La féodalité dans une petite seigneurie du Bas-Poitou le Péré, du XVe au XVIIIe siècle par le comte de GRIMOUARD

La féodalité dans une petite seigneurie du Bas-Poitou : le Péré, du XVe au XVIIIe siècle par le comte de GRIMOUARD

 

Ayant eu la bonne fortune de pouvoir regrouper et conserver mes archives familiales, je présente ici quelques réflexions sur les institutions du passé, qui me sont venues à l'esprit en relisant certaines pièces fondamentales de l'histoire de ma famille.

Il s'agit tout d'abord d'un curieux et rare exemple de sergenterie fieffée au XVe siècle.

Le 3 mars 1449, Clément Grimouard, écuyer, sr de la Tour de Sauvayré (1), avouait (2) tenir de noble homme Jacques Pascault, à cause de sa terre et seigneurie du Péré, près Coulonges-les-Royaux, à foy et hommage lige les choses qui s'ensuivent :

« C'est à savoir son lieu et habergement du Péré, ensemblement la préclosture d'icelui ».

Donc ce Clément Grimouard, qui était fils d'une Jeanne de Mazée, dame du Péré, et tenait de sa mère, d'après les plus anciennes traditions, ce lieu du Péré, terre herbergée, c'est-à-dire où il habitait, n'en était cependant pas le seigneur, c'était Jacques Pascault.

Clément Grimouard avait une précloture autour de son habitation, sorte de parc, composé d'ouche, pour faire paître son troupeau, de vergier, pour les fruits de sa table, et entrées, cours et jardins entourant la maison.

Ainsi à ce Péré, situé paroisse de Coulonges-les-Royaux, maintenant Coulonges-sur-l'Autize (Deux-Sèvres), qui, actuellement, forme une terre ronde appartenant à un seul propriétaire, il y avait un ensemble de maisons occupées par de petits tenanciers, en somme tout un village.

Le Censaire du Péré, dressé en 1583, qui se trouve dans mon chartrier, en dépôt aux archives de la Vienne, relate en 516 articles les divers manants et habitants du Péré, au nombre de 80 environ, avec leurs terres et leurs redevances dues à la recette du château tant à Noël qu'à la Saint-Jean et à la mi-Août.

Il énumère (3) 137 boisseaux de froment de rente mesure de Coulonges et 33 mesure du Péré, 59 boisseaux de baillarge, 33 de seigle et 75 ras d'avoine, plus 55 poules ou gélines, 10 chapons, 12 coqs blancs, 2 pains, un gâteau et 17 livres 18 sols en argent rendables er portables en la maison ou la gerberie du Péré.

Ce village du Péré comprenait plusieurs maisons importantes, quelques-unes étaient qualifiées hôtel dans les actes.

Les plus riches et anciens habitants ; Guy Bourdeau, Pierre Ayrault, Michel Sauzeau, Denis Guillot, ne devaient pas être de « pauvres laboureurs », mais se trouver placés sur l'échelle sociale dans une situation intermédiaire entre la petite noblesse et l'homme du peuple.

A côté d'eux, mais sur un rang inférieur, je trouve les Boucher, Bouquet, Garon, Gelot, Millet, Brouard, Dieumegard, Maynard et Chèsebœuf, dont les familles très nombreuses peuplaient la seigneurie.

On peut se faire une idée de la fortune de ces petits tenanciers d'après leurs déclarations conservées dans mes archives ; celle de Maudet Bouquet, laboureur à bœufs, rendue en 1575 à Geoffroy Grimouard, chevalier, sr du Péré, l'un des Cent gentilshommes de la maison du Roi, énumère deux maisons au village du Péré, l'une comme l'on va du village à la grange du terrage de Lué, un masureau, deux ouches, quatre jardins, un journau de pré et plus de quarante-deux boisselées de terre sujettes au sixte des fruits.

Ce patrimoine devait à la seigneurie du Péré 110 deniers de cens, six gélines et demie, deux quartaux et trois ras et demi d'avoine, cinq ras, six quartaux et une mesure de baillarge, un pain d'un denier six oboles, un demi-boisseau de froment.

Le bien d'Etienne Garon, déclaré en 1581, quoique moins important, contenait encore une maison à faîtage, sise au fief du Péré, une ouche, deux journaux de pré et .près de vingt et une boisselées de terre, payant annuellement à la recette du Péré, outre le sixte des fruits, 65 deniers de cens, cinq boisseaux et demi de baillarge, deux et demi d'avoine, demiras du même grain et deux poules.

En 1520 les Chèsebœuf rendaient leur déclaration au sénéchal du Péré, ils avaient deux maisons, une grange, un vergier, et seulement trois boisselées de terre et un quart de journau de pré, les terres étaient sujettes au sixte des fruits, les maisons et le pré devaient neuf poules et demie et 17 deniers de cens annuel.

Parfois ces familles avaient conservé leur patrimoine dans l'indivision : c'est ainsi que nous voyons citer Lucas Maynard et ses parsonniers ; ces parsonniers étaient les membres d'une association entre parents ; ainsi les paysans cherchaient à éviter l'émiettement en retardant le partage, éludaient les droits de mutation, et maintenaient l'esprit de famille par l'indivisibilité des tenures.

Malgré leurs efforts en ce sens, ce qui frappe dans ces déclarations c'est l'excessif morcellement, preuve de la fécondité des foyers et des partages multiples qu’avait provoqués l'attachement traditionnel des paysans à leur terre ; dans la déclaration de Garon, il doit les 2/3 de la poule due sur la maison et son frère l'autre tiers.

