LA TOUR DE BROUE 1115-1789 - En 1372, le château est assiégé par Bertrand Du Guesclin

Si vous avez à parcourir la triste et monotone campagne qui s'étend de Rochefort à Marennes, vous verrez se dresser au loin, dans les brumes de l'horizon, la haute silhouette de la tour de Broue ; arrêtez-vous un instant devant ces ruines rien de plus pittoresque que cette immense muraille tapissée d'un lierre gigantesque, et que semble grandir encore le sol uniforme et plat entourant l'éminence sur laquelle elle s'élève.

Devant vous est Brouage, la forteresse aux remparts croulants, squelette d'une ville autrefois commerçante et riche, image d'une puissance évanouie comme celle de la tour elle-même qui lui donna son nom.

Artiste ou poète, vous vous abandonnerez à vos rêveries en face de ces plaines silencieuses tant de fois ensanglantées pendant nos guerres civiles du XVe siècle.

Si vous avez l'esprit plus positif de l'antiquaire, vous vous plairez à reconstruire par la pensée les murs du vieux donjon, et vous vous rappellerez ces dissertations savantes qui ont agité sans la résoudre la question de son origine et de sa destination primitive :

 Était-ce là un castrum gallo-romain ? Le phare indiquant aux navires l'entrée du problématique Port des Santons ? Ou bien tout simplement le château bâti par quelque seigneur du XIe ou du XIIe siècle pour la défense et la sécurité de ses domaines ?

Je n'ai point la prétention d'apprécier la valeur de ces opinions diverses je voudrais seulement reconstituer, autant que possible, à travers les siècles, la série des seigneurs qui ont possédé la tour de Broue.

Un travail de cette nature est extrêmement difficile, lorsqu'on doit recueillir un à un les documents qui lui servent de base je n'aurais point osé l'entreprendre si un heureux hasard n'avait fait tomber entre mes mains quelques pièces d'une procédure du XVIIe siècle, où se trouvent rapportés et analysés les chartes, aveux et autres contrats concernant l'ancienne seigneurie de Broue, et celles de Chessoul et de Montaiglin qui, de temps immémorial, étaient réunies.

Si donc je ne puis présenter cette étude comme le fruit de longues et pénibles recherches, il m'est du moins permis d'affirmer son exactitude, et c'est là, je crois, le principal mérite d'un semblable travail.

Tous les historiens qui ont parlé de la tour de Broue ont mentionné la chronique rapportée par Besly (1) d'après laquelle Guy Geoffroy, comte du Poitou, au retour d'une expédition aux îles d'Aix et d'Oléron, se serait arrêté et aurait séjourné à la tour de Broue.

Ce texte prouve que ce château existait dès le XIe siècle, et, en outre, qu'à cette époque la mer en baignait les pieds.

A la fin du XVIIe siècle, le canal de Brouage était navigable jusqu'au promontoire sur lequel la tour est bâtie, puisque l'on y construisait des navires de quarante tonneaux (2); enfin le P. Arcère nous apprend qu'en 1757, on trouvait, à la suite de fouilles, des ancres et des débris de navires non seulement auprès de Broue, mais dans les environs du château de Blénac, à plus de quatorze kilomètres des côtes actuelles.

Fleuriau de Bellevue (3) a parfaitement analysé les causes physiques qui même depuis les temps historiques, ont amené sur cette partie de notre littoral de sensibles modifications.

 L'envasement du hâvre de Brouage, la transformation en prairie de l'ancienne saline, sont des faits qui se sont passés sous les yeux de la génération présente ou de celles qui l'ont immédiatement précédée.

Si donc nous nous reportons par la pensée au Xe ou au XIe siècle, nous comprendrons facilement pourquoi le nom d'îles était alors donné à toute la contrée comprise entre la Seudre, le canal de Brouage, la pointe du Chaput, et les hautes collines qui ferment au sud-est le bassin encore reconnaissable où les eaux de la mer se répandaient autrefois.

Sur de récents attérissements formant trois éminences distinctes, s'élevaient, à l'époque dont nous parlons, les églises de Saint-Pierre de Sales, de Saint-Just, de Saint-Sornin, et, à la limite des marais, sur la côte anciennement baignée par l'océan, les châteaux de Broue, de Chessoul et de Montaiglin. Chessoul et Montaiglin ont depuis longtemps disparu.

On peut encore cependant indiquer aujourd'hui le lieu où ils s'élevaient.

Non loin de la colline qui a conservé le nom de Montélin, l'ancien Mons Aquilinus des vieilles chartes, près du village des Faveaux, à l'extrémité de la commune de Sainte-Gemme, on voit deux buttes féodales entourées de profonds fossés.

Là, suivant la tradition populaire, était le château de Montglin (4). La butte voisine n'a pas conservé le nom de Chessoul; mais elle est évidemment l'emplacement même de ce château qui, suivant les anciens titres, était fort proche de Montaiglin.

Dans la charte de fondation de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, Geoffroy Martel et la comtesse Agnès, sa femme, abandonnèrent au monastère les églises de Saint-Saturnin, Saint-Just, Saint-Pierre de Sales, Saint-Martin de Sausillac et Le Gua, avec tous leurs droits utiles, et ensemble la dîme de toutes les terres depuis Montélin jusqu'à la pointe du Chaput.

 Les salines semblent exceptées de la dime; et ce qui confirmerait cette opinion, c'est qu'au XIIIe siècle, en 1233, l'abbesse de Saintes et Hugues-le-Brun de Lusignan, comte de La Marche, à la suite d'une transaction, séparèrent par des bornes les marais salants du comte des terres douces appartenant à l'abbaye.

Bien que les abbesses de Saintes, comme nous le verrons plus tard, aient soutenu que la concession primitive leur avait été faite à titre de fief, cette prétention est en désaccord non seulement avec les termes mêmes de la charte, mais encore avec les faits, du moins en ce qui concerne les îles de Marennes.

Ainsi Marguerite, femme de Rudel, comte de Blaye, mère de Geoffroy Martel, comme ayant droit à la moitié des terres du comté de Saintonge, avait reçu dans son contrat de mariage de l'année 1040 (5), une rente de 2,500 livres assise sur les territoires de Marennes, Pont-Labbé, etc.

Plus tard, Rudel abandonna les redevances féodales de la seigneurie de Marennes, moyennant l'engagement pris par l'abbesse de Saintes de lui payer la rente constituée dans son contrat de mariage, rente qui fut rachetée en 1328 par le monastère de Sainte-Marie; mais rien n'indique que les comtes de Saintonge aient abandonné leurs droits de suzeraineté sur les fiefs du territoire de Marennes, et leurs vassaux continuèrent à leur prêter hommage et après eux aux rois de France, héritiers de leurs droits.

C'est ainsi qu'un aveu du XIIIe  siècle nous apprend que le château de Chessoul relevait du roi à cause de son château de Saintes; il en était ainsi de celui de Montaiglin, et, à plus forte raison, de la tour de Broue.

Les ruines qui couvrent le sol autour du donjon de Broue, prouvent que, primitivement, l'enceinte fortifiée devait protéger une certaine agglomération de population.

La charte de fondation de l'abbaye de Saintes nous apprend qu'en 1047 il y avait à Broue une église dédiée à saint Pierre et à saint Eutrope (7) ;

 un acte du XIIIe siècle mentionne aussi une chapelle (8).

Jusqu'au commencement du XVI siècle, Broue portait le titre de ville, et avait encore un curé en 1786 il est donc présumable qu'elle ne commença à être abandonnée qu'après 1555 (9), alors que Jacques de Pons eut jeté à peu de distance les premières fondations de la ville de Brouage 10.

 

Les plus anciens possesseurs de la tour de Broue et des terres de Chessoul et de Montaiglin qui y étaient réunies, ceux du moins dont le nom est parvenu jusqu'à nous, sont les seigneurs de la maison de Doë. (11)

D'après des titres authentiques produits dans une instance contre les agents du domaine, la famille de Doë aurait été en possession de Broue dès l'année 1115.

 Dans le bref du 11 juillet 1153, par lequel le pape Anastase IV confirme le privilège de l'abbaye de Sainte-Marie de Saintes, il est dit que, outre les droits sur les paroisses de Saint-Pierre de Sales et de Saint-Just, l'abbesse aura droit aux dîmes des terres de Hugues de Doë.

Regnaud de Doë, son fils, selon toutes probabilités, eut en 1162 quelques démêlés avec Hymberge, prieure de Marennes, au sujet des terrages anciennement attribués à Notre-Dame de Saintes ils furent réglés à l'amiable, et Regnaud renonça aux dîmes qu'il percevait sur les terres tant douces que salées qui s'étendaient de la pointe du Chaput à Montaiglin.

Regnaud se soumit aussi à démolir un four banal qu'il avait fait construire sur ses terres, proche la paroisse Saint-Pierre de Sales, et qui portait préjudice aux droits de l'abbaye de Saintes.

En reconnaissance de ces concessions, sa fille fut admise au monastère de Sainte-Marie (12).

