Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, l'un des plus anciens monuments chrétiens d'Europe (Time Travel Prosper Mérimée - P

Le baptistère est construit dans le courant du Ve siècle. Il remplace une première salle baptismale, aménagée à l’emplacement des bains d’une demeure antique. Un des plus anciens monuments chrétiens  de France, il constitue un témoin rare des pratiques architecturales durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Age.

 Des éléments antiques sont remployés dans les élévations, dont des chapiteaux en marbre.

Plusieurs transformations architecturales modifient au cours des Vie, VIIe, IX et XIe siècles l’aspect originel du monument.

(Prosper Mérimée, l’Inventaire du Poitou et de son patrimoine roman )

 Vendu comme bien national en 1790, le baptistère Saint-Jean échappe à la démolition en 1796. Avec l’aide de Prosper Mérimée, les érudits poitevins le sauvent de la destruction lors du percement de la rue Jean-Jaurès. Acquis par l’Etat en 1830, il fut classé au titre des Monuments historiques en 1834 puis restaurés par Charles Joly-Leterne.

Il est confié à la Société des antiquaires de l’Ouest dans les années 1880 qui expose ses collections lapidaires mérovingiennes.

 (L'ŒUVRE ARCHÉOLOGIQUE DE CAMILLE DE LA CROIX)

 

 

De Lemonum à Poitiers

A la période romaine, la ville s’appelle Lemonum. Son importance est attestée par la présence d’un vaste réseau de rues régulier et par la construction d’un immense amphithéâtre et de plusieurs thermes. Le nom de Poitiers apparaît au IIIe siècle, en référence à la peuplade gauloise des Pictons, dont elle fut la capitale.

Vers la fin du IIIe ou le début du IVe siècle, la ville est entourée d’une grande enceinte jalonnée de tours. Dans la seconde moitié du IVe siècle, s’installe ici le premier groupe épiscopal, composé du baptistère et, à l’ouest d’une cathédrale aujourd’hui disparue.

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Les peintures murales

Vers la fin du XIe siècle, le baptistère est embelli d’un décor peint de grande qualité, appliqué directement sur les parois intérieures. Le style de ces peintures, attribuées aux grands ateliers du Poitou, est comparable à celui de l’abbatiale de Saint-Savin. Dans la salle baptismale, au -dessus de l’abside, est figurée l’Ascension du Christ, qui fait face à un vase de vie entouré de deux paons, un motif issu du répertoire paléochrétien.

Ce programme réaffirme les fondements de la foi chrétienne. Un des cavaliers représenté dans le baptistère fait ainsi référence à Constantin, l’empereur romain qui a officiellement toléré le culte chrétien en 312. Sur le mur sud, le combat d’un personnage brandissant une épée face à un dragon illustre ka lutte du Bien et du Mal. Cette scène est associée à l’une des plus vieilles inscriptions en langue française connue : il cria marci et turna (il cria grâce et s’enfuit). »

Dans la première moitié du XIIIe siècle, le décor est en partie refait, notamment dans l’abside ou sont représentées des scènes de la vie de saint Jean le Baptiste.

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A la fin du IIIe siècle, Limonum fut entouré d'une enceinte de six mètres d'épaisseur et de 2.600 mètres de long, qui servit de défense à la ville pendant neuf siècles. Cette enceinte, plus longue que celle de Bordeaux, donne une idée de l'importance de Limonum, dont on sait déjà que les arènes étaient les plus vastes de la Gaule.

Un important vestige de l'enceinte romaine a été examiné par le Père Camille de la Croix, au cours des fouilles faites dans le square du palais de justice.

Cet examen a permis de placer la date de la construction de l'enceinte entre les années 287 et 301, c'est-à-dire au lendemain de l'incendie qui aurait détruit la ville entière en l'an 285 ou 286. Au cours de ces mêmes fouilles, le P. de la Croix reconnut une deuxième construction romaine, celle-ci des deux premiers siècles et portant les traces de cet incendie.

Cette construction, composée de dix pièces semblables de forme et de dimension, aurait été une galerie couverte, occupée par des marchands.

Le sol poitevin conserve bien d'autres vestiges de l'époque romaine.

