Les ligues féodales contre Richard Cœur de Lion et les poésies de Bertran de Born (1176-1194)

La première mention que nous trouvions de la famille de Born est celle d'Itier de Boni, père ou grand-père de notre Bertrand, qui: en 1114, assiste comme témoin à l'acte de fondation de l'abbaye de Dalon (1).

Ce nom de Born est évidemment un nom de lieu. Il y a, en effet, plusieurs localités de ce nom dans la même région ; on en compte trois dans le département de la Dordogne. Le Born de Bertrand ne peut être que celui dont il est si fréquemment question dans le cartulaire de Dalon, à 12 kilomètres environ au nord d'Hautefort (2).

Il est probable que, au douzième siècle du moins, la famille de Born ne possédait rien à Born même, d'où elle tirait son nom ; car l'étang, la vigne, le moulin et la forêt do Born, figurent à chaque instant dans les donations faites par d'autres personnages au monastère de Dalon, et jamais on n'y voit intervenir un seigneur de Born.

Ceux-ci avaient des possessions dans le manse de Banac (3) t à Puy-de-Conches (4), etc. (5).

On ignore la date de la naissance de Bertrand de Born. L'Histoire littéraire (6) la place entre 1140 et 1150, par cette raison tout à fait insuffisante et bizarre que l'autorité qu'il eut sur Henri Court-Mantel doit lui faire attribuer dix ou douze ans de plus qu'au jeune roi.

M. Laurens est plus précis (7) et donne 1145 comme l’époque de la naissance de Bertrand de Born ; mais il se garde bien de nous dire où il prend cette date, qui nous paraît un produit de son imagination. Un acte du cartulaire de Dalon (8), que M. Laurens cite cependant lui-même (9), ne permet pas de maintenir cette date.

Cet acte, où interviennent Bertrand de Born, sa femme et deux de ses fils, est passé entre les mains de l'abbé Roger. Or Roger ne fut abbé de Dalon que jusqu'en 1159. Même en admettant que l'acte soit de 1159, Bertrand de Born, s'il était né en 1145, n'aurait eu alors que quatorze ans, et n'aurait pu être ni marié, ni père de deux enfants.

L'acte dont nous venons de parler nous apprend que Bertrand de Born était marié et père de famille en 1159, que sa femme s'appelait Ermengarde, et ses deux fils Bertrand et Itier.

Un autre acte du cartulaile de Dalon (10), où nous voyons figurer Bertrand de Born, sa femme et ces deux mêmes fils, Bertrand et Itier, appelle la femme Raymonde. Il y a eu eu évidemment une erreur de copie dans le cartulaire, soit pour le premier de ces actes, soit pour le second.

Outre Bertrand et Itier, Bertrand de Born eut encore deux fils : Bertrand le jeune, qu'on appelait ainsi pour le distinguer de son frère aîné du même nom (11), et Constantin, que nous verrons suivre son père au monastère de Dalon. Il eut peut-être ces deux derniers fils de sa seconde femme.

Geoffroy du Vigeois nous apprend en outre qu'il eut une fille, Aymeline, qui épousa Séguin de Lastours. En 1183, époque où écrivait Geoffroy du Vigeois, Aymeline de Born était déjà mère de deux fils.

Nous ignorons l'époque du second mariage de Bertrand de Born.

Ce qui est certain, c'est que sa première femme vivait encore en 1179 (12), et qu'il était remarié en 1192, époque où nous le voyons figurer dans un acte avec sa nouvelle femme Philippa et les deux fils qu'il avait eus de la première (13).

C'est précisément entre ces deux dates que nous aurons occasion de placer les aventures galantes de Bertrand de Born et les poésies qui s'y rapportent.

Le cartulaire de Dalon nous fournit peu d'autres détails sur la première partie de la vie de Bertrand do Born. Il nous le montre cependant figurant avec son frère Constantin dans un acte, qui est antérieur à 1170, puisque l'abbé Amelin y est partie contractante (14).

