Moyen-Age - voyage au temps de GEOFFROY LA GRAND’DENT et l’Ancienne Famille de Lusignan- (Le Roman et l’Histoire)

Les anciennes chroniques, le roman de Mélusine, plusieurs autres documents et Rabelais même, dans Pantagruel, parlent d’un redoutable et turbulent seigneur du moyen-âge, Geoffroy de Lusignan, surnommé la Grand’Dent (parce qu’une longue dent lui sortait de la bouche) et qui est devenu légendaire en Poitou. On l’a aussi appelé le Diable, en raison des violences qu’il exerça contre les moines de l’Abbaye de Maillezais et des Prieurés qui en dépendaient.

L’identité de ce farouche personnage est restée longtemps douteuse. Plusieurs historiens et généalogistes, (notamment M. le comte de Mas-Latrie dans son Trésor de chronologic, l’ont confondu avec son père, Geoffroy (1er) de Lusignan (fils de Hugues VIII de Lusignan et frère de Hugues IX, conte de Marche), qui se distingua à la troisième croisade et joua un rôle assez important lors des guerres dont le Poitou fut le théâtre sous Philippe-Auguste et ses successeurs ; mais il est clairement établi que Geoffroy II dit la Grand’Dent (1) a succédé à son père Geoffroy de Lusignan, comme seigneur de Vouvent et de Mervent,

 

La mort de Jean-Sans-Terre le 19 octobre 1216 donna quelque temps la paix au Poitou : elle ne fut pas de longue durée.

Louis VIII ayant succédé à Philippe-Auguste, le 14 juillet 1223 ,le nouveau roi d'Angleterre, Henri III, qui n'avait pas voulu assister au sacre de son suzerain et l'avait sommé de restituer la Normandie, se vit dépouillé, par arrêt du parlement, de tous les fiefs de la couronne possédés par les Anglais.

L'année suivante, le roi de France arriva en Poitou à la tête d'une armée, s'empara de Niort, de Saint-Jean-d'Angély et de La Rochelle, où Savary de Mauléon s'était réfugié après la prise de la première ville, et peu de temps après réduisit en son pouvoir tout ce que ses ennemis avaient en-deçà de la Garonne (1).

C'en était fait de la puissance anglaise sur le continent, si le Pape, qui désirait tourner les forces françaises contre les Albigeois, n'eût fait cesser les hostilités. Cette horrible guerre, après avoir entraîné la destruction des habitants d'une partie du midi, ruina la santé de Louis, qui mourut le 8 novembre 1226, en laissant le royaume entre les mains d'un enfant et d'une femme. Heureusement pour la France que cet enfant devait être un de ses plus grands rois!

Savary mort en Angleterre le 29 juillet 1233, Geoffroy-la-Grand'-Dent occupa Fontenay.

 Cet homme, qui se fit redouter par ses crimes et son humeur sauvage, était fils de Geoffroy de Lusignan et d'Eustache Chabot, devenue populaire sous le nom de la Mélusine. Ayant hérité du chef de sa mère des seigneuries de Mervent et de Vouvent, et profitant des forces dont il pouvait user, il s'était déjà livré aux plus épouvantables violences contre l'abbaye de Maillezais et ses prieurés du Bas-Poitou, parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître le droit d'avouerie, que les Chabot prétendaient posséder sur le monastère.

Cette conduite lui fit donner le nom de Diable ou de Grand'Dent (2), et excommunier par le pape Grégoire IX, dont il reçut l'absolution à Spolète, en juillet 1232, à condition qu'il renoncerait à ses injustes prétentions.

Revenu en Poitou, il continua à jeter l'alarme dans toute la province. Il respecta toutefois les domaines du clergé, après avoir appris par expérience ce qu'il en coûtait de se faire son ennemi.