Les boisselées sont très divisées, c'est six sillons par- ci, onze par- là, la quatrième partie d'un journau de pré près la fontaine de Chauvin, plus la huitième partie d'une pièce assise en la rivière du Péré, plus loin encore la 8e partie d'un pré près Sousigné, au fief du Péré. Comme il était difficile de s'y retrouver, Philippe Grimouard fit déterminer les limites et confrontations nouvelles des terres, ce qui aboutit au censaire de 1583.

Ces tenanciers étaient devenus de véritables petits propriétaires, cultivant leur bien, grevé seulement d'une rente, souvent modeste, en avoine, baillarge ou géline due au seigneur du Péré. Quant aux redevances en deniers, elles devenaient au cours du temps de moins en moins lourdes par suite de la baisse de la valeur de l'argent.

A côté de ces tenanciers, Clément Grimouard en 1449 possédait aussi quelques terres au Péré, un fief de vigne en particulier (en ce temps-là, on avait sa vigne, pour boire son vin) appelé le Petit-fief, contenant en soi douze boisselées de terre ou environ, deux journaux de pré, trois autres journaux de pré, plus une pièce de terre de dix boisselées devant la Croix du Péré, quatre boisselées tenant à la terre d'Etienne Roy, cinq au terroir des Talles, deux autres au carrefour de la Pierre, d'autres aux gros Oulmes, deux autres comme l'on va de Basteviande à Ecorchart, d'autres encore aux Talles, au carrefour du Vignault, etc. en tout une cinquantaine de boisselées en petits champs assez morcelés, et si ces boisselées avaient en ce pays même contenance qu'aujourd'hui, 6 boisselées 2/3 à l'hectare, cela ne faisait pas huit hectares !

C'était là toute l'étendue du lieu du Péré que possédait réellement Clément Grimoüard. Comment avait-il donc là un si petit domaine, bien qu'ayant une situation nobiliaire qui indique un rang prépondérant dans la société ?

En droit romain, comme dans le droit moderne, la propriété foncière est la source première de la richesse. Les grands domaines sont nombreux, chaque terre à son propriétaire, avec jus utendi et abutendi.

Si cet état social ne se retrouve pas au Moyen âge, la cause en est à l'effroyable cataclysme du Ve siècle, la chute de l'empire romain. Ce fut alors le chaos, l'anarchie, la fin de la vie civilisée.

A la base du Moyen âge nous trouvons l'invasion 1, l'invasion qui bouleverse la société civile et politique, qui brûle les maisons, les meubles, les récoltes, massacre les habitants selon la fantaisie du vainqueur, anéantit le pouvoir central et détruit l'autorité de l'Etat.

Si un puissant Empire parvient à se reconstituer quelque temps avec Charlemagne, l'invasion barbare, avec ses destructions et ses ruines, reparaît au IXe siècle plus désolante que jamais par les incursions normandes ; des débris de la civilisation une nouvelle société va naître, qui résulte de la fusion des deux précédentes : la romaine et la barbare. Il n'y a pas d'argent dans ce monde nouveau, une seule richesse : la terre.

Mais celui qui la détient (ancien propriétaire s'il a survécu au désastre ou conquérant vainqueur) ne sait qu'en faire ; il n'a pas de numéraire pour payer des salariés. Il n'a plus pour cultiver la terre la ressource des sociétés païennes de l'antiquité : l'esclavage. La culture servile a fait son temps, le christianisme est passé par là, libérant l'homme de la servitude et prêchant la loi d'amour ; l'évolution intellectuelle et morale a tué le travail servile, et l'ouvrier libre, faute de salaire que le propriétaire lui puisse donner, n'est pas encore né.

Comment en sortir ? L'homme devait pourtant produire pour ne pas mourir de faim.

Déjà la société romaine en décadence, là où l'esclavage avait disparu, avait inventé la précaire : concession onéreuse d'un usufruit. Le fils du précariste appelé colon devint possesseur légitime de la terre à charge de se soumettre aux redevances convenues. Voilà comment dans ce que nous appelons la nuit du Moyen âge, du Ve au Xe siècle, les grands domaines ont fondu : le propriétaire primitif devient homme de guerre, il se substitue à l'Etat effondré qui n'est plus là pour la police; il est occupé à maintenir l'ordre sur sa terre, qu'il renonce à exploiter directement ; l'absence de salariés, l'affaiblissement des corvées amènent la diminution du domaine en réserve ; le seigneur cède le sol pour un temps illimité à un tenancier qui jouira désormais du bénéfice de l'hérédité, moyennant une redevance annuelle ou cens que le suzerain se réserve. Ainsi sur la même terre se superposent des droits de diverses natures et la notion de propriété qu'avaient les Romains, que nous avons retrouvée, devient absente.

La féodalité est un démembrement de la propriété. L'ancien propriétaire devenu un féodal reste politiquement le chef, mais économiquement il devient rentier du sol. Voilà comment je m’explique que le seigneur du Péré n'y avait pas de terre à faire cultiver, mais seulement des redevances à toucher, et que Clément Grimoüard, qui n'était pas même alors le seigneur, mais avait son habitation principale au Péré et y occupait le rang prépondérant de sergent représentant son seigneur, n'avait à lui en propre que très peu de terre. Ce qui s'est passé au point de vue social pour le démembrement de la propriété au Moyen âge s'est produit de même au point de vue politique pour la souveraineté.

