Le Pont Henri IV de Châtellerault, monument Historique du XVIe siècle

Les monuments anciens, consacrés à un usage public, doivent être envisagés sous divers aspects dont l'ensemble, réuni, condensé et soumis à une étude approfondie, conduit à des déductions profitables à la vérité. Et les faits sont d'autant plus certains qu'ils sont justifiés par des textes contemporains dont l'authenticité défie la critique.

Tout d'abord il convient d'étudier ces monuments au point de vue de leur forme et de leurs dispositions architecturales appliquées à l'usage, aux besoins et à la destination auxquels ils devaient correspondre; puis de se faire une idée exacte sur les causes ou les événements ayant déterminé soit le pouvoir royal, soit les seigneurs, soit même les simples particuliers à construire ces édifices dont quelques-uns sont encore intacts, d'autres fortement endommagés, le plus grand nombre en ruines.

Sur ces derniers règne souvent l'incertitude, mais tous, sans exception, laissent le champ ouvert à des appréciations discutables ou à des conclusions erronées. C'est là un écueil difficile à éviter. On n'arrive pas toujours, sans de longues recherches et un minutieux examen, à attribuer à un monument la date précise de sa construction et à fixer son usage primitif.

Le temps n'efface pas seulement les souvenirs, il corrode aussi les métaux, effrite la pierre et le marbre et ne nous laisse, en fin de compte, que des murs croulants, des colonnes brisées, des inscriptions frustes ou mutilées.

A l'archéologue incombe le soin de suppléer, par une méthode expérimentale basée sur la science, à l'insuffisance matérielle des objets qu'il étudie. Puis ce qu'on appelle la transition, le passage en général fort long d'un style à un autre, les bizarreries de l'architecture, jettent une certaine hésitation dans l'esprit des savants aussi perspicaces qu'ils soient.

Il en est beaucoup, toutefois, qui ne se prêtent pas à résoudre les problèmes par le moyen simple et facile de l'affirmation ou à céder à des entraînements imaginatifs. Ceux-là sont les prudents qui, connaissant le danger, s'efforcent de l'éviter pour se soustraire à la critique qui les guette.

Enfin les anciens édifices ont été souvent l'objet de remaniements maladroits qui en altèrent et dissimulent le caractère et l'aspect primitifs ; nouvelle difficulté à vaincre quand on entreprend de les décrire. Nous en trouverons un exemple dans le cours de cette étude qui reposera sur des textes dignes de figurer dans nos annates poitevines.

S'il n'était rien resté sur le Grand Pont de Châtellerault, nous n'aurions pas songé à en écrire l'histoire. Mais dans les archives de l'ancienne vicomté d'abord (1), du duché, ensuite (2), nous avons rencontré des manuscrits nombreux, très intéressants et ayant tous les signes qui en démontrent la valeur.

Ils seront non seulement commentés dans leur ordre chronologique, mais encore reproduits à titre de pièces justificatives, afin de donner à notre travail la clarté qui sera tout au moins un de ses mérites, s'il n'en a pas d'autres. il y aura à tirer de l'exposé des faits qui se dérouleront dans le cours de cette étude des enseignements utiles sur les mœurs et le caractère des habitants de la petite cité châtelleraudaise dont l'intelligence native et l'activité commerciale ont été une cause de prospérité sans cesse croissante.

Tant il est vrai que le progrès social et politique dérive moins de théories hasardées qui veulent s'imposer brusquement que de l'expérience et du temps qui assurent et justifient ce progrès.

On trouvera encore dans cette monographie consacrée à un édifice vraiment beau, l'indication des règlements qui jadis étaient observés quand le pouvoir central ordonnait u. ses frais de grands travaux d'utilité publique. Nous y rencontrerons les officiers locaux luttant contre ceux du roi; l'autonomie de la ville voulant s'affranchir des étreintes d'un régime absorbant et autoritaire.

Dans une enquête très curieuse remontant à 1564, nous verrons les notables de Châtellerault consultés sur l'emplacement que devra occuper le nouveau pont.

 Il y a urgence, le vieil ouvrage en bois maintes fois réparé tombe en ruines. Mais il faut tout d'abord prendre l'avis « des bourgeois et manans » de la ville afin qu'ils se prononcent sur les avantages et les inconvénients du projet depuis longtemps conçu par la reine Catherine de Médicis et auquel avaient songé auparavant François1er et Henri II. Cette formalité essentielle et qui s'impose encore n'est autre que celle appelée dans le langage administratif moderne l'enquête de commodo et incommodo. Aussitôt après son accomplissement, elle est suivie d'une adjudication au rabais, à l'extinction des feux, pour la fourniture des matériaux, notamment d'une grande quantité de pierre d'appareil dont les dimensions sont indiquées avec soin et qui est tirée de la forêt de Moulière.

La carrière dite de Damassault, aux abords de cette forêt, avait été préalablement choisie par le Général des finances et les architectes du roi qui s'étaient rendus sur les lieux. Ce court préambule, où sont exposées des vues générales, n'en a pas moins un but particulier et bien déterminé. Nous ferons l'application des principes qui en ressortent en décrivant un édifice non pas célèbre, mais extrêmement remarquable à cause de l'époque reculée et des vicissitudes de sa construction, de l'aspect imposant de ses proportions, des motifs qui ont engagé la mère de Charles IX, cette grande protectrice des arts, à en poursuivre l'exécution par des motifs qui ne sont pas étrangers à un sentiment d'orgueil national servant sa politique.

Il s'agissait, en effet, indépendamment de l'intérêt local à satisfaire, de montrer aux étrangers et aux souverains qui traversaient le royaume du nord au midi ou venaient de l'Espagne pour gagner la France et sa capitale les progrès matériels accomplis dans le pays où les grands chemins et les ponts destinés à les relier laissaient tant à désirer.

C'est sous l'empire de ces préoccupations que la construction du pont de Châtellerault fut résolue. On verra plus loin les difficultés que rencontra. la réalisation de ce projet hardi et grandiose pour l'époque. Le manque d'argent, les guerres civiles, l'inexpérience des ouvriers, le transport des matériaux à pied d'œuvre furent autant d'obstacles à vaincre pendant la longue période de quarante-cinq ans de 1564 à 1609 que durèrent les travaux.

 

II

Avant d'entrer dans les détails qui sont de nature à donner un certain intérêt à cette monographie toute locale, je jetterai un coup d'œil rapide sur les anciens ponts bâtis en France à diverses époques.

 

Au douzième siècle, ont vit s'élever le pont d'Avignon au treizième, celui de la Guillotière à Lyon; le pont Saint-Esprit et quelques autres dans les quinzième et seizième siècles. Ces ouvrages, très étroits, comme ceux de Poitiers sur le Clain (3), donnaient une idée du petit nombre de voitures qu'employait alors le commerce qui ne se servait que de chevaux et de mulets.

Le pont de Notre-Dame, à Paris avait été bâti sous Charles VI, mais, ayant été renversé en 1499, il fut rétabli en 1507. Dans le dix-septième siècle, les constructions commencèrent à recevoir plus de solidité et des dimensions plus fortes et mieux étudiées. Le Pont-Neuf fut terminé en 1604; les Ponts Saint-Michel, de l'Hôtel-Dieu, le Pont-Marie sous Louis XIII, le Pont au Change, celui de la Tournelle, le Pont-Royal furent bâtis sous Louis XIV.

Dans les provinces on construisit le Pont de Saintes en 1666 et le Pont de Blois; le Pont de Toulouse sur la Garonne, fini en 1632,et celui de Châtellerault, sur la Vienne, terminé en 1609, avait été commencé dans le siècle précédent.

Ainsi, pendant le dix-septième siècle, on peut compter huit ou dix ponts dans les grandes dimensions

.

Vers l'année 900 et même, avant, alors que la petite ville de Castel-Airaud s'élevait dans la plaine sablonneuse mais fertile de la rive droite de la Vienne, sous la protection d'un de ses premiers vicomtes (Adraldus), une autre agglomération d'une certaine importance se formait sur la rive gauche vis-à-vis la ville naissante ; c'était le faubourg aujourd'hui si populeux auquel le nom de Château-Neuf (Castrum novum) est resté. Hugues II vicomte de Châtellerault (1157-1175), avait fait bâtir ce château et la chapelle de Saint-Jean-l'Evangéliste.

Nés des mêmes besoins, habités par des familles alliées, en rapports commerciaux et industriels de tous les jours, ces deux centres d'une commune origine éprouvaient l'invincible besoin de communiquer ensemble à chaque instant.

Au début, de lourdes barques d'une conduite peu commode sur un cours d'eau large, sans profondeur et rapide, soumis à des crues périodiques, suffirent à des rapports forcément restreints dans leur expansion.

A cette époque, la voie romaine était presque abandonnée à cause de son usure et de la traversée difficile de la rivière au-dessus de Cenon, et soit qu'on se dirigeât sur Poitiers, soit qu'on vînt à Châtellerault, il fallait trouver un moyen pratique de relier la ville à son faubourg.

Il était indispensable de les mettre en communication permanente d'un côté avec la forêt de Châtellerault et les grosses agglomérations de Naintré, de Colombiers et la capitale du Poitou sur la rive gauche du Clain alors très peuplée, de l'autre côté avec les populations cultivant la plaine fertile de la rive droite de la Vienne qui se prolonge vers la Touraine jusqu'à Port-de-Piles.

De là, après avoir franchi la Creuse, les voyageurs se dirigeaient vers Tours, Orléans et gagnaient Paris.

Le trait d'union entre le nord et le sud du pays châtelleraudais était un pont dont l'utilité fut reconnue il y a plus de huit cents ans.

Aussi, vers le onzième siècle, d'après les chartes de l'abbaye de Noyers, fort intéressantes pour l'histoire du Haut-Poitou, un pont de pierre existait alors (4).

Dans la collection de D. Fonteneau (t. XII, p. 645), il y a un texte d'après lequel Hugues Ier de la Rochefoucauld, vicomte de Châtellerault de 1046 à 1069, fit abandon, en 1058, aux chanoines réguliers de l'église de Saint-Nicolas, sur le forum de Poitiers, d'une arche du susdit pont pour y construire un moulin et des pêcheries (5).

Cette assertion est corroborée par un acte du commencement du douzième siècle (Cartulaire  de l'abbaye de Saint Cyprien de Poitiers, p. 81) constatant l'existence d'une maladrerie, domum infirmorum ultra pontem Vigennae et ultra flumenculo Ininvinea (6).

A cette époque, tous les ponts bâtis à proximité des villes populeuses ou compris dans leur enceinte étaient flanqués de maisons, de boutiques ou de moulins.

 Celui de Châtellerault n'y faisait pas exception, ce fut une des causes de sa destruction (7).

Une autre charte du recueil de D. Fonteneau (t. I,p. 309) nous apprend que, vers 1120, Adhemar le Sec, fils de Richardie, donne, du consentement d'Êlie de Chistré, aux moines de Saint-Cyprien de Poitiers tout ce qu'il possédait au- delà du pont de la Vienne.

Il ne reste pas de ponts du moyen âge antérieurs au douzième siècle; mais, en ce temps-là, on construisit un grand nombre de ces ouvrages et dans des conditions extrêmement difficiles.

 

Enfin, nous relevons dans des lettres patentes de Henri III, du 20 mars 1576, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, ce passage intéressant:

« Les Roys,nos prédécesseurs, considérant l'affluence et grand nombre de personnes, chevaulx, charettes, passans et repassans en basteaulx avec grande incommodité sur la rivière de Vienne, à l'endroit de la ville de Chastellerault, y auroient faict faire un pont de pierre non de telle estoffe et structure qu'il estoit besoing et requis, au moyen de quoy il auroit esté de peu de durée; pour ne pouvoir estre mieulx accomodé ledict passage,auroit esté faict un pont de boys pour l'entretènement duquel, en sa grandeur et largeur ayans esté ruynées plusieurs belles forestz circonvoisines dud. Chastellerault, feu de bonne mémoire le roy Henry, nostre très honoré seigneur et père, que Dieu absolve, ordonna le pont de pierre estre refaict. »

En résumé, d'après les chartes déjà citées et ce texte révélateur, il est établi que le premier pont de Châtellerault était en pierre que sa mauvaise construction et sa vétusté, après quatre siècles et plus d'existence, avaient été les causes de sa ruine et de son remplacement par un ouvrage en bois.

Mais il y en eut une autre que nous négligerons d'autant moins qu'elle se rapporte à un événement historique consigné dans les chroniques de Froissart.

 

 

III

En 1370, le pont est fortement endommagé à la suite d'un fait de guerre.

Avant cette époque, dès 1361, Louis d'Harcourt, sire d'Arscot, vicomte de Châtellerault (8), s'était rangé du côté des Anglais contre le roi Jean et leur avait livré la ville de Châtellerault.

[Chatellerault_Tour_en_ruines]_ _[

Les Bretons de Du Guesclin restés fidèles à leur pays surprirent la ville pendant la nuit, la saccagèrent et faillirent s'emparer du vicomte qui, gagné par les dons du prince de Galles, avait trahi la France et prêté le serment de fidélité à Jean Chandos.

 

Ecoutons Froissart :

 

 « Et avint que messire Loeïs de Saint Julien sitos qu'il fu retournés en le Roce de Ponsoy (9), et que Messires Guillaumes des Bordes fut retournés en la garnison de la Haye en Touraine, et Keranloet à Saint Salvin, ils mirent secrètement sur [pied] une chevaucie de gens d'armes et de compagnons, et vinrent escieller sur un ajournement, la ville de Chastielerrault, et eurent pries et atrapé monseigneur Loeïs de Harcourt qui dormoit en son hostel en la ditte ville et qui de ce ne se donnoit garde.

 Si n'eut plus de retour que il s'enfui en purs ses linges draps, et tout descaus, de maison en maison et de jardin en jardin, et fist tant que il s'en vint bouter sur le pont de Chastielerraut que ses gens avoient fortefuet. Là se sauva il et recueilla et s'i tint un grand temps.

 Mès li François et Ii Breton furent signeur et mestre de la ville, et en firent une grande et belle garnison, et en fu Keranloet capitaine ; et vindrent tous les jours li Breton combatre à chiaus dou dit pont et là eut fait tamainte grant escarmuce et apertise d'armes (10). »

 

A ce propos, nous ne saurions omettre les vers curieux d'un trouvère du quatorzième siècle, Cuvelier, qui a écrit :  « La vie vaillant Bertran Du Guesclin ».

 En effet, nous y trouvons avec toutes ses circonstances, le récit de la reprise de Châtellerault par les Français racontée en un langage quelque peu original et primitif.

On s'exprimait ainsi il y a cinq cents ans. Les faits sont exacts, si ce n'est que le trouvère (négligence bien pardonnable) substitue la Creuse à la Vienne.

Nous résumerons tout d'abord le poëme pour ceux qui hésiteraient à le parcourir en nous référant aux chroniques du temps (11).

 

 

 

 

Le breton Carlouet, un des meilleurs lieutenants de Du Guesclin, avait été fait prisonnier au combat de Lussac-les-Châteaux, où Chandos succomba.

Les gens de la Touraine payèrent la rançon de Carlouet qui délivré recommença ses exploits. Il se rend d'abord à la Rocheposay et y passe l'hiver inquiétant les Anglais jour et nuit.

 Puis il se décide à marcher sur Châtellerault occupé par l'ennemi. Il y arrive avant le crépuscule, sans bruit, après avoir laissé ses chevaux à distance ces précautions faciliteront l'assaut qu'il médite.

Le guet de la ville sans défiance était endormi. Les Français se jettent dans les fossés et approchent des murailles, détruisant les palissades aiguës qui la défendent. Réveillés par le bruit, les Anglais courent aux armes il est trop tard.

L'assaut donné avec vigueur rend les Français maîtres de la place qui est livrée au pillage, « et mesmement l'enclume des mareschaux et les meules des molins portèrent rendre par la rivière de Vienne à Saumur ».

Mais les vaincus s'étaient réfugiés dans les fortifications du pont, y cherchant leur salut.

« Et dedens se tenoit messire Loys de Harcourt, vicomte de Chastellerault, qui bien fut accompaigné d'Anglois, et le pont bien défendit. Dedens la rivière de Vienne estoit assis le pont, qui bien estoit bretesché, et pour ce, ne peurent François gaires mesfaire au pont du cousté devers la ville ».

La victoire aussitôt connue du valeureux breton lui attira un grand nombre de « gens d'armes de plusieurs contrées de France » Si bien qu'il se trouva à la tête d'une bande de deux mille hommes.

Puis, des bateaux montés par ses soldats vinrent miner une des tours qui s'élevaient sur la première arche du pont du côté de la ville sous les efforts des assaillants, l'ouvrage s'écroula dans la rivière « dont moult fut esbahy messire Loys de Harpcourt, et aussi les Anglois qui avant que la tour cheist, se retrahirent en une aultre tour au bout du pont, du costé de par devers Poitiers. Et entre françoys et eulx firent le pont rompre dont peu les peurent grever françoys dillec en avant ».

