Guerre de Cent ans -carte des positions en Poitou des Principaux Antagonistes de la Praguerie

(Guerre de Cent ans - carte des positions en Poitou des Principaux Antagonistes de la Praguerie : 1 Montaigu ; 2 Tiffauges ; 3 Thouars ; 4 Loudun ; 5 Mirebeau ; 6 Châtellerault ; 7 Parthenay ; 8 Mervent ; 9 Vouvant ;  10 Fontenay le Comte ; 11 Sainte Hermine ; 12 Mareuil ; 13 La Rochelle ; 14 Niort ; 15 Chizé ; 16 Melle ; 17 Sainte Néomaye ; 18 Saint Maixent ; 19 Montreuil Bonnin ; 20 Poitiers ; 21 Lusignan ; 22 Gençay ; 23 Civray, 24 Montmorillon)

C'est par référence aux guerres civiles de la Bohême hussite que les contemporains appelèrent Praguerie la dernière des grandes secousses internes du règne de Charles VIL Cette révolte seigneuriale, qui éclate au moment même où le souverain affirme son autorité sur l'ensemble de son royaume, est une des étapes les plus notables qui marquent la mutation de la France médiévale en une France moderne. Les grandes lignes de l'événement sont rapportées par tous les chroniqueurs du temps, mais il se trouve que la Praguerie a eu son principal foyer en Poitou et que c'est en Poitou qu'elle a été arrêtée net presque dès le départ. Considérer la Praguerie à partir du Poitou peut ainsi apporter un éclairage particulier à ce moment important du règne de Charles VII

Pourquoi la Praguerie a-t-elle pu y trouver une de ses bases principales ? Comment a-t-elle pu y être mise si rapidement en échec? Quelles ont été les conséquences de cet échec en Poitou et à travers le Poitou dans l'ensemble du royaume? Telles sont les trois questions auxquelles cette étude voudrait apporter des éléments de réponse.

La Praguerie a trouvé en Poitou sa base principale en raison principalement de la position qu'y avaient quelques- uns des principaux artisans du mouvement. Un mouvement parmi bien d'autres en cette première moitié troublée du XVe siècle où les révolutions de palais furent, si nombreuses, à la différence cette fois pourtant que les chefs réussiront à s'abriter derrière la personne du dauphin.

Le duc Charles de Bourbon, le duc Jean d'Alençon, le comte de Dunois, le grand chambellan et ancien « favori » Georges de La Trémoïlle en sont les principaux instigateurs1.

Les domaines de Charles de Bourbon constitueront, après le Poitou, le second des deux foyers principaux de la Praguerie. Nous n'en parlerons pas ici.

Le duc Jean II d'Alençon est un des personnages les plus en vue du royaume. Pair de France, parrain du dauphin Louis, il a assisté Jeanne d'Arc lors de sa campagne sur la Loire, il a armé le roi chevalier à Reims. Ses domaines principaux, comté du Perche, vicomte de Beaumont, sont en la zone encore contrôlée par les Anglais, mais il possède depuis 1423 la deuxième ville du Poitou, Niort, que le roi lui a cédée en remboursement de prêts et en paiement d'une partie de sa pension que le trésor royal, alors si pauvrement fourni, ne pouvait lui payer en numéraire 2.

 S'il a été trois ans prisonnier des Anglais, il ne semble pas pour autant leur porter des sentiments hostiles, si l'on en juge par ses compromissions ultérieures avec eux qui lui vaudront deux procès pour trahison et deux condamnations à mort.

Or les Anglais ne sont pas loin au sud du Poitou, et les chefs de la Praguerie essaieront de les faire entrer dans leur jeu.

Par sa mère, Marie de Bretagne, encore vivante à cette date, Jean d'Alençon est le neveu du duc de Bretagne et, de ce côté breton, Gilles de Rais, maréchal de France, se trouve lié d'amitié avec celui qui est sans doute l'âme même de ce mouvement, Georges de La Trémoïlle.

Georges de La Trémoïlle a été le favori en titre de 1427 à 1433.

Personnage peu recommandable certes, mais dont l'action, fort complexe, a été à coup sûr si considérable qu'on ne peut que souhaiter que lui soit consacrée, à l'égal de son grand rival le connétable de Richemont, une substantielle étude.

 Il est bien établi en Bas-Poitou, avec notamment Mareuil-sur-le-Lay et Sainte-Hermine. Son second mariage lui a apporté la forteresse de Gençay, qui commande une des routes du Seuil du Poitou vers l'Angoumois 3.

Les mêmes embarras financiers qui ont amené la cession, par le roi, de Niort à Jean d'Alençon, lui donnent en 1426, en garantie d'un prêt de 6.000 écus d'or, la place de Melle, qui est sur la principale voie de communication vers Saint- Jean-d'Angely et Saintes 4.

 Il obtient même, en 1428, la cession de Lusignan, en garantie d'un nouveau prêt de 10.000 livres tournois et de 11.107 écus d'or 5, mais en 1432 le roi lui cédera d'autres seigneuries pour recouvrer le château, considéré comme « le principal, le plus fort et la plus notable place » du comté 6.

Il a été tout puissant auprès du roi, vers 1430-1431 notamment, sans réussir pour autant à venir à bout de son plus dangereux adversaire, le connétable de Richemont, en dépit d'une véritable guerre, qui n'a pas seulement été d'intrigue mais a longuement désolé les campagnes poitevines.

Chassé du gouvernement en juin 1433 au profit du parti angevin dirigé par Charles d'Anjou, beau-frère du roi, et par le connétable de Richemont, sous l'intelligente animation de la duchesse d'Anjou, la reine Yolande d'Aragon, il n'en a pas moins gardé une position très forte, du fait de l'importance de ses domaines personnels et de sa fortune 7, et il nourrit l'ambition de redevenir le premier auprès du roi. Il sera l'un des artisans les plus actifs du mouvement.

 C'est en Poitou que sa situation est la plus solide, et ce d'autant plus qu'il est y assuré d'un concours important en la personne de Jean de La Roche.

Jean de La Rochefoucauld, seigneur de Barbezieux, plus connu sous le nom de Jean de La Roche, aurait sans doute été, en des temps moins agités, simplement un des principaux seigneurs de l'Angoumois et un excellent chef de guerre. Mais il est aujourd'hui connu surtout comme un « capitaine de routiers 8 » qui écuma de longues années l'Angoumois, le Limousin, le Périgord, la Saintonge et le Poitou.

Signe des temps, il assume aussi, et dans le même moment, d'importantes fonctions officielles. C'est ainsi qu'il gouverne l'Angoumois au nom de Jean d'Orléans, comte d'Angoulême, prisonnier des Anglais depuis Azincourt.

Il peut s'y appuyer sur son frère, Guy de La Roche, seigneur de Verteuil, sénéchal d'Angoumois, et il est tellement le maître de la province qu'il peut se permettre d'y faire frapper impunément monnaie à son profit.

Les registres criminels du Parlement de Paris ont gardé la trace des liens qui l'unirent dès 1413, à l'occasion d'une séquestration arbitraire en vue d'une mise forcée à rançon, à Georges de La Trémoïlle 9.

En 1431, alors qu'il occupait la première place auprès du roi, Georges de La Trémoïlle obtint pour lui des lettres de rémission 10, puis, sept mois plus tard, des lettres de nomination à l'office de sénéchal de Poitou 11.

Curieux procédé de gouvernement que de nommer, à la tête d'une des provinces les plus importantes du royaume à cette époque, un chef de bande « patenté », que ses lettres de rémission montrent à la tête de plus de cent cinquante hommes d'armes, c'est-à-dire d'une compagnie qui devait compter de 600 à 800 hommes. Sa conduite, en ce nouveau poste, fut loin d'être parfaite puisqu'il encourut rapidement les admonestations du Parlement de Poitiers. Mais le pouvoir à cette époque n'a guère les moyens, face à la violence, de dépasser le stade des remontrances et Jean de La Roche est toujours, en 1439, sénéchal de Poitou.

Du côté de la Saintonge, Georges de La Trémoïlle peut aussi compter sur son beau-frère, Jacques de Pons, un des plus importants seigneurs de la région12, tandis que le château de Taillebourg, clé de la Charente, est aux mains des redoutables frères Plusqualec 13.

La position des seigneurs rebelles apparaît ainsi fort bonne en Poitou.

