21 mars 1373 - Comment messire Bertrand de claicquin (Du Guesclin) assiégea la ville et chastel de Chizé

A l'approche de l'été, Du Guesclin qui, durant tout l'hiver, s'était tenu à Poitiers, réunit ses compagnons, et partit à la tête de 1,500 combattants, la plupart bretons.

Avec le connétable étaient : Robert de Beaumanoir, Alain et Jean de Beaumanoir, Limosin, Geoffroy de Kerimel, Geoffroy Ricon, Thibaut du Pont, Alain de Saint-Paul, Aliot de Calais, et plusieurs autres.

Il attaque la petite ville de Chizé, très bien fortifiée et défendue par un château.

Les premiers assauts donnés par Duguesclin restent sans résultats. Il ne se décourage pas, malgré les plaisanteries des archers anglais, et il pose son camp en face de la ville, dans une excellente situation.

Il l'entoure de retranchements et de palissades, de manière à pouvoir attaquer à sa volonté et soutenir lui-même avec avantage un siège.

Nous donnons le récit du siège de Chizé, d'après la Chronique de messire Bertrand Duguesclin, par Cuvelier, rédigée quelques années seulement après la mort du connétable.

 L'histoire rapporte qu'après la prise de Montreuil-Bonnin, messire Bertrand mit le siège devant Chizé.

Robert Milton et Martin Scott occupaient ce château pour le compte du roi d'Angleterre avec une nombreuse garnison d'Anglais.

 Messire Bertrand fit clore son siège dans l'emplacement qui se trouve devant le château par des palissades, et creuser des tranchées du côté de la campagne. Plusieurs fois il fit donner l'assaut ; mais les Anglais se défendirent vigoureusement.

 En ce temps-là, le lieutenant du roi d'Angleterre en Guyenne était messire Jean d'Evreux, qui réunit les Anglais de plusieurs forteresses à Niort et se trouva bien à la tête de 800 chevaliers et écuyers.

Le sire de Clisson était alors devant le château de la Roche-sur-Yon, où il avait mis le siège ; il avait en sa compagnie les sires de La Vauguyon et de Rohan et plusieurs autres barons.

 

Il n'ignorait pas la levée d'Anglais faite à Niort par messire Jean d'Évreux ; mais il ne savait si elle avait pour but de l'attaquer ou de faire lever le siège de Chizé.

 Le sire de Clisson fit prévenir messire Bertrand du danger en lui mandant de se tenir sur ses gardes, ce dont Bertrand le remercia beaucoup.

En ce même temps, messire Alain de Beaumont faisait, par ordre de messire Bertrand, le siège d'un autre château dont le capitaine était Cressonval, qui s'y trouvait. Messire Bertrand fit clore son siège de palissades et prévenir messire Alain du rassemblement des Anglais à Niort, pour qu'il se tint en garde.

 Les Français se trouvaient ainsi assiéger trois places, dont chacune espérait un secours en ce moment.

« Messire Jean d'Évreux parvint à réunir dans la ville de Niort 800 chevaliers et écuyers, tant d'Angleterre que de Guyenne, et ils délibérèrent d'aller d’abord devant Chizé pour combattre messire Bertrand et le mettre à rançon.

Ils décidèrent entre eux que, s'ils remportaient la victoire, tous les Français seraient mis à mort, à l'exception de messire Bertrand, de Maurice du Parc et de messire Geoffroy de Carmeil, qu'on rançonnerait, à cause de la grosse somme qu'on en devrait tirer et aussi à cause de la vaillance de messire Bertrand ; mais Dieu leur rabattit beaucoup de ce propos.

 En la compagnie de messire Jean d'Evreux étaient le sire d'Argences, Jacquemon, Jeannequin Herouet, Haton, le capitaine de Mortain et Jacquentré, capitaine de Cintré.

Sur le conseil de ce Jacquentré, les Anglais se firent faire des tuniques blanches toutes semblables, à croix vermeilles, et les revêtirent par- dessus leur équipement, ce qui offrait un beau spectacle.

Ils partirent de Niort en grand ordre, bannières déployées, et au départ Jacquentré dit avec jactance à son hôte de parer avec luxe et d'approvisionner abondamment sa chambre, pour honorer messire Bertrand, qu'il avait l'intention d'y amener.

 En chevauchant dans la direction de Chizé, les Anglais rencontrèrent dans la forêt deux charrettes chargées de vin que l'on menait des environs de Montreuil-Bellay au siège et qu'on destinait aux Français.