 L'ancien Etat romain a été jeté bas ; la féodalité qui va naître dans les camps des barbares victorieux organise la conquête matérielle ; les rois barbares, ne pouvant rémunérer leurs officiers, leur délèguent l'usufruit d'un domaine, c'est le bénéfice. Ce bénéfice consolidé forme le fief ou la seigneurie. Les descendants des anciens fonctionnaires deviennent des chefs inamovibles et héréditaires.

Ainsi s'opère au point de vue politique le démembrement de la souveraineté. Chaque seigneur dans sa mouvance s'attribue les droits régaliens, lève des impôts, comme jadis l'Etat.

 Et cet usage se perpétue d'âge en âge, devient coutume, nous allons le voir au Péré, au XVe siècle, dans ce petit arrière-fief relevant de la seigneurerie de la Mothe de Nieuil qui, elle-même, dépendait de Vouvant dont le seigneur était un des grands vassaux du Comté de Poitou.

Il s'est établi alors une véritable hiérarchie des terres et seigneuries : le suzerain n'ayant que des redevances au sommet, et à la base le manant ou tenancier, qui possédait la terre et la cultivait à son compte, mais devait les redevances, en nature ou en argent, représentant tout à la fois une sorte de compensation pour la jouissance qui lui était abandonnée, et d'impôt dû à son seigneur, car ce dernier avait remplacé l'Etat du temps jadis, d'avant les grandes invasions.

Souvent ces seigneuries avaient une origine relativement récente : en 1449 ce Jacques Pascault était seigneur du Péré du chef de Perrette de Volvire, sa mère.

Or, l'illustre famille de Volvire possédait au XIVe siècle la seigneurie de Nieul et cette Perrette était sans doute la fille d'un de ces Volvire, ayant eu en dot la seigneurie du village du Péré, détachée de la seigneurie de Nieuil, à charge de l'hommage dû par son détenteur au seigneur de Nieuil.

Mais revenons à Clément Grimoüard et à son aveu de 1449, nous n'avons vu encore que l'hommage de sa maison et de ses terres si peu étendues.

Il avait encore d'autres droits plus importants au Péré, d'abord celui de terrager tous les blés croissants en la terragerie du Péré, et ce terrage était dû au sixte des fruits et « iceux appliqués à son seul et singulier profit, seul et pour le tout».

Ce droit de terrage, purement féodal, était un prélèvement sur les terres emblavées après toutefois la dîme perçue. Cela étendait les droits de Clément Grimoüard, ce qu'on appelle son domaine direct, bien au- delà des limites de son domaine utile, que nous trouvions mesquin tout à l'heure.

Mais il y a mieux : il avait en outre « l'office de sergenterie ou prévôt foyal (féodal) dudit lieu du Péré et le droit de faire office que sergent ou prévôt peut ou doit faire ou faire faire » ; l'aveu indique en quoi consistaient ces fonctions : mettre en ladite terre, pour et au nom de son seigneur, mesure à blé et à vin et en avoir le profit que sergent par ce peut ou doit avoir ; voilà un droit régalien que possédaient les seigneurs et qui pour nos esprits modernes rentre dans les attributions de l'Etat : fixer l'étalon des mesures des principaux produits du sol, le blé et le vin.

Ce n'est pas tout, Clément Grimoiiard touchait là encore ce que nous appelons maintenant les impôts indirects : les droits sur les vins : à la vente de chaque vaisseau, tonnel ou pippe ou rondelle, crû en la seigneurie du Péré, un denier, et pour tout autre vin que pourraient acheter les manants et habitants du Péré pour revendre, crû en un autre terroir, deux deniers.

Les choses dessus dites pouvaient valoir par chacun an cent sols de rente ou environ. La livre valait vingt sols, cela faisait cinq livres et si, selon les travaux de notre savant et regretté confrère Paul Raveau, la livre d'alors représentait environ 60 francs de notre monnnaie-or d'avantguerre, cela ferait 300 francs de cette monnaie et au moins 3.000 francs de la nôtre.

Ce pour quoi ledit Clément était tenu de rendre et payer à son seigneur par chacun an les cens, rentes et autres devoirs anciens dus et accoutumés être payés par raison des choses dessus dites, nonobstant qu'elles soient contenues et comprises dans son fief, qu'il avoue tenir de son seigneur à foi et hommage lige, comme dessus est dit, et au devoir annuel de demi-chair de bœuf appréciée et abonnée à 20 sols tournois, chaque année à Noël.

Cette redevance qui consistait pour le suzerain à se faire donner la chair d'un bœuf la veille de Noël était fréquente en ces temps reculés; les seigneurs de Luçon, ceux de Champdeniers avaient un droit analogue et si c'était le meilleur bœuf du marché, celui primé au concours (il y avait des concours de bœufs gras dès ce temps-là), ça s'appelait le roi bœuf  (5).

Cette redevance en viande, avec le progrès des temps, avait été échangée en redevance en argent, en sous.

La fortune de ce Grimoüard au Péré au XVe siècle nous semble une chose bien étrange : étant composée de sa maison et de ses terres, soit, mais surtout de droits sur les terres voisines dépendant de la seigneurie du Péré : le terrage et des droits régaliens, comme de fixer l'étalon des mesures et de prélever un impôt sur les ventes de vins, en outre des cens et rentes, dus par les vassaux, qu'il touchait et devait payer à son seigneur avec les 20 sols tournois faisant la redevance de sa sergenterie.