 Ils commandent le sud du Bas-Poitou et les débouchés méridionaux du Seuil du Poitou. Ils ont le concours du premier officier de la province. Ils peuvent s'appuyer sur l'Angoumois et la Saintonge, espérer de l'aide ou au moins une neutralité bienveillante du côté breton, une alliance du côté des Anglais de Guyenne.

 Il est vrai qu'il y a en Poitou même des obstacles importants et d'abord les possessions du connétable de Richemont.

Vaincu par le dauphin Charles en 1419, le seigneur de Parthenay, Jean Larchevêque, soutien décidé du parti bourguignon, avait dû vendre au dauphin toutes ses possessions, sous réserve d'usufruit.

L'impécunieux Charles VII ne put payer les annuités promises et accepta en 1425 que le connétable de Richemont se substituât à lui.

A la mort de Jean Larchevêque en 1427, Richemont recueillit l'ensemble de la succession avec principalement Parthenay, Vouvant et Mervent.

De par son mariage avec Marguerite de Bourgogne, veuve du dauphin Louis, duc de Guyenne, il est de plus seigneur de Fontenay-le-Comte et il peut compter sur l'appui du vicomte de Thouars, ce qui le met en contact immédiat avec l'Anjou.

Frère du duc de Bretagne, il peut espérer n'avoir rien à craindre de ce côté. Par ailleurs la puissante forteresse de Lusignan est aux mains du roi.

Il reste encore à savoir quelles seront les réactions des grandes villes de la région, Poitiers et La Rochelle, mais rien ne fait prévoir qu'elles pourraient abandonner le parti du roi.

 

Si les ambitions personnelles sont sans doute le principal ressort de la Praguerie, la reprise en main du royaume par Charles VII, sous l'impulsion du parti angevin, en est à coup sûr la cause immédiate. Cette reprise en main est de nature à poser de sérieux problèmes dans le Centre-Ouest.

L'affaiblissement du pouvoir royal au cours du premier tiers du XVe siècle a grandement profité aux seigneurs grands et petits. Pour s'attacher des dévouements ou pour payer des dettes, le roi a dû consentir à de multiples aliénations de son domaine.

En Poitou même, en 1439, tout le domaine est engagé, sauf Poitiers et Lusignan. Jean d'Alençon tient Niort, Richemont Fontenay-le-Comte, La Trémoïlle Melle, La Hire Montmorillon, Laurent Vernon Montreuil-Bonnin, la dame de La Roche-Guyon Saint- Maixent 14.

Or le Parlement s'est constamment élevé contre cette politique désastreuse, au nom de l'inaliénabilité du royaume, et à la veille de regagner Paris, en janvier 1436, le procureur général le répétait encore solennellement au Palais de Poitiers 15.

En décembre 1438 sont révoquées toutes les aliénations du domaine faites depuis vingt ans 16. Le gouvernement paraît, cette fois, décidé à agir et bien des intérêts se sentent alors menacés. Guerre civile et guerre étrangère ont, par ailleurs, ravagé la région depuis plus de vingt ans, érigeant le désordre en règle. Pillage, mises à rançon, pâtis, tout est bon à qui a la force armée pour lui.

En Poitou, les voyageurs et marchands sont détroussés en chemin, les récoltes détruites, les chevaux et charrues des paysans enlevés, au point que « marchans et laboureurs délaissent de jour en jour leurs marchandises et labouraiges et propres habitacions17 ».

En Aunis, vignes et héritages ne rapportent plus qu'à peine ce qu'il en coûte à les cultiver et une grande partie d'entre eux est « en friche et désert 18 ».

Frère Philippe de La Boissiere, commandeur nouvellement nommé en la commanderie saintongeaise de Breuil-du-Pas, y trouve, en 1441, une situation lamentable :

 « Durant ledit temps icelui pays de Xaintonge, excepté les villes et forteresses, estoit désert et inhabité, mesmement ladite commanderie qui toute estoit en friche et en ruisne, et y avoit de si fors buissons dedans l'église et à l'entour d'icelle, aussi dans les masures, que ledit de La Boissiere mit plus de onze jours pour approcher desdits église et masureaux 19 ».

On trouverait, dans toutes les provinces voisines, une situation comparable 20.

Au milieu de cette désolation, les gens de guerre sont les maîtres, seigneurs petits et grands comme simples routiers. Tout essai de remise en ordre les atteindra directement et il faut bien reconnaître que pour maints petits nobles dont les domaines ont été ravagés et dont les revenus ordinaires sont fort amenuisés ou même réduits à néant, la guerre et le pillage sont les seules ressources. En revanche gens d'église, bourgeois, marchands, menu peuple, ont tout à gagner au rétablissement de l'ordre.

 C'est dans ce contexte que, suivant les requêtes des États généraux réunis à Orléans en octobre 1439 et sur avis de son Conseil aux premiers rangs duquel sont cités la reine Yolande, le duc de Bourbon, Charles d'Anjou, le roi, le 2 novembre, décide la suppression des compagnies et affirme son droit exclusif de lever des troupes, de nommer des capitaines, de percevoir des impositions pour le paiement des gens de guerre 21.

Un mois à peine s'est écoulé après cette ferme déclaration d'intention qu'une première mesure d'application est décidée : le 12 décembre, à Angers, fief de la sage reine Yolande, Charles VII nomme le dauphin Louis son lieutenant en Poitou, Saintonge et Aunis pour « faire vuider et départir d'iceulx (pays) toutes manières de gens de guerre qu'il y trouvera vivans sur les champs et les autres estans es chasteaux, forteresses, églises et autres places fortes, pillans et robans », et. pour punir tous ceux qui auraient désobéi aux ordres royaux, empêché la levée de tailles, exigé finance par rançons et autres exactions 22.

Nul doute que le roi n'ait attaché une particulière importance au rétablissement de l'ordre dans ces provinces particulièrement troublées par la guerre civile et la guerre étrangère, puisqu'il y envoyait le dauphin lui-même.

* * *

 

 

La conjonction des situations personnelles des chefs de la Praguerie

— et d'abord de son principal artisan Georges de La Trémoïlle — et du choix, par le pouvoir, du Poitou comme région témoin des réformes promulguées a fait de la province le premier champ de bataille des révoltés. Comment la révolte, qui avait dans cette province des atouts certains, a-t-elle donc pu si rapidement y échouer?

Le dauphin ne paraît pas avoir été, dès l'origine, mêlé aux intrigues. Il est entouré de gens compétents, un conseiller et maître des requêtes de l'hôtel et deux conseillers au Parlement 23, qui connaissent déjà bien la région 24. Il est assisté du sage Bernard d'Armagnac, comte de la Marche, placé près de lui « pour l'instruire en bonnes mœurs 25 ».

Parti d'Angers très peu après sa nomination, il passe d'abord quelques jours dans la région frontière du Poitou, de l'Anjou et de la Bretagne, de Cholet à Montaigu en passant par Tiffauges, sans qu'il y ait apparence d'y voir des tentatives pour attirer dans le complot ou Jean de Belleville, son parent, ou Gilles de Rais, lesquels d'ailleurs ne participeront pas au mouvement 26.

En janvier et au début de février il est à Fontenay-le-Comte, une des deux capitales poitevines d'Arthur de Richemont, et expédie de là deux messagers vers le roi à Angers « pour certaines grosses besongnes 27 ».

Puis il se rend à Niort, deuxième ville de la province, où un acte des commissaires enquêteurs qui l'accompagnent est donné le 16 février 28.

Jusque-là rien n'autorise à penser qu'il va brusquement changer de conduite.

 Pendant ce temps, dans la première quinzaine de février, le roi est parti d'Angers pour Bourges où il a convoqué les États généraux pour le 15 février. A Tours, il apprend que les ducs de Bourbon et d'Alençon, les comtes de Vendôme et. de Dunois ont abandonné la cour à Angers et se sont réunis à Blois 29.

De Blois Jean d'Alençon est dépêché à Niort auprès du dauphin et il obtient vite le ralliement de son jeune filleul, déjà dévoré par l'ambition de régner 30.

Le comte de la Marche est renvoyé, le dauphin lui signifiant « qu'il ne se voulloit gouverner par son ordonnance, maiz voulloit user de sa voullenté, que plus ne seroit tenu subjet comme il avoit esté le temps passé, et qu'il lui sembloit qu'il feroit très bien le profit du royaume 31 ».

