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PHystorique- Les Portes du Temps
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27 décembre 2025

Jean de Grailly (ou Grilly), sénéchal de Guyenne et « bâtisseur de bastides »

Le mot bastide (en latin médiéval bastida, en occitan bastida) désigne, dans le sud-ouest du royaume de France au Moyen Âge — particulièrement dans le comté de Toulouse et le duché d'Aquitaine —, une ville neuve fondée par une autorité féodale (seigneur local, évêque, roi de France ou roi d'Angleterre-duc d'Aquitaine). 

Ces villes sont dotées d'une charte de coutumes (franchises municipales) qui accorde aux habitants le droit de s'administrer eux-mêmes via un conseil élu (consuls ou jurats), et elles sont construites selon un plan urbanistique très caractéristique : 

  • plan régulier (généralement orthogonal ou en damier), 
  • place centrale entourée d'arcades (couverte ou non), servant de marché,
  • remparts et portes fortifiées, 
  • rues droites et larges, souvent à angle droit, avec des parcelles uniformes.

 

Période et ampleur du phénomène

Les bastides sont principalement créées entre 1222 (fondation de Montauban, la plus ancienne bastide connue) et 1373 (fin des grandes créations).

 

Leur nombre est estimé entre 300 et 500, selon les critères retenus (certaines sources parlent de 700 si l'on inclut les fondations plus modestes ou les agrandissements).

 

Elles se concentrent presque exclusivement dans 14 départements actuels (essentiellement la région Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie) : 

Lot-et-Garonne (la plus dense : Monpazier, Vianne, Eymet, etc.), 

Dordogne (Beaumont, Monpazier, Lalinde, etc.), 

Gers, Tarn-et-Garonne, Haute-Garonne, Tarn, Ariège, Gironde, Landes, Lot, Aveyron, etc.

 

C'est un phénomène unique en Europe par son ampleur, sa cohérence et sa concentration géographique.

Aujourd'hui encore, les bastides constituent un patrimoine urbain exceptionnel, très attractif sur le plan touristique (plus de 50 bastides sont classées « Plus Beaux Villages de France » ou Sites Remarquables).

 

Contexte historique et motivations

Les bastides naissent dans un contexte de forte concurrence territoriale entre :  les rois de France (Capétiens), qui cherchent à renforcer leur autorité après la croisade des Albigeois (1209-1229) et la soumission du comté de Toulouse (traité de Paris 1229), les rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine depuis 1154 (Plantagenêts), qui défendent leurs possessions et veulent fixer des populations fidèles.

 

La période 1222-1373 correspond donc à : 

  • la fin de la croisade des Albigeois, 
  • la consolidation de la frontière franco-anglaise en Guyenne (traité de Paris 1259, traité d’Amiens 1279, etc.), 
  • l’essor démographique et économique de l’Europe occidentale (XIe-XIVe siècles), avec la nécessité de défricher, repeupler et organiser les campagnes.

 

Le traité d’Amiens du 23 mai 1279 est un accord diplomatique majeur entre Philippe III le Hardi (roi de France) et Édouard Ier d’Angleterre (roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine).

 Il met fin à un long contentieux hérité du traité de Paris de 1259 (Henri III et Louis IX) en confirmant la restitution de l’Agenais (et de quelques autres territoires comme le Quercy et le Périgord) au roi d’Angleterre, après des décennies de litiges et d’occupations françaises.

 

Pour obtenir cette confirmation définitive, Édouard Ier accepte de réaliser des « travaux utiles » (fortifications, infrastructures) dans les zones restituées, ce qui ouvre la voie à une politique active de construction de bastides en Guyenne anglaise.

 

 

Objectifs multiples des fondateurs  Politique : affirmer la souveraineté, créer des points d’appui militaires, attirer des populations loyales (souvent en concurrence avec les seigneurs voisins), fixer des frontières. 

Économique : développer le commerce (marchés couverts, foires), encourager l’agriculture et l’artisanat grâce aux franchises fiscales et à l’exemption de mainmorte (liberté personnelle). 

Social : attirer des colons libres (paysans, artisans, marchands) par des avantages (exemption de taille pendant plusieurs années, justice consulaire, etc.).

