La chute de l’indépendance de l’état Poitevin-Aquitain et le conflit entre CAPÉTIENS ET PLANTAGENETS pour la possession du POITOU (1137-1242)

La chute de l’indépendance de l’état Poitevin-Aquitain et le conflit entre CAPÉTIENS ET PLANTAGENETS pour la possession du POITOU (1137-1242).

L'Etat féodal poitevin, parvenu à l'apogée de sa gloire, commença en effet presque aussitôt à décliner lorsque s'éteignit la lignée mâle des comtesducs, à la mort de Guilhem VIII (1137). Dès lors, ballottés entre deux puissances nouvelles, celles des Plantagenets et des Capétiens, l'Aquitaine et le Poitou sont appelés à perdre leur indépendance et deviennent les enjeux d'un conflit séculaire. Ils sont destinés à être absorbés par des groupements plus homogènes et mieux constitués. Le Poitou, placé en quelque sorte à l'avant-garde du duché aquitain, du côté des deux grands Etats anglo-normand-angevin et capétien, subit les contre-coups les plus directs de leur rivalité. Pour lui s'ouvre une longue crise, à l'issue de laquelle, après avoir plusieurs fois changé de maîtres, il va être définitivement absorbé par la nationalité victorieuse.

Peu étendu, mais cohérent, homogène et fort, l'Etat capétien, réorganisé par Louis le Gros, semble d'abord le plus capable de recueillir l'héritage poitevin et aquitain.

 Les rois de France au XIIe siècle ont le prestige moral que leur donne leur titre de suzerain et la force que leur confère leur étroite alliance avec l'Eglise. Les deux politiques habiles et prévoyants qui dirigent la monarchie capétienne, Louis VI et Suger, ont saisi l'occasion que leur offrait l'affaiblissement de la puissance des comtes-ducs, au temps de Guilhem VIII, pour resserrer fortement le lien féodal jusque-là relâché et pour préparer le mariage de l'héritière de l'Aquitaine, Aliénor de Poitiers, avec l'héritier du royaume de France, Louis le Jeune.

Le mariage est conclu aussitôt après la mort du duc, peu de temps avant celle de Louis VI lui-même, si bien que le nouveau roi se trouve ceindre à la fois la couronne des rois capétiens et celle des ducs aquitains. Il double l'étendue de son Etat et en porte d'un seul coup les limites jusqu'aux Pyrénées. Dans la pensée des deux hommes qui avaient ménagé ce coup de théâtre, cet événement devait préparer l'assimilation progressive du Poitou et de ses dépendances avec le royaume capétien, avec la France.

Mais dès l'origine un malentendu pesa sur ce point entre les Aquitains et les Poitevins d'un côté, et les Français de l'autre.

Les Capétiens songeaient à une unification politique progressive, à laquelle la turbulente féodalité poitevine et aquitanique était loin de se résoudre. Cette discordance de vues était l'indice des difficultés qu'allaient rencontrer les princes français du XVe siècle et qu'ils étaient alors encore peu capables de surmonter.

Louis le Gros et ses conseillers avaient cru que l'union matrimoniale préparerait une annexion effective, à l'aide de l'établissement d'un système gouvernemental ou administratif commun. Au contraire, les grands seigneurs, les évêques et même le peuple poitevin, se refusaient à voir en Louis VII un autre personnage que le prince-époux de la duchesse d'Aquitaine, simple protecteur et administrateur provisoire d'un pays résolu à conserver son autonomie quasi intégrale. Telle était aussi à coup sûr la pensée de la fille de Guilhem VIII, devenue reine de France.

Le désaccord n'apparut pas aussitôt; Aliénor n'avait que quinze ans au moment de son mariage. Mais bientôt il surgit et grandit rapidement.

Aliénor ne tarda pas à montrer la liberté d'allures d'une princesse de grande race et l'esprit d'indépendance capricieuse d'une souveraine, héritière d'un des premiers Etats de la chrétienté.

 

 (Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, l'un des plus anciens monuments chrétiens d'Europe (Prosper Mérimée - P. de la Croix)

 

Fort belle et fort coquette, sensuelle, d'humeur légère et mobile, infiniment spirituelle, parfois caustique et mordante, d'une intelligence vive et subtile, d'une verve endiablée, elle formait un contraste complet avec le Capétien, son mari. Elle aimait le mouvement, les plaisirs, les dehors du pouvoir même, en une cour où les reines n'avaient longtemps joué qu'un rôle effacé. Elle avait l'orgueil et même la hauteur de son rang; elle ne pouvait manquer de revendiquer ses prérogatives.

Elevée dans un milieu d'esprit libre, elle n'avait pas la conception ascétique de vie qui inspirait Louis VII. Sans cesser d'être docile aux lois de l'Eglise, elle savait garder avec les clercs une allure dénuée de servilisme. Au lieu d'être dominée par le roi, ce fut elle qui le domina. Son mari, qui avait montré à ses débuts des velléités d'autoritarisme et d'activité, ne sut pas cependant résister à Aliénor, pour laquelle il éprouvait un amour passionné.

Il fit revivre, pour lui plaire, les prétentions des ducs d'Aquitaine sur le comté de Toulouse, en organisant une expédition contre ce dernier en 1141. Il obligea divers vassaux du duché, les vicomtes de Limoges, le comte d'Angoulême, les seigneurs de Rochefort et de Mauléon, à s'incliner devant son intervention.

On le vit même, sous l'influence de sa femme, tenir tête à l'Eglise, revendiquer les droits ducaux sur la confirmation des élections épiscopales, notamment à Poitiers, et soutenir sa belle-sœur, mariée au comte de Vermandois, contre le comte de Champagne, protégé de saint Bernard.

Jaloux de l'autorité comtale, il réprima énergiquement une tentative des habitants de Poitiers, qui non seulement avait pour objet la formation d'une république communale, mais encore l'organisation d'une ligue entre les autres cités et bourgs du Poitou (1137).

Mais bientôt, il retombait sous le joug du clergé ; il subissait l'ascendant de saint Bernard ( 1144) et prenait la physionomie de moine couronné, sous laquelle l'histoire se le représente d'ordinaire. Scrupuleux, timoré, revenu aux pratiques d'une dévotion méticuleuse, aux distractions d'un sacristain ou d'un enfant de chœur, il orna des autels, se plut à réciter l'office divin, à faire oraison, à chanter au lutrin. Il se mit à jeûner tous les samedis au pain et à l'eau.

Il exagéra la candeur, la sobriété, l'abstinence; cette « simplicité de colombe », pour emprunter le langage des chroniqueurs monastiques, lui valut le mépris d'Aliénor. Celle-ci aimait à railler et à rire; le roi était devenu scrupuleux et morose. Sa cour manquait d'animation et de gaieté.

 Il eût pu dominer la fille des Guilhem par l'énergie, l'audace, l'autorité. Il perdit tout ascendant sur elle par sa faiblesse, sa pusillanimité, sa soumission de piètre amoureux, transi et jaloux. Il voulut l'amener avec lui à la seconde croisade. La présence de la reine, avec un nombreux cortège féminin, ne fit qu'entraver la discipline.