Les murs du vaisseau de Notre-Dame-la-Grande sont assis sur les murs de deux temples païens, dont l'un du Ier siècle et l'autre de la fin du IIIe; ce dernier temple construit après la destruction du premier par le grand incendie dont il a déjà été question. Les églises Saint-Paul, Saint-Savin, Saint-Pierre l'Hospitalier furent bâties sur les fondations d'édifices gallo-romains. A l'hôtel Berthelot, rue de la Chaîne, quatre substructions romaines servent de base aux murs du XVIe siècle.

Sur la hauteur dite des Dunes, près de la Pierre-levée, s'étend la vaste nécropole païenne et gallo-romaine, découverte en 1878. Là les fouilles firent apparaître 125 sépultures remontant aux IIe et IIIe siècles, et de nombreux objets funéraires dont les plus remarquables ont été transportés au musée de Cluny.

Dans le voisinage de cette nécropole païenne le P. de la Croix reconnut, en 1879, un fort curieux monument mérovingien, — l'Hypogée-Martyrium, construit au VIIe siècle par le prêtre Mellebaude, pour y déposer les restes de 72 martyrs chrétiens. Il consiste en une salle à demi creusée dans le rocher et revêtue d'inscriptions, qui ne laissent aucun doute sur la nature du lieu. C'est le champ des martyrs poitevins.

Abandonné à une époque qu'on ne peut préciser, ce monument resta longtemps dans l'oubli, enfoui sous un tas énorme de pierres. Mais le lieu avait conservé le nom de « Chiron-Martir »1. Le P. de la Croix se plaisait à raconter aux visiteurs que pendant les fouilles qui précédèrent la découverte, une vieille femme, qui faisait là paître sa chèvre, ne cessait de lui demander s'il cherchait la chapelle dont les « anciens » parlaient aux veillées. Le P. de la Croix effectua le déblaiement définitif du monument en 1909. A faible distance, sur cette hauteur des Dunes, un cimetière moderne « le cimetière de la Pierre-levée » atteste la pérennité des champs de sépulture.

 

minerve poitiers

Statue de Minerve, découverte à Poitiers, en 1902.

L'une des plus précieuses découvertes qui aient été faites dans le sol poitevin a été celle de l'admirable statue de Minerve, trouvée, en 1902, dans des terrains situés au bas de la rue du Moulin-à-Vent. Elle figure depuis lors au musée municipal où de nombreux visiteurs sont venus l'admirer : « La statue est en marbre blanc d'une grande lucidité. Elle « compte 1m,50 de hauteur, avec son socle qui est épais de 5 centimètres « et large de 25 à 27, car il n'est pas absolument rond. La déesse se pré« sente debout, les jambes rapprochées l'une de l'autre; elle s'appuie « sur la jambe gauche, la droite étant portée un peu en avant. Entière« ment vêtue, elle n'a de nu que les avant-bras et les pieds qui sont « chaussés de sandales. Elle est coiffée d'un casque et est revêtue de « l'égide qui lui couvre le haut de la poitrine et le dos. La déesse a le « type grec très pur, ou même égyptien, les lèvres assez fortes, ainsi que « le menton, les yeux grands ouverts ; les prunelles ne sont pas indiquées.

« Sa physionomie respire le calme. L'ensemble du corps aux formes peu « accentuées, donne bien l'idée de la vierge, de la jeune fille, qui est une « des conceptions de la Minerve grecque 2. »

On s'est demandé si la tête appartenait bien au corps, si elle datait de la même époque ou n'avait pas été rajoutée. Il n'est pas possible cependant de douter que la tête n'ait été faite pour le torse et que le torse n'ait été préparé pour recevoir une tête ainsi conformée. Les tresses du cou et de la poitrine se font bien suite et les deux parties sont travaillées de la même manière. La tête est du même marbre et de la même facture que le reste.

Si la ville de Poitiers n'a pas conservé ses arènes, si ses thermes romains sont ensevelis depuis des siècles, l'époque gallo-romaine y est du moins représentée par l'un des édifices les plus curieux de France, connu sous le nom de « Temple Saint-Jean », mais dont la destination primitive resta longtemps une énigme pour tout le monde savant. Les uns voulaient y voir un temple païen ; les autres un monument funéraire, une construction destinée à abriter le tombeau de Claudia Varenilla. D'autres encore (et cette opinion paraît devoir triompher d'une manière définitive) découvraient, dans ce soi-disant temple, tous les éléments d'un de ces baptistères par immersion, édifiés par les chrétiens au lendemain de la promulgation de l'édit de Constantin, reconnaissant officiellement la religion chrétienne. C'est l'opinion du P. de la Croix, qui pendant des années s'est consacré à l'étude du baptistère Saint- Jean, et dont les recherches ont abouti à des conclusions qui s'imposent. L'éminent archéologue est parvenu à déterminer le plan primitif du baptistère.