Ces usages féodaux, qui s'expliquaient au Moyen âge, IXe, Xe, XIe et XIIe siècles, étaient déjà surannés au XVe, car l'Etat s'était reformé lentement, mais tout de même sûrement, et prenait de la force : c'était la monarchie capétienne, qui battit en brèche pendant quatre ou cinq siècles la puissance publique de ces seigneurs, sans oser toutefois l'abolir absolument. Et plus le temps passe, plus l'anomalie de cette situation s'aggrave.

Les Grimoüard ne se contentent pas de cette position secondaire de sergent sur cette terre du Péré qu'ils habitent et où ils s'attachent. Quand on exerce à son profit le pouvoir du commandement sur une terre, on la convoite.

Le petit-fils de Clément, Jean Grimoüard, fit fortune à la cour des puissants seigneurs d'Oiron, comme maître de l'hôtel d'Hélène d'Hangest, femme d'Artus Gouffier, grand-maître de France, duc de Roannès, qui fut gouverneur de François Ier.

Nous savons que Jean Grimoüard occupa cette charge par l'inscription, conservée dans un dessin de Gaignières du XVIIe siècle, de sa pierre tumulaire qui se trouve encore dans l'église d'Oiron.

Hélène d'Hangest, femme distinguée et charmante, était d'un esprit supérieur ; elle eut grande part à la formation morale et artistique du brillant roi valois dans ce milieu savant et raffiné de la Renaissance qu'elle contribua à faire naître en France.

A ce début du XVIe siècle, avec la découverte de l'Amérique et l'afflux d'or qui en résulte, la société soudainement enrichie est sortie de la misère engendrée par les ruines des invasions barbares et des incursions normandes. L'argent à nouveau circule.

Jean Grimoüard est devenu assez riche et peut racheter, le 12 février 1521, pour 416 livres tournois la seigneurie du Péré à son seigneur Jean de Granges, écuyer, seigneur de la Gort, arrière-petit-fils du Jacques Pacault de l'aveu de 1449 (6).

Jean Grimoüard ne rachète du reste qu'une partie de la seigneurie. Il en est déjà coseigneur, sans doute du chef de sa grand'mère. Clément, probablement parce qu'il avait épousé une de Granges, avait vu sa sergenterie de 1449 se transformer en coseigneurie, comme en fait foi un aveu du 26 janvier 1460, conservé dans mes archives, où il est dit comme le dit Clément Grimoüard avoue tenir de son dit seigneur Mathurin de Granges, époux de Marie Pascault, fille de Jacques Pascault, la moitié par indivis de la terre et seigneurie dudit lieu du Péré. Cent ans après, en 1564, le 6 septembre, Geoffroy Grimoüard, fils de Jean, est devenu un important personnage de cour : il est valet de chambre du roi François Ier et un des cent gentilshommes de la Maison du Roi, charges qu'il tenait de ses rapports avec les Gouffier ; il rend désormais aveu de la seigneurie du Péré à son suzerain le seigneur de la Mothe de Nieuil.

Mais ce suzerain n'est plus un Volvive.

Ces féodaux combattaient pour leur compte dans les guerres et servaient à leurs frais leur seigneur.

Au XVIe siècle le Roi était devenu le suzerain de tous. Or la guerre coûte cher. Chaque guerrier au service du Roi s'armait toujours, s'équipait, armait ses gens à ses dépens et souvent ainsi se ruinait : il fallait vendre la seigneurie.

C'est ce qui arriva aux Volvire. Qui achetait ces biens que leurs détenteurs ne pouvaient plus conserver?

Au XVIe siècle ce furent les bourgeois enrichis ; mais au XVe et au XVIe il n'y en avait pas encore beaucoup à en avoir les moyens, les riches de l'époque étaient l'Eglise et les abbayes.

Dans les monastères bien administrés, entre les mains de gens sages, pacifiques, modérés dans leur luxe, l'abondance régnait ; ils achetaient les terres et seigneuries des nobles endettés, quand ceux-ci, pour la rémission de leurs péchés et assurer leur bonheur éternel, ne prenaient pas les devants, en distribuant aux moines une partie de leurs richesses.

Au début du XVIe siècle, François de Volvire, fait prisonnier à Pavie en 1525, vend sa seigneurie de la Mothe de Nieuil à l'abbaye de Nieuil, mais déjà en 1490 son père Jean de Volvire avait donné et légué (7) aux religieux certain droit de garenne, buissons et défends à connils (lapins) en la terre de Nieuil et renoncé à mettre au paturage un bœuf en la prairie des religieux depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à ce que l'herbe desdits prés soit mise dehors, et à mettre chaque jour de Pâques ses brebis en ladite prairie, pour en jouir lesdits abbés et religieux, après le décès de Regnault de Volvire, son oncle, auquel lesdits dons appartenaient.

Le nouveau suzerain ecclésiastique du Péré, l'abbé de Nieul, était fondateur de la cure de Coulonges et en nommait le prieur ; il choisit parmi ses vassaux, à deux reprises différentes, des Grimoüard pour occuper ce poste, l'un au XVIe, l'autre au début du XVIIe siècle ; tous deux semblent avoir été de bons prêtres : le premier rédigea les remontrances du clergé poitevin à l'occasion des troubles des huguenots en 1560 et y trace un tableau pathétique de la crise religieuse d'alors, que j'ai déjà analysé en 1921 ; du second la piété semble certaine ; ce temps de Louis XIII était une époque de renaissance religieuse, il tenait les registres des baptêmes, mariages, décès de la paroisse, et y signait par humilité : indigne prieur de Coulonges.

