Place Jeanne d'Arc - Athanase Charles Marie de Charette sur les chemins creux des Batailles Patay - Loigny

Après l'occupation de Rome par les troupes piémontaises (septembre 1870), Charette embarque pour Marseille avec ses troupes. Il négocia avec Gambetta l'emploi des Zouaves français au service de la France contre l'Allemagne et fut autorisé à les organiser sous le nom de Légion des volontaires de l'Ouest, corps remarquablement discipliné qui fut attaché au 17e corps d'armée, et se battit « bravement » avec elle aux batailles de Patay et de Loigny (2 décembre), où il fut grièvement blessé, fait prisonnier, mais s'évada.

C'est lors de cette bataille que le général Louis-Gaston de Sonis ordonna au colonel Athanase de Charette de La Contrie (1) de déployer la bannière du Sacré-Cœur lors de la charge des volontaires de l'Ouest, les anciens zouaves pontificaux.

 

Le nom que je cherchais ne s’y trouvait pas; mais la Providence voulait se montrer bonne à mon égard, et elle le fut à mériter mon éternelle reconnaissance. Elle me fit rencontrer le meilleur des hommes, M. de Roscoat, qui avait visité, le crayon à la main, le champ de bataille de Patay, et avait consigné sur son calepin des notes précieuses.

 Je passai des heures à recevoir ses renseignements, à copier ses notes, et le lendemain matin je pris, en voiture particulière, la route de Patay.

Ma première station fut à Saint-Péravy-la-Colombe, qui se trouve sur l’embranchement de la roule de l’héroïque Châteaudun.

Les zouaves du Pape y passèrent la nuit du ler au 2 décembre. On devait le lendemain rencontrer l’ennemi. Le général de Sonis, qui, depuis quelques jours, avait les Volontaires de l'Ouest (2) sous ses ordres, fit appeler leur colonel, de Charette. Il lui exprima le désir d’avoir un fanion spécial, représentant un sujet pieux, le sien ne lui plaisant pas.

Le colonel était en possession d’une fort belle bannière du Sacré-Cœur de Jésus, qui avait eu primitivement une autre destination : il attendait, pour s'en servir, que ses bataillons, toujours décimés et toujours en formation, fussent prêts.

Le général l’accepta avec une pieuse joie et pria de choisir parmi les zouaves quelqu’un pour la porter.

A la vue des dangers de la Patrie, étaient arrivés à Charette, plusieurs semaines auparavant, M. de Canezove de Pradines, un ancien zouave de Rome, son beau-père M. le comte Fernand de Bouillé, et son beau-frère M. le comte Jacques de Bouillé, trois hommes de grande naissance, de belle renommée, de riche fortune.

C’est à M. Fernand de Bouillé qu’on songea pour lui confier le drapeau. Mais il se récusa avec sa modestie ordinaire, disant que lui n’était qu’un soldat de la dernière heure et que l’honneur revenait à de plus anciens au corps, à M.de Verthamon, par exemple.

Le général, ne pouvant triompher de cette modestie, pria MM. de Bouillé et de Verthamon de venir passer la nuit dans sa chambre pour en causer ; MM. de Cazenove, de Richemont, de Gaslebois et de Pontourny s’y trouvèrent également.

 A la suite d’une causerie longue, intime, le général exprima le vœu qu’on se préparât à la bataille par une messe que dit, à deux heures du matin, un aumônier dominicain. Les dignes chefs y communièrent et avec eux plusieurs zouaves.

Ne nous étonnons donc point de la résolution qu’ils montrèrent dans cette terrible journée : ils portaient en eux le Dieu fort.

Des huit témoins de cette scène, qui rappelle les veillées d’armes du moyen-âge, quatre étaient au Ciel le même soir et quatre étaient grièvement blessés.

Je n’ai pas besoin de dire avec quelle émotion je m’agenouillai dans cette modeste église, et combien le souvenir de la piété des héros de Charette m’encouragea à la prière et facilita mes larmes.

A sept heures du matin, les zouaves, fatigués par vingt jours de marches et de combats, et destinés à former la réserve, arrivaient à Patay, où ils devaient remplacer le corps de Chanzy.

L’état-major de ce général y était encore, et lui- même, malgré des avertissements réitérés, malgré le bruit du canon qui se rapprochait, ne quitta sa chambre que fort avant dans la matinée …………………….