Nous ajouterons pour terminer cet épisode et mieux définir l'attitude politique du vicomte de Châtellerault que dès le mois de septembre 1361, nous le répétons, il avait prêté, devant Jean Chandos (12), serment de fidélité au roi d'Angleterre.

Puis en 1372, Louis de Harcourt et Guillaume l'Archevêque, seigneur de Parthenay, furent institués gouverneurs en Poitou par le duc de Lancastre, frère du prince de Galles, quittant la Guyenne pour retourner en Angleterre.

Toutefois, ayant compris son devoir, le vicomte de Châtellerault rendit hommage de sa seigneurie au duc de Berry en avril 1377.

 

IV

Le pont de pierre du onzième siècle, ayant été complètement détruit vers la fin du quatorzième, fut remplacé par un ouvrage en bois appuyé sur les anciennes piles et qui dura longtemps après 1564, au moyen de réparations aussi coûteuses que fréquentes.

C'est pourquoi, dans le cours de cet exposé, nous ferons connaître quel était, à diverses époques, l'état des ponts de bois qui servirent à la circulation pendant le moyen âge, maintinrent et facilitèrent les rapports journaliers de la ville avec son faubourg d'Outre-Vienne.

Nous rechercherons tout d'abord quels furent les droits dits de pontenage perçus à diverses époques par les vicomtes en vue de l'entretien de ces ponts (13).

Enfin, nous rattacherons à notre sujet quelques textes relatifs soit à des essais de navigation en aval de Châtellerault, soit aux droits de pêche imposés aux fermiers dont les obligations étaient définies avec soin.

Ces explications préalables étant données, nous raconterons les phases diverses qui, à partir de 1564, rendent si intéressante l'histoire du grand pont de Châtellerault plus de trois fois séculaire, après avoir subi des restaurations qui en ont changé, à son avantage, l'aspect primitif.

Des dessins représenteront cet édifice sous ses divers aspects et viendront à l'appui de notre texte, lui servant en même temps de justification.

Nous savons par un document de 1466 qu'on charroyait du sable et autres matériaux sur les ponts de bois pour en rendre le passage plus facile et les préserver des crues dévastatrices de la rivière.

D'après le Livre Noir de Châtellerault, rédigé vers 1445 et dont nous avons publié les textes les plus intéressants, les droits de pontenage étaient ainsi fixés et constituaient pour le vicomte une source de revenus importants.

Premièrement, pour chacune personne passant à cheval par et sur ledit pont, excepté gens d'église, nobles et d'estat, lesquelles ne paieront aucune chose. III d. t.

Pour chacune personne à pié passant par et sur led. pont. 1 d. t.

Pour chacune personne à pié portant danrrées et marchandises sur son dos. Il d. t.

Pour chacune beste à pié ront, non chargée, passant surled. pont. 1 d. t.

 Pour chacun chariot et les bestes qui le conduiront passant sur led. pont non chargé la somme de. X d. t.

 Pour chacun chariot chargé et les bestes qui la meneront par dessus icelluy pont. XII d. t.

Pour chacune beste à pié ront chargée de quelconques choses que ce soit. 11 d. t.

Pour chacune charette vuide et les bestes qui la meneront. VId. t.

Pour chacune charette chargée et les bestes qui la meneront. Xd. t.

Pour chascune beste bouvine passant sur led. pont non menant danrrées ou aultres choses en charretes ou charrois. TI d. t.

Pour chacune grand beste porcine. 1 d. t.

Pour chacune grand beste beline en ce comprenant boucz et chèvres. ob. t.

Le quel ayde et droit susdit ne se paieroit que une foiz le jour et d'icellui seront quiptes les habitans de la ville de Chastellerault, excepté pour leurs danrrées et marchandises qu'ils passeront pour revendre et quilz auroient achaptés pour vendre ».

Dans quelques textes épars, mais faciles à rapprocher, nous avons trouvé divers tarifs des droits de pontenage à Châtellerault.

C'est ainsi qu'un document du 13 décembre 1468 (14) nous fixe sur les conditions de la ferme de ces droits et en détermine la valeur.

 Alors que Charles d'Anjou comte du Maine, était vicomte de Châtellerault (1445-1472), les droits de pontenage furent de nouveau établis à la date du 24 février 1469 <» en conseil de Monseigneur ».

Ils indiffèrent en rien de ceux qui les précèdent et ceux qui les suivent sont les mêmes (15). Une pancarte imprimée, que notre distingué confrère M- Arthur Labbé a bien voulu nous communiquer, fait connaître quels étaient, en 1746, les droits à percevoir au profit de l'engagiste du duché de Châtellerault, Frédéric Guillaume de la Trémoille, prince de Talmond (16).

A sept cents ans de distance ce tarif a persisté et contient encore certaines dispositions de la pancarte initiale de 1445.

 Ainsi, « toutes manières de gens à cheval, excepté gens d'église, nobles et d'état, doivent une fois le jour trois deniers tournois ». Devant cette mince redevance, la ténacité des privilégiés ne capitule pas encore, mais elle est à la veille de perdre ses avantages la Révolution approche.

 

V

Le cours du quinzième siècle s'achève sans que nous rencontrions d'autres chartes sur le pont de Châtellerault et nous arrivons au seizième, qui sera beaucoup plus riche en documents.

Le 11 mars 1540, François Ier octroye aux habitants de Châtellerault la coupe du bois de Corbery (17), sur le territoire de la paroisse de Vaux, pour aider à reconstruire leur pont sur la Vienne emporté par une inondation, mais le surplus de la dépense doit incomber aux habitants de la ville et des faubourgs (18).

Il y a lieu de faire remarquer qu'à cette époque le pont de pierre était depuis longtemps disparu et avait été remplacé par un ouvrage de charpenterie dont l'entretien incombait au seigneur moyennant le péage.

 Il est possible, toutefois, nous le répétons, que sur les piles de l'ancien pont il ait été posé un tablier de bois, car on n'ignore pas qu'au moyen âge ce procédé a été fréquemment employé.

François Ier avait une certaine prédilection pour Châtellerault, où il séjourna quelquefois. Le plaisir de la chasse et les circonstances politiques l'y avaient attiré. Connaissant les besoins de la petite ville qui l'accueillait avec un enthousiasme non pas toujours désintéressé, le roi voulut la doter d'un pont de pierre, large et commode, qui, remplaçant celui en bois aussi peu résistant qu'il était dangereux, ferait honneur au pays et défierait le temps par sa solidité.

C'était une idée féconde en résultats utiles et pratiques pour les Châtelleraudais et les voyageurs, mais elle ne fut réalisée que plus tard, ainsi que nous l'exposerons tout à l'heure.

Louise de Savoie, mère de François Ier et duchesse de Châtellerault, mourut en 1531.

Son petit-fils Charles, duc d'Orléans, lui succéda en cette qualité.

L'année suivante (1532), une terrible contagion ayant décimé la petite ville des bords de la Vienne, le roi, ému de cette situation, s'empressa d'en adoucir les funestes conséquences en accordant à divers fermiers des remises importantes 270 septiers de froment sur les moulins, 240 livres sur le pontenage, 350 livres sur les bouchaux (19).

Dans une évaluation des revenus du duché de Châtellerault, du 8 mai 1549, alors qu'il était à titre d'apanage entre les mains de Jacques Hamilton, comte d'Arran, gouverneur d'Écosse, ainsi récompensé par Henri II pour avoir amené en France Marie Stuart qui épousa François II en 1558, on trouve mentionnée la réparation des écluses et bouchauds près le grand pont de la ville. 350 livres furent consacrées à la réparation de l'écluse des Grands moulins et de deux bouchauds servant de pêcherie «assis en la rivière de Vienne joignant le pont de pierre qui soulloit estre sur ladite rivière lequel est à présent du tout ruyné par l'inondation des eaues de lad. rivière passant devant la ville ».

 A la même époque, la ferme du pontenage s'élevait annuellement à environ 412 1.

En 1563, Diane d'Angoulême, légitimée de France, étant duchesse de Châtellerault, il est procédé à une nouvelle réparation des écluses et bouchauds dont il vient d'être question.

Un autre document encore plus explicite, du 27 novembre de l'année précitée (1563) (20), nous fait connaître que la ferme de la pêcherie des bouchauds qui étaient sous le pont et qui avait été évaluée à plus de 400 livres pour une année commune ne produisait plus rien alors, « parce que les endroits des vieux ponts de pierre sous lesquels ils étoient dressés sont avec les pêcheries tombés en ruines dès l'année 1555 »

Et le rédacteur de l'état du revenu des domaines du duché de Châtellerault ajoute : « ainsi qu'il est par nous veu et visité et qu'il est plus à plain déclairé dans notre procès verbal de visitation par estimation ce que ledit pont pourra couster à reffaire de neuf, comme il est très nécessaire pour le bien public, attendu mesmement que c'est le passage du pays de Poitou, Guienne, partie de Languedoc et Espagne. »

En 1586 (28 juillet), à la suite d'une visite minutieuse de Jean de Sauzay, sieur de Beaurepaire, lieutenant du maître des eaux et forêts du duché de Châtellerault, du commis du contrôleur des domaines, des maîtres charpentiers Jean Duvau et Jean Raimond, il est décidé que la fourniture du bois à adjuger sera prise dans les futaies de Puymelleriou et de Marchais-Rond, au lieu de Vératon; les trente-deux pieds de gros chênes à abattre frappés « du merc du Roy » étaient d'une grosseur peu ordinaire si on en juge par les détails consignés dans le procès-verbal signé de noms châtelleraudais très connus Ferrand, Rasseteau, Loriot, de Horris, etc.(21).

Les réparations sont tellement urgentes que le roi Henri III, par ses lettres du 8 septembre 1586, décide, guidé par un mouvement généreux, que les sommes déposées entre les mains du trésorier général des finances à Poitiers et destinées primitivement à la construction des levées aux environs du château de Chenonceaux « à cause des débordements et inondations des eaux du Cher au dessus desquelles ledit chastel est assis » et appartenant à la Reine-mère (Catherine de Médicis), seront employées aux réparations du pont de Châtellerault, évidemment celui de bois il s'agissait d'une somme de plus de mil écus dont on ne pouvait faire un meilleur emploi.

Le 25 juin 1590, il est dressé un procès-verbal de visite du pont de bois par les ordres du lieutenant-général de la sénéchaussée, Michel Ferrand, un des beaux-frères du médecin Pierre Descartes, en présence de Jean Boutin, contrôleur des domaines; quelques mois après, en janvier et février 1591, il est pourvu aux réparations toujours en dépeuplant les forêts voisines qui, avec le temps, finirent par disparaître.

 

 

VI

Les détails qui précèdent et la méthode chronologique adoptée dans ce travail nous engagent à dire quelques mots des essais de navigation qui furent tentés pour relier la Vienne à la Loire, dont elle est un affluent considérable.

 Au commencement du seizième siècle et longtemps avant, les moulins, les écluses, les pêcheries étaient des obstacles sérieux à cette navigation malgré qu'elle fût restreinte et locale. Les grands trajets, surtout à la remonte, ne pouvaient s'effectuer qu'avec une extrême lenteur et non sans danger pour les hommes et les chalands.

 Les marchandises et denrées venant de Candes par la Loire, à destination de Châtellerault ou des localités riveraines de la Vienne situées entre ces deux points extrêmes, subissaient de longs retards et des arrêts fréquents, soit que les eaux débordassent par des crues subites, soit que l'estivage diminuât trop la profondeur nécessaire aux bateaux, de telle sorte que, dans l'un et l'autre cas, la navigation devenait sinon impossible, tout au moins très difficile et fort couteuse (22).

Aussi les seigneurs du duché s'efforcèrent-ils, par de sages mesures, d'améliorer une situation qui, tout en constituant pour eux de sérieux avantages, devait contribuer en même temps à enrichir les habitants de la petite et industrielle capitale du Châtelleraudais, comme point terminus où se concentrait l'arrivage des denrées de la basse Loire venant de Nantes, Angers, Candes, Chinon à la remonte, le départ à la descente des produits du Haut-Poitou.

Nous avons trouvé la preuve de ces efforts, ou plutôt de, ces timides essais, dans le texte de deux chartes du commencement du seizième siècle et il doit en exister d'autres. Leur intérêt mérite qu'elles soient livrées à la publicité.

L'une est à la date du ler juin 1520, l'autre à celle du 20 octobre de la même année (23).

Dans la première, Anne de France, fille de Louis XI et duchesse douairière de Châtellerault, agissant au nom de son gendre, le connétable Charles de Bourbon, qui, plus tard, devait tomber en disgrâce, passe avec messire Jacques d'Alloigny, seigneur de la Groye, un contrat dont les principales dispositions suivent afin de rendre autant qu'il est en leur pouvoir, « au profit et utilité de la chose publique la rivière de Vienne navigable pour mener et conduire bateaux et marchandises », il est convenu avec la belle-mère de Charles de Bourbon, à laquelle appartenait le moulin de Puymillerou (24), qui tirait son nom delà châtellenie voisine, et le seigneur de la Groye, qui détenait le moulin de Moiré (25), qu'il serait pratiqué dans les écluses de ces moulins une ouverture de trente pieds « ou telles autres ouvertures qu'il sera advisé par gens à ce cognoissant pour la commodité et profit du navigage, le tout accepté par les procureurs des marchans suivant le train des marchandises par navigage des rivières de Loyre et de Vienne. »

Ces conventions sont signées à la Berlandière, où résidait habituellement Anne de France.

Dans le second document, qui est du 20 octobre 1520, on constate l'intervention des mêmes personnages. Jacques d'Alloigny, seigneur de la Groye, propriétaire du moulin de Moiré, il consent boire et passage estre faict en son escluze de Moiré estant assise sur la rivière de Vienne au lieu où elle est de présent de la largeur de vingt six pieds au plus estroict pour passer et repasser lesbasteaux des navigans, o ce que led. d'Alloigny pourra mectre aucuns rasteaux, planches et autres chouses nécessaires pour retenir l'eau. »

Franchir ces pertuis étroits, aux courants rapides, était certainement une manœuvre difficile; toutefois le progrès accompli se manifestait dans la restriction des droits féodaux que s'étaient arrogés les seigneurs particuliers sans tenir comte de l'intérêt général. – Jusqu'au confluent de la Vienne avec la Creuse il n'y avait pas d'autres écluses l'ordonnance sur les eaux et forêts d'août 1669 les aurait fait disparaître s'il en eût existé.

La navigation de la Vienne, dont nous venons de dire quelques mots, nous engage à parler de la pêche sur la même rivière d'après le texte d'une évaluation du duché de Châtellerault à la date du 31 janvier 1563.

Les gens qui avaient des chalands sur la Vienne payaient chacun dix s. tournois de ferme depuis les deffends  (26) des eaux de Châtellerault jusqu'à Saint-Aubin (27). C'était pour le duc un produit d'environ dix livres.

La ferme des eaux de Puymillerou et des chalands près de Dangé, depuis Vaux jusqu'au coing de la garenne des Ormes Saint-Martin, était estimée treize livres dix s. t., ce qui représentait à cette époque une somme d'environ cinquante francs.

En remontant au milieu du quinzième siècle, nous constatons, d'après le Livre noir de Châtellerault, qu'à la fête de Notre-Dame tous les pêcheurs de la Vienne ayant des « chalans » pour exercer leur métier payaient à « Monseigneur » une redevance de douze deniers par bateau et en outre, pour vendre sur les étaux de la ville, ils étaient astreints au droit minime d'un denier.

La rivière appartenait au vicomte depuis « le lieu de Garlouppe jusqu'au moulin du Pin ». Cette réserve était appelée « les deffens, car nul, sinon mondit seigneur, n'a aucun droit en icelle rivière et n'y doit aulcun prendre poisson ne aulcun autre droit » Le vicomte avait encore des pêcheries sur l'Envigne, près la Berlandière, et sur le Clain, au moulin de Souez et à l'Ile Gandouard.

 

Bande Annonce - Jours de Vienne 2018 à Châtellerault from Territoire châtelleraudais on Vimeo.

 

 VII

Parmi les grands chemins qui, au seizième siècle, se dirigeaient sur le passage très fréquenté de Châtellerault, on distinguait :

 1° celui d'Orléans à Fontarabie, par Amboise, Châtellerault, Poitiers, Saintes, Blaye, Bordeaux, Bayonne

2° celui de Tours à la Rochelle et à Brouage par Châtellerault et Poitiers;

3° celui de Blois à Saint-Jean-de Luz, par Châtellerault, Poitiers, Sanxay, Barbezieux, Bordeaux et Bayonne.