A Antioche, Aliénor retrouvait une ville de luxe et de plaisir, où régnait son oncle paternel, Raimond de Poitiers, un bel homme, d'allure élégante, brave et spirituel, éloquent et affable, souple et avisé. Il se servit de sa nièce, plus jeune que lui de vingt-cinq ans, pour seconder ses ambitions personnelles. Il l'entraîna dans un tourbillon de fêtes et de plaisirs, où leur intimité fit scandale. De là des scènes de violence dans le ménage royal, où Aliénor s'emporta jusqu'à taxer son mari de couardise. Il est possible même qu'elle n'ait point, en ce milieu d'Orientaux de mœurs faciles, ménagé scrupuleusement l'honneur de Louis VII. « J'ai voulu épouser un roi et non un moine », allait-elle répétant.

Au retour, les deux époux prirent passage sur deux navires différents; ils se laissèrent un moment réconcilier par le Pape Eugène III. Mais bientôt, le divorce, retardé par les conseils du sage Suger, devint inévitable.

Il fut prononcé, pour cause de parenté, au concile de Beaugency, de l'avis même de saint Bernard, le 21 mars 1152.

Aussi bien l'Aquitaine n'obéissait-elle plus au roi capétien, dont les prévôts étaient l'objet des bravades des féodaux.

Le Poitou en particulier, rançonné par deux favoris de Louis VII, un homme d'Eglise, l'ex-chancelier Cadurc, et un homme d'épée, Geoffroi de Rancon, était prêt à se soulever, quand ce premier essai malencontreux d'union se rompit de lui-même.

L'État anglo-normand-angevin essaya alors de reprendre la tâche dont l'Etat capétien n'avait pu venir à bout.

 Cette fois, l'Aquitaine et le Poitou faillirent trouver leur maître. Aliénor avait déjà jeté les yeux sur un nouvel époux, Henri II Plantagenet, comte d'Anjou et de Maine, possesseur du Loudunais et d'une partie de la Touraine.

Henri II était l'héritier de cette ambitieuse maison angevine, dont la fortune n'avait fait que croître depuis deux siècles et qui venait de la consommer par l'annexion du duché de Normandie, en attendant de joindre à ses Etats le royaume d'Angleterre.

 (La vie d’Aliénor d’Aquitaine – Mariage avec le futur roi Henri II d'Angleterre le 18 mai 1152 Cathédrale de Poitiers)

Le mariage de l'héritière des comtes-ducs et du chef de la dynastie angevine était à la fois fondé sur l'amour et sur l'ambition. Aliénor trouvait dans cette alliance l'appui d'un homme bien plus puissant que Louis VII.

Le maître des deux rives de la Manche et des bords de la Loire avait autrement de forces que le Capétien, indécis et mou, qui venait de laisser échapper maladroitement l'héritage aquitanique par dépit d'amoureux déçu.

La duchesse d'Aquitaine était d'ailleurs arrivée à l'âge de la maturité féminine.

Elle avait 30 ans, et la mâle beauté du prince angevin, plus jeune qu'elle de douze années, paraît ne pas l'avoir laissée insensible. Rien d'étonnant si, suivant l'expression d'un contemporain, elle préféra « cette jeunesse vigoureuse à la sénilité précoce » d'un Louis VII.

Le nouveau duc d'Aquitaine n'était d'ailleurs pas un bellâtre.

 De taille moyenne, il avait une chevelure rousse et touffue, un nez retroussé, des yeux grisâtres, des jambes torses, un ventre proéminent, des mains calleuses, une mise peu soignée. Mais sa carrure d'épaules, son masque de lion, son encolure de taureau, son solide poignet d'athlète, lui donnaient cette allure expressive et énergique qui fait la vraie séduction masculine.

Excellent cavalier, chasseur infatigable, rompu à tous les exercices du corps, s'il avait les dehors d'un baron féodal, il dépassait tous ses contemporains par la portée de son intelligence et par l'étendue de son génie politique. Fort généreux, mais peu dévot, peu prodigue à l'égard des gens d'église, lettré, savant, protecteur des poètes, connaissant plusieurs langues, beau parleur, spirituel et même caustique, il était fait pour séduire Aliénor par ces affinités de caractère.

Mais il y avait surtout en lui le premier homme d'Etat du siècle. Chef d'armée prompt dans ses décisions, clairvoyant et plein d'énergie, diplomate rusé, opiniâtre, peu scrupuleux, administrateur d'une activité sans égale, d'esprit net et pénétrant, il unissait en lui tous les talents.

De même que dans son royaume d'Angleterre il fit le premier essai d'une monarchie despotique, de même il s'efforça en France de réaliser l'unité de l'État composite auquel il venait de joindre l'Aquitaine, en imposant au Poitou et aux autres provinces, dont se composait l'héritage d'Aliénor, les institutions de l'absolutisme anglo-normand.

Peu respectueux des traditions du passé, entouré de légistes férus du droit romain, il n'hésita pas à fouler aux pieds l'autonomie des Aquitains et tenta de soumettre à une sorte d'ordre monarchique la féodalité turbulente de l'Ouest.

Il trouva d'abord en Aliénor une auxiliaire de ses plans. La reine vécut, femme et mère heureuse, tantôt au- delà de la Loire, tantôt, le plus souvent, en son cher pays aquitain, entourée d'une cour brillante de dames, de chevaliers et de poètes.

Elle donna à son époux huit enfants qui furent célèbres par la beauté, l'intelligence et l'esprit, mais auxquels elle légua aussi son humeur capricieuse et sa légèreté. L'une de ses filles, Mathilde, femme du duc de Saxe, Henri le Lion, devait être la mère de l'Empereur Othon de Brunswick. La cadette, qui fut reine de Castille, a été la grand'mère de Saint Louis, et la troisième porta la couronne de Sicile, tandis que les quatre fils qui survécurent, Henri le Jeune, Richard, Geoffroi et Jean, furent les princes les plus brillants de la fin du XIIe siècle.

Pendant vingt années, une collaboration étroite exista entre Henri II et Aliénor. Celle-ci avait abandonné en fait à son mari le gouvernement de l'Etat aquitain. Aussi, jamais le pouvoir ducal ne fut-il aussi fort qu'aux mains autoritaires et énergiques du Plantagenet.

Il marqua l'administration du Poitou de sa rude empreinte, obligea son rival Louis VII à renoncer au titre de duc d'Aquitaine (1154), prit pour lui-même ce titre, ainsi que la dignité comtale, les partageant l'un et l'autre avec Aliénor. Il choisit ses agents administratifs supérieurs parmi des hommes de haute naissance qui lui étaient absolument dévoués, tels que le comte de Salisbury.

Il recruta une armée permanente de mercenaires, Gascons, Brabançons, gens de toute nationalité.

Ces routiers et ces cottereaux, moitié brigands, moitié soldats, montrèrent du moins une valeur militaire supérieure à celle des troupes féodales. Il enrôla d'ailleurs aussi volontiers les féodaux que séduisait l'appât d'une solde ou du pillage.

En laissant à ses sujets le droit de se dispenser, moyennant finances, du service militaire, il se créa un énorme trésor de guerre. Il put ainsi grouper pour ses campagnes de Poitou jusqu'à 20.000 soldats qui le suivirent fidèlement. Il occupa fortement les places du pays. Il mit la main sur les principaux manoirs. Il concentra ses moyens d'action militaire dans deux places d'armes :

Poitiers, dont il refit l'enceinte, en lui donnant plus d'étendue, en la munissant d'un ensemble formidable d'ouvrages, de manière à s'assurer le seuil du Poitou, route naturelle de l'Aquitaine, et Niort, dont il construisit le fameux donjon, afin de pouvoir dominer la route de la Sèvre, et maîtriser les chemins de la Gâtine au nord, de l'Aunis au sud-ouest.

