée, etc. Nous vous mandons que, aussitôt ces lettres vues, vous envoyiez à Chinon 2 500 livres angevines que vous avez reçues de la rançon des prisonniers que vous savez. Et si vous n’en avez pas reçu autant, envoyez ce que vous en avez reçu. Et en témoignage de cela, nous vous envoyons ces lettres patentes. Témoin : Robert de Vieuxpont, à Chinon, le 4ᵉ jour de décembre.
Rex. etc. G. de Athies, etc. Mandamus vobis quod statim visis litteris istis mittatis apud Chinon 2.500 libras Andegav. quas recepistis de redempcione prisonis quos scitis. Et si non tantum receperitis hoc quod inde receperitis illuc mittatis. Et in hujus rei testimonium has litteras patentes vobis mittimus. Teste Roberto de Veteri Ponte apud Chinonem 4°. die decembris.
Robert de Vieuxpont (Veteri Ponte) : fidèle administrateur Plantagenêt.
Moyen-Age Classique 1137 / 1204 période Aliénor d'Aquitaine<==
(1) Appelé à la cour de Philippe-Auguste en qualité de clerc ou chapelain-, Guillaume Le Breton, fut chargé par ce prince de l'éducation de Pierre Chariot, son fils naturel, mort en 1249, évêque de Noyon, après avoir rempli la dignité de trésorier de l’insigne église de Saint-Martin de Tours.
La position entièrement dépendante de Guillaume le Breton nous inspire de fâcheuses présomptions sur sa véracité comme historien : Un poète de ses amis, Gilles de Paris, lui a reproché dans ses vers la complaisance de son zèle.
(2). Ego Guillelmus de Rupibus senescallus Andegaviæ, omnibus ad quos présentés litteræ pervenerint salutem. Sciant tam présentes quam posteri quod querela quæ diu agitata est inter monachos de Villeaocn et Tancredum de Bosco de Chedun et de terra eidem loco adjacente hoc fine terminata est apud Lochas coram Johanne Lemozine et Girardo de Atteis, qui vicem Roberti de Ternebau (sans doute pour de Torneham) tune temporis senescalli agebant et coram Guillermo de Azaio tune preposito Lochacensi , etc... Anno incarnati verbi M. CCI., etc , etc.
Hanc vero res concesserunt Gauffridus et Guillelmus filii ejusdem Tancredi. Hujus rei testes sunt : Guillelmus de Perenai; Johannes de Stagno; Hamelinus de Porta, prepositus Turonensis; Guillelmus de Ponte; Petrus Acharias; Nicolaus, archipresbyter Ambasiæ, et plures alii.— (Dom Rousseau , tom. VI, n° 2,753).
—L’original était scellé des sceaux de Guillaume des Roches et de Girard d’Athée : Ce dernier est en forme de médaille, on y voit une bête contrepassante qui retourne sa tête. Autour on lit ces mots: SIGILLVM. GIRARDI. DE. ATEIS (Gaignières, manuscrit n° G78, f 23, Bi- bliothèque impériale).
(3). « Huic patriætoti præerat férus ille Girardus,
Servus et a servis oriundus utroque parente,
Gui satis obscurus ortum dédit Athea pagus.
Is Turonum totum vastaverat Ambadiumque,
Et patriam totam cum vicis omnibus, in qua
Editus atque alitus fuerat bubone sinistro,
Quamvis Supplicii servus foret Ambadiensis.
Pejor enim quavis est peste domesticus hostis,
Præcipue qui colla promit pede libéra servo.
« Lochia Chinonemque simul Rex obsedit , atque
Vix anni spatiolongo sibi subdit agone ,
(Tantæ molis erat, tantas evertere turres) !
Innumerosque capit équités , multosque clientes.
Vi castrum multâ qui tutabantur utrumque,
Cum aliis vinclo vinctum majore Girardum
Carnopoli tenuit in carcere tempore multo ,
Supplicio aflligens digno pro crimine servum. »
Rerum Gallicarum et Francicarum scriptores, in-f. Tomus decimus-sep- timus, Philippidos. Lib. VIII, p. 217.