Un Guide des chemins de France, remontant à 1551, indique l'itinéraire que suivaient les voyageurs et marchands venant du nord pour se rendre dans le midi et l'Espagne ainsi on comptait :

D'Amboise à Bléré-sur-Cher 2 lieues.

Le Fau-sur-Indre 3

Mantelan 3

Sepmes (à droite) quart de lieue (repue).

La Selle 2 lieues.

Port-de-Piles-sur-Creuze quart de lieue.

 Les Hommes-Saint-Martin 1 lieue.

Dangé-sur-Vienne 1

Ingrande-sur-Vienne 1

Châtellerault 1

« Ces chemins sont notables pour la renommée et fréquentation du lieu (25). »

 

VIII

C'est au cours du seizième siècle qu'apparaît dans des textes formels la nécessité qui s'impose de remplacer par un ouvrage solide et résistant les vieux ponts de bois que les inondations et le temps avaient ruinés (29).

L'importance de ce projet se trouve monumentée avec de curieux détails dans un long procès-verbal, relatif à la construction du nouveau pont de pierre, à la date du 22 décembre 1564. Ce document (30) fut établi en vertu des ordres et sous la haute direction du protestant Charles Chevalier, sr d'Esprunes, conseiller du roi et général de ses finances en la charge et généralité de Languedoc établie à Poitiers. Charles IX, ou pour mieux dire sa mère Catherine de Médicis, alors régente (le roi n'ayant que quatorze ans), l'avait ainsi décidé le 10 août 1564 par un acte signé à Roussillon en Dauphiné (31) et qui se trouve dans le procès-verbal du 22 décembre cité plus haut.

Sur une demande instante des Châtelleraudais, du 26 février précédent, la résolution avait enfin été prise de reconstruire le pont. Mais comme le nerf de cette grande entreprise était l'argent, on consacra tout d'abord aux travaux 6.480 livres, prélevées sur les gages du prévôt des maréchaux, de ses lieutenants, greffiers et archers, sans imposer de nouvelles charges aux habitants, plus 10.000 livres provenant de la crue de six deniers applicable aux réparations des ports et hâvres établis sur les côtes maritimes; soit en totalité 16.480 livres tournois. C'était une forte somme pour commencer l'entreprise, car à cette époque elle équivalait à plus de 60.000 francs de notre monnaie. Ces ressources, tirées des caisses de l'État et non de la poche des contribuables de Châtellerault, n'en devaient pas moins, pour faciliter le service de la dépense, être versées entre les mains du receveur ordinaire de la ville.

 

Nous verrons plus tard s'élever des difficultés longues et sérieuses qui amenèrent un conflit d'attributions entre les receveurs des tailles et le contrôleur général des fortifications, ce dernier revendiquant, en vertu de l'autorité dont il avait été revêtu par le roi, la surveillance des travaux du pont et l'emploi des fonds destinés à sa construction.

Chargé, par l'ordonnance susdite du 10 août 1564, de procéder à une enquête sur l'utilité et l'emplacement du nouvel ouvrage, le Général des finances se rendit à Châtellerault pour accomplir cette formalité préalable à tous les grands travaux. Il convenait d'être fixé sur les avantages elles inconvénients de l'édifice à construire et pour cela il fallait consulter l'opinion publique qui se trompe moins souvent qu'elle ne dit vrai.

A cet effet, le sieur d'Esprunes s'installa dans la ville et convoqua, avec les officiers du roi, les notables habitants dont il désirait recueillir l'avis sur un projet qu'il considérait être pour eux d'un intérêt capital. Les uns se rendent à son appel, le plus grand nombre s'abstient, soit par indifférence, soit par opposition Le calviniste Charles Chevalier est mal vu des catholiques et excite leur défiance. Cependant, l'attitude que le commissaire royal gardera pendant l'enquête est correcte et empreinte d'une grande modération. Il n'aime pas les difficultés et il s'appliquera à calmer les susceptibilités de certains officiers de la ville. Il est secondé dans l'accomplissement de sa mission par le seigneur de la Barbelinière (32), Charles de Marconnay; très bien, en cour où ses charges l'absorbent la plupart du temps, il lui est impossible de se rendre à Châtellerault comme il le faudrait.

 Sur l'emplacement à choisir pour établir le nouveau pont, on consulte deux maîtres architectes des ouvrages du roi, Laurent Joguet et Gaschon Belle (33). Venus de Paris tout exprès, ils ont déjà mûri les plans non sans grandeur du nouvel ouvrage qui sera plus tard l'ornement de la petite ville. Il faut en même temps ménager le sentiment public et s'en rendre un compte exact afin d'éviter les difficultés ou les fausses manœuvres.

L'instruction de l'affaire est à peine commencée qu'il s'élève un conflit encore moins grave que ridicule entre l'assesseur Gaspard d'Auvergne et son chef Gautier Rasseteau, lieutenant. général de la sénéchaussée à Châtellerault.

 Le premier est encore jeune, ardent, plein de zèle pour le service du roi, le second, vieux, fatigué est extrêmement jaloux de ses prérogatives. C'est pourquoi il trouve fort mauvais que le Général des finances ait chargé son subordonné de recueillir à domicile l'avis des habitants, attendu qu'il le considère comme « son inférieur et postérieur » et qu'en agissant ainsi on le note de « quelque mépris ou indignité » .

C'était donner une mauvaise tournure à ses récriminations. Toutefois, le lieutenant-général proteste de son dévouement au roi, ce dont personne ne doute, et il offre ses services à titre gratuit. Il n'y avait pas beaucoup de logique dans cette singulière conduite peut-être se croyait-il diminué aux yeux de ses concitoyens, toujours est-il qu'il conserva pendant cette affaire une attitude équivoque. Avec plus de sang-froid et d'adresse, Gaspard d'Auvergne, qui est un homme intelligent et lettré, répond à son chef que, s'il doit le seconder dans ses fonctions de judicature, il n'a pas le droit de réformer ses sentences, mais bien le Présidial de Poitiers.

L'argument était décisif et des plus logiques, mais il est loin de calmer son contradicteur. Le Commissaire royal qui voit les choses de plus haut cherche à apaiser la querelle dont il a été la cause involontaire. Il se défend d'avoir voulu porter atteinte à l'honneur du premier magistrat de la ville; il désirait au contraire le décharger d'une occupation étrangère à sa charge et lourde à son grand âge. Combien on se figure ne jamais vieillir le lieutenant-général de Châtellerault en était là.

Passant outre, le Général des finances consulte les autres officiers, les manants et habitants de la ville sur l'endroit à choisir pour édifier le pont, soit un peu au-dessus, soit un peu au-dessous de celui qui existe. La difficulté laissée à l'appréciation des architectes parisiens n'est pas immédiatement tranchée, car elle est la plus délicate à raison des intérêts et des prétentions qui se heurtent et se contredisent.

Mais nous savons, par la lecture de textes postérieurs à l'enquête, que le nouveau monument s'élèvera à quelques mètres seulement au-dessus du pont de bois qui fut longtemps encore utilisé. Puis on s'occupa de « l'achat des matériaux et conduite de l'œuvre ». Six commissaires furent nommés par la pluralité des voix: Jacques Frappier, Jean Huet, Pierre Sain, Charles Rolland, Hilaire Maroteau et Pierre de Lavigne. Honorés spontanément des suffrages et de la confiance de leurs concitoyens, ils sont investis de la puissance de faire et gérer « en ce regard pour lesdicts habitans ce qu'ils cognoistront être nécessaire en leurs loyaultez et consciences ».

Une telle charge, bien quelle multipliât les responsabilités, n'était pas sans difficulté. La question financière, qui s'impose avant tout, doit être préalablement étudiée et résolue aussi est-il décidé que la somme de 6.480 livres formant le contingent de la ville pour les travaux à exécuter sera versée entre les mains de Louis de Sauzay, receveur des domaines, par la veuve de son prédécesseur, feu Laurens Pingault, qui les détenait encore.

Le 25 décembre 1564, les maîtres architectes présentent leur avis et rapport sur la structure du pont. Ce document manque aux archives locales. Nous y aurions sans doute trouvé des détails techniques sur le -mode de construction des ponts au seizième siècle.

Dans cet ordre d'idées et sans qu'il soit possible de suppléer au texte absent, nous emprunterons aux Etudes historiques sur l'administration des voies publiques en France de Vignon le passage qui suit :

« Pour les grands ponts, leur construction était généralement vicieuse. Plus on remonte avant le dix-septième siècle, plus les difficultés d'établissement des fondations paraissent avoir été insurmontables aux constructeurs. Leur impuissance générale à vaincre ces difficultés est constatée par le défaut d'alignement et de parallélisme des piles, par l'irrégularité de leur emplacement, par les énormes empâtements à l'aide desquels on espérait suppléer au défaut d'enracinement solide et qui devenaient une cause de ruine en obstruant l'écoulement des eaux. Puis on vint encore augmenter ce vice radical de l'insuffisance du débouché des eaux, en appuyant contre la plupart des ponts une partie des nombreux moulins qui s'établirent au moyen âge sur les rivières. Si l'on ajoute à cela le défaut d'entretien et de réparations faites à propos et le détournement des fonds de péage qui eussent dû y être consacrés, on comprendra les chutes fréquentes de ces ponts, dont témoignent à la fois les documents historiques, l'état de ruines dans lequel plusieurs sont restés jusqu'à nous et les âges différents de contructions partielles faciles à reconnaître dans beaucoup d'autres. »

Si ces considérations générales ne peuvent entièrement s'appliquer au pont actuel de Châtellerault, souvent restauré et qui a résisté à plus de trois siècles, elles expliquent du moins la ruine totale de celui qui vers l'année 1100, reliait la ville au faubourg de Châteauneuf.

Je poursuis l'analyse chronologique, un moment interrompue, du procès-verbal si intéressant du 22 décembre 1564.

Le 4 janvier suivant (1565), une assemblée beaucoup plus nombreuse que la première se réunit «en la court du Chastel» pour délibérer encore sur l'emplacement à choisir pour y élever le pont et sur l'achat des matériaux.

Nous y voyons figurer les personnages les plus marquants de la ville. Leur concours à une affaire aussi importante serait presque un titre de noblesse et de cité pour les habitants de Châtellerault, nous y insisterons donc.

Beaucoup de ces noms revivent encore dans la population actuelle. Nous citerons entre autres, Ligier Beaupoil, Jean Adhumeau, Pierre Rivière, Mathurin Contencin, François et Antoine Larcher, Louis Philippon, Pierre Frémond, Jean Loriot, Pierre Bachelier, Valentin et Simon de La Vau, Guillaume Duplex, Étienne Blondeau, René Godeau, Étienne Creuzé, Jean Faulcon, Simon-Augeard et plusieurs autres.

Enfin, nous ne saurions omettre que Pierre Descartes, docteur en médecine, le père de Joachim et l'aïeul du grand philosophe René, était parmi les notables qui apportèrent leur part d'influence au commissaire royal Charles Chevalier, sieur d'Esprunes.

Au cours du même mois de l'année ci-dessus, nous voyons que Louis de Sauzay, receveur, « est commis par le roi à faire la recette et dépense des deniers desd. ponts pour payer à Laurens Joguet et Gaschon Belle, maistres-massons, la somme de 140 livres pour avoir vacqué pendant vingt-cinq jours tant à venir de Paris en ceste ville de Chastellerault pour visiter et sonder l'endroit où il serait bon de bastir led. pont, en faire le devis et pourtraict que pour les aultres choses ».

Nous savons également par une des additions du greffier Canche qui complètent le procès-verbal du 22 décembre 1564 – additions dont la lecture est difficile que le dessinateur des plans du pont était un sieur Antoine Moreau, peintre, et qu'il reçut « pour avoir faict un pourtraict dud pont » sept livres dix sols, valant environ trente francs de notre monnaie. Le sieur Jean Godeau, clerc, ne toucha qu'une petite somme de vingt-cinq sous pour avoir assisté et écrit le procès-verbal des maîtres-maçons; en outre, quelques frais sont alloués pour le sondage de la rivière.

Le 18 février 1565, le Général des finances, le receveur du domaine, Louis de Sauzay, Pierre Brochard, receveur des tailles, Jacques Frappier et Jean Huet, assistés du s' Canche, commis-greffier et d'Etienne Gabriel, maître maçon, se rendent à Bonneuil-Matours et de là à la forêt de Moulière, afin de visiter les « pierrières d'où l'on a accoustumé tirer pierres » Elles sont explorées avec soin; mais un nommé Simon Pellourde, ouvrier du pays, fait observer aux délégués châtelleraudais qu'on tirerait les meilleurs matériaux d'une carrière non encore découverte et que c'était d'ailleurs l'avis des architectes du roi.

Il est alors décidé que la « pierrière dite de Damassault » sera mise au jour moyennant la somme de soixante sous.

Puis, le 25 mars, on prend les mesures nécessaires pour assurer au moyen d'une adjudication à l'extinction des feux la fourniture importante des pierres de taille nécessaires à l'exécution des travaux projetés. On fait afficher et publier à son de trompe, dans les paroisses de Poitiers, Chauvigny, Bonneuil-Matours, Vouneuil-sur-Vienne et autres localités voisines, le bail de la fourniture de ces pierres. Et, en vertu de l'ordonnance des commissaires royaux Charles Chevalier et Charles de Marconnay, le public est prévenu que l'entreprise et charge des fournitures de pierre dure, au pied ou à la toise tirées de la carrière de Damassault, située en la forêt de Moulière, paroisse de Bonneuil-Matours, seront baillées au plus ravalant (au rabais) au palais et auditoire royal que ces pierres, deux à trois mille quartiers, seront amenées au Bâtardeau dans un délai de deux mois.

 L'adjudicataire sera tenu de fournir un cautionnement. Trois mille quartiers devaient avoir huit pieds de longueur, trois de largeur et un pied et demi d'épaisseur. Cette fourniture doit être complétée par un apport de trois autres milliers de quartiers de moindre dimension. Un tel approvisionnement n'était pas sans présenter quelques difficultés, surtout pour le transport d'une si grande quantité de pierre venant d'assez loin.

Après y avoir beaucoup réfléchi, les maîtres architectes décident que la voie par eau sera préférée à toute autre et comme les matériaux lourds et embarrassants extraits de la carrière de Damassault doivent être embarqués sur des chalands au-dessus de l'écluse du moulin de Chitré, pour de là descendre à Châtellerault, le propriétaire du chàteau de ce nom, Charles Tiercelin, seigneur de la Roche-du-Maine,est vivement sollicité de permettre l'ouverture d'un passage dans l'écluse de son moulin.

Ce vieux et brave soldat qui se repose des fatigues de la guerre dans son manoir de Chitré s'empresse d'accorder l'autorisation demandée. Il veut être agréable au roi qui s'intéresse à la prompte exécution du nouveau pontet, quoique grand seigneur, il n'est pas égoïste et comprend l'intérêt public. L'écluse est donc momentanément rompue, une large coupure y est faite. Pour amener les matériaux de la carrière aux bords de la Vienne, sur la rive gauche on requiert les laboureurs et charretiers « de faire les charrois, en toute saison, hormis durant la cueillette des blés, en les payant raisonnablement » C'est là une faible compensation il la contrainte qu'on leur impose et, à cette époque, leurs doléances n'eussent point été écoutées.

Le lieutenant-général, Gautier Rasseteau, avait encore été prié de donner son concours à l'adjudication dont nous avons expliqué tout à l'heure le mécanisme se rapprochant beaucoup de celui pratiqué de nos jours. Son refus est obstiné et il se confine dans l'abstention maladroite de son amour-propre froissé. Au fond, il regrette de n'avoir pas été l'âme d'une entreprise qui, placée sous son autorité et sa direction, lui eût donné beaucoup de relief aux yeux de ses concitoyens.

Placé à la tête des officiers de judicature de la ville, il lui semble que cette situation constitue pour lui un certain droit à la direction des affaires municipales. Il confond des attributions qui avaient déjà créé et devaient créer plus tard un antagonisme fâcheux entre la justice et l'administration refusant de se laisser absorber par la Sénéchaussée.

 Le jeudi, 12 avril, on continue l'adjudication et le public est informé « que s'il y av oit aulcun qui voulut mettre au ravalant il y serait reçu ».

A la quatrième remise qui a lieu le 14 du mois précité, personne n'étant venu aux enchères, le bail est adjugé à Jacques Raimond pour la somme de deux sous onze deniers le pied. Le soumissionnaire demande alors qu'on lui fasse une avance de mille livres, ce qui lui est accordé. En même temps le juge ordinaire est invité « à faire vider le quai ou grève qui est sur la rivière, afin d'y déposer les matériaux » conduits à pied-d'œuvre.

 

 

Les 21 et 26 avril, diverses ordonnances sont rendues pour solder les vacations employées aux proclamations faites à Poitiers, Bonneuil-Matours, Vouneuil et Chauvigny du bail des pierres et quartiers.