Jean d'Alençon remplaçait Bernard d'Armagnac. Il s'agissait alors ouvertement de chasser les conseillers du roi, principalement Charles d'Anjou 32, de mettre Charles VII en tutelle et de donner la régence au jeune dauphin.

Il y a alors quelques semaines d'observation, d'escarmouches, de démarches politiques.

Le duc d'Alençon et Jean de La Roche font appel au comte de Huntingdon, capitaine anglais, mais ils n'ont point de places à lui offrir en échange de son concours et ils n'obtiennent pas d'aide de ce côté. Le duc de Bourgogne, sollicité, refuse une entreprise qui porterait, selon l'expression de Monstrelet, « grand déshonneur et dommage au royaume ».

Les princes révoltés espèrent un soutien populaire en avançant, qu'ils visent d'abord à « abatre les aides 33 ». Certes, il y a eu, dans la région, un certain nombre de révoltes fiscales, levée ď « aucuns Auvergnacs, Lymosins et Poictevins, gens rustiques », en 1384 34, « tumulte et assemblée faite par les laboureurs » à Saint- Jean-ď Angely en mars 1410 à l'occasion de la levée d'un rouage 35, violent mouvement contre les agents du fisc à Pierre-Buffière en 1424 36, mais il n'y aura, dans la Praguerie, aucune trace d'un concours du menu peuple. Celui-ci est écrasé par l'impôt, certes, mais il souhaite aussi le retour à l'ordre, à la sécurité, la fin du règne des routiers et gens de guerre de toute espèce. Reste le recours aux armes.

Le roi a pour lui la majeure partie de ses capitaines et d'abord l'habile connétable de Richemont. Il a pour lui le fait qu'il est le chef légitime du royaume, ce que sentira bien Dunois, qui très vite abandonne les princes révoltés et sollicite son pardon.

Il pense aussi pouvoir compter sur ses bonnes villes, qui n'ont aucune sympathie pour les ambitions de palais, et il leur écrit de ne point recevoir le dauphin, le duc de Bourbon, le duc d'Alençon et leurs alliés, la version officielle étant que le dauphin est le jouet d'intrigants qui ne demandent que « changements d'affaires 37 ».

Le duc de Bourbon, chassé de Loches par le connétable, s'est retiré dans ses domaines hérissés de forteresses.

Les troupes royales se dirigent vers le Poitou, reprennent Melle et Sainte-Néomaye sur les écorcheurs de Jean de La Roche 38.

Arrivé devant Niort, le roi somme le duc d'Alençon de lui remettre le dauphin. La ville a été soigneusement mise en défense 39. Des négociations dilatoires sont engagées. Finalement le roi retourne à Poitiers pour y passer les fêtes de Pâques.

C'est alors que le duc d'Alençon et Jean de La Roche, laissant le dauphin à Niort, essayèrent de prendre Saint- Maixent par surprise, le dimanche de la Quasimodo 3 avril 1440.

Saint-Maixent, c'était ouverte la route de Poitiers où on pouvait espérer s'emparer du roi. C'était la voie pour faire la jonction la plus rapide avec les troupes de Charles de Bourbon.

 La ville était entourée de murailles et gardée par un château, une seconde enceinte fortifiée, plus ancienne, avec tours et deux portes, gardant l'illustre abbaye bénédictine, origine de la ville 40.

La seigneurie de Saint-Maixent avait été donnée en usufruit à Perrette de La Rivière, dame de la Roche-Guyon, qui logeait en l'abbaye 41.

Son capitaine, Guyot Le Tirant, avait la garde du château et de la ville, mais il n'avait rien d'un vaillant guerrier et, depuis dix ans, s'acquittait de sa tâche avec plus de profit pour sa bourse que pour la ville. Il avait ainsi réduit le guet de plus de moitié et percevait en retour des droits de guet qui lui assuraient le substantiel revenu annuel de 800 livres 42. Il n'assurait pas lui-même la garde des clés de la ville, qu'il avait confiées à un de ses familiers.

Lorsque de grand matin, le dimanche 3 avril, la garnison du portail de la Croix fut informée que les hommes de Jean de La Roche étaient embusqués près du château, Guyot Le Tirant fut aussitôt averti. Mais il n'en tint pas compte et alla, comme si de rien n'était, suivre la messe aux Cordeliers, où on vint, sans résultat, le presser de mettre la ville en défense.

Le château, pendant ce temps, était livré par la trahison d'un serviteur 43 et 500 lances y entraient 44.

Guyot Le Tirant se réfugiait alors, sans armure, au portail de la Croix, dont il refusait d'assurer le commandement 45.

Il avait auparavant envoyé un messager chercher du secours, mais celui-ci s'arrêta à Lusignan et y vendit la haquenée qu'il avait empruntée à un habitant de Saint-Maixent. Grâce à l'impéritie du capitaine de la ville, l'affaire se présentait apparemment fort bien pour les rebelles.

C'est pourtant à Saint-Maixent que Jean d'Alençon et Jean de La Roche, et, avec eux, les autres révoltés de la Praguerie, vont perdre définitivement la partie.

Les bourgeois de Saint-Maixent, en effet, vont suppléer à la carence du capitaine de leur ville. De leur côté, ils avaient expédié deux des leurs demander du secours. Leurs messagers ne mirent que trois heures à gagner Poitiers, à cinquante kilomètres de là, l'un d'eux, Pierre Doulx, y crevant sa monture.

La matinée s'achevait, le roi sortait de la messe et était en train de dîner. Il monta aussitôt à cheval, expédiant en avant l'amiral de France, Prégent de Goétivy et le sénéchal d'Anjou, Pierre de Brézé, avec 400 lances 46.

A Saint-Maixent, les bourgeois s'étaient retranchés dans les trois portails fortifiés de l'enceinte, porte de la Croix, porte Châlon, porte Charrault 47, tandis que l'abbé et les moines montaient sur les voûtes de l'église abbatiale, perçaient des ouvertures et jetaient des pierres sur les assaillants 48.

Deux des portails furent réduits par le feu qu'avaient allumé les rebelles : un homme de loi, procureur de la dame de la Roche-Guyon, les fit rendre lorsque la fumée devint si dense que les défenseurs ne se voyaient plus l'un l'autre 49. Les vingt-quatre défenseurs du portail de la Croix se montrèrent particulièrement décidés 50 et refusèrent de capituler lorsque les rebelles amenèrent devant le portail le seigneur de la Roche- Guyon, fils de dame Perrette, et menacèrent de le décapiter si le portail n'était rendu.

Cependant les routiers s'étaient répandus dans la ville, la pillant systématiquement et expédiant à Niort le produit de leurs rapines 51. Les registres de la justice furent eux-mêmes déchirés 52. Les habitants évalueront plus tard leurs pertes totales à plus de 40.000 francs 53.

 Sans doute les écorcheurs de Jean de La Roche et les soldats de Jean d'Alençon auraient-ils enlevé aisément le portail de la Croix s'ils ne s'étaient laissés détourner par le sac de cette grosse ville marchande.

Le soir, arrivèrent les troupes royales commandées par Prégent de Goétivy et Pierre de Brézé. Elles purent entrer dans la ville par le portail de la Croix, alors que Jean d'Alençon et Jean de La Roche se repliaient en hâte dans le château.

Dans la nuit, les deux chefs gagnaient Niort, laissant une centaine de leurs hommes pour retenir les gens du roi 54.

Le roi fit dresser un siège en règle et le château se rendit au bout de huit à dix jours 55. Les soudards de Jean de La Roche furent décapités, les soldats de Jean d'Alençon épargnés en raison de leurs services antérieurs contre les Anglais 56.

Lorsque le château de Saint -Maixent fut repris, le roi vint mettre le siège devant Niort, dont Jean d'Alençon et le dauphin avaient fui avec le concours de 120 lances d'Antoine de Chabannes envoyées par le duc de Bourbon.

Charles VII ne laissa que quelques troupes pour réduire Niort et partit à la poursuite des rebelles réfugiés en Bourbonnais 57.

Dès qu'ils n'eurent plus dans leurs murs une puissante garnison, les bourgeois de Niort ouvrirent leurs portes aux royaux. Les écorcheurs furent là aussi exécutés, tandis que Jean de La Roche se réfugiait à Angoulême dont il était le capitaine 58.