Mais si les abbés de Nieul purent procurer à des cadets des Grimoüard des places dans le clergé, ils ne furent pas pour les seigneurs du Péré un levier bien puissant pour se pousser dans le monde.

Dans cette société hiérarchisée, chaque seigneur s'appuyait sur son suzerain. Quelle protection escompter de ces gens d'Eglise ?

Les Gouffier, grands seigneurs, auxquels étaient attachés les Grimoüard, étaient de bien meilleurs patrons.

 Les Grimoüard étaient leurs vassaux à Villefort, terre située sur les marches d'Anjou et de Poitou, qui relevait du comté de Maulevrier.

Mais Villefort fut abandonné pour le Péré, et n'était plus habité depuis qu'il avait été ruiné en 1591 par trois capitaines ligueurs Gaillachère, Perchelongue et Pécaudière, qui prirent la place d'assaut et y mirent tout au pillage pendant les guerres de religion (8).

Villefort fut même vendu au XVIIe siècle, le 3 novembre 1647.

 Le dernier de ces Gouffier, duc de Roannès, prénommé Artus, comme le grand maître du temps de François Ier, avait pourtant en 1655 présidé à une transaction, passée à Oiron, pour terminer un procès, jouant ainsi son rôle d'arbitre et de haut justicier, entre Geoffroy Grimoüard, sr du Péré, et Bernard Sauvestre, Sr de Clisson et de la Chapelle-St-Laurent, au sujet de la nomination du chapelain du célèbre pèlerinage de Notre-Dame de Pitié.

Voilà encore un autre empiètement des temps féodaux !

Pourquoi les seigneurs laïques, parce qu'un de leurs ancêtres avait contribué à fonder la place, prétendaient-ils nommer à une fonction ecclésiastique ?

Quoiqu'il en soit, le duc de Roannès était devenu un ardent janséniste.

Converti par Pascal et convaincu, à tort ou à raison, de ne pouvoir faire son salut en restant dans le monde, il résilia toutes ses charges, notamment celle de gouverneur et de lieutenant général pour le Roi en Haut et Bas Poitou, vendit à son beau-frère La Feuillade son duché de Roannès et son chateau d'Oiron en 1667, embrassa l'état ecclésiastique et mourut dans la retraite à Saint-Just, près Méry-sur-Seine, en 1698.

Ce fut peut-être chose heureuse pour les Grimoüard de perdre pareil protecteur, qui les eût maintenus dans la Maison du Roi.

Déchus de ce patronage au XVIIe siècle, ils sont plus terriens que jamais et évitent les entraînements fastueux de la Cour.

Ils restent au Péré et alors que tant de nobles se ruinent aux armées et à Paris dans la magnificence des fêtes royales, eux, de plus en plus attachés au sol natal, ils administrent leurs terres avec une rigueur juridique et font rentrer les droits nombreux des vieilles chartes.

Le village du Péré, trop près du château, gênait ; en raison du morcellement excessif, les paysans n'y pouvaient plus vivre.

Dès le XVIe siècle, les Grimoüard avaient commencé à le racheter par bribes et morceaux.

Ils font de nombreux échanges avec leurs vassaux pour arrondir leur domaine.

En 1539, le 22 décembre, ce sont des jardins et masureaux, qui appartenaient à Maudet Bouquet et à Catherine Gelotte sa femme, tenant aux murailles et préclôtures de l'hôtel noble dudit lieu du Péré, au verger Pierre Bouquet et au jardin de Lucas Maynard et de ses parsonniers, que Geoffroy Grimoüard a pris et renfermé entièrement de murailles ; peu après, pour cent sous tournois, Maynard et Gilbert lui vendent les 3/4 d'un jardin tenant à la préclôture dudit écuyer.

Il rachète aussi les rentes qui grevaient les boisselées réunies à son domaine et s'accorde avec les seigneurs voisins pour affranchir leurs terres des redevances gênantes : le 12 décembre 1540, Geoffroy d'Estissac, évêque de Maillezais et seigneur de Coulonges, cède à Geoffroy Grimoüard, écuyer, sr du Péré, valet de chambre ordinaire du Roi, une rente de trois setiers de froment, trois sols d'obole et deux ras d'avoine dus à cause du fief du Lué.

Ce fiet relevait du Péré, aussi il est dit que si en l'avenir le seigneur de Cou longes acquérait autres droits et portions de ladite seigneurie de Lué, il sera quitte des ventes et honneurs envers ledit Grimoüard en regard des choses assises audit fief du Péré.

En plus Grimoüard abandonne audit seigneur de Coulonges le droit de fief et juridiction, seigneurie utile et directe de tout ce que celui-ci a acheté de Colas Bazin au fief du Péré au dedans de l'étang dudit Coulonges et le long de la bonde venant au champ dudit Bazin, ensemble des betz et rebetz du moulin de Sousigné de la seigneurie de Coulonges, en sorte que lesdites présentes soient censées être autrement du fief, terre et châtellenie de Coulonges.

En 1545, nouvel échange avec Maudet Bouquet, laboureur, demeurant au Péré : Grimoüard cède à Bouquet une boisselée : au carrefour de la Pierre, fief du Péré, en une grande pièce appartenant audit seigneur de laquelle ledit Bouquet prendra seize sillons, les plus proches d'une boisselée à lui appartenant, et y tenant ; il paiera sur ladite terre le sixte des fruits et deux deniers de cens ou rente noble portable à la recette du dit écuyer au lieu du Péré ; en retour Bouquet cède un jardin, sis au village du Péré, à prendre dès l'arête du mur dudit écuyer, tirant droit à un grand noyer étant au jardin Bouquet, lequel noyer demeurera franc audit Bouquet, le dit jardin tenant d'une part et des deux bouts au domaine dudit écuyer.

