Histoire de Nieul-sur-l'Autize et de l’abbaye royale Saint Vincent dans le Bas Poitou

Abbatia Sancti Vincentii de Niolio super Altisiam, Ordinis Sancti Augustini prioratus Sancti Vincentii de Niolio super Altisiam; Niolium; Nioeil; Nioeuil; Nieuil-sur-l'Autise. L’origine du nom de Nieul remonte à l’époque gauloise : « Novioialos » qui est composé de novio (nouveau) et ialo (endroit) sur la rivière de l’Autize

Le onzième siècle a été parmi les périodes religieuses l'une des plus remarquables sous le rapport de l'art. De tous côtés on érige des monastères, partout on bâtit des églises. « Dans tout l'univers, dit le chroniqueur Ranulphe Glaber, les peuples chrétiens semblent rivaliser de zèle et d'ardeur; on dirait que le monde se secoue et dépouille sa vieillesse pour revêtir la robe blanche des églises (1). »

Ce fut à cette époque de rénovation qu'un seigneur de Vouvent, Airald Gassedener, suivant la Galia Christiana, ou Arnoul de Guessedenier, suivant Besly, fonda en 1068 ou 1069, pour le salut de son âme et celui de sa famille, une maison religieuse desservie par des chanoines.

Ce monastère fut établi sur les bords de l'Autize, sur une terre fertile qui porte le nom de Nieuil. On le trouve à sa droite au milieu de la vaste plaine qui conduit de Niort à Fontenay-le Comte en Vendée (2).

Pour soutenir le nouveau monastère, le seigneur de Vouvent lui donna, la terre et seigneurie de Nieul avec les appartenances, appendances et dépendances, et il lui accorda tout le droit qu'il avait en la terre et seigneurie de Benet (3). La maison de la VanDieu fut également donnée à l'abbaye de Nieul.

Cette maison était située entre Vouvent et Bourneau, dans l'emplacement occupé aujourd'hui par une ferme et une maison de campagne du même nom, et où il existe encore une chapelle. Un tombeau du XVIe' siècle, .remarquable par ses sculptures, se trouve dans cette chapelle, qui sert aujourd'hui de cellier.

 Le monastère de Nieul eut, en outre, la maison de Puy-Guillaume, celle de Saint-Thomas, située dans la paroisse d'0ulmes et la maison de Lecton avec leurs appartenances et dépendances (4).

Un seigneur de Parthenay, Guillaume L'Archevêque, dont les possessions s'étendaient presque jusqu'aux portes de Niort, voulut lui aussi, être compté parmi les bienfaiteurs du nouveau monastère. En conséquence, il lui donna une pièce de terre, située à Talleya, où furent établies les justices de l'abbaye (5).

Ces donations ne furent pas les seules faites à l'abbaye de Nieul : le comte de Poitiers qui était en même temps duc d'Aquitaine, ne se contenta pas d'assurer à l'abbaye qui commençait, les possessions qu'elle avait reçues, il s'empressa, pour qu'elle fut pourvue de toutes les choses nécessaires à son entretien, de lui concéder des droits dans sa châtellenie de Mervent.

Ces faits sont consignés dans une charte qui nous est restée :

«  Au nom de l'heureuse et indivisible Trinité, moi Geoffroi par la grâce de Dieu duc d'Aquitaine, je veux qu'il soit manifesté à tous les fils de notre sainte mère l'Église, que les choses données par Airald Gassedener pour le repos de son âme et le repos des autres fidèles de l'église de Saint-Vincent qui fût fondée par lui, savoir tout ce qu'il possédait à Benet, dans le bourg et hors du bourg, tout ce que les chanoines ont laissé à la susdite église pour la gloire de sa vie éternelle; que toutes les choses que présentement je donne moi-même, c'est-à-dire la faculté de prendre dans mes forêts de la châtellenie de Mervent et lieux voisins, excepté dans les défends appelés Epauts, tout le bois nécessaire tant à l'église qu'aux ateliers, et que tout ce que d'autres ont pu donner de terres qui relèvent de moi, demeurent fermement et inviolablement la propriété des chanoines. Si quelqu'un, poussé par le démon, par l'avarice, par l'orgueil veut troubler les donations faites à l'abbaye ou celles qui seront faites, qu'il n'ait pas de pardon, qu'il soit frappé d'anathème. »

Cette charte donnée à Vouvant dans la maison d'Airald lui-même, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1076, indiction XIV, épacte XII est signée par Geoffroy duc d'Aquitaine, Aimery vicomte de Thouars, son frère Savary, Maurice Girard, Girard de Montaigu, Thibaut Cadoz, Thibault Lunel, Airald Gassedener, Burchard de Vouvent, Hugues de Mervent, Hugues, chapelain du comte, enfin par Amelie de Fontenay et quelques autres personnages importants du pays (6).

C'est alors que les religieux de Nieul, puissamment secondés par le comte de Poitou, se mirent à l'oeuvre pour ériger une église qui fut digne de ses fondateurs.

Cette église dédiée à saint Vincent et qui existe encore, fut bientôt achevée, car à cette époque de zèle et de rénovation, on travaillait avec une incroyable ardeur aux édifices religieux. Parmi les fidèles, les uns offraient des matériaux, les autres donnaient leur temps, leur industrie; d'autres enfin encourageaient par leur présence, leurs chants et leurs prières les hommes de labeur qui chaque jour se levaient pour tailler des pierres, préparer des charpentes ou grouper sur les blanches façades de fantastiques créations, de poétiques images.

La tradition rapporte que ce fût à Nieul que naquit la fille de Guillaume IX, comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, la célèbre Aliénor d'abord reine de France, et qui, devenue reine d'Angleterre, donna le jour au fameux Richard Coeur-de-Lion. Il est possible, en effet, qu'Aliénor soit née à Nieul, car sa mère

Aénors de Châtellerault fit de fréquents séjours à l'abbaye de Saint-Vincent. Son affection pour cette maison religieuse fut même si prononcée qu'elle y fonda sa sépulture. Aussi fut-elle inhumée dans l'abbaye où son nom fut inscrit sur le livre des morts, et où sa cendre n'a pas toujours dormi dans l'éternel repos (7).

Le 26 février 1130, l'abbé de Nieul reçut conjointement avec les abbés de Luçon et de Saint-Liguaire, un bref de concession du pape Innocent II, pour excommunier Hugues de Rochefort et lancer un interdit sur ses terres, parce qu'il avait enlevé des dîmes à l'abbaye de Saint-Maixent. L'interdit était alors le moyen de contrainte employé par la cour de Rome contre les laïques qui s'emparaient du temporel des ecclésiastiques. (8)

En 1137, l'abbaye de Nieul fut confirmée dans la liberté d'élire son abbé et maintenue dans la possession des privilèges, des immunités et des biens accordés à son église par un diplôme de Louis VII le Jeune, roi de France et duc d'Aquitaine. Les dispositions de ce diplôme qui s'étendaient à tous les chapitres et monastères compris dans l'héritage laissé à sa femme Aliénor par les comtes du Poitou, comprenaient notamment ceux de la province ecclésiastique de Bordeaux (9).

En 1139, pendant la tenue du concile de Latran, le pape Innocent II ordonna que les chanoines réguliers se soumettraient à la règle de Saint-Augustin. Ce fut par conséquent à cette époque que les religieux de Nieul prirent le nom de chanoines réguliers de Saint-Augustin (10).

A cette époque, l'habillement des chanoines de Saint-Augustin consistait en une aube qui descendait jusqu'aux talons et une aumusse qu'ils portaient sur les épaules en forme de manteau. Ils avaient encore par-dessus l'aumusse et l'aube une chape noire à laquelle était attaché un capuce dont ils se couvraient la tête. D'abord la chape fermée de tous côtés avait une ouverture sur la poitrine pour faire passer les mains. Dans la suite on la fendit par devant jusqu'au bas pour plus grande commodité, et le capuce y resta toujours attaché. Quant à la robe, les uns la portaient noire, d'autres blanche, rouge ou violette. En un mot, il n'y avait pas de couleur déterminée pour les chanoines réguliers (11).

La règle suivie par les chanoines jusqu'à ces temps, avait consisté à posséder en commun, sans avoir rien en propre, à sortir le jour et à rentrer le soir pour chanter complies, après lesquelles il n'était plus permis de sortir enfin à coucher tous dans un dortoir commun où chacun avait son lit. L'entrée du cloître était interdite aux femmes, et aucun laïque ne pouvait y entrer sans permission (12).

Après prime (13), les chanoines se rendaient dans la salle du chapitre. On y lisait un article de la règle, des homélies ou quelqu'autre lecture édifiante. Au sortir du chapitre, chacun allait au travail qui lui était prescrit; car dans ces temps reculés les religieux avaient chacun leur œuvre. Les uns, les plus humbles, travaillaient dans les ateliers attachés aux abbayes, les autres s'occupaient de la culture des champs, de la culture de ces jardins qu'ils avaient autour d'eux; d'autres enfin, les moins forts, les plus intelligents se livraient dans ces calmes retraites à l'étude et aux arts.