 

Exemple emblématique : la vue aérienne de Montesquieu-Volvestre

Voici une vue aérienne typique d’une bastide du XIIIe siècle, avec son plan orthogonal, sa place centrale à arcades et ses remparts encore visibles :

Dès le 15 novembre 1279, Édouard Ier adresse un mandement à son sénéchal Jean de Grailly (chevalier gascon d’origine béarnaise, fidèle serviteur du roi-duc) lui donnant pouvoir de :

  • fonder des bastides (villes neuves fortifiées),
  • accorder aux habitants toutes les franchises et coutumes qu’il jugera opportunes,
  • ratifier d’avance tout ce qu’il décidera en la matière.

 

Entre 1279 et 1286, Jean de Grailly lance une véritable politique d’urbanisme militaire et économique : il crée un réseau dense de bastides le long des nouvelles frontières de la Guyenne anglaise (surtout face à l’Agenais et au Quercy, restitués par le traité d’Amiens), pour consolider la souveraineté ducale, contrôler les routes, attirer des colons par des libertés fiscales et judiciaires, et faire face aux bastides construites en parallèle côté français par le sénéchal de Toulouse Eustache de Beaumarchais.

 

Principales bastides fondées ou renforcées par Jean de Grailly (1279–1286)

Voici les plus emblématiques (avec dates approximatives et contexte) :

 

  • Villefranche du Périgord (1261)
  • Miramont-en-Agenais (vers 1280) : position stratégique sur la vallée du Lot.(3)
  • Villefranche de Lonchat (1280),
  • Monpazier (1284) : chef-d’œuvre de l’urbanisme bastidal anglais, plan rectangulaire parfait, place centrale à arcades, aujourd’hui classée parmi les « plus beaux villages de France ».(4)
  • Beaumont-du-Périgord (1272-1280, mais renforcée par Grailly) : bastide royale typique.(5)
  • Lalinde (1267),
  • Roquepine (1283) 
  • Vianne (1284) : sur la Baïse, près d’Agen.(6)
  • Monestier (1284),
  • Cadillac-sur-Garonne (vers 1280) : contrôle de la Garonne.(7)
  • Puymirol (vers 1280) : en Agenais.(8)
  • Montclar (vers 1280) : en Agenais.
  • Fonroque (1284),
  • Monflanquin (1286-1287) : une des plus belles, avec vue panoramique.(9)
  • Beauregard Bello Regardo (1286)
  • Tournon-d’Agenais (vers 1280) : ancienne cité épiscopale renforcée.(10)
  • Saint-Pastour (vers 1280) : petite bastide en Agenais.(11)

 etc ... , etc ....

… et une seule d’origine française : Eymet (1270). 

Sur les 18 bastides réparties sur le Périgord, 11 sont situées dans le Périgord Pourpre.

Un ouvrage fort documenté, M.E,. Testut apporte certaines modifications et additions à la nomenclature des bastides dont on peut attribuer la fondation à Jean de Grailly.

Il établit que la fondation de Beaumont de Périgord remonte à 1272, et doit être attribuée à Lucas de Thaney.

 Par contre, J. de Grailly fonda en 1284 sur la rive gauche de la Dordogne entre l’Abbaye de Cadouin et Bruniquel les bastides de :  

Saint-Jean-de-Molières (1278 aujourd'hui Molières-en-Périgord),

De Puyguilhem (1265), au sud du château, sur un affluent du Dropt.

Jean 1 de Grailly, captal de Buch, sénéchal du roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, supervisa les travaux de construction et une charte de coutumes fut attribuée peu après aux habitants de cette

 

 

D’autres comme Eymet, Marmande (renforcée), Penne-d’Agenais, etc., sont consolidées ou agrandies sous son impulsion.

 

 

 

 

Objectif stratégique

Ce réseau de bastides forme une ligne de défense fortifiée face aux possessions françaises (sénéchaussée de Toulouse).

Il s’agit d’une véritable « frontière urbaine » : places fortes, marchés protégés, colons libres, garnisons royales.

Le plan type (grille orthogonale, place centrale, halle, murailles) est uniforme, ce qui facilite la défense et l’administration.

Jean de Grailly, par cette politique, marque profondément le paysage du sud-ouest : beaucoup de ces bastides existent encore aujourd’hui, avec leur plan médiéval intact (Monpazier est l’exemple le plus parfait).

 

 

 

C'est par un mandement en date du 15 novembre 1279 (1) qu'Edouard 1er autorisais Jean de Grailly à construire des bastides et à accorder à leurs habitants telles franchises qu'il jugerait à propos, ratifiant d'avance tout ce qu'il déciderait à ce sujet.