Ce vin arrêta les Anglais, qui firent mettre sur bou et défoncer les tonneaux ; ceux qui n'avaient d'autres vases se mirent à boire avec leurs capelines et gantelets. Quand tout le vin fut bu et les cervelles échauffées, plusieurs désiraient aller immédiatement au siège, mais quelques chevaliers anglais s'y opposèrent, conseillant de rester toute la journée dans les bois et de partir à la nuit pour surprendre le camp des Français.

Devant toute la chevalerie anglaise, messire Jean d'Evreux parla en ces termes : « Seigneurs, nous sommes ici dans cette compagnie huit cents chevaliers et écuyers et deux cents archers. Vous savez bien qu'il n'y a pas plus de cinq cents combattants devant Chizé.

Les Anglais ont en tous pays la renommée de n'avoir en aucun temps usé de trahison envers leurs ennemis ; mais dans les aventures ils ont toujours obtenu leurs grands succès par vigilance et sans trahison. Et je dis cela parce que le moyen en question nous permettrait de détruire les Français, mais nous n'y pourrions gagner que peu d'honneur et on nous en ferait reproche. Certes nul chevalier vaillant ne doit accepter aucun déshonneur. » .

Tous les Anglais s'accordèrent aux paroles de messire Jean d'Evreux et y applaudirent chaleureusement.

C'est ainsi que les Anglais sortirent du bois pour venir au siège de Chizé où se trouvait messire Bertrand.

Ils envoyèrent en avant leurs éclaireurs pour connaître et observer l'état du siège de Chizé, car ils craignaient que les Français ne se fussent retirés ; mais ceux-ci ignoraient encore que les Anglais fussent si près d'eux.

 

Plusieurs Français qui étaient sortis des lignes du siège en dehors des palissades apprirent l'approche des Anglais en voyant leurs éclaireurs.

Peu après les Anglais envoyèrent deux hérauts à messire Bertrand pour lui présenter la bataille et ils prirent leurs positions.

A cette heure messire Bertrand se reposait dans sa tente ; il manda pour prendre conseil le comte du Perche, le vicomte de Melun, messire Jean de Vienne, amiral de France, messire Olivier de Mauny, Jean de Beaumont, Guillaume des Bordes, Geoffroy Carimel, Maurice du Parc et Guy le Baveux, le vicomte d'Aunoy, messire Jean de Montfort, les sires de Tournemine et de Hangest et plusieurs autres chevaliers et écuyers de France qui se trouvaient au siège:

 « Seigneurs, leur dit-il, vous voyez devant nous vos ennemis, qui nous présentent la bataille. Un messager vient de France, par lequel le roi nous écrit que les Anglais s'assemblent pour nous combattre, mais nous défend de pousser la hardiesse jusqu'à leur livrer bataille. Ne croyons pas qu'il y ait aucun déshonneur à encourir par cette conduite, si nous en jugeons autrement. «

Les chevaliers de France se consultèrent ensemble sur ses paroles, puis répondirent à messire Bertrand :

 « Nous ne vous conseillerons nullement de désobéir à l'ordre du roi ; car, si la fortune vous était contraire, jamais nous n'obtiendrions secours de lui. Mais nous savons bien que vous avez une assez forte armée pour garder votre siège et tenir les Anglais en grande détresse. Et vous êtes en force pour recevoir les Anglais, s'ils viennent attaquer vos lignes, qui sont ceintes de palissades et retranchées ; vous pourriez avoir plus d'avantages sur eux qu'ils n'en auraient sur vous. C'est pourquoi nous estimons que cette conduite vous fait assez d'honneur, sans sortir en bataille. »

 Messire Bertrand, qui désirait fort combattre les Anglais, fut mécontent d'entendre ces paroles des chevaliers. Après y avoir mûrement réfléchi, il fit revenir la chevalerie et lui parla de la sorte :

« De tout temps, j'ai ouï affirmer que le roi Charles de France est le légitime héritier de la couronne et que nul n'est devant Dieu plus vrai catholique, que lui. Il est constant qu'il me jura, lorsque vous le quittâtes, prenant congé de lui pour venir en ce pays, que le duché de Guyenne lui appartenait et qu'il le savait loyalement ; il m'en donna la certitude pour que je maintinsse son droit contre les Anglais, si je les rencontrais. Vous savez, seigneurs, qu'il m'a fait venir en ces contrées pour soutenir les droits du roi de France, dont je suis le connétable, malgré mon peu de mérite. Et je pense avoir amené en ma compagnie des chevaliers d'aussi grande valeur qu'on en pourrait trouver en aucun pays. Vous l'avez bien montré jusqu'ici, et, de plus, nous croyons être en nombre presque égal à celui des Anglais : aussi pourrait-on nous imputer à reproche et à déshonneur de refuser la bataille. Veuillez donc me répondre et donner vos avis sur ce point. »

