L’histoire de Benet (sous-les-Noyers) et son château médiéval Rochebrune

Sans offrir à l'œil des touristes et à la brosse du peintre toutes les richesses naturelles du Bocage, l'aspect du pays de Benet est cependant loin d'être dépourvu de charmes.

La Plaine s'y est heureusement bossuée de collines qu'ombragent, l'été, de gigantesques noyers, dont l'existence a naguère valu à cette localité la dénomination caractéristique de Benet-sous-les-Noyers. Benet a été chef-lieu de canton sous le nom de Benays, Benait, Benet les Noyers, puis ensuite intégré au canton de Maillezais.

L'origine de ce bourg, jadis ville forte, semble, du reste, remonter à une haute antiquité. M. B. Fillon (1) y signale l'existence de cavités en forme de silos, qui pourraient appartenir à la période celtique.

L'époque gallo- romaine y a laissé également de curieuses traces, sous forme de nombreuses monnaies et de deux stèles ou cippes, dont M. L. Brochet a donné la description dans la Revue du Bas-Poitou (2). « Sur la base de l'une est gravé en relief le croissant de Diane et sur celle de l'autre une sorte de pomme de pin. Deux acrotères devaient probablement se trouver au-dessus des chapiteaux qui supportent le couronnement. »

 La stèle la mieux conservée contient dans une niche semi-circulaire le buste d'une femme qui tient de la main droite une bouteille à long col et de l'autre un vase à boire. Dans la niche de la seconde stèle est représentée à mi-corps l'image en relief, mais mal conservée, d'un homme.

Sur les flancs de deux pittoresques coteaux s'étagent de plaisantes demeures, desservies par de nombreuses rues ou peux, dont les appellations sont de même autant de témoins de l'ancienneté du lieu et de son importance passée. Nous citerons notamment les rues des Tombeaux, de la Vieille, du Ballet, des Merciers, de Mervent, de la Chevallerie, de Guerfou et du Peux-Fourcheau.

Les lieux-dits suivants ne sont pas moins significatifs : la Saunerie, les Coubilles, la Chevallerie (3), le chemin de la Grange-Dimiere et Barbe-Canne, et les preuves écrites ne font pas davantage défaut.

En 964 une villa avec un dominus (villa benetii), appartenant au seigneur de Vouvant, Arnaud GASDENER est mentionné. (Ayraldus Gassedener cognomine)

La mention de Benet est faite en 981 au sujet d’une donation d’une vigne sise à Benaciaca dans le pays de Niort. (4)

 Dom Fonteneau, dont les manuscrits offrent aux historiens de notre contrée une source de renseignements aussi précieuse qu'inépuisable, nous apprend, en effet, que Pierre de Niort et Étienne, son frère, firent don de la moitié de l'église de Benays à l'abbaye de Montierneuf, en mars 1088 (5).

 XIe siècle La châtellenie de Benet est déjà solidement constituée. Les seigneurs du lieu font partie du groupe aristocratique gravitant autour de la puissante abbaye de Maillezais, nécropole des comtes de Poitiers, ducs d’Aquitaine.

Divers actes les montrent dans l’entourage proche de ces derniers. La châtellenie de Benet est citée en tant que telle dans un acte de 1106 par lequel Joscelin de Lezay donne et vend à l’abbaye clunisienne de Montierneuf  à Poitiers tout ce qu’il possède.

 En 1189, Aliénor, duchesse d'Aquitaine, accorde à Benet de nombreux privilèges et, dans les lettres de Guillaume IV, on parle non seulement de la ville de ce nom, mais encore de ses fortifications.

En 1224, Étienne, prieur de Saint-Hilaire de la Celle de Poitiers, et Guillaume, sous-chantre de Sainte-Radegonde, rendent une sentence arbitrale sur une contestation élevée pour quelques dîmes dans la paroisse de Benet, entre l'abbé de Montierneuf et le commandeur de Sainte-Gemme, de l'ordre des Templiers (6).