L'effet de surprise était passé et les princes révoltés désormais réduits à une défensive sans espoir. Villes, campagnes, nobles d'Auvergne restaient fidèles au roi et les États généraux réunis à Clermont en mai assuraient le souverain qu'ils « étoient siens de corps et de biens » et votaient des subsides pour mettre fin à la rébellion 59.

 Dès lors, c'est la phase de négociations délicates pour amener la soumission des princes. Dans la seconde quinzaine de juillet, à Cusset, le duc d'Alençon vient à composition, puis à leur tour le dauphin et le duc de Bourbon se présentent devant le roi.

Le dauphin est accompagné de Georges de La Trémoïlle à qui, quelques jours auparavant, il a promis une totale réconciliation avec son père 60. Mais Charles VII refuse de voir La Trémoïlle et le renvoie en ses domaines avec ordre de s'y tenir. C'en est fini de tout rôle politique pour le grand chambellan.

Pour les autres chefs, c'est l'amnistie. Quant au dauphin, il est mis en possession, sous certaines réserves, de l'administration du Dauphine, qui le tiendra, à partir de 1446, longtemps écarté du pouvoir.

Au sud du Poitou, l’Aunis était resté fidèle, avec La Rochelle dont le maire et les échevins avaient, dès le début de la révolte, pris les mesures utiles « afin de pourvoir à leur seurté et pour s'empescher de surpririse  ». Mais Jean de La Roche et Jacques de Pons n'avaient point mis bas les armes en Angoumois et en Saintonge.

Des lettres de rémission générale pour tous les faits se rapportant à la prise d'armes avaient été données le 2 septembre. Charles VII y ajouta des lettres particulières pour Jean de La Roche, son frère Guy et leurs principaux alliés le 14 septembre 62.

Le 18 septembre encore, la ville de Saint- Jean-ď Angely payait le seigneur de Barbezieux pour avoir abstinence de guerre 63. Pourtant c'était bien la fin de la révolte.

A partir du 20 septembre, tout acte d'hostilité cessait.

Le 2 octobre, Jean de La Roche faisait sa soumission entre les mains de Pierre Gaboreau, chantre de Saint- Hilaire-le-Grand, et de Guillaume de La Roche, seigneur de Brieuil, représentants des trois commissaires royaux chargés de recevoir le serment de l'ancien sénéchal de Poitou 64. Déjà malade, il mourait peu après 65.

Quant à la Saintonge, sa pacification se fit plus lentement.

 Taillebourg fut repris par Olivier de Coétivy, et les frères Plusqualec arrêtés.

Charles VII descendit jusqu'à Saintes et Jacques de Pons fit sa soumission ; après une nouvelle prise d'armes et une nouvelle soumission, il sera finalement banni du royaume 66. Mais ce n'était plus qu'un épisode secondaire.

La Praguerie, dès l'été 1440, est bien finie.

Elle aura été arrêtée net, presque dès le départ, par la résistance des bourgeois de Saint-Maixent, et ce en dépit de l'incurie du capitaine de la ville. La secousse aura ainsi montré combien le roi pouvait compter sur ses bonnes villes qui, en cette époque infiniment troublée, représentaient sans doute son plus sûr appui. Elle aura aussi mis en évidence la cohésion et le dévouement du parti « angevin » dirigé par la reine Yolande, Charles d'Anjou et le connétable de Richemont.

Elle aura encore souligné la force de l'idée de légitimité et l'existence d'un certain sentiment « patriotique » qui s'est grandement fortifié tout au long de ces luttes interminables contre les Anglais. Ce sentiment « patriotique » est certainement plus accusé dans le peuple que parmi les seigneurs et c'est ce qui peut expliquer que les princes révoltés n'en aient point tenu compte.

Le dauphin Charles avait pu trouver un immédiat appui en Poitou lorsque, en 1418, il se dressait contre son père le roi, mais alors Charles VI était dominé par le duc de Bourgogne allié au roi anglais. Le dauphin Louis ne trouvera pour ainsi dire aucun appui dans la même province lorsque, faisant appel aux Anglais, il se dressera contre le souverain légitime, adversaire affirmé de l'envahisseur anglais.

L'aspiration profonde à un retour à l'ordre public a sans doute également joué, mais on peut penser que les gens du temps se sont déterminés plus d'après les idées simples de légitimité, d'opposition à l'ennemi national, que d'après une ordonnance royale dont on peut douter qu'elle ait eu publicité et force d'impact telles qu'elle entraînât une adhésion immédiate et profonde. Il y a encore des chapitres à écrire sur l'histoire des comportements, des mentalités.

La plus évidente des conséquences de la Praguerie en Poitou est le soin que mit Charles VII à récompenser les habitants de Saint-Maixent de leur fidélité.

Si sa modération vis-à-vis des princes révoltés avait été exceptionnelle, l'attention qu'il montra pour la ville poitevine fut tout aussi remarquable. Cette attention doit, semble-t-il, être interprétée comme reflétant, de la part du roi, le sentiment d'une dette de reconnaissance particulière. La résistance de Saint- Maixent n'est point un fait d'armes de grande importance, mais elle représente un événement politique de conséquence certaine.

Charles VII n'oublia pas, d'abord, ceux qui avaient, individuellement, le plus contribué à la défense de la ville.

Le 16 avril 1440, avant même de quitter Saint-Maixent, il fit don à Pierre Doulx, en récompense de sa chevauchée rapide qui avait permis un secours immédiat et en dédommagement du pillage de tous ses biens, de 100 livres tournois à prendre chaque année sur les revenus du quart du sel établi à Vivonne 67. De Jean Sachier, un des principaux défenseurs du portail de la Croix, il fit son valet de chambre et lui confia, l'année suivante, l'administration de la Vieille Aumônerie de Saint-Maixent 68. Pierre de Clervaux, élu abbé de Saint-Maixent en 1437, avait, avec ses moines, pris une part active à la résistance contre les rebelles. « Le roy répara tous les dommages qui avoient esté faicts en l'abbaye, et leur donna de beaux privilèges 69 ».

L'abbaye recevait comme armes un écu à champ de gueules avec une fleur de lis d'or timbrée d'une couronne d'or. (Armoirie)

L’abbé et ses successeurs à perpétuité seraient désormais membres du Grand Conseil, et leurs causes personnelles seraient jugées devant les maîtres des requêtes, comme celles des conseillers ordinaires. Ils auraient un sergent principal qui tiendrait d'eux son office de sergenterie à foi et hommage.

L'abbaye devait recouvrer son droit de pêche dans la Sèvre Niortaise, droit usurpé depuis sept ou huit ans par le capitaine de la ville. Elle bénéficierait d'exemption de tailles pour tous ses serviteurs et métayers. Le procureur du roi en Parlement ne manqua pas d'argumenter contre ces concessions excessives, et la cour entérina finalement les lettres royaux avec un certain nombre de restrictions quant aux successeurs de l'abbé Pierre de Glervaux et aux franchises fiscales 70.

La ville de Saint-Maixent devait naturellement avoir une part de premier choix dans la distribution des récompenses.

Alors qu'il y séjournait encore, Charles VII lui donna les armes que portaient ses bannières lorsqu'elles avaient franchi le portail de la Croix : un écu au champ de gueules avec une couronne d'or et, au chef de l'écu, trois fleurs de lis d'or. En même temps il lui accordait une commune, avec tous les privilèges communaux 71.

C'est la seule charte de commune d'un règne de quarante ans 72.

Sans vouloir analyser le contenu de cette charte, il convient surtout de retenir son caractère exceptionnel. Le Parlement enregistra ces lettres le 28 juillet 1440 73.

En avril également, et toujours de Saint -Maixent, le roi avait transféré en cette ville le siège particulier des élus établi à Niort : le 5 août la Cour des Aides enregistrait cette nouvelle faveur, en dépit des protestations du procureur de Jean d'Alençon et du procureur des habitants de Niort 74.

D'ancienneté, des assises de la sénéchaussée de Poitou étaient tenues quatre fois l'an à Saint-Maixent, mais la guerre avait interrompu les déplacements des officiers royaux de Poitiers ; de plus, en mars 1440, le roi, alors à Poitiers d'où il suivait avec quelque anxiété les agissements de son fils, avait, pour s'attacher la fidélité de la capitale poitevine, décidé que pendant huit ans toutes les assises de la sénéchaussée s'y tiendraient 75, en suite de quoi les causes de Saint-Maixent avaient été assignées à Poitiers en juin.