Les chevaliers répondirent franchement à messire Bertrand :

« Nous savons bien, sire, qu'il n'est pas de meilleur chrétien que le roi. S'il n'était le légitime héritier de la couronne, nous ne lui obéirions point, et nous n'ignorons pas non plus que la Guyenne lui appartient de droit. Vous avez un nombre de gens à peu près égal à celui des Anglais ; ce sont gens que vous connaissez et qui ne vous feront pas défaut. Nous désirons que vous sachiez qu'il n'est ici aucun de nous qui n'ait grand désir de combattre les Anglais ; mais la volonté contraire du roi, qui nous interdit la bataille, nous fait vous la déconseiller. Nous voulons toutefois nous gouverner d'après vous et faire ce qui vous tiendra à coeur, car tout ce que vous avez entrepris nous a toujours réussis. Fussions-nous moitié moins, il nous semble certain que sous votre conduite, nous ne pouvons succomber. »

Ces paroles remplirent de joie messire Bertrand, qui remercia courtoisement les chevaliers :

« Seigneurs, dit-il ensuite, je suis le procureur du roi Charles, notre souverain seigneur, pour ses guerres ; je vous jure sur ma foi que le duché de Guyenne est sa propriété légitime : aussi manquerais-je à mon devoir si je ne défendais ses droits. Puisque je sais la vérité de ces choses, comme le roi est vrai catholique, si vous voulez combattre les Anglais, Dieu, en qui j'ai mis ma confiance, nous sera en aide, s'il lui plaît. Tout à l'entour de nous, scions nos palissades, et puis sortons hardiment sur eux et combattons-les.

Nous ferons deux batailles sur aile, dont vous, messire Alain de Beaumanoir gouvernerez l'une, et messire Geoffroy de Kerimel, l'autre. Et chacune aura 300 combattants, et avec le reste, je m'en irai de front, assembler à eux. »

 

Le combat de Chizé est une des actions au sujet desquelles, Froissart et Cuvelier se rapprochent le plus l'un de l'autre. Ici encore cependant, nous trouverons dans les deux versions quelques différences notables.

Comparons les faits rapportés par le trouvère, et par le chroniqueur de Hainaut. Froissart évalue à 1500 combattants, la plupart bretons, le nombre des soldats de Duguesclin. Cuvelier au contraire fait dire par Jean d'Evreux, que les Français ne sont pas 600, à son avis.

C'est d'ailleurs le chiffre que le trouvère a fixé lui-même, lorsqu'il nous dit que Bertrand mit le siège devant Chizé.

D'après Froissart, l'armée anglaise ne comptait que 703 têtes armées et 300 pillards bretons et poitevins. Au dire de Cuvelier, les forces ennemies se composaient de 800 gens d'armes et de 200 archers. Il ne nous parle point des pillards bretons et poitevins.

Cuvelier, aussi bien que Froissart, prétend que les Anglais s'arrêtèrent au bois voisin, dans l'intention de surprendre les Français.

Du reste ajoute le trouvère :

« Bertran faisoit bon gait nuit et jour ordener

Et ot fait de palis sa gent bien ordener,

Afin c'on ne la puist sousprendre n’enchanter. »

D'après Cuvelier, ce ne furent point les pillards bretons et poitevins, dont il ne semble pas admettre l'existence, qui avertirent Bertrand de l'approche des ennemis. Le trouvère raconte autrement les choses. Un Breton, dit-il, servant malgré lui les Anglais pour sauver sa vie, fut pris par les gens du connétable, et donna volontiers à celui-ci les renseignements si nécessaires sur la présence des ennemis et sur leurs forces.

D'ailleurs, selon Cuvelier, Jean d'Evreux aurait dissuadé les siens d'assaillir à la nuit, les gens de Duguesclin. « Les Français, dit ce capitaine, accusent les Anglais de n'oser les combattre à armes égales, mais bien de chercher un avantage pour les surprendre et trahir malicieusement. Il serait peu honorable pour les soldats d'Edouard, supérieurs en nombre aux ennemis, de les attaquer par ruse. »

Froissart et Cuvelier nous racontent également, les deux combats livrés séparément à Duguesclin par la garnison anglaise de Chizé et les troupes venues à son secours.