De 1279 à 1286, J.de Grailly fonda ainsi dans la province anglaise un grand nombre de bastides ou villes neuves qui constituèrent  un réseau de postes fortifiés très solides, de construction uniforme, le long des nouvelles frontières établies par le traité d’Amiens, et vis-à-vis de celles que bâtissait en même temps en territoire français le sénéchal de Toulouse, Eustache de Beaumarchais (2).

 

Le territoire consacré à ces bastides était divisé en deux ; une partie devait être bâtie, l'autre mise en culture.

La population ainsi groupée était exclusivement soumise à l'autorité de la couronne.

 La construction de l'enceinte murée était à la charge des communes, celle des quatre portes à la charge du Roi.

 En général, les fondateurs- suzerains ou rois - assumaient la dépense des fortifications (12).

Pour la bastide de Sauveterre-en-Bazadais (1281 -1283) on voit Edouard Ier déclarer : « nos tenemur primam clausuram ville facere ».

En 1283, le même Edouard confirmant un règlement fait par Jean de Grailly pour les bastides de Puymérol, Monclar, Monflanquin et Tournon parlera « super portalibus nostris sumptibus faciendis » (13).

Souvent dans les bastides les églises étaient pourvues de moyens de défenses parce que, sans doute, dans l'esprit des habitants, elles pouvaient être appelées à servir de dernier refuge en cas de siège.

 

 

Un assez grand nombre de ces églises offrent encore des traces de cette physionomie militaire.

 Celle de Beaumont, par exemple, est munie de créneaux, de machicoulis, et l'extrados de sa voûte avait reçu des dispositions propres à la manœuvre des pierriers, mangonneaux et autres machines de guerre ; on y remarque même un puits creusé dans l'enceinte, évidemment pours le cas où l'on aurait  eu à soutenir un siège de longue durée (14).

D'ailleurs Jean de Grailly ne manque pas d'intervenir dans les différends entre les municipalités nouvelles et les seigneurs voisins.

C'est ainsi qu’il soutient, très énergiquement les consuls de Castillonès contre le seigneur de Montaut et leur fait rendre plusieurs paroisses indûment enlevées (15).

 

 

Revue Historique et Archéologique du Libournais N° 109 Tome XXXI 3ème trimestre 1963.

 

 

Jean Ier de GRAILLY, un Seigneur Savoyard en Terre-Sainte au XIIIe siècle <==

 

 

(1) Datum apud Westmonasterium XV die novembris (Rôles gascons, T. II, n 259 et B. N. Collection Moreau-Bréquigny, vol. 636,.fol. 219).

(2) V. sur ce personnage : Mém. de la Sté Archéologique du Midi.T. XI,.p. 211. Tablettes Hist. du Velay, tome III, .p. 498, et F. Michel.« Notes sur la guerre de Navarre », p. 407 et, ,763.

 (3) Rôles gascons, n° 1416. --Miramont est dans le Lot-et-Garonne. canton de Lauzun.

(4) Montpazier (Dordogne) fut fondée en 1284.

(5) Rôles gascons, T. II, n° 1416, et T. III, n° 2136, 2154, etc ...

(6) Vianne, canton de Lavardac (Lot-et-Garonne).

(8) Canton d'Agen, bâti sur l'emplacement d’une ancienne ville romaine.

(9) Monclar et Monflanquin font partie du canton de Villeneuve-sur-Lot,

(10) Arrt. de Villeneuve-sur-Lot, sur une colline dominant le Boudouyssou,

(11) Canton de Monclar (Lot-et-Garonne).

(12) Il y avait aussi ce qu'on appelait une construction en pariage. Dans les contrats de ce genre, le seigneur concédait gratuitement le terrain et associait le suzerain à la moitié de la propriété et des revenus de la nouvelle bastide (Boutaric : Saint Louis et A. de Poitiers, p. 512).

(13) Samazeuilh: Histoire de l'Agenais, Condomois, Bazaudais, Auch 1846, T. l p. 326; Cf. -Moulenq Documents hist. sur le Tarn-et-Garonne, T. III,P.266. –d° : Rôles gascons n° 752 et 765, T. II: et aussi numéro 894.

(14) Alcide Curie-Seimbres : Essai sur les villes fondées dans Le Sud-Ouest de la France, aux XIIIe et XIVe siècles sous le nom de Bastides -publié dans les Mémoires de la Société Archéologique du Midi, année 1872, T. X, page 116, et édité à part en brochure, Toulouse, 1880.

(15) Bouyssy : Notice hist. sur la- ville de Castillonnès. Villeneuve-sur-Lot, 1875, p. 26, 27, 32.

 

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