Quant à la nourriture, depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, elle avait consisté pour la plupart des chanoines à faire deux repas, mais sans manger de viande de la Pentecôte à la Saint-Jean depuis cette époque jusqu'à la Saint-Martin, à faire également deux repas et abstinence de viande le mercredi et le vendredi. De la Saint-Martin à Noël, abstinence de viande et jeûne jusqu'à none (14).

 De Noël au carême, jeûne jusqu'à none le lundi, le mercredi et le vendredi avec abstinence de viande les deux derniers jours. Les autres jours, on faisait deux repas. S'il arrivait une fêle, le supérieur pouvait permettre la viande. En carême, on jeûnait jusqu'à vêpres.(15).

Ce fut sur la demande d'Aliénor, a cette époque reine de France, et sur ses instances en faveur de l'abbaye si chère à sa mère, que Louis VII voulut bien accorder au monastère de Saint-Vincent de nouvelles garanties. Il le confirma d'une façon spéciale dans la possession de toutes les choses qu'il avait reçues, de tout ce que les chanoines lui avaient laissé, dans tout ce que les comtes du Poitou lui avaient légué; « nous prenons, dit la charte donnée à Niort en 1141, les chanoines eux-mêmes et tous leurs biens sous notre garde et notre protection (16).

Le premier abbé de Nieul dont le nom soit parvenu jusqu'à nous, vivait en 1161, sous l'épiscopat de Jehan, évêque de Poitiers. Il se nommait Girald ou Giraud. En 1171, il souscrivit une charte qui accordait quelques faveurs aux moines de Saint-Maurice de Saintes (17).

En 1185, l'abbé de Nieul prit part comme témoin à la charte par laquelle le seigneur de Vix en Bas-Poitou faisait don à l'abbaye de Maillezais de tout ce qu'il possédait dans le fief qu'Aimery de Montfaucon tenait de lui à l'Hermenault (18).

En 1196, Aimery, dont le nom n'a pas été connu par les auteurs de la Gallia Christiana, était abbé de Nieul, comme l'atteste une charte conservée dans les Archives des Deux-Sèvres. Cette charte notice constate la dotation faite à Rainier, abbé de l'Absie, par Almes de Glandes, de la terre du fief de Vauvert, située à Benet. La transaction par laquelle J. Roland, gendre d'Almelz de Glandes, renonce à cette terre à laquelle il prétendait du chef de sa femme, et la confirmation de cette transaction par Plantine et Pétronille, femme et fille de J. Roland, eurent lieu devant l'abbé de Nieul, Aymery, nommé à cet effet juge commis par l'évêque de Poitiers (19).

La même année 1196, Aymery de Saint-Michel restitua à l'église de Saint-Hilaire-sur-l'Autize la terre de Graindemont dont il s'était emparé. Cette restitution eut lieu par décision de l'archiprêtre d'Ardin, qui fut dans cette affaire assisté par l'abbé de Nieul.

En 1307, avec le consentement de sa femme, de ses deux fils et de sa fille, Pierre de Volvire donne aux églises de Nieul et de Maillezais le marais de Chaillé tout entier. L'acte de concession déclare que les deux abbés ne seront jamais troublés dans leurs droits et travaux d'agriculture, ni par lui ni par ses héritiers.

Ce marais fut exempt de toute coutume, de toute domination; personne même n'eut la permission d'y chasser. Les religieux de Nieul et de Maillezais durent seulement payer à Pierre de Volvire et à ses successeurs 60 s de redevance (environ 342f) chaque année et à la Saint-Jean. Quoique l'abbaye de Nieul eut obtenu le quart du marais accordé, elle ne paya que 10 sous (environ 57f), et l'église de Maillezais 50 (environ 285f) (19).

Pierre 1er était chef de l'abbaye en 1217. Cette année, il signa la charte par laquelle Pierre de Volvire, seigneur de Chaillé, accorde aux abbés de Maillezais et de Nieul la permission de pêcher dans les nombreux marais qu'il possédait.

A cette époque, l'abbé de Nieul s'étant joint aux abbés de Saint-Michel, de l'Absie, de Saint-Maixent et de Maillezais pour s'occuper, de concert avec eux, du dessèchement des marais du Langon et de Vouillé, Pierre de Volvire le leur permit par la charte qui va suivre

« Au nom de la sainte Trinité, moi Pierre de Volvire, seigneur de Chaillé, je veux qu'il soit connu de tous que pour le salut de  mon âme et celle de mon père et de ma mère, j'ai accordé pour moi et mes héritiers en perpétuelle aumône aux abbés et couvents de Saint-Michel-en- l'Herm, de l'Absie, de Saint-Maixent, de Maillezais et de Nieul, le libre pouvoir d'avoir dans mon domaine et mon fief de Chaillé un canal libre et indépendant de toute coutume et d'exaction pour faire couler les eaux de tous  les marais du Langon et de Vouillé, et de la moitié des marais de Mouseuil et d'Angle, qui sont du fief du chevalier Hugues d'Auzay, et des marais qui sont dans le fief du chevalier Guillaume de Chasteigner, tant des marais de Vouillé et du Langon que de ceux qui sont entre les marais de Vouillé d'une part, et les marais de Marans de l'autre. Je constitue moi et mes héritiers les défenseurs et les tuteurs de toutes ces conventions, et je prie le vénérable Pierre, évêque de Poitiers, ainsi que ses successeurs de faire observer à l'aide de censure ecclésiastique ces choses, que j'ai faites et accordées. »

Cette charte fut faite à Chaillé et un exemplaire fut remis à chacun des abbés qui y sont mentionnés (20).

Le seigneur de Marans et de Mauzé, Porteclie, voulut lui aussi favoriser les travaux des moines. En conséquence, il leur accorda la charte que nous avons traduite ainsi :

« Au nom de la très sainte et indivisible Trinité, moi, Porteclie, seigneur de Marans et de Mauzé, je veux qu'il soit connu de tous que pour le salut de mon âme et pour le remède des âmes de mon père et de ma mère, aussi de mon épouse et de mes fils et de toute ma race passée, présente et future, j'ai donné et j'ai concédé pour moi, pour mon frère et mes héritiers, en franche et perpétuelle aumône, aux abbés et couvents de Saint-Michel-en-l'Herm, de l'Absie, de Saint-Maixent, de Maillezais et de Nieul, le pouvoir et la liberté de faire et d'avoir dans ma seigneurie et fief de Marans un canal pour faire écouler les eaux de tous les marais du Langon, de Vouillé et de la moitié des marais de Mouseuil et des marais d'Angle, qui sont du fief du chevaliers Hugue d'Auzay et des marais qui sont dans le fief de Guillaume Chasteigner, tant aussi de ceux qui sont entre les marais de Vouillé et les marais du Langon que ceux de ces marais qui sont entre les marais de Vouillé d'une part, et entre les marais de Marans et de Chaillé de l'autre. Semblablement, je leur ai donné et concédé libéralement en aumône la permission de faire à Bercheron ou à la maison Raeveau, deux chutes d'eau et deux portereaux pour l'écoulement des eaux qui affluent des dits marais. Semblablement j'ai donné et concédé aux abbés précités la libéralité de porter et de reporter par le dit canal et sans levée injuste d'impôts, et à perpétuité, les choses appartenant aux dits marais. Ce canal, je l'ai également concédé a tous les participants, à tous ceux qui doivent y participer avec les dits abbés; mais seulement en ce qui concerne l'écoulement des eaux.

Mais aucunes choses, si ce n'est celles des abbés, ne pourront passer dans ce canal sans ma permission. Mais aucunes eaux, si ce n'est les prénommées, ne pourront y couler sans ma volonté et l'assentiment des abbés; mais il fut établi entre moi et les abbés sus-nommés et leurs participants qu'ils fassent un pont sur le dit canal, sur la voie qui conduit à Luçon ou dans la voie du port et qu'ils le tiennent ferme et stable. S'il arrive que le seigneur de Marans, pour quelque cause, fasse détériorer ce pont, il le fera rétablir à ses frais et le fera tel qu'il était. Encore, il fut dit entre nous, que si le sergent des abbés trouve un malfaisant ou un animal dans les bots ou dans le canal, il le prendra en son gage et ce gage ne pourra pas sortir de la seigneurie de Marans, ni les malfaiteurs jugés en dehors de cette seigneurie; l'amende prononcée contre les malfaiteurs appartiendra aux abbés. Mais si le sergent du seigneur de Marans trouve là quelque malfaiteur, il sera son gage, tout dommage-intérêt étant d'abord restitué aux abbés. Or, moi, fermement et de bonne foi, toutes ces choses je les ferai pacifiquement tenir et observer.

Semblablement, je veux et j'établis que mes descendants et mes héritiers les tiennent et observent. Je m'en constitue moi-même le défenseur et le tuteur, ainsi que mon frère, mes héritiers et mes successeurs. Je veux et je prie dévotement les vénérables évêques, Guillaume de Poitiers et Henri de Saintes et leurs successeurs, que ces choses faites et accordées si pieusement, ils les fassent observer par censure ecclésiastique et les dits abbés et couvents recevront spécialement moi, mon père, ma mère, mon épouse, mon fils, mon frère et toute ma race dans tous les bénéfices de leur monastère, savoir aux messes, aux psaumes, aux vigiles, aux prières, aux aumônes et aux autres sustentations des pauvres, accordant en outre que mon nom, le jour de ma mort, sera inscrit au calendrier des défunts parmi les familiers (familiares) (21), et que ce jour deviendra celui de mon anniversaire et celui de ma famille dans chacun des monastères dont il s'agit (22). 