  A l'origine, les baptistères étaient indépendants des églises et renfermaient une piscine destinée au baptême par immersion. Les catéchumènes étaient plongés dans cette piscine ou cuve baptismale, dont l'eau avait été bénie auparavant par le pontife qui présidait la cérémonie.

Au IVe siècle, le baptistère de Saint-Jean, construit en petit appareil noyé dans un mortier gris, était précédé d'un porche L flanqué de deux chambres rectangulaires. Du porche on pénétrait dans le narthex B qui communiquait avec la salle de la piscine A et les néophytes se déshabillaient dans deux pièces N et N' qui s'ouvraient à gauche.

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A droite, un vestiaire 0, long de 14m60 et large de 1m50 seulement, servait à contenir les robes blanches laissées à l'église par les gens riches après leur baptême.

Derrière la piscine, une pièce 0 était réservée à l'évoque quand il présidait la cérémonie.

Au VIIe siècle, la piscine octogone C fut comblée et les dépendances du baptistère devinrent inutiles. On eut alors l'idée de construire les trois absidioles et les murs de la salle centrale furent surélevés et percés de six fenêtres. Au dehors, l'architecte décora la partie supérieure avec des frontons et des pilastres arrachés à un monument du VIe siècle. A l'intérieur, les parties hautes furent garnies de colonnettes et de bases anciennes, mais on sculpta douze chapiteaux neufs sous la retombée des arcatures. Telles sont les conclusions des savantes études du R. P. de la Croix.

On comprend dès lors la tradition séculaire qui faisait baptiser dans ce lieu un grand- nombre d'enfants nés dans les autres paroisses de Poitiers. .

La partie la plus ancienne de l'édifice est le bâtiment de forme rectangulaire dont les pignons regardent le nord et le sud. Les murs sont recouverts du petit appareil romain, soit cubique, soit allongé, qui fut en usage longtemps encore après la chute de l'Empire.

La zone supérieure, entrecoupée de cordons de briques, porte en outre, incrustés dans la maçonnerie, des ornements en terre cuite et en pierre et des pilastres dont les chapiteaux grossiers sont sculptés en méplat. La forme des fenêtres en plein cintre, transformées plus tard en oculus, est restée très visible. L'abside à cinq pans, carrée au dehors, fut ajoutée après coup au corps principal.

Au XIe ou XIIe siècle on éleva le narthex qui se soude du côté de l'ouest au quadrilatère mérovingien. Il ne faut pas en conclure que celui-ci n'avait pas de prolongement du même côté ; il s'étendait, au contraire, au- delà de la nouvelle enceinte. C'est ce qu'ont prouvé les fouilles du R. P. de la Croix, qui a découvert, en avant de la porte actuelle, les traces d'une autre entrée dont les murs antiques portaient des bases de colonnes.

Le temple Saint-Jean était presque en ruines quand l'État s'en rendit acquéreur, le dégagea des bâtisses qui obstruaient ses flancs et entreprit des réparations qu'il confia en 1852 à M. Joly-Leterme et M. Dupré.

Ces architectes ont rétabli les deux absidioles, nord et sud, dont les seuls vestiges apparents étaient les claveaux des arcades noyés dans les murs; en outre, ils ont élevé, aux angles du monument, des contreforts sur des fondations retrouvées dans le sol. Le revêtement de l'abside fut en même temps presque entièrement renouvelé.

La porte s'ouvre dans la façade de l'ouest; elle est fort simple et est surmontée d'un modeste campanile à double arcade.

On descend dans la nef par un escalier à double rampe d'une douzaine de marches, car le terrain s'est beaucoup exhaussé. L'avant-corps ou pronoas communique avec le quadrilatère ancien par trois larges et hautes arcades cintrées.

Au centre de cette salle une piscine octogonale est creusée dans le sol. Deux conduits servaient, l'un à y amener l'eau, et l'autre à la faire écouler. Les murs sont décorés d'arcades reposant sur des colonnes de marbre qui sont en désaccord complet avec leurs chapiteaux. On voit jusqu'à l'évidence que ce sont des pièces de rapport employées sans discernement et sans goût.

