La vie d’Aliénor d’Aquitaine – Mariage avec le futur roi Henri II d'Angleterre le 18 mai 1152 cathédrale de Poitiers

Aliénor, redevenue libre, se hâta de regagner son Poitou, accompagnée, dit Olhagaray, par le comte de Foix, qui n'était pas apparemment une escorte bien sûre, s'il n'empêcha pas les deux tentatives d'enlèvement d'après le chanoine de Tours.

Elle n'entretenait son train que de menaces, et deux mois après, le 18 mai, elle épousa Henri, duc de Normandie, mariage dont la promptitude seule démontre assez la préméditation.

Quelques jours avant, elle avait confirmé tous les dons faits par son père à l'abbaye de Montierneuf de Poitiers. On dit que Louis VII s'irrita de ce mariage, parce qu'il avait cru que, faute d'héritier mâle, ses filles hériteraient des domaines maternels. C'est lui supposer bien de la bonhomie.

La position du mari suffisait bien pour lui ouvrir les yeux sur la sottise qu'il avait faite, si inconcevable qu'elle a suffi pour tenir lieu de preuve à l'accusation d'adultère. Je n'ai pas à insister sur ce qui faisait l'importance de ce nouveau mariage je ne cherche ici que l'histoire personnelle d'Aliénor.

Elle avait alors au moins vingt-neuf ans; son nouveau mari avait dix ans de moins qu'elle.

Aux vastes domaines dont il jouissait déjà, elle en ajoutait de plus vastes encore, et c'est probablement à cet accroissement de puissance qu'il dut la facilité avec laquelle il fut, peu après, reconnu par Étienne comme son successeur à la couronne d'Angleterre, dont il prit possession en décembre 1154.

 On ne remarque pourtant pas la moindre tentative d'Aliénor pour avoir grande part aux affaires pas même à cette entreprise sur Toulouse, où Henri ne réussit pas mieux que ne l'avait fait Louis VII à faire prévaloir les droits de sa femme; tout au plus est-elle la protectrice des gens de lettres, des troubadours.

 

 

  Chassé du Limousin, Bernard de Ventadour trouve un asile à sa cour, en Normandie; il le reconnaît en lui adressant des vers où il se pose en amoureux après le départ de la duchesse, devenue reine, pour l'Angleterre, il annonce qu'il la suivra, ce qu'il ne fit pas.

 De ces déclarations poétiques, aussi ardentes que peu secrètes, on a voulu faire une arme contre Aliénor elles prouveraient tout au plus la fatuité du poète.

Pendant vingt ans Aliénor ne paraît guère dans l'histoire que comme accompagnant son mari dans ses voyages, siégeant à ses côtés dans les cérémonies et les fêtes, et lui donnant des enfants. Suivons rapidement cette vie, fort active dans sa tranquillité. On y pourrait aisément signaler neuf voyages sur mer entrepris par une princesse.

Le mariage se fit d'abord, à Tours, sans beaucoup de pompe et de solennité. On voulait prévenir toute objection et lui opposer le fait accompli. Bientôt la naissance d'un fils le sanctionna.

Né en août 1153, il reçut le nom de Guillaume, nom commun à ses aïeux paternels et maternels, les ducs de Normandie et les comtes de Poitiers. Mais il mourut en bas âge, en 1156. Henri ne devait avoir affaire qu'à des fils qui se croiraient supérieurs à lui, parce qu'ils seraient fils de roi.

Le 16 janvier 1154, elle est couronnée reine d'Angleterre en même temps que son mari. C'était alors l'usage de renouveler cette cérémonie du couronnement; car Roger de Hoveden fait remarquer que le jour de Pâques 1159  Henri et Aliénor se firent couronner pour la troisième fois, à Wirecestre, et qu'en allant à l'offerte, ils déposèrent leur couronne, et l'offrirent sur l'autel, en faisant vœu de ne plus se faire couronner de leur vie.

Le 28 février 1155, elle accouche, à Londres, d'un fils, Henri, que Robert du Mont appelle son troisième fils qu'on ne compte généralement que comme le second; en 1157, à Oxford, de Richard; en 1158, de Geoffroy; en 1166, de Jean, son dernier enfant.