Le 4 juillet, les entrepreneurs se plaignent d'être mal payés, un sieur Badory, chargé de leur délivrer les fonds à raison de l'avancement des travaux, ayant émis des doutes non justifiés sur leur solvabilité. Toutefois, il leur est compté deux cents livres en dehors des mille livres qui seraient empruntés et dont la valeur était représentée par des travaux exécutés.

Le 10 juillet 1565 (à cette date se termine le procès-verbal si intéressant des opérations préliminaires de la construction du pont), le Général des finances, après avoir entendu l'avis des députés préposés à la surveillance du nouvel édifice, enjoint au receveur des domaines, Louis de Sauzay, « de faire diligence tant envers madame laduchesse (Diane de France) que aultrement, afin que M' Chasgon Belle, l'un des architectes qui vint dernièrement en cette ville par commandement du roi et de madame la duchesse, y retourne le plus tôt qu'il sera possible, pour donner ordre sur plusieurs difficultés qui s'offrent pour la construction desd. ponts et adviser à toutes aultres choses qui seront nécessaires »

Le Général des finances, Charles Chevalier, avait été l'âme d'un projet que les rois de France caressaient depuis longtemps. Il avait mis en train l'affaire du nouveau pont à construire en suivant la procédure de l'enquête avec un zèle infatigable. Sans s'arrêter aux oppositions mesquines de quelques-uns, il avait su grouper autour de lui toutes les bonnes volontés et fait comprendre aux habitants l'importance qui s'attachait à la prompte exécution d'un édifice qui serait la gloire de la ville de Châtellerault, et en assurerait la prospérité. On pensait au xv° siècle comme nous pensons aujourd'hui.

 Un historien de ce temps-là, Varillas, en parlant du règne de Charles IX, s'exprime ainsi à l'endroit du Général des finances d'Esprunes. « La Prune (comme il l'appelle), trésorier du Poictou. excelloit en une vertu dont les François ne se piquent guères, qui est le soin de la commodité publique, et il l'avoit témoignée par la construction du pont de Châtellerault. Il n'avoit point d'autre ennemy qu'un homme de son pays appelé La Pataudière qui faisoit dans la province les affaires du duc de Montpensier, gouverneur; et ce fut là l'occasion de sa perte, parce que La Pataudière, persuadé que s'il faisoit tuer La Prune il luy seroit aisé d'obtenir sa charge à la recommandation du duc, envoya chez luy des soldats qui se contentèrent d'abord de le menacer. La Prune s'imagina qu'il les corromproit à force d'argent, et leur en offrit une somme assez considérable. Ils la refusèrent sans emportement, afin qu'il en promit davantage et continuèrent de feindre jusques à ce que le prix eut monté si haut que La Prune fut réduit à l'impossibilité de l'augmenter. Ils reçurent alors ce qu'il leur avoit offert; mais au lieu de luy tenir parole, ils portèrent sa tête à La Pataudière, qui leur paya encore la somme dont ils étaient convenus, et obtint la dignité qu'il avait fait vaquer. »

Cet événement, rapporté par divers historiens et notamment par de Thou, s'il diffère dans les détails est vrai au fond.

Il nous rappelle la Saint-Barthélemy, les massacres de 1572, exemple terrible de l'intolérance religieuse. Malgré les services que Charles Chevalier et les siens avaient rendus dans les plus hautes charges financières, il ne trouva pas grâce devant l'ambition effrénée du sieur Fergon, seigneur du fief de la Pataudière, aux environs de Champigny-sur-Veude.

 Le protégé du duc de Montpensier voulait sa charge, il l'obtint par un crime. Nous avons raconté ailleurs le rôle important que le Général des finances joua à Poitiers en 1562, lors de la reprise de cette ville sur les protestants par le maréchal de Saint-André. Sa fidélité à la cause du roi ne devait pas lui servir. Les guerres de religion favorisaient les vengeances en aidant les ambitions des plus audacieux.

 

IX

Une dizaine d'années s'écoulent sans que nous sachions positivement comment et par qui les travaux du pont furent continués. Nous supposerons, toutefois, que les premiers architectes envoyés par le roi à Châtellerault en 1564, Laurent Joguet et Gaschon Belle, en conservèrent la direction et la surveillance. Mais en 1575, et avant, très probablement, un certain Robert Blondin coopérait à l'édification du nouvel ouvrage au titre de maître architecte. La preuve en ressort d'une pièce conservée aux archives de la Vienne (34) que nous reproduisons.

Mathurin Lutreau, hoste de l'hostel ou pend pour r enseigne Le Chappeau Rouge en la ville de Chastelleraud, ayant affermé « ung fondis, grange ou masure et ung petit jardin de Jean Dorin, prestre, prieur du prieuré de SaintRomain, en la mesme ville» demande qu'oninformesur la commodité et incommodité, prix et valeur desdites choses.

Et, attendu que le susdit prieuré dépendait de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers, deux religieux du monastère se transportèrent à Châtellerault, le 16 juin 1575, afin de procéder à l'enquête demandée. Ils furent assistés dans (elle opération par Robert Blondin, maître architecte et conducteur de l'œuvre des ponts de pierre que le roi fait faire à Châtellerault.

La construction des piles du pont, travail long et difficultueux, aurait été commencée en 1576, si on s'en rapporte au texte d'une ordonnance de Henri III, du 20 mars de la même année (35).

Ce document révélateur nous apprend que le pouvoir royal attache une grande importance à la prompte édification du pont de pierre. Celui de bois est ruiné, dangereux et manque de largeur.

Il faut absolument créer des ressources suffisantes, sans quoi les travaux seront interrompus et ceux déjà faits menacés de destruction. Cinq mille livres tournois à prendre sur la recette générale de Poitiers et provenant de la crue de six deniers par livre destinés tout d'abord à la réparation des chemins, ponts, digues, etc., n'y suffisaient pas et il est expliqué, dans l'ordonnance, que le produit de cette crue, alors même qu'elle dépasserait cinq mille livres, devait être toute employée à la construction du nouveau pont. C'était accroître, mesure financière indispensable, les ressources destinées à l'entreprise et cela dans une proportion considérable.

 En effet, on allait « fonder les piliers au plus profond de la rivière de Vienne » Aussi le roi, « désirant l'advancement de la construction du pont et que un si bel oeuvre ne demeure pas imparfait, » ordonne qu'à partir du 1er janvier 1577, et pendant trois années consécutives, les Généraux de Poitiers feront verser entre les mains des receveurs des tailles de Châtellerault la totalité de la crue de six deniers « à raison et au prorata de ce qui sera reçu des deniers de la nature sur laquelle elle est ordonnée estre levée ».

Le Général de Limoges doit faire le même versement pour les élections de Saintes, Saint-Jean d'Angély, Angoulême, Le Blanc et Bourganeuf, « pour iceulx deniers estre employez à la construction dud. pont, comme ils avoient accoustumé auparavant le restablissement de lad. générallité de Lymoges ».

Les dons accordés aux habitants de Fontenay et de Niort pour l'entretien de leurs murailles en sont détournés et réunis par l'État aux autres fonds dont il compte disposer en vue de l'achèvement d'un ouvrage intéressant les provinces voisines de celle du Poitou.

Malgré tout, les travaux n'avancent que lentement sous l'empire de causes diverses qui sont exposées dans une nouvelle ordonnance de Henri III à la date du 20 juillet 1578 (36). Les habitants de Châtellerault se plaignent encore, non sans raison, des retards continus apportés à la construction de leur pont. Par une versatilité fréquente chez les gens qui disposent sans contrôle des ressources de l'État, les engagements pris sont vite oubliés.

En effet, on avait réduit en avril de l'année précitée à deux mille la somme de cinq mille destinée aux travaux du pont. Avec ces faibles ressources, ils ne pouvaient être continués. Aussi, sur les remontrances des officiers de la duchesse de Châtellerault, il est prescrit aux receveurs généraux de Poitiers et de Limoges de remettre chaque année la somme de cinq mille livres, ainsi qu'il avait été ordonné par les lettres du 20 mars 1576 citées plus haut, mais dont les effets se trouvaient infirmés, puisque la totalité de la crue des six deniers était fixée au chiffre invariable de cinq mille livres.

 Il convient d'ajouter que les malencontreuses lettres du 28 avril 1578, qui abaissaient à deux mille livres la dotation du pont, avaient été provoquées par les réclamations des habitants des villes de Niort, Fontenay et autres. Il leur semblait que leurs intérêts passaient avant ceux de Châtellerault.

Enfin, l'assemblée des trésoriers généraux de Poitiers, composée de MM. Vernon, Palustre et Pidoux, approuva sans y trouver aucun motif de critique ou d'opposition la nouvelle décision du souverain.

Par lettres du 14 octobre 1581, il avait été accordé aux habitants de Saint-Maixent la crue de six deniers pour livre, pendant trois ans, pour, après avoir été versée entre les mains d'un notable bourgeois de la ville, être employée aux réparations des ponts, portes et murailles et autres ouvrages de la susdite ville.

Ces lettres ayant été présentées aux trésoriers de France à Poitiers, ils refusèrent de les véritier « attendu les octrois déjà faits aux villes de Niort et de Fontenay-le-Comte de lad. crue qui se lève en l'élection desd. lieux, par le moyen de quoi ne reste que environ la somme de mille escus par an, tant pour l'achat des matériaux que payement des ouvriers et journaliers, gages du maître architecte et autres officiers ordonnés pour la construction du pont de pierre sur la rivière de Vienne, à l'endroit de la ville de Châtellerault. …»

La Chambre des comptes avait approuvé sans trop y réfléchir cet acte d'imprévoyance financière mais les trésoriers de France établis à Poitiers, invoquant les engagements pris en vue de l'achèvement si désirable du pont de Châtellerault, ne voyaient pas sans regret diminuer les ressources déjà insuffisantes consacrées à cet ouvrage; toutefois ils durent céder devant une injonction du roi à la date du 27 mars 1583 (37).

 

X

L'ère des conflits entre les officiers du roi et les Généraux des finances de Poitiers va commencer à se produire. C'est l'État qui paie, il veut naturellement avoir la haute main sur les travaux du pont.

En 1575, un certain François Morineau, contrôleur du domaine royal et deniers communs, à Châtellerault, prétend qu'en vertu de ses fonctions il lui appartient « de faire registre et contrôle des réparations et fortiffications de lad. ville, construction du pont et autres choses dependant du domaine du roi, d'avoir l'œil ausd. réparations et autres matériaux qui y entrent ».

Malgré cela, ajoute-t-il, aussitôt que les travaux furent commencés, les sieurs Des Prunes et de la Pataudière, successivement Généraux des finances à Poitiers, l'un et l'autre décédés, avaient commis au contrôle des matériaux et dépenses du pont, Hilaire Maroteau et Jacques Biesse, élus à Châtellerault, et Étienne Forgoy, ce qui constituait une usurpation sur sa charge.

Ces motifs ayant parus fondés, le roi Henri III rendit, le 28 mars de l'année précitée (1573), une ordonnance qui révoque les commissions des sieurs Maroteau, Biesse et Forgoy. En conséquence, François Morineau est confirmé dans ses fonctions de contrôleur du domaine royal avec les droits et prérogatives qui en découlaient; ses gages ordinaires étaient de quarante livres « et taxations raisonnables » à prélever sur les fonds destinés au pont. Toutefois, il était obligé de fournir à ses dépens un homme pour surveiller les ateliers, et les frais de voyage aux « pierrières » étaient à sa charge (38).

Quelques années après, un autre conflit s'éleva entre le sieur Bertrand de Salbasse, contrôleur général des réparations, fortifications, munitions et advitaillement de Guienne, Poitou, Saintonge, ville et gouvernement de la Rochelle, d'une part, et le sieur Jacques Biesse, élu à Châtellerault, cité plus haut, toujours au sujet de la conduite des ouvrages et du contrôle des fonds destinés soit à la construction du pont de pierre, soit à réparer celui de bois.

 Nous avons déjà fait observer que l'entreprise était patronnée par l'État, qui la considérait à juste titre comme ayant un intérêt général, celui de faciliter le passage dans notre province entre Paris à Bayonne et vice versa. Une sentence des Requêtes ordinaires de l'hôtel du 2 juillet 1597 avait confié ces attributions de contrôle et de surveillance aux officiers particuliers de la ville, mais Bertrand de Salbasse en appela au Grand Conseil.

Après une longue procédure et de nombreux incidents qu'il serait superflu d'exposer ici, le contrôleur général obtint satisfaction le septembre 1594 (39), et son délégué, le sieur de Lesbaupin, fut maintenu dans la charge qui lui avait été confiée par son supérieur le 14 août 1592 (40).

Malgré les remontrances faites au roi par les trésoriers de France en 1595, les sieurs Biesse et Bonnet, ce dernier contrôleur du domaine et des deniers patrimoniaux de Châtellerault, furent condamnés à remettre les registres au sieur de Lesbaupin et à verser à Bertrand de Salbasse les profits qu'ils avaient indûment réalisés pendant leur commission.

Antoine Dupuy, receveur des aides et tailles de Châtellerault, ayant présenté son compte au 31 décembre 1593, fit remarquer qu'il n'avait pas reçu « la somme de seize cens soixante-six écus quarante solz de l'assignation destinée pour la construction des ponts de Chastellerault », cette irrégularité fut relevée par la chambre des comptes qui, tout en ordonnant la restitution, enjoignit aux trésoriers généraux de France « d'avoir à l'avenir à employer aux estatz quils droissent par chacun ou aux receveurs généraux des finances de Poitiers la somme précitée destinée à la construction du pont (41) ».

La résistance des officiers de finances de Châtellerault aux prétentions justifiées des représentants du roi, c'est-à dire du contrôleur général et de son commis, continue à se produire sous toutes les formes, et dans une pièce à la date du 4 avril 1595 (42), nous voyons le délégué du contrôleur général qui, à raison des exigences de sa charge, réside à Châtellerault, faubourg de Châteauneuf, sommer le receveur des tailles, Antoine Dupuy, de lui payer une somme de trente écus représentant ses gages pour trois mois de contrôleur du pont.

Il invoque, à l'appui de sa réclamation, diverses lettres patentes du roi vérifiées par la chambre des comptes. Mais c'est en vain, car le receveur des tailles, sans s'y arrêter, se retranche derrière l'autorité des présidents et trésoriers de France en Poitou, qui, à ses yeux, sont « intendans dud. œuvre des ponts » et il ne paiera que sur leur ordre. Cependant il dut s'exécuter, le dernier mot étant resté au contrôleur général.

 

XI

Nous avons expliqué plus haut, à l'année 1575, qu'un certain Robert Blondin était alors maître architecte du pont de Châtellerault. Le 7 septembre 1594 (43), une lettre de l'élu Biesse, commis du contrôle de la dépense des ponts de la ville, informe les receveurs généraux du bureau des finances de la mort de ce personnage dans le but de faire pourvoir à son remplacement. Sur cet avis, il est convenu que pour l'année le sieur Jean Blondin, frère du décédé, surveillera les travaux avec le concours des autres maîtres et compagnons experts.

 Le 9 septembre, la commission de Jean Blondin est expédiée « pour continuer l'œuvre du maître architecte son frère, décédé ».

Au mois de décembre de l'année 1594 susdite, et le 9, Jeanne Guillemin, veuve de Robert Blondin, ayant réclamé les gages de son mari, écoulés du 1er juillet 1594 au 5 septembre suivant (44) et montant à trente-six livres six sous, à raison de deux cents livres par an, le Bureau des finances rend une ordonnance conforme à la réclamation de la veuve de l'architecte.

Ce n'est qu'à partir du mois d'octobre 1594 que Charles Androuet Du Cerceau, architecte du roi, apparait en qualité de conducteur de l'œuvre des ponts de Châtellerault; c'était le plus jeune des trois fils de Jacques Ier Androuet Du Cerceau, le célèbre auteur des « plus excellens bastimens de France » et de beaucoup d'autres ouvrages remarquables dus à son burin. La certitude de cette prise de possession résulte d'une ordonnance rendue à Poitiers, le 13 février 1596, et que nous reproduisons ici à raison de son importance.

« Du sabmedy XIII jour de février MV IIIIxx seize, assistans MM. de la Parisière, Chessé, Dupré, Gruget et Fumée, trésoriers généraux de France.