 Certains chapiteaux, d'un style très pur, proviennent sans doute d'un riche monument antique d'autres, d'une exécution très grossière, accusent l'inhabileté des ouvriers de l'époque mérovingienne. II en est de même des arcatures de l'abside, où de très beaux chapiteaux sont mélangés avec d'autres d'une facture inférieure. La partie supérieure des murailles est ornée de remarquables fresques qui représentent des sujets chrétiens. II y en a même deux couches superposées.

Les plus anciennes sont les plus intéressantes et les mieux conservées; M. Mérimée leur a attribué la daté du XIIe siècle. On y remarquera principalement la grande scène de l'Ascension du Christ, entouré des apôtres, et l'image équestre de l'empereur Constantin, qui n'est pas sans analogie avec les énigmatiques cavaliers de pierre figurant sur la façade de plusieurs églises du Poitou et de la Saintonge.

Au IVe siècle, le baptistère Saint-Jean était précédé d'un porche flanqué de deux chambres rectangulaires. Du porche, on pénétrait dans le narthex, lequel communiquait avec la salle de la piscine sur laquelle s'ouvraient deux pièces où se déshabillaient les néophytes. Derrière la piscine se trouvait une autre pièce, réservée à l'évêque.

 

Plan du baptistère Saint-Jean (dressé par le R. P. de la Croix).

Poitiers plan du baptistère Saint-Jean dressé par lr R

 Vers la fin du VIIe siècle, lorsque l'usage de baptiser les enfants et celui de baptiser par infusion prévalurent, de grandes transformations furent apportées au baptistère Saint-Jean. La piscine, devenant inutile, est comblée et remplacée par des fonts baptismaux. A la même époque, on construits trois absidioles; les murs de la salle centrale sont élevés et percés de six fenêtres. « Les importantes modifications, apportées pendant « l'époque mérovingienne au baptistère Saint-Jean, eurent pour résultat « de le transformer de baptistère à immersion en baptistère à infusion.  

(voir aussi ==> Le 25 décembre 498 Clovis roi des Francs est baptisé avec 3000 guerriers à Reims par l'évêque Saint-Remi.)

Intérieur du baptistère Saint-Jean « Dans son état primitif, on ne pouvait y conférer que le sacrement de « Baptême, et il fallait conduire les néophytes à la cathédrale pour leur « faire recevoir les sacrements d'eucharistie et de confirmation. Mais « après les grandes transformations de l'édifice, il devint possible de « conférer dans le baptistère les trois sacrements et même d'y célébrer, ainsi que cela s'est vu plus tard, les offices paroissiaux 3. »

Ce n'est qu'au XVIIe siècle, en 1638, que le baptistère Saint-Jean fut érigé en paroisse. Mais il continua d'être longtemps encore le lieu préféré des Poitevins pour le baptême de leurs enfants.

 

Désaffecté sous la Révolution, l'édifice servit aux usages les plus divers. En 1826, Dufour, l'historien de « l'Ancien Poitou et de sa capitale », voyait le monument « occupé par un fondeur de cloches dont les « ouvriers semblaient prendre plaisir à briser à coups de pierres les « chapiteaux des colonnes et à bouleverser tout le sol intérieur d'un édifice probablement unique en France. » En 1831, le conseil municipal, d'accord avec le maire, voulut le démolir. Mais, grâce à l'intervention de M. de Caumont, l'État acheta l'édifice.

 

Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, l'un des plus anciens monuments chrétiens d'Europe (Time Travel Prosper Mérimée - P

Fragments de peintures du baptistère Saint-Jean : Apôtres. (D'après Gélis-Didot et Laffillée.)

En 1844, puis en 1848, nouveaux assauts de la municipalité contre le baptistère, qui ne fut sauvé que par la commission des monuments historiques et les démarches de l'archéologue poitevin, Charles de Chergé.

En 1870, le bâtiment fut réquisitionné par le ministère de la guerre.

En 1885 seulement, il fut mis par l'État à la disposition de la Société des Antiquaires de l'Ouest. Celle-ci y conserve ses intéressantes antiquités lapidaires des VIe, VIIe et VIIIe siècles, sarcophages mérovingiens recueillis par le P. de la Croix dans le département de la Vienne, et qui ne pouvaient avoir un abri plus digne d'eux que ce monument de la même époque.

