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PHystorique- Les Portes du Temps
23 décembre 2022

DE 1187 A 1199 LES GUERRES EN BAS-BERRY AU TEMPS DE PHILIPPE-AUGUSTE ET DE RICHARD COEUR-DE-LION.

DE 1187 A 1199 LES GUERRES EN BAS-BERRY AU TEMPS DE PHILIPPE-AUGUSTE ET DE RICHARD COEUR-DE-LION

Plus vite absorbé que d'autres provinces, par la grande unité monarchique, qui n'était après tout que l'unité nationale, notre Berry a dû y perdre un peu de son originalité et de son individualité, mais il y a gagné, en échange, d'être plus tôt français, L'intérêt qui s'attache à ses annales en est devenu moins saisissant peut-être, mais non moins instructif, car il est curieux d'étudier en détail les vicissitudes et les triomphes de cette nationalité puissante qui devait enfin dominer toute la surface du pays.

Le Berry a sa part de grands souvenirs. Les exploits des Bituriges occupent, dans notre mémoire, une place de choix. Nous ne pensons pas avec moins de fierté, à la résistance qu'opposèrent nos ancêtres à la conquête des Wisigoths ou à celle des Francs..

 Mais c'est avec passion que nous revivons les temps de Louis VII et de Philippe-Auguste.

Le léopard britannique vient dévorer les lys de notre blason, au coeur même du pays : c'est comme un prélude de la guerre de cent ans dont notre province semble avoir voulu revendiquer sa part avant de devenir le refuge de son roi dépossédé et découragé.

Déjà nos aïeules allumaient leur lampe, et on voyait aux heures sombres, sa lueur laborieuse derrière les fenêtres des villages et des villes, quand; le roulement des fuseaux jetait un souffle de vie dans le silence. « Filez, femmes: du Berry, pour la rançon de vos pères, de vos époux, de vos frères et de vos fils, en attendant que vous le fassiez pour celle de votre roi. »

A la fin du XIIe siècle, ces luttes presque incessantes; entre la France et l'Angleterre se personnifient dans les figures épiques de Philippe-Auguste et de Richard Cœur-de-Lion (1).

Si nous plaçons aujourd'hui dans un cadre aussi restreint d'espace et d'années, ces deux princes! auxquels l'Europe parut trop étroite pour le déploiement de leur bravoure souvent téméraire, ils ne nous en apparaîtront que mieux avec les qualités qui les ont faits grands.

Autour d'eux, nous aimerons à saluer toute une phalange de preux chevaliers dignes de les seconder, et dont les noms; impérissables comme les devises de leurs blasons, sont restés attachés à quelques parcelles de la terre de notre Berry ennoblie du sang qu'ils ont versé pour l'arracher des mains de l'étranger ou la garantir contre les invasions.

Le quadrilatère assez irrégulier fermé de trois côtés: par des cours d'eau, au nord le Cher, à l'est l'Arnon, au sud l'Indre, et à l'ouest, par la limite frontière des départements d'Indre-et-Loire et de l'Indre, est la scène sur laquelle vont se dérouler, entre les années 1187 et 1199, les faits que nous allons rapporter.

Mais il est nécessaire de rappeler tout d'abord, en quelques mots, comment cette portion du Berry était en la possession du roi d'Angleterre.

Philippe 1er, en l'an 1100, avait acquis le vicomté de Bourges au comte Eudes Arpin et s'était créé un point d'appui dans le Haut-Berry dont il était le suzerain, mais le Bas-Berry, c'est-à-dire à peu près le département de l'Indre, plus Graçay, Chârost, Châteaumeillant, Culan était resté Aquitain, et quand l'Aquitaine ou, comme on la nomma plus tard, la Guyenne, à la suite du funeste divorce au concile de Beaugency 1152 de Louis-le-Jeune avec Aliénor d’Aquitaine, fut possédée par les princes anglais, le Bas-Berry suivit le  mouvement de leur politique et ses seigneurs vinrent se ranger sous la bannière des Plantagenets, leurs suzerains, dont la dynastie régnait sur l'Angleterre, (de Raynal : Histoire du Berry).==> 18 mars 1152 Le concile de Beaugency prononce l'annulation du mariage entre le roi de France Louis VII et Aliénor d'Aquitaine

 

ANNÉE 1187.

 

Philippe-Auguste, associé à la couronne de France du vivant de Louis VII, n'attendit pas que son père fût mort pour exercer le pouvoir dans sa plénitude. Jeune — il n'a que quinze ans — ardent, fier de certains succès déjà remportés sur ses grands vassaux (2), il s'enhardit des reculades de son adversaire.

Henri II, roi d'Angleterre, est vieux avant l'âge, miné par la maladie qui le conduira bientôt au tombeau, et il ne soutient que malgré lui la lutte commencée depuis quelques années, cherchant toujours à temporiser ou même à se dérober.

Le jeune roi de France veut entrer en lice sans plus tarder ; du reste les griefs ne lui manquent pas. Il se plaint, entre autres choses, que la domination anglaise soit installée dans le Berry et dénonce comme un attentat aux droits de sa couronne, les menées ambitieuses du duc Richard, comte de Poitiers (3).

Les conférences tenues à plusieurs reprises entre les deux souverains ne peuvent aboutir à un accord. Henri II obtient à peine une trêve de quelques mois que Philippe emploie consciencieusement, à isoler son ennemi, lui aliénant même ses enfants.

A la fin de mai, malgré la trêve de Nonancourt qui ne devait expirer qu'à la Saint-Jean-Baptiste, Philippe-Auguste attaque brusquement et c'est en Berry qu'il porte ses coups.

 

Causes de la guerre

 

Les auteurs sont partagés sur les causes qui firent éclater soudainement cette, guerre. Le Frère de la Gogue, historien des Princes de Déols, rapporte qu'Henri II, prenant occasion de la minorité de Denise, princesse de Déols, sa nièce, et sous prétexte de lui conserver ses terres, s'empara, de concert avec son fils Richard, des villes de Déols et de Châteauroux, et mit garnison en tous les châteaux et maisons-fortes de la terre Déoloise, excepté à Boussac et à Châteaumeillant.

Chaumeau, dans son histoire du Berry, partage cette; opinion.

Mais Rigord, médecin de Philippe-Auguste, Guillaume le Breton, précepteur d'un de ses enfants, et du Tillet, greffier du Parlement, indiquent comme véritables causes : 1° l'injuste refus que fit Richard, même sur l'ordre de son père, de prêter la foi et l'hommage qu'il devait au roi de France comme à son seigneur féodal et suzerain, à cause de son comté de Poitou, et 2° l'injuste détention, par le roi d'Angleterre, du comté de Vexin (4).

 

Siège de Châteauroux (1188) (5)

 

Quoi qu'il en soit, Philippe-Auguste franchit le Cher à la tête d'une armée formée des contingents féodaux et des bandes de routiers (6) à sa solde et pénètre dans le Bas-Berry ou Berry-Aquitain.

 

Il emporte d'assaut Chârost, la ville alors très prospère d'Issoudun, Graçay et un grand nombre de châteaux, ravageant partout les moissons elles vignes.

De là il redescend sur Châteauroux qu'il investit si rapidement que les fils d'Henri II eurent à peine le temps de se jeter dans la place pour la défendre.

Les historiens du Berry affirment même, contre les chroniqueurs anglais, que Richard et Jean ne purent franchir le cercle des assiégeants.

 Une circonstance que nous relèverons plus loin semble confirmer leur témoignage.

Toutefois, Henri II avait prévu cette attaque et avait fait fortifier Châteauroux où il avait disposé une forte garnison. C'était une des possessions auxquelles il tenait le plus en Guyenne, à cause de sa situation et de la fertilité du sol.— La place était en état de se défendre autant par sa population nombreuse et pleine de courage, que par sa formidable enceinte de tours, de hautes murailles et de fossés profonds qui l'entouraient de toutes parts.

La besogne du roi de France était rude et pressée: il voulait la terminer avant l'arrivée du roi d'Angleterre. Il précipita donc le siège.

L'auteur de la Philippide nous raconte, dans des vers d'une merveilleuse souplesse, tous les détails de ce siège.

Nous voudrions citer ces tours gracieux où se meuvent si aisément les grosses machines de guerre, mais l'histoire fait la part très restreinte à la littérature, nous ne ferons que traduire sèchement. « On construisit d'abord une vinée et une tortue, sortes d'immenses boucliers à l'aide desquels les travailleurs pouvaient s'avancer jusqu'au pied des murs.

En même temps des pierriers lançaient sur les remparts d'énormes projectiles : on ébranlait à coups de béliers les portés toutes bardées de fer; du haut des beffrois, grandes tours en bois qui; dominaient les tours et les murailles du bourg, les arbalétriers et les archers accablaient les assiégés de carreaux et de flèches, les frondeurs leur jetaient des glands ou pierres rondes,

— Enfin l'assaut fut ordonné ; les échelles furent appliquées contre le mur et une lutte héroïque s'engagea.

Les hommes du roi de France se précipitaient et se culbutaient, les assiégés les renversaient avec de longs crocs, des massues, des haches, des bisaguës, des pieux, des armes de toute sorte ; ceux-ci finirent par repousser cette redoutable attaque. »

 Henri II, arrivé pendant le siège, avec le gros de ses troupes, composées en majeure partie de routiers et de cottereaux, ne put pénétrer dans la ville bloquée de toutes parts. Il campa aux environs, principalement à Déols.

On pourrait se demander pourquoi il n'attaqua pas de son côté l'ennemi qui, pris ainsi entre, deux feux, se fût trouvé en très mauvaise posture. Mais ce que nous avons dit précédemment de son apathie pour la guerre, suffit à l'expliquer.

Peut-être aussi obéissait-il à une secrète inspiration de Dieu, dont nous pouvons voir la manifestation dans l'événement que nous avons à raconter.

Le fait a été rapporté aussi bien par les historiens anglais que par les nôtres, et l'impression qu'il produisit sur les esprits dans les deux camps, fut trop forte pour que nous en omettions le récit.

 

Le miracle la statue de la Vierge de l'abbaye Notre-Dame de Déols

 

Le samedi 30 mai, à la tombée de la nuit, des habitants du bourg priaient et gémissaient devant la statue de pierre de la Mère du Seigneur placée au-dessus du porche de l'église abbatiale que les moines avaient fermée.

Richard, comte de Poitiers, avait fait passer dans la place un renfort de Cotereaux.

Pour tromper leur inaction et distraire leurs loisirs forcés, les troupes anglaises se livraient au jeu. Or, un jour, deux cottereaux jouaient aux dés devant l'église dédiée à Notre-Dame, ou peut-être même devant le vestibule de cette église.

 L'un d'eux, monstre d'iniquité, possédé du démon, perdait à ce jeu détestable un argent mal acquis, et de colère il éclatait en blasphèmes contre la sainte-Vierge et contre Dieu.

Puis, transporté de rage, il leva les yeux et vit, sculptée sur le portique de l'église, l'image de la bienheureuse Marie, tenant l'enfant Jésus dans ses bras, comme on la représente d'ordinaire, pour réveiller la mémoire ou ranimer la dévotion des laïques.

Il la regarde avec des yeux étincelants de fureur, et vomit, dans son délire criminel, des torrents de blasphèmes contre notre reine commune et contre Dieu.

Bien plus, donnant libre cours à sa rage et poursuivant sa stupide vengeance, il saisit une pierre et la lança de toute sa force brutale contré une statue de Marie portant l'Enfant-Dieu dans ses bras, statue placée au portail de l'église, sur l'un des arcs-boutants.

La pierre atteignit le bras du divin enfant et le brisa : le sang jaillit aussitôt de la statue et le morceau brisé tomba à terre tout ensanglanté.

A ce spectacle, le coupable perdit l'esprit, il fut agité de fureur et comme possédé du démon, tomba à terre et mourut le jour même.

 

Plusieurs ayant ramassé des gouttes de ce sang miraculeux, furent en même temps guéris de plusieurs fortes maladies (7).

Jean Sans-Terre et le vicomte de Limoges, Adhémar, qui survinrent en cet instant (8) ramassèrent avec grand respect le bras de la statue mutilée et l'emportèrent en Angleterre, comme une précieuse relique.

Le comte Richard fut bientôt sur les lieux. « J'avais vu cette statue, s'écria-t-il, et j'avais remarqué le collier qui retenait son vêtement je constate à présent que le vêtement est fendu et que le collier lui-même est entièrement rompu. Si quelque fourbe ose prétendre que cela n'est pas, je lui en ferai la preuve avec mon épée »

Le roi d'Angleterre en personne, accompagné de ses fils, vint visiter le monastère (9).

Le prieur de Saint-Gildas rapporte même qu'en mémoire de ce miracle, le roi d'Angleterre fit bâtir en son royaume, une chapelle qu'il dédia à Notre-Dame et qui fut depuis appelée Notre-Dame de Reduic.

Maintenant, « des souverains, des princes, des multitudes venues de presque toute l'Europe occidentale, l'illustre fils et le chancelier (10) du roi d'Angleterre, qui a édifié en l'honneur de la Vierge une magnifique église toute resplendissante des largesses royales (11), peuvent témoigner de la vérité du prodige ».

D'après Rigord (Gesta Philippi Augusti, édit. Delaborde, t. I, p. 79), l'auteur de ce pieux larcin ne serait autre que Jean sans Terre : « Brachium autem illius imaginis ita sanguinolentum Joannes qui dictus est Sine terra, filius regis Angliae junior, qui missus a patre forte ibi venerat, pro reliquiis cum honore et reverentia secum portavit. »

Gervais de Cantorbéry (Chron., édit. W. Stubbs, p. 370), par contre, prétend que le mystérieux personnage était le vicomte Adémar de Limoges « Vicecomes autem Lemovicensis, accurrens, manum pueri sanguine madidam apprehendit, magnumque suae defensionis praemium laetabundus absportavit. »

  

Cependant les hommes d'armes se racontèrent avec terreur le miracle qui venait de s'accomplir.

Philippe-Auguste qui avait auprès de lui une troupe de cottereaux, se hâta de les congédier comme des auxiliaires réprouvés par le ciel. Puis il se prépara à combattre contre l'armée d'Henri II. .

 

 Gesta Regis Henrici - the Chronicle of the reigns of Henry II and Richard I, A.D. 1169-1192 Benoît de Peterborough

Le roi d'Angleterre, Frédéric (Frédéric Barberousse) l'empereur des Romains, envoya son armée avec le roi son fils en Lombardie, dans laquelle ledit roi des Francs avait une grande confiance pour l'aider contre le roi d'Angleterre.

Regem Angliae, Fredericus Romanorum Imperator misit exertitum suum cum Rege filio suo in Lombardiam, in quo praedictus Rex Francorum magnam fiduciam ei auxiliandi contra Regem Angliae habebat.

Adveniente igitur Pentecoste Henricus Rex Angliae divisit exercitum suum in quatuor partes, et unam partem tradidit Richardo filio suo Duci Aquitania, alteram Johanni filio suo, tertiam Willelmo de Mandevil Comiti de Aubemale, et quartam partem Gaufrido filio suo et cancellario, quondam Lincolniensis ecclesiae electo, et illis thesauros suos distribuit, et assignavit eis provincias et castella sua custodienda et defendenda contra Philippum Regem Franciae.

A l'arrivée de la Pentecôte, Henri le roi d'Angleterre divisa son armée en quatre parties, et donna une partie à son fils Richard, duc d'Aquitaine, l'autre à son fils Jean, la troisième à Guillaume II de Mandeville, comte d'Essex, comte d'Aubemale, et la quatrième partie à Geoffroy son fils et chancelier, autrefois élu de l'église de Lincoln, et il leur distribua ses trésors, et les chargea de garder et de défendre ses provinces et châteaux contre Philippe, roi de France.

Philippus vero Rex Francia, magno congregato exercitu, profectus est in Berriam et obsedit Castellum-Radulfi et Comitem Richardum et Johannem fratrem suum filios Regis Angliae intùs obsedit ; et cum diu ibi moram fecisset, et castellum capere non potuisset, recessit inde et disposuit acies suas ad bellum campestre.

Mais Philippe, roi de France, avec une grande armée assemblée, marcha sur le Berry, et assiégea Chatel Raould (Châteauroux), et le comte Richard et son frère Jean, les fils du roi d'Angleterre, l'assiégèrent ; et quand il s'y attarda longtemps, et qu'il n'eut pas pu prendre le fort, il se retira de là et arrangea ses lignes pour la bataille dans la plaine.