« Sur la requeste de Charles Androuet Du Cerceau, maistre architecte du Roy et conducteur de l'œuvre des ponts de pierre de Chastellerault, veu les sommes y mentionnées a esté convenu qu'il sera payé de sesd. gaiges du quartier d'octobre Mv IIIIxx XV, juillet et octobre Mv IIIIxx XV, à raison de IIe livres, qui est C liv. par quartier, et ce par Me Joachim Marchand, trésorier des fortifications et de l'édifice des ponts, ou Me Jehan Bodin, son commis, au désir des provisions du suppliant et de nostre vérification et ce des desniers qu'il a reçu ou recevra…… dont y a plus ample minute paraphée desd. sieurs, à laquelle est attachée copie vidimée de la vérification desd. provisions (45). »

Ce texte précise et complète celui trop sommaire de Roffay des Pallus, lequel dit, dans son Mémoire sur le Châtelleraudais, à propos du pont : «  La conduite de ce bel ouvrage fut donnée à Charles Androuet Du Cerceau, un des plus habiles architectes de son temps. »

L'auteur aurait pu s'étendre davantage sur le compte de ce personnage qui, pendant douze ans, de 1594 à 1606, dirigea avec habileté les travaux et pressa l'achèvement d'un édifice dont s'enorgueillissent avec raison les habitants de Châtellerault.

Peut-être Roffay des Pallus manquait-il de sources. Toutefois il a décrit le pont tel qu'il était de son temps (46). Au point de vue historique, son exactitude n'a pas toujours été à la hauteur de ses intentions.

Improvisé chroniqueur local par l'intendant Le Nain, et bien qu'il eût sous les yeux des documents qui nous manquent aujourd'hui, ses travaux estimables, mais empreints de précipitation, sont susceptibles de nombreuses rectifications.

 

XII

Vers le commencement de l'année 1595, des officiers de la ville exposèrent « les moiens desquelz on se peult servir pour le bien et service du roi. » qui était Henri IV, et de monseigneur Henri de Bourbon, duc de Montpensier, seigneur de Champigny-sur-Veude et duc de Châtellerault (1592 à 1607).

 « Ces moiens, dit le mémoire, sont à considérer et fort expédiens pour le parachèvement de l'œuvre des pontz de Chastellerault et dont il semble estre bien requis de faire remonstrance à Sa Majesté et au dict seigneur afin d'y pourvoir. »

En effet, le temps presse et les habitants de la ville sont impatients de jouir d'un passage facile et commode au quelle pont de bois qui tombe en ruines ne peut suppléer. Nous donnons le texte complet de ce document aux pièces justificatives (47), nous bornant ici à en signaler les points intéressants.

« Le passage de Chastellerault est un des grands du roiaume.-Les crédits destinés à l'achèvement de l'ouvrage sont insuffisants. La lenteur apportée dans l'exécution des travaux peut causer la ruine de ce qui est tant bien commencé. »

 Chaque année le prix des matériaux et le salaire des ouvriers augmentent. Comme il a été nécessaire de rompre les écluses amenant l'eau aux moulins du domaine, ils sont aujourd'hui improductifs. C'est donc une perte sensible sur les revenus du domaine et « le peuple est grandement incommodé pour le moulange des blés ».

Le pont de bois dont on se sert encore est dangereux et les réparations qu'il nécessite causent la ruine des forêts voisines. Les piles sont hors de l'eau, il est vrai, mais il reste à faire quatre « arcades » dont la perfection est urgente.

Le pont étant achevé, les moulins qui étant d'un grand profit seront facilement rétablis « en leur premier estat ou mieux et en lieu plus propre et commode ».

Sous les arches du pont il sera' facile de construire deux ou trois pêcheries ou bouchaux. La « défriche » du pont de bois servirait à bâtir les moulins et pêcheries sans rien demander à l'État. Comme la ville est pauvre, ses ressources s'augmenteraient si le roi consentait à lui abandonner, à charge de redevance, les places laissées vacantes aux environs du pont. Là on pourrait bâtir et « retirer quelque revenu pour soulager d'aultant le pauvre peuple d'aultres charges ». Enfin, pour augmenter les sommes déjà consacrées au pont et qui sont insuffisantes, on vendrait les bois de la forêt de Puymelleriou dont la valeur est de six mille écus.

Les vues très sages et non moins opportunes de l'élu Biesse furent soumises « à aulcuns sieurs du Conseil privé et trésoriers généraulx de France à Poictiers qui promirent de s'y intéresser après qu'elles auraient été présentées au roi » tout porte à croire que les mesures financières proposées ne furent point accueillies en haut lieu. –L'État donne moins facilement qu'il ne prend. Les receveurs des aides et tailles de l'Élection de Châtellerault, Antoine Dupuy et Étienne Bonvallet, ne voient pas sans défiance l'intrusion persistante du trésorier général des fortifications de Guienne, Poitou et Limousin dans le maniement des deniers affectés aux travaux du pont. On empiéterait sur leurs attributions et ils se croient en droit de renouveler à la date du 3 mars 1595 les difficultés déjà soulevées contre Bertrand de Salbasse.

Voici en substance les motifs qu'ils invoquent contre le sieur Joachim Marchant.

La recette et la dépense de l'oeuvre du pont ont été faites, jusqu'à présent, en vertu des lettres patentes du roi, datées de Paris le 27 octobre 1571. Elles confient au président et trésoriers généraux de France, à Poitiers, l'intendance des ponts de la ville qui sont du domaine du. roi et pour l'utilité publique. Malgré ces dispositions formelles, Me Joachim Marchant, « soi disant » trésorier général des fortifications, prétend que la réédification du pont «  appartient à sa charge », ce que les receveurs des tailles de Châtellerault contestent formellement.

Il est certain, disent-ils, que la perte et la ruine de l'édifice, qui est déjà très avancé et presque à sa perfection, ne manqueraient pas de se produire si la recette et la dépense des deniers consacrés aux travaux étaient confiés aux trésoriers généraux des fortifications. Avant de faire droit à cette requête, la chambre des comptes ordonna la comparution devant elle du sieur Marchand. Elle lui fit en outre défense « de troubler les supplians dans l'exercice de leur commission » tant que le différend ne sera pas réglé. Le 8 avril, le trésorier des fortifications se présente devant ses juges.

 

XIII

C'est alors que les difficultés pendantes à Châtellerault entre les officiers de la ville et ceux représentant le roi au sujet du contrôle des travaux et des dépenses du pont s'étant accrues et menaçant de s'éterniser, les trésoriers de France à Poitiers se décidèrent, le 29 mars 1595 (48), à faire des remontrances au roi fondées sur un arrêt du grand conseil du 5 septembre 1594, précité.

Cet arrêt en faveur du sieur Bertrand de Salbasse, contrôleur des fortifications de Guienne et de Poitou, est critiquable parce qu'il a été rendu sans que les parties adverses, la chambre des comptes et les trésoriers généraux n'aient été entendus « pour la conservation des droits du domaine royal et de l'ordre d'ancienneté établi pour le fait et conduite de l'œuvre du pont ».

En effet, les places qui l'avoisinent appartiendront au roi après l'achèvement du nouvel édifice, ainsi que le péage qui se lève déjà sur le pont de bois par conséquent ces places et ce péage étant du domaine royal tombent sous l'autorité des trésoriers généraux et des officiers du domaine, ainsi qu'il en a toujours été jusqu'à présent.

 Les lettres patentes du 10 août 1564 de Charles IX (reproduites dans la pièce justificative n° 10) confient au Général des finances et à ses successeurs la surveillance de l'oeuvre « comme à eux appartenant et dépendant de leur charge ». Mais, depuis, le sieur de Salbasse a obtenu l'arrêt du Grand Conseil ci-dessus mentionné confirmant une charge dont ni lui ni ses prédécesseurs n'ont été en possession, tout au moins en ce qui concerne le pont.

Le commis du sieur de Salbasse, Pierre de L'Esbaupin, est incapable de remplir les fonctions qui lui ont été confiées, malade et impotent qu'il est. Cependant, il demande pour ses « taxations » trente livres par mois alors que le conservateur du domaine ne touche que trente livres de gages par an « le quel se contentera volontiers pour le contrôle dud. pont, joint au sien par lettres patentes du roy de trente trois livres tournois par an pour lui faire en tout six vingts dix livres de gaiges ».

Puis vient une longue dissertation à l'effet de signaler les inconvénients divers qui résulteraient de l'administration des fonds en recettes et en dépenses destinés au pont par le trésorier et le contrôleur des fortifications. Les taxes, les gages et les frais extraordinaires et inutiles « mangeroient et consommeroient la meilleure partie des deniers », dont le recouvrement ne pourrait avoir lieu en temps opportun pour payer les ouvriers ou acheter des matériaux.

 Si les arguments des trésoriers généraux ont quelque valeur au point de vue du droit qu'ils affirment leur appartenir de contrôler les recettes et les dépenses du pont à l'exclusion du trésorier général des fortifications, il ne semble pas qu'ils soient dans le vrai en proposant de remplacer l'architecte qui avait succédé à Robert Blondin, c'est-à-dire Charles Androuet Du Cerceau, par un simple maître masson. Ils avaient un autre motif que celui d'économiser deux cents livres sur les dépenses du pont: le nouvel architecte venant de Paris était l'homme du contrôleur général des fortifications et non celui des coteries locales, sa réputation le mettait du reste au-dessus de toute atteinte.

Il est bon, enfin de connaître les raisons des trésoriers généraux, telles qu'elles sont formulées dans leurs remontrances, au sujet de l'idée assez peu justifiée de supprimer l'architecte du pont. « Ils remontrent à sa Majesté que ceste charge et despense est du tout inutile d'autant que le dessin plan et montée dud. pont sont faicts et qu'il n'en reste que quatre arches tirées à six pieds hors de l'eau,'des quelles ne reste qu'à faire les voustes. un maître masson bien expert demeurant sur les lieux. »

 L'argument n'est pas fort.

 Le roi de Navarre connaissait la ville de Châtellerault; il y était passé ou y avait séjourné plusieurs fois, en 1589. notamment, les 18, 21 et 26 mars.

 Henri IV y revint en 1606, il s'intéressait beaucoup à l'achèvement du pont qui, terminé en 1609, porte encore son nom.

 L'accueil que le grand prince y recevait était d'autant plus sympathique que nombre de ses anciens coreligionnaires habitaient la petite ville. C'est pourquoi nous lisons dans les remontrances des trésoriers généraux de France à Poitiers cette phrase significative :

« Ce pont est l'un des plus grands passages du royaume et Sa Majesté étant sur les lieux a recommandé et recommande sa perfection. »

Avant sa mort, Henri IV eut la satisfaction de voir son désir accompli après une longue période de difficultés et de tâtonnements.

Bordeaux et Paris se trouvaient enfin reliés par un édifice qui excita souvent l'admiration des voyageurs et des princes étrangers traversant le royaume de France.

 

XIV

Toutefois, le pont ne s'achevait pas sans de graves avaries causées par des événements imprévus.

Le 2 janvier 1599, un sieur Jean Raimond, maître charpentier, vint dire aux officiers de la ville que dans la nuit précédente les grandes eaux avaient détruit l'arche de pierre située près du pontenage (49).

Sur son récit les susdits officiers appelèrent auprès d'eux Jean Petit, agent du duc de Montpensier, et se rendirent avec lui sur le pont où ils constatèrent les dégâts occasionnés par une crue extraordinaire.

Pour y apporter un remède immédiat en reconstruisant aussitôt l'arche détruite, ils chargèrent les frères Raimond, charpentiers, et le commis de l'architecte des ponts de pierre de dresser l'état des ruines et d'en dresser procès-verbal. Et pour sauvegarder le pont de bois encore si utile, on le chargea de grosses pierres destinées à le consolider. En même temps, des mesures devaient être prises en vue d'assurer le passage des habitants d'une rive à l'autre (50).

Puis, sur l'ordre de Michel Ferrand, lieutenant-général de la ville, Jean Chemin, momentanément architecte et conducteur des travaux, assisté d'ouvriers compétents, constate que la rupture de l'arche de pierre tombée à l'eau a formé une brèche de cinquante pieds environ que, « pour obvier à la longueur et grands frais qu'il conviendroit pour refaire lad. arche de pierre et massome qui seroit au grand détriment du public et incommodité des passans, allans et venans, veu mesme que ceste ville est un grand passaige pour aller en Guyenne et ailleurs, » il faut remplacer avec la plus grande diligence et provisoirement l'arche détruite au moyen de tréteaux de bois.

La dépense nécessaire pour les réparations coûtera six cents écus au moins (51).

Cette circonstance, que nous ne devions pas omettre, jointe à plusieurs autres, explique la lenteur apportée aux travaux du pont qui ne fut réellement terminé qu'après 1609, sous la direction de René Androuet Du Cerceau, fils de Charles. Ce dernier était mort en 1606 et sa veuve, Marguerite Basquin, qu'il laissait avec plusieurs enfants, réclama le 5 février 1609 la somme due à son mari à l'époque de son décès, s'élevant à six cents livres pour les trois années écoulées de 1603 à 1606 (52).

Une certaine surveillance était exercée sur les finances de l'État et l'emploi des fonds, quelquefois détournés de leur destination réelle, appelait particulièrement l'attention, des officiers du roi.

Une somme de 3.090 1. primitivement affectée aux travaux du pont de Châtellerault et fournie par la Généralité de Limoges, ayant reçu une autre destination, le conseil du roi voulut savoir à quelles dépenses elle avait été appliquée.

 C'est pourquoi il en exigea, le 1er décembre 1606, la justification et intima l'ordre au sieur Marchand, trésorier général des réparations et fortifications de Guyenne, de produire dans un délai de quinze jours, « ung estat bien au vrai contenant particulièrement la recette et despense de chacune des six dernières années pour le pont de Châtellerault (53).

 L'affaire resta quelque temps en suspens, mais le 19 avril 1611 les sieurs Pierre Abelly, receveur de Limoges, et Joachim Marchand furent déchargés de cette somme qui, en vertu d'une décision du conseil, avait été payée au trésorier de l'Épargne « soubz ombre qu'il avoit esté pourveu d'ailleurs à la despence pour led. pont ».

Les 3090 livres avaient été employées « pour remplage des espèces de la Chambre des comptes (54) », c'était un virement de crédit, pratique irrégulière favorisant les uns au détriment des autres.

 

XV

Dans les dernières années du seizième siècle, les guerres civiles qui désolaient le Haut-Poitou avaient déjà cessé et la Ligue se déclarait vaincue.

Le pays châtelleraudais, comme le reste de la province, eut beaucoup à souffrir des incursions fréquentes des bandes indisciplinées qui sillonnaient son territoire.

Tous les documents de cette époque rappellent, non sans amertume, les funestes événements de notre histoire locale.

Les couvents, les châteaux, les églises, les villes sans résistance du plat pays avaient été mises au pillage, excitant la cupidité des bandes indisciplinées guerroyant moins pour un principe que pour assouvir leur cupidité.

Partout l'incendie et le meurtre accomplissaient leur œuvre sauvage.

Mais des temps meilleurs devaient arriver quand le roi Henri IV, ayant vaincu toutes les résistances, put enfin s'occuper du bien-être matériel du royaume. Il rétablit l'ordre dans les finances, encouragea l'agriculture et l'industrie, diminua les impôts trop lourds pour les classes pauvres.

Telle fut l'oeuvre féconde que le roi entreprit, secondé par son illustre ministre Sully.

 Aussi vers les premières années du dix-septième siècle, la confiance étant revenue parmi les populations rurales, les métairies se rebâtirent, la culture, encouragée, prit un nouvel essor, les voies de communication, larges, faciles et sûres, se multiplièrent.

La ville de Châtellerault, entraînée elle-même dans ce mouvement irrésistible de rénovation économique, devait profiter des bienfaits de la paix. Sa situation exceptionnelle sur une rivière navigable, le mouvement actif de son port, le pont en quelque sorte achevé, les produits du pays, le vin, l'eau-de-vie, les céréales, le bétail donnaient à son commerce une activité qu'elle s'efforçait d'accroître par tous les moyens possibles.

C'est alors que le maire et les échevins de Châtellerault s'adressèrent au roi dans le courant du mois de mai 1602 à l'effet d'obtenir la création de deux foires annuelles et franches.

 

Leur supplique est si bien motivée et les détails qu'elle contient si intéressants que nous en reproduisons le texte. D'ailleurs, il y est question du pont auquel Henri IV « devait donner son accomplissement et la dernière perfection »

Mai 1602.