Il fit sentir à tous son despotisme bienfaisant, puisqu'il avait pour objet le maintien absolu de l'ordre public. S'il prit volontiers des clercs comme fonctionnaires, il exigea de l'Eglise d'Aquitaine l'exemple de la plus stricte obéissance, installa ses créatures, des membres du clergé de Poitiers, sur les sièges épiscopaux de Périgueux et de Limoges, et disposa souvent à son gré des dignités ecclésiastiques de tout ordre.

Conservateur de l'ordre établi, s'il admettait pour les bourgeois des villes l'octroi de libertés civiles, il rappela durement au respect de la hiérarchie féodale ceux qui, par exemple à Limoges et à la Souterraine, tentèrent de s'émanciper de la sujétion politique de leurs suzerains.

 

 

Mais il porta surtout les plus rudes coups à la turbulente féodalité de ses Etats aquitains. A son frère Geoffroi, révolté contre lui, il enlève les fortes places de Loudun et de Mirebeau.

 

 

Par la même occasion, il s'empare de la vicomté de Thouars, dont le détenteur avait secouru Geoffroi (1156), et il se trouve par- là maître des clefs de la frontière du Poitou, ainsi que de la route de l'Anjou.

Puis, il fait raser les fortifications de Limoges, et il va poursuivre en Gascogne sa besogne de justicier. Pendant douze années, la féodalité poitevine, matée, quoique frémissante de colère, n'osa se hasarder à la révolte.

En 1168, elle finit par se soulever.

Les chefs de la rébellion étaient le vicomte de Thouars, le sire de Lusignan, l'abbé de Charroux, les comtes de la Marche et d'Angoulême, qui comptaient sur l'appui du roi de France.

Le comte de Salisbury fut tué dans une embuscade sur la route de Poitiers, et son neveu, le célèbre Guillaume, comte de Pembroke, surnommé le Maréchal, fait prisonnier par Gui de Lusignan. Aliénor qui les accompagnait n'eut que le temps de se jeter dans le château de Poitiers.

Mais Henri II n'eut qu'à paraître pour faire capituler Lusignan, soumettre la Marche, l'Angoumois et le Limousin (1168-69). Tout pliait devant lui.

Il faisait reconnaître dans l'Aquitaine entière l'autorité ducale. Il s'arrangeait pour continuer à y gouverner sous le nom de son fils Richard, auquel il conférait le comté de Poitou et le duché lui-même (1169), du consentement d'Aliénor, mais en gardant pour lui la réalité du pouvoir.

 Il obligeait le comte de Toulouse à venir reconnaître à Montferrand la suzeraineté du nouveau duc (1173, janvier). Jamais la monarchie anglo-angevine ne sembla avoir été plus près d'atteindre l'unification tant désirée.

Le Poitou parut sur le point d'être absorbé dans le grand Etat en formation, qui, entouré d'alliés en Italie, sur les Alpes, en Allemagne, en Espagne, menaçait d'étouffer son rival, l'Etat capétien.

La dissolution de cet Empire fut presque aussi rapide que l'avait été sa formation.

Le Poitou, qui en était l'une des principales parties, entre depuis 1173 dans une période de troubles presque ininterrompus, dont le résultat est l'affaiblissement, puis la chute de l'Etat anglo-angevin dans le nord de l'Aquitaine.

Vingt et une années suffirent pour amener ce résultat. Henri Il se trouvait aux prises avec des forces de désagrégation, contre lesquelles son génie finit par se briser. La féodalité poitevine vaincue, mais non domptée, aspirait à l'indépendance.

Les membres eux-mêmes de la famille royale refusaient de se plier à la conception unitaire. D'autre part la domination des Plantagenets se faisait détester par l'arbitraire administratif de ses agents.

 L'un de ceux-ci, le sénéchal de Richard en Poitou, Raoul de Faye, ancêtre des ducs de Norfolk, oncle maternel d'Aliénor, laissa la renommée d'un véritable tyran, aussi avide que violent.

La fiscalité des Plantagenets, aussi âpre que le fut plus tard celle de Philippe le Bel, contribuait à propager la haine de la domination anglo-angevine dans les classes populaires. Quant à l'Eglise, elle ne subissait le joug qu'à contre-cœur, et le conflit d'Henri II avec Thomas Becket aliénait au prince les clercs d'Aquitaine.

Ce grand roi déchaîna d'ailleurs l'orage par sa propre faute. Il gâtait ses qualités par la brutalité, par les emportements d'une colère sans frein, par les scandales de sa vie privée.

A trente-neuf ans, au moment où Aliénor atteignait la cinquantième année, il se laissa emporter par sa fougue sensuelle jusqu'aux pires excès, ne respectant ni l'enfance, ni les liens du sang, ni l'honneur des siens. Il osa étaler aux yeux de la fière duchesse d'Aquitaine le scandale de liaisons adultères.

De plus, il prétendait traiter ses fils en lieutenants dociles, sans volonté et sans indépendance, tandis qu'Aliénor voulait faire prévaloir les droits de ses enfants à l'exercice d'un pouvoir autonome.

De là, des scènes affreuses dans le ménage royal. Le mari brutal serait allé, dit la légende, jusqu'à exercer sur la reine des sévices outrageants.

Aliénor aurait, dit-on, songé à un second divorce. En tout cas, avec la complicité de Raoul de Faye, elle poussa ses trois premiers fils, Henri le Jeune, Richard et Geoffroi à nouer cette fameuse ligue de 1173 qui fut le premier coup porté à l'édifice patiemment élevé par le génie du Plantagenet.

Les trois enfants s'enfuirent de la cour de leur père et un vaste complot s'organisa, où entra le roi de France, Louis VII, qui reprochait à son rival d'avoir mis à mort les seigneurs poitevins faits prisonniers cinq ans auparavant.

Avec le Capétien, se liguèrent le comte d'Angoulême, les seigneurs de Taillebourg, de Rochefort, de Mauléon, de Lezay, et surtout Gui et Geoffroi de Lusignan, les plus ardents des conjurés du Poitou.

Tous les ennemis d'Henri II des deux côtés de la Manche avaient pris les armes.

En deux ans, il en triompha, grâce à sa décision, à la force de ses troupes et au défaut de concert de ses adversaires. Il se saisit d'Aliénor, au moment où sous un déguisement masculin, elle s'apprêtait à quitter sa cour, et pendant douze ans, il la plaça sous bonne garde au de- là de la Manche dans une demi- captivité.

Vainqueur en Ecosse, en Angleterre, en Normandie, en Bretagne, il parait enfin en Poitou (été de 1174). Il s'y saisit d'une foule de châteaux, et s'empare du quartier-général des rebelles, Saintes.

Puis, il négocie avec Louis VII la paix de Montlouis (sept. 1174), où son triomphe est complet. Il s'y montra généreux, plus par politique que par sentiment. Il pardonna à ses fils, en s'arrangeant de manière à garder le plus clair des bénéfices de la victoire.