Nam Rex Angliae cum exercitu suo magno et valido illuc advenit ad auxiliandum filiis suis; sed Rex Franciae, audito ejus adventu, ab obsidione recessit, et, ut supra dictum est, paravit se et suos ad bellum campestre.

Car le roi d'Angleterre y vint avec sa grande et forte armée pour secourir ses fils ; mais le roi de France, apprenant son approche, se retira du siège, et, comme il a été dit plus haut, se prépara, lui et son peuple, à une guerre générale.

 Similiter Rex Angliae et sui praeparabant se ad bellum; et cùm dies opportunus advenisset, praefati Reges, in ipsa vigilia Nativitatis Sancti Johannis-Baptistae in loco campestri et praeelecto acies suas hinc inde armatas ad pugnam praerordinaverunt, et in singulis locis, prout expedire viderant, statuerunt.

De même le roi d'Angleterre et son peuple se sont préparés à la guerre ; et lorsque le jour opportun fut arrivé, lesdits rois, à la veillée même de la Nativité de saint Jean-Baptiste, dans un lieu simple et pré-choisi, se rangèrent, armés d'un côté à l'autre, pour la bataille, et se postèrent à chaque endroit, comme ils le jugeaient opportun.

 Et cùm omnia parata essent ad pugnam, auxiliante Dei misericordiâ, et Urbani summi Pontificis mandato coërcente (qui in mandatis dederat quod, nisi pax inter illos citiùs fieret, anathemati subjacerent), archiepiscopi etiam et episcopi et abbates, Comites et barones utriusque regni, non permittentes illos congredi, dederunt illis in consilio quod pax inter illos [fieret], vel treugae longiores et ad mandatum summi Pontificis et consilium fidelium suorum ceperunt inter se treugas per biennium ita quôd Rex Franciae haberet Ysoudun et Ursum de Fréteral usque ad terminum treugarum.

Et quand tout fut prêt pour la bataille, avec l'aide de la miséricorde de Dieu et l'ordre contraignant d'Urbain, le Souverain Pontife (qui avait donné l'ordre que, à moins que la paix ne soit conclue entre ces villes, elles devaient être soumises à l'anathème ), les archevêques et les évêques et les abbés, les comtes et les barons des deux royaumes, ne leur permettant pas de se rencontrer, ils leur ont donné, avec le conseil que la paix [serait faite] entre eux, ou une trêve plus longue, et à l'ordre de le Souverain Pontife et le conseil de ses fidèles, ils firent entre eux des trêves de deux ans, afin que le roi de France ait Ysoudun et Ursion de Fréteval jusqu'à la fin des trêves.

Et sic uterque illorum et exercitus sui arma déponentes, ad propria remearunt, laudantes Deum qui pacem praestitit illis.

Et ainsi chacun d'eux et son armée, déposant les armes, retournèrent chez eux, louant Dieu qui leur avait accordé la paix.

Factâ itaque pace, Richardus Dux Aquitaniae, filius Regis Angliae, moram fecit cum Philippo Rege Fraticiae, quem ipse in tantum honoravit per longum tempus, quod singulis diebus in una mensa ad unum catinum manducabant, et in noctibus non separabat eos lectus, et dilexit eum Rex Franciae quasi animam suam ; et iterùm se mutuo diligebant, quôd, propter vehementem dilectionem quae inter illos erat, dominus Rex Angliae, nimio stupore arreptus, admirabatur quid hoc esset ; et praecavens sibi in futurum, voluntatem transfretandi in Angliam, quam in animo praeconceperat, distulit donec sciret quid tam repentinus amor machinaretur.

Et la paix étant faite, Richard duc d'Aquitaine, fils du roi d'Angleterre, resta chez Philippe, roi de France, qu'il honora tant longtemps, que tous les jours ils mangeaient à la même table d'un même plat, et la nuit le lit ne les séparait pas, et il l'aimait Le Roi de France comme son âme ; et de nouveau ils s'aimèrent, de sorte que, à cause de l'amour intense qui était entre eux, le seigneur roi d'Angleterre, saisi d'un étonnement extrême, se demanda ce que c'était ; et, prenant des précautions pour l'avenir, il ajourna le désir de passer en Angleterre, qu'il avait préconçu dans son esprit, jusqu'à ce qu'il sût ce que préparait un amour si soudain.

 

 

Paix de Châteauroux

 

On était sur le point d'en venir aux mains le 23 juin, les deux armées étaient rangées en bataille, les ordres étaient donnés, cavaliers et fantassins allaient s'ébranler, tout à coup l'on apprend que les deux rois se sont accordés. Que s'était-il donc passé ?

Au moment de l'engagement définitif, le comte de Flandres alla trouver Richard : « Seigneur comte, lui dit-il, vous agissez follement et suivez de mauvais conseils en guerroyant contre votre Seigneur le roi de France, de qui vous avez reçu et pouvez attendre tant de bienfaits. Vous auriez tort de mépriser sa jeunesse : il est jeune d'âge, mais il est vieux par l'esprit, prudent et courageux, et il n'oublie pas plus les outrages que les services. Croyez en mon expérience, j'ai été son ennemi ; mais j'en fais pénitence à mes dépens. Qu'il vous serait utile et glorieux d'obtenir la bienveillance, et le pardon de votre seigneur !

« — J'irai à Jérusalem nu-pieds, répondit Richard, jouant sur les mots, pour obtenir le pardon de mon Seigneur! »

« — Il ne s'agit pas, répartit le comte de Flandres, d'aller à Jérusalem, ni de marcher nu-pieds. Voilà le roi de France tout près de nous : allez vers lui tout armé, monté sur ce cheval bardé de fer et d'or, et, s'il plaît à Dieu, vous obtiendrez facilement, ses bonnes grâces. »

Richard, gagné par ce discours, consentit, sans consulter son père, à suivre le comte de Flandres, à travers nos bataillons, jusqu'au lieu où le roi de France se préparait à donner le signal de l'engagement.

Les deux princes s'entretinrent quelques instants sous les yeux des hommes d'armes, et c'est probablement dans ce colloque que le comte de Poitiers apprit les propositions que son père avait faites au roi de France en arrivant à Châteauroux.

 Richard dut être très flatté d'apprendre qu'à l'instigation de son père, il était sur le point de perdre à la fois, Alix, soeur de Philippe-Auguste, à laquelle il était fiancé depuis longtemps, et le duché d'Aquitaine, ses comtés de Poitiers et d'Anjou, au bénéfice de son frère, Jean Sans-Terre, préféré d'Henri II. Aussi s'en retourna-t-il vers ses troupes l'esprit tout préoccupé et anxieux, pour ne rien dire de plus.

Cependant Henri II, informé de cette démarche et soupçonnant: une trahison, était lui-même tombé dans les perplexités les plus cruelles ; il envoya quérir aussitôt les principaux barons du roi de France.

L'archevêque de Reims, les comtes de Blois, de Flandre et de Dreux se rendirent immédiatement à son invitation.

« Mes seigneurs et chers parents, leur dit-il, je vous confesse que je suis un grand pécheur et que j'ai jusqu'à présent mal vécu. Mais je veux m'amender, et, pendant que j'en ai le temps encore, me réconcilier avec Dieu. Or, comme j'ai fait des préparatifs de guerre et que j'ai de nombreux hommes d'armes, je compte, s'il plaît à mon seigneur le roi de France, marcher contre les Infidèles. Demandez-lui donc pour moi une trêve de deux ans: s'il la refusé, certes il aura à répondre de mon âme devant Dieu ; et vous-mêmes en répondrez, si vous ne donnez ce conseil à mon seigneur le roi ».

En recevant ce message de la bouche de ses barons, Philippe-Auguste sourit et dit:

 « Est-ce que vous croyez à ses paroles ? — Voilà, répondirent-ils, ce qu'il nous a chargés dé vous proposer, et nous vous conseillons de faire ce qu'il demande.— Hé bien ! répliqua le roi, retournez-vers lui, et dites-lui, qu'à sa prière et sur votre avis, je lui accorde ce qu'il demande, une trêve de deux ans. »

Mais, dans l'intervalle, Henri II, rassuré sur les sentiments de son fils, avait changé de résolution, et, quand les barons vinrent lui apporter la réponse du roi de France, il leur dit qu'il avait plus mûrement réfléchi et que, pour aucun malheur dont il fut menacé, il ne voudrait faire maintenant ce qu'il avait dit.

Philippe-Auguste, furieux d'avoir été si indignement joué, ordonna que le lendemain, dès la pointé du jour, on se disposerait à engager la bataille.

Le lendemain les craintes perplexes avaient à nouveau envahi l'âme du roi d'Angleterre.

 « Que ferons-nous, dit-il à Richard ? Quel conseil me donnez-vous en une telle occurrence ? — Quel conseil puis-je vous donner? répondit celui-ci. Hier vous avez refusé la trêve demandée et consentie; nous ne pouvons pas, sans grande honte, la redemander aujourd'hui, » Puis, comme il voyait son père toujours incertain, : « Ecoutez, ajouta-t-il, mon seigneur et père, bien que ce soit honteux, j'irai, s'il vous plaît, vers mon seigneur le roi, et tâcherai d'obtenir de nouveau la trêve qu'hier vous aviez repoussée avec mépris. »

Il se rendit vers le roi de France qu'il trouva déjà couvert de son armure. Il se découvrit, lui présenta son épée, mit un genou en terre, et le pria humblement de calmer son indignation et d'accorder la trêve, non pas à son père, mais à lui-même et sur sa foi, s'engageant, si elle était violée, à se donner pour otage.

Philippe-Auguste résista longtemps à cette demande. Mais enfin, sur le conseil de ses barons et les instances des légats du Pape qui pressaient le roi d'entreprendre une nouvelle croisade, une convention fut conclue.

Le roi de France gardait, pendant la trêve, à titre de garantie, la ville et le château d'Issoudun, et on lui remettait pour otage l'un des hommes-liges de Henri II, Ours de Fretteval, en Vendômois, et sa seigneurie (12).

Les deux armées s'éloignèrent aussitôt du Berry (24 juin 1187).

 

Amitié de Richard et de Philippe-Auguste

Il n'en est pas moins vrai que le roi d'Angleterre était victime de sa diplomatie et de son obstination à vouloir la paix. Il avait resserré lui-même l'alliance qu'il redoutait tant, entre son fils aîné et le roi de France.

La paix signée, Richard suivit Philippe à Paris et y resta quelque temps.

 Henri apprit bientôt que les deux amis ne se quittaient plus, le jour mangeant à la même table, au même plat, la nuit couchant dans le même lit.

En un mot, Philippe recommençait avec Richard la comédie qu'il avait jouée l'année précédente avec son frère Geoffroy (13).

Henri II, malgré son désir d'aller se reposer en Angleterre, n'osa quitter la Normandie. Il manda auprès de lui son fils qui n'obéit qu'à la troisième ou quatrième sommation.

L'alliance de Richard avec le roi de France était à moitié faite.

 

ANNÉE 1188 Nouvelle guerre en Berry

 

Après avoir mis à profit la paix de Châteauroux pour régler certaines questions pendantes avec Frédéric Barberousse, Philippe-Auguste oublia qu'il l'avait jurée pour deux ans.

 

A la fête de saint Hilaire, qu'on célèbre le 13 janvier 1188, Philippe, roi de France, et Henri, roi d'Angleterre, se rendirent à une conférence entre Trie et Gisors.

Le départ de la troisième croisade est prêché par Guillaume de Tyr en 1188 au lieu dit de l'Ormeteau ferré en présence du roi de France Philippe II, le roi d'Angleterre Henri II et le comte de Flandre Philippe Ier à secourir la Terre sainte.

 Bien qu'au mois de janvier, les deux rois eussent pris la croix et se fussent donné en public le baiser de paix, la guerre recommença en Berry.

Voici quelle en fut probablement la cause et aussi le prétexte.

 Raymond V, comte de Toulouse, vassal de la couronne de France, s'était affilié, à une ligue de barons d'Aquitaine, soulevés contre Richard, peut-être à l'instigation de Henri II, désireux d'empêcher son fils de partir pour, la croisade dont il voyait approcher la date avec frayeur pour lui-même.

Richard châtia rudement les rebelles et menaça le comte de Toulouse dans sa capitale.

C'était l'occasion que guettait Philippe-Auguste de rompre la trêve et de différer son départ pour la croisade.

Il somme le duc d'Aquitaine de soumettre à la justice royale, son démêlé avec Raymond : en même temps il dénonce à Henri II la conduite de son fils et demande, une réparation.

 Le roi d'Angleterre, toujours prudent, désavoue Richard et lui ordonne, à deux reprises, de rentrer en Aquitaine.

Mais celui-ci ne tient pas plus compte des injonctions paternelles que des doléances royales et continue à s'emparer des châteaux du Languedoc.

C'est alors que le roi de France, sans déclaration de guerre, sans défi préalable, assemble une armée à la hâte, près de Bourges, et marche sur Châteauroux.

 

Conquête de Châteauroux, Buzançais, Argenton, Levroux, Palluau, le Châtelet; la Roche-Guillebaut, Culan, Montluçon

 

Il arriva le 18 mai devant la place, surprit le château et contraignit les bourgeois à lui jurer fidélité. Résolu à achever l'oeuvre commencée et à soumettre à sa foi tout le Berry-Aquitain, il confia la garde de cette nouvelle conquête à un chevalier renommé alors parmi les plus braves, Guillaume des Barres, dont le Berry peut revendiquer le nom avec honneur (14).

Nous savons du reste que cette charge importante n'immobilisa pas Guillaume il suivit le roi dans sa marche victorieuse jusqu'au jour où il fut fait prisonnier, quelques mois après, sous les murs de Mantes, par Richard Coeur-de-Lion, son adversaire personnel.

De Châteauroux, Philippe court sur Buzançais qu'il emporte rapidement, Argenton à bientôt le même sort ; puis c'est le tour de Levroux. Mais il y eut là une résistance à vaincre, un nouveau siège à faire.

 Il y eut aussi un nouveau miracle en faveur de l'armée du roi de France. C'est une chose digne de remarque, observe de Raynal, que les miracles ont toujours lieu dans l'intérêt du roi de France et contre la cause du roi d'Angleterre. »

 

Voici le fait.

La fontaine miraculeuse de Levroux

 

On souffrait à la fin de mai 1188, d'une grande sécheresse et les hommes d'armes étaient anéantis par la soif. Quand ils arrivèrent sur les bords du ruisseau des Sept-Fonts, qui passe au pied du château de Levroux, et qu'ils le virent entièrement desséché, grand fut leur abattement.

Tout à coup, et sans qu'il survînt de pluie, l'eau sortit du fond de la terre au milieu du ruisseau et coula avec tant d'abondance que les chevaux en avaient jusqu'aux sangles. Ce fut le salut. L'eau continua ainsi à jaillir tout le temps que dura le siège ; mais aussitôt que le roi s'éloigna, aprês s'être emparé du château, elle tarit et ne reparut plus.

Le fait est attesté par les contemporains; Rigord et Guillaume le Breton.— On raconte; encore aujourd'hui que les sources des Sept-Fonts sont fermées avec d'énormes pierres scellées avec de gros anneaux de fer, et que si l'on avait l'imprudence de les ouvrir, la ville de Levroux serait aussitôt submergée..

La ville et châtellenie de Levroux faisait alors partie de la principauté Déoloise et baronnie de Châteauroux, et sur le château flottaient les couleurs du roi d'Angleterre, gardien de Denise.

Philippe-Auguste s'étant rendu maître de la place, y fit arborer sa bannière et fit don de cette nouvelle possession à son jeune neveu, Louis, fils, de Thibaut V, comte de Blois.

Il poursuivit encore sa marche triomphante jusqu'à Montrichard dont il ne put s'emparer qu'après un siège laborieux, puis il rentra en Bercy, prenant successivement et presque sans ralentir sa marche, Palluau, le Châtelet, la Roche-Guillebaud, Culan, Montluçon.

En quelques jours, il s'était rendu maître de tout ce que le roi d'Angleterre possédait dans notre province de châteaux, de villes ou de bourgs, fortifiés.

 Il marche ensuite au- devant d'Henri II qui, à la nouvelle de la prise de Châteauroux, s'était hâté de quitter l'Angleterre et de revenir en France (15).

Mais telle était l'obstination du pauvre vieux roi à vouloir la paix, qu'au moment où Philippe-Auguste lui prenait ses villes, il lui envoyait des ambassadeurs.

«Le roi de France, dit un chroniqueur anglais, rugissant comme le lion, tournait en dérision tous les messages du roi d'Angleterre. »

Les deux rois se rencontrèrent même dans d'inutiles, conférences sous le grand orme de Gisors, et la guerre recommença sur tous les points de la frontière des deux royaumes, de Gisors à Montluçon.