« Au Roy,

Sire,

« Voz très humbles et très obéissans serviteurs et subjectz, les maire, échevins et habitans de vostre ville de Chastelleraud, vous remonstrent, en toute humilité, qu'il est notoyre que ladite ville qui a esté de longtemps par les grâces, faveurs et libéralitez de vos prédécesseurs Roys de très heureuse mémoyre ornée et décorée du titre de duché, seneschaucée et gouvernement, avec eslection, tablier de recepte et jurisdiction de juge et consulz, est située et assize sur l'ung des plus grand, fréquens et ordinaire passage de vostre royaume, en beau, bon, fertile et délectable païs où il y a par la grâce de Dieu abondance de toutes qualitez et espèces de bons et excellans fruictz, très bien peuplé et habité de bon nombre de notables cytoiens et mesmes de marchans, proche et comme au millieu de plusieurs antiennes, bonnes et grandes villes et gros bourgs; outre cela costoyée, bornée et lavée de la rivière de Vienne en la quelle coulent et défluent plusieurs autres rivières, et elle se perd en celle de Loire, illustrée de l'ung des plus beaux ponts de pierre qui soit en vostre royaume, pont qui se peut vostre puisque c'est vostre majesté, Syre, qui lui donnera son accomplissement et dernière perfection, ayant de plus un port fort commode à recepvoir, loger et conserver toutes sortes de bateaux et marchandises, le navigage bon et assuré depuis lad. ville et au-dessous jusques en la rivière de Loyre au-deça de Saumur et de là se communiquant par toutes les branches de Loyre non seullement aux provinces de Bretagne, Anjou, le Mayne, La Beausse, Brye, Bourgogne, Lyonnais, Bourbonnoys, Auvergne et autres y adjacentes, mais aussy par le moyen de sa descente en l'Océan à toute l'Europe et autres nations qui traficquent en ceste mer, tellement que par la facilité et commodité du navigage toutes sortes de marchandises y peuvent estre conduites et voiturées, deschargées et transportées avec beaucoup moings de fraiz que ès autres lieux où il y a des foires establys et entre autres du costé de Paris, Orléans, Tours, Lyon, Moullins, Rion, Nantes, Angers et autres bonnes villes, occasion que les marchandises seront débitées, vendues et acheptées à meilleur compte, qui n'est pas une petite commodité de la quelle aussy se ressentiront en quelque chose les provinces de Guienne, Limousin, Périgort, Angoulmoys, Xaintonge et autres circonvoisines qui au lieu d'aller chercher les marchandises au loing comme à Paris, Lyon, Orléans, Nantes, Angers et autres lieux les trouveront voiturées avec peu d'avarie et frais aud. Chastelleraud dont ilz les pourront enlever et transporter chacun cheux soy par la commodité de leurs marchandises, voires jusques au Languedoc et confins d'Espagne dont les marchands ont cy d'avant mesnées auparavant les guerres et encore à présent quelques uns entretiennent des facteurs et factrices aud. Chastellerault, comme il est notoyre.

Ce considéré, Sire, et que par la perfection d'une si heureuse scituation et de tant de commoditez, accroissement et augmention de lad. ville et païs, il ne reste que d'y establir les moyens d'ung franc et libre commerce, vous plaise de votre bénigne grâce pour les raisons et considérations susdites et du bien publicq et aussy pour relever les supplians de tant de pertes et ruines supportées pour le bien de vostre service durant les guerres, créer, ériger, ordonner et establir en lad. ville de Chastelleraud deux foires franches par chascun an, la première commençant le jour Saint Policarpe, vingt et sixme jour de janvier, et la seconde le jour sainct Gervais, dix neufme juing, chascunes d'icelles pour durer six jours avec les mesmes droictz, privilèges, franchises, libertés et immunitez dont jouissent les autres foires franches et royalles de Lyon, Niort, Fontenay et autres de votre royaume et commander qu'il leur en soit expédié toutes lettres de chartres nécessaires et en ce faisant, Sire, outre que les supplians, vos pauvres subjectz auront plus de moyen de vous faire et rendre le très humble service qu'ilz doibvent à vostre Majesté, ilz seront d'autant plus obligez et tout le publicq à prier Dieu qu'il l'a conserve longues années en bonne prospérité et santé.

H. CARRÉ, maire de lad. ville (55). »

 

« Le Roy renvoye la présente rcqueste aux trésoriers généraulx de ses finances establis à Poitiers pour informer do la commodité ou incommodité du contenu en icelle et en donner advis à Sa Majesté pour icelluy veu estre pourveu sur l'establissement requis par les supplians ainsi qu'il appartiendra.

« Faict au Plessis les Tours le dernier jour de mai 1602.

« L. POTIER. »

(Affiches du Poitou de 1773, p. 6.)

 

XVI

Il est intéressant de constater ici l'impression produite sur les voyageurs étrangers à la vue d'un monument qui, au dix-septième siècle, était une curiosité et l'est encore malgré les admirables travaux du même genre que le progrès moderne réalise aujourd'hui.

C'est dans cet ordre d'idées que nous nous reporterons aux anciens textes qui restent sur le pont de Châtellerault. André du Chesne, qui écrivait au commencement du dix-septième siècle, donne une courte notice sur Châtellerault.

Les erreurs n'y manquent pas, mais il dit vrai en s'expriment ainsi sur la ville :

 « ce qui la recommande est la bonne coustellerie et le pont qu'on y a basti depuis quelques années d'une fort superbe architecture. Aussi les couteaux et le pont sont les gloires de la petite et industrieuse cité. »

Cet auteur, né en 1584 à l'Ile-Bouchard, sur les bords de la Vienne, à quelques lieues en aval de Châtellerault, avait certainement vu le bel ouvrage dont il parle.

Un certain Jodocus Sincerus (Zinzerling), d'origine allemande, ayant parcouru la France de 1612 à 1616,communique ses impressions dans un livre fort attachant par ses détails locaux. Les unes sont justes, d'autres hasardées et superficielles, toutes originales. Il traverse rapidement nos contrées et, après s'être arrêté à Poitiers, dont il énumère et apprécie les vieux monuments, il en sort, arrive au château de Bonnivet qui n'était pas terminé et ne le fut jamais, puis, s'adressant à un compagnon de voyage imaginaire, il l'objurgue ainsi « tu admireras la splendeur de son architecture. »

Nous ne l'avons connu, hélas! que par les débris de ses ruines qui respirent les beautés et les délicatesses sculpturales de la Renaissance.

Ensuite Jodocus se dirige vers la Fosse Saint-Pierre, sorte d'appellation fantaisiste et qui n'est autre que le château de Clairvaux, construit dans un bas-fond et que baignent des douves larges et profondes.

« On y voit encore, dit-il, une porte d'une courbure élégante, un jardin délicieux entouré d'un mur épais dans lequel on a pratiqué des ouvertures destinées à laisser passer les balles et disposées avec tant d'ingéniosité qu'il est difficile de voir d'où partent les coups. »

Si notre impressionniste d'Outre-Rhin revenait à la vie, il reconnaîtrait encore la Fosse Saint-Pierre, car elle a peu changé dans son aspect général.

Enfin le voyageur arrive à Châtellerault et il en dit :

« c'est comme une grande fabrique de couteaux, de ciseaux et d'ustensiles semblables. On y passe la Vienne sur un beau pont de neuf arches, commencé par la reine Catherine de Médicis.

Sa longueur est de deux cent trente pas, sa longueur de soixante-six. fi fut terminé sous le règne de Henri IV, pendant que le duc de Sully gouvernait le Poitou, comme l'atteste une inscription placée sur une des tours située au-delà du fleuve, »

Tout cela est exact et si l'inscription a disparu, il y a lieu de supposer qu'elle ne contenait pas autre chose que les indications révélées par Zinzerling.

 Quant à Sully, on sait qu'il fut gouverneur du Poitou de 1604 à 1611.

Un autre voyageur allemand, Abraham Golnitz, écrivait en 1655 sur le pont cette note facile à comprendre

« Portae adstant turres praegrandi mole, oppidi propugnacula ubi inscriptio et regia insignia quae festinando enotare non potui » .

A quarante ans de distance, les deux touristes se complètent.

Si nous ouvrons les anciens dictionnaires géographiques de la France, nous y trouvons les mêmes expressions louangeuses sur le pont de Châtellerault :

«  Castrum Hearldi cum ponte lapideo pulcherrimo ad Vigennam fluvium » (56)

 « Ce pont est un des plus beaux du royaume tant à cause de la largeur qu'à cause de la construction (57). »

Mais comme les biographes et les géographes empruntent volontiers aux auteurs qui les ont précédés, il arrive que dans les ouvrages les erreurs s'y perpétuent autant que les vérités.

 

 

 

Ainsi nous avons lu par ci et par là que le pont de Châtellerault a été bâti par Henri IV, alors qu'on peut seulement dire qu'il l'a fait terminer et lui a donné son nom.

 Cependant les belles tours qui existent encore et la porte détruite en 1824 sont de la fin du règne de ce prince.

 

XVII

Nous avons reproduit et commenté tous les documents à notre connaissance sur le pont de Châtellerault. Leur ensemble permet d'apprécier sûrement dans quelles conditions ce bel édifice fut construit et on sait les faits historiques qui amenèrent la réalisation d'un projet conçu sous François 1er et achevé par ses successeurs.

il nous reste à parler des restaurations dont ce pont fut l'objet à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième.

Après deux cents ans d'existence, le vieil édifice exige des travaux de consolidation. Le temps, ce grand destructeur, l'impétuosité d'une rivière au courant rapide et tumultueux, le passage incessant sur la chaussée de lourds fardeaux ont compromis simultanément la solidité des piles, la résistance des voûtes, du tablier et les parapets s'effritent et tombent. Les hommes de l'art et l'administration provinciale s'émeuvent d'une situation presque dangereuse, car elle s'aggrave tous les jours; des réparations s'imposent, il faut se résigner à des dépenses considérables c'est d'ailleurs l'État qui paiera (58).

Aussi, le 19 mars 1768, l'ingénieur en chef Barbier, sur l'ordre du comte de Blossac, alors Intendant, après examen attentif des lieux, rédige un premier devis s'élevant à la somme totale de 182.071 livres 65.659 pour le pont lui-même, 116.412 livres destinées à l'établissement d'un quai dont l'utilité pratique était évidente.

En effet, une telle amélioration permettait d'arriver directement au pont sans traverser les rues étroites et difficiles du centre de la ville. Ces dépenses ayant été considérées comme trop fortes, un second projet à la date du 1er mars 1771 réduisit la dépense à 141.240. Pour justifier ses chiffres et ses appréciations, l'ingénieur en chef Barbier présente un rapport dont l'intérêt exige, sinon une reproduction complète, tout au moins une analyse fidèle.

Il expose la situation matérielle du pont.

Les parties construites en pierre dure jusqu'à la hauteur des eaux ordinaires sont en bon état; mais, au-dessus, les voûtes et les parapets bâtis en tuf sont incapables de résister à l'humidité et à la gelée (59).

« Outre la largeur considérable qu'a ce pont, il a encore, en dehors des parapets et de chaque côté, deux trottoirs de chacun trois pieds de largeur, soutenus par de larges consoles, et comme le pont a beaucoup de pente et que ses trottoirs sont de niveau, il en résulte que la clef de l'arche du milieu n'a au plus qu'un pied de hauteur pendant que celles des deux arches des culées ont trois pieds et demi, ce qui est du dernier ridicule.

Ces trottoirs d'ailleurs ne sont d'aucune utilité, ils sont même nuisibles, car ils servent de latrines à tout le bas peuple et en même temps pour la partie d'aval d'attache à tous les bateaux, du port qui, amarrés à ce trottoir et lâchés sur corde à une certaine distance, flottent continuellement au gré de l'eau et tendent à la destruction de cette partie par le mouvement et l'effort continuel qu'elle reçoit.

Du côté de la ville, l'entrée du pont est fermée par un mur de cinq pieds et demi d'épaisseur sur douze à quatorze pieds de hauteur, destiné à former un portail qui n'a jamais été fini et auquel mur il reste les jambages d'une porte de neuf pieds de large.

 A droite et à gauche de ce mur sont des bâtiments que les seigneurs engagistes ont jugé à propos de permettre de bâtir et pour la commodité desquels ils ont vendu et cédé trois caves et souterrains pratiqués tant dans la culée que derrière cette culée, de même construction et de même ancienneté que le pont.

Celle du milieu servait à la sinuoside d'un pont-levis.

Vue_de_la_ville_de_[

Ces maisons devront être démolies à charge d'indemnité mais il n'y en a pas moins usurpation par les seigneurs engagistes. La sortie du pont du côté du faubourg de Châteauneuf est fermée par un corps de bâtiment qui occupe toute la largeur du pont, flanqué de deux grosses tours et défendu par un fossé revêtu de maçonnerie par lequel passe une partie de la rivière dans les grandes eaux.

La porte de ce bâtiment servant au passage public n'a que neut pieds de largeur entre les tableaux sur seize pieds de hauteur sous clef, hauteur qui ne peut être comptée que sur onze pieds, attendu que, cette porte étant en plein cintre, les impostes se trouvent à cette hauteur et que les reins du cintre empêchent que les voitures chargées en comble ne puissent passer, ce qui oblige souvent de décharger et interrompt le passage.

Cette porte, qu'il était utile de fermer en temps utile et qui était plus que suffisante à l'époque de la construction, alors que la plupart des transports se faisaient à dos de cheval ou de mulet et où les voitures étaient moins communes et plus petites, est insuffisante pour le moment, attendu que les voitures sont beaucoup multipliées et plus volumineuses, et elle le serait encore moins dans la suite si, pour la conservation des routes, on permettait que les guimbardes ou chariots à quatre roues, ainsi qu'il paraît que le conseil à l'intention de le faire.

Le moyen le plus convenable serait de supprimer entièrement le corps de logis du milieu pour ne laisser subsister que les deux tours, qui se communiquent par les souterrains et par là démasquer entièrement le pont.

Le plan du pont et les élévations des deux faces de ce bâtiment indiquent ce qu'il y aurait à faire. Sur le fossé qui défend l'entrée du grand pont, a été construit un pont de trois arches, dont une de neuf pieds et deux de chacune de huit pieds d'ouverture sur douze pieds et demi de longueur d'une tête à l'autre.

 Il paraîtra toujours déplacé qu'un pont aussi important que celui de Châtellerault, de soixante-cinq pieds de largeur, soit terminé par le passage d'une porte de neuf pieds et un pont de neuf pieds et demi de largeur entre les parapets, et que la sortie en soit masquée par une île de maisons qui n'en est qu'à neuf toises et occasionne un tournant pour gagner la rue du faubourg d'autant plus difficile et dangereux que la pente à la sortie du pont est de plus de cinq pouces.

Comme le pont de trois arches qui a été construit en pierre de tuf est en ruines et qu'il est nécessaire de le refaire, on propose de ne faire qu'une seule arche de vingt pieds d'ouverture et de quarante- neuf pieds de longueur d'une tête à l'autre. »

Ces travaux eussent été commencés aussitôt si des difficultés sérieuses que nous allons signaler n'y avaient fait obstacle. Le transport des matériaux par la corvée était difficile ; « elle aurait écrasé l'élection de Châtellerault, soit parce qu'elle a peu de paroisses, qu'elles sont faibles, étant le plus mauvais canton de la province, soit par leur éloignement, cette Élection n'étant qu'une langue de terre enclavée dans la Touraine, soit enfin par les ouvrages et l'entretien dont elle est chargée par la grande route auxquels elle ne peut suffire et qu'il aurait fallu abandonner. »

D'un autre côté, la nécessite de faire face à prix d'argent, en remplacement de la corvée, aurait occasionné une dépense considérable. M. Trudaine demanda à l'intendant d'imposer la moitié des fonds sur la province, promettant de faire le reste, les fonds sur les ponts et chaussées n'étant pas suffisants, mais M. de Blossac s'y refusa, de telle sorte que les travaux du jour, malgré leur urgence, furent ajournés à une époque dont il sera parlé tout à l'heure.

Toutefois, à la fin de son intéressant rapport, l'ingénieur en chef Barbier ne peut s'empêcher d'insister sur les considérations qui auraient dû rendre l'administration provinciale plus accommodante.

 Les voici résumées « Le pont de Châtellerault tend chaque jour à la destruction depuis quelques années, on a été obligé d'y mettre des garde-fous pour prévenir des accidents qui n'arrivent que trop souvent.

 

La route d'Espagne et de la Rochelle est une des plus intéressantes du royaume.

Le passage par Châtellerault est si généralement connu pour être mauvais que, pour l'éviter, on préfère passer par Limoges pour aller à Bordeaux. Et si cette préférence devenait une habitude, il en résulterait un grave préjudice pour les villes du second ordre telles que Tours, Poitiers, Angoulême et beaucoup d'autres que la route d'Espagne traverse.

A ces considérations si bien justifiées, il faut encore ajouter celle-ci non moins sérieuse.

Le pont de Châtellerault facilite le passage de la Vienne pour joindre deux routes dont l'une se dirige vers Bordeaux, l'autre sur la Rochelle.

 Si le passage est intercepté, les voyageurs à destination de la première de ces villes prendront la voie de Limoges, ceux voulant gagner la Rochelle, Tours, Saumur et Saint-Maixent.

Elévation de la Porte d’entrée du Pont de Châtellerault du côté du faubourg du chateauneuf

Des arguments aussi sérieux devaient prévaloir et forcer la main à l'administration supérieure, qui semblait s'endormir sur les projets en les ajournant sous divers prétextes dont le principal était le manque d'argent.