Cuvelier, d'accord en ceci avec le grand chroniqueur, nous dit que Robert Milton et les siens tirent une sortie, dans l'espoir d'être soutenus, mais furent écrasés, avant que leurs compatriotes eussent commencé le combat. Ici les deux chroniqueurs ne racontent pas absolument les choses de la même manière.

D'après Froissart, la garnison aurait succombé sous les coups de toutes les troupes de Duguesclin. Suivant Cuvelier, au contraire, ce fut Jean de Beaumont, et 80 soldats laissés à la garde du camp, qui vainquirent sir Robert Milton et Martin Scott, et les firent prisonniers avec tous les leurs.

Les dispositions de Duguesclin sont rapportées presque identiquement par Froissart et Cuvelier. Celui-ci met dans la bouche de Bertrand les paroles suivantes :

« Une bataille aray, je yrai tout premier,

Et .1. elle ferons à mon destre apointier ;

Geffroi de Karismel le sara bien guier

Et Alain de Beaumont, mon cousin que j'ai chier,

Et Morisse du Parc, le gentil chevalier,

A senestre sera, o lui maint escuier ;

Et nous lairons droit ci, pour ce chastel plainier,

Jehan qui de Beaumont porte surnon entier ;

Avec lui demouront IIIIxx sodoier,

Afin que li Englois du chastel sur rochier

Ne nous puissent grever ne nuire par derrier. »

Ainsi donc, un corps de bataille, deux ailes, une troupe chargée de protéger le camp et de garantir les derrières de l'armée française contre toute sortie de la garnison : voici, d'après Cuvelier, les dispositions tactiques de Bertrand.

Froissart nous dit également, on s'en souvient, que Duguesclin fit deux ailes et une bataille ; mais à ce moment, selon lui, la garnison ayant été vaincue et détruite, il n'y avait plus à s'en occuper.

Les deux chroniqueurs ne sont pas non plus d'accord sur les noms des commandants des ailes. Froissart donne l'une à Alain de Beaumanoir, l'autre à Geoffroy de Kerimel ; chacun d'eux a sous ses ordres 300 combattants.

Cuvelier place l'aile droite sous les ordres de Geoffroy Kerimel ; il met avec lui Alain de Beaumanoir qu'il appelle Alain de Beaumont, et il attribue l'aile gauche à Maurice du Parc et à Rochefort.

 Quant au nombre des soldats de ces ailes, Cuvelier n'en dit rien ; mais comme il a évalué à 600 hommes le total des troupes françaises, il est clair qu'il ne peut suivre ici Froissart, car il ne resterait plus ainsi personne pour former la bataille de Duguesclin.

Dans le récit de l'action elle-même, Cuvelier donne plus de détails que Froissart, mais il n’est pas en contradiction avec lui.

On vit, dit-il, les Anglais s'avancer en rangs et en bon ordre.

« A pié tout seulement et seri et serré ;

Les archiers tout devant, chascun l'arc entesé,

Et gent d'armes après à maint penon levé.

Chascun la lance ou poin et l'espée au costé. »

Plus loin :

« Bertran dit aux François : « or avant, mes amis !

Issons hors de ce parc, abatons ses palis,

Et alons courir sus nos mortelz anemis. »

 

Le trouvère ajoute :

«  Hors du clos sont issus nos François agencis,

Et puis se sont rengié dessus les prez floris. »

Puis vient le récit de la bataille.

 Selon Cuvelier aussi bien que selon Froissart, les Anglais ne forment qu'un seul corps. Leurs archers, dit Cuvelier, commencent le combat, leurs flèches volent si épais qu'il semble que ce soit un nuage ; elles tombent sur les bassinets, avec le bruit du fer sur l'enclume; mais les Français sont trop bien armés, et ces traits ne peuvent rien contre eux. Alors les archers se retirent et font place aux gens d'armes. Jean d'Evreux exhorte les siens à pousser d'abord les Français avec leurs glaives (lances); puis lorsqu'elles auront ainsi ébranlé leurs ennemis, le chef anglais engage ses troupes à déposer ces glaives, et à courir sus aux Français, la hache à la main, brisant et coupant les lances des soldats de Duguesclin.

Les Anglais alors marchent en avant, font reculer de 20 pieds les gens de Duguesclin. Les arbalétriers français tirent sur les ennemis ; les valets par derrière leur jettent de grosses pierres; mais les Anglais avancent toujours. Après avoir repoussé leurs adversaires, ils mettent bas les lances, et saisissent leurs épées, leurs haches et leurs fauchards.

