20 octobre 1668 Sédition à Niort – Lettres de Louis XIV relatives aux dragonnades.
Lettres de Louis XIV données à Saint-Germain-en-Laye, signées Louis et Letellier, et relatives aux dragonnades.
Comme le roi est très mal satisfait des séditions arrivées à Niort, il y envoie la compagnie de chevau-légers de Foucault et deux compagnies de dragons, outre celle qui y est déjà, jusqu'à, ce que les coupables soient punis.
Il donne le commandement de la ville au sieur du Guay, lieutenant-colonel de dragons, enjoint à la ville de lui obéir, de recevoir les compagnies, les loger chez tout le monde, sauf seulement les ecclésiastiques, même chez les maire, échevins, président, lieutenant général civil et criminel, avocats, procureur au présidial et autres officiers de la justice et dans chaque maison, quatre cavaliers ou dragons, jusqu'à entière punition des coupables.
Au dos et d'une main niortaise il est écrit : Ordre du roy sur le faux procès-verbal d'une sédition à Niort envoyé à la cour.
Il n'y avait rien eu, les dragons n'avaient eu aucun mal, quoique l'un d'eux eût tué de sang-froid un habitant de la ville.
L’annotation niortaise est particulièrement intéressante : elle révèle que l’affaire de « sédition » a été exagérée ou inventée pour justifier l’envoi de troupes, et qu’un dragon a même tué un habitant de sang-froid sans que les soldats aient été agressés.
C’est un exemple précoce des méthodes qui deviendront plus systématiques plus tard avec les grandes dragonnades (surtout à partir de 1681-1685) destinées à convertir de force les protestants.
PRÉTENDUE SÉDITION DE 1668.
Voici maintenant un récit plein d'intérêt. Bien qu'il soit sur le livre d'Isaac Bastard, il est l'oeuvre de Pierre Bastard, contemporain des faits qu'il rapporte.
Nous sommes à l'époque des dragonnades.
Les gouverneurs des provinces sont de véritables potentats; et pour peu qu'ils aient à satisfaire contre une ville ou contre certains personnages des haines ou des rancunes personnelles, ils abusent facilement de leur autorité.
Le Poitou avait alors pour gouverneur M. de la Vieuville (1).
Or celui-ci en voulait à la ville de Niort parce que le maire de l'époque ne lui avait pas payé le présent d'usage de 500 livres la première fois qu'il y fit son entrée.
D'un autre côté le duc de Navailles, maréchal de France et gouverneur de Niort s'était attiré la haine de M. le lieutenant-général Jouslard, seigneur de Fontmort, et de M. l'intendant Barentin. Or ce dernier était allié à l'illustre ministre Louvois : c'est assez dire qu'il était tout-puissant.
C'en était trop pour que Niort fût épargné.
Aussi dès le 9 octobre 1668 une compagnie de dragons y vint-elle pour y tenir garnison, quoiqu'il n'y eût point d'ordre du conseil.
Les soldats étant logés et nourris chez les habitants, c'était pour la ville une bien lourde charge qui ne manqua pas de provoquer des plaintes et d'amener des querelles.
Il y avait peu de jours que les dragons étaient à Niort lorsque quelques-uns d'entre eux eurent, sous les halles, un différend avec trois jeunes gens appartenant aux meilleures familles de la ville, MM. Boursault Saint-Vaize, Fraigneau et Fournier.
Les dragons ayant mis l'épée à la main poursuivaient et menaçaient ces jeunes gens, lorsqu'un ami de ces derniers venant à passer voulut les séparer.
Mal lui en prit, car les dragons se retournèrent contre lui, le poursuivirent et l'atteignirent au coin de la place du Château et de la rue de la Tête-Noire (2) où il fut tué par l'un des dragons, qui était valet de chambre du capitaine Guéry.
Ce jeune homme, qui venait ainsi d'être victime de sa courageuse intervention, était fils de M. Bastard de la Contardière. Il était lui-même soldat, mais il se trouvait en ce moment en congé dans sa famille.
Le récit de Pierre Bastard est saisissant, le commenter serait en atténuer l'intérêt.
Le voici en son entier.
« Le 9 octobre de l'année 1668, il se rendit en cette ville une compaignie de dragons quy resta en garnizon, quoy qu'il n'y eust point d'ordre du conseil. Peu de jours après des dragons eurent différend avec quatre garçons de ceste ville et mirent contre eux l'épée à la main, soubs les hasles, où le fils de M. Bastard la Contardière passant et voulant les séparer, fut poursuivy par lesd. dragons et tué au coing de la place du Chasteau et de la rue Teste-Noire par le vaslet de chambre de Guéry capitaine desd. dragons. Led. Bastard estait, depuis quelques années, dans une compaignie de cavalerie et estait lors venu voir ses parens.
