A côté du baronnage, il y avait les communes jurées de Poitiers, Niort, Saint-Jean-d'Angély et la Rochelle, qui commençaient à peser d'un poids considérable dans les affaires politiques de la province.

Le régime municipal, fondé dans ces villes par Aliénor, avait revêtu la forme la plus libre et la plus indépendante.

Un collège de cent bourgeois, recruté lui-même par élection, élisait chaque année dans son sein un maire, douze échevins et douze jurés ou conseillers. Les soixante-quinze autres prenaient le nom de pairs et assistaient aux assemblées mensuelles, appelées pour cette raison le mois et cent. Le maire et les échevins réunis chaque semaine rendaient la justice en toutes causes civiles et criminelles aux habitants de la cité.

Chacun était donc vraiment jugé par ses pairs. Loin de porter atteinte à cette admirable institution si chère au pays, Philippe-Auguste, conquérant du Poitou, non-seulement s'était empressé de la confirmer en 1204, mais il avait, en outre, étendu les privilèges de Poitiers par ses chartes de 1214 et 1222.

Louis VIII l'avait imité; et nous avons déjà dit que le premier soin du comte Alphonse avait été de garantir aux communes la conservation de leurs libertés (1241) (1).

En agissant ainsi, on se conciliait d'une manière assurée la bourgeoisie adonnée alors en grande partie au commerce et à l'industrie, et qui n'aurait jamais pardonné l'enlèvement ou la diminution du droit si avantageux de s'administrer elle-même.

Après la conquête du Poitou, l'administration royale y avait été organisée à peu près sur le même pied qu'auparavant.

On y retrouve des fonctionnaires de même nature et de même nom : sénéchaux, prévôts, baillis. Il semble seulement qu'on en ait multiplié le nombre. A la tête de la province était placé un sénéchal réunissant dans sa main les pouvoirs administratif, judiciaire, militaire et financier.

Au-dessous de lui, il y avait des prévôts résidant en divers lieux, à Poitiers, Niort, Saint-Maixent, Loudun, Moncontour, Ternay, Montmorillon, Frontenay, Benon, Fontenay, Montreuil-Bonnin, Prahec, Saint-Savin, Pindrai, ainsi que nous l'apprend une enquête contemporaine.

Puis venaient les baillis, beaucoup plus nombreux. Il ressort du même document qu'on en avait placé à Poitiers, Châtellerault, Loudun, Moncontour, Niort, Saint-Maixent, La Rochelle, Châtelaillon, Rochefort, Aunis, Fontenay, Talmont, Olonne, la Roche-sur-Yon, Saint-Rogatien, Alba-Petra et forêt de Molière.

Ces officiers avaient sous leurs ordres des sergents, en nombre plus ou moins grand. Des-châtelains commandaient certains châteaux.

Enfin les forêts domaniales, telles que Molière, Orbestier, Montreuil-Bonnin, la Roche-sur-Yon , avaient des gardes et des sergents (2).

Le comte Alphonse ne changea rien à cette organisation qu'il était seulement appelé à perfectionner et à faire aimer; il maintint même la plupart des officiers.

Ainsi Hardouin de Maillé demeura sénéchal du Poitou et Jean de Galardon, prévôt de Poitiers (3).

Mais à peine se mettait-il à l'œuvre que la prise d'armes des Lusignan vint l'interrompre brusquement.

 

 

 

 

 Situation du Poitou à l'avènement d'Alphonse. (Les grandes maisons seigneuriales du Poitou) <==.... ....==>

 


 

 (1) Archives communales de Poitiers. —Histoire du Tiers-Etat, par Augustin Thierry, t. II.

(2) Arch. imp. J. 491, cah. H. — Bibl. imp. Lat. 10918. — Compte de 1253.

(3) Arch. imp. J. 491, H. - Essai sur l'ordre judiciaire en Poitou, par Filleau. — Arch. comm. de Poitiers.