Richard recouvra sans doute son duché d'Aquitaine et son comté de Poitou. Mais son père ne lui laissait que deux châteaux forts. Il lui abandonnait la moitié des revenus comtaux.

Mais il se réservait en retour la haute main sur l'administration, et il mettait des garnisons, avec des capitaines sûrs, dans les places fortes. Il fit mieux.

Il amena Richard, jeune encore, passionné pour la guerre, à lui servir de lieutenant, de docile exécuteur de ses volontés à l'encontre des féodaux. Il lui confia le commandement de ses troupes, après avoir reçu d'elles le serment de fidélité, et il les employa à occuper ou à détruire les forteresses de ses adversaires.

La tyrannie des Plantagenets s'appesantit plus lourde que jamais sur la féodalité poitevine.

Le sénéchal Raoul de Faye, qui avait suivi Richard dans la révolte, se signala par ses excès d'autorité, tandis que le comte de Poitou lui-même montrait dans l'exercice du gouvernement autant de rudesse que son père.

Il poursuivit avec une vigueur impitoyable la destruction des châteaux féodaux, lâchant ses soldats sur la petite noblesse, enlevant les femmes et les filles des « hommes libres », pour assouvir, disait-on, sur elles sa luxure et celle de ses compagnons.

Le désespoir souleva encore une fois la féodalité d'Aquitaine contre cet exécuteur violent des desseins des Plantagenets.

Pendant six années, c'est une lutte presque continuelle, où la révolte renaît à chaque instant de ses cendres. Mais les féodaux, incapables d'un plan concerté, abandonnés par la masse des populations qui les détestent, sont partout vaincus. Richard fond sur ses adversaires, les presse sans relâche et établit sa réputation de brillant général, de « cœur de lion », par une série de combats heureux sur la Vienne, la Charente, la Dordogne. En une campagne, il prend Limoges, Angoulême, Périgueux.

  Il détruit les châteaux de Pons et de Taillebourg. Il expédie à son père le comte d'Angoulême, les vicomtes de Limoges, de Turenne et de Ventadour, les sires de Chabannais et de Matha qu'il a faits prisonniers.

Le plan d'invasion du Poitou formé par la féodalité rebelle a piteusement échoué. La révolte n'a abouti qu'à la consolidation momentanée de la monarchie anglo-angevine.

Henri II et son fils, le comte de Poitou, ont même acquis en 1177 le comté de la Manche. Ils occupent plusieurs années l'Angoumois et le Périgord, et Richard peut disposer de la seigneurie de Cognac en faveur d'un de ses bâtards, Philippe.

L'Aquitaine paraît domptée par les rudes mains du père et du fils.

Tant d'efforts devaient cependant rester infructueux. Les fils de Henri II lui-même, brillants chevaliers, dénués d'esprit politique, passionnés, prodigues, insouciants, jaloux et intraitables, semblèrent prendre à tâche de ruiner successivement son œuvre dans le duché aquitain.

L'aîné, Henri le Jeune, caractère faible et vaniteux, aidé de son frère Geoffroi de Bretagne, se laisse séduire par l'idée de devenir le chef de la féodalité poitevine et aquitanique. Il vient disputer à Richard la possession de l'Aquitaine.

Un grand poète, Bertran de Born, dans des strophes enflammées sonnait la charge contre le roi et contre le comte de Poitiers. Ce nouveau Tyrtée animait de son ardeur la nouvelle ligue féodale, où étaient entrés la plupart des barons poitevins, notamment les seigneurs de Lusignan, de Givrai, de Mauléon et de Thouars, outrés du brutal despotisme de Richard.

 La coalition échoua encore, et son chef Henri le Jeune mourut subitement au cours de sa folle équipée (1183).

Mais, à ce moment, entre en scène un nouvel et redevable adversaire des Plantagenets.

Le Capétien Philippe-Auguste va mettre à profit la turbulence de la féodalité aquitanique et poitevine, ainsi que les divisions des princes angevins, pour saper la domination de ces derniers dans l'Ouest, afin de lui substituer elle de l'Etat français.

 Plus diplomate que général, il est surtout habile à souffler la discorde parmi « les fils du diable ».

Geoffroi et Richard, qui se vantaient de ce nom, ne tardaient pas en effet à se brouiller avec leur père, contre lequel ils intriguaient. Henri crut faire un coup de maître en enlevant le duché aquitain à Richard. Il voulut le donner à son dernier fils Jean, qu'il jugeait plus docile.

Le prince spolié se réfugia en Poitou et déclara qu'il défendrait ses droits sur son apanage les armes à la main (1183).

Le père, usant alors d'un subterfuge de Normand, mit de son côté la légalité féodale en rendant à Aliénor les droits et les honneurs de reine et de duchesse, afin de s'en servir comme d'un instrument contre les ambitions de Richard.

Celui-ci dut s'incliner ; il céda à sa mère le Poitou et l'Aquitaine (1185).

Mais il prit sa revanche, lorsque son père, menacé par une coalition de Philippe-Auguste et de Geoffroi, fut obligé d'avoir recours aux talents militaires du prince disgracié. Il recouvra le duché et le comté à la fois, mais n'oublia pas dans son orgueil blessé l'affront qui lui avait été fait.

La trahison guette dès lors de plus en plus les dernières années du grand roi Plantagenet, dont l'âge a miné le tempérament de fer, amoindri l'esprit de décision et ralenti l'activité. Son propre fils Richard signe avec Philippe-Auguste la trêve de Châteauroux, conspire secrètement avec l'ennemi mortel des Angevins et agit en Aquitaine comme un souverain indépendant.

 Il fait sentir le poids de son autorité aux barons du Poitou, de Saintonge et d'Angoumois, de nouveau révoltés contre lui. Il va humilier l'adversaire traditionnel des ducs aquitains, le comte de Toulouse, jusqu'aux portes de sa capitale.

 

 Bravé par ses fils, abandonné même par son bien-aimé Jean, Henri II meurt désespéré à Chinon, le 26 juillet 1189, dans la solitude et l'abandon.

L'œuvre d'assimilation politique qu'il avait entreprise en Poitou, restait à jamais compromise, bien que son fils l'ait un moment maintenue.

Richard, que les poètes appelaient le comte de Poitou, était plus Poitevin et plus Aquitain que Normand et qu'Anglais.

 Il n'en a pas moins hérité des plans de son père, et il s'efforce dans les dix années de son règne de reprendre pour son compte, après avoir tant contribué depuis 1184 à le ruiner, le système d'unification des Etats des Plantagenets.

 Le brillant fils d'Aliénor, spirituel, lettré, éloquent comme les Guilhem, l'idole et l'ami des troubadours, dont il partage les jeux poétiques, l'objet de l'admiration des chevaliers à cause de sa bravoure héroïque, fut mieux qu'un soldat batailleur.

Il avait les talents d'un véritable chef d'armée.

 Supérieur sur ce point à son père et surtout à Philippe-Auguste, il montra une réelle entente de la tactique, des manœuvres et des marches rapides. Ses campagnes décèlent en lui une décision et une sûreté de coup d'œil peu ordinaires.

Il avait de plus, sous des dehors généreux, la hardiesse, l'énergie, voire même la froide cruauté d'un politique, capable de mener de front l'intrigue diplomatique et la guerre, de concevoir un programme politique et d'en poursuivre l'exécution avec persévérance. Il releva ainsi passagèrement la fortune de sa maison.