Aussitost le coup fait, nombre d'habitans, quy estaient assemblés devant la plasse du chasteau où il y avait des bateleurs, poursuivirent le meurtrier qu'ils mirent en prison (3), et les autres dragons se renfermèrent au logis du Petit Louvre, avec les officiers et le sr Lemoyne, commissaire, où ils dressèrent un procès-verbal dans lequel ils accusaient les habitans de sédition, qu'ils firent signer à M. Leroy, lors maire, et au juge des marchands (4), à la dévotion de monsr Jouslard seigneur de Fontmort, lieutenant-général (5).
Peu de temps après il se rendit en cette ville monsieur de la Vieuville, gouverneur de la province, et monsieur Barentin intendant, avecq quatre compaignies de dragons et une compaignie de cavalerie de Foucault, quy entrèrent comme dans une ville rebelle, où ils logèrent particulièrement chez Mrs les eschevins et pairs de la maison de ville.
Les moindres logemans estaient de quatre cavaliers ou dragons, et dans les maisons de Mrs Boursault Saint-Vaize, Fraigneau et Fournier, quy estaient pères des jeunes gens quy avaient eu différend avec les dragons de Guéry, il y avait jusqu'à 36 bouches tant d'hommes que de chevaux, le tout à discrétion (6).
S'il y avait eu dix mille hommes dans la province, on les aurait fait venir en cette ville, et sy monsieur le comte Darcourt ne s'estait trouvé au conseil, quy remontra qu'il avait ouy dire à monsieur son père que Niort avait esté fidèle au roy lors de la guerre des princes, le pillage aurait esté accordé aux troupes.
« Le tout estait fait à dessein. Monsieur de la Vieuville se plaignait et voulait mal de ce qu'il n'avait pas esté payé de son présent de 500 livres par le maire en charge lorsqu'il fit son entrée en cette ville.
Monsieur Barentin, intendant, voulait mal à monsieur le duc de Navailles, mareschal de France et gouverneur de Niort quy avait maltraité monsieur de Boislève, beau-père de monsr Barentin. Monsr de Fontmort et madame son espouzé voulaient mal à monsieur de Navailles pour plaintes faites contre led. sr de Fontmort; et monsieur de Louvois, ministre d'Estat pour la guerre, estait à cause de made son espouzé, nepveu de monsr Barentin et petit-fils de monsr de Boislève.
« Il y avait gardes aux portes et corps de gardes, avec des vedettes nuit et jour soubs les hasles et autres lieux de la ville par les dragons et cavaliers.
Les habitans estaient dans la dernière consternation.
On ne sortait point au soir qu'on ne feust obligé de décliner son nom, et deux habitans estant sortis un jour hors de la porte St-Jean et se promenant dans le grand cimetière de Nostre-Dame, pour plaindre leur misère, ceux quy faisaient garde à la porte les tiraient à balles seules.
« Mr Guiot, es. sr de Lun advat du roy, ayant esté député de la ville pour aller en cour, on s'y opposa et on deffendit au maistre de la poste deluy donner des chevaux.
Dans la suite Mr Chebrou, procureur, fut député et obtint par les sollicitations de monsieur de Navailles auprès de monhabitants.
« Pendant le désordre, monsieur l'intendant fit le procès criminel aux jeunes gens quy avaient eu querelle avec les dragons. Il les fit pendre par effigie.
Il fit aussy le procès à d'autres habitans quy feurent contraints d'habandonner. Monsieur Augier de la Terraudière, très-habile advocat, estait du nombre à cause qu'il avait parlé pour le public.
Il estait fort éloquant et zélé pour le bien public. Il a despuis esté maire cinq fois. Sy monsr l'intendant avait tenu quelques uns des absens, il les aurait fait pendre.
Il fit assigner les tesmoins quy déposaient contre le criminel, pour estre recollés à leurs dépositions.
Ils estaient au nombre de quatre, scavoir Mre Jacques Allonneau sr du Plessis, mon beau-frère, Mr Logerie Ferré (?), Mr Berton et Mr Rivollet, et lorsqu'ils se présentèrent pour estre recollés et confrontés au vaslet de Guéry, il les fit conduire en prison, fit leur procès comme criminels de sédition (7).