Richard Cœur-de-Lion alla faire expier chèrement aux châtelains du Berry la promptitude avec, laquelle ils s'étaient soumis à Philippe-Auguste: il pénétra même dans la seigneurie de Bourbon, jusqu'aux frontières des domaines du roi de France dans le Haut-Berry.

Ni l'indignation du Pape et de ses légats, ni les lamentations des clercs, ni le mécontentement des croisés qui voyaient tant de préparatifs faits en pure perte, et l'argent recueilli pour la « dîme saladine » employé à la guerre entre chrétiens, n'émurent Philippe-Auguste.

La campagne entreprise dura de juillet à octobre, semblable d'ailleurs à toutes les autres. Les vrais incidents militaires se comptent.

Richard reprit le château de Palluau et tenta de recouvrer Châteauroux.

 

 

Tentative de reprise de Châteauroux

 

Il faillit y réussir par l'incurie des chevaliers qui devaient garder le château. Un jour, en l'absence de Guillaume des Barres, quelques-uns d'entre eux étaient sortis pour piller la campagne ; Richard disposa ses hommes d'armes pour leur fermer le retour. Furieux de s'être laissé surprendre ainsi, ils se ruèrent avec tant d'impétuosité sur la troupe du prince anglais qu'ils l'enfoncèrent et parvinrent jusqu'aux portes du château, appelant à leur secours.

 Ceux de leurs compagnons qui étaient restés à leur poste, entendant leurs cris, se hâtèrent de leur prêter main forte. Il y eut là, pendant quelques instants, une mêlée confuse et de glorieux faits d'armes.

Les hommes de Richard furent enfin mis en déroute, ceux qui échappèrent à la mort furent les uns cruellement blessés, les autres retenus captifs, très peu retournèrent indemnes.

 Le prince lui-même, forcé de prendre la fuite, tomba de cheval, et sa vie était en péril lorsqu'un boucher, homme; d'une rare vigueur, parvint à le dégager des ennemis qui déjà l'entouraient.

 

Entrevue de Châtillon

 

Toutefois, tant à cause des vendanges qui privaient à cette époque le roi de France (on était au commencement d'octobre), d'un grand nombre de soldats, qu'à cause des défections des croisés fidèles à leur promesse de ne reprendre les armes contre les chrétiens qu'après leur retour de Terre Sainte, Philippe-Auguste se vit contraint de demander à Henri II une entrevue.

Elle eut lieu le 7 octobre à Châtillon-sur-Indre. Mais une fois de plus les souverains se séparèrent sans avoir pu s'accorder.

En se repliant sur Châteauroux, Philippe reprit Palluau.

En arrivant à Châteauroux, le roi de France trouva une troupe de brabançons réclamant impérieusement leur solde. Ce fut peut-être pour satisfaire, au moins en partie leurs exigences, qu'il fit frapper, sur l'ancien type de la monnaie de Déols, des deniers qui portent son nom et celui de cette ville.

Puis il emmena les brabançons à Bourges, promettant de leur payer le reste. Mais là, si nous en croyons un historien anglais, se sentant en force, il ne, solda rien et chassa même ses auxiliaires après les avoir dépouillés de leurs chevaux et de leur argent

 

Alliance de Richard avec Philippe contre son père

 

Pourtant les deux rois eurent de nouvelles conférences à Bonmoulins, sur les frontières du Perche de la Normandie, les 18, 19 et 20 novembre.

Cette fois ce fut Richard qui empêcha les négociations d'aboutir : le troisième jour on faillit même en venir aux mains. On avait proposé de se restituer mutuellement les possessions qu'on s'était enlevées pendant la guerre.

Mais le comte de Poitiers, mécontent de son père qui semblait destiner sa couronné à Jean-sans-Terre, son plus jeune fils, s'y opposa.

Il lui semblait trop dur de rendre le comté de Cahors et beaucoup d'autres terres qui lui rapportaient un gros revenu, pour les fiefs de Châteauroux, Issoudun et Graçay qui relevaient seulement de lui comme suzerain et cela en vue d'une trêve de deux mois !

 Bientôt le pacte qu'il avait secrètement conclu avec le roi de France, l'année précédente, éclata.

Henri ayant essayé d'échapper par quelques paroles vagues à la question très nette que lui posait son fils au sujet de son droit d'héritier, celui-ci tourna le dos à son père et s'agenouilla les mains jointes devant Philippe Auguste, dans l'attitude du chevalier qui fait hommage.

Il se déclara à haute voix le vassal du roi de France pour la Normandie, le Poitou, l'Anjou, le Maine, le Berry, le Toulousain, et pria son suzerain de l'aider à faire valoir ses droits à la couronne d'Angleterre.

« Henri II fit quelques pas en arrière, dit Gervais de Cantorbéry, se demandant à quoi pouvait tendre ce revirement subit : réfléchissant à ce qui s'était passé jadis quand son fils Henri le Jeune s'était allié contre lui à Louis VII et son géant qu'il se retrouvait en face d'un péril plus grave, car ce Philippe était bien un autre homme que son père.»

En reconnaissance de cette déclaration de vassalité, le roi de France promit à Richard de lui rendre Châteauroux et tous les autres châteaux et territoires qu'il occupait en Berry-Aquitain.

 Il lui restitua immédiatement Issoudun avec toutes ses dépendances, hommes et terres. Le reste ne fut jamais exécuté.

Richard partit sur l'heure avec Philippe-Auguste que, jusqu'à la mort de son père, il ne devait plus quitter.

 Ce fut le signal d'une débandade générale ; la plupart des barons abandonnèrent l'un après l'autre le vieux roi pour faire hommage aux deux jeunes princes à qui souriaient l'avenir et la gloire.

 

ANNÉE 1189.

 

Traité d'Azay-le-Rideau

Se voyant ainsi abandonné par l'aîné et le plus puissant de ses fils, miné par la maladie; Henri II comprit qu'il n'avait plus qu'à se soumettre aux exigences des alliés, au moins pour le moment, se réservant de se venger si la mort lui en laissait le temps.

Il le glissa du reste aimablement dans l'oreille de Richard, en lui donnant le baiser de paix !

Un traité de paix fut donc conclu le 4 juillet entre Tours et Azay-le-Rideau, à Colombiers. (16)

C'était bien plutôt une capitulation qu'on faisait signer au malheureux roi agonisant, car la formule qui le soumettait « au conseil et à la volonté du roi de France » recouvrait la reddition à merci.

En ce qui concerne le Berry, il était écrit que le roi de France rendrait Châteauroux et les autres fiefs dont il s'était emparé dans la province, depuis qu'il s'était croisé : toutefois; on lui cédait les territoires de Graçay et d'Issoudun et il devait recevoir du trésor d'Henri II, vingt mille marcs d'argent, à titre d'indemnité pour les dépenses qu'il avait faites à Châteauroux pendant les hostilités.

Les deux rois convinrent, en outre, de se communiquer en secret la liste de ceux qui étaient attachés à leur parti.

 

 

Mort d'Henri II et avénement de Richard

 

Ce fut le coup de mort de l'infortuné roi d'Angleterre, déjà anéanti. Lorsqu'il apprit de l'officier qui était allé chercher à la Cour de France, à Tours, la liste des alliés du roi son ennemi, que le premier nom était celui de Jean, son fils préféré, il en fut tellement accablé qu'il en perdit le sens et la mémoire.

 Il se fit transporter à Chinon, le 5 juillet, et il expira le 6, n'ayant auprès de lui, pour le consoler, que son bâtard Geoffroy.

==> ==> LES DISPOSITIONS TESTAMENTAIRES D'HENRI II PLANTAGENET ( Chinon- Fontevraud le 6 juillet 1189)

Quinze jours après la mort de son père, Richard eut une entrevue avec Philippe, à Gisors ; il ajouta gracieusement quatre mille marcs d'argent à ceux promis par son père pour l'exécution du traité d'Azay, en ce qui concernait les fiefs du Berry.

Le lendemain, il ceignait l'épée des ducs de Normandie, à Rouen, et de là passait en Angleterre pour s'y faire couronner le 3 septembre.

Tout l'empire franco-anglais passa tranquillement entre ses mains.

Philippe se retrouvait en face d'un roi aussi puissant; plus jeune et plus énergique, peut-être aussi plus ambitieux. Richard avait la hardiesse, les dehors brillants et la générosité qui avaient manqué à son père.

Déjà célèbre dans tout le monde féodal, par ses talents de chevalier et de troubadour, il avait, comme tacticien militaire, plus de valeur qu'Henri II.

 On s'est trompé en faisant de lui un simple batailleur fier de ses muscles et de son adresse. Il savait moins que Philippe-Auguste prévoir et calculer, mais il était capable de négocier, d'avoir des idées politiques et de les suivre avec obstination.

 

 

 

— Mariage d'André de Chauvigny avec Denise de Déols.

Richard Coeur-de-Lion avait pour ami et fidèle compagnon d'armes, André de Chauvigny, dont le château de famille s'élevait sur les bords de la Vienne. C'était le plus brave chevalier du Poitou.

Un des premiers soins de ce prince, après avoir pris possession de son trône, fut de pourvoir son ami. Il le maria, en 1187, à Denise de Déols, qui avait été conduite en Angleterre et qui alors était âgée de seize ans.

Le mariage fut célébré à Salisbury, avec une solennité qui prouvait assez en quel degré de faveur André était auprès de Richard.

Il fut béni par Gilbert, évêque de Rochester, en présence de la vieille reine (Éléonore, que la mort de son mari délivrait d'une longue captivité), des évêques de Durham, de Worchester, d'York, et d'un nombre infini de comtes, barons et chevaliers.

—Lorsque Richard devint roi, il avait 32 ans. Chauvigny devait avoir à peu près cet âge. La conformité de leurs goûts permet d'adopter ce rapprochement (17).

Richard confiait la défense de ses fiefs en Berry à un homme de courage et d'un dévouement tout à fait éprouvé.

Depuis la mort de Raoul VII, prince de Déols, en 1176. jusqu'au mariage de Denise, c'est-à-dire pendant treize années, les souverains de France et d'Angleterre avaient pris notre pays pour le théâtre sur lequel ils vidaient leurs démêlés. On ne voit que ravages, sièges, combats, trahisons. Les bandes hideuses, connues sous les noms de routiers, cottereaux ou Brabançons, qui se vendaient au plus offrant et que les princes prenaient à leur service, commettaient les plus grandes rapines et se livraient à toutes les exactions.

 

La garde de Châteauroux, arrachée par les traités aux mains du vaillant Guillaume des Barres, ne pouvait déchoir en passant dans celles d'un rejeton de cette noble lignée de chevaliers; dont le cri de guerre était

Chauvigny! Chauvigny! Chevaliers pleuvent !

 

La terre du Berry s'honore de compter au nombre de ses gloires les plus pures, la descendance d'André de Chauvigny et de Denise de Déols.

 

 

ANNÉES 1190-1191

 

Après de trop nombreux ajournements, les rois de France et d'Angleterre, enchaînés par de nombreux pactes d'alliance, partirent en même temps de Vézelai pour la croisade depuis si longtemps projetée. C'était le 4 juillet 1190.

Il nous en coûte de ne point suivre en Terre-Sainte, où ils vont s'illustrer de tant de glorieux exploits, Richard Coeur-de-Lion et Philippe-Auguste, entourés d'une foule de si brillants chevaliers.

Pour ne parler que des seigneurs du Berry, citons : Etienne, comte de Sancerre, qui expie, en combattant fidèlement aux côtés de son roi, une trahison d'un jour ; Eudes III, seigneur d'Issoudun, qui est remis au roi d'Angleterre comme garant d'un traité conclu à Messine ; Guillaume des Barres, le père et le fils dont nous avons eu déjà l'occasion de parler ; André de Chauvigny, le preux des preux, toujours aux côtés de Richard, quand il s'agit de férir de grands coups, d'autres encore qui n'ont pas déserté la bannière de leur roi, quand elle est allée abriter d'autres lieux qui ne leur étaient pas moins chers que leurs donjons et les précieux trésors qu'ils renfermaient.

Mais nous allons retrouver nos héros moins de quatre ans après, en Berry toujours, non plus amis comme avant la croisade, mais ennemis implacables : ils sont allés recueillir la discorde aux lieux mêmes où le Christ était venu semer la douceur, et la charité.

La croisade avait mis en relief la différence du caractère des deux princes, leur incompatibilité d'humeur, la divergence de leurs vues d'ambition.

 Les torts, à vrai dire, furent partagés. Du côté de Richard, là hauteur, l'outrecuidance, Un tempérament querelleur qui semait autour de lui les rancunes et la haine ; du côté de Philippe, les préoccupations d'intérêt personnel et une jalousie visible, du caractère le plus mesquin.

 

 

ANNÉES 1191-1193

 

Le roi de France n'était resté absent de son royaume que dix-huit mois. Avant de le laisser s'embarquer pour revenir dans ses états, Richard, qui avait bien quelque droit de douter de la simplicité de sa démarche, lui fit jurer sur l'Evangile qu'il n'abuserait pas de son absence pour lui faire tort en terre française, et qu'au contraire, il protégerait ses possessions. Philippe jura tout ce qu'on voulut, mais Richard n'était pas dupe.

Le jour même où il exigeait ce serment solennel, il ordonnait à son banquier de Pise de payer une forte somme aux routiers chargés de défendre ses possessions continentales,

Le Coeur-de-Lion restait en Terre-Sainte pour y continuer la série de ses exploits légendaires. Mais on se lasse de tout, même de la gloire surtout si elle demeure stérile.

Le roi d'Angleterre éprouva à son tour le besoin de rentrer dans son royaume. Toutefois, le voyage fut long et rude.

 A la suite d'aventures de roman, Richard est arrêté au passage par le duc d'Autriche, Léopold, dont il traverse les états sans autorisation, et livré à l'empereur d'Allemagne, Henri VI, qui n'eut pas honte de le retenir captif pendant près de quatorze mois. ==> Richard Cœur de Lion, Capturé à son retour de croisade

Il est presque superflu de dire que Philippe-Auguste s'accommodait à merveille de cette captivité et qu'il fit tout son possible pour la prolonger. Comme il l'aimait loin de lui maintenant, cet inséparable d'auparavant ! Il eût voulu pouvoir rendre sa détention perpétuelle.

 

ANNÉE 1194 Donation de Châtillon et Buzançais

 

Il n'est pas jusqu'à Jean-sans-Terre qui n'utilise la captivité de son aîné, se proclamant roi d'Angleterre, il travaille activement à rallier à sa cause les sujets de son frère et dispose sans scrupule de ses domaines.

C'est ainsi que par un traité conclu avec Philippe-Auguste, au mois de janvier 1194, entre de nombreux autres avantages, il garantit à perpétuité au roi de France la possession de Châtillon-sur-Indre, dont le haut et massif donjon, à peu près contemporain de tous ces événements, est encore debout. Ce traité nous livrait également Buzançais.

Mais tout à coup les deux larrons changent de mine et de ton. Une terrible nouvelle leur arrive : « Le diable est déchaîné ! » Par un de ces tours de force dont il est coutumier, le redoutable captif a reconquis la liberté et bientôt après son trône usurpé. Rapide comme la foudre et plein de désirs de vengeance, il a passé le détroit et s'est mis à la poursuite de ses spoliateurs occupés maintenant à dépecer la Touraine, comme ils auraient fait du Berry.

Philippe-Auguste, surpris et déconcerté, se réfugie en Berry ; quant à Jean-sans-Terre, transi de frayeur, il se hâte de faire sa soumission, et, pour se faire pardonner sa félonie, retourne contre le roi de France l'ardeur qu'il déployait naguère en détroussant son frère : il assiège Vaudreuil.

 

Reprise d'Issoudun

Tandis que Philippe-Auguste se porte à la défense de cette place, Mercadier, le chef des Routiers et des Cottereaux au service de Richard, pénètre dans le Berry, brûle les faubourgs d'Issoudun, s'empare du château au nom de son maître et en augmente les fortifications (18).

 

 

Le roi de France se sentant en très mauvaise posture, eut recours au moyen qui' lui avait déjà réussi dans des circonstances analogues : il négocia une trêve qui fut signée le 23 juillet, pour un an dans une conférence entre Issoudun et Châteauroux, tenue dans un lieu qui, de la rencontre des deux rois, a conservé le nom de Villerays (Villaregum), commune de Montierchaume.

