Alphonse, frère de Louis IX, reçoit en apanage le comté de Poitou

Louis VIII le lion, qui ne cherchait qu'une occasion d'attaquer les Anglais, profite du refus de Henri III Plantagenêt d'assister à son couronnement, comme il le devait en qualité de duc de Guyenne et de pair de France, pour s'emparer des villes occupées encore sur le continent par le roi d'Angleterre.

Il assemble ses armées à Tours et marche sur Niort, dont il commence le siège le 3 juillet 1224.

Cette ville était confiée à la garde de Savary de Mauléon, alors dans le parti anglais, qui oppose la plus vive résistance au roi de France. Mais ne recevant aucun renfort, et menacé par la famine, il obtient une capitulation honorable. Niort rentre, le 15 juillet 1224, sous la domination française.

Louis VIII jouit peu de ses conquêtes ; il mourut en 1226, en laissant la couronne à un enfant de onze ans, qui devait être le héros de son siècle et qui, sans un scrupule de conscience, eut pu complètement chasser les Anglais de France.

Rien avant sa majorité, dès 1200, Louis IX (Saint Louis) confirme les privilèges que les rois d'Angleterre avaient accordés aux habitants de Niort par une charte datée de Saint-Maixent. Il prend l'engagement de ne point disposer de leur ville sans leur consentement.

 

L'investiture eut lieu à Saumur, le 24 juin 1241.

Conformément au désir du feu roi, il lui donna le comté de Poitou, augmenté alors de l'Aunis et d'une partie de la Saintonge, c'est-à-dire des conquêtes de Louis VIII, auquel il ajouta le comté d'Auvergne et l'Albigeois avec tous les domaines languedociens cédés en 1229 par le comte de Toulouse.

Un immense banquet organisé sous les halles de Saumur, vaste et bel édifice en forme de cloître, construit par Henri II Plantagenet, comte d'Anjou et roi d'Angleterre, termina la solennité de la manière la plus splendide.

Alphonse était assis près du roi, non loin du comte de la Marche, maintenant son vassal et bientôt son adversaire. Derrière la table, se tenaient debout une foule de sergents vêtus de robes de cendal sur lesquelles étaient brodées les six tours d'or sur champ de gueule unies aux fleurs de lys de France, armes du nouveau comte de Poitou (1).

Le roi en quittant Saumur se rendit à Poitiers dans les derniers jours de juin, avec la reine Blanche sa mère et une suite assez peu nombreuse, pour mettre Alphonse en possession de son apanage.

Le premier acte du jeune comte, acte commandé d'ailleurs par la justice et une bonne politique, dut beaucoup plaire à ses nouveaux sujets.

Il confirma solennellement la charte communale et les libertés ou privilèges octroyés naguère à la ville de Poitiers en 1199 par la reine Aliénor et maintenus par Philippe-Auguste en 1204, promettant de n'y jamais porter atteinte si on lui restait fidèle.

Il confirma sous la même forme la charte communale de Niort (juin 1241) (2).

Ensuite tous les vassaux furent invités à venir rendre leurs hommages dans le vieux palais des Guillaumes.

Mais le principal, Hugues de Lusignan, se montrait peu disposé à s'acquitter d'un devoir qu'il regardait comme une humiliation. Il prenait même une attitude hostile en assemblant des gens de guerre dans son château de Lusignan.

Ce dangereux voisinage inspirait des craintes assez vives à Louis IX qui, n'étant point alors en état de se montrer très-exigeant, ne voulut point cependant quitter le pays sans essayer de ramener à de meilleurs sentiments l'orgueilleux baron.

Durant les quinze jours que le roi demeura à Poitiers, le comte de la Marche, au dire de Joinville, témoin oculaire, venait presque chaque jour de Lusignan et souvent en compagnie de son épouse, l'altière Isabelle, conférer avec lui, marchandant pour ainsi dire et disputant pied à pied sa soumission.

  Louis IX et Alphonse se hasardèrent même, à l'aller trouver dans son château.

 

 Toujours est-il que Hugues de Lusignan consentit à rendre hommage et prêter serment de fidélité au comte Alphonse pour le comté de la Marche relevant alors de celui de Poitiers et ses autres fiefs tant en Poitou qu'en Saintonge et Aunis.

Mais cette paix apparente était peu sincère et peu solide (Poitiers, juillet 1241) (3).

 

 

 

 

 

==> Situation du Poitou à l'avènement d'Alphonse. (Les grandes maisons seigneuriales du Poitou)

 


 

Aliénor d'Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune

La Mairie de la Ville de Niort a dû prendre naissance aussitôt après la concession des priviléges de franche-commune, accordés à cette cité par la reine ALIÉNOR, duchesse d'Aquitaine. Niort est une ville de commune.

 

Chronologie Historique des Comtes de la MARCHE - Liste des comtes de la Marche

La Marche, bornée au septentrion par le Berri, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou et l'Angoumois, au midi par le Limousin, tire son nom de sa situation, qui la rend limitrophe du Poitou et du Berri. On la nomme aussi Marche Limousine, parce qu'avant le milieu du dixième siècle, elle faisait partie du Limousin.

 

(1) Gesta sancti Ludovici, par Guillaume de Nangis, apud dom Bouquet, t. XX. — Chronique de Guillaume de Nangis, ap. id., t. XX.- Mémoires de Joinville, dans la coll. Michaud et Poujoulat, t. I, p. 192, 193. - Histoire du Poitou, par Thibaudeau, t. I, p. 303, 304..- Histoire de Louis IX, par de Villeneuve-Trans, t. 1. — Histoire de France, par Daniel, t. IV, p. 337.

(2) Archives communales de Poitiers, A, 5, liasse 1. - Layettes du trésor des Charles, par Teulet, t. II, p. 451.

(3) Mémoires de Joinville, ap. Michaud, t. I, p. 193.—Layettes du trésor des Chartes, par Teulet, t. 11, p. 453. — Recueil en forme d'histoire, etc., par Corlieu, p. 30 —Histoire de l'Angoumois, par Vigier de la Pile, p. 28. - Histoire du Poitou, par Thibaudeau, t. I, p. 304. — Histoire de Louis IX, par de Villeneuve-Trans, t I, p. 265, 267. — Lettre d'un habitant de la Rochelle à la reine Blanche en 1241, ap. Bibl. de l'école des Chartes , 4e série t. II, p. 513.