La commune de Saint-Maixent fit opposition, soutenue par le connétable de Richemont dont les terres de Parthenay, Vouvant et Mervent ressortissaient à Saint-Maixent.

Les plaidoiries eurent lieu en Parlement le 2 janvier 1441 76. La faveur du roi ne se démentit pas.

Le 27 janvier, il rétablissait les assises du sénéchal de Poitou à Saint-Maixent, en invoquant, comme dans les lettres précédentes, la fidélité de la ville lors de « l'entreprise d'aucuns seigneurs de nostre sang et lignage et autres leurs adhérans 77 », et de nouvelles lettres, fort imperatives, le 6 juillet 1441, vinrent à bout du mauvais vouloir des officiers de Poitiers 78.

Le roi devait encore intervenir une dernière fois, en faveur de la ville, pour mettre un terme aux conflits soulevés par dame Perrette de La Roche-Guyon et son capitaine.

Les lettres royaux d'avril 1440 avaient confié aux bourgeois les clés et la garde de la ville. Lorsque la garnison royale installée au moment des événements 78 se fut retirée, le capitaine Guyot Le Tirant n'accorda que partie des guets, puis reprit la totalité de ces guets dont il sut tirer la substantielle rente de 1.000 livres par an. Toute une procédure s'en suivit 80, jusqu'à ce que finalement la dame de La Roche-Guyon abandonnât Saint-Maixent au roi en échange de Corbeil 81. Sans doute la politique des octrois de privilèges pour récompenser les fidélités est-elle une fort ancienne pratique chez les souverains, mais on trouverait sans doute peu d'exemples d'une aussi attentive sollicitude envers une bonne ville.

Une autre des conséquences de la Praguerie a été le renforcement de la position du parti angevin auprès du roi. Or, il est curieux de constater combien ce renforcement se reflète dans l'attitude du roi vis-à-vis du Poitou.

La province avait été le foyer de l'insurrection, il convenait de la tenir désormais bien en main. Certainement dès Pâques 1440, le roi retirait la charge de sénéchal de Poitou à Jean de La Roche et, probablement dès cette date 82, la confiait à un seigneur angevin, Pierre de Brézé, alors sénéchal d'Anjou et déjà capitaine du château de Poitiers 83.

Pierre de Brézé n'allait pas tarder à entrer « en gouvernement » selon l'expression de la Chronique ď Arthur de Richemont. Ses dix ans de sénéchalat de Poitou correspondent à la période où, aux dires de Mathieu d'Escouchy, il fut « le principal pour conduire les besoingnes et affaires du royalme ».

Des lettres de 1442 et 1444 confirmèrent au connétable la possession de Fontenay-le-Comte, qu'il aurait dû normalement abandonner puisque la ville faisait partie du douaire de sa femme alors décédée 84.

La ligne méridionale du Seuil du Poitou avait été particulièrement en cause lors de la Praguerie.

 La ville de Niort fut donc reprise au duc d'Alençon en 1442, et des lettres royaux, en mai de la même année, rétablirent la commune, dont les privilèges avaient été suspendus deux ans plus tôt 85.

En février 1443, Charles VII, invoquant d'entrée les éminents services de la défunte reine Yolande et de son fils Charles, donnait à ce dernier Melle

 — repris à Georges de La Trémoïlle : Chizé, Saint-Maixent, Sainte-Néomaye et Civray 86.

Ces lettres furent enregistrées en Parlement en juillet, de l'exprès commandement du roi signifié par l'évêque d'Avignon, Alain de Coétivy 87.

Ce dernier était le frère de l'amiral Prégent de Coétivy, chef, avec Pierre de Brézé, de l’ avant- garde royale qui pénétrait dans Saint-Maixent le soir de la Quasimodo 1440.

Ce même Prégent s'était vu, en mai 1443, gratifié de la place forte de Taillebourg, confisquée sur les frères Plusqualec qui avaient pris les armes pour les rebelles 88.

Ainsi l'extrême modération du roi vis-à-vis des chefs de la Praguerie ne s'est pas moins accompagnée d'une mise en place d'hommes sûrs, les « Angevins », dans la province la plus touchée par la révolte.

Sur le plan général, la Praguerie a retardé la mise en œuvre de l'ordonnance de 1439 et entravé un temps les opérations contre les Anglais. L'autorité du roi n'en sort pas moins raffermie. C'est notamment à partir de cette date que le roi décidera directement de l'impôt.

Les princes ne se révolteront plus désormais sous son règne. Enfin peu d'années après pourra être organisée l'armée permanente, qui est l'antithèse même du service « féodal ».

Dès son avènement Louis XI pourra bien combler de privilèges la ville de Niort, restituer tous ses biens à Jacques de Pons, réhabiliter en somme la révolte de 1440 dont il avait été la tête.

Les données sont changées. Le roi n'a plus le même besoin de s'appuyer sur les bonnes villes, de s'attacher les services des seigneurs de son royaume. Dans une évolution qui a été lente et parfois fort troublée, la France moderne est née.

La Praguerie aura été l'une des étapes non négligeables de cette évolution.

Robert Favreau.

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1971_num_129_2_449896

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) -
Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers. Avant l'occupation romaine, la région est peuplée par les Pictaves ou Pictons qui nous ont laissé des grottes préhistoriques, menhirs, dolmens, etc. que nous retrouvons un peu partout, tant dans la Vienne que dans les Deux-Sèvres.....

 

Prise de Taillebourg par CHARLES VII contre des compagnies de brigands et d'écorcheurs retranchés dans le château (1441)

En 1441, des compagnies de brigands et d'écorcheurs désolaient, dans le même temps, la Saintonge et les contrées adjacentes. Il n'était bruit que de meurtres et de pillages. Les châteaux de l'ex-ministre Georges de la Trémouille et de son neveu Jacques, sire de Pons , ceux du seigneur Guy de la Rochefoucault et de plusieurs autres barons du parti de la Trémouille étaient devenus des repaires de bandits...

 

1. Магсеl Thibaut, La jeunesse de Louis XI, 1432-1445, Paris, 1907, p. 223 sqq.

2. Paul Guérin, Recueil des documents concernant le Poitou contenus dans les registres de la Chancellerie de France, VII (1403-1430), dans Archives historiques du Poitou, t. XXVI (1896), p. 405-412. Les sommes dues par le roi, prêts et pension, représentaient plus de 42.000 livres tournois

  1. 3.      Le château de Gençay a été acquis par le duc Jean de Berry en 1390 de Catherine Sénéchal, dame de Mortemer (Arch, nat., J 187B, n° 37).

Le 21 mai 1425, Chartes VII en fait don à Catherine de l’Isle-Bouchard, alors veuye d'Hugues de Chalon, comte de Tonnerre, et par la suite épouse de Georges de La Trémoïlle (Arch, nat., J 748, n° 11, fol. 1 v°-2).

4. Paul Guérin, Recueil, VIII [1431-1447), dans Arch, histor. du Poitou, t. XXIX (1898), p. 256, n. 1.

5. Les La Trémoïlle pendant cinq siècles, t. I : Guy VI et Georges, 1343-1446, Nantes, 1890, in-4°, p. 177-181 (pièce tirée du chartrier de Thouars).

6. Ibid., p. 198.

7. Ibid., p. 221-223 : en février 1439 n. st. et en août de la même année, Charles VII emprunte à nouveau 2.000 et 3.000 livres au grand chambellan.

8. G. Clément-Simon, Un capitaine de routiers sous Charles VII, Jean de La Roche, dans Revue des questions historiques, nouv. série, t. XIV (1895), p. 41-65. Cette notice est plus particulièrement documentée pour le Limousin, terre d'élection de l'auteur. Elle est utilement complétée par les documents rassemblés par Paul Guérin dans son Recueil, VIII (1431-1447), et par la notice qu'il lui a consacrée p. 9, n. 1.

9. Paul Guérin Recueil, VIII (1431-1447), p. xiii-xiv, et Les La Trémoïlle..., p. 156-157.

10. Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 8-20.