 

 Il est arrivé place Jeanne d'Arc à Patay ce que nous n’avons vu que trop souvent en ces tristes temps, dont l’histoire aura de la peine à s’expliquer les fautes et les défaillances.

La victoire n’était pas réservée à notre drapeau. C’était écrit, prétendrait un fataliste. Les chrétiens disent mieux : Si la victoire nous a fait défaut, c’est que nous avions besoin d’une punition ou plutôt d’une correction, suivant une expression de l’immortel Pie IX.

Toujours est-il que de Chanzy était à peine à quelques cents mètres de Patay, que l’armée française se repliait avec hâte.

A Patay, qui est un petit chef-lieu de canton de 1,300 âmes, je rencontrai un curé fort intelligent et un vicaire dévoué, natif de Verdun, où je le rencontrai il y a huit ans, lors de la réunion des Conférences meusiennes à Benoîte-Vaux où j’avais été invité. Ils me firent voir la tombe de M. d’Espinay-Saint-Luc, un noble jeune homme, capitaine de la mobile de Loir-et-Cher ; ils me conduisirent à travers une foule de maisons en ruines, et me montrèrent une jolie église, maltraitée par les obus et les balles, et dont on n’a pu encore faire disparaître le sang qui y coula à flots.

 Cette église, pouvant à peine contenir 600 personnes, reçut plus de mille blessés, dans les bancs, dans les allées, sur les marches des autels. « Si je voulais, me disait le bon curé, m’approcher d’un moribond, il me fallait passer sur le corps des voisins, au risque d’offenser et d’irriter leurs blessures et de leur faire jeter des cris qui me perçaient le cœur. »

Ce ne fut pourtant pas à Patay qu’eut lieu le principal effort du jour ; ce ne fut pas à Patay que se décida le sort d’Orléans, et jamais le nom d’une bataille ne fut plus indûment donné à une localité. C’est à Loigny, qui est à 8 kilomètres plus loin, dans la direction de Chartres, non plus dans le Loiret dont dépend Patay, mais dans le département d’Eure-et-Loir, qu’eut lieu la brillante affaire du jour.

Si Patay a le douloureux honneur d’avoir prêté son nom, c’est que Chanzy, qui n’alla guère plus loin, data de là son rapport.

Nous avons vu qu’au moment où ce général quittait son quartier-général, l’armée était en plein recul. Il mit son cheval au galop, rétrograda sur Sonis désespéré et lui commanda de se porter avec ses hommes au-devant de l’ennemi pour soutenir la retraite. Sonis obéit. À deux kilomètres de Loigny, on s’arrêta et un régiment de marche fut lancé sur un petit bois situé en avant du village et ayant une longueur de trois cents mètres et une largeur de trente.

Ce petit bois joue un grand rôle dans l’affaire et il me faut dire ce que c’était.

L’instituteur de Loigny avait, il y a une douzaine d’années, quelques champs qui ne lui donnaient pas de récolte. Il en fit un bosquet planté de lilas, de cytises et d’autres arbustes qui avaient seulement de 10 à 12 pieds de hauteur.

Embusqués là, les Prussiens, à couvert, faisaient un feu d’enfer. Le général de Sonis, malgré tout son entrain, ne réussit pas à enlever le régiment désigné pour l’attaque, qui resta pendant tout le combat (dans la position qu’il avait choisie) caché derrière un pli de terrain.

Le cœur brisé, le noble général arrive au galop vers les zouaves arrêtés près du château de Villepion, pour protéger deux batteries qui ripostaient aux batteries ennemies placées au village de Guillonville.

Ils y étaient restés une demi-heure, superbes de calme et de sang-froid, exposés au feu de l’ennemi. « Mes enfants, leur crie-t-il, venez et montrons comment se battent des hommes de cœur: suivez-moi. Vive la France! Vive Pie IX ! » Il était environ quatre heures du soir.

Les zouaves ne marchandent pas le devoir. Us savent qu’ils vont à la mort; mais l’honneur commande et l’honneur obéit. Le commandant de Troussures descend de son cheval, se met à genoux en présence de tout le monde, fait un signe de croix et reçoit l’absolution. Presque tous ses frères d’armes se signent également, envoient une pensée au Ciel, une autre à leurs familles, puis, pendant que quelques compagnies des Côtes-du-Nord, les francs-tireurs de Tours et de Blidah appuyent le mouvement sur la droite et chassent bravement les Prussiens des fermes de Villours et de Faverolles, ils s’avancent en tirailleurs, tranquillement, régulièrement, comme sur un champ de manœuvre et sans presque tirer un coup de fusil.