C'estait Mr de Sinpie, officier au siège royal de Fontenay, quy avait soing de la poursuite, et lorsque les procès feurent instruits, monsieur Barentin, intendant, s'assista d'officiers de Fontenay, et au lieu de juger d'abord les quatre tesmoins, parce qu'estant déclarés innocens leurs dépositions restaient, il jugea le criminel le premier et fit cognaistre aux officiers de Fontenay qu'il n'y avait de témoins contre luy que les quatre susnommés, quy dépozaient luy avoir veu tuer Bastard Contardière, mais qu'ils estaient criminels, et, sur ce fondemant leurs dépositions feurent rejetées, et le criminel déclaré innocent et mis hors des prisons.
Le lendemain il jugea lesd. tesmoins et quelque effort qu'il eust fait, il ne peult obtenir des juges quy l'assistaient aucune condamnation, jusque là qu'un des juges ne peult s'empêcher, en donnant du pied contre le planché de la chambre du conseil, lorsqu'un des tesmoins estait interrogé sur la sellette, de dire: « que fismes-nous hier? nous délivrasmes Barabas et nous jugeons aujourd'huy les innocens. »
On dit que le procureur du roy de Fontenay avait pris des conclusions contre les tesmoins à ce qu'ils feussent appliqués à la question (8).
«Lorsque monsieur l'intendant voulut juger la contumace contre les absans, Mr le doyen des advocats fit assembler leur communauté et nostre communauté des procureurs (9), et nous allasmes tous ensemble luy demander justice pour Mr de la Terraudière.
Il nous fit response qu'il fallait demander grâce et non pas justice, que plus ou gratait une playe, plus elle s'estendait.
« Mr Couprie, lors curé de St-André, fit un factum avec le père Grézil, cordelier, prédicateur de la ville, où ils remontraient qu'il avait esté naturel à des habitans quy estaient assemblés dans une place publique de courir après le meurtrier d'un de leurs citoyens jusques près le PetitLouvre, où il fut pris, et que pour faire cognaistre que c'estait une calomnie de dire que les dragons avaient esté accablés de coups de pierres se retirant au Petit-Louvre, c'est qu'il n'y avait pas de pierres soubs les halles, et qu'aussy les langues des chevaux n'avaient pas esté coupées, comme le tout estait emploie dans le procèsverbal, puisqu'aucun des habitans n'avait entré au logis du Petit-Louvre, et scavoir très-bien qu'il n'y avait homme ny cheval blessé. Mais il traita de fou et insensé Mr Couprie quy estait la sagesse mesme, quy a vescu et est mort en audeur de sainteté. Il avait esté advocat, avant que d'estre prestre.
« Quoyque j'estais un jeune homme aagé de 22 ans, et que je ne feusse poinct lors du corps de ville, néanmoing j'estais sur la liste pour avoir dès le premier jour quatre dragons. J'en fus garenty par Mr Deschamps soubs-secrétaire de Mr l'intendant que j'avay cogneu lors des départemans des tailles où j'avay assisté en qualité de greffier de l'eslection. Mais après le départ de Mr l'intendant, j'eus un logemant jusqu'au temps de leur sortie de cette ville, et peu de jours après mon logemant, ayant rencontré Mr le Maire, il me dit que c'estait un billet que luy avait envoyé Made de Fontmort, lieutenante générale.
C'estait elle et Mr son espoux quy faisaient signer les billets à Mr le maire comme ils voulaient. Led. sr maire et sa femme, dans la suite, sont morts sans biens, luy à Paris et elle en ceste ville, chez un de ses parents, quy l'avait retirée. Mr Barentin mourut subitement. On en dit la même chose du procureur du roy de Fontenay.
« L'affaire a cousté cent mille escus à la ville. Il y a des familles quy ne s'en sont pas relevées. Lorsque Mr Chebrou député fut à Paris, Mr de Louvois menaçait de l'envoyer en grève.
« Monsieur de Rouillé, estant intendant après monsieur Barentin, restablit et deschargea les contumax des condamnations contre eux rendues.
« Mr Barentin, pendant tout le trouble, estait logé chez Monsr le marquis de Villette, frère de Made la lieutenante générale, dans la rue Basse, joignant la maison où moy Pierre Bastard j'ay ma demeure. »
Dans l'Etat sur l'élection de Niort en 1744 attribué à J.-V.-M Chebrou du Petit-Château, publié par notre savant confrère M. Léo Desaivre (Mémoires de la Société de statistique des DeuxSèvres, 3e série, tome III, p. 259) il est fait allusion à cette affaire qui est qualifiée de mauvaise aventure, et on ajoute que plus tard l'innocence des accusés fut reconnue et les jugements anéantis, mais la ruine de plusieurs familles n'en fut pas moins consommée.