Les successeurs de Regnaud de Doë montrèrent la même déférence à l'égard de l'église et rivalisèrent de zèle pour enrichir le prieuré de Sainte-Gemme. Ainsi Ramnulphe de Doë lui abandonna la dîme des terres de Viole et les marais qui s'étendent de Lépine à Nancras, pour y établir des marais salants et y construire un moulin (13).

Hugues II de Doë, seigneur de Broue, donna également, en 1236, au prieur de Bournet, plusieurs marais et leurs appartenances, situés dans la terre et proche le château de Chessoul, joignant aux autres marais salants (14).

Mais le plus libéral de tous fut assurément Geoffroy de Doë: de 1241 à 1257, on ne compte pas moins de huit chartes de concession en faveur des prieurs de Sainte-Gemme (15) :  c'est d'abord une autorisation générale de faire toutes acquisitions et de recevoir toutes donations dans l'étendue de sa seigneurie (1243), le don de la chapelle de Broue avec tous les droits qui y sont attachés (1253) (16), de la terre de Drandoux dans la paroisse de Saint-Just (1257) (17), du moulin de Calat et enfin de divers fiefs et héritages dans les paroisses de Saint-Symphorien et Saint-Jean d'Angle;

 

il donna aussi en 1245 l'autorisation à l'abbesse de Saintes de construire un moulin proche le moulin de Pelhart (18).

 Geoffroy de Doë avait épousé Jeanne, fille d'Elie de Mornac. Il combattait dans les rangs de l'armée anglaise, et un mois avant la bataille de Taillebourg, Henry III d'Angleterre le remit en possession des terres ayant appartenu à sa femme, dans l'ile d'Oléron, en qualité d'héritière d'Elic de Mornac (19)

 La fille de Geoffroy de Doë, Aynor, dame de Chessoul et de Broue, concéda en juillet 1279 (20), au prieuré de Sainte-Gemme, la terre d'Arthouan, dans la paroisse de Saint-Just ; elle épousa Gérard de Rochefort (21), qui, moins généreux que ses prédécesseurs, menaça le prieur de Sainte-Gemme de revenir sur les donations antérieurement consenties.

Plusieurs transactions intervinrent: en 1235 notamment, la concession du port de l'Epine et des salines,« depuis celle de Constantin jusqu'à Nancras », fut confirmée, à la condition que le droit de haute justice demeurerait réservé (22).

Guy de Rochefort, successeur de Gérard, confirma, de 1313 à 1320, les donations faites avant lui mais il n'en fit point de nouvelles ; l'élan des libéralités religieuses des XIIe et XIIIe siècles s'était ralenti ; bientôt même la réaction allait se manifester.

En 1330, nous trouvons la seigneurie de Broue en la possession de Guy de Vaussay ou Baussay elle lui avait été transmise par son alliance avec la fille de Guy de Rochefort.(23)

En 1339, Guy de Baussay adressa au sénéchal de Saintonge une plainte contre les moines de Sainte-Gemme à raison de l'usurpation des droits qu'il avait coutume de percevoir dans les salines de Marennes.

 Guy de Baussay eut pour successeur Pierre de Baussay qui, en 1344, reçut de Denys Vigier l'aveu et le dénombrement des marais et héritages qu'il tenait noblement dans la paroisse de Saint-Just au devoir d'une paire d'éperons blancs (24).

Sa fille, Marguerite de Baussay, épousa Guillaume Trousseau, chevalier, seigneur de Chanteaux et de Véretz en Touraine (25); il détenait la seigneurie de Broue en 1352 (26)

 

Elle se maria, en secondes noces, à Simon Burleigh, chevalier anglais gouverneur de Loudun, dénommé dans les vieux titres Simon de Burlé.

Le 11 mars 1367, ce dernier accordait à la prieure de Marennes main-levée de la saisie, à défaut d'aveu, des héritages détenus par elle dans la ville de Broue (27) 

Cinq ans plus tard, au mois d'août 1372, la tour de Broue, défendue par une garnison anglaise, fut assiégée par un détachement de l'armée de Bertrand Duguesclin.

LA TOUR DE BROUE 1115-1789 En 1372, le château est assiégé par Bertrand Du Guesclin

 Ce n'était pas uniquement le désir de s'emparer de cette importante forteresse qui avait amené les Français sous les murs de Broue ; ils venaient délivrer Isabelle de Valois, duchesse douairière de Bourbon (28), qui y était enfermée dès le 29 juillet précédent.

Simon Burleigh et Nicolas Dagworth s'étaient engagés à remettre la duchesse en liberté et à la ramener à Tours ou à Chinon à la toussaint suivante; mais on avait excepté le cas où « par force d'armes ou autrement ladite dame serait délivrée ».

 

Broue étant tombée entre les mains des Français, Simon Burleigh, par acte daté à Saintes du 24 septembre 1372, reconnut devoir à Louis, duc de Bourbon, mille livres d'or qu'il avait sans doute reçues en a compte sur la rançon de la duchesse (29).

 

 

Louis II de Bourbon seconde le roi Charles V lors de la reconquête des territoires conquis par les Anglais.

Suivant les consignes du roi et de Bertrand Du Guesclin, de ne pas engager de bataille, mais de mener une guerre d'escarmouche, il réussit à prendre une trentaine de places fortes entre 1369 et 1374, dans le Limousin, en Bretagne et en Guyenne.

 « vous m'avez assez fait, et je suis content de vous, et le doi estre; mais il y a bien tel en votre service dont je ne suis content, et dieu lui rende si ne lui meffis-je oncques rien; par ma foi, j'ai bonne voulenté en vos besongnes. »

Le roi entendit assez ou le duc vouloit aller, et lui dit « Beau cousin, je vous prie, n'ayez nulle desplaisance en rien, car, par ma foi, j'ai bonne voulenté en voz besongnes, et le doi a bien avoir et vous ai à faire une requeste, que je vous prie que me vueillez octroyer, avecques les autres plaisirs que vous m'avez fais.

C'est assavoir que vous vueillez entreprendre estre en chef à aller à Poictiers, vous et le conestable en votre compaignie, et aucuns officiers. »

A laquelle chose respondit au roi le duc de Bourbon « Sire, je vous vouldroie obéir toujours, mais ceste chose me vient très-mal en point, que moi et les pouvres gentils hommes de mon pais, qui m'ont servi en mes grans besoings, sommes en petit point de vous bien servir car ils ont despendu le leur en mon service, et aussi ai-je le mien, qui n'ai point heu d'aide. »

« Ha ! a ! beau frère de Bourbon, dit le roi, je vous prie, ne parlez point de cela car je vous certiffie que je les reffreschirai bien, et vous et eulx, et que riens ne vous fauldra. »

 De laquelle offre le duc de Bourbon le mercia humblement, et lui dit « Sire, « je vous remercie, car je vous assure que je seroie en bien pouvre point, quant je fauldroie à vous obëïr. »

« Je le sai bien, beau frère, dit le roi, et vous le me « montrez, »

Ainsi fut lors empris le voyaige de Poictiers, et tantost en mars chevauchèrent le duc de Bourbon et le conestable, en Poictou, à trois mille hommes d'armes, et huit cens hommes de traict.

Et eulx estans devant Poictiers, ou ils traictoient à ceulx de la ville qui estoient bien durs, vindrent nouvelles au duc de Bourbon et au conestable, à mi nuit par ung gentilhomme et ung hérault, que le sire de Clisson leur mandoit à grant haste qu'ils chevauchassent auprès de Montcontour (30) vers lui, ou il estoit perdu.

 

Car messire Vaultier Spurton, Anglois, était parti de Niort, et venu devant lui à plus de gens la moitié qu'il n'avoit et ne pouvoit avoir le sire de Clisson nuls vivres, pour ce que les Anglois le tenaient trop court.

 Si partirent le duc de Bourbon et le conestable à mi nuit pour tirer celle part, et allèrent repaistre à Lodun, et n'arrestèrent guières les seigneurs pour la paor qu'ils avoient de Clisson, et furent cellui jour auprès de Montcontour entre vespres et le souleil couchant, dont fut moult joyeulx Clisson, des seigneurs qui l'estoient venus secourre.

 Et celle nuit messire Vaultier Spurton, qui vit l'ost des seigneurs approucher, se deslougea, et s'en alla à Niort à grant coite, et lendemain assailliton Montcontour, ou fut l'ung des beaulx assaulx que on peust guières voir après Saincte Sévère.

Car le duc de Bourbon et le conestable semonnoient leurs gens et souldoiers de bien faire, lesquelz point ne se faignirent, mais s'efforçoient de gravir aux murs par crocs de fer, et miner, monter par eschielles, traire et lancier, emplir les foussez et faire toute œuvre qui en tel cas appartient, et loist à guerre.

 

Et tant firent qu'ilz prindrent la basse court parmi l'église Nostre dame de Montcontour, et l'endemain assaillit on le chastel fortement, qui fut bien assailli et combatu aux eschielles en deux ou trois lieux et le premier qui entra dedans fut messire Chatard de Cléaux, qui estoit de l'hostel du duc de Bourbon, et un escuyer appellé Marrago qui servoit messire Jehan de Digoine.