 

 

 

1195, 6 janvier Richard, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, duc de Normandie, d'Aquitaine, comte d'Anjou, à tous ceux qu'ils pourront littéralement être présents, salut dans le Seigneur.

 Vous savez que nous avons accordé et promis à notre seigneur Philippe, roi de France, que si l'archevêque de Rouen ou l'un des dépositaires de la foi, clergé ou laïcs, que nous devions donner par la foi à Philippe, roi de France, car la préservation de la paix entre nous ne lui ordonnerait pas de quitter le pays, expulsons-les de nos terres et ne permettons pas à l'archevêque lui-même de revenir dans notre terre avec les loyers qu'il avait sur notre terre, à moins qu'il n'ait j'ai promis deux mille marcs d'argent au roi de France en notre nom, ou par l'intermédiaire du roi de France, ni à d'autres, que par caution, ou que par le roi de France.

Il en sera de même du successeur de l'archevêque et des successeurs des églises et des héritiers des barons.

 

Acté entre Gaillion et le Vaudreuil l'année du Verbe Incarné 100. C. le quatre-vingt-quinzième

 

Ricardus, Dei gratia, rex Anglie, dux Normannie, Aquitaine, comes Andegavie, omnibus ad quos littere présentes penenerint, salutem in Domino.

 Noveritis nos concessisse et prumisisse domino nostro Philippo, régi Francie, quod, si archiepiscopus Rothomagensis vel allus fidi jussorum, clerieus vel laicus, quos daturi eramus fide jussores etdem Philippo, regi Francie, pro pace inter nos servanda fide jubere nollet, nos illum de terra nostra eiciemus (sic), nec de redditibus suis quos in terra nostra habuerit cum aliquid habere permittemus nie ipse archiepiscopus in terram nostram redire poterit, nisi ipse pro duobus milibus marcis argenti fidejusserit domino regi Francie (1) pro nobis, aut per regem Francie, nec aliis, nisi fidejussione facta, vel nisi per regem Francie. Idem erit de successore archiepiscopi et de successoribus ecclesiarum et de heredibus baronum.

Actum inter Gaillionem et Vallem Rodotii anno Incarnati Verbi M°. C°. nonagesimo quinto.

(Original scellé au Tr. des Ch. Angleterre 1, n°. 3, carton J. 628.)

(1). Dans cette lettre et dans celle qui précède, le mot Franc, est constamment écrit avec une abréviation. Ici seulement on trouve Francie en toutes lettres.

 

ANNÉE 1195 . Nouveau siège d'Issoudun

 

Au mois de novembre de l'année suivante, la guerre recommençait. Philippe-Auguste ayant rassemblé une nouvelle armée en Berry, revenait mettre le siège devant Issoudun. (19)

S'emparer de la ville et assiéger le château-fort fut un fait accompli très facilement en l'absence de Richard. Mais celui-ci arrivait en toute hâte, et, personne n'ayant pu lui barrer le passage, il pénétra dans son château assiégé.

 

Trêve d'Issoudun

 

La rencontre des deux adversaires, après une si longue séparation, faisait présager une lutte terrible. Ennemis jurés à jamais, d'autant plus éloignés maintenant qu'ils avaient été plus rapprochés, ils devaient soupirer après le moment de se mesurer l'un contre l'autre. Aussi, fut-on très surpris de voir leurs dispositions changer tout à coup.

Ils s'abouchèrent le 5 décembre, veille de la fête de Saint-Nicolas, pour traiter : une ancienne tradition nomme le lieu où ils se réunirent, le Gué-d'Amour (20).

 Pendant qu'ils conféraient, à quelque distance de leurs escortes, continue la même tradition, un énorme serpent sortit tout à coup d'un arbre creux : ils tirèrent ensemble leurs épées pour se débarrasser de cet importun visiteur. Leurs hommes d'arme croyant qu'ils voulaient se battre, accoururent, et une mêlée allait s'engager, lorsque les deux princes leur crièrent de rester en repos. Cependant, le serpent, « lequel estoit gros et horrible », avait disparu; et l'un de nos vieux chroniqueurs, Chaumeau, ne doute pas que sous cette apparence ne se fût caché le diable, « qui vouloit mettre et continuer ces roys en inimitié. » Fort heureusement, le clair des sabre l'avait empêché d'accomplir son oeuvre infernale un armistice fut signé et les bases d'un traité de paix arrêtées.

Les approches de la fête de Noël obligèrent les deux rois à quitter ce pays incapable de suffire aux apprêts d'une si grande solennité.

 

 

ANNÉE 1196 Traité de Gaillon

 

Le château Gaillon  était défendu par un chevalier du nom de Geoffroy Braket, qui, dans l'acte qui nous a révélé cette circonstance, prend le titre de châtelain de Gaillon. Il y fut fait prisonnier (21)

Le lieu de la rencontre n'est pas précis : « entre Gaillon et Le Vaudreuil »

 

Le traité de Gaillon est la ratification d'un traité négocié à Issoudun en Berry à la fin de l'année 1195 entre les rois de France et d'Angleterre et qui fut signé entre Gaillon et Le Vaudreuil probablement le 14 janvier 1196

Les dispositions ne furent ratifiées et revêtues des sceaux de Philippe et de Richard que le 15 janvier suivant dans une conférence tenue entre Vaudréuil et Gaillon, d'où est sorti le traité de Gaillon.

Le sort des fiefs du Berry, depuis si longtemps en litige, y fut réglé.

Le roi de France abandonnait au roi d'Angleterre : Issoudun et Graçay, avec toutes leurs dépendances féodales, les fiefs de La Châtre, de Saint-Chartier et du Châtelet, pour lesquels André de Chauvigny rendait l'hommage à Philippe-Auguste ; enfin celui de Châteaumeillant, pour lequel Eudes de Déols, oncle de Denise, se reconnaissait vassal du roi de France.

En retour, Philippe-Auguste était autorisé, on ne comprend pas très bien pourquoi, à fortifier, s'il le voulait, Villeneuve-sur-Cher, qui était dans ses domaines.

On laissait en possession de leurs fiefs ceux des seigneurs qui avaient violé la foi promise au roi d'Angleterre : toutefois, ils étaient tenus à l'hommage.

Cette amnistie s'appliquait en Berry à Bernard, vicomte de Brosses; traître à Richard, il était devenu depuis le mois de mars 1194, l'homme-lige de Philippe-Auguste, dont il avait reçu la promesse que jamais il ne serait contraint de rentrer sous le service qu'il avait renié.

Ce traité ne fut pas plus durable que les autres : cette combinaison, imposée par les médiateurs, ne satisfaisait aucun des deux rois.

 

Charte du 15 janvier 1196 Entre Gaillon et le Vaudreuil.

Traité de Gaillon (1196)


Archives nationales, J//628, pièce no 2 (AE/III/1)


Ricardus, Dei gratia rex Anglie, dux Normannie, Aquitanie, comes Andegavie, omnibus ad quos littere presentes pervenerint, salutem in Domino.

Richard, par la grâce de Dieu, roi d’Angleterre, duc de Normandie, d’Aquitaine, comte d’Anjou, à tous ceux auxquels les présentes lettres parviendront, salut dans le seigneur.

Nosse vos volumus quod hee sunt conventiones pacis inter nos et dominum nostrum Philippum, illustrem regem Francorum, facte in vigilia sancti Nicolai, inter Exoldunum et Charrocium, videlicet : quod eidem et heredibus suis, jure hereditario, in perpetuum dimittimus et quitamus Gisorcium et Nielpham et Velcassimun Normannum ; ita quod Stephanus de Longo Campo debet habere Baldemont et terram suam, et tenebit eam de rege Francorum.

Nous voulons vous faire connaître que telles sont les conventions de paix passées entre nous et notre seigneur Philippe, illustre roi de France, la veille de la Saint Nicolas, entre Issoudun et Chârost, à savoir : que nous lui remettons et lui abandonnons, à lui et à ses héritiers, à perpétuité et en droit héréditaire, Gisors, Neaufles et le Vexin normand ; de sorte qu’Etienne de Longchamps ait Baudemont et sa terre, et il la tiendra du roi de France.

De Hugone de Gornai ita erit : hommagium ejus remanet regi Francorum ad vitam dicti Hugonis, nisi voluerit redire ad nos.

Il en sera ainsi d'Hugues de Gournay : son hommage reste au roi des Francs pour la vie dudit Hugues, à moins qu'il ne veuille nous revenir.

Et post mortem ejusdem Hugonis debet totum feodum suum de Normannia ad nos et heredes nostros redire.

Et, après la mort dudit Hugues, tout son fief en Normandie doit nous revenir, à nous et à nos héritiers.

Terra ejusdem Hugonis, quam habuit in Anglia et in Normannia, debet dari Ricardo de Vernone, pro excambio illo quod rex Francorum debet facere eidem Ricardo pro castello Vernonis, scilicet de octingentis libris parisiensium de redditibus ;  ita quod si prefata terra Hugonis tantum non valeret per annum, rex Francorum ei in terra sua perficeret residuum.

La terre que ledit Hugues avait en Angleterre et en Normandie, doit être donnée à Richard de Vernon, en vertu de l’échange que le roi de France doit faire avec ledit Richard pour le château de Vernon, à savoir huit cents livres parisis de rente ; de sorte que si la terre dudit Hugues ne rapportait pas autant chaque année, le roi de France verserait le complément sur sa propre terre.

Ricardus autem et filius suus regi Francorum et heredibus suis Vernonem, cum castellaria sua, in perpetuum quitaverunt de mandato et assensu nostro, et quitationem juraverunt.

 Richard et son fils ont renoncé à perpétuité en faveur du roi de France et de ses héritiers à Vernon et sa châtellenie, sur notre ordre et accord, et ils ont juré cette renonciation.

Preterea quitationem illam quam comes Lecestrie domino nostro Philippo, regi Francorum, fecit de castello Paciaci, tam in feodo quam in dominio, cum castellaria sua et pertinentiis ipsius, ratam habemus et firmam.

En outre, nous confirmons et approuvons la renonciation faite par le comte de Leicester en faveur de notre seigneur Philippe, roi de France, du château de Pacy, tant fief que seigneurie, avec sa châtellenie et ses dépendances.

Preterea quitamus regi Francorum et heredibus suis in perpetuum, jure hereditario, Novum Mercatum, Vernonem, Gallionem, Paciacum, Ivriacum, Nonencortem cum castellariis eorum.

En outre, nous abandonnons au roi de France et à ses héritiers, à perpétuité, en droit héréditaire, Neuf-Marché, Vernon, Gaillon, Pacy, Ivry, Nonencourt avec leurs châtellenies.

Et sciendum quod mete ponentur inter forteliciam Gallionis et forteliciam Vallis Rodolii in media via.

Et qu’on sache qu’on mettra des bornes à mi-chemin, entre la forteresse de Gaillon et celle du Vaudreuil;

Et ex illa meta, sicut se portabit, usque in Secanam, et ex alia parte usque in Euriam, id quod erit ex parte Gallionis erit regis Francorum, et id quod erit ex parte Vallis Rodolii erit nostrum.

Et de la première borne, où elle se trouvera, jusqu’à la Seine, et d’autre part jusqu’à l’Eure, tout ce qu’il y aura du côté de Gaillon sera au roi de France, et tout ce qu’il y aura du côté du Vaudreuil sera à nous.

Quitamus etiam eidem regi Philippo et heredibus suis in perpetuum Alverniam, feodum et dominium, et quod habebamus ibi et quod nos habituros expectabamus.

Nous abandonnons également audit roi Philippe et à ses héritiers, pour toujours, l’Auvergne, fief et seigneurie, ce que nous y avons et ce que nous espérions y avoir.

Preterea, si comes Lecestrie aut Ricardus de Vernone aut filius suus, aut aliquis ex hominibus nostris, occasione feodi et dominii que nos per hanc pacem eidem regi dimittimus, ipsi aut suis aliquod malum faceret, nos mitteremus in manus ejusdem regis Philippi terras eorum, et salvo eum tenere faceremus, usque dum dampna ipsi et suis restituta essent, vel nos de nostro eidem regi et suis restitueremus et illos de terra nostra fugaremus.

En outre, si le comte de Leicester ou Richard de Vernon, ou son fils, ou l’un de nos hommes, sous prétexte de leur fief et seigneurie que nous abandonnons audit roi par cette paix, causaient du tort au roi ou aux siens, nous remettrions leurs terres entre les mains du roi Philippe, et nous veillerions à ce qu’il les tienne en sureté, jusqu’à ce que les torts causés à lui et aux siens fussent réparés, ou bien nous donnerions audit roi et aux siens une partie de nos terres, et nous chasserions les susdits de nos terres.

Ut autem firma pax sit inter nos et dominum nostrum Philippum, regem Francorum, dimittit et quitat nobis et heredibus nostris in perpetuum idem rex Francorum Exoldunum et Craciacum, et omnia feoda que pertinent ad Exoldunum et Craciacum, et feodum de La Chastre et de Sancto Chartiero et de Castelleto, sicut Andreas de Calviniaco tenebat ea de rege Francorum ; et feodum Castelli Meillanti, sicut Odo de Dolis eum de rege Francorum tenebat ; et Sellacum cum pertinenciis, eo excepto de quo comes Sancti Egidii et sui, aut vicecomes Turanie et sui in vigilia beati Nicolai erant tenentes.

Pour qu’il y ait une paix stable entre nous et notre seigneur Philippe, roi de France, ledit roi de France nous donne et nous abandonne à nous et nos héritiers, pour toujours, Issoudun et Graçay et tous les fiefs qui dépendent d’Issoudun et Graçay ; et les fiefs de la Châtre, de Saint-Chartier et du Châtelet, comme André de Chauvigny les tenait du roi de France ; et le fief de Châteaumeillant comme Eudes de Déols le tenait du roi de France ; et Souillac avec ses dépendances, sauf ce que le comte de Saint-Gilles et les siens, ou le vicomte de Turenne et les siens tenaient à la veille de la Saint Nicolas.

Si rex Francorum vellet firmare in Villanova super Cherum, firmare poterit.

Si le roi de France voulait fortifier Villeneuve-sur-Cher, il le pourrait.

Nobis autem remanet comitatus Augi, cum omnibus pertinentiis suis, sicut comes Augi et sui homines habuerunt ; comitatus de Albamarla cum pertinenciis suis ; Arches et Driencortis, cum pertinentiis suis.

Il nous reste le comté d’Eu avec toutes ses dépendances, comme le comte d’Eu et ses hommes l’ont reçu ; le comté d’Aumale avec ses dépendances ; Arques et Driencourt et leurs dépendances.

Terre vero militum de terra Hugonis de Gornai qui venerunt ad nos reddentur illis, ita quod de terris illis facient hommagium et servicium Hugoni de Gornai, salva fidelitate quam ipsi nobis debebant.

Mais les terres des chevaliers de la terre de Hugues de Gournay, qui sont venus auprès de nous, leur seront rendues, de sorte qu’ils rendront hommage et service pour ces terres à Hugues de Gournay, la fidélité qu’ils nous devaient restant sauve.

Dimittit etiam nobis rex Francorum Belveeir et officium de Belveeir, et totam terram aliam nostram et hominum nostrorum, quam amisimus postquam capti fuimus in Alemannia, exceptis predictis terris que remanent regi Francorum et heredibus suis in perpetuum, sicut dictum est.

Le roi de France nous abandonne en plus Beauvoir et la circonscription de Beauvoir et toutes nos autres terres, et celles de nos hommes, que nous avons perdues après que nous avons été capturé en Allemagne, excepté les terres susdites qui restent au roi de France et à ses héritiers, pour toujours, comme il est dit.

In uno et eodem puncto erimus nos et comes Sancti Egidii, quod nos tenebimus totam terram quam tenebamus in vigilia sancti Nicolai ; et faciemus et inforciabimus in terra nostra quam tunc tenebamus, sicut voluerimus, tanquam de nostra : et comes Sancti Egidii similiter de sua quam tunc tenebat.

Nous en resterons au même point avec le comte de Saint-Gilles, à savoir que nous garderons toutes les terres que nous tenions à la veille de la Saint Nicolas ; et nous agirons et nous fortifierons sur cette terre que nous tenions jusqu’alors, commenous le voudrons, comme si elle était nôtre : et le comte de Saint-Gilles agira de même avec la terre qu’il tenait jusqu’alors.

Et si comes Sancti Egidii nollet esse in hac pace, dominus noster rex Francorum non erit ei in auxilium contra nos ; et nos omnia mala que possemus ei facere, faceremus, et de incendio, et de eversione.