Duguesclin recommande à sa bataille de bien tenir les glaives en main, d'en pousser vigoureusement les ennemis ; les ailes, ajoute-t-il, viennent à notre secours, il faut tenir ferme.

A leur tour, les Bretons font reculer les Anglais. En vain ceux-ci veulent reprendre leurs glaives, ils sont rejetés loin du lieu où ils les avaient déposés. Alors, tandis que Duguesclin fait tête, en face à la bataille ennemie, les deux ailes françaises accourent; elles chargent les Anglais en flanc, à droite et à gauche, les enserrent, et à coups de haches, d'épées et de dagues font voler têtes et bras.

Devant cette triple attaque, les ennemis sont rompus ; Ils résistent cependant encore.

Jaconnelle, un de leurs capitaines, qui avait juré de prendre Bertrand, se précipite sur lui. Le connétable le saisit par la visière, le soulève un peu, et le frappant de sa dague lui arrache un œil. Alors le rejetant au milieu de ses Bretons : « Tuez-moi, leur dit-il, ce ribaud qui m'attaque. » Jaconnelle est percé de coups.

Entourés, cernés par les trois troupes françaises, les Anglais sont écrasés; ils ne peuvent plus tenir, toute fuite leur est impossible.

Après avoir perdu plus de 300 gens d'armes, Jean d'Evreux se rend avec toute sa troupe qui compte encore plus de 300 chevaliers et écuyers de renom.

Pas plus qu'à Auray, Froissart ne parle des arbalétriers de l'armée française ; il se tait même ici sur les archers anglais. Cuvelier mentionne au contraire les uns et les autres, et cette fois plus que jamais, tout démontre qu'il a raison.

Duguesclin, en effet, ne pouvait sans le secours de gens de trait, assiéger une ville et un château fort. Le silence de Froissart provient-il donc seulement de son dédain pour nos arbalétriers, et du rôle effacé qu'ils jouèrent ici aussi bien que les moyens eux-mêmes.

Il est certain, que vu l'armement des gens d'armes des deux nations, et alors que les flèches anglaises ne produisaient sur les cuirasses et les casques à l'épreuve, qu'un impuissant cliquetis, nos gens de trait devaient nous être d'un assez faible secours en rase campagne.

A Chizé, les trois batailles françaises combattirent entièrement à pied, de même que la bataille anglaise.

Chizé est une des actions de la guerre de Cent-Ans, où les Français se montrèrent fort supérieurs à eux-mêmes, et où ils égalèrent leurs habiles ennemis. Duguesclin y apparaît comme le digne émule des Bruce, des Douglas, des Chandos, et de ces autres vaillants capitaines écossais et anglais qui commençaient à faire sortir la tactique militaire, des ténèbres du moyen âge.

C'est aux attaques en flanc des batailles d'Alain de Beaumanoir et de Geoffroy de Kerimel, que l'armée française dut surtout sa victoire.

Chizé ne peut donc être considéré comme un simple poussis d'armes. Il y a là une manœuvre rappelant Cocherel, Brignais et Malton.

Aussitôt que le château se fut rendu, messire Bertrand fit prendre tous les vêtements des Anglais et les chevaux montés par eux dont on s'était emparé dans la bataille ; il fit monter dessus les Français et les fit partir hâtivement de Chizé pour venir devant Niort.

A la suite de leur désastre, les Anglais perdirent le Poitou. Chizé et Niort, privées de leur garnison capitulèrent.

Mortaigne et Mespin continuèrent seules à résister.

 

 

Guerres des Français et des Anglais, du XIe au XVe siècle par M. J. Lachauvelaye ...

Le village est construit autour d’un promontoire rocheux où restent les ruines des fortifications du château fort médiéval, enjeu de nombreuses batailles.

Duguesclin, qui avait assiégé tant de villes et fait capitulé un grand nombre de forteresses, conserva toujours un si vif souvenir du siège de Chizé, qu'il en laissa une trace dans son testament, où nous trouvons la donation suivante :

« Nous donnons et laissons, à la réparation de l'église de Chisec, 100 livres tournois une fois payées. 9 juillet 1380. » (Mémoires de Dug., publ. par Petitot, t. II, pag.186.)

 

 

 

<==.... ....==> Le Cheval de Troie de la Guerre de Cent ans de Du Guesclin pour délivrer Niort des Anglais.

La forêt de Chizé au Moyen-Age ; 1086 mort de Guy-Geoffroy-Guillaume VIII d'Aquitaine <==