Un exemplaire de cette charte, qui fut passée à Marans en 1217 et lue dans l'église Saint-Etienne de cette ville, fut donné à l'abbaye de Nieul. Les quatre abbés mentionnés par elle en reçurent également chacun un exemplaire pour être déposé dans les archives de leur abbaye, et pour que toutes ces dispositions, dit Porteclie, puissent être fermes, inattaquables et durer toujours.

C'est après l'obtention de ces deux chartes, qu'aidés de leurs moines et de ceux qui voulaient partager leurs travaux, les abbés de Nieul, de Saint-Michel-en-l'Herm, de Saint-Maixent et de l'Absie creusèrent le canal des cinq abbés.

Ce canal ne se rendit point directement à la mer, mais il conduisit ses eaux dans la Sèvre, au lieu où cette rivière forme un coude que l'on nomme l'Anse de Braud. Pour accomplir ces paisibles conquêtes, rien ne manquait aux religieux de cette époque qui, pour opérer d'aussi grands travaux, possédaient des richesses considérables, avaient beaucoup de bras et savaient en augmenter le nombre en intéressant les habitants du pays aux résultats de ces travaux, soit en Jour accordant des portions de ces marais a titre de propriété, a la charge par eux de creuser des canaux autour de leur nouveau domaine, soit en leur accordant le droit d'usage, de pacage et de parcours sur les parties de ces marais au dessèchement desquels ils avaient contribué. Ainsi, dès le commencement du XIIIe siècle, on s'est occupé des terres inondées.

Dès ce temps, on s'est associé pour les rendre meilleures. Cet exemple de dévouement aux intérêts agricoles n'a pas été perdu, car depuis, a différentes époques, des travaux de dessèchement ont été essayés des sociétés se sont formées pour continuer cette œuvre.

C'est ainsi qu'en 1244, Guillaume, abbé de la Grâce-Dieu, s'entendit avec Pierre Boxon, commandeur du temple de la Rochelle, pour faire travailler à un canal, et, qu'en 1270, les abbés de Saint-Michel-en-l'Herm de Saint-Léonard de Chaulmes et le grand prieur des Templiers d'Aquitaine; se concertèrent et convinrent de faire procéder a. l'exécution d'un canal pour le dessèchement de leurs marais, situés dans la châtellenie de Marans.

C'est ainsi qu'à des dates qu'il ne nous est pas possible de préciser, on avait creusé les canaux désignés sous le nom d'Etier de Chalié, d'Etié de Morillon d'Acheneau de la Tranchée et d'Acheneau de l’Anglée. Ce dernier canal ayant été reconnu insuffisant, on lui donna pour auxiliaire, comme nous le verrons plus tard à sa date, un canal se dirigeant vers Luçon. (23)

==> 1217 Eglise Saint-Etienne de Marans - Charte Canal des Cinq Abbés - Saint-Michel, l’Absie, Saint Maixent, Maillezais, Nieul.

 

L'abbé Pierre ne resta pas toujours dans les murs de son abbaye, à l'ombre de ses cloîtres, dans ses vastes jardins. Il visita ses amis, il alla voir l'abbé de Saint-Maixent et il se trouvait avec lui en 1232, quand noble homme Guillaume l'Archevêque, seigneur de Parthenay, lui rendit son hommage (25).

Les seigneurs de Parthenay étaient vassaux de l'abbaye de Saint-Maixent pour un assez grand nombre de fiefs, situés en Gâtine. Parmi ces fiefs, se trouvait la châtellenie du Coudray-Salbart, située sur les bords de la Sèvre (26).

En 1239, l'abbé Simon, que les auteurs de la Gallia Christiana n'ont pas connu, concède avec le consentement de son chapitre et de Robert, prieur de Trezevoiz à Guillaume Rossetea et à ses héritiers un jardin, situé à l'hébergement d'Antar, moyennant  12 deniers à payer chaque année au prieur de Saint-André, le jour de la Nativité de Notre-Dame (27).

Suivant la mention qui a été laissée par l'évêque de Poitiers, Guillaume de Bruges, dans la collection des pièces réunies par ses soins, l'abbaye de Nieul payait deux procurations aux évêques de Poitiers. Elle devait l'une comme abbaye et l'autre comme paroisse.

Cette taxe pécuniaire remplaçait l'ancien droit en vertu duquel les évêques, archevêques et doyens pouvaient loger seuls ou avec leur suite chez les abbés ou les curés, dont ils inspectaient les paroisses.

Vers ces temps, on s'occupa de la façade de l'église. On la flanqua de deux tours composées de colonnes cylindriques groupées. On les surmonta de deux petites flèches que recouvrent des pierres imbriquées. Ces deux flèches, qui s'élèvent avec beaucoup de grâce et d'élégance, dénotent d'une façon évidente que les chanoines de Nieul veillaient avec un soin assidu à la conservation et à l'embellissement de leur remarquable église.

Plus tard, on détruisit l'abside de l'église pour faire place à un vaste choeur ou plutôt à une deuxième église conventuelle; mais cette construction ne fut point achevée. A peine sortie de terre, elle resta oubliée.

Dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, l'abbé Régnaud, également inconnu aux auteurs de la Gallia Christiana, et son couvent, vendirent a l'abbé et aux chanoines de Notre-Dame-la Grande de Poitiers une rente de 50 sous qu'ils avaient dans la censive de ces derniers et qu'ils étaient obligés de céder; car, suivant la coutume du pays, ils n'étaient pas libres de la conserver du moment que le chapitre de Notre-Dame en exigeait la cession.

 Cet acte, qui a été passé le dimanche avant la Toussaint, a été respecté par le temps. Il se trouve dans les archives de Poitiers. Cependant, il n'est pas possible d'en indiquer la date, le côté droit de la pièce ayant été détruit. Ce qui le rend néanmoins intéressant, c'est qu'il fait connaître le nom d'un abbé qui était resté inconnu jusqu'à ce jour; c'est qu'au bas est suspendu par une petite bande de parchemin le sceau de l'abbé Régnaud. Cet abbé de Nieul est debout; il tient sa crosse de la main droite et il est entouré d'un reste de légende.

Malheureusement la tête de l'abbé a été brisée, ainsi que la partie supérieure du sceau qui est ovale et en cire jaune. Au contre-sceau on voit un saint nimbé, saint Vincent, entouré de cette légende, Légende lue sur le contre-sceau: 

SCE VINCENTI ORA PRO NOB  

En 1280, l'abbé Jean signa, en qualité de témoin, la charte par laquelle Raoul de Mauléon et Guillaume son frère donnent aux moines de la Grainetière un sou pour acheter du poisson à Saint-Michel-en-I'Herm (28).

« Vers ces temps, des brèches furent faites au bot de l'Anglée et au Pontreau (29). Les eaux allèrent partout et fut le péril et dommage pis qu'auparavant et dura longtemps; mais voyant que le mal empirait et que les prés étaient submergés et ne pouvaient avoir de foin et de marais pour nourrir les bêtes, considérant qu'autrefois leurs prédécesseurs y avaient peiné et  mis l'œil, les paroisses de Coussaye, du Langon, de Mouzeuil, de Veluire et de Sainte-Gemme s'assemblèrent et fut remontré à la cour le mal qui était ès-dites paroisses par la continuation et fréquentation des eaux.

Commissaires furent établis à la visitation et au fait qui se devait faire et fut avisé faire un profond et large canal qui prendrait du dit bot et lieu de l'Anglée où commencerait à entrer l'eau des marais, se rendant le plus droit qu'il serait possible à Luçon, pour conduire en toutes saisons les eaux, ce qui fut fait et appelé l'Acheneau-Neuf ou l'Acheneau de-Roy en 1283.

Furent contraints de par le roi Philippe II du nom, qui lors régnait, les dits habitants et autres jusqu'au nombre de douze paroisses. Les autres, sauf Auzais, Petosse. l'Hermenault, Pouillé, Saint-Valérien, Saint-Laurent-de-la-Salle, et sont encore sujets les habitants, toutes et quantes fois qu'on obtiendrait permission pour être réédifié comme était contenu par les pancartes du dit temps estant ès-abbayes de Moureilles, de Saint-Michel en L'Herm, de Nieul-sur-l'Autize et de l'Absie en Gâtine (30). »

En 1317, l'abbaye de Maillezais ayant été érigée en évêché par une bulle du pape Jean XXII, le monastère de Nieul qui, jusqu'à cette époque, avait fait partie du diocèse de Poitiers, en fut détaché et compris dans la nouvelle circonscription religieuse.

Pierre II de Verdale, frère de l'évêque Arnould, était abbé de Nieul en 1320.