Et si le comte de Saint-Gilles refusait de participer à cette paix, notre seigneur le roi de France refusera de lui venir en aide contre nous ; et nous, nous lui ferions tout le tort que nous pourrions, tant par incendie que par subversion.

Et si nos vellemus tenere firmum id quod cepissemus, quando comes Sancti Egidii vellet esse in pace, nos redderemus ei totam terram suam quam a vigilia beati Nicolai acquisivissemus : et similiter erit de comite Sancti Egidii.

Et si nous voulions tenir fermement ce que nous avons pris quand le comte de Saint-Gilles voulait être en paix, nous lui rendrions toute sa terre que nous aurions prise depuis la veille de la Saint Nicolas: et le comte de Saint-Gilles agira de même.

Et si comes Sancti Egidii voluerit esse in hac pace, nos neque malum neque guerram faciemus eidem comiti, quamdiu idem comes voluerit rectum facere per regem Francorum.

Et si le comte de Saint-Gilles veut participer à cette paix, nous ne ferons ni tort ni guerre audit comte, pour autant que ledit comte veuille bien agir envers le roi de France.

Comes Petragore habebit terram suam sicut habebat quando recessit a nobis ; et similiter vicecomes Brocie, comes Engolismi, rehabebit terram suam ; et homines sui et ipsi tres facient nobis hominagium et servicium, sicut prius.

Le comte de Périgord aura la terre qu’il possédait lorsqu’il nous a abandonné ; et de même, le vicomte de Brosse et le comte d’Angoulême récupèreront leurs terres. Leurs hommes et eux trois nous rendront hommage et service comme devant.

Vicecomes Turanie tenebit de rege Francorum id quod debet, et de nobis id quod debet.

Le vicomte de Turenne tiendra du roi de France ce qu’il doit, et de nous ce qu’il doit.

De Fortunato de Gorduno sic erit : quod si poterimus probare per sacramenta viginti vel triginta legitimorum hominum quod duo castella, scilicet Caseaus et Perillac, tenuissemus per unum annum et unum diem, et amplius, et nos ea predicto Fortunato tradidissemus, si nos ea habere voluerimus, dominus noster rex Francorum inde se non intromittet.

Le sort de Fortanié de Gourdon sera le suivant : si nous pouvons prouver par le serment de vingts ou trente hommes légitimes que nous avons tenu les deux châteaux de Cazals et Peyrilles pendant une année et un jour, et davantage, et que nous les avons donné audit Fortuné, et si nous voulons les avoir, notre seigneur le roi de France ne pourra s’y opposer.

De domo Castelli Novi Turonis edificanda, faciemus ad consilium archiepiscopi Remensis et Drogonis de Melloto.

Pour la construction de la demeure du château neuf de Tours, nous nous en remettrons au conseil de l’archevêque de Reims et au conseil de Dreu de Mello.

De Andeliaco sic erit : quod nec dominus noster rex Francorum nec nos in eo clamamus feodum sive dominium ; et si contigerit quod archiepiscopus Rothomagensis in terram regis Francorum aut suorum sententiam interdicti vel excommunicationis miserit, dominus rex Francorum poterit assignare ad Andeliacum et ad ea que archiepiscopus ibi habet, et ad ejus pertinentias, usque dum duo diaconi vel presbiteri, quos rex Francorum per sacramentum suum bona fide ad hoc elegerit, et duo diaconi vel presbiteri quos nos per sacramentum nostrum bona fide ad hoc elegerimus, decreverint utrum interdictum vel excommunicatio juste latum fuerit an injuste.

Pour les Andelys, il en sera ainsi : ni Monseigneur le roi de France, ni nous-mêmes n’en réclamerons le fief ou la propriété ; et s’il arrive que l’archevêque de Rouen envoie une sentence d’interdit ou d’excommunication sur la terre du roi de France ou des siens, le seigneur roi de France pourra confisquer les Andelys, ce que l’archevêque y possède et ses dépendances, jusqu’à ce que deux diacres, ou prêtres, que le roi de France aura choisi en bonne foi, sous serment, et deux diacres, ou prêtres, que nous aurons choisis de même, décident si l’interdit ou l’excommunication ont été jetés justement ou injustement.

Si decreverint quod juste, rex Francorum predicto archiepiscopo reddet Andeliacum et ea que interim exinde levaverit, et ad verbum dictatorum faciet emendari.

S’ils décident que cela fut juste, le roi de France rendra les Andelys audit archevêque et ce qu’il aura perçu pendant ce temps, et il expiera selon le jugement des arbitres.

Si vero decreverint quod injuste positum fuerit, ea, que rex Francorum de Andeliaco et de pertinentiis ejus levaverit, in deperdito erunt archiepiscopi, et archiepiscopus interdictum vel excommunicationem solvet. Similiter erit de nobis.

Mais s’ils décident que cela fut jeté injustement, tout ce que le roi de France aura levé sur les Andelys et ses dépendances sera perdu pour l’archevêque, et l’archevêque lèvera l’interdit ou l’excommunication. Il en sera de même pour nous.

Si aliquis predictorum dictatorum moreretur, hinc vel inde, per sacramentum alterius nostrum alter loco mortui similiter supponetur.

Quando archiepiscopum mori contigerit, redditus de Andeliaco et de pertinenciis erunt in manu capituli beate Marie Rothomagensis donec alius succedat archiepiscopus.

Si l’archevêque meurt, les revenus des Andelys et de ses dépendances iront au chapitre de Notre-Dame de Rouen, jusqu’à ce qu’un autre archevêque lui succède.

Nec nos aliquod malum faciemus predictis dictatoribus, propter arbitrium ipsorum. Andeliacum non poterit inforciari.

Et nous, nous ne causerons aucun tort auxdits arbitres à cause de leur sentence. Les Andelys ne pourront être fortifiés

Nos domino nostro, regi Francorum, faciemus quitari omnia illa que cepit de rebus ecclesiarum terre nostre, que sunt in terra sua ; et idem rex Francorum similiter nobis.

Quant à nous, nous tiendrons pour quitte notre seigneur le roi de France de tous les biens qu’il a pris aux églises de notre terre, et qui sont sur la sienne.

Neque nos neque rex Francorum de cetero, propter aliquam guerram que evenire possit, aliquid capiemus vel supercapiemus de rebus ecclesiarum, alter de terra alterius.

Le roi de France fera de même pour nous. Désormais, ni nous, ni le roi de France, si une guerre éclatait, ne prendrions ni reprendrions des biens des églises de la terre de l’autre.

Et in ea pace et libertate erunt ecclesie, hinc inde, in qua erant ante guerram.

Et les églises jouiront de part et d’autre des mêmes paix et liberté qu’avant la guerre.

 Amodo non intromittemus nos de hominibus regis Francorum, neque de feodis qui ad eum pertinent.

Ensuite, nous ne nous opposerons pas aux hommes du roi de France, ni aux fiefs qui dépendent de lui.

Nec ipse de nostris ; salvis tamen regi Francorum serviciis que ipsi debemus, de feodis quos ab ipso tenemus, sicut feudi apportant.

Il agira de même envers nous, sauf les services que nous devons audit roi de France, pour les fiefs que nous tenons de lui, comme les vassaux doivent les rendre.

 Neque nos recipiemus amodo homines ligios regis Francorum contra ipsum quamdiu vixerit, nec ipse nostros homines ligios contra nos quamdiu vixerimus.

Nous ne recevrons de plus aucun homme lige du roi de France contre lui, tant qu’il vivra, ni lui nos homme liges, contre nous, tant que nous vivrons.

Hiis omnibus peractis, comes Lecestrie et omnes prisones et ostagii prisonum, prout divisum est, hinc inde liberabuntur.

Après l’accomplissement de ces clauses, le comte de Leicester, tous les prisonniers et tous les otages des prisonniers, comme cela a été décidé, seront libérés de part et d’autre.

Nos juravimus bona fide quod nos hec tenebimus, et rex Francorum similiter.

Nous jurons de bonne foi que nous observerons cela et le roi de France de même.

Que omnia supradicta ut firma et stabilia permaneant, sigillo nostro confirmamus.

Pour que toutes les choses susdites demeurent fermes et stables, nous les confirmons par notre sceau.

 

Actum inter Gallionem et Vallem Rodolii, anno Incarnati Verbi millesimo centesimo nonagesimo quinto.

Fait entre Gaillon et Vaudreuil, l’an du Verbe incarné mil cent quatre-vingt-quinze.

 

 

 

Le sort des fiefs du Berry, depuis si longtemps en litige, y fut réglé.

Le roi de France abandonnait au roi d'Angleterre : Issoudun et Graçay, avec toutes leurs dépendances féodales, les fiefs de La Châtre, de Saint-Chartier et du Châtelet, pour lesquels André de Chauvigny rendait l'hommage à Philippe-Auguste ; enfin celui de Châteaumeillant, pour lequel Eudes de Déols, oncle de Denise, se reconnaissait vassal du roi de France.

En retour, Philippe-Auguste était autorisé, on ne comprend pas très bien pourquoi, à fortifier, s'il le voulait, Villeneuve-sur-Cher, qui était dans ses domaines.

On laissait en possession de leurs fiefs ceux des seigneurs qui avaient violé la foi promise au roi d'Angleterre : toutefois, ils étaient tenus à l'hommage. Cette amnistie s'appliquait en Berry à Bernard, vicomte de Brosses; traître à Richard, il était devenu depuis le mois de mars 1194, l'homme-lige de Philippe-Auguste, dont il avait reçu la promesse que jamais il ne serait contraint de rentrer sous le service qu'il avait renié.

(Entrainement des troupes de Cadoc (Cadocius, Lambertus Cadulci ) ==> 1213 Savary de Mauléon commande la flotte de Philippe Auguste bataille navale de Damme)

Philippe-Auguste confia la garde du château de Gaillon au chef des routiers Caldulc, autrement dit Cadoc (22), qui était à sa solde ; il l'en nomma châtelain, et lui confirma peu après le don de cette forteresse par la charte suivante

«Philippe, par la grâce de Dieu, etc., sachent tous, tant présents qu'à venir, que nous, à raison du fidèle service que Cadulc, châtelain de Gaillon nostre cher et fidèle, nous a fait, donnons à perpétuité, à lui et à ses héritiers de son épouse légitime, le château de Gaillon avec toutes ses appartenances et ses domaines, et Thoeni, tant en fief qu'en domaine, ainsi qu'il l’a tenu jusqu'à présent, et la terre de Jean-de-l’Isle, du bailliage du Vaudreuil, et Sainte-Anastasie, du bailliage d'Exmes.

Or, le même Cadulc, et les héritiers de son épouse légitime, tiendra les choses susdites, de nous -et de nos héritiers, à perpétuité, en fief et hommage lige, par le service de quatre chevaliers, selon les us et coutumes de Normandie (23).

Cadoc était châtelain de Gaillon dès 1196, lorsqu'il défendit cette place contre Richard Coeur-de-Lion et le blessa lui-même au genou d'un trait d'arbalète (24).

Ce traité ne fut pas plus durable que les autres : cette combinaison, imposée par les médiateurs, ne satisfaisait aucun des deux rois.

Dans l'été de 1196, la guerre reprit.

Anglais et Français se sont mutuellement adressé le reproche d'avoir violé la paix : il y eut probablement des torts des deux côtés. Toutefois, les hostilités ne se reproduisirent pas de suite en Berry.

Les années 1197 et 1198 se passèrent ainsi en guerres dans la Normandie, le Beauvaisis, l'Artois, le Vermandois, la Flandre, la Picardie, la Bretagne.

 

 

1197 Gaillon Andelys

1197 Richard Cœur de Lion courut mettre le siège devant le château de Gaillon. Son cheval y fut tué sous lui, et lui-même reçut une blessure au genou.

 

La trêve passée entre Richard et Philippe-Auguste, que nous avons mentionnée plus haut, ne devait pas être de longue durée.

Une année ne s'était pas encore écoulée, que la guerre éclatait de nouveau.

Pendant ce temps, Richard avait appelé sous ses bannières un grand nombre de Bretons à demi sauvages du pays de Galles, et une multitude de Brabançons aux ordres du fameux routier Mercader.

A ces mercenaires s’étaient réunis les chevaliers du Poitou et de la Guienne, mécontents de Philippe qui les avait abandonnés.

Les auxiliaires gallois de Cœur-de-Lion se répandirent dans les pays couverts de forêts et ravagèrent avec leur férocité naturelle les frontières de France. Partout où ils trouvaient un libre accès, ils tourmentaient horriblement les vieillards et les enfants.

Le roi ne laissa point leurs dévastations impunies ; il parvint à les envelopper dans la vallée des Andelys et les tailla en pièces. « Un seul jour en vit périr jusqu’à trois mille quatre cents (La Philippide, chant v. ). »

 A la nouvelle de cet événement, Richard ne put contenir sa terrible colère. Il fit aussitôt précipiter dans la Seine, du haut d’un rocher, où depuis fut construit le château Gaillard, trois prisonniers français, et arracher les yeux à quinze autres; puis il envoya ces malheureux au camp de Philippe, sous la conduite d’un captif auquel il avait laissé un œil. Celui-ci, en représailles de cette atrocité, ordonna d'infliger le même supplice à quinze chevaliers anglo-normands qu’il envoya au roi des Anglais, leur donnant pour guide la femme de l’un d’eux.

 

Trois autres furent également précipités par ses ordres du haut d'un rocher, « afin que nul ne le put estimer inférieur à Richard en force et en courage, ou penser qu’il le redoutât. »

Quelque temps après, le monarque anglais alla investir les murailles de Gaillon.

Il cherchait avec soin le chemin par lequel il pourrait pénétrer jusque dans la citadelle, lorsque le châtelain, nommé Cadoc, l’ayant vu du haut d’une tour, lui lança un trait d’arbalète; ce trait frappa le roi au genou et s’enfonça dans les flancs du cheval. Blessé d'un coup mortel, l’animal put à peine transporter au milieu des siens son maître, qui proférait en même temps des menaces de mort contre le seigneur de Gaillon.

Le poëte de Philippe-Auguste, Guillaume le Breton, le seul qui nous ait transmis cet événement, le raconte ainsi :

Nec multo post haec Gaillonis cingere muros

Obsidione volens ibat propè mœnla castri

Expiorando vias quibus ascensu breviori

Difficilique minus arcem penetrare valeret.

Quem dominus castri summâ de turre Cadocus

Intuitus, jaculum balistâ misit ab areu,

Perque genu régis in equi latus impulit ictum.

Vertitur in gyrum qiiadrupes, dominum que suorum

Vix tulit ad cœtum lethali cuspide laesus,

Gaillonis domino, vivat modo, multa minantem (Philippidos lib. V, vers. 2 58.).

 

 

Lorsque Richard eut été guéri à l’aide de puissants remèdes, et par le soin d’une main savante, plus fort et plus irrité que jamais, il reprit toute sa fureur et recommença la lutte avec plus de violence.

Dans cette nouvelle invasion, le comte de Mortain, qui voulait signaler sa fidélité, entra sur le territoire de Beauvais, suivi des redoutables Brabançons, tua beaucoup d’hommes et enleva un immense butin.

 Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, ne put voir sans indignation son diocèse ainsi ravagé par le fer et la flamme, et, se livrant à ses dispositions martiales, il marcha contre l’ennemi à la tête de quelques nobles et de la milice communale.

Vaincu et pris dans une rude mêlée par Mercader, l’intrépide prélat fut envoyé au roi d’Angleterre.

On ne pouvait offrir à Richard un présent qui lui fût plus agréable. Il se souvenait en effet que cet évêque, autrefois ambassadeur français à la cour de l’empereur Henri VI, avait sollicité avec instance contre sa liberté. Aussi le fit-il jeter dans une obscure prison du château de Rouen et charger de lourdes chaînes.

Après de vains efforts pour apaiser le ressentiment du monarque, l’illustre captif réclama l’intervention du pape Célestin III afin de recouvrer sa liberté. Le saint-père lui reprocha d’avoir changé la mitre contre le casque, le bâton pastoral contre la lance, et d’avoir négligé les pacifiques fonctions de son état pour se mêler au tumulte des camps. Il apprenait avec peine qu’il eût combattu en faveur d’un prince déloyal qui, malgré son serment, avait envahi les domaines de son frère d’armes, du champion de la croix.

Célestin consentit à intercéder pour lui, comme pour un ami, sans employer son autorité de souverain pontife.

En effet, il écrivit à Richard une lettre dans laquelle il le priait de lui rendre son cher fils l’évêque de Beauvais.

