Situation du Poitou à l'avènement d'Alphonse frère de Saint Louis

Un orage terrible s'amoncelait contre Alphonse de Poitiers: mais, avant de raconter la manière dont il éclata et la guerre qui en fut la suite, il est indispensable d'exposer la situation du Poitou au début du nouveau règne.

Arrachée par Philippe-Auguste à la domination anglaise en 1204-1208, cette province était loin d'être définitivement acquise à la royauté capétienne.

Les sympathies profondes qu'y avaient laissées parmi les populations les Plantagenets, princes d'origine à la fois angevine et poitevine, et par suite bien plus nationaux dans ces contrées que les descendants de Hugues Capet, produisaient de temps à autre, sinon des soulèvements complets, tout au moins des hésitations, des défections, des révoltes partielles comme en 1214, et en général un état fâcheux de malaise et d'incertitude.

 L'expédition de Louis VIII, qui fil tomber en son pouvoir Niort, Saint-Jean-d'Angély et la Rochelle, porta un coup fatal aux rois d'Angleterre et mit un terme aux résistances vraiment sérieuses (1224).

 Cependant, malgré les grands ménagements dont ce monarque et après lui la régente Blanche de Castille usèrent à l'égard des grands seigneurs poitevins, signant des trêves et traitant de puissance à puissance avec eux, ceux-ci n'en accueillirent pas moins avec transport Henri III d'Angleterre, lorsqu'il parut un instant dans leur pays en l'année 1230.

Il fallut une nouvelle démonstration armée pour les intimider et les faire rentrer dans le devoir.

 Le jeune Louis IX s'avança jusqu'à Saint-Maixent, où son père avait construit un château fort (1224) (1), et d'où lui-même data une charte confirmant la commune de Niort (juillet 1230) (2) : conduite habile, qui avait pour but de flatter la bourgeoisie avide de libertés municipales.

Situation du Poitou à l'avènement d'Alphonse

Depuis cette époque jusqu'en 1242 , aucune autre révolte n'éclata ; mais il était trop évident que les souvenirs de la grande Aliénor d'Aquitaine, la fille héritière de la longue lignée des Guillaumes d'Aquitaine, l'épouse et la mère de trois rois Plantagenets, dont l'attachement à leurs sujets poitevins avait été au moins aussi grand qu'à ceux de l'Angleterre, la bienfaitrice de tant d'églises et de monastères, la fondatrice à jamais bénie des communes jurées de Poitiers, Niort et la Rochelle, vivaient encore dans le cœur des habitants de ce pays, parmi lesquels plusieurs l'avaient sans doute connue.

Pour déraciner ou amoindrir des sympathies si légitimes, que fallait-il? les faire oublier à force de bienfaits, respecter les coutumes, administrer avec douceur et fermeté, rendre surtout une bonne justice, tenir en bride la féodalité sans violer ses droits et battre en brèche ses juridictions multipliées en étendant la compétence des juges royaux et en choisissant ces derniers parmi les plus intègres et les plus dignes.

Or c'était au frère de saint Louis qu'incombait ce rôle difficile, c'est-à-dire à l'homme le plus propre à le remplir dignement. On peut en effet considérer l'époque qui s'étend de 1204 à 1242 comme une période de conquête et d'organisation.

Il était réservé à Alphonse, sinon de constituer en Poitou l'administration royale, du moins de l'y asseoir solidement, de la perfectionner et de l'y faire fonctionner avec régularité et équité.

 

Maintenant faisons connaître les principaux personnages du pays qu'il allait gouverner, et avec lesquels il devait avoir des rapports aussi divers que fréquents.

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Les Lusignan

La plus nombreuse, la plus puissante, la plus ancienne, en un mot la principale famille du Poitou, était sans contredit celle des Lusignan.

Elle avait alors pour chef Hugues X, comte de la Marche par sa mère Mathilde, et d'Angoulême par son épouse Isabelle, veuve du roi Jean-sans-Terre et mère de Henri III, maintenant roi d'Angleterre, dont il était par conséquent le beau-père.