En dépit de ses épreuves, le baptistère Saint-Jean présente encore dans son état actuel un intérêt archéologique de premier ordre.

La partie la plus ancienne de l'édifice (IVe siècle) est la zone inférieure de ce bâtiment rectangulaire, qui domine extérieurement toutes les autres parties du baptistère et dont les frontons triangulaires regardent le nord et le sud. La zone supérieure, construite au VIIe siècle, apparaît décorée de frontons et de pilastres enlevés à un monument du VIe siècle. L'abside à cinq pans, carrée au dehors, fut ajoutée après coup au corps principal. Au XIe ou XIIe siècle, on éleva le narthex qui se soude du côté de l'ouest au quadrilatère mérovingien.

La porte s'ouvre dans la façade de l'ouest; elle est fort simple, et surmontée d'un modeste campanile à double arcade. On descend dans la nef par un escalier, car le terrain s'est beaucoup exhaussé autour du monument. L'avant-corps ou pronaos communique avec le quadrilatère ancien par trois larges et hautes arcades cintrées. Au centre de cette salle, une piscine octogonale est creusée dans le sol. Elle fut découverte en 1803 par l'archéologue Siauve — l'un des rares savants qui aient, avant le R. P. de la Croix, entrevu la destination primitive de l'édifice.

La partie supérieure des murs du baptistère est décorée intérieurement de fresques représentant des sujets chrétiens. Mérimée a attribué aux plus anciennes la date du XIIe siècle. Les autres sont des XIIIe et XIVe siècles, Le beau fragment de fresque du XIIe siècle représentant l'Ascension doit être signalé. Le Christ monte au ciel dans une auréole; de chaque côté un ange aux ailes déployées vole auprès de lui, tandis que les apôtres lèvent les bras pour marquer leur étonnement.

Au sortir du baptistère Saint-Jean, et tout auprès de l'antique édifice, on voit se dresser la grande masse de la cathédrale Saint-Pierre L'église communique directement avec le baptistère par un passage extrêmement ancien, le passage Saint-Jean. Par- là, sans doute, se rendaient à la cathédrale primitive ceux qui venaient de recevoir le baptême.

Poitiers & Angoulême, Saint-Savin, Chauvigny (2e édition) / par Henri Labbé de la Mauvinière

Société française d'archéologie

 

 

https://www.inrap.fr/magazine/Quand-Poitiers-s-appelait-Limonum/Sortir-de-l-Antiquite/La-christianisation#undefined

Etude du baptistère Saint- Jean de Poitiers examiné lors de fouilles par le père Camille de la Croix

Epitaphe de Claudia Varenilla

CL.VARENILLAE.CLVARENI.COS.FILIAE
CIVITAS PICTONVM FVNVS LOCVM STATVAM
MONIMENT.PVBLIC.M CENSOR PAVIVS LEGAVG PRPRPRO
VINC AQVITAM.COS DESIG MARITVS HONORE CONTENTVS
SVAP.C.PONEND CVRAVIT

Traduction de Jean Hiernard:
"A Claudia Varenilla, fille du proconsul Varenus, la cité des Pictons a voté des funérailles, une statue, un monument public et son emplacement.
Marcus Censor Pavius, époux de Varenilla, lieutenant de l'empereur, propréteur de la province aquitanique, consul désigné, se contentant de l'honneur, a voulu que ce monument fut érigé par ses soins et à ses frais."

 

ÉTUDE SOMMAIRE DU BAPTISTÈRE SAINT-JEAN DE POITIERS Par le R. P. CAMILLE DE LA CROIX (S. J.)

AVANT-PROPOS

Le Baptistère Saint-Jean de Poitiers, improprement appelé Temple Saint-Jean, est un fort ancien monument et l'un des plus importants de France il intéresse même au plus haut point la chrétienté.

Quelques savants et grand nombre d'amateurs s'en sont occupés depuis 1750 jusqu'à nos jours, et lui ont consacré de nombreuses pages. Les opinions qu'ils ont émises à son sujet ne s'accordent pas. Les uns voient dans cet édifice un temple païen transformé en église chrétienne et même en Baptistère d'autres pensent qu'on l'aurait construit à l'époque romaine, d'abord comme monument funéraire dédié à la mémoire de Claudia Varenilla, fille d'un grand personnage de l'Aquitaine, puis aménagé en Baptistère; d'autres enfin l'ont pris pour un monument construit originairement à l'usage d'un Baptistère à immersion.