Pour la seconde fois, l'Etat anglo-angevin se trouva en mesure de réaliser ses desseins antérieurs et d'arrêter l'Etat capétien son rival sur le chemin de la fortune.

A peine couronné, Richard s'appuie en Aquitaine, comme l'avait fait son père avant 1170, sur les hommes d'Eglise, dont il peuple son conseil.

 

 Il appelle sa mère Aliénor à la régence pendant la troisième Croisade, et il se sert du prestige de la vieille reine pour affermir son pouvoir. Il se crée un parti parmi les féodaux ; il a pour compagnons d'armes les Lusignan, auparavant ses adversaires, et un héros de roman, André de Chauvigny, auquel il donne la main de l'héritière de la seigneurie de Châteauroux.

Souvent, on le voit résider dans sa ville favorite, Poitiers, au cours de ses rapides chevauchées.

 A l'aide de ses mercenaires, que conduisent les féroces Mercadier et Algais, il écrase trois révoltes de la féodalité poitevine, dirigées par les vicomtes de Brosse et de Limoges, par le comte d'Angoulême et par le sire de Taillebourg (1192, 1194, 1199).

Pour l'aider dans l'administration du Poitou, il confie pendant deux années le comté à son neveu, Othon de Brunswick. Il fait éprouver à Philippe-Auguste, l'allié de ses vassaux rebelles, défaite sur défaite, et il promène de la Basse-Seine à la Charente ses armes victorieuses.

Une dernière révolte des barons de l'Ouest lui coûte cependant la vie. Il est blessé mortellement à la fleur de l'âge au siège de Chalus en Limousin (26 mars 1199).

Ce fut pour l'Etat capétien un coup de fortune inespéré.

Philippe-Auguste allait en quelques années rattacher le Poitou et le nord de l'Aquitaine à son royaume, grâce non seulement à son génie tenace, à sa diplomatie active et habile, mais encore et surtout grâce aux fautes de son rival, Jean Sans Terre.

La mort de Richard déchaînait une crise, dont le nouveau Plantagenet, aidé de sa mère Aliénor, qui montrait, quoique octogénaire, une activité surprenante, vint d'abord à bout aisément.

Jean avait en effet l'intelligence, l'esprit, l'aptitude aux affaires des membres de sa famille. Au premier moment, il fit preuve de véritables qualités politiques.

 La bourgeoisie aquitanique hésitait.

  De concert avec Aliénor, il rattache à sa cause Poitiers, Niort, la Rochelle, Saintes, St-Jean-d' Angély, Oléron, Cognac par une série de concessions de privilèges.

 

Il gagne une partie des féodaux, tels que les seigneurs de Mauléon, de Mauzé, de Surgères, de Chauvigni, par des avantages considérables, et la puissante maison de Lusignan par la cession du comté de la Marche (1199-1200).

Il accorde le comté d'Eu à un autre Lusignan, frère du nouveau comte. Il fait la paix avec le comte d'Angoulême et avec le vicomte de Limoges, en leur restituant leurs possessions. Philippe-Auguste doit ajourner ses desseins secrets et conclure un accord avec le dernier fils d'Aliénor.

Celui-ci prend les titres de comte de Poitou et de duc d'Aquitaine.

 Il oblige le roi de France à abandonner la cause de son concurrent, Arthur de Bretagne, que les Poitevins du nord, avec le vicomte de Thouars, avaient soutenu vigoureusement (mai 1200).

Mais bientôt les vices du roi Jean se révélaient sans détours.

Sa nature vindicative, sanguinaire, dépravée, cupide, sa déloyauté, sa cruauté, sa lâcheté et sa mollesse éclatèrent à tous les yeux.

Il perdit en peu d'années tout le bénéfice de la politique énergique et avisée de son avènement.

Il s'aliéna la grande famille poitevine des Lusignan par une série d'injures. Au chef de cette maison, Hugues IX, il enlevait le comté de la Marche pour se l'approprier.

 

Au fils de ce grand vassal, Hugues X de Lusignan, il prit sa fiancée Isabelle d'Angoulême (août 1200), au mépris du droit féodal, et il se hâta d'occuper l'Angoumois à la mort de son beau-père, Aimar (1202).

A un autre Lusignan, il enleva le château de Moncontour. Au frère de Hugues IX, Raoul d'Exoudun, il confisqua Neuchâtel-en-Brai.

La féodalité poitevine menacée brutalement se leva presque en totalité contre le tyran.

Les Lusignan, Hugues, Raoul, Geoffroi, les Mauléon, les Thouars, les Chauvigny, les Châtellerault, les Brosse, s'unirent.

 Ils portèrent leur cause devant la cour du suzerain du comte de Poitou, c'est-à-dire devant l'ennemi naturel de ce dernier, le roi de France. Philippe-Auguste s'empressa d'accueillir leur requête.

Jean ayant refusé de comparaître et de livrer à son neveu Arthur le Poitou, que ce dernier revendiquait (mars-avril 1202), la cour du roi prononça au détriment du Plantagenet la confiscation de tous les fiefs détenus par celui-ci.

Arthur, devenu le gendre du Capétien, devait être investi de l'Aquitaine, du Poitou et de l'Anjou.

Il envahit aussitôt ces provinces, tandis que Philippe entrait en Normandie. L'attaque fut soudaine.

Jean n'avait rien préparé pour la prévenir.

Son sénéchal de Poitou dut recourir encore à Aliénor qui, sortant de sa retraite de Fontevrault, se jeta à la hâte, avec une poignée de fidèles, dans la place forte de Mirebeau, pour y barrer la route à son petit-fils et à l'armée des féodaux poitevins.

 Ceux-ci enlevèrent sans peine la forteresse, mais Aliénor se réfugia dans le donjon. Jean, prévenu par elle à temps, gagnait par ses promesses les nobles angevins. Il accourait à marches forcées du Mans en Poitou. Il surprit les conjurés qui se gardaient mal, et après une âpre mêlée, les écrasa sous le nombre (1er août 1202).

Grâce à cette brillante victoire, il avait pris, comme en un coup de filet, presque tous les membres de la haute féodalité poitevine révoltée et son propre neveu Arthur. Il assassina probablement ce dernier à Rouen (1203).

 

 Il fit torturer ses captifs poitevins ou leur extorqua d'énormes rançons. Il ne relâcha les Lusignan qu'en se faisant livrer leurs châteaux. Il se réconcilia enfin avec le vicomte de Thouars par l'entremise du sire de Parthenay et il crut ainsi en avoir fini avec la rébellion.

Il se trompait. Sa perfidie et son atroce conduite lui firent perdre le bénéfice de la victoire.

Les Angevins, auxquels il devait le succès de Mirebeau, ne lui pardonnèrent pas le meurtre d'Arthur, dont ils auraient voulu faire leur souverain autonome. Les barons poitevins s'empressèrent de trahir l'homme qui les avait spoliés ou maltraités.

Dès la fin de 1203, le puissant vicomte de Thouars, auquel Philippe-Auguste promit la charge de sénéchal de Poitou, livrait au roi de France l'accès de la province. Les Lusignan se tournèrent vers l'alliance française.

 Le 31 mars 1204 enfin, Jean perdait sa mère Aliénor, son meilleur appui.

L'héritière de la dynastie aquitanique s'éteignit à Fontevrault, où elle fut ensevelie avec les rois de sa famille. Elle ne vit pas la fin de l'indépendance de son Etat.