Abel Bardonnet, dans ses Ephémérides (10) donne un extrait d'une lettre de Louis XIV prescrivant l'envoi à Niort de la compagnie de chevau-légers de Foucault et de deux compagnies de dragons.
Cette lettre, qui est conservée aux archives municipales de Niort sous le n° 2553, trouve ici tout naturellement sa place et nous la reproduisons in extenso ci-dessous.
Mais ce qu'il y a d'intéressant et ce qui n'avait point échappé au regretté Bardonnet, c'est que cette pièce porte, en vedette, que cet ordre du roi n'avait été donné que sur de faux procès-verbaux envoyés à la cour.
Cette note qui est évidemment l'oeuvre d'un Niortais vient confirmer le récit de Pierre Bastard.
24 octobre 1668.— Ordre du roy qui envoye encore des gens à Niort.
DE PAR LE ROY,
Chers et bien améz ayant esté informez des séditions quy sont arrivées dans nostre ville de Nyort, estant tres mal sattisfaict de tout ce quy s'y est passé, nous avons donné nos ordres pour faire aller en nostre ditte ville la compagnie de chevaulx légers de Foucault et six compagnies de dragons oultre celle quy y est présentement, et pour les y faire demeurrer jusques à ce que les coupables des dittes séditions ayent reçu le chastiment qu'ils ont méritté.
Nous ordonnons aussy au sieur Deguay lieutenant colonnel de nostre régiment de dragons d'y commander en cette occasion.
Et nous vous faisons cette lettre par la quelle nous vous enjoignons très expressement de recougnoistre ledit sieur de Guay et de luy obéir en tout ce qu'il vous ordonnera pour nostre service, de recevoir les dittes compagnies de chevaulx légers et de dragons, de distribuer leurs logements dans les maisons de tous et chascuns les bourgeois et habitants de nostre ditte ville à la réserve des ecclésiastiques, entendant qu'il n'y ayt pas d'aultres d'exampt et qu'il en soit logé chez vous maire et eschevins, et chez les présidents lieutenant général civil et criminel nos advocat et procureur au présidial et tous les aultres principaulx officiers de la justice re (?) par nostre réglement.
Réservez par nostre réglement mesme qu'il soit mis dans les maisons de chascun de vous et de tous les officiers quatre cavalliers ou dragons quy demeureront en garnison jusque à antière punition des dits coupables.
Et avons de ordre de nous, sy ny fault donc faulter car tel est nostre plaisir.
Donné à St-Germain en Laye le vingt quatriesme jour octobre mil six cent soixante huit.
Ainsi signé Louis et plus bas LETELLIER.
Collation a esté faicte des présantes par nous nores et tabellions royaulx à Nyort soussignés à l'original.
A Nyort le douziesme jour de Novembre mil six cent soixante huit.
JOUSSEAULME, Notre r.
BOURSAULT, Notre roy.
Ordre du roy envoyé sur les faux procès-verbaux envoyés en cour ou l’on fit croire quil y avait eu sédition à Niort bien quau contraire ce fussent les dragons qui eussent tué de sang froid un habitant, sans qu'ils receussent ensuite le moindre mal.
Papier mémorial de la famille Bastard, 1585-1721 publié et annoté par Piet-Lataudrie (Pierre-Alexis Duplessis)...
Période Contemporaine - Monarchie Absolue 1610 / 1789 <==
Dans le passage citez, « monsr de Boislève » est très probablement Claude de Boislève, seigneur du Puy-du-Fou.
Plusieurs éléments concordent :
- Claude de Boislève acquiert le domaine du Puy-du-Fou au XVIIᵉ siècle. Les sources historiques indiquent que Gabriel du Puy-du-Fou vend le domaine à Claude Boislève, baron d’Oulmes.
- Une source locale décrit explicitement Claude de Boislève comme le « nouveau seigneur du Puy du Fou ».
- Surtout, Jacques-Honoré Barentin, l'intendant dont parle votre texte, avait épousé Louise Boislève, fille de Claude Boislève et de Louise Ogier. Cette parenté est attestée dans une note biographique publiée avec les lettres de Mme de Sévigné.
Cela donne donc la chaîne familiale suivante :
Claude de Boislève
→ seigneur du Puy-du-Fou
→ sa fille Louise Boislève
→ épouse Jacques-Honoré Barentin
→ intendant de la généralité de Poitiers
Ainsi, lorsque le document dit :
« Monsieur Barentin, intendant, voulait mal à Monsieur le duc de Navailles [...] qui avait maltraité Monsieur de Boislève, beau-père de Monsieur Barentin »
il est très vraisemblable que le Boislève en question soit bien Claude de Boislève, seigneur du Puy-du-Fou.