 Ce seigneur possédait en outre en Poitou la baronie de Lusignan, berceau de sa famille, Valence, où il avait fondé une abbaye, Frontenay, Béruges et Montreuil-Bonnin, ancien domaine et atelier monétaire des comtes de Poitou, aliéné en sa faveur depuis 1227 par la régente.

Le grand fief d'Aunis, l'île d'Oléron et beaucoup d'autres domaines lui appartenaient également en Saintonge, soit directement, soit à titre de suzerain.

Une de ses filles avait épousé Guillaume de Chauvigny. Son cousin, le célèbre Geoffroy à la Grand'Dent, homme dur et violent, véritable fléau des populations, excommunié pour ses crimes, était seigneur de Vouvent et de Mervent du chef de sa mère Eustache Chabot, et maître de Fontenay depuis la mort de Savary de Mauléon (1233).

Un autre cousin de Hugues, Raoul, comte d'Eu et de Guines par sa mère, possédait Melle, Civray et Exoudun.

Enfin à une autre branche des Lusignan, appartenait la seigneurie de Couhé.

La richesse du comte de la Marche, l'importance de ses alliances, son influence et les rébellions auxquelles il avait déjà pris une part active, en faisaient donc un vassal vraiment dangereux (3).

 

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La Maison de Thouars

La maison de Thouars tenait un rang non moins distingué dans la province.

Chez elle le dévouement et la fidélité aux princes Plantagenets étaient des sentiments traditionnels. Sa suzeraineté médiate ou immédiate s'étendait sur une grande partie du Bas-Poitou, et beaucoup de seigneurs de cette contrée, notamment les Mauléon, étaient ses parents ou alliés.

 Lorsque le comte Alphonse prit possession du Poitou, le vicomte Guy, époux d'Alix de Mauléon, régnait à Thouars, où il fut presque aussitôt remplacé, en 1242, par Aimery VIII, son frère.

Tous deux étaient fils d'Aimery VII, qui, après une longue lutte pleine de phases diverses contre Philippe-Auguste et Louis VIII, s'était vu contraint, à regret, de reconnaître la domination capétienne (1225).

 

 Avant de devenir vicomte de Thouars, Aimery VIII avait épousé, en 1214 environ, Béatrix de Machecoul, veuve de Guillaume de Mauléon, dame de la Roche-sur-Yon, Luçon, Machecoul, Dompierre et Tonnay-Boutonne.

Mais toute cette succession passa à leur fille Jeanne vers 1242.

 Pour lui, imitant la conduite de Guy son prédécesseur, qui comprenait désormais l'inutilité de la lutte, il rendit hommage au roi saint Louis et au comte Alphonse.

La maison de Thouars, quoique ses antécédents laissassent encore des doutes, paraissait donc moins à craindre que les Lusignan (4).

 

 

Les Vicomtes de Chatellerault

Les vicomtes de Châtellerault, s'étaient montrés beaucoup moins hostiles.

Geoffroy de Lusignan, sire de Vouvent, avait eu, il est vrai, entre ses mains, durant plusieurs années (1224-1239), ce fief important, par suite de son mariage avec Clémence, fille du dernier vicomte Hugues de Surgères.

 

Mais Aimery, oncle maternel de Clémence, morte 'sans enfants, lui ayant succédé en 1239, transmit la vicomté à Jean, son fils, qui embrassa chaudement la cause d'Alphonse en 1242.

 

Geoffroy de Lusignan ne conserva que l'usufruit du château d'Harcourt-les-Chauvigny, dépendance de la vicomté et relevant des évêques de Poitiers (5).

 

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Les Sires de Parthenay

Ardents partisans des rois Plantagenets, les sires de Parthenay, quoique moins puissants que les vicomtes de Thouars et les Lusignan, inspiraient cependant d'égales inquiétudes.

Guillaume V Larchevêque, dans le château duquel la ligue féodale venait de se former, prit une part active à la révolte du comte de la Marche en 1242. Mais sa mort (1243) ayant fait passer la baronnie de Parthenay entre les mains d'un fils mineur, Hugues II, sous la tutelle de Geoffroy de Rançon, homme dévoué à la politique royale, le comte Alphonse n'eut plus aucune crainte à concevoir de ce côté (6).