 Quatre mois après sa mort, Philippe-Auguste, qui venait de conquérir la Normandie, l'Anjou, le Maine et la Touraine en quelques semaines, se présentait aux portes du Poitou.

Sa diplomatie fit plus que les armes pour lui assurer la rapide conquête de ce vaste comté. A peu près tous les barons, sauf Savari de Mauléon, abandonnèrent la cause de l'assassin d'Arthur.

Le sire de Parthenay lui-même, jusque-là attaché au parti de Jean, se rallia au roi de France. Le vicomte de Thouars lui ouvrit les portes de Loudun. Le comte de Périgueux s'empressa de prêter hommage.

Jean ne parvint à garder que le comté d'Angoulême et la seigneurie de Cognac.

La puissante abbaye de Saint-Maixent se prononçait pour le roi de France.

Les bourgeois de Poitiers livraient la puissante enceinte de leur ville le 10 août 1204, gagnés par les privilèges que Philippe leur concéda.

Niort, la Rochelle, Saint-Jean-d'Angély suivaient cet exemple.

 En 1205, le sénéchal anglonormand du Poitou était fait prisonnier avec les dernières troupes du Plantagenet, qui perdait aussi les derniers boulevards de sa puissance au nord de la province, Loches et Chinon.

Il était toutefois plus facile de conquérir le Poitou que de le garder.

Jusqu'en 1242, la conquête française resta précaire. La féodalité poitevine, en secouant le joug du Plantagenet, n'entendait pas subir celui du Capétien.

Elle aspirait à les opposer l'un à l'autre, de manière à se rendre en fait indépendante et à se faire payer chèrement ses changements de parti.

Ainsi, pendant longtemps se prolongea cette comédie, qui valut aux barons poitevins un renom d'instabilité, de perfidie et de cupidité assez mérité.

Le rôle des livres sterling et des livres tournois fut souvent plus décisif auprès d'eux que celui des armes. D'autre part, la bourgeoisie du Bas-Poitou, qui s'enrichissait par le commerce avec l'Aquitaine du sud et avec l'Angleterre, préférait la domination anglo-angevine à la domination capétienne.

De là, une lutte souvent vive entre les deux partis français et anglais, dont l'influence se contrebalançait dans la province, au point que pendant trente-huit ans la victoire resta indécise entre l'un et l'autre.

A peine en effet Philippe-Auguste a-t-il conquis le Poitou que Jean y retrouve de nombreux partisans.

Il met à leur tête, avec le titre de sénéchal, un vaillant baron, le troubadour Savari de Mauléon, qui reprend Niort par surprise aux Français en 1205.

Il ramène dans son alliance les membres des puissantes maisons de Thouars et de Parthenay.

Philippe n'a que le temps de mettre en défense Poitiers, Loudun et Mirebeau (1206).

 Jean débarque à la Rochelle, occupe le Bas-Poitou, s'avance même au- delà de la Loire, repousse l'attaque de l'armée française devant Thouars, accepte, il est vrai, une trêve avec son rival (octobre 1206), mais reste en possession de la moitié du territoire poitevin.

 

 

 

Il la perd en grande partie l'année suivante, lorsque les Français, prenant à leur tour l'offensive, ravagent le Thouarçais, prennent Parthenay, occupent Fontenay, défont en bataille rangée les seigneurs de Mauléon et de Thouars (1205-1208).

Néanmoins, les fidèles de Jean restés maîtres du sud du Poitou avec Niort préparent une revanche.

Elle leur est offerte par la grande coalition de 1214.

Tandis que les alliés du roi d'Angleterre tentent au nord l'invasion qui aboutit à la bataille de Bouvines, au sud Jean en personne vient agir en Aquitaine.

Il débarque à la Rochelle avec des troupes et des tonneaux pleins de sterlings.

 La féodalité poitevine, gorgée de faveurs par Philippe-Auguste, avait quelques années auparavant abandonné sans hésitation le Plantagenet.

 Les Mauléon, les Chauvigny, les Lusignan, le comte de Périgord s'étaient déclarés pour le roi de France.

Jean n'eut qu'à paraître pour amener un revirement. Le vicomte de Thouars et le sire de Parthenay se faisaient ses honnêtes courtiers. Savari de Mauléon et presque tous les barons du Poitou se prononcent pour sa cause.

Le vicomte de Limoges écrit ingénument au roi de France que la situation ayant changé, il ne faut plus compter sur sa fidélité.

Vainement, Philippe-Auguste essaie-t-il de rallier les Poitevins.

 

  Il vient lui-même à Loudun et à Chàtellerault; il prodigue les caresses aux bourgeois de Poitiers.

 

 

Il mêle la manière forte à la manière douce, et pour donner une leçon aux féodaux les plus opiniâtres, il va incendier Bressuire et Thouars.

Mais à peine a-t-il quitté les bords de la Loire pour courir au Nord, que Jean écrase la résistance des seuls féodaux restés les partisans fidèles de la France, les Lusignan. Il leur prend leurs places de Bas-Poitou.

Puis, en homme habile, il les gagne aussi à sa cause; il leur restitue leurs biens; il donne au comte de la Marche, chef de cette maison, Saint-Jean-d'Angély; il promet en mariage sa fille Jeanne au fils aîné du comte.

Cette alliance semblait assurer au Plantagenet la possession du Poitou.

Jean parlait même de marcher sur Paris. Il occupait Angers, et mettait le siège devant la Roche-aux-Moines, place forte qui commandait la route entre Nantes et le Poitou maritime.

C'est là qu'il trouva la fin de ses succès. Le 2 juillet 1214, il y essuyait une écrasante défaite.

La noblesse poitevine, qui se souciait fort peu d'assurer au roi anglais une supériorité trop marquée sur son rival, avait lâché pied et refusé de soutenir le choc des Français.

Le roi d'Angleterre s'enfuit jusqu'à Saint-Maixent.

Il essaya ensuite quelques démonstrations en Bas-Poitou, puis, soit par découragement, soit par lassitude, il laissa le prince Louis, fils de Philippe-Auguste, ravager le vicomté de Thouars et détruire de fond en comble le château des Lusignan à Moncontour.

 Les Thouars et les autres barons poitevins abandonnèrent aussitôt leur allié de la veille.

Philippe-Auguste, victorieux à Bouvines, n'eut qu'à s'avancer jusqu'à Loudun, pour obliger son rival à accepter la paix de Chinon (18 septembre 1214), par laquelle celui-ci renonçait complètement à la possession de la majeure part du Poitou.

Ce traité fut renouvelé en avril 1216. Une longue minorité s'ouvrait d'ailleurs qui allait paralyser pour longtemps les tentatives de revanche des Plantagenets.

Le fils de Jean, Henri III, qui lui succédait en 1216, se trouvait aux prises à la fois avec les barons anglais et avec les barons aquitains, empressés à profiter de sa faiblesse.

De 1219 à 1224, une effroyable anarchie désolait le sud du Poitou, resté aux mains du roi d'Angleterre.

La bourgeoisie des villes, telles que Niort, la Rochelle, Saint-Jean, soutenait la cause des agents du souverain anglais, tandis que les féodaux, méconnaissant l'autorité de son sénéchal, rançonnaient le plat pays et bravaient leur suzerain.