Ces diverses opinions ne reposent sur aucune donnée sérieuse, et sont de pures fantaisies. Il ne pouvait en être autrement, puisque leurs auteurs, à l'exception d'un seul, Siauve (4), n'ont pas pris le soin d'étudier les maçonneries apparentes et leurs mortiers, et n'ont pas même songé à rechercher dans le sol intérieur et extérieur de l'édifice quelles pouvaient en être les fondations primitives.

Ne voulant pas suivre nos devanciers dans un mode de travail qui n'est plus, heureusement, accepté de nos jours, je jugeai que non seulement des fouilles s'imposaient, mais qu'il fallait également étudier tous les murs intérieurs et extérieurs du monument, sans négliger, toutefois, de consulter l'histoire locale, qui devait certainement fournir d'importants renseignements sur l'édifice, ainsi que sur les événements politiques et religieux qui avaient, à diverses époques, causé de graves préjudices à tous les monuments de notre antique cité. Les documents contenus dans l'histoire m'étant familiers, et pouvant y revenir au besoin, je résolus de faire le nécessaire pour pouvoir étudier et disséquer, si je puis me servir de cette expression, le monument entier, afin de connaître sa construction primitive, ainsi que les nombreuses modifications qui y furent apportées à diverses époques.

Je m'adressai donc, en 1890, à la Commission des Monuments-Historiques afin d'obtenir l'autorisation d'échafauder le dedans et le dehors de l'édifice ma demande fut favorablement et aimablement accueillie, et les échafaudages restèrent en place pendant près de sept ans. J'obtins également, à diverses reprises, de la bienveillance de l'édilité de la ville, l'autorisation d'opérer de larges et profondes fouilles dans les rues qui entourent le monument. C'est grâce au précieux concours de ces administrations, auxquelles j'adresse de bien sincères remerciements, que j'eus la satisfaction de retrouver non seulement toutes les fondations de l'édifice primitif, mais aussi d'avoir pu constater les transformations et les nombreux aménagements qui y furent apportés depuis son origine jusqu'à nos jours.

Le cadre de cette étude est vraiment trop restreint, pour qu'il me soit possible d'y faire figurer la marche des fouilles, qui furent pratiquées tant au dedans qu'au dehors de l'édifice. J'en réserve donc les détails pour la grande Monographie du monument, dont je prépare actuellement la publication, et je me borne à faire connaître ici les seuls résultats obtenus par les fouilles.

Je me vois également contraint d'affecter une date à l'époque des constructions primitives et aux époques auxquelles eurent lieu les remaniements de l'édifice, sans même indiquer les documents sur lesquels j'établis ces dates. Si j'agis ainsi, c'est afin de rendre le plus claire possible la rédaction de cette étude déjà extrêmement chargée de détails; mais on trouvera, à la fin de chacun de ses Chapitres, un paragraphe dans lequel les dates annoncées seront discutées.

Par suite d'une erreur de cote, la hauteur de la marche palière de la Piscine, qui devait être de 26", a été portée sur la Planche III à 36", ce qui a réduit la hauteur de la 2e marche à 25° au lieu de 33°. D'ailleurs cette erreur a été rectifiée dans le texte, page 15. ……….

 

Hauteur de la piscine:

d'après la piscine, la hauteur, prise du dessus de la marche palière, au fond intérieur du tuyau d'amenée des eaux (niveau de fond de la piscine), est de 1 m. 41 d'après Siauve, la hauteur, prise également du dessus de la marche palière, au-dessus du même tuyau, rencontré dans la première fouille, est de 1 m. 30; ajoutons-y les 0 m. 11 qui représentent le diamètre intérieur du tuyau et l'épaisseur de sa paroi supérieure, et nous obtenons 1 m. 41, hauteur semblable à celle donnée par la piscine. La piscine avait donc mètre 41 centimètres de hauteur.

Hauteur des marches:

D'après la piscine, la hauteur de la marche palière est de 0 m. 26 et celle de la V marche de 0 m. 40 d'après Siauve, la hauteur de la 3" marche était également de 0 m. 40.