 Le 17 juin 1236, des bandes de gens sans aveu, anciens mercenaires des Croisades et se disant croisés, couchent à Benet, venant de Niort où ils avaient voulu piller les Juifs qui s'étaient prudemment réfugiés dans le château, où ils se défendirent avec succès. Les prétendus croisés, furieux de la non-réussite de cette entreprise, pensaient alors se rattraper sur les moines de Maillezais. Mais il n'en fut rien (7).

 

L'histoire de Benet aux portes du Marais Poitevin et de son château médiéval

LE CHATEAU

La route de Richebonne à Jard, qui traverse le bourg, sous l'antique nom de rue de la Combe, nous conduit au pied des ruines de l'ancien château.

Deux tours moyen âge, à moitié rasées et dont le bel appareil de maçonnerie rappelle le château de Salbart, près Niort, sont les seuls vestiges qui nous restent de la féodale demeure que possédèrent tant d'illustres familles, et parmi elles les Lusignan, les d'Amboise, les de Maillé, les d'Estissac et les La Rochefoucauld (8).

Le château de Benet, qui était naguère de la mouvance de Niort, et dont dépendaient la plupart des petits fiefs situés au nord et à l'ouest du Marais, était depuis longtemps abandonné lorsque éclata la Révolution (9).

Ce qui en restait en 1846 offrait cependant un certain intérêt, ainsi qu'en témoigne le croquis pris à cette époque par M. O. de Rochebrune.

 En dehors du plan général de la vieille forteresse, qu'il serait aisé de reconstituer, rien à y signaler, si ce n'est une assez jolie fenêtre à meneaux du XVe siècle, portant sur son linteau les armes des de Maillé, et ouverte au midi, du côté où se trouvait l'entrée principale du château.

 

L’histoire de Benet (sous-les-Noyers) et son château médiéval

Guerre de Cent-Ans

La place de Benet fit partie de la domination anglaise et le château eut, à ce titre, l'insigne honneur d'être assiégé par le connétable Bertrand Duguesclin, qui s'en rendit maître peu de temps avant la prise de Fontenay-le-Comte (10).

 

Le château fort rebâti sous Charles VII (le Bien Servi) comportait un double fort, un donjon avec ponts levis et huit tours.

 

 

Démolition du château à la révolution

Après la révolution, le château rentre dans les biens nationaux, il fut vendu pour démolition. De nombreuses maison ou murs de Benet ont été réalisés avec les pierres du château.

Ne subsisteront de la forteresse militaire que deux tours, un élément de rempart et une fenêtre à meneau en surplomb de laquelle on trouve encore le blason portant les armes de la famille de MAILLE. L’une des deux tours encore existante a servi plusieurs années de temple au culte protestant.

Sous les ruines du vieux château on signale plusieurs souterrains. M. Prézeau prétend qu’en dehors des retranchements considérables un souterrain très important avait été pratiqué dans l’enceinte. (Renée Valette Benet sous les Noyers, p.4.)

 

==> de LUSIGNAN comte d’EU, seigneur d'Issoudun Seigneur de la châtellenie de Benet, Fontblanche, Melle, Civray, Chizé, la Mothe

==> Recherches Historiques sur le moyen âge en Poitou; Les anciens sires de Lusignan, Les premiers Seigneurs des Marais Poitevin

 ==> LA FAÇADE ROMANE DE L'ÉGLISE SAINTE-EULALIE DE BENET EN BAS-POITOU

 


 

==> En 1069, l'un des fidèles de Guillaume VIII d'Aquitaine, Ayraud surnommé Gassedener, fonde l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise

==> Abbaye Saint-Jean de Montierneuf de Poitiers fondée au 11e siècle par Guy-Geoffroy-Guillaume comte de Poitou et duc d’Aquitaine

==>Chronique de Maillezais- 1236 des croisés attaquent l’abbaye.