Il se fit affilier aux prières des Frères de l'Aumônerie de Saint-Thomas, moyennant un droit de chauffage dans la forêt de Vouvent (3), et donna même à Maillezais, pour cimenter sa réconciliation, tous les droits qu'il avait à l'Hermenault. (4)

Mais d'autres évènements allaient survenir, qui devaient amener la ruine de ce terrible guerroyeur, et donner un nouveau maître à notre ville.

 

(3) Bien que le texte de la charte de donation ait été publié dans le 1.1, p. 302, des Archives du Bas-Poitou, de M. Marchegay, je reproduis en entier ce curieux monument de la langue française, au commencement du XIIIe siècle, qui a un rapport si frappant avec le patois de nos paysans :

A tous çeaulx qui cest présent escript voiront et oiront, je Geoffreiz de Lezignem, sires de Vouvent et de Mairevent, saluz.

Sachez vos tuit communément que je Geoffreiz de Lezignen dessus ditz, por le salu de m'erme et por le salu de mun bun pere sire Goffreiz de Lezignen lo prodome et de ma dame Eustache ma bonne mere, ay donné et donne aux freres de munsignor Seint Ladre d'Ostre mer qui de lor ordre serant et qui maindrant d'ores avant en la maison de l'aumosnerie de monsieur Saint Thomas de Fontenay et aux pauvres qui loyentz serant recelé, lor chauffage en ma forest de Mairevent, ço est assavoir a prandre a l'usage de la maisun devant dite, tant cum un chevaulx ou unz asnes lor en pourra aporter, daus cimaus et daus branches qui remandrant au servant qui de ma forest davant dite tranchera et metra son chauffaige au signor de Fontenay.

Et si les branches et la cymau davant dict ne suffisent pas aux davant diz freres au chauffaige deos et dau pauvres et de la maisun davant dite, je lor ay donné congé et pover de prendre lor boys sec tant qu’ilz ayent lor forniement a eos chauffer et a prendre o une beste tant seulement si cum dessus est desclairé.

 E li davant dit frere, par lo bienfaict dau chauffage davant dit que je lor ay donné durablement a prendre en ceste guyse, sont tenu et serant tenu durablement a faire l'aniversaire de mun pere et de ma mere qui dessus sunt nommez chascuns ans solepnament en l'eglise davant dit à quinzaine après Pasques, et li nom deos serant escript et noté en lor kalenders.

Et an apres li frere davant dit, par lo bienfaict dau chauffage davant dit, m'ant receu et octroyé a parsonner et a compagnum de lor orezuns comunes de vigilles, de matinnes et de vespres, messes et dans autres bens qui serant faict desorenavant par tot lor ordre et au chep et en membres et mun pere et ma mere davant ditz tot ensement.

Et quant ol avariendra que Déex aura fait de moy son commandement, les freres qui iqui maindrant feront et ferant faire chascun an solampnamment mun anniversaire o trois chappelains, à tout le moins, en la maison davant dite et o tant de chappelains ferant lo mun pere et ma mere qui dessus sunt noté.

E si iço ne faizient il n'arent pas lo bienfaict dau chauffaige dessus diet. Et parçoque c'est duns que lor ay fait ben et greaument, por la salu de mei et dau mens, ne lor sait destorbez ne toluz par çaus qui après mei viendrant, a maor cautelle et a maor cognoissance que c'est fait, je Joffroi: de Lezignem davant dit a g donne aux frères de Saint Ladre qui iqui maindrant cest present escript saalé de mun sea en garentaje de vérité.

Co fut faict et donne en Can de l'incarnation nostre Signor M CC XXXIV.

Copie faite par Jean Besly, d'après l'original scelle en cire verte sur las de corde. (Bibl. Roy., Coll. Dupuy.)