11. Ibid., p. 33-36.

12 . Jacques de Pons est le fils de Renaud VI de Pons (cf. Jules Chavanon, Renaud VI de Pons, vicomte de Turenne et de Cariât, seigneur de Ribérac, etc., lieutenant du roi en Poitou, Saintonge et Angoumois, conservateur des trêves de Guyenne (vers 1348-1427), dans Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, t. XXXI, 1902, p. 1-202), et de Marguerite de La Trémoïlle, sœur de Georges.

13. Denys d'Aussy, La Saintonge pendant la Guerre de Cent ans fl372-1453J, dans Rull. de la Soc. des Arch.histor. de la Saintonge et de l'Aunis, t. XIV (1894), p. 389-390 ; Leopold Délayant, Procès des frères Plusqualec, dans Arch, histor. du Poitou, t. II (1873), p. 217-251.

14. Perrette de La Rivière, dame de La Roche-Guyon, a reçu du roi Saint- Maixent, au plus tard en 1432, en dédommagement de ses domaines occupés par les Anglais (Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 149, n. 1).

15. Arch, nat., X™ 9194, fol. 122.

16. Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. 293-295, lettres données à Bourges le 15 décembre 1438 qui annulent toutes les donations et aliénations par lui faites et pensions extraordinaires créées depuis 1418, sauf ce qui a été réglé par le traité d'Arras.

17. Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 1-7, ordonnance du 28 mars 1431 pour la répression des pillages et excès des gens de guerre en Poitou et dans les régions voisines.

18. E. J., Essai historique sur les vignes et les vins à" Aunis, dans Revue de VAunis et de la Saintonge, t. III (1866), p. 265, n. 1, titre de l'hôpital Saint- Barthélémy de La Rochelle en 1420 : « Une grande partie desd. vignes et héritages estoit jà cheute et de jour en jour cheoit en friche et désert, tant pour cause de la grant et dure guerre des Angloys d'ancienneté régnant en ce royaulme de France et pour la doloreuse division meue et suscité ondit royaulme depuis dix ans en ça ou environ, corne aussi pour cause des pestilences et mortalitez souventes foiz advenues en lad. ville et pais d'environ... »

19. Abbé P.-Th. Grasilier, La commanderie de Breuil-du-Pas ou tableau de la Saintonge pendant la première moitié du XVe siècle (Extrait d'une enquête relative à cette commanderie), dans Recueil des actes, archives et mémoires de la Commission des arts et monuments historiques de la Charente-Inférieure et Société archéologique de Saintes, t. III (1877), p. 48.

20. Voir par exemple pour l'Anjou du milieu du xve siècle les Doléances et requêtes adressées à Charles VII, roi de France, par le roi René, duc d'Anjou..., éd. Paul Marchegay, dans Archives d'Anjou..., t. II, Angers, 1853, p. 314- 316 ; pour le Berry en 1446, La guerre de Cent ans et le dépeuplement de la terre de Beaulieu-sur-Loire, par Paul Cravayat dans Mémoires de l'Union des sociétés savantes de Bourges, t. V (1955-1956), p. 18-19; pour le Limousin en 1444, L. de Valon, Prieuré de Catus. Essai historique et archéologique, dans Bull, de la Soc. scientif., histor. et archéol. de la Corrèze, t. XXVI (1904), p. 408-409.

21. Ordonn. des rois de France, t. XIII, p. 306-313 : « par l'avis et délibération des seigneurs de son sang, la royne de Sicile, de nos sieurs le duc de Bourbon et Charles d'Anjou, les comtes de la Marche, d'Eu et de Vendosme... ». La ville de Poitiers était représentée aux États d'Orléans par le maire et trois bourgeois.

22. Arch. nat., К 65, n° 11, vidimus. L'édition d'après l'original possédé par Etienne Charavay a été donnée par Joseph Vaesen et Etienne Charavay dans Lettres de Louis XI..., t. I : Lettres de Louis dauphin, 1438-1461, Paris, 1883, p. 178 [Soc. de l'histoire de France).

23. Jean de Montmorin, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel, Pierre de Tuillières, chevalier, et maître Jean Colas, conseiller au Parlement, sont nommés également le 12 décembre 1439 (Bibl. mun. de Poitiers, Dom Fonteneau, t. XX, p. 235).

24. Pierre de Tuillières et Jean Colas ont l'un et l'autre résidé à Poitiers au temps où le Parlement y siégeait. Jean Colas paraît être d'origine thouarsaise (Arch, nat., Zla 8, fol. 97 ; Zla 15, fol. 178) ; en 1434 il a, comme conseiller au Parlement, été chargé d'une commission pour les francs fiefs et nouveaux acquêts en Poitou (Arch. dép. de la Vienne, G9 102, cure de Saint-Michel de Poitiers). Pierre de Tuillières est en 1434 seigneur du fief de la Rochebacon (comm. de Poitiers) (Arch. dép. de la Vienne, 2 H 1, liasse 16). Il a été, le 14 janvier 1437, déjà nommé « commissaire et refformateur sur le fait de plusieurs exemptions, faultes et abuz faictes par aucuns des habitans du Poictou » (Bibl. nat., ms. fr. 24160, fol. 1 sqq.) commission qui s'est poursuivie pendant de longs mois. Le receveur nommé le 21 décembre 1439 (J. Vaesen ex Et. Cha- ravay, op. cit., p. 178-180), Henri Blandin, notaire et secrétaire du roi, a exercé de nombreuses charges financières en Poitou, receveur des aides en 1424 (Bibl. nat., ms. fr. 20580, n° 52 ; P. O. 365, n° 2), en 1425 (Bibl. nat., P. O. 365, n° 8), en 1426 (Bibl. nat., P. O. 2855, n° 14 ; P. O. 365, n° 9 ; ms. fr. 20583, n° 31), puis élu en Poitou à partir de 1434 (Bibl. nat., ms. fr. 21423, fol.2 3 sqq.) ; il a été élu membre du corps de ville le 26 juillet 1426 (Arch. comm. de Poitiers, Reg. délib., n° 2, p. 78) ; il convient de noter encore qu'il a été, au moins de 1427 à 1430, receveur général des finances du connétable Arthur de Richemont (Bibl. nat., ms. fr. 8818).

25. Jean Chartier, Chronique de Charles VII, éd. Vallet de Viriville, t. I, p. 253. Le comte de la Marche donnait, selon Georges Chastelain (éd. Kervyn de Lettenhove, t. I, notice XV) « exemple d'un excellent singulier mirouer de toute bonne vie ».

26. Le dauphin est à Cholet le 17 décembre 1439 (J. Vaesen et Et. Charavay, op. cit., p. 3-4). Il va, avec son conseil, visiter Jean de Belleville et sa femme, Marguerite de Valois, fille naturelle de Charles VI (P. Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 121) ; il séjourne à Tifïauges chez Gilles de Rais (L. Pré- vel, Histoire de Tiffauges, dans Bull, de la Soc. archéol. de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, t. XIII (1874), p. 246-247, d'après l'Histoire de Bretagne de dom Lobineau).

27. J. Vaesen et Et. Charavay, op. cit., p. 180, 29 janvier 1440, n. st. Les lettres de commission du 12 décembre 1439 sont vidimées à Fontenay-le-Comte le 3 février 1440 n. st. (Arch, nat., К 65, n° 11).

28. Bibl. mun. de Poitiers, Dom Fonteneau, t. XX, p. 233-239.

29. Emile Cosneau, Le connétable de Richemont, Arthur de Bretagne (1393- 1458), Paris, 1886, p. 303 sqq.

30. Thomas Basin, Histoire de Charles VII (éd. Charles Samaran, t. I, Paris, 1933, p. 256 ; Les classiques de l'histoire de France) dit du dauphin qu'il « esset ingenio acri, regnandi atque dominandi nimiam gerens cupiditatem ac libidinem ».

31. D'après Jean Chartier, qui dit simplement que le comte de la Marche « s'en ala », mais Guillaume Gruel, dans sa Chronique d'Arthur de Richement (éd. A. Levavasseur, Paris, 1890 ; Soc. de l'histoire de France) écrit plus fortement que « fut mis monseigneur de la Marche hors de l'hostel de monseigneur le daulphin, et y demeura monseigneur d'Alençon ».

32. « Suasion au daulphin... de se révolter contre son père... Ne de voit demeurer oisif que Charles d'Anjou commanda à son père » (Bibl. nat., ms. fr. 4839, fol. 51).