Additionnons ces trois hauteurs elles donnent 1 m. 06; retranchons ce 1 m. 06 de la hauteur de la piscine, qui est de 1 m. 41 et nous trouvonsOm.35. La 2e marche avait donc 35 centimètres de hauteur. Résumons la marche palière avait de hauteur 0 m. 26 la 1n marche 0 m. 40; la 2' 0 m. 35, et la 3' 0 m. 40.

Largeur des marches:

D'après la piscine, la largeur de la marche est de 0m. 216. – d'après Siauve, celle de la 3e est également de 0 m. 21 6 il manque la largeur de la 2e marche, qui n'existe plus, mais nous pouvons supposer qu'elle était la même que celle des deux autres.

Dans ce cas les trois marches auraient eu 21 centimètres 6 millimètres de largeur.

Largeurs entre les marches se faisant face. La piscine étant octogonale, chacune de ses marches en a une, laquelle lui fait face et lui est parallèle. Nous connaissons la largeur, encore visible, qui existe entre deux marches palières se faisant face elle est de 2 m. 15 nous savons également que chaque marche a 0 m. 2t6 6 de largeur. Il est donc facile de trouver les largeurs qui existent entre chacune des trois marches. En effet: retranchons des 2 m. 15 le total de deux fois 0 m. 216, c'est-à-dire 0 m. 432, il reste 1m. 718, largeur entre les 1'" marches – 2° retranchons 0 m. 432 de 1 m. 718, il reste m. 286, largeur entre les deux 2*s marches 3° retranchons enfin Om. 432 de 1 m. 282, il reste Om. 854 entre les 3" marches, autrement dit entre celles du fond de la piscine où se trouvait l'eau.

Les largeurs qui existaient entre ces quatre marches, en y comprenant la marche palière, étant connues, il ne nous reste qu'à indiquer d'où venaient les eaux; la manière dont elles arrivaient dans la piscine et dont elles en sortaient; et enfin à faire connaître les dimensions des fondations de la piscine.

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Origine des eaux.

La marche des aqueducs et de leurs branchements dans Poitiers n'a malheureusement pas été recherchée jusqu'à ce jour; mais quelques endroits, où leur présence s'est fortuitement révélée, ont été signalés par nos devanciers. En joignant ces renseignements à ceux que j'ai pu, moi-même, me procurer, je crois pouvoir dire que notre piscine était alimentée par un branchement établi sur l'aqueduc de la fontaine du Cimeau.

Le niveau de cet aqueduc, construit au m6 siècle, est en effet inférieur aux niveaux des deux autres aqueducs de Basse-Fontaine et de la Reinière, dont la construction remonte à la même époque de plus, cet aqueduc desservait tout le versant Sud de la ville, et a été rencontré hors ville, à Mézeau et au pied des Arcs-de-Parigny; et en ville, sur la côte de Tizon et dans les maisons qui bordent les rues de la Celle, du Gervis-Vert, du Petit-Maure, des Trois-Cheminées, des Quatre-Vents, de Saint-Cybard, où, après avoir fait un coude, il aboutissait à un réservoir, dépendant des Thermes Romains, placé au bas du coteau Nord de la place du Pilori.

Les eaux qui alimentaient la piscine venaient donc de la fontaine du Cimeau par un branchement pris sur son canal principal, vers la rencontre de la rue du Pont-Neuf avec celle du Gervis-Vert, et suivaient un parcours d'environ 300 mètres.........

 

 Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons. <==

Quand Poitiers s’appelait Limonum capitale des peuples Pictavi et Tiffauges, Theiphalia <==

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Le mot « chiron » dans le patois poitevin désigne un tas de pierres amoncelées dans un champ.

2 A. Richard. Relation de la découverte de la Minerve de Poitiers, le 20 juin 1902.

3 Etude sur le baptistère Saint-Jean de Poitiers, par le P. de la Croix, p. 58.

(4) Siauve fouilla en 1803 la salle centrale A de l'édifice et découvrit la piscine. 11 inséra une Dissertation sur le Temple Saint-Jean de Poitiers, dans son ouvrage intitulé Mémoire sur les antiquités du Poitou. Poitiers t 1804.

(5) Cet édifice est non seulement classé parmi les Monuments historiques, mais est de plus propriété de l'Etat.