 

 

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Les Chabot et les Belleville

Dans le Bas-Poitou, les Chabot, famille très-nombreuse, eu possession des seigneuries de Roche-Servière, la Grève, la Mothe-Achard, les Essarts, etc., paraissaient mieux disposés en faveur de la nouvelle domination, aussi bien que les Belleville, seigneurs de Commequiers, dont l'un, Maurice, épousa vers 1246 Jeanne de Thouars, dame de Luçon et la Roche-sur-Yon.

Ces deux derniers fiefs étaient possédés à titre d'usufruitier en 1242 par Aimery VIII, vicomte de Thouars, père de ladite Jeanne.

Montaigu et la Garnache, dont Maurice de Belleville devint maître un peu plus tard, étaient alors entre les mains de l'ancien duc de Bretagne, Pierre de Braine ou Mauclerc, depuis son mariage avec Marguerite de Vihiers, veuve de Hugues de Thouars.

 Les antécédents de ce feudataire donnaient encore d'assez légitimes inquiétudes (7).

La ville de Loudun, enlevée au vicomte de Thouars par Philippe-Auguste qui la lui avait naguère donnée, était réunie au domaine royal. Par conséquent le comte Alphonse en était directement maître, comme faisant partie de son apanage (8).

 Il posséda de la même manière, à diverses reprises, la terre de Talmont, partie de l'héritage de Savary de Mauléon, déjà réuni au domaine royal avant l'arrivée d'Alphonse (9).

Mais ces biens firent bientôt retour à la famille, puis passèrent aux vicomtes de Thouars, en vertu du testament du vicomte de Rochechouart et de Jeanne de Mauléon, son épouse (1254) (10).

 

 

 

 

 

Alphonse, frère de Louis IX, reçoit en apanage le comté de Poitou. (1241- Time Travel) <==.... ....==>Administration du Poitou sous Alphonse de Poitiers

 


 

Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania (LES GRANDES DATES DE L'HISTOIRE DU POITOU ) -
Les Gaulois habitant le Poitou s'appelaient les Pictons; de là le nom de Poitou, Poitiers. Avant l'occupation romaine, la région est peuplée par les Pictaves ou Pictons qui nous ont laissé des grottes préhistoriques, menhirs, dolmens, etc. que nous retrouvons un peu partout, tant dans la Vienne que dans les Deux-Sèvres.

 

(1) Mention d'une enquête de 1247 environ, arch. imp. J. 494, cah. H.

(2) Layettes du trésor des Chartes, par Teulet, t. II, p. 184. -Histoire de Niort, par Briquet, t. I,

(3) Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou, par Beauchet Filleau et de Chergé. - Hist. de la Rochelle, par Arcère. — Hist. de Fontenay, par Fillon. — Hist. du Poitou, par Thibaudeau.

(4) Notice sur les vicomtes de Thouars, par Imbert. — Notice sur les seigneurs de la Roche-sur-Yon, par Marchegay, dans la Revue des provinces de l'Ouest, 1re année.

(5) Histoire de Châle Hérault, par Lalanne, t. I, p. 225, 230. —

Layettes du trésor des Chartes, par Teulet, t. II, p. 31, 401.

(6) Histoire de Parthenay, par Ledain.

(7) Dict. des familles de l'ancien Poitou. — Layettes du trésor des Chartes, par Tetilet, t. II, p. 410, 414,420. -Notice sur les anciens seigneurs de la Roche-sur-Yon, par Marchegay. — Notice sur les vicomtes de Thouars, par Imbert.

(8) Histoire de Loudun, par Dumoustier de la Fond.

(9) Cela ressort de diverses mentions d'une enquête de 124'/ environ (arch. imp. J. 491). Il résulte du compte de 1259, qu'Alphonse était alors, on ne sait en vertu de quel droit, en possession de Talmont. Peut-être était-ce par suite du droit de rachat ? (De rebus Alphonsi comilis Pict. lat. 9019, p. 16-19, Bibl. imp.)

(10) Notice sur les vicomtes de Thouars, par Imbert, p. 72.