Ainsi fut le chastel de Montcontour prins, et encores durant l'assault le capitaine de léans, qui estoit Anglois, avoit appellé le conestable de France parjure, et qu'il avoit menti sa foi de sa prison de Nadres (3l) en Espaigne, et l'appeloit on Jehannequin Louet.

Et quant le chastel fut prins, le connestable fit pendre ledit Jehannequin Louet, armé de toutes pièces, le bacinet en la teste, aux créneaux du chastel.

Comment Poictiers se rendit au duc de Bourbon au nom du Roi, et autres places comme La Rochelle; et comment à Benon furent tous tués par le conestable; aussi comment la duchesse, mère au duc, fut deslivrée, et comment le captai de Buch fut prins.

 

 

Sitost que Montcontour fut prins, le duc de Bourbon et le conestable de France, à tous leurs gens, s'en retournèrent devant Poictiers, eulx louger en la place dont ils estoient partis, pour traicter à ceulx de la ville, lesquels furent plus doux que n'avoient été par devant, pour la prinse de Montcontour, et aussi de messire Vaultier Spurton, qui estoit, leur umbre, et lequel laidement s'estoit retraict.

Et firent ceulx de Poictiers au duc de Bourbon leur pactis, qu'ils rendroient obéissance à lui au nom du roi, en tant que le duc de Bourbon leur promit et jura que, avant que lui ne ses gens partissent de la ville, ils prendroient le chastel, car autrement les Anglois qui le tenoient les destruiroient.

Ainsi leur promit le duc que jamais ne bougeroit de la ville se non seroit le chastel ès mains du roi. Adonc ouvrirent les portes, et y entrèrent les seigneurs à ung lundi. Et le dimanche après assaillit-on le chastel par grant appareil que on ot fait en la ville, et n'estoient en la forteresse se non dix huit Anglois; et, à la prinse du chastel, entra le premier messire Guichard de Chastelmorand ou il gaigna de belles chambres angloises et les seaulx de la duché de Guienne, qu'il bailla au duc de Bourbon son seigneur.

 Et lors fut la ville de Poictiers moult joyeuse qui vit ce que le duc de Bourbon lui avoit promis; et lui requéirent plus avant, comment de une place près de là appellée, la Tour de Citri (32), qui leur faisoit forte guerre, il les voulsist deslivrer.

Auxquels le duc de Bourbon dit qu'il feroit son debvoir de la prendre, et y envoya tantost les gens de son hostel, qui y demeurèrent sept jours, et puis le prindrent, dont ceulx de Poictiers ne furent oncques si lies et donnèrent au duc de Bourbon deux cens marcs d'argent pour les bons services qu'il leur avoit faits.

De Poictiers deslougèrent les seigneurs, et s'en allèrent devant Pont-1'Abbé (33), laquelle ville ne se osa tenir ; mais le chastel estoit moult fort, et le tenoit messire Bertrand de Caselis.

 Et assaillit-on le chastel si roidement que, en l'espace de huit heures il fut prins; et s'enfuit messire Bertrand de Caselis en une tour ès marès ou il n'avoit que mangier si se rendit aux seigneurs et fut prisonnier.

 

Et de là allèrent les seigneurs devant Surgières (34), ou il a moult bel chastel, et le prindrent de plain assault; puis allèrent à Benon (35), à trois lieues de la Rochelle, et là perdit le conestable quatre de ses gentilz hommes qui gouvernoient tout son faict, lesquels estoient en leur lougis, en leur lict où ils dormoient.

Si eurent laissé d'aventure l'huis ouvert leurs varlets, qui jouoient aux dés, et furent tués les gentils hommes par ceulx de la garnison de Benon, qui fut le plus grant courroux que le conestable eust en France et pour cellui despit l'endemain fut assailli Benon où ils estoient trois cens habitans, et dura l'assaut presque tout le jour, mais au fort furent prins, et fit tout tuer le conestable sans en espargner ung pour le courroux de ses gens.

 

  De Benon chevauchèrent les seigneurs devant la Rochelle, ou ceulx de la ville firent muser les seigneurs trois jours, et, en ce musement toudis les habitans abbatoient le chastel, affin que jà mais ne fust maistre de la ville.

Puis firent ouverture aux seigneurs, qui leur reprochèrent ce qu'ils orent fait, lesquels depuis ont esté bons et loyaulx au roi, et fut grant dommaige au roi d'Angleterre, car c'estoit le port à secourir toujours Guyenne.

 

Rendue la Rochelle, allèrent les seigneurs devant Saint Jehan d'Angelis qui tantost fit ouverture et obéissance au roi en la main du duc de Bourbon.

 

 Puis allèrent à Xainctes qui obéit comme Saint Jehan d'Angelis.

Cestes choses faictes et le pays rendu au roi de France, requist le duc de Bourbon au conestable qu'il lui fist compagnie à aller devant la tour de Brou (36) eu estoit la duchesse sa mère prisonnière, ou il n'avoit de là que sept lieues ; et en celle tour l'avoit laissée le conte de Boucquinquam à son retour de Belleperche, en garde et chièrement recommandée à Ciquot de la Saigne, son escuyer, pour lors capitaine des gens d'armes qui avoient prins Belleperche et la dame, et maintenant tenoit icelle tour.

Le conestable en fut moultlies et dit : « A dieu le veu, Monseigneur, et par les yeulx Dieu ! cest erequeste est bien de faire. Or tost, allons deslivrer la bonne dame !»

 Adonc tantost montèrent à cheval si y allèrent, et mirent le siège devant la Tour.

Et là, Ciquot de la Saigne, qui se vit mal emparé, et que loing estoit de secours, rendit au duc de Bourbon la tour de Brou et la duchesse sa mère, laquelle se loua moult au duc son fils de Ciquot. Par quoi le duc l'en envoya lui et tous ses gens francs, et lui donna du sien.

 Quant la Tour de Brou fut rendue, les gens du duc de Bourbon s'en allèrent courre devant Sebise (37).

 

 Et le captal de Buch avait mis une embusche de ses gens, ou meismes estoit, entre Sebise et la tour de Brou.

Si s'entrecontrèrent les gens de Bourbon et le captal, et se coururent sus les ungs aux autres, et tourna le pieur au captal, qui fut prins, et rendu au duc de Bourbon, qui puis le mena à Paris, et le rendit au roi.

Le duc de Bourbon, qui ot sa mère, moult fut joyeulx, et après se despartirent de Poictou lui et le conestable, et chevauchèrent par leurs journées à Paris au roi, qui les receut liement, et festoya pour les beaulx faits que eurent faits en deslivrant grant partie de la duché de Guienne de ses ennemis, et l'avoient mis en son obéissance.

La chronique du bon duc Loys de Bourbon par Jean d'Orronville dit Cabaret (Jean Cabaret d'Orville ou Jean d'Orronville)

 

Nous pensons que ce siège dut être pour la tour de Broue la cause première de sa ruine, que complétèrent plus tard les luttes à main armée entre les sires de Pons et les Villequier.

Ce qui est certain, c'est que lorsque la guerre fut portée dans le territoire de Marennes, en 1570, cette forteresse ne pouvait plus être utilisée même comme poste militaire elle n'est mentionnée dans aucun des combats si fréquents où sont rappelés les noms des moindres localités des environs de Brouage, comme Hiers, Saint-Just, Saint-Sornin, Saint-Jean d'Angle, l'abbaye de Trizay, etc.

 

 On peut en conclure que dès cette époque la tour de Broue était démantelée et peut-être déjà dans l'état où nous la voyons aujourd'hui : il ne s'était pas en effet écoulé plus de deux cents ans depuis le siège soutenu contre Duguesclin, et l'action du temps n'aurait pas seule suffi à la ruiner au point de ne pouvoir être défendue.

Simon Burleigh avait été précepteur de Richard II d'Angleterre et fut un des principaux conseillers de ce roi et dEdouardIII; mais ses ennemis l'ayant accusé de concussion il fut enfermé à la tour de Londres.

Traduit devant le parlement le 12 mars 1388, condamné le 5 mai, la sentence fut, sur l'ordre du comte de Glocester, exécutée immédiatement malgré l'intervention du roi et de la reine. Tout ce que put obtenir Burleigh fut d'être décapité dans la tour de Londres et d'éviter Tyburn (38)

Après la mort tragique de son mari, Marguerite de Vaussay rendit hommage au roi Charles V, le 13 mars 1380, pour sa tour de Broue, châtel et seigneurie de Chessout et Montaiglin.

Elle mourut vers 1391 sans laisser de postérité sa succession fut recueillie par son neveu Louis, comte de Sancerre, l'illustre compagnon d'Olivier de Clisson et de Bertrand Duguesclin (39)

En 1391, le comte de Sancerre reçut l'hommage de Raoul Vigier au devoir de sept jours de garde en son château de Broue.