Telle était la situation si bien définie par l'ingénieur en chef Barbier dans son rapport du 10 septembre 1777. D'après la description qu'il donne du pont, il semble qu'on le voit dans sa primitive simplicité, tel qu'il sortit des plans des architectes de Catherine de Médicis.

 Les diverses modifications que subit plus tard ce beau monument tournèrent encore à son avantage l'adjonction aux piles d'avant et d'arrière-becs, l'évidement des arches au moyens de cornes de vache, la réfection des parapets et des trottoirs, lui donnèrent un aspect plus élégant, des lignes plus correctes et une solidité qui lui assurent encore une longue durée, après trois cent trente-trois ans d'existence.

Le 5 décembre 1784, le subdélégué de Châtellerault, Hérault, signale à l'intendant, qui était alors Boula de Nanteuil (60), les accidents qui surviennent par suite de l'absence de garde-fous au pont. …, des habitants sont tombés dans la rivière.

Il fut ordonné alors de mettre des reverbères aux deux bouts du ponts, mais cette précaution était insuffisante.

En 1785, l'ingénieur en chef du roi, de La Peyre, procède à des réparations que nous indiquerons brièvement.

Tous les soubassements et piédroits des piles et culées, ainsi que les douze à treize premiers cours des voussoirs de part et d'autre des naissances de chacune des neuf arches, sont exécutés.

Le petit pont de trois arches est démoli et remblayé pour former un passage solide entre deux murs de soutènement. On place des organeaux en fer aux piles et culées, et comme il faut employer des matériaux de bonne qualité on tire le moellon de la Brelandière, la pierre de taille de l'Augerie (par. de Bonneuil-Matours), le sable de la carrière du pont d'Estrées, le pavé destiné à la chaussée des carrières de Saint-Sulpice et de Poisay-le-Joli.

Mais quelques réparations furent ajournées, telles que celles du corps des voûtes, à cause de la dépense à faire, qui eût été équivalente à celle d'une reconstruction totale.

En 1790, les parties supérieures des reins et extradossements des voûtes sont réparées en maçonneries de tuf argileux formant double voûte, pour soulager celles inférieures mais trois de ces secondes voûtes, celle du milieu et les deux adjacentes, furent alors supprimées, dans le but de réduire, ce qui se comprend facilement, la pente trop forte du dessus du pont.

Pendant vingt-sept ans, de 1790 à 1817, il n'est plus question de réparations au pont et s'il en a été fait nous n'en retrouvons aucune trace dans les archives et documents que nous avons consultés.

La Période révolutionnaire, le Consulat, l'Empire et la Restauration ne se prêtaient guère aux travaux de la paix; d'un autre côté, les finances étaient obérées, et les administrations locales, soumises à chaque régime à des modifications qui la plupart du temps n'étaient que des essais, étaient impuissantes à réaliser les projets ou les améliorations réclamés par l'intérêt public.

Elévation de la Porte d’entrée du Pont de Châtellerault du côté du faubourg du chateauneuf

 

Il y avait cependant beaucoup à faire au pont de Châtellerault et successivement, par des réparations étudiées avec soin, les ingénieurs de l'Etat allaient lui rendre la solidité et l'aspect grandiose, qui en font sans contredit le plus bel édifice de Châtellerault.

Le 4 juin 1817, un sous-préfet, animé d'un zèle louable, le comte De Campagne, informe le préfet « que deux arches du pont étaient gravement endommagées et qu'il était indispensable de les visiter sans délai ».

Aussitôt l'administrateur du département invite M. Duvaucelle, alors ingénieur en chef du département, de prendre les mesures nécessaires pour éviter de plus grandes dégradations. Ce dernier consulte son ingénieur ordinaire, M. Treton, qui lui fait cette réponse assez singulière bien que rassurante « l'état de ces arches peut donner des craintes à ceux qui les voient pour la première fois, mais il est plus effrayant que dangereux en effet, et ne peut se réparer sans des dépenses que l'on n'a pas jugé convenable de faire lorsqu'en 1785 on a reconstruit les pieds-droits des piles et culées du pont. a –Ce n'était pas une solution, mais un atermoiement; aussi le préfet croitil devoir insister. Après trente années de service, dit-il, ces arches peuvent avoir besoin de réparations; c'était le langage de la raison et il ne permettait plus d'éluder la difficulté.

En conséquence, M. Treton est invité par son chef de visiter les deux arches endommagées. A la suite de son rapport et sur l'ordre de l'inspecteur général Leclerc, l'ingénieur ordinaire de l'arrondissement du nord présente un projet sur la réparation complète du pont en l'appuyant de plans utiles. Cet état de choses n'est pas sans préoccuper vivement la municipalité de Châtellerault; il faut y apporter un prompt remède. M. Treton, se rendant à l'évidence, annonce que des pierres se détachent des voûtes et que sa présence pendant trois semaines à Châtellerault l'a convaincu « que le mal est tel qu'il n'y avait pas d'autre remède que de reconstruire ».

Sans doute, mais pendant les travaux il faut assurer le passage des habitants d'une rive à l'autre. Le comte Du Hamel, alors préfet de la Vienne, se concerte avec l'Ingénieur en chef.

Nous sommes à la fin de l'année 1818. Les rapports se multiplient sans précipiter la solution de l'affaire.

Enfin, l'ingénieur ordinaire envoie à son chef le projet de la réparation du pont avec la coupe des voûtes, le défait estimatif, le devis, etc.

 Nous sommes arrivé au 29 juillet 1819 et, le 15 décembre de la même année, les plans, au nombre de neuf, sont enfin produits.

Nous entrons dans la période d'exécution. Le montant des travaux est évalué à 59.449 fr. 03 c., y compris une somme à valoir de 6000 fr. « On tente une adjudication qui échoue. Le chevalier Locard, alors préfet du département décide que les travaux seront exécutés en régie; c'était le meilleur parti à adopter à raison de la nature des travaux.

La direction en est confiée à un sieur Bonnet, conducteur des ponts et chaussées, qui ne reculapas devant cette charge aussi lourde que délicate. Il faut aviser tout d'abord au choix des matériaux à employer ils devront être de première qualité, ceux de la construction primitive ayant été la cause de l'affaiblissement des voûtes et de la chaussée.

En conséquence, l'ingénieur Treton et son conducteur se rendent dans le courant du mois de novembre 1820 à l’Ile-Bouchard, où on a choisi la pierre d'appareil.

Le prix de son extraction avec le transport au bord de la Vienne est fixé à 33 fr. 35 le mètre cube. Ce marché est le même, sauf quelques modifications, que celui arrêté par le conseil d'administration de la manufacture d'armes de Châtellerault qui s'est adresse au même fournisseur.

Le sieur Jacques Daviaux s'engage à livrer pour le pont 183 mètres cubes de pierre de taille déposée au port de Crouzille.

Restait le transport à la remonte jusqu'à Châtellerault de ces matériaux (13fr.l3) qui revenaient à pied d'œuvre à 46 fr. 48.

Plus tard, ce prix, reconnu trop élevé, fut réduit. Le bois nécessaire fut livré par un certain Alexandre-François Drouault, maire de Lésigny il fournit cent mètres cubes de bois à raison de 70 fr., rendu au chantier. Et si on veut connaître le prix de la main d'œuvre des charpentiers au 20 février 1821, nous répondrons que le gâcheur en chef gagnait par journée 2 fr. 75 les compagnons 1 fr. 90. Le sieur Jean Augeard-Pagaud fut alors chargé de la direction des ouvrages de charpente. A ces fournitures, dont l'approvisionnement préalable devait assurer la prompte exécution des travaux, il faut ajouter celle de la chaux elle est prise à Pied-Sec, aux tuileries des Volbières (commune de Vouneuil-sur-Vienne) et coûte 10 fr. la barrique; les briques épaisses tirées du même endroit reviennent à 54 fr. le mille, celtes plus légères à 28 fr. A ce propos, l'ingénieur en chef écrit le 10 juin 1824 à son subordonné « Vous me rappelez le marché passé le 25 février 1821 pour la fourniture du mètre cube de chaux d'espèce hydraulique provenant de Pied-Sec au prix de 40 fr. et vous êtes d'avis de ne plus employer cette chaux qui ne serait plus indispensable, puisque nous avons cessé de travailler dans l'eau et me proposez de n'employer désormais que la chaux ordinaire dont le prix est moitié moindre.

Il paraît certain que MM. les officiers du génie, qui ont fait bâtir un four à chaux dans l'enceinte pour la manufacture d'armes en construction à Châtellerault, ont trouvé une pierre calcaire hydraulique et de bonne qualité dans la pierre même du liois (liais) dont le lit de la rivière est formé.

Veuillez vous assurer de cette découverte précieuse, si elle est réelle, pour être employée dans vos travaux en cours. » 

La réponse ayant été affirmative, le marché à 40 fr. le mètre cube est résilié le 5 janvier 1824. Au cours de cette année, le prix de la main-d'œuvre, autre que celui des charpentiers, que nous avons indiqué plus haut, est le suivant appareilleurs, 3 fr. tailleurs de pierre sous le pont, 2 fr. 50 tailleurs de pierre au chantier, 2 fr. 25 maçons, 1 fr. 90 manœuvres, 1 fr. 50 mariniers, 1 fr. 90. Aujourd'hui les prix ont presque doublé.

 Dans un rapport très instructif de l'ingénieur en chef Le Père, à la date du 10 avril 1825, on lit « l'état de dégradation auquel sont parvenues les neuf arches du pont, dont les quatre de rive gauche menacent d'une ruine prochaine, appellent l'attention des administrateurs du département; » les ingénieurs doivent les prévenir « des malheurs auxquels pourrait donner lieu le défoncement de l'une ou plus encore de plusieurs arches de ce pont.

Ces malheurs peuvent arriver cependant par la chute d'une diligence ou autre voiture de roulage et surtout par une de ces voitures qui, chargées de pierres énormes pour la Manufacture d'armes en construction dans la ville, passent journellement sur ce pont depuis deux ans c'est dans le but de rendre possible l'exécution de ces réparations qu'on a dû demander avec instance la démolition, effectuée en février et mars 1824, du corps de bâtiment qui liait les deux tours encore existantes sur les têtes de la culée de rive gauche de ce pont ».

Il est résolu à ce moment que l'adjudication aura pour base la série de prix; un devis estimatif est alors dressé, il est remarquable par sa précision. Les pierres de taille viendront de Crissé, Marmande, du Mur-Duval et du Breuil, près Chauvigny.

Et l'ingénieur en chef termine son rapport par cette réflexion digne d'un fonctionnaire consciencieux « Si les travaux de cette nature n'ont malheureusement pas l'avantage d'attirer les regards publics, ils n'en exciteront pas moins le zèle des ingénieurs auxquels l'administration les aura confiés, quand on doit chercher d'y réunir surtout l'économie à la bonne et parfaite exécution. »

Les réparations nécessaires devaient cette fois, représenter une somme considérable, car il ne s'agissait pas moins de consolider en 1826 et 1827 les neuf voûtes des arches surbaissées ayant neuf mètres quatre-vingts centimètres d'ouverture chacune et vingt-et-un mètres soixante-dix centimètres de largeur, en maçonnerie, de moellons, briques et pierres de taille. La valeur totale de l'estimation s'élevait à 141.718 fr. 76. L'adjudication fut tranchée au profit du sieur Rivaud-Gaillard, qui, de l'avis des ingénieurs, fit un rabais trop considérable s'élevant à 18.429 fr. 38.

L'urgence des travaux s'imposait, ils devaient recevoir une vive impulsion. Arides sont les chiffres, mais en les méditant on peut en tirer des conséquences qui les expliquent et les justifient.

Si nous voulons nous rendre compte de la situation des travaux exécutés au 15 septembre 1827 en vertu de l'adjudication du 1er septembre 1825, nous voyons que les prévisions des ingénieurs sont dépassées; le mal étant plus grand qu'ils ne l'avaient apprécié tout d'abord, une première augmentation de 7792 fr.94, bientôt suivie d'une seconde de 19.260 fr. 05, élèvent à 150.342 fr. 37 la dépense totale.

Enfin, au mois de novembre 1830, les travaux exécutés s'élevant à 147.293 fr. 47 on doit les considérer comme terminés. Ils avaient duré cinq années.

On pouvait dès lors traverser le pont avec une entière sécurité que de travail et de préoccupations il avait causés aux ingénieurs, que de dépenses il avait exigées de l’Etat!

Mais l'ouvrage conçu par les architectes de Catherine de Médicis, ceux de Henri III et de Henri IV était sauvé et les Androuet Du Cerceau, Charles et René son fils en le terminant lui avaient imprimé le cachet grandiose qui, après avoir fait l'admiration de nos pères, n'est pas encore sans exciter la nôtre.

« Le pont de Châtellerault, dit M. R. Morandière (Traité de la construction des ponts), est composé de neuf arches de 9m 80° d'ouverture et les voûtes sont construites suivant des anses de panier dont les flèches vont en augmentant jusqu'à l'arche centrale qui est presque en plein-ceintre,

Les plinthes, les parapets et les trottoirs ont été dressés horizontalement tandis que la voie charretière descend du sommet vers les rives, et les trottoirs forment aux extrémités une saillie beaucoup trop élevée au-dessus de la chaussée; il en résulte de véritables inconvénients pour la circulation des piétons.

Les têtes de voûtes présentent de grandes cornes de vache qui se marient très bien avec les avant et arrière-becs de piles dont la presque totalité est comprise dans la largeur utile du pont.

Cette description technique est aussi exacte que la gravure ci-contre est fidèle.

 

XVIII

Nous ne terminerons pas cette étude locale d'un monument en quelque sorte historique sans nous étendre d'une manière spéciale sur les tours du pont, les causes de la destruction du pavillon qu'elles encadraient si heureusement et les architectes qui ont conçu l'ensemble d'un édifice auquel les Châtelleraudais attachaient de précieux souvenirs.

C'était l'oeuvre de Charles Androuet Du Cerceau, et non pas le seul, comme nous le verrons plus tard et ailleurs dans une notice qui servira d'épilogue à l'histoire du pont de Châtellerault.

Dès l'année 1777, ainsi que nous l'avons exposé plus haut, l'ingénieur en chef Barbier avait signalé, par des motifs tirés de la circulation et des travaux projetés, la nécessité de supprimer le corps de logis situé entre les deux tours du pont, mais en conservant ces dernières. Toutefois, les réparations n'ayant été commencées qu'en 1785, aucune résolution définitive n'intervint.

En 1820, les ingénieurs et le directeur des domaines reviennent à la charge en se plaçant à des points de vue différents et concluent ensemble à la destruction complète des tours et du pavillon. A la fin de la même année, l'ingénieur ordinaire Treton demande s'il a été pris une décision relativement à la démolition proposée du corps de bâtiment à un étage au-dessus la porte » il ne s'agit plus des tours. Le directeur général des ponts et chaussées fait observer que, les bâtiments à démolir appartenant à la ville, il ne faut rien entreprendre sans l'avis de la municipalité.

Le 6 janvier 1821,1e conseil municipal de Châtellerault, dont on ne saurait trop louer la résistance énergique dans cette circonstance, déclare « qu'il verra avec chagrin porter la moindre atteinte au monument élevé par la volonté du bon Henri ».

- N'est-il pas vrai que les Châtelleraudais devaient beaucoup à ce grand prince et à son ministre Sully ?

Ils en furent toujours reconnaissants.

 

Le 17 du même mois, un préfet intelligent, ils le sont en général, le chevalier Locard, se range du côté des habitants de Châtellerault, dont les réclamations lui paraissent justes.

Il dit: « Le prix que la ville attache à cet ancien monument, les souvenirs qu'il rappelle et qu'il est bon de perpétuer me font désirer qu'il puisse être conservé, d'autant que la suppression de cet objet n'est pas d'une nécessité absolue.» - Cet administrateur n'était pas de ceux qui ne voient dans un monument que des pierres.

Mais le gouvernement se décidera, à entrer dans la voie des concessions, et de la raison. Tout au moins nous tirons cette conséquence d'une lettre adressée par le directeur des domaines, M. Cisterne, à l'ingénieur en chef des ponts et chaussées à la date du 4 avril 1822.

Nous la donnons telle quelle :

 « Son excellence le ministre des finances a décidé le 13 février 1821 qu'il serait procédé dans le plus bref délai possible à la mise en vente des maisons et bâtiments appartenant à l'État, afin d'épargner au Trésor les frais de réparations et d'entretien dont ces biens sont susceptibles.

 

 

 

Parmi les bâtiments auxquels ta décision du ministre est applicable dans le département se trouvent ceux appelés les Tours du grand pont de Châtellerault.