 

Il existe, un document probant, une charte en vieux français, émanant de Geoffroy la Grand’Dent lui-même, datée de 1234, et dont une copie faite par J.Besly est conservée aux Manuscrits de la Bibliothèque Nationale (Collection Dupuy, Tome 805, fol 69), dans laquelle il se dit fils de Geoffroy de Lusignan et d’Eustache Chabot, décédés, et les recommande aux prières des frères de l’aumônerie de Saint-Thomas de Fontenay, en leur concédant le droit de prendre du bois de chauffage dans ses forêts .

Ses violences contre le monastère de Maillezais dont il réclamait l’avouerie (1), du chef de sa mère décédée, avaient attiré sur lui les foudres de l’Eglise, et il dût se rendre, (1233) près de Grégoire IX, pour se faire absoudre et renoncer à ses injustes prétentions.  Entrainé plus tard dans la révolte de son cousin Hugues X, comte de Marche, contre Saint-Louis, Geoffroy se vit forcé de subir la loi du vainqueur après la bataille de Taillebourg (hist.généalog.du Père Anselme). Il mourut sans postérité légitime en 1248 et fut probablement enterré, dans l’Eglise de Vouvant, ou on peut lire encore, à l’intérieur de l’abside touchant au portail, et à droite, cette inscription du XIIIe siècle :

QVONDAM PRAECLARVS SED NVNC CINIS ATQVE FAVILLA +.

On pense généralement que ces cendres sont celles de Geoffroy qui, par son testament, avait choisi sa sépulture dans cette église ; mais il y avait dans l’abbaye de Maillezais un tombeau ou un cénotaphe avec une statue, érigé à la mémoire de Geoffroy, qui s’était réconcilié avec les moines. C’est ce tombeau et cette statue dont parle Rabelais dans Pantagruel, liv. 2, chap 5.


 

 ( GEOFFROY LA GRAND’DENT Tour Mélusine de Vouvant)


 


 

(1214 la prise du Château de Mervent et Vouvant de Geoffroy la Grand Dent par John Lackland JEAN-SANS-TERRE)

==> La chapelle de la vierge de l’église de Vouvant, tombeau de Geoffroy de Lusignan (surnommé la Grand’Dent)

 

 

 


 

L'histoire de la Vendée - TIME TRAVEL

Toute l'histoire générale de la Vendée s'efface devant ce que les chouans ont appelé " La grande Guerre ", et il est difficile de prononcer ce mot de " Vendée " sans qu'aussitôt l'esprit se reporte aux luttes sanglantes de la période révolutionnaire...

 

Généalogie - Maison des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.

La dynastie des Hugues qui occupa le château de Lusignan, depuis son origine jusqu'en 1315, époque à laquelle les comtés de la Marche et d'Angoulême furent confisqués par le roi de France Philippe le Bel.....

 

Découverte de la tête de Geoffroy la Grand'Dent, seigneur du Château de Mélusine

En 1834, on fit des fouilles dans l'ancienne abbaye de Maillezais, et on y découvrit une tête en pierre provenant, dit-on, du cénotaphe élevé à la mémoire de Geoffroy, et qui parait le représenter mais la pierre a subi bien des chocs, le temps en a usé plusieurs parties et on n'y voit plus la grande dent.....

 

(1) Voy. l’Art. de vérifier les dates, éd. de 1770, p. 548.

(2) Son trisaïeul, Hugues VI, avait déjà porté le surnom de Diable.

C'est en 1225 que Geoffroy pilla Maillezais. ( Voy. les Mém. Hist. de M. l'abbé Cousseau, sur N.-D. de Lusignan.)

(4) La charte se termine ainsi : Datum apud Fontiniacum auno ab incarnatione Domini M CC XXXX.

Si Geoffroy n'attaqua pas ouvertement les moines de Maillezais, il sut leur susciter sous main de nombreux embarras. Il est même plus que probable que ce fut lui qui excita, en 1236, les Croisés à tenter une attaque contre eux. (Voy. le travail de M. Mnrclicgay, insère dans la Biblioth. de l'Ecole des Chartes, tom. n, p. 158.)