En 1330, l'église de Nieul reçut du roi de France Philippe VI  de Valois les preuves du plus vif intérêt. Ces preuves sont consignées dans un titre que nous avons encore. Il est ainsi conçu « Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français, savoir

« faisons à tous ceci bien que dans le gouvernement des peuples qui nous sont soumis, notre royale sollicitude étende partout ses soins, dirigeant néanmoins d'une manière plus spéciale nos regards sur les très-saintes églises de Dieu et sur les personnes ecclésiastiques, et, suivant en cela l'exemple de nos prédécesseurs, nous regardons comme chose juste, agréable à Dieu,  convenable autant que salutaire, de prendre en faveur des dites églises et personnes des mesures destinées à les protéger contre tous dommages, violences et exactions quelconques, et de maintenir sous notre règne l'état ecclésiastique dans la paix et la tranquillité, de telle sorte que les dites personnes puissent donner leur attention et se consacrer au service de Dieu avec d'autant plus de ferveur, de plaisir et de zèle, qu'elles se sentiront plus à l'abri d'inquiétudes.

 Guidé par, ces motifs, nous prenons par grâce spéciale sous notre protection et sauvegarde particulière pour le présent et l'avenir le monastère ou abbaye de SaintVincent de Nieuil-sur-l'Autize, de l'ordre de Saint-Augustin, du diocèse de Maillezais, avec tous ses prieurés, églises, succursales et dépendances ainsi que l'abbé, les chanoines, familiers et serviteurs, tant du monastère lui-même que de ses succursales et prieurés, aussi bien que tous les lieux spirituels et temporels, droits, juridictions et autres choses quelconques les concernant à quelque titre que ce soit.

Mandons et ordonnons à nos sénéchaux de Poitou et de Saintonge et autres gens de justice, chacun en ce qui le concerne, de maintenir les dits abbé et couvent, prieurs des prieurés de ce monastère,-leurs chanoines et familiers placés sous notre protection et sauvegarde particulière, dans leurs légitimes possessions, franchises, libertés, saisines (31), droits d'usufruit (ou d'usage), biens, propriétés,  domaines, juridictions et autres choses et droits quelconques,  de les protéger et de les défendre contre toute injustice, oppression, violence des gens d'armes, puissance quelconque et autres changements de quelque nature qu'ils puissent être:

leur ordonnons, si ces changements ont eu lieu ou ont été imposés de force, de ramener et rétablir les choses dans leur état ancien et légitime, ou de faire en sorte qu'elles y soient ramenées et rétablies effectivement.

Que si, entre eux et leurs adversaires, quels qu'ils soient, il vient à s'élever une contestation sur les choses ou quelques-unes des choses mentionnées plus haut, ordonnons que les questions en litige ayant été soumises à notre autorité comme étant supérieure, et une récréance ayant été faite en vertu de ladite autorité, nos dits sénéchaux, si cette récréance doit être faite et après qu'elle l'aura été, mettent fin à la dite contestation, par prompte et bonne justice.

Et, s'il y a lieu, pour assurer l'exécution de ce qui vient d'être dit, nos sénéchaux enverront, lorsqu'ils en seront requis, auprès des dits abbé et couvent, ainsi qu'auprès des prieurs, chanoines et leurs familiers, aux frais des susdits, un ou plusieurs de nos serviteurs (sergeans) qui seront chargés d'exécuter, d'accomplir et de terminer avec diligence ce qui vient d'être prescrit comme aussi tout ce qui peut et doit concerner le devoir d'un gardien spécial.

Il n'est pas cependant dans nos intentions que les gardiens eux-mêmes se préoccupent en aucune façon de la connaissance de la cause. Toute connaissance de la cause leur est au contraire complètement interdite: et pour que ceci demeure stable et assuré dans l'avenir, nous avons fait apposer notre seing sur les présentes lettres, réserve faite de notre droit et de celui  d'autrui en toutes choses. Fait à Vincennes, l'an du Seigneur « 1330, au mois de mai (32). »

Ce fut en 1339 que le pape Benoit, dans la réforme générale qu'il fit des religieux de Saint-Augustin, ordonna que les chanoines réguliers ne pourraient admettre dans leurs habillements que des couleurs blanche, brune et noire (33)

Le roi Jean ayant vu les lettres de sauvegarde accordées par son père à l'abbaye de Nieul, voulut également se montrer favorable à cet établissement religieux. Aussi, après avoir reconnu au mois de septembre 1355, qu'il avait pour agréable tout ce que ces lettres contenaient, soit en général, soit en particulier, il ajouta:

« Nous les maintenons, louons, approuvons et ratifions, et même les confirmons de notre grâce spéciale et en vertu de notre autorité (34) »

Longtemps après, nous trouvons à la tête de l'abbaye de Nieul Alain Drouard dont le nom est inscrit dans les chartes de la bibliothèque impériale. Bien orageuse fut la vie de cet abbé, qui prit part à des actes qui portent pour date le 14 janvier 1445 et le 25 novembre 1466. Il oublia tous ses devoirs. Les religieux, l'abbé, le couvent étaient tenus de célébrer le service divin et d'entretenir en bon état les édifices et les chapelles de ladite abbaye; « ce nonobstant à l'appétit du frère Alain Drouard, abbé de ladite abbaye, natif du pays de Bretagne, qui bien peu s'entremet du fait du service divin et a tout son cœur à prendre les fruits et temporalités de ladite abbaye sans autre bien y faire ils ont depuis certain temps en çà cessé de dire certain nombre de messes qu'ils sont tenus de célébrer chaque semaine en la chapelle de Chabot, leurs fondateurs étant au cloître de ladite abbaye, et en laquelle ils sont ensépulturés en belles et notables ensépultures élevées en pierre, et aussi de tenir une lampe ardente jour et nuit dans la chapelle (35). »

Les chanoines de Nieul devaient également faire le service divin dans la chapelle de la Vau-Dieu, mais par le mauvais gouvernement de l'abbé et des religieux, ou autrement par leur malice, ce service n'était pas fait. La chapelle tombait en ruines.

« Drouard était un homme rioteux (36), plein de toute malice, coutumier de blasphémer le nom de Dieu. Il avait même battu et frappé avec grand couteau qu'il avait accoutumé de porter, épées et autres habillements de guerre, et fait frapper et envillener plusieurs des hommes, sujets de Volvire; prins et fait prendre par ses allies, par force et violence, leurs biens et fait plusieurs autres grandes inhumanités qui toujours sont demourées jusqu'à présent impunies, dont est grande clameur au pays, et ont très grand besoin de justice. Indigné de ces faits, le seigneur de Nieul, Pierre de Volvire, s'en plaignit au roi Charles VII qui, par lettres royaux de 1458 (37), transmit au premier huissier de son parlement les doléances qui lui étaient faites, manda d'informer diligemment et secrètement cette affaire, et, les informations prises, de contraindre les religieux, abbé et couvent à faire et accomplir les choses dites (38). »

En 1468, le pape Paul II, par le bref suivant, donne un nouveau chanoine à l'église de Saint-Vincent de Nieul :

« Paul, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos chers fils, Jean Cadet, chanoine de Saintes, et les officiers de Poitiers et de Maillezais, salut et bénédiction apostolique. Voulant aujourd'hui accorder une grâce spéciale à notre cher fils Regnaud de Meules, chanoine du monastère de la Sainte-Trinité de Mauléon, de l'ordre de Saint-Augustin, du diocèse de Maillezais, nous nous sommes réservé de lui conférer de notre propre mouvement, par donation apostolique, un bénéfice ecclésiastique régi d'ordinaire par les chanoines de l'ordre de Saint-Vincent de Nieul, que ce soit un prieuré, une prévôté, une dignité, une administration ou un office, s'il y en a de vacant en ce moment ou s'il vient à en vaquer un, que ledit Regnaud devra par lui ou son mandataire accepter dans un espace de temps déterminé: nous nous sommes réservé de conférer au même Regnaud après l'acceptation précitée, ce bénéfice avec tous ses droits et prérogatives.

C'est pourquoi de notre propre mouvement encore, nous donnons, par escrit apostolique, mandat à votre discrétion pour que vous ayez soin, soit l'un, soit les autres de conférer et d'assigner un bénéfice de cette nature, s'il y en a de vacant ou s'il vient à en vaquer, au dit Regnaud, après acceptation de sa part, avec tous les droits et prérogatives attachés à ce bénéfice, le mettant lui ou son mandataire en son nom, en possession corporelle des susdits bénéfice, droits et appartenances, faisant en sorte que Regnaud, ou à sa place son mandataire, soit pourvu en la manière accoutumée de ce bénéfice et que Réginald lui-même, aussitôt qu'il l'aura obtenu, soit transféré du monastère de la Sainte-Trinité de Mauléon au monastère de Saint-Vincent de Nieul; que là il soit reçu au chapitre, traité en frère et avec une charité sincère dans le Seigneur, et qu'on lui garantisse intégralement les fruits du bénéfice lui-même, revenus, produits de la terre et des troupeaux, les droits et en général les obventions (39) quelles qu'elles soient (40). »

Regnaud de Meules, reçu ainsi dans le monastère de Saint Vincent de Nieul, appartenait à une famille assez importante du Poitou. Cette famille habitait la ville de Thouars où elle avait une seigneurie.