Le premier tombe, le suivant prend sa place. M. de Verthamon qui porte le drapeau est blessé mortellement; M. Jacques de Bouille, son voisin, saisit alors le glorieux emblème qui sert de mire à l’ennemi, et, le brandissant violemment, il se précipite sur le bois avec un terrible hourra.

Une balle le frappe à son tour et c’est à un tout jeune zouave, M. Leparmantier, qu’est réservée la gloire de rapporter au campement le drapeau du bataillon. Tous les officiers sont démontés.

Le général à la cuisse fracassée; Charette se débat sous son cheval tué ; le commandant de Troussures tombe ; une foule d’officiers et de braves soldats mordent la poussière.

N’importe ! Il faut arriver au petit bois où les Prussiens font rage. On y arrive, en effet, à la baïonnette, mais pas tous, car, entre autres braves, Charles Vagner reçoit une balle à la tête, à quelques pas seulement du but. M. de Grille, frère de M me la baronne d’Huart, le vit tomber d’une pièce, mais pas une main amie ne put se tendre vers lui, pas une bonne parole no put lui parvenir : on était sous le feu prussien. Bientôt l’ennemi épouvanté tourne le dos et fuit. Mais les zouaves, en quelques pas, ont franchi le bois et dans un espace de deux cents mètres qui les séparent du village, ils entassent les morts.

Les cadavres ennemis gisaient en monceaux à l’entrée des jardins, dont les haies et les palissades avaient retardé la fuite. Un chemin creux qui tourne autour du village en était littéralement comblé.  

L’opinion du pays attribue six cadavres à chaque zouave. Six mille Prussiens étaient dans le village et à l’entour; une armée entière se tenait sur l’arrière- plan.

Telle fut leur frayeur en voyant l’impétuosité de cette attaque que sur plusieurs points l’ordre de retraite était donné. On se croyait en présence de tout un corps d’armée puissant. Cependant personne ne venant plus, pas même le régiment, prudemment caché, à moins d’un kilomètre de là et dont la présence en ce moment eût assuré la victoire, les Prussiens purent compter leurs assaillants et reprirent vigoureusement l’offensive.

Ce qui restait des zouaves se jeta dans les premières maisons, où ils soutinrent un véritable siège. Mais que pouvait cette poignée d’hommes contre des multitudes qui encombraient le village, mettaient le feu aux maisons pour les en déloger?

Il fallut sonner la retraite qui se fit en bon ordre, mais non sans laisser sur le carreau de nombreux défenseurs et le colonel lui-même blessé.

Ils étaient partis environ 300 zouaves; 198 sont restés. Les mobiles des Côtes-du-Nord perdirent 110 hommes; la compagnie des francs-tireurs de Tours 30 hommes et deux officiers, celle de Blidah 28 hommes et deux officiers.

Ce brillant exploit des zouaves pontificaux fut le salut de l’armée et de toute son artillerie. Car l’ennemi altéré n’osa plus, ce jour-là, sortir de ses  positions, et les Français profitèrent du répit pour assurer leur retraite.

Voilà la bataille de Loigny, bataille qui restera dans l’histoire comme une des plus mémorables de nos fastes militaires.

 

LES-PORTEURS-DE-LA-BANNIERE-DE-LOIGNY

LE COMBAT DE PATAY A M. ATHANASE DE CHARETTE

C'ÉTAIT le soir de la bataille,

Les Prussiens avaient le dessus ;

Nos régiments n'en pouvaient plus

Et se battaient vaille que vaille:

On était lassé de mourir.

Les clairons sonnaient la retraite,

Et personne pour la couvrir.

C'est alors qu'accourut Charette.

 

Voyez-le : fièrement monté 

Sur un lourd cheval qui se cabre,

Dans la brume il cherche Patay,

Qu'il montre aux siens du bout du sabre.

«. Mes amis, les choses vont mal.

« En avant! à la baïonnette! »

 

Et les voilà, Charette en tête,

Charette sur son lourd cheval,

Qui s'en vont balayant la plaine,

Heurtant, massacrant, brisant tout.

Ceux-là seuls ne sont pas debout

A qui la mort fit perdre haleine.

Ne leur demandez pas combien

Ont succombé sous la mitraille ;

Si leur drapeau changea de main :

Ils n'ont rien vu, ne savent rien

De cette effroyable bataille;

Ils se sont ouvert un chemin,

En frappant d'estoc et de taille.