 Le 19 juin 1392, il vendit les seigneuries de Broue, Chessoul et Montaiglin à Jean, duc de Berry, fils du roi Jean et gouverneur général en Poitou, Saintonge et Languedoc.

Le duc de Berry transmit à Regnaud, sire de Pons, les terres qu'il avait acquises « avec tous leurs droits de justice, fiefs et arrière-fiefs, eaux, pêcheries et autres droits, appartenances et dépendances. »

 Par mandement à la date du même jour, le comte de Sancerre ordonna à ses offciers de reconnaître le sire de Pons pour leur nouveau seigneur. En échange des trois seigneuries cédées, le duc de Berry recevait la vicomté de Sarlat (40).

Le sire de Pons avait un grand intérêt à réunir à ses domaines la tour de Broue et ses dépendances.

Charles V, dans le but de l'indemniser de la perte de la ville de Bergerac, et surtout pour l'attacher à sa cause, lui avait fait don, le ler juin 1370, de deux mille livres de rente « desquelles assiette luy seroit faite ès-pays de Xaintonge, Périgord, Limozin, Poitou ou ailleurs en la duché de Guyenne. ….. »

le 4 mars 1380, l'ile d'Oléron, ses châteaux et forteresses, comme aussi le fort et tour de Broue, lui avaient été abandonnés en déduction de ladite rente pour en jouir tant qu'il plairoit au roy ;

 le 12 mai de la même année, Charles V ajoutait à cette concession l'isle et bailliage de Marennes avec tous ses droits seigneuriaux, sans autre réserve que le droit de suzeraineté et d'hommage.

On remarquera que, bien que la tour de Broue ne fit point effectivement partie du domaine royal, en ce sens que ses propriétaires ne paraissent pas en avoir été dépossédés, ce château, comme tous les forts et forteresses du grand fief d'Aunis, du bailliage de Marennes et de l'ile d'Oléron, avait été de droit réuni au domaine royal de la même façon qu'ils l'avaient été précédemment par le roi d'Angleterre après le traité de Brétigny en 1360. (41)

 Regnaud de Pons, en devenant soigneur de Broue, réunissait aux droits que lui avait conférés le roi, les redevances féodales; il dominait ainsi sur tout le territoire soumis à la prévôté des trois seigneuries réunies or, cette prévôté s'étendait

 « depuis le groin (la pointe) du Chaput jusqu'au moulin de Chaslons (dans la paroisse du Gua), et dudit moulin de Chaslons jusqu'au prieuré de Saint-Nadeau (dans la paroisse de Saint-Sornin du Gua) », c'est-à-dire sur toute la contrée comprise entre la Seudre et le canal de Brouage.

 En même temps qu'il recevait l'hommage de ses nouveaux vassaux, Regnaud de Pons prenait des arrangements avec le prieur de Sainte-Gemme, relativement aux droits perçus sur la navigation de la Seudre.

En 1187, le comte de Poitou avait abandonné aux moines de Sainte-Gemme les droits de navigation perçus à son profit dans la rivière de Seudre (42).

Plus tard, les seigneurs en établirent de nouveaux ou exigèrent qu'on leur en payât une certaine partie toujours est-il que la prévôté de Broue, inféodée en faveur de Hugues Ogier, avait une certaine part dans le produit du droit de navigation.

Un des descendants de Hugues Ogier, Jean Ogier ou Oger, vendit au prieur de Sainte-Gemme les droits qui lui appartenaient dans la rivière de Seudre à cause de sa prévôté.

 Cette cession fut ratifiée en 1315 par Guy de Rochefort, moyennant vingt sols de reconnaissance à mouvance des seigneurs de Broue et des prieurs de Sainte-Gemme. Les moines de Sainte-Gemme, tant en vertu de la donation primitive que par suite de la cession du prévôt de Broue, avaient donc droit à la plus grosse part des taxes qui rentraient dans la boëte commune de la rivière de Seudre.

 En 1393, une transaction intervint entre le prieur de Sainte-Gemme et Regnaud de Pons, relativement à ces droits.

La même année, le nouveau seigneur confirma la franchise de toutes les terres appartenant à la commanderie des Epaux (43).

Regnaud de Pons mourut en 1427 son fils Jacques, sous l'influence et d'après les conseils du sire de La Trémoille, son oncle (44), prit une part active à la sédition de la Praguerie en punition de sa rébellion, le parlement de Paris déclara en 1445 ses biens confisqués (45) au profit de la couronne, et Jacques de Pons dut se retirer en Espagne où il demeura jusqu'en 1461.

Des commissaires furent envoyés par le roi Charles VII à la recherche des fiefs et arrière-fiefs qui avaient pu appartenir au rebelle ; c'est ainsi que, le 17 octobre 1445, René de Consaleu et Jean de Maugesse firent leurs déclarations au sujet du fief de l'isle de Puy d'Amon, dont ils étaient détenteurs.

Le roi disposa, par lettres patentes du 22 octobre 1450, de partie des biens confisqués sur Jacques de Pons, en faveur d'André de Villequier, son chambellan, qu'il avait nommé dès l'année précédente gouverneur de la ville de La Rochelle.

Cette donation fut confirmée le 11 décembre 1451, et il fut stipulé qu'elle comprenait avec la tour de Broue et le territoire de Marennes, «  l'ostel, terre et seigneurie de Chessoux, qui furent japiéça acquis par feu Regnauld de Pons, père dudit messire Jacques…. » (46)

Les vassaux de Broue prêtèrent hommage à leur nouveau seigneur et après lui à Antoinette de Maignelais, sa veuve, à laquelle Charles VII confiait en 1454 la garde de ses enfants mineurs.

C'est elle qui rendit hommage au duc de Guyenne, en sa qualité de comte de Saintonge, le 26 mai 1469, pour les îles d'Oleron, Marennes, Arvert, Chessoul et la tour de Broue .(47)

Cependant, à la mort du roi Charles VII, en 1461, Jacques de Pons était rentré en France, et le sénéchal de Saintonge recevait l'ordre de le réintégrer dans ses biens mais la procédure en ce temps-là n'était pas fort expéditive, surtout quand il s'agissait de personnages aussi puissants que les Villequier.

Jacques de Pons mourut en 1472, avant d'avoir recouvré ses domaines de Marennes et d'Oléron.

Guy de Pons, son fils, à la façon des seigneurs du XIe siècle, en appela à la force pour faire triompher ses droits (48), et malgré la résistance d'Antoine de Villequier, il finit par l'expulser, les armes à la main, de ses domaines de Broue et de Chessoux en 1481.

Le parlement rendit bien un arrêt portant qu'il serait informé pour fait de violence contre Guy de Pons, « sa femme, familiers et autres complices de l'éjection et spoliation », et qu'en attendant la décision de la justice, Villequier serait réintégré (49) ; mais cet arrêt ne reçut pas d'exécution et Guy de Pons qui, dès 1474, avait reçu l'hommage de ses vassaux, demeura paisible possesseur des domaines concédés à ses ancêtres.

Cependant, la seigneurie d'Oléron ne fut abandonnée que dans les premières années du XVIe siècle (50), et encore les Villequier, se voyant sur le point d'être dépossédés, déclarèrent remettre au domaine royal, à qui ils appartenaient, les biens dont ils étaient détenteurs comme engagistes.

 Le fait était exact: c'était bien à titre d'engagiste que Regnaud de Pons avait reçu de Charles V les terres de l'ile d'Oléron et le territoire de Marennes, et en lui assurant le payement des deux mille livres de rente primitivement concédées, le roi avait certainement !o droit de réunir au domaine les terres qui en avaient été distraites; mais la maison de Pons ne l'entendait pas ainsi elle soutenait que les terres d'Oléron, comme le bailliage de Marennes, lui étaient patrimoniaux, aussi bien que Broue, Chessoul et Montaiglin, et que si elle avait acquis ces dernières seigneuries, elle tenait les premières de la succession des Lusignan, comtes de La Marche ;

les comtes de La Marche avaient en effet quelque temps possédé l'île d'Oléron.

 Mais ce que la maison de Pons passait sous silence, c'est qu'en 1307 Guy de Lusignan, le dernier représentant de cette illustre famille, avait renoncé en faveur du roi de France à tous ses droits dans la succession du comte de La Marche, son frère; il n'avait donc pu léguer à Hélie de Pons, par son testament, des droits qui ne lui appartenaient plus enfin Yolande de Lusignan avait, elle aussi, transigé avec Philippe-le-Bel, en 1308, au sujet de ses droits dans la succession de son frère.

Le parlement de Paris rendit, le 16 septembre 1514. un arrêt qui, tout en reconnaissant la domanialité des terres concédées à la maison de Pons, la maintenait en possession « de l'ile d'Oléron, tour et fort de Broue, pour en jouir avec tous les droits en dépendant jusqu'à ce que assiette soit réellement faite pour la rente donnée par Charles V à Regnaud de Pons « .

Cet arrêt qui aurait dû, ce semble, fixer définitivement les droits des seigneurs de Pons sur l'île d'Oléron et le bailliage de Marennes, fut au contraire le point de départ d'une interminable série de procès, la plupart du temps, il faut bien le dire, soulevés par les prétentions exagérées de la maison de Pons qui ne voulut jamais accepter la qualité d'engagiste.