En 1490, il fut donné et légué aux religieux de Nieul et à leur abbé par Jehan, baron de Ruffec, certain droit de garenne, buissons et défends à Counis, en la terre de Nieul, laquelle garenne contient trois boisselées de terre environ. Le baron de Ruffec renonça également au droit de mettre ou faire mettre et tenir à pâturage un bœuf en la rivière et prairie des religieux, depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à ce que l'herbe des dits prés soit mise dehors, et à celui de mettre et faire mettre chaque jour de Pasques en ladite prairie les brebis du dit de Ruffec, pour d'icelui don et légat, jouir par les dits abbé, religieux et couvent emprès le décès de Régnaut de Volvire, écuyer, son oncle, auquel les dits dons appartiennent par retour, et par ce, n'en ont ni peuvent jouir jusqu'après le décès du dit Régnaut (41). »

Ces faits eurent lieu probablement sous l'abbé Charles, qui eut pour successeur Pierre III Guillon. Cet abbé donna le relevé des biens qui dépendaient de son abbaye par devant Guillaume Paen Guillaume du Vergne et Jehan Jourdain, commissaires sur le fait des francs-fiefs et nouveaux acquêts du pays et comté de Poitou.

Cette formalité eut lieu à Fontenay-le-Comte, le 39 octobre 1493 (42).

En 1519, l'abbé Toussaint, abbé du monastère et de l'abbaye de Nieul, tant pour lui que pour les religieux chapitre et couvent de Nieul, « connaît, confesse et avoue tenir à foy et hommage-lige l'oustel appelé la Mothe de Nieuil ».

De cet aveu, il résulte que l'abbaye possédait dans ce fief des terres, des vignes, des prés, le droit de tenir dans la prairie de Nieul un bœuf depuis l'ouzanne (43) jusques à tant que l'herbe de la dite prairie fut fauchée, des droits de fuie, de garenne, d'eau de pêcherie, de foire et marché, un moulin à tan, le four à ban et droit de fournage et d'estraignable (44). «

 Tous les hommes couchans et levans de la dite terre, cent sous en deniers ou environ, 4 setiers de froment, appelés fromentage, par chascun an ou chascune fête de Saint-Michel, 40 rez d'avoine ou environ, avec certains cens de chapons, poules et cire, plus à plain déclarés par le papier censif (45), les dîmes et terrages qui furent autrefois de la dite seigneurie de la Mothe. »

 Cette terre avait été donnée à l'abbaye de Nieul par l'un de ses seigneurs qui, pour toute redevance, n'avait demandé que des prières et une messe (46).

Le droit de Motte était un droit remontant aux premières époques de la féodalité, et en vertu duquel les vassaux d'un domaine situé en pays de plaine étaient tenus d'apporter, à une place désignée, un certain nombre de charretées de terre pour y élever une butte ou motte, du haut de laquelle le seigneur pût apercevoir d'un seul coup-d'œil toute l'étendue de ses possessions.

C'était à cette motte féodale qu'à certains jours de la semaine, il tenait aussi ses assises, et que son bailli ou sénéchal rendait la justice en son nom.

C'était là aussi que les vassaux venaient payer leurs redevances. Enfin, ces mottes étaient le chef-lieu d'un fief principal. Aussi l'on trouve dans de très-anciens actes que tel arriére-fief, tel bois, tel moulin relevait de la motte de tel endroit, pour signifier qu'il dépendait du seigneur de ce lieu.

Bientôt après, une tour, emblème de la puissance du seigneur, fut érigée sur ces buttes (47).

Pierre Fichet, pour la résignation de l'abbaye de Nieul et seigneurie de La Motte, qui lui fut faite par frère Toussaint, son oncle, ci-devant abbé et seigneur de la dite seigneurie de La Motte, se rendit, le 11 décembre 1544, en la cour ordinaire de la sénéchaussée des baronnies de Vouvent et Mervent; et là, en présence de Jean Brisson et Jacques Cailleau, avocat et procureur, il offrit de faire les foy et hommage-lige, baiser et serment de fidélité qu'il était tenu faire. Le dit ayant promis d'être bon et loyal vassal, tel que appartient en hommage-lige, le baiser réservé à la prochaine du seigneur de Vouvent et Mervent, il fut admis à rendre sa foy et présenter son hommage (48).

Cette formalité remplie, il fut tenu de rendre son fief par le menu des choses hommagées, c'est-à-dire de faire connaître dans tous leurs détails les choses pour lesquelles il avait rendu son hommage. Il fut tenu, en outre, à déclarer tous les hommes, tant nobles que roturiers, aux assises prochaines (49).

Pierre Fichet, tant pour lui que pour ses religieux, chapitre et couvent, remplit la formalité promise; il confessa et avoua tenir, tant pour lui que pour ses hommes et sujets à foy et hommage-lige et à devoir de rachat, selon l'usage et la coutume du pays, l'hôtel appelé la Motte-de-Nieul.

Cet aveu fut rendu au prince Claude de Lorraine, duc de Guise, pair de France, au nom et comme tuteur de la personne et biens de François d'Orléans, son petit-fils, duc de Longueville, seigneur baron de Vouvent et Mervent (50).

L'aveu, qui était un acte par lequel un vassal énumérait les terres et droits qu'il tenait de son seigneur, devait être rendu dans les quarante jours qui suivaient la cérémonie de l'hommage. Il avait lieu à chaque changement de seigneur. Si cette formalité n'était pas remplie dans le délai indiqué, le seigneur pouvait saisir le fief et le mettre dans sa main et la saisie avoir son effet (51).

Le 30 novembre 1561, Pierre Pichet se montre de nouveau bon vassal il avoue tenir son hôtel de la Motte-de-Nieul de très haut et puissant Léonor d'Orléans, prince chevalier de l'Ordre du Roi, capitaine de 50 hommes d'armes, grand chambellan héréditaire de Normandie, duc de Longueville, seigneur baron de Parthenay, Vouvent et Mervent.

C'est après Pierre Fichet que l'on voit s'inscrire sur la liste des abbés de Nieul, le nom célèbre des Richelieu. René Duplessis de Richelieu, qui fut moine dans l'abbaye de La Chair-Dieu, puis prieur de Coussay, fut abbé de Nieul, de l'année 1564 à l'année 1580, période pendant laquelle les guerres du protestantisme tourmentaient le Poitou.

Ce fut donc probablement sous cet abbé que l'église de Saint-Vincent vit périr ses plus beaux ornements, les statues des Chabot, la tombe d'Aliénor, et qu'eut lieu sans doute l'incendie des bâtiments de l'abbaye, incendie qui a si profondément atteint les parements extérieurs du mur sud de l'église, et motivé la construction de trois arcs-boutants qui le soutiennent.

 Quoiqu'ils soient dépourvus de caractère spécial, quelques indices permettent de les attribuer au XVIIe siècle.

Jacques Duplessis de Richelieu, fils de François et dame Leroy, fut, comme puîné, destiné aux choses de l'Eglise. Ses études ayant pris cette direction, il devint bientôt doyen de l'église cathédrale de Poitiers, aumônier ordinaire du roi Henri II, évêque de Luçon, abbé de la Chapelle-aux-Planches, enfin abbé de Nieul, en 1580. Jacques Duplessis de Richelieu ne fit aucune résidence dans son évêché de Luçon, soit que les guerres continuelles l'aient détourné de cette résidence, soit qu'il ne fût que le prête-nom de la maison Duplessis de Richelieu, qui percevait peut-être les revenus de son évêché. Car, à cette époque, les évêchés de France et les riches abbayes furent donnés plus d'une fois comme une récompense aux seigneurs de la cour, aux puissants de ce monde (52).

Il y a tout lieu de croire que Jacques Duplessis de Richelieu agît avec l'abbaye de Nieul comme avec son évêché, et qu'il ne résidât jamais sur les bords de l'Autize.

En 1598, Pierre Constant était abbé de Nieul, comme le prouve un aveu rendu par lui. Il l'était encore en 1602, comme le dénote un autre aveu qu'il rendit à Marie de Bourbon, duchesse de Longueville, dame et baronne des seigneuries de Vouvent et Mervent (53).

En 1608, des bandes considérables de bohémiens se réunissaient dans les plaines de Fontenay et de Nieul, C'est là qu'ils tenaient leur cour plénière, discutant les intérêts de la nation et élisant leur roi. Le gouverneur de la province fut obligé de sévir, et il ordonna à ces bandes qui inondaient le Bas-Poitou, où elles exerçaient beaucoup de désordres, de se dissoudre et de s'éloigner sur-le-champ.

Agrippa d'Aubigné a signalé la présence de ces bohémiens en Bas-Poitou. Dans les aventures du baron de Foeneste, Enay enparle ainsi

« Je connois bien les compagnons; ils firent des leurs à Maillezais, le jour Saint-Rigoumé. Le capitaine coupa la bourse du prieur en se confessant à lui pour commencer la bonne journée. Ils dérobèrent quarante cavales aux pèlerins, leur remontrant sur le soir qu'un tel voiage se devait faire à pied, étant le bon saint neveu de sainte Catherine à la mode de Bretagne, et même leur remontrant l'accident arrivé au médecin Baumier à une procession de Saint-Mexant pour y avoir cheminé sur son mulet. (54) »

Après les Richelieu et Pierre Constant, Pierre Brisson, fils de François Brisson, sénéchal de Fontenay, devint abbé de Saint-Vincent de Nieul

Ce fut cet abbé qui, en 1646, fit refaire les voûtes de la salle capitulaire avec tant dégoût et de soins qu'elles imitent parfaitement les constructions qui les entourent. Le même abbé rendit, en 1647, à Henri d'Orléans, duc de Longueville, seigneur de Vouvent et Mervent, un aveu qui renferme des détails intéressants.