 

La vieille France a déployé,

Dans ce tournoi du genre épique,

La bravoure de l'Armorique.

 

Ceux qui sont tombés, c'est Bouille,

De la Brosse, Houdet et vingt autres.

Ils chantaient en allant mourir.

Le devoir, qui fait les apôtres,

De chacun d'eux fit un martyr.

 

Oh! qu'ils dorment dans le silence,

Et la paix de l'éternité,

Les preux qui sont morts pour la France

Dans les champs neigeux de Patay !

Leur sang ne fut pas inutile.

En combattant un contre mille,

Comme à Pavie, ils ont prouvé

Qu'ils sont toujours la race forte

A qui la défaite n'importe,

Pourvu que l'honneur soit sauvé.

 

Les Prussiens, sur qui l'arme blanche

A des effets inattendus,

S'arrêtèrent tout éperdus

 En face de cette avalanche.

Leurs rangs, qu'on a peine à percer,

S'ouvrirent pour laisser passer

Nos lions à prunelle fauve.

Le canon, leur dernier rempart,

 

En vain gronda, — c'était trop tard :

Notre armée entière était sauve.

 

Il faisait nuit : dans le lointain

 Les cloches sonnaient le tocsin;

Orléans, à peine endormie,

Était réveillée en sursaut :

Les uhlans entraient au galop,

Annonçant l'armée ennemie.

Novembre 1874.

 

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux

Amour & patrie / Léon Séché

Une visite au champ de bataille de Loigny (22 avril 1871) (4e éd.) / par M. Vagner,...

 

 

 

 

 


 

 

(1)   Michel Louis Charrette de la Contrie, né en 1719, lieutenant du régiment de Brissac, infanterie, épousa en 1750 demoiselle Marie-Anne de la Garde Montjeu, dont trois enfants :

1° Louis Marin né à Coutrie en 1759 épouse demoiselle Marie-Jeanne Louise Loisel, commandait une division en Vendée en 1793, fut blessé mortellement à la bataille du Brouzils.

Dont a enfants : Ludovic garde du roi Louis XVIII en 1814, qui s'enrola en Vendée sous les ordres du général de Suzannet. Il fut blessé mortellement à Aizenay en 1885 : et Charles Martin Athanase, né le 24 nivôse an III, pair de France en 1814, créé baron en 1824, colonnel des cuirassiers de Berry en 1829, qui épousa en 1827, la comtesse de Vierzon, fille de S. A. P., Monsieur le Duc de Berry.

Général en Vendée, en 1832, lors de 1’héroïque effort de madame la Duchesse de Berry, régente de France.

De ce mariage 9 enfants dont six fils : cinq ont laissé postérité (une des filles Henriette, née en 1835)

L'ainé de ces six enfants fut le général Athanase, baron de Charette, colonel des Zouaves Pontificaux et le glorieux vaincu de Patay.

François Athanase Charette né à Couflé (à la Contrie) en 1763. lieutenant de vaisseau, général en chef du 3e corps de l'armée vendéenne, fusillé à Nantes le mars 1796. Il avait épousé en 1790 dame Angélique de la Joussetière, veuve de Louis Charette Boisfoucaud dont un fils mort en bas âge.

La veuve de François Athanase se remaria, pour la troisième fois, à M. de l'Epinay et n'eut pas d'enfant.

3° Marie-Anne Charette née en 1765; mourut sans s'être mariée peu après que son illustre frère ainé François Athanase eut payé de son sang sa gloire immortelle.

(2) C’est le nom officiel des zouaves pontificaux depuis leur rentrée en France.

 

Qui est Charette de la Contrie (François, Athanase) -

Beaucoup ne l'ont jamais vu et savent seulement qu'il appartient à une famille de gentilshommes bretons (6), qu'il a quitté le service (7) depuis trois ans et qu'il s'est marié avec la veuve d'un de ses cousins, la dame de Fonteclose (8).



De la Vendée à la Bretagne, De Charette et l'Arrestation de la Duchesse de Berry le 7 novembre 1832 à Nantes

Armand Etienne Henri de CHARETTE de La CONTRIE propriétaire du château de Kerfily, de Beauchesne et de Comper. Engagé au service du Saint-Siège dans les Zouaves pontificaux, a fait les campagnes de Rome de 1867 à 1870.