En réponse, Richard envoya au pape la cotte de mailles du prélat toute couverte de sang, avec ces paroles de l’Écriture sainte: « Reconnaissez-vous la robe de votre fils? » Le pape vit bien que l’évêque avait guerroyé comme un baron, et il n’insista plus.

Ce ne fut que longtemps après, et sous le règne de Jean Sans-Terre, que Philippe de Dreux recouvra sa liberté au prix d’une rançon de deux cents marcs d’argent (Roger de Hoveden).

Au mois de juillet, les deux rois se trouvaient encore en présence dans les plaines de la Normandie.

Richard occupait le Vexin avec quinze cents hommes d’armes, quarante mille combattants d’un ordre inférieur et les bandes nombreuses de Mercader.

Philippe comptait marcher sur Gisors, dont il voulait entreprendre le siège.

Informé de ce dessein, le roi d’Angleterre dressa une embuscade à l’ennemi entre Gisors et Courcelles.

Il couvrit de ses chevaliers les plaines et les vallons qui entourent cette dernière ville, et disposa en bon ordre ses cohortes armées dans les champs du Vexin, pour fermer la route aux Français.

Philippe, ne connaissant ni les forces ni la position de son rival, quitta Mantes à la tête de cinq cents chevaux, se dirigea vers les murailles de Gisors et vint tomber au milieu des troupes nombreuses de son adversaire.

Matthieu de Montmorency et Manassé de Mauvoisin s’aperçurent les premiers qu’ils étaient environnés d’armes étincelantes et qu’il ne se présentait aucun chemin, ni à droite, ni à gauche, pour sortir d’embarras. Retourner sur ses pas et faire une prompte retraite était le seul moyen d’éviter le péril.

Manassé de Mauvoisin, chevalier fort dans le conseil, et plus fort encore dans le combat, alla aussitôt prévenir le roi, qui, toujours intrépide, continuait sa route, et l’arrêtant par la bride de son cheval, il lui dit : « Où cours-tu? Veux-tu te livrer à l’ennemi? Quel secours pourront te prêter nos armes? Comment une si faible troupe osera-t-elle combattre tant de milliers d’hommes de manière à défendre sa vie seulement pendant une heure? Tous les chemins sont coupés d’avance. Tournons bride promptement et retirons-nous en un lieu de sûreté, tandis qu’il nous est permis de le faire, et que l’ennemi ne nous enveloppe pas encore de tous côtés. »

Philippe vit le péril auquel il était exposé; mais le point d’honneur chevaleresque l’empêcha de fuir. « Loin de moi, répondit-il, que j’abandonne mon entreprise pour quelque ennemi que ce soit, ou que je tourne le dos en présence des Anglais !

 Il faut que cette route royale me conduise à Gisors.

Loin de nous que dans notre « royaume un étranger puisse nous effrayer!

Si tout chemin nous est refusé, si les champs et les vallons nous sont fermés, que chacun s’ouvre avec son épée un passage à travers les ennemis. Loin de nous que l’on puisse reprocher une faute au roi des Français! La valeur ne se montre pas au nombre, mais au cœur des guerriers (La Philippide, chant v.). »

À ces mots, il s’élance avec impétuosité au milieu des Anglais qui s’efforcent de l’arrêter. Ses braves compagnons l’imitent; ils succombent sous le nombre.

Le roi parvint cependant à se frayer un passage vers le pont de Gisors avec quelques chevaliers et quatre- vingts servants d’armes. Au moment où il se hâte de le franchir, ce pont de bois s’écroule sous le poids des hommes et des chevaux et entraîne vingt chevaliers tout armés et Philippe lui-même dans la rivière d’Epte.

La plupart périrent : le roi se tira de l’eau, grâce à la vigueur de son cheval, et gagna sans autre accident la rive opposée, avec le brave des Barres et Milon de Puiset.

 Dans ce péril extrême, il fut redevable de son salut au dévouement de ses serviteurs. Pour lui donner le temps de se dégager de la rivière, ils revinrent généreusement sur les assaillants et renouvelèrent le combat jusqu’à ce qu’ils fussent tous pris ou tués.

 Le comte Guy de Nevers, Philippe de Nanteuil, Robert de Saint-Denis, Everard de Montigny, Gauthier de la Porte, Matthieu de Marne, le sire de Montmorency et un grand nombre d’autres barons de l’escorte royale, restèrent entre les mains des vainqueurs (1198.)

Richard, tout joyeux de ce succès, se vanta avec complaisance, dans une lettre écrite en Angleterre, d’avoir forcé le roi de France à boire copieusement des eaux de la rivière d’Epte (Et rex Franciæ, ut audivimus, bibit de riveriâ, bibit et copiosè bibit.  Roger de HOVEDEN.)

Le combat de Gisors ne fut pas fécond en résultats pour la cause de Richard ; ce prince conserva cependant l’avantage sur Philippe, qu’avaient abandonné la plupart des grands vassaux.

Le comte de Flandre rentra dans l’Artois, dont il essaya d’achever la conquête, et s’empara de Saint- Omer, l’une des plus fortes places de cette province.

Le peuple n’apprit qu’avec tristesse ces revers du roi, et les attribua sans hésiter à une mesure qu’il venait d’adopter. Comme il avait besoin d’argent afin de poursuivre l’exécution de ses projets, les juifs lui avaient fait offrir une somme considérable, s’il lui plaisait de révoquer l’édit de bannissement rendu contre eux au commencement de son règne. Philippe y avait consenti, et par une nouvelle déclaration avait rappelé les juifs dans son royaume. Pour sauver sa religion et mettre à couvert sa conduite, il leur avait imposé des conditions qui semblaient remédier aux désordres dont on accusait cette nation touchant l’usure.

 

==> Du 17 octobre 1197 Lettres patentes de Richard, roi d'Angleterre, contenant l'échange des villes d'Andelys, à celle de Dieppe, Bouteilles, Louviers, Aliermont, et autres dont jouit a présent monseigneur l'archevêque de Rouen.

 

ANNÉE 1199.

Dévastation de Vierzon

 

Ce fut bien sûrement la faute de Richard si notre province eut de nouveau le triste spectacle de la guerre et de ses funestes ravages. Pour un fait que d'ailleurs nous ignorons, le roi d'Angleterre, sans s'inquiéter même d'être à la fois juge et partie, avait cité à comparaître devant sa cour, Guillaume 1er, fils d'Henri 1er, seigneur de Vierzon, ce fief faisant peut-être déjà partie de la mouvance d'Issoudun attribuée par le dernier traité au roi d'Angleterre.

Or, quoique ce seigneur fût le vassal de Richard, il ne dépendait que de la justice du roi de France, car, d'après le droit féodal, toute contestation survenue entre le vassal — ici Richard, vassal du roi de France — et l'arrière vassal — ici Guillaume de Vierzon — devait être portée à la cour du seigneur le plus élevé dans la hiérarchie, c'est-à-dire, ici, au suzerain lui-même, à Philippe-Guillaume, fort de ce droit, déclina la juridiction qu'on prétendait lui imposer et vint à Paris, se plaindre à Philippe-Auguste.

 Pendant son absence, Richard, malgré la parole qu'il lui avait donnée de ne lui faire aucun tort, envahit ses domaines dont Guillaume le Breton dans sa Philippide, chante la merveilleuse fertilité et le magnifique aspect.

De ce superbe fief il ne laisse qu'une ruine: après avoir pillé la ville, il y met le feu, puis il se retire avec un riche butin (25).

 Il ne restait plus au roi de France qu'à venger le seigneur de Vierzon ; il ne faillit pas à ce devoir.

Philippe fit aussitôt remplir de serviteurs et de soldats les garnisons de ses villes et de ses châteaux en Berry, puis il courut châtier son ennemi, occupé à défendre son duché de Normandie.

Les hostilités, menées avec beaucoup d'ardeur, furent brusquement interrompues, comme si le ressort qui entretenait le mouvement venait de se briser.

C'est que Richard venait de tomber percé d'une flèche en examinant les travaux du siège de Chaluz-Chabrol, en Limousin.

 Le roi d'Angleterre assiégeait ainsi dans son château un de ses seigneurs, Adhémar V, vicomte de Limoges, qui avait refusé de lui livrer un trésor récemment découvert, Mercadier, à la tête de ses cottereaux dirigeait l'attaque.

C'est le 26 mars que fut blessé Richard Coeur-de-Lion, il ne mourut que le 6 avril, après avoir interrogé son meurtrier, auquel il pardonna en considération de son énergique franchise, et assuré sa succession à son frère Jean sans Terre.

==> Châlus - Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.

« Le roi Richard est mort, et mille ans se sont passés sans qu'il, mourût un homme dont la perte fût aussi grande. Jamais il n'a eu son pareil ! Jamais personne ne fut aussi loyal, aussi preux, aussi hardi, aussi généreux. Alexandre, ce roi qui vainquit Darius, ne donna jamais davantage; ni même autant. Je ne crois pas que Charlemagne ni Arthur le valussent. Pour dire la vérité, il se fit, par tout le monde, redouter des uns et chérir des autres. »

Ainsi chanta le troubadour Gaucelm Faidit, et ce chant de deuil fit le tour du monde chrétien.

Sans prétendre rééditer cet éloge exagéré, nous ne voudrions pas laisser planer une ombre sur la mémoire de ce vaillant prince, à cause des ruses et même des infidélités dont il s'est rendu coupable envers notre souverain et des malheurs qu'il a fait peser sur notre Berry.

Sa mort fut le signal de la délivrance de cette province.

 Au mois de mai suivant, Jean sans Terre, devenu possesseur légitime de ce trône si longtemps et si ardemment convoité, signait avec Philippe-Auguste le traité suivant.

Mai 1200 Signé à Gaillon

Dedimus autem in maritagio Ludovico, filio regis Franciae, cum filia regis Castellae, nepte nostra, féodum Exolduni, id est feodum Crascaii, et feoda Biturigii, sicut Andreas de Calviniaco ea tenebat de rege Angliae.

 «Nous avons donné en mariage à Louis, fils du roi de France avec la fille du roi de Castille, notre nièce, le fief d'Issoudun, le fief de Graçay, ainsi que les fiefs du Berry, qu'André de Chauvigny tenait du roi d'Angleterre.

 

Et le roi de France restera saisi de tous ces fiefs jusqu'à ce que le mariage soit consommé ; et quoi qu'il advienne dudit mariage, avant qu'il ne se fasse, le roi de France les retiendra pendant toute sa vie, et ils retourneront à nous et à nos héritiers, si ledit seigneur Louis n'a pas d'héritier issu de notre nièce. »

Ce traité fut suivi d'une charte du 22 mai de la même année, par laquelle le roi d'Angleterre enjoint à André de Chauvigni de rendre l'hommage et de prêter le serment de fidélité au roi de France pour es fiefs qu'il possédait en Berri ; attendu que par le traité fait entre les deux rois , ils étoient convenus que les fiefs de Berri, ou plutôt la mouvance de ces fiefs appartiendroit au roi de France, pour être tenus de lui de la manière qu'ils étoient tenus auparavant du roi d'Angleterre :

Per pacem factam inter dominum nostrum Philippum, illustrem regem Franciaee, et nos, remanent domino régi Franciae feoda Biturigii, sicut ea tenebat is de rege Angliae….  unde vobis mandamus quatenus praeedicto régi Franciae homagium et fidelita tem faciatis.

 

==> 22 Mai 1200 - Traité de paix du Goulet conclu entre Philippe II Auguste et Jean sans Terre.

 

Mais nous savons que de l'union bénie de Louis VIII et de Blanche de Castille, naquit Louis IX, celui que là postérité a surnommé le Grand et que l'Église aime à appeler le Saint.

Nous n'aurons donc plus la douleur, de voir l'Anglais insolent s'installer et parler en maître dans notre cher Berry.

 

 

 

 

1205, du 10 au 30 avril, Lyon la Forêt

Philippe Auguste donne à Cadoc châtelain de Gaillon, la jouissance viagère de Tosny.

Notum etc. quod nos Cadulco, castellano Caillants, damus Thoeniacum ad vitam suam tenendum in eo puncto in quo illud modo tenet. Quod ut firmum etc. salvo jure et servicio nostro confirmamus. Actum apud Lions, anno Domini M° CC°, quinlo, mense aprili.

 

Après la mort à Chalus de Richard, Jean Sans-Terre étant monté sur le trône confirma au roi de France la possession de Gaillon.

Ce fut de Gaillon que Philippe -Auguste partit pour se rendre au siège du château Gaillard, dont la prise décida de la conquête et du sort de la Normandie

En 1203, au siège du Château Gaillard, Cadoc plante le premier sa bannière sur une tour de cette forteresse.

Il était donc chevalier banneret c'est ce qu'atteste d'ailleurs la liste des chevaliers bannerets, que renferme le Registre A de Philippe-Auguste car on y voit figurer le châtelain de Gaillon.

Quoiqu'il fût lui -même banneret, Cadoc avait sous ses ordres, non des chevaliers, ni des sergents à cheval, mais des fantassins; les routiers, comme les Brabançons du comte de Boulogne à la bataille de Bouvines, combattaient à pied.

 Le Roman d'Eustache Le Moine montre Cadoc à la tête de 300 sergents: c'est à peu près le nombre d'hommes auquel parait correspondre la solde indiquée par le Compte général de 1202.

 

Temporis id circâ rex è Gallione profectus

Venerat Andelii castrum visurus…..

Il en avait emmené avec lui le châtelain, le terrible Cadoc.

Cumque suâ nulli ruptâ parcente Cadocus.

Le chef des routiers seconda puissamment le roi de France à ce siège fameux; mais ce ne fut pas à titre gratuit. Si fan en croit le chantre de la Philippide, il recevait par jour mille livres de solde.

Gui rex quotidiè soli pro seque suisque

Libras mille dabat. ….

L'année qui suivit la reddition du château Gaillard, Cadoc faisait construire à Gaillon une chapelle, qui fut dédiée à la sainte Vierge et à saint Antoine par l'évêque d'Évreux.

 Plus tard le châtelain de Gaillon faisait don de cent livres parisis aux chanoines de sa chapelle. Il pouvait se permettre cet acte de générosité; ce n'était que le dixième de la solde d'une de ses journées passées devant le château Gaillard, et le siège avait été long.

 

1220-1227. Emprisonné par Philippe Auguste

 

Cadoc vit principalement à Gaillon, même si ce lieu est assez éloigné de son bailliage. Il fait tache au milieu des autres baillis de Normandie, qui ont la réputation d'être justes et peu corrompus.

 Seigneur de Gaillon et bailli de Pont-Audemer, Cadoc vole et exproprie sans vergogne durant 15 ans.

Des représentants de Pont-Audemer se plaignent de ses actes auprès du roi.

En mars 1207, Philippe Auguste lui ordonne de laisser en paix les moines du Valasse. De plus, il est accusé de n'avoir pas remboursé au Trésor royal une dette de 14 200 livres parisis.

En 1219 ou 1220, des troupes de Philippe Auguste prennent d'assaut le château de Gaillon.

Des contestations s'étant élevées sur l'étendue et sur les droits de la châtellenie, il intervint une enquête, dans laquelle figura en première ligne, comme témoin, juratus, l'ancien châtelain de Gaillon, Geoffroy Braket, celui que Philippe-Auguste, en 1194, avait assiégé et fait prisonnier.

Cadoc est arrêté.

Il perd ses biens et sa fonction de bailli. Il reste emprisonné sept ans durant,

La somme de 14 200 livres parisis est énorme quand on sait que les recettes du royaume de France, autour des années 1203-1205, sont estimées entre 70 000 livres parisis pour une année de paix et 130 000 pour une année de guerre.

 

ENQUÊTE SUR LA CHATELLENIE DE GAILLON.

 

Hec sunt nômina militum qui juraverunt éa jura quae pertinebant ad castellariain Ebrôicensem et ad castellariam de Gaillone dominus Gaufridus Baket, dominus Rogerus de Mellent, abbas de Cruce, Stephanus Dardies, Petrus de la Ronce, Laurencius de Garahault, Stephanus de Meisnil, Radulfus de Saci, Odo Havart de M.ri, Reg…… Sauce milites, Rog' Camin miles, Camin Draparius, Rob. Juresalemier.

In primis dns Gauf Barket, qui fuit castellanus de Gaillone tempore comitis Ebroicensis, tamdiu quod dominus rex obsedit castellum et cepit eum in castello, juratus, dicit quod dominus Johannes de Albavia, Gillebertus de Autolio, Robertus Borel milites, et feodum as Pointeleis et feodum Rog. Gamin non debebant apud Gaillonem aliquïd servicium nec homagium nec custodiam nec relevagium, immo servicia qualia debent de feodis suis debent facere apud Ebroicas.