La question de savoir si l'île d'Oléron était ou n'était pas partie intégrante du domaine du roi était encore pendante en 1789 (51)

A Guy succéda François de Pons (52), qui reçut de 1503 à 1509 (53) les hommages des vassaux de la tour de Broue ; de son mariage avec Marguerite de Coëtivy, François de Pons laissa deux enfants l'aîné, François, avec Pons et les domaines patrimoniaux de la famille, conserva la tour de Broue, Chessoul et Montaiglin ; son frère Jacques eut les baronnies de Mirambeau et de Plassac, la terre de Berneuil, une partie du bailliage de Marennes, ainsi que la paroisse d'Hiers.

Ce fut lui qui, jaloux d'accroitre l'importance du havre où les navires venaient charger le sel de ses domaines, jeta en 1555 les premiers fondements de Brouage. Sur les bords du canal de Broue, un vaste attérissement s'était formé par les dépôts successifs des lests qui y avaient été abandonnés; autour de cet exhaussement factice, Jacques de Pons traça l'enceinte de la ville qui, au XVIe et surtout au XVIIe siècle, fut considérée comme un des ports les plus importants du littoral.

L'esprit de l'époque était tourné vers les lettres grecques et latines aussi Jacques de Pons crut-il faire passer son nom à la postérité en la nommant Jacopolis ; mais le souvenir de l'ancien donjon qui depuis cinq cents ans dominait la contrée était trop présent à l'esprit des populations, pour que l'ambitieuse dénomination de leur seigneur pût se graver dans leur mémoire la nouvelle ville conserva le nom de Brouage.

L'importance stratégique de Brouage pendant les guerres de religion est bien connue : elle fut souvent l'objectif des efforts des deux partis en lutte, surtout lorsque, sous Charles IX, elle eut été transformée en véritable place de guerre.

 

 

 Nous n'avons point à retracer les combats qui, pendant plus de soixante ans, ensanglantèrent le territoire de Marennes; nous rappellerons seulement que; successivement dépossédé par les catholiques et par les protestants qui lui refusaient le droit de conserver à Brouage un gouverneur de son choix, François de Mirembeau, fils de Jacques de Pons, se décida, à la sollicitation de son neveu Lansac, à abandonner sa ville au roi Henry III.

Le 17 mars 1578 il cédait « ses châtellenies d'Hiers, Jacopolis-sous-Brouage, le hâvre dudit lieu, les marais salants, terrages de sel et autres droits » ; il devait recevoir en échange la terre de Mortagne-sur-Gironde précédemment acquise de Laurent de Maugiron (54), mais le baron de Mirembeau ne fut jamais mis en possession de Mortagne; les gens de son conseil prouvèrent sans doute au roi qu'en rachetant Brouage il n'avait fait que rentrer en possession de partie des domaines engagés à la maison de Pons aussi quand François de Pons réclama l'exécution des conventions du 17 mars 1578, le roi lui accorda, à titre d'indemnité, par lettres du 30 juin 1584, la somme dérisoire de cinquante écus.

 Nous avons vu que François II, fils aîné de François ler de Pons et de Marguerite de Coëtivy, avait conservé les châtellenies de Broue, Chessoul et Montaiglin; il reçut de 1539 à 1558  (55) l'hommage de la plupart des fiefs relevant de sa juridiction féodale : il épousa Catherine de Ferrières et laissa pour héritier Antoine de Pons, dernier représentant de la branche ainée de cette antique maison.

 

 

Ce fut sous Antoine de Pons que le calvinisme s'introduisit dans le territoire de Marennes, grâce à la propagande encouragée par Anne de Parthenay, sa première femme.

 Plus tard, Antoine de Pons fut un des plus zélés défenseurs de la cause catholique, et vint, à diverses reprises, user de son influence pour faire rentrer dans le devoir ses vassaux révoltés.

A sa mort, arrivée en 1591, ses biens se divisèrent entre ses filles (56), car tous ses enfants mâles l'avaient précédé dans la tombe. L'ainée, Anne de Pons, se maria à François Martel, seigneur de Lyndebœuf et de Torp ; elle recueillit dans la succession paternelle les terres de Marennes et d'Oléron.

Les vers composés en son honneur par le poète André Mage de Fiefmelin, à propos « de son entrée ès isles de Xaintonge le 25 décembre 1597, pourraient nous servir à préciser la date de sa prise de possession: si nous n'avions pas celle des hommages qui lui furent rendus comme châtelaine de Broue (57).

Antoine de Pons portait de son vivant le titre de comte de Marennes l'abbesse de Saintes n'avait point osé s'y opposer ; mais après la mort de ce seigneur, Françoise de La Rochefoucaud protesta contre une qualification qu'elle jugeait attentatoire à ses droits de dame-châtelaine de Marennes.

Quand bien même Marennes leur eût appartenu, il est certain que les seigneurs de Pons n'avaient point le droit de l'ériger en comté de leur propre autorité, le souverain, d'après la loi féodale, ayant seul le pouvoir de le faire, mais à plus forte raison leur qualité d'engagiste leur interdisait-elle de semblables prétentions.

 Aussi un arrêt du parlement de Bordeaux, du 18 juin 1602, fit-il défense aux Martel de s'attribuer en la qualité de comte de Marennes, à leurs officiers de qualifier ledit lieu d'autre titre que châtellenie ou bailliage, à peine de 4,000 escus d'amende (58) ».

Malgré cela, l'usage, plus puissant que les arrêts du parlement, continua à accorder aux Martel le titre de comte, même dans la Saintonge ; c'est ainsi qu'Armand Maichin écrit vers le milieu du XVIIe siècle : « Marennes est possédé à titre de comté avec l'estendue de son ressort par l'illustre maison de Martel, descendue de celle de Bacqueville en Normandie. » L'erreur de Maichin a été reproduite par le P. Anselme et les écrivains modernes qui ont parlé de Marennes.

Anne de Pons mourut en 1611 ; le 16 juillet 1612, ses trois enfants se partagèrent sa succession Isaac Martel eut les terres de Marennes, Broue, Chessoul, Montaiglin, ainsi que l'île d'Aire ; Anne et Marie, ses deux sœurs, conservèrent la baronnie d'Oléron.

Isaac Martel épousa en premières noces Elisabeth Puchot de Gerponville et en secondes la veuve de Charles de La Mothe Fouqué, Elisabeth de La Cassagne, dame de Tonnay-Boutonne. Il maria, en 1613, Gédéon, son fils aîné, à Elisabeth de La Mothe Fouqué, sa belle-fille.

 

En ce temps-là, le monastère de Notre-Dame de Saintes avait pour abbesse Françoise de Foix :« Elle était, dit l'auteur de l’Histoire de l'église santone, simple et modeste, communicative et gracieuse; elle charmait les cœurs, qui, sans résistance et sans peine, sympathisaient avec ses vues….. » 

 Je suis bien forcé d'ajouter qu'à ces rares qualités elle joignait une fermeté toute virile et une inébranlable ténacité elle entreprit contre la famille Martel une lutte à outrance, tant pour soutenir ses prérogatives honorifiques, comme dame de Marennes, que pour s'opposer à ce qu'elle regardait comme des empiètements sur sa légitime autorité.

Les revendications féodales des abbesses de Saintes avaient donné l'éveil sur la nature et l'origine des droits des seigneurs de Marennes ; un de ces spéculateurs qui s'engageaient à poursuivre à prix d'argent la réintégration, au domaine royal, des biens illégalement ou abusivement détenus, Etienne Goutte, avocat aux conseils privés du roi, obtint qu'en vertu des lettres accordées le 24 septembre 1631, les seigneurs de Marennes seraient tenus de produire leurs titres de propriétés, tant pour leurs terres de l'ile d'Oléron que pour celles de Marennes, y compris Broue, Chessoul et Montaiglin.

En 1639. Gédéon Martel avait gain de cause en ce qui concernait ces trois châtellenies reconnues comme patrimoniales, mais l'affaire restait pendante pour la baronnie d'Oléron (59)

 Gédéon Martel mourut en 1656, laissant un fils, Henry, qui ne lui survécut qu'un an, et plusieurs filles.

La mort d'Henry Martel fut le signal de la reprise des hostilités avec l'abbesse de Saintes : « En 1657 les frères des demoiselles Martel s'estant converty et enfin mort bon catholique, la mère et les sœurs huguenotes, continuèrent leur entreprinse de haute lutte. Sans aucun droit dans l'église, contre l'opposition de madame de Xaintes et sans permission, le firent enterrer dans le lieu le plus honorable de l'église…. »

L'arrêt qui intervint en 1661, maintint les droits de l'abbesse de Saintes, avec d'autant plus de raison que l'église de Marennes avait été rebâtie par elle en 1635, et que son titre de patronne primait tous les autres ; il fut on conséquence décidé : « que les listres, escussons et armes dudit Martel posés tant au-dedans qu'au-dehors de l'église, seroient effacés, le banc placé dans ladite église mis au-dessoubs de celluy de l'abbesse…. que le corps d'Henry Martel demeureroit au lieu où il a esté enterré, sans qu'il puisse y estre mis tombe ou pierre faisant épitaphe » (60)

Ainsi, les seigneurs de Broue durent non seulement abandonner leur titre de comtes de Marennes, mais renoncer aux droits honorifiques qui auraient été l'indice de la prédominance de leur juridiction féodale sur celle de l'abbesse de Saintes dans la ville de Marennes.