Je pourrais multiplier les exemples d'opérations de ce genre ; mes archives contiennent plus de 17 actes du même ordre par le même personnage.

Ses descendants continuèrent à racheter la terre et ainsi je constate au Péré le phénomène général observé par Paul Raveau dans le Haut Poitou, à la suite de ses multiples recherches dans les études de notaires : la transformation de la propriété par la vente des terres paysannes et la création de la métairie, comme mode d'exploitation avec bail à temps limité, substituée à la tenure roturière ancienne, de moindre étendue et de durée illimitée.

Les paysans si nombreux au XIVe et XVe siècle, sur cette terre pourtant fertile, sont désormais découragés : la culture ne rend plus, tant par suite du morcellement excessif que des moyens de travail insuffisants ; ils gagnent plus d'argent ailleurs et s'en vont ; le domaine seigneurial désagrégé par le démembrement féodal se reconstitue.

Un des modes les plus curieux de ce retour de la terre aux mains du seigneur, et des plus symptomatiques de l'époque, est le retrait féodal.

En juin 1546 trois boisselées ont été vendues au fief de Chauvin relevant du Péré ; le suzerain l'abbé de Nieul fait transfert des trois boisselées à Geoffroy Grimoüard, qui les reprend par puissance de fief ; elles sont licitées à la somme de neuf livres tournois que Grimoüard paie à l'acquéreur en 1550.

Il fait une opération du même genre en 1556. Son père, en 1527, en 1531, avait déjà opéré des reprises par puissance de fief ; elles se renouvellent d'âge en âge ; nous en retrouvons en 1606.

Un retrait semblable était fait encore en 1747, au milieu du XVIIIe siècle, par M. du Péré sur Pierre Corbier, chirurgien demeurant à Saint Hilaire, qui vient d'acheter de Jean Bichon deux boisselées au terroir appelé le moulin Garon, au fief du Péré : il fait cette option moyennant 95 livres. Ce ne devait pas être bien agréable à Pierre Corbier de ne pouvoir garder les boisselées sur lesquelles il avait jeté son dévolu, mais c'était la loi ancienne qui durait toujours et devant laquelle il dut s'incliner.

 Encore en 1778, un retrait féodal s'opérait de même à Chauvin. Les seigneurs, eux, cherchaient à dégager leurs terres des charges gênantes.

Le 10 novembre 1770 M. du Péré entrait en arrangement avec son voisin le comte de Champagne, sr de la Roussière, au sujet de terres et maisons du village du Péré rachetées par les Grimoüard, et qui devaient rendre à la recette de la Roussière, paroisse de Beugné, toute proche de Coulonges, cinquante boisseaux de froment, sept d'avoine, un chapon, une géline, huit sols et onze deniers de cens et devoirs.

Les terres étaient sujettes au sixte des fruits pour droit de terrage selon déclaration des tenanciers, entre autres celle rendue en 1610 par Jehan Grimoüard, acquéreur desdits domaines.

C'était au XVIIIe siècle une enclave dans la prairie du Péré et les appartenances de la métairie, nouvellement constituée, le long du chemin qui conduit à la fontaine du Péré.

 Pour obliger son voisin et ami le sr du Péré, le comte de Champagne, de sa libre et franche volonté, déclare supprimer, éteindre et amortir les devoirs en question et affranchir des droits de terrage ce que M. du Péré possède roturièrement de terres et de maisons tant au village du Péré qu'à la maison de la Cour de Coulonges, relevant de la Roussière, qui restera sujet seulement à l'avenir à trois deniers de cens noble pour tout devoir annuel, portant fief et juridiction, rendable à la recette de la Roussière ; pour l'amortissement de ces redevances et pour onze années d'arrérages arriérés, dus depuis 1760, M. du Péré paie au comte de Champagne la somme de 619 livres 6 sols 6 deniers.

On voit là les difficultés qu'on éprouvait dans l'ancienne France pour acquérir la terre et la libérer des diverses redevances et charges qui la grevaient, legs du passé féodal.

Tous les suzerains n'avaient pas l'esprit aussi ouvert, aussi compréhensif que le comte de Champagne. M. du Péré eut en 1769 une querelle, vraiment absurde, avec son suzerain, qui n'était plus l'abbé de Nieul.

L'abbaye avait été supprimée en 1721 par bulle du pape et lettres patentes du roi et c'était le chapitre de l'Eglise cathédrale de la Rochelle qui avait hérité de ses biens ; il confiait l'administration de ses domaines à un fermier.

Celui-ci réclamait la féodalité de deux boisselées de terre près le Péré, appartenant à Marie Nouzille, veuve de Jean Nigot.

Les vénérables chanoines se disaient seigneurs du fief comme seigneurs de la Mothe de Nieul, leur fermier y avait perçu le terrage. Ces deux boisselées contiguës à une autre, relevant incontestablement de la Mothe de Nieuil, formaient désormais avec cette dernière une seule pièce et le fermier du chapitre prétendait percevoir le terrage sur l'ensemble, soutenant que Nigot enlevait le blé de ses boisselées sans le faire terrager.