Tout d'abord, Gauf Barket, qui était châtelain de Gaillon à l'époque du comte d'Ebroicensis, tant que le seigneur roi assiégea le château et le captura dans le château, dit sous serment que le seigneur Johannes de Albavia, Gillebertus de Autolius , les soldats de Robert Borel, et les honoraires de Pointeleis et les honoraires de Rog . Gamin ne devait à Gaillon aucun service, ni hommage, ni garde, ni secours, mais plutôt les services qu'ils doivent de leurs honoraires chez les Ebroica.

De nemoribus inter Caducum et dominum Gillebertum de Autilio, dicit idem Gaufridus quod in illis non capiebunt comites Ebroicenses aliquem consuetudinem nec escharaiz nec hordamenta ad castellum de Gaillone, nec facere debent, imo illud nemus erat proprium domini Gilleberti de Autolio et hominum suorum et dictus Gillebertus dictum nemus tenebat de castellaria Ebroicensi.

De garena ita dicit, quod durat ab illo fossato usque ad leproseriam de Rolle sicuti Secana proportat ad Rasum de Gaillone usque ad Cestiz de Nocreia, sicuti limes Vernon et Gallîaï proportat.

De justiciis vero, dicit quod bellum pro quaque re quando contingebat Gaillonem tenebatur apud Ebroicas, et omnes querelae de quibus bellum poterat evenire apud Ebroicas terminabantur, et salva omnis justicia hominis destrnendi.

( Trésor des chartes, Normandie, I.)

 

 

 

 

 

1227-1231. Libéré

En août 1227, Blanche de Castille libère Cadoc.

 Pour payer sa dette, il s'engage à donner à la couronne toutes ses possessions immobilières (Gaillon, Tosny, le moulin d'Auteuil…). Ses amis cautionnent le surplus de sa dette. L'évêque d'Évreux, Richard de Saint-Léger, est le rédacteur de la charte de sa libération. Il est prévu d'excommunier Cadoc s'il ne tient pas parole.

 

1227, 10 août Lambert Cadoc, chevalier, abandonne tous ses biens à son seigneur, Louis IX, roi de France et à la reine Blanche, mère du roi, pour 14 200 livres parisis qu’il leur devait.

Ego Lambertus Cadulcus miles notum facio universis présentes litteras inspecturis, quod cum dominus meus darse quia contra me motus erat et quum de quadam summa pecunite, videlicet quâtuordecim milibus et ducentis libris parisiensibus quas debebam eidem, nec leceram gratum suum, me in suum carcerem posuisset, tandem iilustrissimo domino mêo Ludovico Franciae régi et illustrissimae dominae meae Blanchae reginae matri ejus placuit me a dicto carcere liberare, et ego liber et absolutus de carcere praedictis domino regi et dominae reginae, supra sacrosantae manu propria juravi quod ipsi domino regi et heredibus ejus et dominas reginae Blanchae matri suae de cetero bene et fideliter serviam, et omnia quae habebam, sive villas sive terras sive possessiones suas, sive ex donc si ve acquisitione sive quocumque modo, eis quittavi libere et absolute, et juravi quod in hiis nichil unquam de cetero reclamabo, nisi quae in hiis domino regi et dominae reginae placeret mibi dimittere, propria voluntate domino autem régi et damiae reginae placuit ea dimittere, quae de acquisitione habueram, videlicet granchiam terram de Torni, duas domos necnon pratum de Hameillon, granchiam Thyronis, Groolaium molendinum de Bellomonte Rogeri, molendina Montisforti prata domus Bernaii Tevrayum Tyleium Paperont et Alnetum, cetera siquidem propter dictam summam pecuniae retinuerant, videlicet Gaillonem Thoomae Noa, molendinum et domum Pontis Archae, triginta et duos modios vini apud Longevillam, et id quod habebam apud Lymare terram, et domum apud Pontem Audomari, Fresneiam Fayet, Sanctam Anastasiam et Fontanas cum eorum pertinentiis, et quicquid acquisieram in eisdem, et omnes cartas quas super hiis habebam in manu domini regis manu propria resignavi.

 

Moi, Lambert Cadoc, le soldat, fais savoir à tous les inspecteurs présents par lettre, que lorsque mon maître s'est rendu parce qu'il avait agi contre moi, et qu'il m'a mis dans sa prison environ une certaine somme d'argent, à savoir quatorze mille deux cents livres parisiennes, que je lui devais, et je n'ai pas cherché son plaisir, Enfin, il a plu à mon très illustre seigneur Louis, roi de France, et à ma très illustre dame Blanche, sa reine mère, de me relâcher de ladite prison, et moi, étant libre et absous de prison aux susdits seigneur, roi et reine, j'ai juré de ma propre main sacrée que le seigneur le roi lui-même et ses héritiers et dames, je servirai bien la reine Blanche sa mère et fidèlement pour le reste, et tout ce que j'avais, soit des villages, soit des terres, soit leurs possessions, soit par acquisition donc si ve, soit de toute autre manière, je leur ai laissé librement et absolument, et j'ai juré que je ne me plaindrais jamais de rien en ceux-ci, à moins qu'il ne plaise au seigneur, au roi, et à la dame, à la reine, de les lâcher, selon leurs propres volontés Mais il a plu au seigneur le roi et à la reine de libérer ces choses que j'avais par acquisition, c'est-à-dire une ferme de terre à Torni, deux maisons et un pré à Hameillon, une ferme à Thyron, le moulin Groolaium de Bellomont Rogeri, le moulin de Montifort, les prés de la maison de Bernai Tevray, Tyleium, Paperont et Alnet, et le reste.
En effet, pour la somme d'argent précitée, ils avaient retenu, c'est-à-dire le Gaillon de Thooma Noa, le moulin et la maison de Pontis Archa, trente-deux mesures de vin à Longeville, et ce que j'avais à Lymare, la terre et la maison à Pontus Audomari, Fresneia Fayet, Sancta Anastasia, et Fontanas avec leurs dépendances, et tout ce que j'avais acquis dans le même, et toutes les chartes que j'avais sur ceux-ci dans la main du seigneur le roi, j'ai démissionné de ma propre main.

Requisivi autem venerabilem patrem meum in Christo Ricardum Ebroicensem episcopum, ut si de bono et fideli servicio domino régi, vel heredibus suis, vel dominée reginae matri suae, aliquo unquam tempore deficerem, vel a predictis quittationibus in aliquo resilirem, ipse in me et assistentes michi ferret sententiam excommunicationis; quod ut perpétuas stabilitatis obtineat firmitatem présentes litteras sigilli mei munimine çonfirmavi.

Actum Parisius, anno gratiae m° ducentesimo vicesimo septimo mense Augusti, in festo beati Laurencii.

Et j'ai demandé à mon vénérable père en Christ, Richard, évêque d'Èbre, que si je manquais à tout moment dans le bon et fidèle service de mon seigneur le roi, ou de ses héritiers, ou de sa dame la reine mère, ou si je devais Je n'échoue dans aucune des renonciations précitées, moi-même et mes assistants, il porterait la peine d'excommunication ; qu'afin qu'elle obtienne une stabilité permanente, j'ai confirmé la présente lettre sous la protection de mon sceau.


Fait à Paris, l'an de grâce, au mois d'août, l'an de grâce, en la fête de la bienheureuse Laurence.

(Trésor des chartes, Quittances, l, n° 3, J. 473.)

 

Hii sunt plegii pro Cadulco, quondam Gallionis castellano, domino régi et matri ejus.

Guillelmus Malivicini est plegius de centum marcis.

Robertus de Ivriaco, de c marcis.

Amalricus de Mellento, de centum libris.

Doininus de Aquilae, de c marcis.

Dominus Herveus de Castro, de c marcis.

Guillelmus de Sancto Celerino, de c marcis.

Rogerus Pescheveron, de c marcis.

Amaricus de Gaci, de c marcis.-

Herveus de Rois, de c iibris.

Gacius de Pissiaco, de c libris.

Guillelmus de Albevia, de c libris.

Guillelmus de Baliolio, de c libris.

Jordanus de Tatinus, de c libris.

Summa, II c libra.

(Ms. 8408, 2.2, 8, f XIII r°, c. 2.)

 

 

 

 

 

En 1229, Cadoc est pensionnaire à l'abbaye de Saint-Denis, où il passe sans doute la fin de sa vie.

Il meurt en 1231,.

 

 

 

 

FRANCOIS, professeurs d'histoire. Bulletin de la Société académique du Centre : archéologie, littérature, science, histoire et beaux-arts

 Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon / publ. d'après les registres manuscrits des trésoriers du Cardinal d'Amboise ; par A. Deville,...

Le Moyen âge : bulletin mensuel d'histoire et de philologie / direction MM. A. Marignan, G. Platon, M. Wilmotte

Bulletin de la Société académique du Centre : archéologie, littérature, science, histoire et beaux-arts

 Travaux de l'Académie nationale de Reims

 Oeuvres complètes du chancelier d'Aguesseau. Tome 7

 

 

 

 

 

 

 ==> Sainte Sévère en Berry sous Jean sans Terre- Hugues X de Lusignan

 

 

 


 

(1) Philippe-Auguste inspira, en effet, à Guillaume le Breton; un poème épique en vers latins, la Philippide, auquel les historiens du Berry ont fait de copieux emprunts. Quant à Richard, il a enflammé l'imagination d'une foule de chroniqueurs et de troubadours qui ne lui ont pas ménagé l'encens de la louange.

(2)   Pour n'en citer qu'un exemple qui peut trouver place dans ce travail, rappelons qu'à l'exemple de son aïeul, Louis-le-Gros, Philippe-Auguste fit sa première expédition en Berry, un mois après son couronnement (décembre 1179).

Appelé par les clercs qu'opprimait Ebbes XI, seigneur de Charenton, le jeune roi trouva là l'occasion désirée de faire ses premières armés et de gagner ses éperons de chevalier. Il n'eut d'ailleurs pas à combattre : il lui suffit de se présenter à la tête d'une armée ; Ebbes, hors d'état de se défendre, laissa ravager ses terres et emporter un riche butin, faisant en outre le serment de réparer ses torts.

(3)   Par la mort de son frère aîné Henri le Jeune, Richard était devenu, en 1186, l'héritier de toute la monarchie anglo-française, et derrière le comte de Poitiers il est aisé de voir agir le futur roi d'Angleterre. Il est évident dès lors que l'attitude provocatrice du roi de France trouvera un écho dans le tempérament bouillant de Richard.

 (4) Ce fief avait été donné à Marguerite de France, soeur de Philippe-Auguste, lors de son mariage, avec Henri le jeune, fils aîné d'Henri II. Ce prince étant mort sans enfant et sa veuve s'étant remariée à Béla, roi de Hongrie, le fief devait être restitué à la couronne de France."

(5) Châteauroux né du château que construisit avant 952 le sire de Déols, Raoul le Large (castrum Radulphi, château Raoul2)

Chronique de Déols « Anno DCCCCLII. Obiit Radulphus Largus, secundus Dominus Dolensis qui-aedificavit castrum Radulphi et dedit nobis castrum Dolense et quidquidjuris habebat. » (Chron. Dolensis Cenobii, Labbe, Nova Bibl. MSS., I, p. 315. Raynal, Histoire du Berry, I, p. 338).

(6) On donne ce nom de routiers (du vieux mot route qui signifie bande de soldats) à des bandes d'aventuriers pillards qui parcouraient le pays, offrant leurs services à qui voulait bien les payer, servant tour â tour et avec un égal enthousiasme, le roi de France et le roi d'Angleterre, et commettant trop souvent pour leur propre compte, les plus affreux désordres.

Beaucoup d'entre eux venaient du Brabrant, d'où le nom de Brabançons qui leur est donné.

 On les appelle encore Cottereaux, du nom d'un de leurs chefs, Jean Cottereau. Ils ne disparaitront qu'à la fondation de l'armée permanente.

(7). « La tradition raconte que, quelques années après, le dernier jour de juin 1196, la Sainte Image, auprès de laquelle se faisaient chaque jour de nombreux miracles, se remua comme si elle voulait changer de place et quitter ce lieu profane.

Les moines de l'abbaye de Déols la transportèrent dans l'intérieur de l'église. Plus tard encore, une élégante chapelle dans le style ogival, qu'on appela la chapelle des Miracles, fut construite au lieu même où: la statue était d'abord placée, un reliquaire conservait le sang miraculeux; des tapisseries, des tableaux chargés d'inscriptions reproduisaient la mémorable scène du cottereau.

La statue, fort endommagée par le temps, est conservée dans l'église Saint-Etienne, de Déols, » (de Raynal.)

Cette statue a été restaurée par un artiste, il y a quelques années et solennellement couronnée par Monseigneur l'archevêque de Bourges, entouré de plusieurs évêques et d'un grand nombre de prêtres, au milieu d'un concours magnifique de pieux fidèles.

 La fête des Miracles de Notre-Dame de Déols ou du Bourgdieu, se célébré chaque année, le 31 mai.

(8) Il est à croire que si Jean Sans-Terre avait été, enfermé et assiégé dans Châteauroux, il ne figurerait point dans cette scène.

(9). Cf. Etienne de Bourbon (édit. Lecoy de la Marche, p. 130) « Rex autem Anglie illi ecclesie privilegia et dona donavit. »

(10). Geoffroy, fils naturel de Henri II, évêque de Lincoln, puis archevêque d'York. Il était chancelier depuis 1182 et mourut en 1212. Cf. Léopold Delisle, Recueil des actes de Henri II, roi d'Angleterre et de Normandie, Introduction. Paris, 1909, p. 103-106 et p. 372-373.

(11). « Laquelle esglize s'appelle Notre-Dame de Redine », dit Jean de La Gogue dans son Histoire des princes de Déols (édit. Grillon des Chapelles, p. 339). « Redine » semble n'être que la graphie phonétique de Reading, ville où Henri II résida à plusieurs reprises.

De brachio pueri Jesu in matris gremio sedentis apud castellum Radulphi ictu lapidis fracto sanguine manante

Du bras de l'enfant Jésus assis sur les genoux de sa mère près du château de Ralph, brisé d'un coup de pierre et saignant de sang
Item exemplum quod nostris contigit diebus apud castellum Radulphi in Berico sive Biturica, exercitu Anglorum regis Henrici secundi tunc ibi existente, et exercitu Philippi Francorum régis, Lodovici filii, apud Yssoudun, de Bragmanno ante valvas ecclesiae majoris in aleis ludente ; qui, quoniam ei jactus versi sunt jacturam, in basphemiam pariter et amentiam versus, brachium pueri Jesu in matris gremio sedentis in superiori januae parte, sicut sculptura in Pario lapide praeferebat, jactu lapidis antecubitum per medium fregit ; et statim in quantitate non modica tam a brachio superiori quam et a parte quae cum manu in terram ceciderat, vidente utroque exercitu, quoniam ea occasione treuga inter eos facta fuerat aliquot diebus, multis remedia dans languoribus sanguis effluxit.
Aussi l'exemple qui s'est passé de nos jours au château de Ralph à Beric ou Biturica, l'armée du roi anglais Henri II s'y trouvant alors, et l'armée de Philippe le Franc, fils de Louis, à Yssoudun, de Bragmann jouant à les jeux devant les portes de la plus grande église ; qui, depuis que les flèches lui furent lancées, à la fois en blasphème et en folie, brisa le bras de l'enfant Jésus assis sur les genoux de sa mère dans la partie supérieure de la porte, tout comme la sculpture en pierre de Pario préférait, d'un jet de pierre il cassé l'antécube en deux ; et immédiatement en grande quantité, tant du haut du bras que du côté qui était tombé à terre avec la main, voyant les deux armées, puisqu'à cette occasion une trêve avait été conclue entre elles pendant plusieurs jours, le sang coula, donnant beaucoup de remèdes aux malades.

Blasphemus autem eadem hora in publico conspectu spiritum moribundus exhalavit. Sciendum etiam qupd imago matris percusso filio adeo tremere cœpit, quod puer fere excussus a gremio matris casum minaretur, digitisque tribus solito iuferius resedit, adeo quod zona rubra qua mater cincta videbatur cernentibus apparuit, quae tamen antea ab interiori parte non apparuerat.

Mais Blasphème rendit son dernier soupir à la même heure devant le public. Il faut aussi savoir comment l'image de la mère, frappée par l'enfant, se mit à trembler tellement, que l'enfant fut presque secoué des genoux de la mère et menaça de tomber, et s'assit à trois pouces plus à gauche que d'habitude, à tel point que la zone rouge dont la mère semblait être entourée est apparue aux spectateurs, qui, cependant, n'était pas apparue auparavant de l'intérieur.