(1). Charles, duc de la Vieuville, chevalier des ordres du roi, gouverneur de la personne de Philippe, petit-fils de France, duc d'Orléans et de la province de Poitou, fut blessé à la bataille de Lens en 1648 et mourut le 2 février 1689, âgé de 73 ans. Son fils aîné René-François fut aussi gouverneur du Poitou et mourut le 9 juin 1719. (Dictionnaire de Morery.)
(2). Aujourd'hui rue du Rabot.
(3). Rien ne semble plus naturel et plus digne d'éloges que la conduite de nos concitoyens. Ils sont témoins d'un crime ; ils poursuivent et arrêtent le meurtrier sans se préoccuper de savoir si celui-ci est militaire ou civil. Cependant ils durent payer cher leur courageuse intervention.
(4). Pierre Louveau, sr de Croix-Chabans. (La juridiction consulaire à Niort, par E. Breuillac-Laydet, p. 60.) ,
(5). On est vraiment indigné de voir ainsi sciemment dénaturer les faits et altérer la vérité. Il n'y avait eu aucune sédition, mais simplement arrestation du militaire qui avait tué Bastard-Contardière. La suite du récit nous apprend même que dans ce procès-verbal on avait osé alléguer, contrairement à toute vérité, que la population avait poursuivi les dragons à coups de pierres et était allée dans les écuries du Petit-Louvre couper la langue à leurs chevaux. On s'étonne que le maire et le juge des marchands aient apposé leurs signatures au bas d'un procès-verbal si mensonger et qui devait avoir de si graves conséquences pour les Niortais.
Philippe Bastard (2 e du nom), dit monsieur de la Contardière, seigneur de la Contardière, né à Niort le 18 juin 1604, présent à l’assemblée de ville de 1638, mort après 1655.
Philippe épousa, le 11 février 1641, ISABEAU le Goust, morte à Niort le 31 décembre 1655, fille de noble Philippe le Goust et de Marguerite Savignon, appartenant à la ville de Niort.
(6). On se figure aisément quelle lourde charge était ainsi imposée aux monhabitants ce qu'on ne comprend pas à notre époque c'est l'arbitraire avec lequel cette charge était inégalement répartie. Les familles des jeunes gens qui avaient eu querelle avec les dragons étaient punies comme si elles eussent commis un crime, puisqu'on leur imposait jusqu'à 36 bouches tant d'hommes que de chevaux, le tout à discrétion, sieur Le Tellier, père de monsieur de Louvois, des logemant de partye des dragons.
(7). L'intendant Barentin ne se contenta pas de faire le procès du meurtrier, il fit aussi celui des jeunes gens qui avaient eu querelle avec les dragons et même celui de plusieurs habitants qui avaient pris leur fait et cause ou qui s'étaient présentés pour témoigner en leur faveur. Tous étaient accusés de sédition.
(8). Pourquoi l'intendant Barentin eut-il recours à des officiers du siège royal de Fontenay, tant pour la poursuite que pour le jugement ? Nous ne pensons pas que cela tienne à des motifs de légalité et de compétence et nous inclinons plutôt à croire (ce qui serait tout à l'honneur de notre vieille magistrature niortaise) que M. l'intendant tenait en suspicion les officiers du siège royal de Niort et craignait de ne pas trouver en eux des juges assez dociles. La manière de procéder indique d'ailleurs quelle passion et quelle partialité on apportait dans cette affaire. On voulait acquitter le meurtrier, et pour cela on commença par emprisonner les témoins en les accusant de sédition. Dès lors il n'y eut plus de témoins et le meurtrier fut acquitté et mis en liberté. Le lendemain on jugea les témoins, et le procureur du roy de Fontenay eut beau conclure à ce qu'ils fussent appliqués à la question, le bon sens des juges l'emporta et ils furent aussi acquittés. Seuls les jeunes gens, que leurs familles avaient eu la prudence d'éloigner de Niort, furent condamnés par coutumace et pendus par effigie.
« Pendus par effigie » signifie qu'une personne est condamnée symboliquement à être pendue, mais qu'elle n'est pas présente ou qu'elle a réussi à s'enfuir.
Une effigie est une représentation de la personne : généralement une poupée, une figurine ou une image à son effigie.
(9). Cette démarche collective des avocats et procureurs est tout à leur honneur. Elle prouve de plus que, dès cette époque reculée, les meilleures relations existaient entre le collège des avocats et la communauté des procureurs. On peut donc dire que la cordialité de ces relations est de tradition séculaire à la barre de Niort.
(10) Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres, 3e série, tome 1er, p 355.