33. Chronique de Mathieu d'Escouchy, éd. G. Du Fresne de Beaucourt (Paris, t. III, 1864 ; Soc. de l'histoire de France), Mémoires des plaintes..., p. 7.

34. Jean Bouchet, Les Annales d'Aquitaine..., Poitiers, 1644, p. 227.

35. Denys d'Aussy, Registres de Véchevinage de Saint- Jean- ď Angély 1332- 1496, dans Arch. histor. de la Saintonge et de VAunis, t. XXIV (1895), p. 289.

36. Chronique de Gérald Tarneau, notaire à Pierrebuffière 1423-1438, dans Chartes, chroniques et mémoriaux pour servir à l'histoire de la Marche et du Limousin, éd. Alfred Leroux et Auguste Bosvieux, Tulle et Limoges, 1886, p. 205.

37. Jean Ghartier, Chronique de Charles VII, I, p. 254.

38. Melle fut repris notamment grâce à Guillaume de Perceval, écuyer d'écurie du roi, comme il appert par les lettres de rémission que ledit écuyer obtint en 1446 (Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 256).

39. Jean de La Roche a notamment fait abattre la chapelle et partie de l'au- mônerie Saint-Georges sise hors les murs (Ap. Briquet, Mémoires pour servir à l'histoire de Niort. II : Les établissements charitables Xe-XVIIIe siècles, dans Mém. de la Soc. de statist., sciences, lettres et arts du départ, des Deux- Sèvres, 2e série, t. XX (1882), Ire partie, p. 24).

40. Plan de 1790 reproduit par Hippault-Deruffigné, L'abbaye de Saint- Maixent, notice historique et descriptive, Saint-Maixent-l'École, Garnier, 1927, p. 21. Des lettres royaux de 1450 donnent les noms de ces tours : tour du prieur d'Azay, tour du prieur de Souvigné, tour de l'aumônier, tour du prévôt-moine (Alfred Richard, Chartes et documents pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Maixent, dans Arch, histor. du Poitou, t. XVIII (1886), p. 241).

41. Jean Chartier écrit que Perrette de La Rivière était « logée par l'ordonnance du roy en l'abbaye », et Jean Bouchet, dans les Annales d' Aquitaine, p. 254, la dit aussi « logée en ladite abbaye de par le roy ».

42. De nombreux détails sur la résistance de Saint-Maixent sont donnés par une plaidoirie du 14 février 1443 n. st. (Arch, nat., Xla 4799, fol. 193 sqq.), à l'occasion d'un procès qui oppose la ville à la dame de La Boche Guyon au sujet des guets concédés par le roi à la nouvelle commune. Le guet occupait de quarante à cinquante personnes ; Guyot Le Tirant l'avait réduit à vingt et usait même de subterfuges pour faire croire qu'il y avait guet aux endroits non surveillés de l'enceinte.

43. La reddition du château est racontée par Jean Chartier, le Héraut Berry (éd. Denys Godefroy, Paris, 1661, p. 408) et à leur suite Jean Bouchet. Le traître Jacquet, serviteur du fils de Perrette de La Rivière, avait été battu par son maître et était de plus amoureux d'une chambrière que ledit maître « main- tenoit ». Un passage de lettres de rémission de 1445 éclaire le sens du mot « main- tenoit » : le mari trompé dit à l'amant : « on m'a rapporté que maintenez ma femme » (P. Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 204).

44 Arch, nat., Xla 4799, fol. 199. Les lances entrèrent « avecques un grant segneur ».

45. Guyot Le Tirant fut armé au portail de la Croix par les habitants, mais il ne garda son harnais qu'une heure et refusa d'être le capitaine du portail (Arch, nat., Xia 4799, fol. 199).

46. Guillaume Gruel, op. cit., p. 515 ; Chronique du héraut Berry, dans Histoire de Charles VII de Denys Godefroy, p. 407.

47. Alfred Richard, Chartes et documents..., p. 187, 214, 241.

48. Jean Chartier, op. cit., p. 255. Il se peut que les bâtiments abbatiaux eux- mêmes aient été envahis par les rebelles. Une concession d'indulgences en décembre 1444 précise que l'abbaye a été récemment envahie et « per invasores illius multis pretiosis mobilibus rebus et bonis miserabiliter spoliatum et denu- datum ; » il y a de plus des réparations à faire à la voûte de l'église et aux piliers de la croix du transept (P. Henri Denifle, La désolation des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre de Cent ans, t. I : Documents relatifs du ZF« siècle, Paris, 1897, n° 415, p. 168).

49. Arch, nat., Xla 4799, fol. 199 v°. Le procureur s'appelait Guilleminot.

50. Le registre du Parlement de Paris porte que sur le refus de Guyot Le Tirant la charge de capitaine du portail fut assurée par un nommé Le Sergent « qui s'i porta notablement » (Arch, nat., Xla 4799, fol. 199). Parmi les bourgeois était Jean Sachier procureur substixut du comte puis du roi à Saint- Maixent en 1412 (Dom Fonteneau, t. XVI, p. 301), en 1413 (Arch, nat., KK 250, fol. 34 v°), en 1427 (Dom Fonteneau, t. XVI, p. 307).

51. Arch. comm. Saint-Maixent, AA1, publ. par Alfred Richard dans ses Recherches sur l'organisation communale de la cille de Saint-Maixent, Poitiers, 1870, p. 196 sqq. Ainsi ils dévalisèrent la maison de Pierre Doulx, l'un des deux habitants partis quérir du secours à Poitiers, y enlevant les trois chevaux, les meubles, robes et joyaux, et ne laissant absolument rien {Ibid., pièce justif. n° VI).

52. Jean de L'Hôpitau, en procès avec l'abbaye de Saint-Maixent ne peut, en 1442, fournir une pièce parce que, « pour la prise de Saint-Maixent les registres, et mesmement celui où estoit l'appoinctement que on lui demande ont esté rompuz et décirez » (Arch, nat., Xla 8303, fol. 210 v°).

53. Arch, nat., Xia 4799, fol. 199.

54. Une bonne partie des écorcheurs dut regagner Niort dans la journée du 3 avril et la nuit qui suivit, même si on estime que les habitants de Saint- Maixent ont, dans leur plaidoirie de 1443, donné, avec 500 lances, un chiffre un peu « forcé ». Jean Chartier dit d'ailleurs que la plupart des rebelles se réfugièrent à Niort avec le traître Jacquet.

55. Chronique du héraut Berry, p. 408. Les Mémoires des plaintes ... (Chronique de Mathieu d'Escouchy, éd. G. Du Fresne de Beaucourt, III) disent que le siège dura huit ou dix jours. Arrivé à Saint-Maixent le 4 avril, Charles VII y était encore le 16.

56. Les soudards de Jean de La Roche sont chiffrés de 24 à 25 dans les Mémoires des plaintes..., p. 13, à 28 par Jean Chartier qui, ainsi que le héraut Berry, parle aussi de noyades. Sur intervention du connétable de Richemont — qui était le beau-frère du duc d'Alençon — les soixante soldats de Jean d'Alençon furent épargnés, après qu'ils aient fait le serment de ne plus jamais s'armer contre le roi (Héraut Berry, p. 408; Mémoires des plaintes..., p. 13; Emile Cosneau, op. cit., p. 306). Ces chiffres sont intéressants en ce sens qu'ils nous donnent une certaine approximation des forces respectives de Jean d'Alençon et de Jean de La Roche.

57. D'après le héraut Berry et Guillaume Gruel, Jean de La Roche était resté pour défendre Niort avec ses gens et des Anglais. Dès fin avril, Charles VII est à Guéret, d'où il expédie une déclaration au Dauphine (J.-F. Bonnafoux, Notice pour servir à l'histoire de la ville de Guéret, dans les Mémoires de la Soc. des sciences naturelles et d'antiquités de la Creuse, t. I, lre partie (1839), p. 214).

58. Jean Chartier (op. cit., p. 257) précise que les écorcheurs de Jean de La Roche furent décapités et le traître Jacquet écartelé. Jean Bouchet donne les mêmes détails.

59. Pour la campagne en Bourbonnais, voir Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. II, 1863, p. 409 sqq., et G. Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, 1885, p. 124 sqq. Sur la réunion des États à Clermont, cf. Antoine Thomas, Les États provinciaux de la France centrale sous Charles VII, t. I, Paris, 1879, p. 199.