On y voit que l'abbaye de Nieul possédait toujours son hôtel appelé la Motte-de-Nieul. On sait aussi, par le même acte, que cet hôtel tenait d'une part au chemin de l'église, et d'une autre au chemin tendant de la chambrie au four à ban, et d'autre à l'ouche (55) du sacristain du dit Nieul.

Cet aveu nous apprend ensuite quelles étaient à cette époque les propriétés qui relevaient de cet hôtel. Parmi ces propriétés, on trouve des terres labourables, quelques vignes, des prés, l'ouche appelée Sauline, une pièce de terre appelée le fief Chabot; deux autres, les Fromentages, contenant une sexterée de terre ou environ, le champ de Livernière, le grand champ des Ousinières, celui des Plantes et celui de Pierre-Levée, nom tout à fait significatif; deux garennes appelées, l'une les bois de la Court, et l'autre les Oulmes; deux autres longues garennes qui suivent la terre de la dite Motte, contenant demi-lieue ou environ de circuit, tenant des deux bouts à la rivière de l'Autize.

L'aveu rendu par Pierre Brisson au seigneur de Vouvent et Mervent indique en outre que l'abbaye de Saint-Vincent, par son hôtel de la Motte, possédait « comme avant droit de fuie d'eau et de pescherie, droit de foire et marché, le moulin à eau appelé le moulin de Bosson, et le moulin à vent appelé le Greffie, avec véroliers d'iceux (56); qu'elle possédait toujours son four à ban avec droit de fournage et d'estraingnable d'icelui, soit au dit moulin que au dit four, les hommes couchans et levans en la terre de la Mothe-de-Nieuil qu'elle avait, en outre, à cause de la dite Motte, biaus péages et barrages-ès-passans et repassans avecq bestes chargées au travers de la terre de la Motte. »

L'aveu que nous venons de citer se termine ainsi

 « Item, avons et tenons cens et deniers, poullailles et froment, avoine, cere et une paire de gants blancs, esqueux (57) nous sont tenus plusieurs personnes, pour iceux rendre et payer au dit hôtel de la Motte, par chascun an et chascune feste de Saint-Jean-Baptiste et Michel-Archange, Noël, Saint-Vincent et Pentecoste. (58) »

Les seigneurs de Saint-Pompain payaient à l'abbaye de Nieul, dont Saint-Hilaire de Saint-Pompain ne fut longtemps qu'une celle (59), une rente annuelle de 60 boisseaux de froment, en retour, probablement, des services religieux que les pères Augustins lui rendirent.

Le successeur de l'abbé Brisson fut Phelypeaux de la Vrillière, dont la famille a fourni à la France un chancelier, plusieurs secrétaires d'Etat, plusieurs grands-officiers des ordres du roi, et dont la généalogie remonte au XIVe siècle. Voici la forme et la teneur de la nomination du nouveau chef de l'abbaye

« Aujourd’hui, dernier du mois de fébvrier 1661 le Roy étant à Vincennes, bien informé des bonnes mœurs, suffisance et capacité de  Mr Victor Phelypeaux (60), clerc du diocèse de Paris, et désirant en cette considération le traicter favorablement et promovoir son avancement en l'Eglise, Sa Majesté lui a accordé et fait don de l'abbaye régulière de Nieuil, de l'ordre de Saint-Augustin, au diocèze de la Rochelle, vaccante par le décès de Mr Brisson, dernier titulaire et paisible possesseur d'icelle; à la charge toutes-fois que le dit sieur Phelypeaux prendra l'habit de religieux du dit ordre et fera profession lorsqu'il aura atteint l'aage requis pour cest effet, à la charge aussy de trois mille livres de pension annuelle, franche et quitte de toutes charges quelconques que Sa dite Majesté a accordée à Mr' Amable de Boutzeis, prestre et abbé de l'abbaye de Cors, à luy payable sa vie durant, sur les fruits et revenus de la dite abbaye de Nieuil, tant pour le dit Phelypeaux que pour ceux qui luy succèderont à icelle, m'ayant commandé d'en expédier toutes lettres et dépesches sur ce nécessaires en cour de Rome et ailleurs, en vertu du présent brevet qu'elle a signé de sa main et fait contresigner par moy, son conseiller secrétaire d'Estat et de ses commandements.

Signé: Louis; et plus bas: Letellier (61).

En 1673, Phélypeaux de la Vrillière, qui était à cette époque aumônier ordinaire du Roi, conseiller en sa cour de parlement, et qui demeurait à Paris en son hôtel de la Vrillière, donna procuration à Raymond Dugas, sieur du Verdier, de faire pour lui les foy et hommage auxquels il était tenu, et même de s'obliger pour le dit seigneur constituant de rendre l'aveu et dénombrement du fief de la Mothe, dans le temps porté par la coutume du Poitou.

Par suite des guerres de religion, une grande partie des droits, domaines et revenus de l'abbaye de Saint-Vincent de Nieul avait été ou aliénée sans cause ou sans qu'on eut observé aucunes des formalités prescrites, ou usurpée sans aucun droit ni titre par les réformés et autres. La plupart des titres et papiers concernant les dits revenus avaient été soustraits.

Pour obtenir le rétablissement des droits et domaines de l'abbaye, il aurait fallu autant de procès qu'il y avait de juridictions. De pareilles formalités ne pouvant qu'entraîner des frais considérables, l'abbé de la Vrillière s'adressa au Roi pour obtenir une évocation générale de tous les procès et différends mus et à mouvoir, tant civils que criminels, devant le grand conseil. Le Roi, prenant en considération les services rendus par la Vrillière, par sa famille, et ceux qu'elle pouvait rendre encore, voulut bien être, favorable à la demande de l'abbé de Nieul. Il évoqua donc à son conseil toutes les difficultés concernant les droits, les possessions, jouissances de l'abbaye de Nieul et bénéfices en dépendant.

Le roi défendit en même temps aux parlements de Paris, de Rouen, de Dijon et à tous autres juges d'en connaître, et aux parties de s'y pourvoir. Cette évocation générale, accordée par le Roi à l'abbé de Nieul, fut donnée à Versailles le 27 du mois d'août 1674. L'arrêt d'enregistrement portant pour commission d'assigner, eut pour date le 31 du même mois et de la même année (62).

En 1678, Phelypeaux, alors archevêque de Bourges, constitua pour son procureur général et spécial Eustache Dieuzie, sieur de la Haye, auquel il donna le pouvoir « de faire et de  porter les foy et hommage que lui et ses religieux devaient au seigneur de Vouvent, de rendre l'aveu et le dénombrement accoutumé, et, pour y parvenir, de demander communication des derniers aveux. » Il le chargea en outre de payer les droits dus et accoutumés, et de demander la levée des saisies et des poursuites que l'on aurait pu faire, faute d'avoir satisfait aux obligations précitées (63).

En 1680, les ponts d'Oulmes, voisins de l'abbaye, étaient en mauvais état. En conséquence, il fut ordonné aux manants et habitants de la paroisse de Nieul de se trouver, pour le service du Roi et du public,

 « à soleil levant, aux dits ponts d'Oulmes pour y être mis en besogne, jusqu'au soleil couchant, à la réserve de trois heures, qui devront être employées à leur réfection, savoir les laboureurs avec leurs bœufs, mules ou mulets et chevaux, avec leurs charrettes et sans pouvoir coupler leurs bêtes avec celles de leurs voisins, les dites charrettes bien conditionnées et garnies de saules et planches à côté; les voituriers qui ont chevaux, mulets et bourriques, avec leurs bouteilles, paniers et mannequins; les maçons, manœuvres, artisans et journaliers avec leurs outils, leurs pics, pioches, barres de fer et de bois, à peine contre les défaillants, savoir: contre les laboureurs de dix livres d'amende; contre les voituriers et ceux qui ont des chevaux, mulets et bourriques, deux livres; contre les maçons, charpentiers, ouvriers, journaliers et artisans vingt sols, au paiement desquelles amendes seront les défaillants contraints par toutes voies dues et accoutumées pour les affaires du  Roi.

 Le collecteur de la paroisse de Nieul fut chargé d'apporter au dit pont le rôle de la taille au jour indiqué et d'en remettre une copie au sieur Cacault Delaroi, « afin qu'il puisse connaître les noms des habitants défaillants et les faire contraindre au paiement des amendes par eux encourues par saisie et vente de leurs meubles au- devant de leurs portes sans autre formalité, et, à défaut par le collecteur y satisfaire, sera contraint solidairement au paiement de l'amende de dix livres. »

 Cette ordonnance, qui porte pour date le 1 juin 1680, est signée de Marillac, Lepeultre, et plus bas Aubouïn (63).

Elle fut le 14 septembre signifiée par Jean Delaroi, sergent royal, demeurant à Oulmes, aux habitants de Nieul, avec injonction de se trouver au pont d'Oulmes le vendredi suivant 30 du même mois.