 Monile vero quod insculptum habebat; eadem exiliens hora, quasi ad sinistram mammam, petra more vestis in rugam contracta, pendebat.

Item duo socii blasphemi illius, qui ipsum exanimatum erigere valebant, illico in insaniam versi sunt, et infra paucos postmodum dies de medio sublati.

Mais le collier qu'il avait était gravé ; à la même heure, une pierre pendait pour ainsi dire sur le sein gauche, contractée en ride, à la manière d'un vêtement.
De même, les deux compagnons de ce blasphémateur, qui ont pu relever lui-même l'homme sans vie, ont été immédiatement rendus fous et, quelques jours après, ont été enlevés du milieu.

 Item eodem die juvenis quidam de Bragmamnorum agmine praedictam sanctae Mariae  basilicam intrare volens, cum pluries temptasset, januis apertis intrare non potuit, monacho quodam ecclesiae illius hoc intuente, eique dicente, quoniam peccatum aliquod grande quidem perpertaverat, propter quod introire non poterat.

Qui statim compunctus monacho confessus est, se pridie cacabum viduae cujusdam pauperculse surripuisse et pro quatuor denariis vendidisse, quibus statim redditis in manu monachi viduae restituendis, acceptaque devote poenitentia, libere intravit.

 Insanus tamen intrando effectus est, sed infra tres dies in loco ante ostium, ubi brachium decidit et sanguis manavit, sanitatem recuperavit.

Toujours le même jour, un jeune homme du groupe Bragmamni, souhaitant entrer dans la basilique de Sainte-Marie susmentionnée, alors qu'il avait essayé plusieurs fois, ne pouvait pas entrer car les portes étaient ouvertes, un certain moine de cette église regarda cela, et lui dit qu'il avait effectivement commis un grand péché, raison pour laquelle il ne pouvait pas entrer.

Il se repentit aussitôt et avoua au moine qu'il avait la veille volé le tonneau d'une certaine pauvre veuve et le vendit quatre deniers.

 En entrant, cependant, il devint fou, mais en trois jours il recouvra la santé à l'endroit devant la porte, où le bras tomba et où le sang coula.

(12). La même année, Ours de Fretteval se déclara homme-lige du roi de France et abandonna le service de Henri II.

 Il ne tarda pas à devenir le chambellan de son nouveau maître.

(13). On nous permettra d'expliquer ce mot sévère. Il nous suffira de rappeler que c'est par la jalousie qu'il, avait éprouvée en voyant désigner, à son tour, Richard pour être l'héritier de toute la monarchie, que le troisième fils du Plantagenet s'était jeté dans les bras de Philippe-Auguste, Celui-ci se l'était attaché en qualité de sénéchal.

Mais cet allié précieux et si ardent contre son père mourait l'année même (1186) à Paris, dans un tournoi donné en son honneur. On lui fit des funérailles splendides ; a on eut même de la peine, dit le chroniqueur Giraud de Barri, à empêcher le roi de France de se jeter dans la fosse. » Si ce n'était sincère, c'était au moins très romanesque.

(14). Guillaume des Barres devait être seigneur de la Guerche. Nous avons, en effet, parmi les anciens titres de Chalivoy et de Fontmorigny, plusieurs actes des seigneurs de la Guerche portant ce nom : Pierre des Barres 1196; Guillaume des Barres et Agnès, sa femme, en 1267 et 1222; un autre Pierre des Barres en 1272.

Le 12 mars 1312, Guillaume des Barres, seigneur de la Guerche, épousa Agnès de Bornay, soeur d'Etienne de Bornay, chancelier de France: et, ce qui semble prouver que cette famille est bien celle à laquelle appartenaient Guillaume des Barres, le père et le fils, les deux illustres compagnons de Philippe-Auguste, c'est qu'en 1215 Guillaume des Barres le jeune, figure avec plusieurs autres seigneurs du Nivernais, parmi les garants donnes au roi de France par Hervé, comte de Nevers, pour l'exécution de sa promesse de marier sa fille à Philippe, petit-fils du roi. Il y a d'ailleurs près de la Guerche, plusieurs localités qui semblent, par leur nom, avoir appartenu à cette ancienne famille ; telles sont Cours-les-Barres, Neuvy-le-Barrois, etc..

Guillaume des Barres avait eu précédemment, bien souvent l'occasion de se mesurer avec Richard, et jamais il n'était sorti vaincu de ces luttes engagées à la lance ; aussi le regardait-on comme le plus illustre des chevaliers de France, et Richard, ne lui pardonnait pas ses succès. Il y en eut un qui lui attira surtout l'inimitié du nouveau roi d'Angleterre. C'était pendant la croisade, en Sicile. La lutte commencée par des roseaux se termina par une prise de corps à laquelle Richard épuisé, mit tin, pour ne point être vaincu, mais avec, une rage qu'il ne chercha pas à dissimuler. Il fallut l'intervention du roi de France et celle des évêques pour obtenir au valeureux Guillaume la paix du roi d'Angleterre.

Le fils de ce brilllant chevalier fut en tout digne de son père et mérita d'être appelé : la Fleur des chevaliers.

(15) Cette nouvelle lui était parvenue à Guilfort, d'où il se dirigeait sur Porstmouth, et l'avait vivement affligé. Il regardait ces revers comme la punition de ses anciennes fautes et particulièrement de l'assassinat de Thomas Becket. Peu auparavant Gauthier Daumartin, un de ses chapelains, lui avait confié un songe terrifiant: le moine avait vu dans son rêve Thomas de Cantorbéry officiant à l'autel ; tout à coup le saint martyr s'était retourné et lui avait dit en lui montrant un glaive de feu qu'il tenait à la main : « Regarde, ce glaive nouvellement fabriqué n'est pas froid encore : il frappera le roi ton seigneur, suivant ce mot du Psalmiste. Si vous ne vous convertissez, il tirera son glaive : il a déjà tendu son arc et l'a préparé. » Dès qu'Henri II sut la prise de Châteauroux, il fit venir le chapelain dans la partie la plus reculée de son appartement et s'écria en se frappant la tête: « O Gauthier, Gauthier, ton glaive a déjà commencé à couper d'une façon cruelle : déjà j'ai perdu Châteauroux. »

(16). Nom de Villandry au Moyen-âge, 926 h., c. (Sud) de Tours, appelé, avant le XVIIe s. Colombiers. Église des X e et XIIe s.

Château du XVIe s., bâti sur l'emplacement du château de Colombiers ; grosse tour carrée du XIVe s. 

Les terrasses et embellissements modernes datent du XVIIIe s; très-beau parc.

Tout au long du XIIIe siècle et pendant les trois premiers quarts du XIVe, les Savary furent seigneurs de Colombiers-lez-Tours.

Ils possédaient déjà cette terre, et celle voisine de Savonnières (16a), lorsqu'eut lieu, le 4 juillet 1189, du temps de Philibert Savary, l'entrevue dite de Colombiers, au cours de laquelle Philippe-Auguste dicta à Henri II, en présence de Richard-Cœur-de-Lion, les conditions du traité de paix qui sanctionnait la conquête du Maine et de la Touraine (16b).

Les seigneuries de Colombiers et de Savonnières passèrent dans la famille de Craon par le mariage de Jeanne Savary (16c) avec Guillaume de Craon.

Leurs deux fils les détinrent ensuite, tour à tour ; et à la mort du plus jeune d'entre eux, Jean de Craon, tué en 1415 à la bataille d'Azincourt, Marie leur sœur cadette, en hérita.

Quand en 1428, Thibault Chabot, fils de Louis Chabot et de Marie de Craon, trouva la mort sur le champ de bataille de Patay, il ne possédait plus la seigneurie de Colombiers.

Il l'avait vendue à réméré, le 8 décembre 1423 à Jean Malet, seigneur de Graville et de Montagu, grand maître des Arbalétriers de France (16d).

En 1470, Louis Chabot, second du nom, céda à Hardouin de Maillé (16e), et sous les mêmes réserves, la seigneurie de Savonnières.

Jean Malet et Hardouin de Maillé conservèrent respectivement les terres de Colombiers et de Savonnières jusqu'au jour où un certain Navarrot d'Anglade les leur racheta.

 (16a) Savonnières (Indre-et-Loire), à 11 km. 0. S. 0. de Tours, sur la rive gauche du Cher, à 2 km. du fleuve.

(16b) Au sujet de cette entrevue et de ce traité de paix, voir : E. Lavisse. — « Histoire de France Illustrée ». T. III (LRE partie), par A. LUCHAIRE, p. 99.

(16c) Fille unique de Renaud Savary et d'Eustache d'Anthenaise, mariés en 1350, Jeanne Savary testa en 1394 et fut inhumée à Tours dans l'église des Cordeliers.

(16d) A/s de Jean Malet, voir : DE LA CHESNAYE-DESBOIS et BADIER : « Dictionnaire de la Noblesse » T. XIII, col. 7.

(16e) A/s de Hardouin de Maillé, voir : DE LA CHESNAYE-DESBOIS et BADIER; op. cit. T. XII, col. 816 et DE SAINT-ALLAIS : « Nobiliaire Universel de France ». T. IX, p. 454.

(17). André de Chauvigny tient une grande place dans l'histoire du centre de la France à la fin du XIIe siècle et au commencement du XIII. Il devint un des feudataires puissants du Berry. Cependant aucune histoire ne parle de son père, ni de sa mère, ni de ses parents.

 Dans les actes que l'on possède de lui, personne de sa famille ne paraît. Généralement on considère André comme ayant appartenu à une famille considérable du Poitou, qui avait possédé le fief de Chauvigny.

 Mais, avant le XIIe siècle, Chauvigny appartenait depuis longtemps à l'évêché de Poitiers; d'autre part, les nombreux Chauvigny, mentionnés dans les chartes du XIe et du XIIe siècle, ne se relient pas entre eux et ne sont pas indiqués comme ayant possédé en tout ou en partie le fief de Chauvigny.

—Des notes prises par Dom Chamard dans les titres des abbayes de la Merci-Dieu et de l'Étoile, il résulterait que André de Chauvigny se croisa en 1184.

 La même année, le 29 décembre, il figurait, lui troisième, dans un acte avec ses frères Hélie et Pierre Hélie, au sujet de son autre frère Hugues alors décédé. André était donc cadet, et le lambel qu'il prenait sur son écu confirme ce fait. Mais est-ce lui ou un homonyme ?

— La présence du lambel dans les armes des Chauvigny-Chateauroux semble indiquer qu'ils appartiennent à une branche cadette d'une famille dont la branche aînée se perpétua. Mais quelle était cette famille ? Appartenait-elle au Berry ou au Poitou ? son nom vient-il de son lieu d'origine, d'une fonction féodale remplie dans les chatellenies de Chauvigny, de quelque autre petit fief du même nom, ou enfin d'une communauté d'origine avec la famille qui possédait Chauvigny avant la cession à l'évêché de Poitiers ?

— André de Chauvigny paraît être (selon M. Anatole de Barthélémy, qui réfugié à Poitiers pendant la guerre de 1870, a entrepris des recherches sur les seigneurs de Chauvigny en Poitou, et qui a rendu compte de notre Histoire de Déols et de Châteauroux dans la Bibliothèque de l'école des chartes. n° XXXV, année 1874) un cadet n'ayant que son épée pour faire fortune. Il sut s'en servir avec vigueur et acquérir une renommée militaire qui le mit en évidence, et se mêla aux grands événements de son temps. Parvenu au premier rang de la hiérarchie féodale, sans qu'il soit fait mention de ses auteurs, sans qu'aucun parent de son nom vienne profiter de sa fortune, on est amené à s'etonner de son isolement, dont quelque charte encore inconnue donnera peut-être l'explication. — On a été jusqu'à supposer qu'André de Chauvigny était un cadet de maison étrangère à la France, venu à la suite du roi d'Angleterre.

(18). Rigord, Recueil des Historiens de France, t. XVII, p. 43-44.

(19). C'est à ce séjour de Mercadier à Issoudun, qu'on fait généralement remonter la construction en forme de coeur (probablement pour symboliser le glorieux surnom du prince anglais) de la grosse tour ou donjon qui domine encore le vallon de la Théols.

La Tour Blanche (car c'est ainsi qu'on désigne le vieux donjon), fut élevée sur l'emplacement de la chapelle des anciens seigneurs d'Issoudun, les restes vénérés de ce sanctuaire, deux fois inviolable, disparurent sous cette masse. On reconnaît bien là l'audace irréligieuse d'un Cottereau habitué à piller les monastères et les églises.

Richard ne se contenta pas d'avoir à Issoudun son donjon hardiment opposé à la grosse tour neuve que Philippe-Auguste avait fait construire à Bourges, en 1188. Il voulut avoir aussi sa monnaie d'Issoudun, semblable à celle que son adversaire avait fait frapper à Déols. Il lui rendait oeil pour oeil, dent pour dent.

  (20) y eut à Bourges, une rue du Dieu d'Amour, primitivement appelée du Gué d'Amour, peut-être en souvenir de cette conférence et de l'événement qui la rendit célèbre, (de Raynal). On montre ce lieu sur la commune de Montierchaume (Indre), entre les domaines de Villerets et de Richetin.

 (21). (Dominus Braket (alias Barket), qui fuit castellanus de Gaillone tempore comitis Ebroicensis, tamdiu quod dominas rex obsedit castellum, et cepit eum in castello. (Trésor des Chartes, Normandie I.)

(22). Lambert Cadoc est seigneur de Gaillon de 1196 à 1219

La trêve passée entre Richard et Philippe-Auguste, que nous avons mentionnée plus haut, ne devait pas être de longue durée.

Une année ne s'était pas encore écoulée, que la guerre éclatait de nouveau.

Richard courut mettre le siège devant le château de Gaillon. Son cheval y fut tué sous lui, et lui-même reçut une blessure au genou.

Cadoc n'était pas un vulgaire chef de brigands, quoique les mercenaires désignés sous le nom de routiers (ruptarii) aient eu une bien mauvaise réputation, souvent justifiée par les excès auxquels ils se livraient 4.  Il avait rang de chevalier 5;

Cadoc se qualifie lui-même de chevalier (Ego Lamberlas Cadulcus miles) dans l'acte de 1227, où il rappelle que Philippe-Auguste l'a fait emprisonner pour dettes et s'engage à servir fidèlement Louis IX et Blanche de Castille qui l'ont gracié. L. Delisle, Cartulaire normand, n 363. CHARTE DE LAMBERT CADOC, POUR SA LIBÉRATION.

Cadoc ne mourut donc pas en 1213, comme l'a supposé Géraud, ouvr. cité, p. 419-

(23). « Philippus Dei gratia, etc….. Noverint universi presentes pariter et futuri quod nos, propter fidele servicium quod Cadulcus, castellanus Gallionis, dilectus et fidelis noster, nobis exhibult, damus et concedimus in perpetuum eidem et lieredibus suis de uxore sua desponsata, castrum Gallionis cura omnibus pertinenliis et domaniis et Thœniacum, tam in feodo quam in domanio, sicut inde tenens fuit usque modo, et terrain Johannis de Insula, ballivia Vallis Rodolii, et Sanctam Anastasiam, de balliivia Oximarum.

Hec autem supradicta tenebit idem Cadulcus et heredes sui de uxore sua desponsata, de nobis et heredibus nostris, inperpetuum in feodum et hominagium ligiuni per servicium quatuor militum, ad usus et consuetudines Normannie.

Cette charte, dont M. Delisle, élève de l'École des chartes, a relevé pour nous la copie dans le cartulaire de Mortemer des mss. de Colbert, à la Bibliothèque nationale, ne porte pas de date.

 (24). Guillaume le Breton, Philippide, V, 262 et suiv.

Le poëte de Philippe-Auguste, Guillaume le Breton, le seul qui nous ait transmis cet événement, le raconte ainsi :

Nec multo post lite Gaillonis cingere muros

Obsidione volens ibat propè mœnia castri

Explorando vias quibus ascensu breviori

Difficilique minus arcem penetrare valeret.

Quem dominus castri summâ de turre Cadocus

Intuitus, jaculum balistâ misit ab areu,

Perque genu régis in equi latus impulit ictum.

Vertitur in gyrum quadrupes, dominum que suorum

Vix tulit ad cœtum lethali cuspide laesus,

Gaillonis domino, vivat modo multa minantem (Philippidos lib. V, vers. 258).

(25) D'après La Thaumassière, il y eut, pendant cette campagne qui remontait à 1196, destruction du château de Lury.

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