60. Les La Trémoïlle pendant cinq siècles, t. I, p. 222-223, 13 juillet 1440.

61. Histoire de La Rochelle par Amos Barbot, publiée par Denys d'Aussy dans Arch. histor. de la Saintonge et de l'Aunis, t. XIV (1886), p. 306-308. « L'esmo- tion faicte en France par les ducs d'Alençon, de Bourbon et aultres... sous l'autorité de Louys daulphin, fut quasi aussitost estouffee que née ».

62. Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. lxi.

63. Elisabeth Bonazzi, Saint- Jean-d' Angély de 1372 à 1453. Son histoire. Ses institutions, thèse de l'École nationale des chartes (dactylographiée), 1958, p. 71 (Arch. dép. de la Charente-Maritime, 2 J 144).

64. Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), appendice, p. lxiv-lxviii. Les trois commissaires royaux étaient le poitevin Jean Rabateau, président en Parlement, l'abbé de Saint-Maixent Pierre de Clervaux, et le conseiller et maître des requêtes de l'hôtel Guillaume Gouge de Charpaignes, sous-chantre et chanoine de la cathédrale de Poitiers. Du 3 au 5 octobre Pierre Gaboreau et Guillaume de La Roche reçurent les dernières soumissions des capitaines de Jean de La Roche à Tusson, Courcôme et Ruffec sur la route de leur retour vers Poitiers.

65. Thibaudeau, Histoire du Poitou, nouv. éd., 1840, t. III, p. 549, notes des éditeurs : épitaphe de 1440 rapportée par l'Histoire de Touraine (sic).

66. Ses lettres de rémission d'avril 1446 étaient données sous réserve d'avoir à répondre du crime de lèse-majesté. Jacques de Pons fut banni en 1449 et ses biens confisqués (Denys d'Aussy, La Saintonge pendant la guerre de Cent ans (1372-ШЗ), p. 390-392).

 

67. Les lettres du roi en faveur de Pierre Doulx sont éditées par Alfred Richard dans ses Recherches sur l'organisation communale..., pièce justif. n° VI, p. 199-202.

68. Dom Fonteneau, t. XVI, p. 463, lettres royaux du 22 juin 1441. Jean Sachier y est toujours qualifié de procureur substitut du roi à Saint-Maixent. Il fera aussi partie du nouveau corps de ville (Aich. comm. de Saint-Maixent, GG 43).

69. Jean Bouchet, op. cit., p. 255.

70. Arch. nat., Xla 1482, fol. 215 v°-216, arrêt édité par Alfred Richard dans ses Recherches..., pièce justif. n° V, p. 196-199. La place au Grand Conseil ne fut accordée que pour Pierre de Glervaux, le committimus devant les maîtres des requêtes concédé pour toutes les causes personnelles de Pierre de Cler- vaux fut restreint pour ses successeurs aux causes de vingt livres ou plus, tandis que la franchise fiscale était limitée au sergent principal et à six métayers au choix de l'abbé. L'entérinement est du 13 septembre 1442.

71 . Arch. comm. de Saint-Maixent, AA 1 , éd. A. Richard, dans ses Recherches..., pièce justif. n° V, p. 196-199. Le corps de ville devait être dirigé par deux « élus » renouvelés chaque année, qui auraient les clés des portes, la garde et le gouvernement de la ville, le droit de lever des impositions pour les besoins de la communauté. Ces lettres sont d'avril 1440.

72. Charles Petit-Dutaillis, Les communes françaises. Caractères et évolution des origines au XVIIIe siècle, Paris, 1947, p. 225-229 (L'évolution de Vhuma- nité).

73. Arch. nat., Xla 4798, fol. 246 v°. Le procureur général du roi réserva les droits de juridiction du roi, le duc d'Alençon, encore en possession de Niort, et l'abbé de Saint-Maixent firent de même pour leurs droits respectifs.

74. Dom Fonteneau, t. XVI, p. 315, éd. A. Richard, Chartes et documents..., p. 222-223. Débats sur l'enregistrement les 26 et 30 juillet, et enregistrement le 5 août dans Arch, nat., Zia 12, fol. 71, 72, 74 v°.

75. Arch, nat., Xia 4798, fol. 279-280, plaidoirie du 2 janvier 1441 n. st.

76. C'est au cours de ces plaidoiries que les gens de Poitiers donnèrent la signification des statues établies par le duc de Berry autour de la tour Mau- bergeon (Robert Favreau, Les maîtres des œuvres du roi en Poitou au XVe siècle, dans Mélanges offerts à René Crozet, Poitiers, Société d'Études médiévales, 1966, p. 1361-1362).

77. Dom Fonteneau, t. XVI, p. 321-324, éd. A. Richard, Chartes et documents..., p. 223-228. L'assignation à Poitiers des causes des assises de Saint- Maixent en juin 1440 est indiquée dans ces lettres.

78. Dom Fonteneau, t. XVI, p. 325-326, éd. A. Richard, Chartes et documents..., p. 228-229.

79. La garnison royale se rendit d'ailleurs coupable des habituelles exactions, retenant prisonniers plusieurs habitants de Poitiers jusqu'à ce que la ville ait consenti à payer le fort « pâtis » de 300 livres (Arch. comm. de Poitiers, Reg. délib. n° 3, p. 61).

80. Arch, nat., Xi» 4799, fol. 197 v°-199 ; X1» 1482, fol. 214 v°-215 ; X™ 4799, fol. 224 r° et v°.

81. Elle requiert l'entérinement de ces lettres d'échange le 29 avril 1443 (Arch, nat., Xia 4799, fol. 236 v°).

82. Le héraut Berry (op. cit., p. 407) dit Pierre de Brézé sénéchal d'Anjou et de Poitou lors de la reprise de Saint-Maixent. Pierre de Brézé ne prêta serment comme sénéchal de Poitou que le 10 mai 1441 (Arch, nat., Xla 1482, fol. 166), mais divers actes de la cour de la sénéchaussée sont intitulés à son nom bien avant cette date (au moins dès le 10 octobre 1440, Arch, départ, de la Vienne, G 1386). Une thèse de l'École des chartes, malheureusement en grande partie inédite, a été consacrée à Pierre de Brézé en 1906 par Pierre Bernus. Sur le caractère du personnage et notamment son attachement à la famille d'Anjou, cf. Robert Favreau, Pierre de Brézé (vers 1410-1465), dans Bull, de la Soc. des lettres, sciences et arts du Saumurois, 1968, p. 25-38.

83. Arch, nat., Xla 21, fol. 244 v°, 9 juin 1434 : Guillaume Des Hayes, écuyer, lieutenant du seigneur de la Varenne, capitaine du château de Poitiers.

84. Arch, nat., KK 890, lettres du 10 mars 1442 n. st. ; PP 118, p. 45, lettres de novembre 1444. Sur l'enregistrement en Parlement, Arch, nat., Xia 4799, fol. 92 v°-93 v°.

85. Arch, départ, des Deux-Sèvres, 2 E 10, lettres royaux du 11 mai 1442 et exécutoire de la sénéchaussée le 31 mai ; également Dom Fonteneau, t. XX, p. 241-242.

86. Paul Guérin, Recueil, VIII (1431-1447), p. 146-152. Le texte des registres de la chancellerie diffère quelque peu de celui qui figure dans le registre des ordonnances Xia 8604, fol. 91-92 v°.

87. Arch, nat., Xla 4799, fol. 275. L'évêque d'Avignon, Alain de Coétivy, avait été chargé de signifier à la Cour que le roi lui commandait expressément d'enregistrer ces lettres comme il en avait dit sa volonté au dauphin. La cour enregistra effectivement les lettres le même jour 23 juillet 1443 (Arch, nat., Xia 1482, fol. 249), mais le lendemain le dauphin exigea que la cour raye la mention de son accord dans la publication des lettres du roi, et Charles d'Anjou de son côté fit supprimer le « de expresso mandato régis » (ibid., fol. 249).

88. Arch, nat., X1» 8605, fol. 89 v°-90 v°. Il n'est guère d'acteurs qui n'aient été récompensés de leur dévouement à l'occasion de la Praguerie. C'est ainsi qu'un des négociateurs de la soumission de Jean de La Roche, Guillaume de Charpaigne, devient alors évêque de Poitiers, le siège étant devenu vacant par la mort de Hugues de Combarel.