Cette ordonnance fut lue au prône de la messe paroissiale de Nieul, le dimanche 15 septembre, par le curé Delavau (65).

Phélypeaux de la Vrittière, qui était en même temps abbé de Nieul, de Saint-Lô et de l'Absie qui fut nommé évêque d'Uzès le 22 novembre 1664 et archevêque de Bourges en 1676, ne vit peut-être jamais l'abbaye de Saint-Vincent: il mourut subitement à Paris à l'âge de 53 ans, le 26 ou le 28 avril 1694 (66).

Balthazar Phélypeaux de la Vrillière, chanoine régulier de Saint-Augustin, devint ensuite abbé commandataire de l'abbaye de Nieul. Il était neveu de son prédécesseur et fils de Balthazar, marquis de Châteauneuf et de Marie-Marguerite de Fourcy. Il fut nommé au mois de janvier 1695 (67).

En 1699, François-Pierre Langerie, prieur et grand vicaire de l'abbaye de Saint-Vincent de Nieul, au nom et comme ayant charge de l'abbé Balthazard Phélypeaux de la Vrillière, offrit de faire et rendre au Roi les foy et hommage-lige, serment de fidélité qu'il était tenu faire au Roi par raison du fief et seigneurie de la Motte-de-Nieul, tenu de Sa Majesté à cause de sa baronnie de Vouvent, à cette époque réunie à la couronne, par suite de l'extinction de la famille d'Orléans-Longueville (68); il offrit de payer les devoirs pour ce dûs et fournir le dénombrement (69) dans le temps de la coutume.

 A la suite de ces offres, le prieur de Nieul fut admis à rendre son hommage. En conséquence, il promit et jura d'être bon et loyal vassal du Roi, sauf son droit et celui d'autrui. A la suite de ce serment, le prieur de Nieul ayant rempli la formalité de l'aveu et du dénombrement, on lui donna mainlevée de la saisie féodale faite sur le dit fief et seigneurie, à la requête du procureur du roi.

 

 

 

En 1069, l'un des fidèles de Guillaume VIII d'Aquitaine, Ayraud surnommé Gassedener, fonde l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise<==.... ....==> Aénor de Châtellerault, duchesse d Aquitaine, l'abbaye royale Saint-Vincent de Nieul sur l'Autise.

 

 

 


 

Fondation de l'Abbaye Royale de l'Absie - Pierre de Bunt ; Giraud de Salle ; Louis VII le Jeune ; Aliénor d'Aquitaine

Quand vers 1095 l'ermite Pierre de Bunt arriva à l'Absie, il découvrit les débris écroulés d'une antique église. C'était une église paroissiale. Les anciens du pays lui affirmèrent qu'elle ne dépendait d'aucune des paroisses voisines. A sa grande joie, l'enquête à laquelle il se livra confirma leurs dires......

 

La maison du Plessis - Richelieu, l'une des plus nobles et des plus anciennes familles du Poitou. -

Des généalogistes complaisants, tels que André du Chesne et le père Anselme, et après eux Mézeray, la font remonter par les femmes à Louis le Gros, et par les hommes aux rois de Léon, de Castille et de Jérusalem .....

 

 

(1) AEmutabatur tamen quaeque gens christicolarum…… erat enim instar ac si mundus ipse excutiendo semet, rejecta vetustate, candidam ecclesiarum vestem indueret. Glabri Radulphi historiarum libri III, apud scriptores fer. franc., t. X, p. 29.

(2) Le bourg de Nieul remonte probablement à une époque très ancienne, car les mots qui se terminent en euil, désinence correspondant au mot Gilus qui signifie bois, décèlent ordinairement une origine Gauloise.

(3) BESLY, p. 375.

(4) BESLY, p. 375.

 (5) Idem, p. 375.

(6) Gallia Chrisliana, t. II, ad instrumenta, C. 38. BESLY, p. 373 des Comtes du Poitou.

(7) BESLY, p. 374 des Comtes du Poitou.

(8) Histoire du Monastère et des Évêques de Luçon, par LA FONTENELLE DE VAUDORÉ, t. ler, p. 30.

(9) Ibid.,t.1er, p.31

(10) HELYOT, t. II p. 18 de l'Histoire des ordres religieux.

(11) HELYOT, t. II p. 20 et 21.

(12) ÂLLEM, p. 204.

(13) La première des heures canonicales, celle qui suivait l'office de la nuit et se disait après Laude.

(14) Celle des 7 heures canonicales qui se chantait ou se récitait après sexte, c'est-à-dire vers trois heures après-midi.

(15) HÉLYOT, t. II, p. 66 et 67 de son Histoire des ordres religieux. ÂLLERY, Pouillé de l'évêché de Luçon, p. 204 et 205.

(16) Biblioth. Impériale, manuscrits, collection de BALUZE, t. XLVII, f. 304.

 (17) Gallia Christiana.

(18) Dom Fonteneau-volume XXV.

Archives des Deux-Sèvres.

(19) DoM FONTENEAU.– LEBER, appréciation de la fortune privée au moyen-âge.

(20).Gallia Christiana  C. 1383 et 1383.

(21) Par le mot. familiares on entendait ceux qui, sans être moines et convers, étaient considérés comme faisant partie de la famille des moines et participant par conséquent à tous les biens spirituels de la congrégation.

(22) Archives de M. Fillon

(23) Un étier est un chenal étroit dont la longueur peut atteindre plusieurs kilomètres et contenant de l'eau provenant de la mer.La plupart des étiers sont des canaux d'amenée servant à l'alimentation en eau de mer des marais salants, mais certains ont d'autres vocations

(24) A partir de 1833, les travaux exécutés par ces associations dans le bassin de la Sèvre ont produit d'excellents résultats. Ils sont si réels que le prix des terres s'est élevé de-beaucoup et pourtant leur valeur déjà si grande est appelée à augmenter encore, si surtout l'administration des travaux publics fait exécuter les ouvrages d'approfondissement et de curage depuis longtemps projetés dans le lit de la Sevré, de ce fleuve dont l'existence véritable ne date pour ainsi dire que-dès temps où les flots de l'Océan se sont retirés du golfe des Pictons. Cette date est très ancienne, bien plus ancienne qu'on ne l'avait cru jusqu'à ce jour, comme l'atteste la découverte de médailles faites récemment dans les marais du Mazeau, découverte dont M. Fillon a parlé d'une façon remarquable dans l'ouvrage que M. de Rochebrune et lui publient sur le Poitou et la Vendée.

(25) Gallia Christiana, t. II col 1256.

(26) Histoire de Parthenay, p. 143

(27) Archives de Poitiers.

(28) Gallia Christiana, in Greneterio.

(29) On nomme bot un large fossé dominé par un bossis ou bord élevé du côté du dessèchement. II est élongé par le contrebot, autre fossé dont les bords sont plus bas du coté de la partie sujette aux inondations. Ce double fossé est un double rempart qui, dans les grandes crues, garantit les marais.

(30) Chronique du Langon, p. 22 et 23.

(31) Saisines, possessions par héritage.

(32) Ordonnances des Rois de France.

(33)HELYOT t. II, p21..

(34) Ordonnances des Rois de France.

(35) DON FONTENEAU, t. VIII, p. 189;

(36) Rioteux, sujet à querelle et à se fâcher.

(37) Lettres royaux. On donnait le nom de lettres royaux à toutes les expéditions de la grande chancellerie.

(38) DON FONTENE&U, t. VIII, p. 189.

(39) Obvention, impôt ecclésiastique.

(40) Archives du département des Deux-Sèvres.

(41) BESLY, f. 375.

(42) BESLY, f. 375.

(43) Jour des Rameaux.

(44) Estraignable, du mot estrain, paille.

(45) C'est-à-dire déclarés avec plus de détail sur le registre ou papier censif.

(46) Archives de la Vienne.

(47) DE FREMINVILLE. Antiquités des Côtes-du-Nord, p.148 et 149.

 (48) Archives de la Vienne.

(49) Coutumes du Poitou.

(50) Dans cette cérémonie, le vassal prêtait serment au seigneur dont il tenait son fief. Il y avait deux sortes d'hommages l'hommage simple et l'hommage-lige. Le premier se faisait debout et la main sur l'Évangile. Quant à l'hommage-lige, le vassal, un genou en terre, tête nue, prêtait serment au seigneur qui tenait ses mains dans les siennes.

(51) Archives de la Vienne.

(52) Histoire des Evêques de Luçon, par LA FONTENELLE, t. p. 338.

 (53) Archives de la Vienne.

(54) Baron DE FOENESTE, t.IIp.119

(55) Ouche, jardin.

(56) Vérolier est un terme de coutume, droit de vérolie, article 99 de la Coutume du Poitou; c'est le droit de détroit en vertu duquel les seigneurs contraignaient leurs sujets de moudre à leurs moulins.

 

(57) Auxquels.

(58) Archives de la Vienne.

(59) Celle, Cella petit établissement religieux.

(60) Phelypeaux, qui dans cette pièce porte le prénom de Victor porte presque partout ailleurs celui de Michel.

(61) Archives de M. FILLON.

(62) Archives de la mairie de Niort.

(63) Archives de la Vienne.