L’abbé de Marolles, notre laborieux compatriote, traduit ainsi le même passage du poème de Guillaume le Breton :
« Dans ces deux châteaux forts, gigantesques abris,
Le farouche Girard s’est imposé pour maître ;
Né de parents obscurs, à la glèbe asservis ,
Son cœur ne dément pas le sang qui l’a fait naître :
Dans la Touraine, en vain, ses yeux se sont ouverts,
L’ingrat n’en a pas moins armé son bras contre elle,
Amboise et Tours par lui de débris sont couverts,
Et le pays entier maudit un fds rebelle.
Tant, hélas! il est vrai que les plus grands revers
Sortent souvent pour nous du foyer domestique,
Et qu’il n’est pas au monde un bras plus despotique
Que celui de l’esclave ayant brisé ses fers.
« Bientôt le roi parait, suivi d’un ost immense,
De Loche et de Chinon le siège alors commence;
Mais il fallut un an pour dompter ses créneaux !!...
Girard fut enfermé dans ces sombres cachots,
Lui qui pensait braver la royale bannière,
Et dévaster encore la Touraine, sa mère. » etc.
(4) La traduction de ce poème fait partie de la collection des Mémoires relatifs à l’Histoire de France, par M. Guizot, in-8°, p. 229 du tome XII.
(5). Cartul. manus. du Liget, IV partie, page 47. Archives du département d’Indre-et-Loire.
(6). Hurstbourne est une ville du Hampshire, comté du sud de l’Angleterre (Southampton, Portsmouth, Winchester...).
(7). L’Angleterre était gouvernée d’une façon décentralisée, autour de grands barons. Shérif vient de shire-reeve, administrateur d’un shire, comté. Le shérif est responsable de la perception des taxes, sur lesquelles il prélève une commission. Il est chargé de la sécurité, il a le droit, en cas de danger, de lever des hommes pour défendre sa circonscription, il est également juge, souvent itinérant.
(8). Le constable est un officier à qui le roi a confié la garde d’un important château. Il est, dans la ville entourant la forteresse, chargé de l’exécution des lois et du maintien de l’ordre.
(9). Le Pipe Roll est un ensemble de registres des recettes et des dépenses des shérifs et autres officiers royaux, avec leur nom, tenus à partir de 1130 par l’Échiquier. La Pipe Roll Society a publié ces registres.
(10). Isabelle, fille du comte d’Angoulême, âgée de 13 ans, était fiancée à Hugues de Lusignan.
En 1200 Jean sans Terre, qui avait alors 20 ans de plus que la jeune fille, l’enleva et l’épousa à Chinon.
Philippe Auguste en profita pour annoncer la confiscation des terres françaises du roi anglais. La guerre reprit alors entre les deux rois, Philippe Auguste étant soutenu par les partisans du duc de Bretagne, le jeune Arthur I er.
(11). Chronique de Saint-Alban, Petite Histoire de l’Angleterre [1067-1251], rédigée entre 1250 et 1259 par Mathieu de Paris.
(12) Universis sanctæ Matris ecclesiæ filiis ad quos presens carta pervenerit Girardus de Atheis, salutem; noverit universitas vestra me divinæ pietatis in- tuitu et consensu et assensu Lupæ uxoris meæ et Johannis filii et heredis mei, dedisse et concessisse et présent! carta confirmavisse Deo et ecclesiæ beati Mauricii Turonensis , domum et plateam qui jacet inter ipsam ecclesiam et turrim Regis, liberam et puram et perpetuam elemosinam pro salute animæ meæ et uxoris meæ et antecessorum et heredum meorum et ut hæc mea donatio rata et inconcussa in perpetuum perseveret presentem cartam sigilli mei appositione roboravi. His testibus domino P. Winch, episcopo *; magistro Richardo de Marisco, magistro Gilleberto de Aquila, Andrea cancellario canonico Turonense, Johanne de Novo Vico, Petro de Champmarle, etc , etc. — Liber compositionum, p. 49, manuscrit, Bibl. de la viile de Tours.
* Selon toute apparence, Pierre des Roches, évêque de Winchester, qui, le 26 octobre 1206, comparut comme témoin de la trêve conclue à Thouars, entre Jean, roi d’Angleterre, et Philippe, roi des Français.