==> Le Château féodal de CLÉREMBAUD, de Saint Pompain - Bertrand du Guesclin à la conquête Bas-Poitou

==> Fouille archéologique de Vendée, l'abbaye de Maillezais le Panthéon des Comtes du Poitou et Ducs d’Aquitaine

==>les Lusignan ont des marais salants.

 


 

(1) Poitou et Vendée, Marais du Mazeau, p. 1.

(2) 4° année, 1re livraison, p. 39 et s.

(3) Ancienne seigneurie dépendant de la châtellenie de Benet et dont la ferme était consentie en 1757, pour 80 boisseaux de froment et 80 de baillarges, par messire Pierre Fabre, prêtre doyen et syndic du chapitre de Sainte-Catherine de Magné.

(4) Conpotus Omnium Sanctorum…

 Debuimus de fine conpoti precedentis VII…..

Recepta terrarium baronum. De terra Solbisie, Voventi, Merventi, eductis expensis, VII….

-          De terra comitis Augi, de Metulo, de Sivraio, de Mota, de Benays, solutis expensis usque ad festum sancti Petri ad vincula…..- de exitibus Rupis super Yon (Roche sur Yon), solutis expensis.- De exitibus terre Angle, solutis expensis, ….. Summa terrarum baronum

Domus capellanie, que quidem capellania unita fuit dicto prioratui tempore domini episcopi Valencie, bene et ornate parantur. Terre et vinee dicti prioratus et capellanie bene coluntur, secundum quod asserit et nobis retullit dictus procurator…..

 

(5) D. F., t. xix, p. 79 (cité par l'abbé Aillery, Chroniques).

(6) D. F., t. xix, p. 37 I.

(7) Paysages et Monuments du Poitou, liv. Maillerais, par M. E. Bourloton.

(8) D'après les notes manuscrites laissées par M. Prézeau, l'ancien juge de paix de Maillezais, et conservées à la bibliothèque de Niort, l'appareil défensif du château de Benet était considérable.

« On y voyait, dit ce chroniqueur, une citadelle avec double fort, un donjon avec des ponts-levis, trois herses à la porte d'entrée et plusieurs canonnières en pierres de taille tout autour.

 Il y avait sept tours élevées déplus de 150 pieds et bâties sur broches aux extrémités des murs d'enceinte de la forteresse; au bas de ces murs, des douves sèches de trente pieds de largeur sur vingt-quatre de profondeur:

En dehors des douves, des redoutes et des retranchements considérables avec un épais mur de clôture. Enfin un souterrain très important avait été pratiqué dans l'enceinte.

« Le guet était fourni par les paroisses de Bouillé, de Sainte-Christine, du Mazeau, de Coulon, de Sauvairé, de Beauvais et de Saint-Pompain. »

(9) Parmi les petites seigneuries qui dépendaient de Benet, nous avons déjà cité La Chevallerie; nous devons y ajouter Aspiré que possédaient les Chasteigner de Réaumur, La Ferté qui appartint successivement aux Gabourin de Thouarsais (1582), à dame Henriette de Bessay (1740) et aux Chasteigner du Bergerioux (1756), et enfin La Borderie dont un des seigneurs, Jean Boiceau, occupe une place distinguée parmi les lettrés du XVIe siècle.

Ce Jean Boiceau, auquel Dreux-Duradier a accordé un long et élogieux article (Histoire littéraire du Poitou, t. I, p. 234 et s.), était avocat au Présidial de Poitiers. Doué d'un savoir qu'égalait seule sa probité, Boiceau a laissé plusieurs ouvrages qui lui ont assuré un rang considérable parmi les jurisconsultes les plus distingués. Outre le recueil de ses Mémoires et de ses Consultations qui ont servi à former les Commentaires sur la coutume du Poitou, il faut notamment citer de lui un excellent Traité de la Preuve par témoins.

Boiceau a également taquiné la muse avec succès : les différentes poésies qu'il a composées en latin, en français, et même en langage poitevin, en fournissent d'abondantes preuves.

(10) Archives de la paroisse, citées par l'abbé Aillery, dans ses Chroniques conservées à l'évèché de Luçon.