 Entre ces cinq fils, elle avait eu trois filles en1156, Mathilde, mariée en 1168 au duc de Saxe, sur la demande de l'électeur de Cologne, et avec laquelle elle s'embarqua à Douvres; en 1162, Aliénor, née à Rouen, qui fut fiancée en 1169 à Alphonse, roi de Castille au mois d'octobre 1165, à Angers, Jeanne, mariée depuis à Guillaume, roi de Sicile, et ensuite au comte Raymond de Saint-Gilles.

Outre ces huit enfants, il semble qu'Aliénor en eut un neuvième, mort au berceau et resté inconnu. J'ai fait remarquer que Robert du Mont appelle Henri son troisième fils; la Chronique de Normandie lui donne cinq fils et quatre filles, dont elle ne nomme que trois Girald de Cambrai et Bromton qui le copie disent que Henri eut d'elle trois filles et six fils, dont deux moururent prématurément et les quatre autres lui causèrent de grandes peines. Guillaume de Nangis nomme bien quatre filles, mais il y comprend indument une des filles de Louis VII.

Ces grossesses multipliées ne gênaient guère les voyages.

En 1159, Aliénor célèbre la solennité de Noël à Cherbourg, avec son mari. Elle était retournée en Angleterre, puisque Laurent, Abbé de Westminster, la supplia, en 1160, pendant l'absence du Roi, de réprimer la désobéissance des moines de Malmesbury envers leur Abbé. Je ne sais pas si c'est d'Angleterre ou du continent qu'elle écrit, cette même année et sous le titre de Reine d'Angleterre, au pape et au cardinal Jacinthe en faveur de l'Abbé de Saint-Maixent.

Mais, au mois de septembre, elle était repassée en Normandie, par ordre de son mari, avec son fils Henri et sa fille Mathilde.

En 1162, Henri II et sa femme célèbrent de nouveau la fête de Noël à Cherbourg et en janvier suivant ils passent tous deux en Angleterre.

En 1164, elle vient de nouveau en Normandie avec ses enfants, Mathilde et Richard, et reste sur le continent, tandis que le Roi retourne en Angleterre pour marcher contre les Gallois. Elle s'y mêle même de l'affaire qui, à coup sûr, occupait le plus son mari, sa querelle avec Thomas Becket.

En effet, le confident de celui-ci, Jean de Salisbury, lui écrit en 1165 qu'on tente de le réconcilier avec Henri, et que le comte de Flandre a envoyé pour cela de grands personnages, à la demande de l'Impératrice et de la Reine, la mère et la femme du Roi mais qu'il ne sait avec quels résultats.

D'un autre côté, Jean, évêque de Poitiers, écrit à ce même Becket de ne rien attendre de l'intervention d'Aliénor, toute livrée aux conseils de son ennemi Raoul de Faye, et lui fait craindre la confirmation des choses infâmes, infamia, dont il l'a déjà averti. Cette dernière expression reste obscure pour moi.

En 1167, soit après ce voyage, soit après plusieurs autres, Aliénor revient en Angleterre avec sa fille Mathilde.

En 1168, Henri la laisse avec le comte Patrice de Salisbury dans le Poitou troublé, où il vient d'enlever le château de Lusignan.

En 1170, elle est à Caen, attendant le couronnement de son fils aîné Henri, dont elle a avec elle la femme, Marguerite, fille de son premier mari Louis VII.

 

L. DELAYANT.

 

Revue d'Aquitaine : scientifique et littéraire / réd. en chef J. Demolliens

 

 

 

Après le concile de Beaugency de 1152, la duchesse Aliénor d’Aquitaine déjoue par deux fois des tentatives d’enlèvement  <==.... ....==> Fontevraud - Chinon entre le 19 et le 24 juin 1190, Richard Cœur de Lion, Aliénor d’Aquitaine - Charte de la Cigogne

 

....==> le Cimetière des Rois d'Angleterre à l’abbaye de Fontevraud

==> Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.