 Celle-ci, encouragée par ses succès, voulut aller plus loin encore et exigea les devoirs féodaux et les lods et ventes sur toute l'étendue des terres dont elle prétendait posséder la seigneurie indivisément avec la famille Martel.

Dans un factum où elle prend le titre de dame « de Marennes et de Broue en partie», elle établit « que la dixme qui lui appartient est confuse dans les terrages du seigneur de Broue et du prieur de

Sainte-Gemme, non par simple présent, mais par société de fief, que ladite dame dit posséder avec eux comme un devoir noble, direct et foncier. ….elle réclamait en conséquence les droits do lods et ventes nouvellement acquis aux terres salées du pays de Marennes » (61).

Comment et par quels moyens l'abbesse de Saintes aurait-elle pu faire prévaloir cette théorie qui nous parait une véritable hérésie en matière de droit féodal ? Ce n'est pas assurément en se fondant sur les anciens aveux qui établissent fort clairement la distinction entre les dimes dues à l'abbaye et les devoirs féodaux rendus au seigneur (62) ;  les prétentions de l'abbesse furent repoussées, et il lui fut fait défense, par arrêt du grand conseil du roi des 29 février 1648 et 20 juillet 1665, de continuer à porter le titre de  « dame de Broue en partie ».

Des cinq filles laissées par Gédéon Martel, une seule, Marie-Charlotte, se maria elle épousa, suivant contrat du 23 décembre 1653, François-Paul de La Cropte, marquis de Beauvais, écuyer du prince de Condé, et sa fille, Uranie de La Cropte, née en 1654, se trouva, à la mort de son oncle Hector de La Mothe Fouqué et de ses tantes Catherine, Elisabeth, Henriette et Judith Martel, seule héritière de la baronnie de Tonnay-Boutonne, du bailliage de Marennes et des châtellenies de Broue, Chessoul et Montaiglin.

Nous avons fait connaître ailleurs (63) les principaux traits de la vie de mademoiselle de Beauvais, qui, après avoir été élevée au faite des grandeurs, connut tous les degrés de l'infortune.

 Sa mère, Charlotte Martel, s'était ainsi que son frère convertie au catholicisme après la mort de son mari, elle se retira dans le monastère des ursulines de Saint-Jean d'Angély. C'est là qu'elle mourut en 1660, exprimant dans son testament la volonté formelle que sa fille demeurât dans cet asile jusqu'à l'époque de sa majorité. Uranie de Beauvais fut appelée à la cour par le comte de Fontaine-Martel, son parent, et admise au nombre des filles d'honneur.de la duchesse d'Orléans.

Sa merveilleuse beauté lui attira bientôt des hommages qui auraient ébranlé une vertu moins solide que la sienne ; elle se vit rechercher par un prince du sang royal, le comte de Soissons, qui brava, pour obtenir sa main, la critique de l'opinion publique et l'opposition de sa famille.

Admise à tous les honneurs dus à son rang, puis enveloppée dans la disgrâce dont fut frappé son mari, après la défection de son frère le prince Eugène, la comtesse de Soissons quitta la France, pour y revenir bientôt après la mort du comte, chassée de ses états par le duc de Savoie, et abandonnée par ses enfants eux-mêmes.

Elle passa les dernières années de sa vie dans le couvent des religieuses de la rue de Bellechasse à Paris; elle. y mourut en 1717, « point vieille, dit Saint-Simon, et encore belle comme le jour ».

Comme nous l'avons dit plus haut, son oncle et ses tantes l'avaient laissée seule héritière, et elle recueillit dans leurs successions la baronnie de Tonnay-Boutonne; les terres de Marennes et la tour de Broue.

Quelque temps avant sa mort, elle écrivait au comte de La Cropte de Chantérac, son cousin « Marennes a esté partagé entre mes oncles et mes tantes sur le pied de 360,000 livres : pour la rareté de. l'argent et la diminution des terres, j'en diminue le tiers et je crois que, présentement, Marennes, à bon marché, vaut 260,000 livres ; avec cent mille francs d'argent comptant, on acquittera sûrement et au-delà toutes les dettes, il resterait cent quarante mille francs du prix de la terre. A l'aage que j'ai et à mes incommoditez, personne ne refusera de m'en donner à fonds perdus 14,003 livres par an…… je ne donnerai jamais cette terre à moins de douze mille livres de pension viagère…… »  

La mort ne permit point à la comtesse de Soissons de réaliser son projet.

Ce furent ses deux enfants, Emmanuel de Savoie et la duchesse de Saxe Hilburghausen qui vendirent Marennes et Broue le 19 avril 1719, à l'un de ces agioteurs que le système de Law avait, du jour au lendemain, transformés en grands seigneurs, Fargès, « un homme de rien », dit le Journal historique de Barbier,« qui avait gagné cinq cent mille livres de rentes, mais n'en avait pas moins le secret de ne plus payer ses dettes » il prêta serment de foi et hommage entre les mains du garde des sceaux, Voyer d'Argenson (64) ; mais il ne trouva point d'argent pour payer son acquisition, et le territoire de Marennes fut rétrocédé aux héritiers du prince Eugène.

 La duchesse de Saxe, Anne-Victoire de Savoie, en demeura seule propriétaire par suite du décès d'Eugène de Savoie, son neveu ; elle revendit ses droits sur les seigneuries de Broue, Chessoul et Montaiglin et les terres qui en dépendaient, par contrat passé devant Caron, notaire à Paris, le 27 octobre 1744, à Nicolas Vallet, négociant, fils du greffier de la juridiction consulaire de Saintes.

 Ce Vallet, qui possédait des salines fort étendues à Marennes (65), devait être sans doute très riche, ou, s'il ne l'était pas, il le devint par son mariage avec Françoise-Thérèse Fontaine, fille du fameux financier Samuel Bernard qui, comme le dit Saint-Simon, «culbuta Lyon par sa prodigieuse banqueroute, dont la cascade fit de terribles effets. et qui, cependant, avait trouvé moyen de gagner beaucoup à cette banqueroute » (66) .

 Nicolas Vallet de La Tousche acquit une charge de secrétaire du roi, maison et couronne de France, conférant la noblesse sous certaines conditions qu'on ne remplissait pas toujours c'était le complément indispensable de sa nouvelle situation.

 

Nous avons vu comment, au XVIIe siècle, à la suite des démêlés qui s'étaient élevés entre la famille Martel et l'abbesse de Saintes, cette dernière avait vu ses prétentions à la coseigneurie de Broue repoussées et les droits séculaires des anciens seigneurs maintenus; mais au XVIIIe siècle, madame de Saintes eut à se défendre contre un antagoniste autrement redoutable que ne pouvaient être les descendants appauvris des sires de Pons.

Le duc de Richelieu, comme héritier de son grand-oncle le cardinal de Richelieu, était engagiste de vastes terrains autrefois vendus au roi avec Brouage par le baron de Mirambeau ; prétextant a que la forteresse de Broue a toujours été considérée comme la défense de l'île de Marennes et de Hiers «  (67), le duc fit prévaloir sa suzeraineté féodale sur celle de l'abbesse, puis usant, au nom du roi, du droit de retrait féodal, il fut autorisé, par arrêt du parlement de Paris du 2 août 1749, à racheter de Vallet de La Touche tous les droits acquis par lui de la duchesse de Saxe.

A partir de ce moment, l'autorité du maréchal de Richelieu s'étendit sur tout le territoire des anciennes seigneuries de Broue, Chessoul et Montaiglin il fit même revivre à son usage le titre de comte de Marennes sans y avoir plus de droits que ceux qui l'avaient précédemment porté; mais Marie de Durfort de Duras, abbesse de Saintes; ne songea point à le lui disputer.

Lors de la vente des propriétés du maréchal de Richelieu, le 7 avril 1808, la tour de Broue et le tertre sur lequel elle est bâtie avaient été distraits sur la demande des agents du domaine (68); le gouvernement abandonna plus tard toute prétention sur ces ruines.

Elles ont été acquises par madame la comtesse de Saint-Légier d'Orignac, qui a tenu à préserver des dévastations des hommes plus redoutables encore que les outrages du temps, les débris d'un des monuments les plus intéressants de la Saintonge.

En lui dédiant ces quelques pages, nous ne faisons que lui témoigner notre reconnaissance au nom de tous ceux qui aiment les souvenirs des aïeux.