Avant d'en provoquer la vente, je désirerais savoir si les réparations projetées au pont de cette ville ne nécessiteront pas la démolition du tout ou partie de ces bâtiments ».

 Le 17, l'ingénieur répond au directeur des domaines une lettre dont voici la substance: si on insiste sur la nécessité de démolir la porte et le corps des bâtiments à un étage compris entre les tours, c'est pour faciliter le passage ainsi que la circulation habituelle sur un des côtés du pont pendant qu'on exécutera les réparations de l'autre côté.

 Du reste, on peut entrer dans les vues du conseil municipal en laissant subsister les tours; mais il est de toute nécessité de supprimer le corps de bâtiment existant entre les susdites tours, d'autant que le passage n'ayant lieu que sur un des côtés du pont, la circulation des voitures de commerce et celles destinées au transport des matériaux pour le même pont seraient plus difficiles et par conséquent plus dispendieuses avec d'autant plus de raison que l'ouverture de la porte qui existe dans le bâtiment est déjà beaucoup trop étroite pour le service ordinaire et que des rouliers chargés d'artillerie ont même eu de la peine à y passer.

On croirait que le ton de cette lettre implique la conservation particulière des tours. Il n'en serait rien, quand on a lu un rapport des ingénieurs du 20 juin sur lequel nous faisons toutes sortes de réserves:

 

 

« Les deux tours qui accompagnent le corps carré servant autrefois de fermeture au pont de Châtellerault ne sont pas un ornement de cet ouvrage elles contribuent au contraire à en déparer les abords, elles ne furent pas même construites pour cet objet, mais seulement pour flanquer l'ancienne porte où l'on aperçoit encore les ouvertures qui servaient à la herse.

Ces deux tours, construites, par conséquent, dans le seul intérêt de la défense du pont, ont donc perdu toute leur utilité et ne servent pas plus à embellir les abords du pont que ne le feraient des redoutes, cavaliers, fossés, enfin tous les ouvrages destinés à couper ou obstruer les passages des portes des villes fortifiées.

Il n'y aurait donc pas d'inconvénient à détruire ces tours. Leur destruction sera même avantageuse à la conservation du pont.

 

M Et les ingénieurs concluent ainsi :

« Considérant 1° que les tours dont il s'agit déparent et obstruent les abords d'un pont et qu'elles pourraient être même, par la suite, un obstacle à l'établissement d'un quai en aval et d'une rue en amont pour conduire du pont à la nouvelle manufacture d'armes;

2° que leur conservation, dans le cas où elles seraient vendues, pourrait compromettre la solidité du pont, nous estimons qu'il n'y a qu'avantage et nul inconvénient à en ordonner la démolition. »

Il ressort des lignes qui précèdent que les ingénieurs du temps n'étaient pas des archéologues très convaincus et qu'il eût été imprudent de leur attribuer la surveillance des monuments historiques.

Quant à nous, appréciant ce que vaut l'œuvre de Charles Androuet Du Cerceau et de son fils René, nous applaudissons à sa conservation, bien qu'elle reste mutilée. M. Arthur Labbé. de Châtellerault, notre compatriote, a écrit en 1895 une notice très documentée sur les Tours du pont de Châtellerault.

 Que le lecteur s'y reporte, il y trouvera ce que nous aurions omis d'écrire sur ce sujet.

Laissons à chacun ce qui lui appartient.

Donc, grâce à la vigoureuse protestation de la municipalité Châtelleraudaise, les deux tours restèrent debout comme le plus bel ornement du pont (61).

Leur silhouette aux lignes pures et élégantes défie aujourd'hui toute tentative de destruction leur masse imposante attire les regards curieux du voyageur et l'invite à admirer le gai panorama qui se déroule de chaque côté du pont.

A gauche, au sud, la manufacture d'armes et son barrage, dont les cascades s'illuminent au soleil levant et contrastent avec les noirs panaches des cheminées des usines à droite, un horizon sans bornes se perdant dans le lointain où il se confond avec la brume.

Il semble que cette belle rivière, la Vingenna de Grégoire de Tours, la Vigenna de Fortunat, cherche à fixer sur ses bords les étrangers qui admirent ce ravissant spectacle.

 

Il reste le seul pont de la ville jusqu’en 1900 ! (Bateau bain pont de Châtellerault en 1900)

Bateau bain pont de Châtellerault en 1900

Durant la Seconde Guerre mondiale, le pont échappe par deux fois à la destruction.

Notre tâche est accomplie. S'il reste encore à dire sur le pont de Châtellerault, que d'autres s'en chargent.

La reconnaissance de tous, et la mienne en particulier, leur est acquise à l'avance.

Ecrire l'histoire de son pays est une œuvre collective et méritoire.

 

 

 

Transformation des grands chemins du Haut-Poitou (Châtellerault à Poitiers) <==.... ....==> Charles VII dans la vicomté de Châtellerault, conflit ouvert entre Georges de La Trémoïlle et son rival Arthur de Richemont

 

 

 


 

Le château féodal d'Harcourt de Chauvigny et les Vicomtes de Chatellerault

Le château féodal d'Harcourt s'éleva vers le XIIIe siècle sur l'emplacement du fief de Motte où existait déjà un ouvrage fortifié. Le château d'Harcourt est situé au nord à 30 mètres du château baronnial. Il domine à l'est la jolie vallée des sources du Talbat.

 

 

Saint Savin, Le Vieux pont médiéval - Jean Chandos, Guichard d'Angle, Louis de Harcourt

Le Vieux pont médiéval a été construit à l'époque gothique, au 13ème siècle ou début 14ème siècle Ce pont permet depuis la fin du moyen-âge à la route Poitiers-Bourges de traverser la Gartempe et relie les communes de Saint-Savin et de Saint-Germain. Classé Monument Historique depuis 1896.

 

En 1369, le Prince Noir nomme le chevalier John Chandos sénéchal du Poitou, il meurt le 31 Décembre d'un coup de lance
Connu sous le nom Chandos Herald, a écrit un poème intitulé important, la vie du Prince Noir . Le poème détaille de nombreux exploits du prince dans la guerre de Cent Ans, y compris la guerre civile castillane, la bataille de Crecy , et la bataille de Poitiers.

 

(1) 937 à 1515.

(2) 1515 à 1789.

(3) S. Cyprien, Joubert, Guillon. Le Pont-Neuf, comme l'indique son nom, est de construction moderne.

(4)   « Sur le déclin de la deuxième race de nos rois et le commencement de la troisième, lorsque l'Etat tomba dans une espèce d'anarchie et que les grands, selon l'étendue de leur pouvoir, s'érigèrent en souverains, il n'y eut plus de sûreté pour les voyageurs, surtout au passage des rivières.

Ce ne furent que des exactions violentes et des brigandages. Pour arrêter ces désordres, des personnes pieuses s'associèrent, formèrent des confraternités qui devinrent un ordre religieux, sous le nom de Frères du Pont.

 La fin de leur institut était de donner mainforte aux voyageurs, de bâtir des ponts ou établir des bacs pour leur commodité et de les recevoir dans les hôpitaux sur les bords des rivières. »

(5). …Ego Hugo, vicecomes, dedi ecclesiae Sancti Nicolaï, quae sita est in foro pictaviensi et ejas servientibus canonices, unam arcarn in ponte Castri Heraldi, scilicet ad construendum molendinum et pisces, pro redemptione et salute tam animae meae, quam uxoris et filiorum et successorum meorum…..

En 1785, on voyait encore sous la première et la quatrième arche du pont actuel des restes de celui du onzième.

(6) L'Envigne.

(7) « Ondit bailliage de Chastellerault sont plusieurs moulins, c'est assavoir Celui qui est emprès la tour prez de la ville, est à deux rocs »…… Les droits sur les moulins fort nombreux dans la seigneurie constituaient un revenu important pour les vicomtes.

Au seizième siècle, les ducs le disputèrent au domaine royal qui voulait en faire son profit (V. nos Etudes sur le Châtelleraudais publiées dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, t. XVI,1893, pp. 239 à 434.

(8) 1343 à 1387. Second fils de Jean IV, également vicomte de Châtellerault.

(9) La Roche-Posay.

(10) Chr. de Froissart, t. VII, p. 212. – V. le récit sommaire du même fait dans l’Histoire du Poitou de Thibaudeau, éd. de 1783, t. II, p. 273.

(11) V. pièces justificatives, nos 1 et 2.

(12) Chevalier de la Jarretière, lieutenant général d'Edouard III, grand sénéchal du Poitou en 1369, et tué la même année dans une escarmouche au pont de Lussac par Jacques di Saint-Martin, il avait fait prisonnier Du Guesclin, à la bataille d'Auray en 1364.

(13)Si les seigneurs locaux percevaient les taxes de pontenage, ils devaient également satisfaire à une obligation correspondant à l'avantage. Ils étaient obligés d'entretenir et de réparer à leurs dépens les ponts, ports et passages de rendre ces derniers sur».

A la tête du pont s'élevait un poteau sur lequel était fixée une pancarte contenant par le menu les droits de péage. Enfin aucun seigneur ne pouvait imposer une nouvelle taxe sans la permission du roi.

(14) La ferme du pontenage et des bancs aux bouchers est donnée à l'enchère à Gillet de Jouy Le pontenage pour 350 livres et les bancs aux bouchers pour 120 livres. » (Arch. Vienne Es, 169.

(15) V. pièce justif. n° 3.

(16) Voir pièce justif. No4 -Si on compare les taxes de péages établies sur le pont de Châtellerault en 1746 avec celles de la vieille pancarte de 1445, il est facile de constater qu'elles sont presque les mêmes près de trois siècles durant.

Nous trouvons l'explication de cette longue persistance dans les ordonnances de Charles VII, de François II, de Charles IX, de Henri III, etc. De ces textes, dont les principes sont restés en vigueur jusqu'à la Révolution, se dégage une idée toute à l'honneur de la prévoyance, royale.

La circulation, l'industrie, le commerce, l'agriculture sont protégés contre l'avidité des seigneurs locaux et les abus de leurs officiers. En cas de contestation, le roi se réserve de les trancher. Les coutumes sont maintenues et nul ne peut les enfreindre sans s'exposer à la confiscation de ses biens ou à des peines corporelles. « Ordonnons, dit Charles VII dans son ordonnance du 15 mars 1432 (u. s.), que tous aides, péages, travers, subsides, truages et impositions quelconques, qui depuis 60 ans en ça ont esté mis et imposez et accreus par quelque personne et sous quelque couleur et occasion que ce soit sur les denrées et marchandises montans ou dévalans par la rivière de Loire comme elle contient et par les autres fleuves et rivières descendans en icelle estre nuls et denulle valeur.

Cet acte royal fut enregistré par le parlement de Poitiers. Les dispositions des textes successivement rendus depuis sont rédigées dans le même esprit et il n'est pas inutile de faire observer que cette protection s'appliquait aussi bien aux droits de pontenage qu'à ceux dont la navigation était frappée.

Nous devons citer dans le même ordre d'idées un arrêt du conseil d'Etat du 10 mars 1771 contenant règlement sur les péages et bacs dans l'étendue de la Généralité de Poitiers.

 Ce document, curieux pour la province, nous apprend que le péage sur le pont de Châtellerault appartenait au prince de Talmont, engagiste du duché de Châtellerault, et que ce péage avait été confirmé par un arrêt précédent du 18 février 1745. (Bibi. ville de Poitiers, R. P. in-4o, 2).

(17)Ancienne forêt, communes d'Antran et de Vaux.

 En 1563, il n'y restait plus de bois; il avait été coupe et vendu par les habitants de Châtellerautlt à qui François ler l'avait donné pour la réparation du pont sur la Vienne.

(18) Pièce justificative n° 5.

(19) Pièce just. N°6.

(20) Arch. Vienne C, 8.

(21) Pièce just. n° 7.

(22)En remontant la Loire, les épices venaient de Nantes, les ardoises d'Angers, les fers du Berry, les poteries du Nivernais; tels étaient les objets importés à Châtellerault. A la descente, la ville et les environs exportaient des céréales, des vins, des eaux-de-vie, des fruits, des meules à broyer le grain, du bois d'ouvrage, du merrain, etc. dans la seconde moitié du dix-huitième siècle le port de Châtellerault, concentré en aval du pont, sur la rive droite de la rivière, avait une réelle importance.

On en jugera en parcourant les Affiches du Poitou (1773-1789), qui ont donné la statistique du mouvement encore très actif de ce port.

(23) Pièces just. N° 8 et 9.

(24) Paroisse de Dangé.

(25) Paroisse d'Ingrande.

(26) Les lieux où les seigneurs se réservaient la chasse et la pêche s'appelaient les defens.

(27) Chapelle détruite, commune d’Ingrande, 1642.

(28)Vignon, les Voies publiques, 1. I, p. 79.

 

Un Livre des Postes de France, dressé en 1755, par ordre du comte d'Argenson, alors ministre de la guerre et grand-maitre et surintendant général des courriers, postes et relais, nous apprend qu'il y avait 81 postes 1/2 sur la route de Paris à Poitiers et Bordeaux par Orléans et Blois.

Celles traversant le pays Châtelleraudais étaient de Beauvais aux Ormes-Saint-Martin (une poste) des Ormes à Ingrande (une poste et demie), d'Ingrande à Châtellerault (une poste); de Châtellerault aux Barres de Naintré (une poste); des Barres à la Tricherie (id.), de la Tricherie à Clan (id.),de Clan au Grand-Pont (id.), ), du Grand-Pont à Poitiers (id. ), etc.

(29) L'expression « les ponts », souvent employée dans les anciens textes, vient de ce que le grand pont, du côté du faubourg Chateauneuf, était suivi d'un petit pont de trois arches qui existait encore en 1777.

(30) V. pièce just. N°10.

(31) L'ordonnance, aussi de 1564, portant que l'année commencera dorénavant le 1er janvier est datée de la même localité. Le prince visitait alors les provinces méridionales de son royaume; toutefois le parlement ne consentit à cette modification qu'en 1507.

(32) Seigneur de la Barbelinière; en 1532, échanson de 300 livres de gages de Mesdames Marguerite et Madeleine de France, échanson de Madame la Dauphine de Viennois et de Marguerite de France, sa sœur, du 1er janvier 1536 au janvier 1540, chevalier de l'ordre du roi en 1539; en 1551, écuier d'écurie de la Reine, l'était encore en 1570.( Dict. des familles de Deauchet-Filleau).

(33) Gaschon Belle (ou Bolle) fut un des entrepreneurs généraux de la maçonnerie des Tuileries (1566) (Mém. des Antiquaires de France, 1897, p. 380).

(34) H1, 22. abbaye de Saint-Cyprien.

(35) Pièce just. no 11.

(36) Pièce just. n° 12.

(37) Pièce just. n° 13.

(38) Pièce just. n° 14.

(39) Pièce just. n° 15.

(40) Pièce just. n° 16.

(41) Pièce just. n° 17.

(42) N° 18.

(43) Arch. Vienne, C. 75, p. 131, recto p. 132.

(44) Date de la mort de Robert Blondin,

(45) Arch. Vienne, C. 76, reg, p. 36 verso.

(46) Pièce just. n° 19.

(47) N° 20.

(48) Pièce just. n° 21.

(49) Du côté de la ville.

(50) Pièce just n° 22.

(51) Pièce just. n° 23.

(52) Pièce just. n° 24.

(53) Pièce just. n° 25.

(54) Pièce just. n° 26.

(55) Calviniste, mort le 5 juin 1636. Son prédécesseur était Jacques Riesse (1591), son successeur Nicolas Deslandes (1605).

(56) Baudrant, Geographia, 1682.

(57) Dict. des Gaules d'Expilly.

(58) Les renseignements et détails qui suivent ont été empruntés en grande partie aux Archives de la Vienne (SSI, 53.)- Il en est de même des plans très curieux dressés par les ingénieurs à l'appui de leurs propositions.

(59) René Androuet Du Cerceau, architecte et ingénieur du roi, rappelle dans un rapport sur les chemins et bâtiments royaux du Poitou, écrit en 1611, que c'est dans les carrières d'Antoigné, près Châtellerault, qu'on a extrait toutes les pierres tendres avec lesquelles ont été bastis le pont, tours et portaux de la susdite ville.

(60)1784 à 1789 ; avait succédé au comte de La Bourdonnaye de Blossac, gendre de M. Lenoir, lieutenant général de police de Paris. M. Lecointre Dupont a écrit sur cet intendant une intéressante notice ayant pour titre La disette de l'hiver 1786 en Poitou et Boula de Nanteuil (XXXIII. vol. des Mémoire de la Société des Ant. de l'Ouest)

(61)(61) Le grand pavillon, élevé au-dessus de la porte du pont, entre les deux tours, et dont l'achèvement en 1611 avait coûté 8000 livres, fut démoli en 182 (février et mars) et les matériaux vendus au profit de l'Etat.