A la tête de cette coalition féodale était le nouveau comte de la Marche, Hugues X, qui venait d'épouser la veuve du roi Jean, Isabelle d'Angoulême, et qui revendiquait à la fois l'Angoumois et le pays de Niort, au nom de sa femme.

Avec lui, dans cette ligue féodale figuraient les Thouars, les Rançon, les Parthenay, les Surgères, qui saisissaient à l'envi cette occasion de piller les riches communes de l'Ouest.

 Le désordre frayait la voie à une nouvelle intervention française.

Philippe-Auguste la prépara en accordant aux bourgeois de Poitiers de nouveaux privilèges (1222), et en négociant avec les barons rebelles des accords que son fils devait mener à bonne fin.

Quand il mourut, l'achèvement de la conquête du Poitou ne fut plus qu'un jeu pour son successeur, Louis VIII.

Celui-ci gagna les vicomtes de Thouars, de Limoges, de Châtellerault, les sires de Parthenay et de Bressuire, s'assura l'appui du plus puissant des Lusignan, le comte de la Marche, en lui promettant Saintes, Oléron, même Bordeaux (mai 1224), gagna les villes par des concessions de chartes de communes, et entra en Poitou par le val du Thouet.

Il n'eut qu'à paraître : les Anglais n'avaient ni argent, ni soldats.

 

 

Tandis qu'une partie de son armée occupait Saint-Maixent, le gros faisait capituler Niort (3 juillet) sans le moindre effort; puis ce fut le tour de Saint-Jean-d'Angély.

La Rochelle seule fit une courte résistance.

Ainsi, le Poitou se trouva pour la première fois entièrement conquis par l'Etat capétien.

Louis VIII, en vertu de son testament, put le constituer en apanage pour son fils Alfonse.

Tous les efforts des Plantagenets en vue de le reconquérir devaient dès lors rester stériles.

Ils essayèrent pourtant de rentrer en possession du Poitou à la faveur des embarras de la minorité de Saint Louis et des intrigues de la féodalité poitevine.

 A la tête de cette dernière, se trouvait définitivement placé un des plus puissants seigneurs de France, le comte de la Marche, chef de la maison des Lusignan.

Cette maison, dont les domaines primitifs commandaient les passages entre le seuil du Poitou et la Plaine, n'avait cessé de grandir depuis le milieu du XIIe siècle, soit par les mariages, soit par les hasards du conflit entre Capétiens et Plantagenets.

Son chef possédait, outre les seigneuries de Lusignan, de Prahecq, de Fontenay et d'autres encore en pays poitevin, les comtés de la Marche et d'Angoulême, la Saintonge et Oléron.

Ses parents détenaient Melle, Civrai, Loudun, Châtellerault, Moncontour, Vouvent et Mervent, places importantes de la province.

 

 La plupart des barons suivaient son impulsion. Aussi Henri III, roi d'Angleterre, n'eut-il aucune peine à entraîner les seigneurs du Poitou dans la ligue féodale formée contre Blanche de Castille (déc. 1227).

Il lui suffit de promettre à l'avide Lusignan la possession de Niort.

Les Parthenay, les Thouars, toute la noblesse du Bas-Poitou s'engagèrent dans cette sorte de Fronde aristocratique.

Elle était moins dangereuse en effet que ne l'avaient été les révoltes précédentes. La domination française s'établissait solidement tous les jours en Poitou. Elle y trouvait un ferme appui dans le clergé, dans la bourgeoisie des villes et même dans une partie de la noblesse.

Aussi, les nouveaux assauts livrés aux Capétiens n'eurent-ils point, pendant cette dernière période critique, la gravité des précédents.

En 1227, il suffit que Saint Louis parût avec sa mère à Loudun et à Vendôme pour que la coalition, travaillée par des dissensions intérieures, se brisât d'elle-même.

Les Lusignan, qui avaient figuré au grand conseil tenu à Thouars par les rebelles, s'empressèrent de faire la paix, lorsque la régente Blanche de Castille eut promis à Hugues une indemnité considérable pour Niort et pour la dot d'Isabelle d'Angoulême, outre la conclusion d'un mariage entre le fils de celle-ci et une sœur du roi de France.

La Reine eut l'habileté de faire intervenir ensuite le Pape, de manière à rompre les projets dangereux de mariage intervenus entre le fils du puissant Lusignan et la fille du comte de Toulouse.

Plus tard même, elle fit annuler, sous prétexte de parenté, l'union projetée entre Elisabeth, fille du comte de la Marche, et Alfonse de Poitiers, frère de Saint Louis, encore mineur.

Quant au vicomte de Thouars et au sire de Parthenay, ils durent subir les conditions du roi de France.

Lorsqu'en 1230 le roi d'Angleterre, Henri III en personne, vint, appelé secrètement par les Lusignan, et ouvertement par le comte de Bretagne, tenter de recouvrer l'Aquitaine du nord, la diplomatie capétienne ne manœuvra pas avec moins d'habileté.

Par le traité de Clisson (mai 1230), elle détacha de nouveau les Lusignan de la coalition, moyennant une forte somme d'argent, outre la reconnaissance de leurs droits sur l'Aunis, Saint-Jean-d'Angely et quelques autres terres.

Ainsi, tous les efforts du Plantagenet pour recouvrer le Poitou restèrent vains. Ses alliés, les sires de Pons, de Surgères, de Parthenay, demeurèrent exposés sans secours aux représailles du Capétien, tandis que les Thouars et les Rançon refusaient de se déclarer contre Saint Louis.

Bien mieux, les Lusignan prirent les armes contre Henri III, qui refusait de leur rendre l'île d'Oléron.

Ils lui enlevaient même Blaye; il fallut l'intervention du Pape pour les obliger à se contenter d'une indemnité en argent, à la place de l'île convoitée.

Quand un dernier et formidable effort fut tenté par les féodaux, aidés du roi d'Angleterre, pour secouer le joug français, douze années après, il était trop tard.

La période déjà longue, écoulée depuis la conquête du Poitou tout entier, avait permis aux Capétiens d'affermir leur puissance.

Bientôt, les plus grands barons du Poitou, les Lusignan, l'apprirent à leurs dépens.

Leur ambition inquiète éprouva échec sur échec.

Dès 1236, Hugues X, furieux de voir la main d'Isabelle de France échapper à son fils, avait marié celui-ci à Yolande de Bretagne, fille du célèbre adversaire de la royauté capétienne, Pierre Mauclerc.

Il était entré dans la coalition organisée par ce dernier et par Thibaut de Champagne contre le roi. Mais, avant qu'il pût se mettre en mouvement, ses alliés étaient vaincus.

Il dut s'estimer heureux de renouveler le traité de Clisson.

Cinq ans plus tard, l'occasion parut propice à l'ambitieuse veuve de Jean, Isabelle, femme du comte de la Marche, pour frapper un nouveau coup et essayer d'enlever l'Aquitaine aux Français.

Une vaste coalition s'organisa, où entrèrent l'empereur Frédéric II, le roi d'Angleterre, Henri III, les rois de Navarre et d'Aragon, le comte de Toulouse, Raimond VII, tous les Lusignan, le comte de la Marche à leur tête, et presque tous les grands barons poitevins.

 

Six mois auparavant, dans de belles fêtes données par le roi à Saumur, Alfonse de France, devenu majeur, avait été armé chevalier.