 

 

 

Les Forteresses de la Mer : la Tour de Broue<==.... .... ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU )

 

 

 


 

1. Histoire des comtes du Poitou, p. 377.

2. Mémoires de l’intendant Begon, t. III des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis.

3. Etat physique du département des Charentes- Inférieure 

4. Gautier, Statistique du département de la Charente Inférieure, page 308. « . Le bois taillis où était autrefois situé le château de Montaiglin…. » (Aveu du 21 juin 1745).

5. Archives départementales, H, 76.

6. Pièces justificatives, n° 61.

7. ..Insuper dedimus dicte ecclesie, ecclesiam sancti Petri et sancti Eutropii de Broa. ..

8. 1241. Don de la chapelle de Broue et des droits en dépendant. (Voir pièces justificatives, n 37).

9. 1540, 25 novembre. Aveu par le curé de Broue des biens qu'il détient en franche aumône. (Ibid., no 105).

10. Nous croyons qu'il n'est pas sans intérêt de faire connaître quel était, il y a cent ans (1786), l'état des ruines de la tour de Broue.

 Les détails que nous donnons sont empruntés à un procès- verbal rédigé par le juge baillif de la châtellenie de Marennes. Il s'agissait de constater les entreprises d'un sieur Thoulut, curé de Broue, qui, se prétendant propriétaire de la tour et de ses dépendances, démolissait le mur d'enceinte pour en reconstruire son presbytère.

« Nous nous sommes transportés. à ladite tour de Broue, dont il ne reste que le mur qui fait face au marais et à la mer au couchant, les parties du septentrion, midy et levant étant tombées par vétusté depuis plusieurs siècles. Observé que ledit fort était de forme quarrée, qu'il n'y a été fait aucune démolition ni dégradation nouvelle, qu'il est entouré d'anciens fossés, creusés de temps immémorial, que lesdits fossés étoient ceintrés d'une muraille en dedens d'iceux, desquelles murailles il ne reste que quelques vestiges au levant et midy, qu'entre lesdites murailles de ceinture et le fort, il y a une place ou plate forme ronde qui entoure ledit fort, qu'au milieu de ladite plate forme dans la partie du midy, il y avoit un ancien puy, la mardelle duquel formé d'une seule pierre de taille a été enievée; que la muraille du contour qui étoit de pierre de taille a été enlevée a la profondeur de douze ou quinze pieds, partie desquelles pierres sont éparses autour du puy qui est actuellement presque comblé de terre, et la mardelle a coté d'icelui…..

 Sommes descendus dans l'ancien fossé au levant, où nous avons vu que le mur de ceinture qui subsiste en cette partie entre la plateforme et le fossé est nouvellement dégradée et les pierres enlevées dans l'étendue de soixante pieds de longueur sur environ neuf pieds de hauteur, qu'à la partie saillante du levant au midy les deux angles du mur sont dégradés par l'enlèvement de différentes pierres de taille qui formaient la baze de ladite partie saillante, et que dans la partie du même mur du midy au couchant il est dégradé de plus de trente pieds de longueur sur toute sa hauteur par l’enlèvement des pierres de revêtement, ledit mur ayant été dérazé.

 Descendus de ladite éminance vulgairement appelé terrier de Broue, et transposés au nord, nous avons observés que sur la partie dudit terrier, au milieu de sa hauteur, il a été fait une excavation considérable de terre et sable par ledit sieur Thoulut, curé, à ce que les susnommés nous ont assurés, et fouillé à plus de trente pieds de profondeur pour y chercher de la terre à verrerie nommée « terre de Broue » , et que les déblais desdites terres ont été jetés sur la partie basse dudit terrier jusque sur le chemin qui conduit du marais-gàt à la fontaine de Broue.

De là nous sommes transportés à une ancienne chapelle, au midy de la tour, sur ledit terrier, où nous avons observé que ladite chapelle avoit dix-huit pieds de largeur en dedans sur environ trente-cinq de longueur que les murs étoient de quatre pieds d'épaisseur et que ceux du nord et du couchant sont détruits et tombés de vétusté depuis un temps immémorial; qu'il en existe encore un pan de dix-huit pieds de longueur sur dix-huit à vingt pieds de hauteur au levant, et que depuis peu de mois il a été détruit une partie au midy jusqu'aux fondements, ainsi qu'au levant dont il existe sur le lieu huit à neuf masses de moëllons consolidés par le ciment ; lesdites masses plus ou moins grosses, et les unes portant les autres, de six pieds de grosseur sur ladite épaisseur de quatre pieds.

Fait et lu à Broue, le 4 mai 1786. Signé Fleury, juge baillif. Fontenelle, procureur fiscal. Houdouin, greffier ordinaire, et Hillairet, prévôt et sergent de siège. »

11. « Les terres et seigneuries de Broue, Chessoul et Montaiglin ne furent jamais domaines de S. M., au contraire le propre héritage de la maison de Pons… et depuis l'an 1115 ont été possédés par ceux de la maison de Doë. » (Mémoire, imprimé sans date, pour les héritiers de Pons contre Etienne Goutte).

12. Voir cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, page 157, charte CCXXXVIII.

13. Le prieuré de Sainte-Gemme, fondé par Guy Geoffroy, duc d'Aquitaine, en 1063, reçut en 1086 de nouvelles concessions de terre de Guillaume, comte de Poitou. Il dépendait de l'abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne. Pièces justificatives, n° 47.

14. Ibidem, n" 29.

 

15. Pièces justificatives, nos 31, 32, 33, 35, 36, 37, 38, 39.

16. Ibidem, n" 37. On doit en conclure que cette chapelle était une fondation distincte de l'église consacrée à saint Pierre et à saint Eutrope, mentionnée dans la charte de fondation de l'abbaye de Saintes. Ses ruines existaient encore en 1786. Voir ci-dessus note, page 338.

17. Pièces justificatives, n° 39.

18 Ibidem.n°33.

19. Rôles gascons, t. 1er, p. 5, anno 1242.

20.Ibidem,n'40.

21. Gérard de Rochefort appartenait certainement à la famille des seigneurs de Rochefort-sur-Charente; peut-être était-ce le frère de Geoffroy de Rochefort qui figure dans une charte du mois de mai 1250 (Archives historiques de Saintonge et d’Aunis, t. IV, p. 196) et qui suivit le roi Philippe-le-Hardi dans la guerre faite au comte de Foix en l271.(Duchesne,tome v,p.552).

22. Pièces justificatives, n" 43.

 

23. Pièces justificatives, no 48. Ce Guy de Baussay figure dans un acte de donation publié, t. f' p. 119, des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis; il était issu de la famille des seigneurs de Loudun au XIe siècle. (Voir Beauchet-Filleau, Dictionnaire des anciennes familles du Poitou).

24. Pièces justificatives, no 69.

25. D'après Beauchet-Filleau, Dictionnaire des anciennes familles du Poitou, Marguerite de Baussay se serait mariée quatre fois : 1) En 1318 ou 1320 avec Guy de Montléon ; 2° avec Guillaume Trousseau, seigneur de Véretz ; 3e Simon Durteigh, chevalier anglais, et 4e Lestrange de Saint-Gelais.

M. Paul Guerin se demande (Archives du Poitou, t. xix, p. 69) si la femme de Guillaume Trousseau et celle de Simon Burleigh était la même personne cela n'est pas douteux d'après les pièces que nous avons compulsées. Quant aux deux autres maris dont on gratifie Marguerite de Baussay, nous croyons à une erreur de Beauchet-Filleau; le premier mariage aurait eu lieu en 1318 ou 1320, Marguerite aurait eu alors au moins 15 ans le dernier mariage avec Lestrange de Saint-Gelais étant célébré en 1389, elle aurait eu à cette date au moins 74 ans. Enfin elle est morte en 1391 et non en 1392, puisque le comte de Sancerre, son héritier, reçoit l'aveu d'un vassal de Broue en 1391.

26. Pièces justificatives, n" 49.

(27) Pièces justificatives, n« 50.

(28) Fille de Charles de France, comte de Valois, et de sa 3ème épouse, Mahaut de Châtillon.

(29) Archives nationales, p. 1,358, n 567, et Humard-Breholles, Inventaires, I, 567. Voir aussi Bulletin de la société des Archives historiques de Saintonge et d'Aunis, t. il, p. 340.

C'est sans doute à ce siège que fait allusion Massiou en disant : « qu'en 1371 les Anglais, chassés de toutes leurs positions de Saintonge et d'Aunis, se jetèrent dans la tour de Broue comme dans un lieu de refuge » (t. Ier p. 177).

Nous devons aussi relever l'erreur commise par M. de La Fontenelle de Vaudoré dans son Histoire d’Olivier de Clisson (Paris, 1825, page 138).

D'après la Chronique de Duguesclin, la duchesse de Bourbon aurait été renfermée dans la tour de Broc. La Fontenelle dit la tour du Brault « .dans les marais entre La Rochelle et Luçon. n. Le fort du Brault ne fut construit qu'au XVIe siècle, pendant les guerres religieuses, pour défendre le passage de la Sèvre.