Nigot répondait qu'il avait toujours payé ce qu'il devait à Nieuil, mais déniait le devoir sur les deux boisselées, attendu qu'elles étaient du fief Liard, que M. du Péré avait acheté en 1754 et auquel il payait les devoirs. Jadis le chapitre ne demandait le terrage que sur la boisselée qui n'était pas contestée, mais depuis, augmentant sa demande, avec une ambition trop ordinaire aux gens d'Eglise (on voit dans cette phrase l'esprit anticlérical du XVIIIe siècle qui se manifeste), il veut que sa mouvance s'étende sur les deux autres boisselées.

Le combat de fief est dès lors introduit sur le dos du pauvre Nigot, bien mal en point, qui ne sait plus à quel seigneur se vouer ; mais le suppliant, en l'espèce M. du Péré, fait la preuve que la directe des deux boisselées lui appartient, soutenant que la prétention du chapitre est souverainement injuste et déclarant qu'il est vraiment fâcheux de conclure contre un corps si bien composé. « Si encore il ne lui en coûtait que de l'argent, lisons-nous dans une pièce de la procédure, transeat, on sait que le chapitre en regorge ! »

Le procureur de Jacques-Geoffroy Grimoüard avait de l'esprit, mais un esprit bien voltairien ! « Venant aux faits et les faisant si bien paraître qu'il ne restera aux chanoines que la cuisante et cruelle satisfaction d'avoir défendu sciemment la plus mauvaise contestation en dépit des notions les plus communes de la jurisprudence », le suppliant produit à l'appui de son dire ses pièces au nombre de quatre-vingts qu'il énumère et couvre pour cette pauvre histoire près de cent pages de papier, écrites, il est vrai, en assez gros caractères ! Voilà à quel point de ridicule en était venue la basoche en ce dix-huitième siècle finissant ! Cela sent bien une féodalité expirante.

A cette époque, le seigneur, qui n'est plus homme de guerre, n'a plus à assurer l'ordre en son domaine, ce dont le pouvoir royal fait son affaire, il se consacre à l'administration de ses terres, tandis que ses frères cadets et ses fils servent toujours dans les armées du roi et versent leur sang sur les champs de bataille.

Il fait exploiter son domaine en vertu de baux à durée limitée cette fois, qui ne permettront plus aucun dessaisissement ; il crée des métairies, y met des cheptels et, ne laissant en souffrance aucune redevance, il poursuit les retardataires et saisit les récalcitrants. Il sait garder son bien et le mettre en valeur, donnant l'exemple de toutes les vertus sans lesquelles il n'y a rien de stable.

Au pouvoir de la propriété, la noblesse du siècle ajoute celui de la jurisprudence ; les droits féodaux, dont la rentrée se faisait jadis assez paternellement et souvent avec négligence et retard, administrés désormais par des hommes de loi, retrouvent un excellent rendement.

Mais il en résulte que le peuple est trop pressé : les impôts royaux s'accroissent de jour en jour et s'ajoutent aux redevances seigneuriales anciennes si gênantes, parfois peu élevées, il est vrai, par rapport au rendement nouveau de la terre, mais souvent vexatoires et d'application complexe.

Cela nous amène à la crise de la Révolution où ces droits féodaux vont disparaître. M. du Péré ne pouvait le croire : en 1791, il percevait toujours le 6e des fruits croissant sur 280 boisselées au tènement de Beauvais pour terrage et dîme.

En vertu du décret de l'Assemblée Nationale portant suppression des dîmes, les propriétaires et colons de ces domaines ne voulaient plus payer que le douzième pour le terrage et prétendaient profiter de l'autre douzième. M. du Péré n'hésite pas, il écrit aux administrateurs du district de Niort qu'il a l'honneur, j'allais dire la naïveté, de leur représenter que comme propriétaire de la terre du Péré, il ne peut douter qu'il ne sera dû une indemnité fixée à dire d'expert, à l'effet de quoi il nomme le sieur Jean Nigot, propriétaire à Cougou, sans doute fils de celui que son père avait si bien soutenu contre les chanoines, pour défendre ses droits et produit à l'appui le dénombrement de la terre du Péré, rendu à son suzerain, le 9 juillet 1755, dans lequel l'auteur du représentant portait le droit de dîme.

Je trouve au dossier des cens dus à la recette du Péré un des derniers comptes, établi le 9 novembre 1790 ; premièrement de Jean Micou, deux mesures de froment au fief de Cougoulet, de Jean Poltau, le charpentier, 7 mesures de baillarge, 3 de froment, 2 d'avoine sur la vigne neuve et le champ de Launai, plus le 1/4 d'un chapon (comment pouvait-on payer le quart d'un chapon ?) ; encore de M. Renaud, deux mesures d'avoine, une poule et le 14 d'un chapon ; plus de Louis Poltau. une mesure de baillarge, trois de froment, deux d'avoine sur la Vigne neuve et sur le champ de Launai, le 1/4 d'un chapon et la moitié d'une géline., etc. .etc.

Quelle complication ce devait être de recouvrer sur un si grand nombre d'individus tant de petites choses, comme le 1/4 d'un chapon, un demi-boisseau de baillarge ou le sixième des fruits d'un champ de blé avant la rentrée des gerbes !

La Révolution de 1789 eût été pour tous bienfaisante si elle avait pu, comme l'espérait M. du Péré, prescrire et faire opérer le rachat de ces modestes et multiples rentes, au lieu de violer par leur confiscation le droit de propriété qu'elle voulait rétablir, en libérant justement la terre de l'enchevêtrement des rapports féodaux et en dégageant le sol de ces charges surannées qui entravaient son essor économique.