A cette occasion, le comte de la Marche avait pris place à la table de Louis IX.

 Les barons poitevins, et à leur tête les Lusignan, étaient même venus au château de Poitiers prêter l'hommage au nouveau comte de Poitou.

Hugues X avait dû restituer à cette occasion à son suzerain Saint-Jean-d'Angély et l'Aunis. Il n'avait pas osé refuser au roi et à Alfonse l'accès de son château de Lusignan.

Les allures dominatrices de Saint Louis et de son frère en cette circonstance inspirèrent à la féodalité poitevine son dernier accès de révolte impuissante.

 La comtesse de la Marche, Isabelle, qui avait porté une couronne, fut l'âme de cette prise d'armes. Elle était ambitieuse et passionnée. Sa vanité ulcérée ne pardonnait pas les humiliations qu'elle s'était vu infliger par Blanche de Castille et par les femmes de la famille royale.

Aussitôt après le départ du roi elle se rendit à Lusignan, pour faire enlever les draps, les coffres, les matelas, les sièges, les vases qui avaient servi à la visite royale. Elle tint trois jours son mari suppliant à sa porte au château d'Angoulême.

 Elle pressa vivement l'organisation du vaste complot qui fut formé à Parthenay contre la domination française entre tous les barons du Poitou.

Elle souffla dans leur cœur son esprit de vengeance, en leur remontrant que « le moindre sergent royal faisait son bon plaisir » à leur détriment et les traitait « comme des esclaves ».

Toute l'Aquitaine féodale se souleva et Hugues X vint le jour de Noël 1241 à Poitiers, renier l'hommage rendu auparavant; il défia publiquement son suzerain. On ne doutait point parmi les conjurés de la restauration de la domination des Plantagenets.

Le frère d'Henri III, Richard, prit le titre de comte de Poitou.

Henri lui-même débarqua avec une armée, 300 chevaliers et force argent, à Royan (mai 1242). On avait promis monts et merveilles aux alliés.

 

 Le comte de la Marche en particulier se voyait déjà le maître de l'Aunis et de l'île d'Oléron..

On confirmait de plus tous ses droits sur la Marche, l'Angoumois et la Saintonge.

 L'or coula à flots dans l'escarcelle des autres barons.

 

 La vigoureuse offensive de l'armée royale fit écrouler ce château de cartes. Conduite par le roi lui-même et divisée en trois corps, elle occupa rapidement les forteresses de Lusignan et de Béruges, puis Montreuil-Bonnin, aux portes de Poitiers, ensuite Frontenay, la clef de Niort, Vouvent et Mervent, les clefs de la Gâtine et du Bas-Poitou (avril-mai 1242).

Bressuire fut enlevée à Savari de Mauléon. L'impéritie du roi d'Angleterre, qui démoralisait ses troupes par des marches et contremarches sans résultats, le long de la Basse-Charente, acheva d'assurer le succès des Français dans cette facile campagne.

 Un ennemi mortel des Lusignan, Geoffroi de Rancon, seigneur de Taillebourg, livra cette dernière place à Saint Louis, de manière à lui rendre aisé le passage de la rivière.

En dépit de la légende, il n'y eut même pas de combat (21 juillet 1242).

Craignant d'être enveloppés par l'armée française, supérieure en nombre, et dont le camp ressemblait « à une populeuse cité », les Anglo-Poitevins se replièrent en hâte sur Saintes, livrèrent le lendemain dans les prairies autour de cette ville un court et peu sanglant combat et s'enfuirent sur la route de Bordeaux (22 juillet).

Ce fut la fin peu glorieuse d'une équipée inconsidérée.

 

  Déjà, l'un des Lusignan, Geoffroi, seigneur de Vouvant, avait dû faire sa soumission en juin.

Le comte de la Marche lui-même implora son pardon du roi, par l'entremise du comte de Bretagne et de l'évêque de Saintes.

 Après avoir livré son fils en otage, il se rendit au camp de Saint Louis et d'Alfonse de Poitiers, placé auprès de la petite ville de Pons.

Là, accompagné de l'ex-reine Isabelle et de deux de ses fils, il se jeta en pleurant aux pieds du roi, implorant sa clémence et se mettant à sa discrétion (1er août 1242).

Les conditions de la paix furent dures.

L'indépendance des Lusignan, chefs de la féodalité poitevine, ne se releva jamais de ce coup.

Ils durent concéder à Alfonse de Poitiers tout l'Aunis, Saintes, Pont-l'Abbé, cinq ou six de leurs grands domaines poitevins, tels que Saint-Gelais et Tonnay-Boutonne, lui abandonner leur suzeraineté sur les fiefs des Pons, des Rançon, des Exoudun et des autres membres de la maison de Lusignan en Poitou.

 Ils furent contraints de livrer trois de leurs forteresses.

Château-Larcher, près de Poitiers, Merpins en Angoumois, Crozant dans la Marche; le roi et son frère y mirent garnison à leurs frais. A ce prix, on accepta leur hommage pour la Marche, l'Angoumois et les débris de leurs possessions poitevines.

Dès lors, toute opposition se trouva brisée.

Le Poitou ne devait plus pendant plus de cent ans être soustrait à la domination des rois de France.

Il allait même, grâce à la force et aux bienfaits d'une administration ordonnée, oublier le temps de son orageuse liberté et se fondre si intimement avec la nationalité française, qu'il fut impossible désormais de l'en séparer d'une manière durable.

Les souvenirs de la vieille indépendance aquitanique s'effacèrent peu à peu, et l'ancien Etat des Guilhem, avant le reste de l'Aquitaine, se trouva pour toujours absorbé dans la France, dont il suivit librement les destinées.

 

 Histoire de Poitou  P. Boissonnade

 

 

 ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) <==

 

 

 


 

 

Etude des Chartes Communales de Poitiers et les Etablissements De Rouen d'Aliénor d'Aquitaine. -

La plus ancienne charte communale de Poitiers que nous connaissions est celle qui a été donnée en 1199 par Aliénor d'Aquitaine, en même temps qu'une charte de privilèges. Elles n'ont été jusqu'ici, ni l'une ni l'autre, publiées avec une parfaite exactitude, même dans l'ouvrage de Giry sur les Etablissements de Rouen.



Aliénor d'Aquitaine, Lois Maritimes les Rôles d'Oléron, appelés aussi Jugements d'Oléron

Aliénor d'Aquitaine, Lois Maritimes les Rôles d'Oléron, appelés aussi Jugements d'Oléron Les Rôles d'Oléron, sont un recueil de jugements compilés en un code à la fin du XIIe siècle par décision d'Aliénor d'Aquitaine, et qui ont été utilisés comme code maritime dans toute l'Europe. Ils sont à l'origine de la Loi de l'Amirauté britannique.



Richard Cœur de Lion, seigneur de Talmont; des Lois Maritimes (Rôles d'Oléron) au droit d'amirauté -

Pour faire comprendre l'amirauté de Talmont, il est donc indispensable que nous exposions, dans une légère exquise historique, ce que fut l'amirauté en France pendant le moyen-âge. Le titre d'amiral nous vient des croisades. Tant que durèrent les guerres de Palestine, les chrétiens, qui pourtant n'avaient pas de flottes en règle, appelèrent de ce nom arabe les principaux commandants de leur navigation armée.