(64) René de Marillac était conseiller du Roi, maître des requêtes ordinaires, commissaire départi pour l'exécution des ordres de Sa Majesté en la généralité de Poitiers.

Philippe Lepeultre écuyer, seigneur de Sautonne président des trésoreries de France, avait été commis par arrêt du conseil du 26 mars 1672, pour travailler aux ponts et chaussées de la généralité de Poitiers.

(65) Pièce communiquée par M. le maire de Nieul.

(66) Gallia Christiana.

(67) Clergé de France, par Du TEMPS, t. II, p. 537.

 

(68) Les ducs de Longueville, seigneurs de Vouvent et Mervent, descendaient du célèbre Dunois (Jean, comte d'Orléans et de Longueville).

Ce fut Charles VII qui donna à ce vaillant soldat les terres de la maison de Parthenay parmi elles se trouvait Mervent. Dunois, qui avait séjourné si longtemps en Poitou avec Charles VII, s'attacha d'autant plus aux possessions qu'il avait obtenues dans la province.

 Il dédaigna Parthenay Vouvant, patrie de Mélusine, ne lui convint pas non plus, et, à cause de la beauté du site, il se fixa à Mervent et en fit sa résidence habituelle pour le temps qu'il donnait à ses terres de l'ouest du royaume.

Le château de cette localité fut dès-lors réparé et embelli pour recevoir son possesseur. Ce qui attacha d'autant plus Dunois à Mervent, c'est qu'il y perdit Jeanne sa fille chérie, qui fut inhumée dans la modeste église de cette localité.

Le descendant mâle de Dunois jouit longues années de Mervent, baronnie jumelée avec celle de Vouvent.

 A l'extinction de cette noble lignée, arrivée le 26 février 1694, par la mort de l'abbé d'Orléans-Longueville, Mervent et les autres terres provenant originairement de la maison de Parthenay devinrent domaine, de la couronne par décret de conversion.

Revue anglo-française, t.I,p.225,226, 229.

(69) Ce dénombrement était rémunération de toutes les terres et droits que le vassal tenait de son seigneur.

 

 

 

 

En 1069, Ayraud surnommé Gassedener : « Ayraldus Gassedener cognomine », l'un des fidèles de Guillaume VIII d'Aquitaine, fonde l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise. Cette fondation est confirmée par le comte-duc en 1076 dans la maison d'Ayraud à Vouvant :

 « Acta est hujus modi ecclesiæ cartula apud Vulventum, in domo Ayraudi ». De nombreux ouvrages indiquent qu'Ayraud est seigneur de Vouvant à cette période. Cependant, un élément intéressant permet d'émettre un doute concernant l'identité du seigneur de Vouvant lors de la rédaction du document.

 En effet, la charte de 1076 est notamment signée par un seigneur appelé Bouchard de Vouvant dont le nom fait directement référence à la terre de Vouvant : « S[ignum] Burchardi de Vulvento »

 

 

Actes royaux du Poitou,

Vidimus des diplômes de Guillaume VII, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, de l'an 1076, et de Louis VII, roi de France, de 1141, portant confirmation de la fondation de l'abbaye de Saint-Vincent de Nieul et des donations qui lui avaient été faites.

 

Philippus, Dei gratia, Francorum rex. Notum facimus universis, tam presentibus quam futuris, nos infrascriptas vidisse litteras formam que sequitur continentes

In nomine sancte et individue Trinitatis. Omnibus sancte matris ecclesie alumpnis, tam presentibus quam futuris, ego Gaufridus1, gracia Dei, Acquitanorum dux, volo manifestum fieri quia omnia, que Ayraldus Gassedenier cognomine, pro redempcione anime sue aliorumque fidelium, ecclesie Sancti Vincenci, que ab ipso in villa, que Nyolium nuncupatur, fundata est, ad canonicorum Deo et sancto Vincencio inibi serviencium usus, donavit, videlicet quicquid de patrimonio suo apud Bennacum possidebat, tam in burgo quam in terris, et que ipsi canonici pro indissolubili gloria vite eterne, secundum Domini preceptum, supradicte ecclesie relinquerunt ; cuncta eciam que egomet ad presens dono, scilicet quantum ex meis silvis necesse fuerit tam ecclesie quam officinis, excepto expalto, vel ea que alii fideles de casamentis ad me pertinentibus dedere vel dederint, annuo et concedo ut firmiter et inconcusse canonici imperpetuum possideant. Si quis vero stimulacionetactus demonica et superbie telo percussus, au[t] flama succensus avaricie nequissima, suprascriptam institutionem, au[t] donaria que beatissimi martirisVincencii ecclesie, annuente me, data sunt, queque fidèles alii de casamentis ad me pertinentibus, pro suarum animarum redempcione, daturi sunt, infirmare voluerit et calumpniam quoquomodo intulerit, nullam licenciam habeat, quinymo perpetuo anathemati subjaceat. Acta est hujusmodi ecclesie cartula apud Vulventum, in domo Ayraudi prefati, dompno pappa Gregorio sancti Pétri possidente cathedram, Philippo regnante in Gallia, Gaufrido dominante in Acquitania, Ysemberto presidente in Pictavensi ecclesia, ministrante sibi Raynaldo, partibus istis archidiacono, anno Dominice Incarnacionis [p. 104] millesimo lxxvi.,indictione xiiii., ciclo pascali x., epacta xii., concurrentibus v. Presentibus istIs subscriptis ac sibi invicem pellem porrigentibus. S. Gaufridi, comitis. S. Aymerici, Toarcensum vicecomitis. S. Savarici, fratris ejus. S. Mauricii Girardi. S. Girardi, patris ejus, de Monte Acuto. S. Tetbaldi Caboz. S. Raymundi Caillie. S. Gosberti, francigene. S. Tebaldi Lunelli. S. Ayraldi Gassedener. S. Brucardi de Vulvento. S. Clerembaldi Juvenis. S. Aymerici Trouelli. S. Petri Magnardi. S. Amelli de Fontaneyo. S. Ugonis Mareventensis. S. Angonis, sacerdotis comitis. S. Mauricii Zacarie, Pusagensis. S. Radulphi, vicecomitis.

Item. In nomine sancte et individue Trinitatis. Ego Ludovicus, Dei gracia, rex Francorum et dux Acquitanorum, notum fieri volumus, tam futuris quam presentibus, quod omnia que Ayraldus Gassedener cognomine, pro redempcione anime sue aliorumque fidelium, ecclesie Sancti Vincencii, que ab ipso in villa, que Niolium nuncupatur, fundata est, ad canonicorum. Deo et sancto Vincencio inibi serviencium usus, donavit, videlicet quicquid de patrimonio suo apud Bennacum possidebat, tam in burgo quam in terris, et que ipsi canonici pro indissolubili gloria vite eterne, secundum Domini preceptum, supradicte ecclesie relinquerunt, cuncta eciam que comites Pictavenses, intuitu caritatis, eis contulerunt, scilicet quantum ex silvis que sunt in castellania Mareventi et in adjacentibus locis necesse fuerit, tam ecclesie quam eorum officinis, excepto expalto, vel ea que alii fideles de casamentis ad nos pertinentibus dedere vel dederint, assensu et peticione Alienordis regine, collateralis nostre, cujus mater 2 ibi sepulta requiescit, eterne retribucionis obtentu, annuimus et ut canonici perpetuo possideant concessimus ; ipsos quoque canonicos cum omnibus possessionibus suis, communicato [p. 105] regine consilio, in tutela et defensione nostra suscepimus. Quod ut ratum et inconcussum habeatur in posterum, scripto commendari et sigilli nostri auctoritate muniri, et nominis nostri caractere corroborari precepimus. Actum publice apud Niortum, anno incarnati Verbi m. c. xli. Astantibus in palacio nostro quorum nomina subtitulata sunt et signa. S. Radulphi, Viromandorum comitis, dapiferi nostri. S. Guillelmi, buticularii. S. Mathei, constabularii. S. Mathei, camerarii. (Lieu du monogramme.) Data per manum Cadurci, cancellarii 3.

Nos autem donaciones et omnia alia et singula, in suprascriptis contenta litteris, rata habentes et grata, ea volumus, laudamus, approbamus, et tenore presencium auctoritate nostra regia confirmamus. Nostro in aliis et alieno quolibet jure salvo. Quod ut firmum et stabile perpetuo perseveret, presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Actum Parisius, anno Domini millesimo ccc. tricesimo primo, mense decembris.

Per vos. J. Lagacii.

 

1 D'abord nommé Guy, puis Geoffroy et enfin Guillaume VII, comte de Poitou et de Gascogne, duc d'Aquitaine, il succéda à son frère Guillaume VI en l'an 1058, et mourut le 24 septembre 1086 au château de Chizé ; il fut inhumé dans l'église du Montierneuf de Poitiers. (Besly, Hist. des comtes de Poictou, in-fol., p. 96 et s.)

2 Eléonore de Châtellereault, femme de Guillaume IX, duc d'Aquitaine

3 Ces deux diplômes ont été publiés par Besly, Hist. des comtes de Poictou, in-fol. Preuves, p. 373, 374, et dans le Gallia christiana, t. II, Instrumenta, col. 385.

 

http://corpus.enc.sorbonne.fr/actesroyauxdupoitou/tome2/0239