(30). Ch.-l. de cant. arr. de Loudun (Vienne).

 

31. Ancien nom en France de Najara ou Navarette, bataille où Duguesclin avait été fait prisonnier par les gens du prince de Galles.

32. Aujourd'hui Chitré, comm. du cant. et arr. de Poitiers (Vienne).

33. Comm. du cant. de Saint-Porchaire, arr. da Saintes (Charente-Inférieure).

34. Charente-Inférieure, ch.-l. de cant. de l'arr. de Rochefort.

35. Comm. du cant. de Courçon, arr. de La Rochelle (Charente-Inférieure).

36. La tour de Brou, comm. de Saint-Sornin, cant. de SaintAgnant, arr. de Marennes (Charente-Inférieure).

37. Aujourd'hui Soubise, cant. de Saint-Agnant, arrond. de Marennes (Charente-Inférieure).

38. Le procès de Simon Burleigh est conservé dans le manuscrit 2,454 de la bibliothèque bodleïenne d'Oxford. Voir Kerwin de Lettenhore, Froissart, t. XII, p. 248, 260 et 389, note.

39. Pièces justificatives, n° 73. Louis de Sancerre, né en 1340, était fils de Jean de Sancerre et de Marguerite de Baussay (ou Vaussay).

40. Pièces justificatives, ne 55. Regnaud VI de Pons (Voir Cource))es, Histoire des pairs, t. IV, p. 36) « Le sire de Pons se desclara françois; mais sa femme, n'ayant pas voulu suyvre son party, conserva le chasteau de Pons aux Anglois (1371). c Froissart, c. 647, p. 247.

41. Rymer, Acta publica, t. VI, p. 217. Lettre d'Edouard III du 26 octobre 1360.

42. Factum pour messire Gédéon de Martel et autres cohéritiers d’Anne de Pons contre Etienne Goutte. Sans date.

(43).. Dans la commune de Meursac.

(44). Regnaud de Pons avait successivement épousé : 1365, Marguerite de Périgord ; 1411, Marguerite de La Trémoille, et enfin Catherine de Montberon. 3.

(45) La confiscation n'était admise en Saintonge et en Poitou que pour crime de lèse-majesté. Ces provinces étaient redevables de cette immunité au roi Jean. (Voir Beschet, Usance de Saintonge, p. 20; Lelet, Coutume du Poitou, art. 8, p. 11).

46. Arch. hist. de Saint. et d'Aunis, t. vi, p. 237.

47. Arch. hist. de Saint. et d'Aunis, p. 240. Il est à remarquer que la seigneurie de Montaiglin n'est pas désignée parmi celles qui furent abandonnées à André de Villequier.

48. « La maison de Pons était si puissante que celle de Villequier ne put pas luy résister. Ils se maintindrent quelque temps par armes et par procès. « (Le Berthon de Bonnemie, Memoire sur l'isle d'Oleron, Bordeaux, 1699).

49. Arrêt du parlement de Paris du 22 juin 1482 ; Arch. Hist. de la Saint. et de l'Aunis, t. VI, p. 242 et suivantes.

50. En 1500, Arthur de Villequier était encore seigneur d'Oléron. (Voir Arch. hist. de Saint. et d'Aunis, t. VI, p. 250).

L'arrêt de confiscation est du 28 juillet 1445 et 1449, comme l'avance une note du t. VI des archives historique de Saintonge et d'Aunis, p. 239. (Voir Blanchard, Ordonnances, t. 1err, col. 266).

(51) Au fond, toute la question reposait sur une équivoque. L'île d'Oléron n'avait jamais en totalité fait partie du domaine du roi d'Angleterre; mais il y possédait des terres d'une certaine étendue, notamment fa forêt d'Availles, et des droits considérables.

Ce sont ces terres et ces droits qui, lors de la réunion d'Oléron à la France, furent incorporés au domaine du roi, et abandonnés en jouissance à Regnaud de Pons.

Le baron de Bonnemie, dans son Memoire sur l'isle d'0léron (Bordeaux, 1699), explique très bien comment les biens engagés à la maison de Pons ne pouvaient être considérés comme patrimoniaux. On ne s'explique donc pas trop pourquoi le P. Arcère (Hist. de La Rochelle, t.1ier, p. 86 et suivantes) soutient la thèse contraire en se basant sur la donation faite à Guy de Lusignan par le prince Edouard, fils d'Henry III d'Angleterre, donation, dit-il, « faite par acte authentique et dont on n'a point prouvé l'extorsion ».

  L'ile d'Oléron avait, en effet, été comprise dans l'apanage du Prince noir qui, cédant aux instances de son oncle Guy de Lusignan (dont le père avait épousé Isabelle Taillefer, comtesse d'Angoulême, veuve de Jean-sans-Terre), lui abandonna viagèrement l'ile d'Oléron mais le roi d'Angleterre, dans une charte du 26 octobre 1248, révoqua cette donation comme faite contrairement à ses intentions et obtenue à l'aide de moyens frauduleux (atio modo quam bono).

 Edouard lui-même, le 4 novembre 1259, révoqua sa précédente libéralité. Quels droits pouvait conférer un acte deux fois annulé? C'est pourtant cette donation qui servait de base aux prétendus droits des sires de Pons à la baronnie d'Oléron.

J'ai dit qu'en 1789 la question de la domanialité d'Oléron était encore pendante ; je possède en effet deux mémoires manuscrits le premier porte la date de 1771, il soutient la patrimonialité des terres d'Oléron et a pour auteur Anthoine Le Comte; conseiller du roi et son procureur général au parlement de Toulouse, seigneur des terres et châtellenies de Matha et des Châteliers en Oléron ; le second est intitulé: Mémoire concernant l’isle d’Oleron, qui justifie évidemment qu’elle est du domaine du roy.

52. François de Pons, comte de Montfort, mourut avant son père; mais les hommages ci-dessus rapportés prouvent qu'il avait été mis en possession de la châtellenie de Broue.

53. Pièces justificatives, n° 92 et suivants.

54. Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. VI, p. 364.

55. Pièces justificatives, n° 103 et suivants.

56. Antoine de Pons n'eut que deux filles de son mariage avec Anne de Parthenay-Soubize Anne et Jeanne. Cette dernière embrassa la vie religieuse. Il eut de sa seconde femme, Marie de Montchenu Henry de Pons, tué à Rome ; Pons de Pons, mort jeune; Antoinette, qui porta à son mari Henry d'Albret, comte de Miossens, le titre de sire de Pons.

57. Pièces justificatives, n° 135.

58. Un arrêt du grand conseil du roi, du 17 avril 1621, rendu sur opposition, débouta aussi la famille Martel de ses prétentions en ce qui concernait les droits honorifiques de la seigneurie de Marennes.

59. Arrêt du 7 septembre 1639 donnant main-levée pour Marennes, Montaiglin, Chessou, tour et fort de Broue; il est rapporté en extrait par le P. Arcère, Histoire de La Rochelle, t. 1°' p. 88. (Voir Archives départementales, H, 76 Addition de production que baille Gédéon Martel, défendeur, contre dame Françoise de Foix, abbesse de Saintes.

60. Archives dép., H, 76 Factum de l'abbesse de Xaintes contre tes demoiselles Martel ; Ibid., Arrêt du grand conseil de 1661.

(61)Jusqu'au XVIIe siècle, les salines de Saintonge demeurèrent en dehors de la loi féodale.

« Aux terres salées du bailliage de Marennes, Broue et Chessou, dit l'art. VII de l'Usance de Saintonge, ne se payent point lods et ventes et n'y a aussi lieu de retention féodale. »

Le plus ancien commentateur de la coutume de Saintonge, Jacques Desvignes, mentionne cette anomalie mais, au temps où écrivait Beschet, un arrêt du grand conseil, rendu dans l'intérêt du roi, comme seigneur d'Hiers, venait de décider que les marais salants seraient soumis comme les autres propriétés aux droits de lods et ventes.

Les seigneurs s'empressèrent de se prévaloir de cette interprétation et exigèrent les droits de lods et ventes, tant en terres douces que salées.

 

62. Voir aveu du 14 septembre-1472 dans Archives Hist. de Saintonge et d'Aunis, t.Vt,p.476.– Ce dénombrement établit d'une manière fort exacte la distinction des terres tenues en franche aumône, comme le prieuré de Saint-Sornin de Marennes, avec tous droits de seigneurie et juridiction, et celles sur lesquelles s'exerçait simplement le droit de dîme, comme sur les terres mouvant du seigneur de Broue, les terres de Marennes depuis Montaiglin jusqu'au Chapus, etc.

63. Revue des questions historiques : 64e livraison, La dernière comtesse de Soissons.

64. Voy. Bulletin des arch. hist. de la Saint. et de l’Aunis t. IV, p. 245.

65. Bulletin des arch. hist. de la Saint. et de l'Aunis, t. IV, p. 137

66. Mémoire de saint-Simon, t. IV, p. 336.

(67)Le Terme, Règlement général sur les marais. Rochefort, d826. 2. Ibidem, p.301.

(68)https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k213968b