Mais, chose curieuse, constatons, pour conclure, que ces temps féodaux, désormais révolus comme antidémocratiques, étaient justement l'époque où le paysan détenait la terre qu'il fut amené à céder en beaucoup d'endroits pour faire place à la grande propriété, ou du moins à la moyenne, à mesure que s'accentuait la décadence du régime féodal.

Cette réaction seigneuriale contre le démembrement du droit de propriété au moyen âge, qu'enregistre M. Marc Bloch dans son savant ouvrage sur les Caractères originaux de l'histoire rurale française, nous la trouvons bien nettement s'effectuer au Péré du XVIe au XVIIIe siècle alors que l'Etat renaissant, de plus en plus fort, reprend son ancienne puissance à la tête de la société où l'avaient supplanté les seigneurs féodaux.

Société des antiquaires de l'Ouest

 

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789 (4)

Payré sur Vendée  L'arbre de la liberte


C'est le symbole de la victoire de la Révolution sur l'Ancien Régime. Les premiers arbres de la liberté sont plantés dès 1790.

Un décret de la Convention du 22 janvier 1794 (3 pluviôse an II) en ordonna même la plantation dans toutes les communes. L'arbre était alors orné de rubans, cocardes tricolores, parfois coiffé d'un bonnet phrygien, au cours d'une fête patriotique qui s’achevait par des danses et un banquet.

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789 (5)


 Ce symbole était si fort que presque tous ces arbres furent abattus par les contre-révolutionnaires. 

 

À Payré sur Vendée, c'est un platane (5,50 m de circonférence), déjà étêté en 1973.

Les arbres de la liberté de la Révolution de 1789 (1)

Loi du 24 nivôse an VI (13 janvier 1798)

Le Conseil des Cinq-cents, considérant que le respect des signes de la liberté est lié au respect de la liberté même,

Qu'il est de l'honneur du patriotisme français de réparer avec éclat les outrages commis par la malveillance envers les objets de la vénération publique, et que le retour prochain d'une époque mémorable peut contribuer utilement à fixer le caractère d'une solennité dont on doit attendre les effets les plus salutaires,

Déclare qu'il y a urgence. Le Conseil, après avoir déclaré l'urgence, prend la résolution suivante :

ARTICLE PREMIER :

Tous les arbres de la liberté qui ont été abattus, ou qui ont péri naturellement, seront remplacés, s'ils ne l'ont déjà été aux frais des communes.

ARTICLE 2 :

La plantation des arbres de remplacement se fera le 2 pluviôse prochain (21 janvier, vieux style), dans les communes où la présente loi serait promulguée, et le décadi suivant dans les autres.

ARTICLE 3 :

A l’avenir, toute commune dans l'arrondissement de laquelle un arbre de liberté aura été abattu, ou aura péri naturellement, sera tenue de le remplacer dans la décade, sauf à renouveler cette plantation, s'il y a lieu, par un arbre vivace, dans saison convenable, aux termes de la loi du 3 pluviôse an 2.

ARTICLE 4 :

Tout individu qui sera convaincu, d'avoir mutilé, abattu, ou tenté d'abattre ou de mutiler un arbre de la liberté, sera puni de quatre années de détention.

Guillotinés et fusillés pour avoir abattu un arbre de la liberté !

 

Guillotinés et fusillés pour avoir abattu un arbre de la liberté !

 
Pierre Brossat est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire. Son crime est d’avoir jeté bas un arbre de la liberté le 7 décembre 1793 à Bitche.

 

Dans le bourg de Foussais-Payré, l’arbre de la Liberté planté pendant la période de la Révolution a traversé les siècles. Aujourd’hui il devient un « arbre remarquable » labellisé par l’association ARBRES , même s’il était déjà répertorié par les amateurs d’arbres ( ici ) .

 

 

De Grimoüard, Nicolas-Henri-René, l'un des plus glorieux marins du XVIIIe siècle, naquit le 25 janvier 1743, à Fontenay-le-Comte <==

Histoire de Nieul-sur-l'Autize et de l’abbaye royale Saint Vincent dans le Bas Poitou <==

Coulonges les Royaux - L’ évêque de Maillezais Geoffroy Madaillan d'Estissac protecteur de François Rabelais. <==

MAILLEZAIS PENDANT LA RÉVOLUTION  <==

 

 


1. Fief relevant de Vouvant, dans le bourg de Saint Hilaire-sur l'Autize, actuellement Saint-Hilaire-des-Loges, Vendée.

2 Cet aveu retrouvé par hasard dans un grenier par M. Léo Desaivre, à la Gaconnière, commune d'Ardin, est actuellement aux archives des Deux-Sèvres sous la cote E 274. J'en ai une copie vidimée collectionnée par M. l'archiviste Dupont en 1898.

(3). On peut observer que ces redevances sont composées exclusivement de céréales et de volailles, on peut donc en conclure qu'au XVIe siècle les produits du sol étaient tels et comportaient peu d'élevage, pas de plantes textiles ni de cultures oléagineuses.

(4). La Société féodale, par J. Calmette.

(5). Léo Desaivre, Bulletin de la Société de statistique des Deux-Sèvres, année 1886, page 286.

(6). Arch. Vienne, G. 962.

(7). Histoire de l'abbaye de Nieul sur-l'Autize. par Ch. Arnauld. page 181 (Mémoires de la Société de Statistique des Deux-Sèvres.)

 

(8). Certificat du sieur de la Ferrière commandant pour le service du roi au château de Vezins du 4 août 1591 rapporté dans la maintenue de Barentin de 1667.