Bertrand de Born eut des querelles fréquentes avec son frère Constantin. Le principal objet du litige était la possession du château d'Hautefort. Il nous est bien difficile de lire quels étaient les droits de l'un et de l'autre. Nous savons seulement, par Geoffroy du Vigeois, qu'à l'origine Hautefort appartenait à la famille de Lastours.

Or, d'un côté, Constantin de Born, frère de Bertrand, se maria avec Agnès de Lastours; d'un autre côté, Aymeline de Born, fille de Bertrand, épousa Séguin de Lastours.

Il paraît résulter des poésies de Bertrand de Born que, pour une raison ou pour une autre, le troubadour et son frère possédaient en commun le château d'Hautefort.

Peu faits pour s'entendre, ils s'en expulsèrent plusieurs fois l'un l'autre à tour de rôle. Nous verrons ces querelles domestiques se mêler aux divers événements politiques auxquels Bertrand de Born prit une part si active.

Geoffroy du Vigeois (15) dit en parlant du château d'Hautefort : Castrum valde inexpugnabile.

On comprend que Bertrand de Born, avec ses instincts turbulents, y tînt beaucoup. Aujourd'hui même le château d'Hautefort, entièrement refait, bien entendu, étonne encore par sa superbe situation.

Au moment où Bertrand de Born entre en scène, c'est-à-dire vers 1175, les plus belles provinces de la France étaient placées directement sous la domination du roi d'Angleterre, quoiqu'elles demeurassent, médiatement et par droit de suzeraineté, sous celle du roi de France.

 

Pour retrouver la première origine de cet état de choses, il faut remonter à plus de deux siècles en arrière.

En 911, le roi de France, Charles le Simple, pour mettre fin aux incursions et aux ravages des Normands, avait cédé à leur chef, Rollon, la province qui s'appela depuis Normandie, et qui prospéra si rapidement entre les mains de ses nouveaux maîtres.

En 1066, Guillaume le Bâtard s'emparait de l'Angleterre, et y prenait le nouveau surnom de Conquérant.

Les ducs de Normandie devenaient ainsi rois d'Angleterre.

A l'Angleterre et à la Normandie vinrent bientôt se joindre l'Anjou et la Guyenne, lorsque, en 1154 (16), Mathilde, petite-fille de Guillaume le Conquérant et veuve de Geoffroy Plantagenet, duc d'Anjou, réussit à faire valoir ses droits et ceux de son fils Henri à la couronne d'Angleterre.

Henri Plantagenet possédait déjà l'Anjou depuis 1151 (17), du chef de son père, et la Guyenne, depuis 1152 (18), du chef de sa femme Eléonore, épouse divorcée de Louis VII, roi de France.

Enfin, il faut ajouter la Bretagne.

En 1167, Conan IV , duc de Bretague, avait appelé Henri II d'Angleterre à son secours contre ses compétiteurs. Henri II avait profité de l'occasion pour fiancer son fils Geoffroy à Constance, fille de Conan, quoiqu'elle ne fût alors âgée que de cinq ans.

C'est en vertu de ces fiançailles que, deux ans après, en 1169, Geoffroy fut reconnu duc de Bretagne (19).

Comme on le voit, cette domination des Anglais en France était le résultat de mariages et d'événements divers, mais ce n'était ni le produit d'une conquête violente, ni l'objet, en principe du moins, d'une possession tyrannique.

D'ailleurs, au moment où nous nous plaçons, Henri II Plantagenêt commençait, sur le trône d'Angleterre, une dynastie originaire de l'Anjou.

Il n'y avait donc, à priori, aucun motif pour que les provinces françaises, soumises à sa domination, pussent désirer d'y échapper. Il n'y en avait aucun, surtout, pour que l'Aquitaine préférât la domination immédiate du roi de France; car, depuis l'avènement des Capétiens, le midi de la France s'était séparé du nord et vivait d'une vie à part.

Les luttes qui éclatèrent, pendant la seconde moitié du douzième siècle, entre les rois d'Angleterre et les seigneurs du midi de la France, ne peuvent donc pas s'expliquer par un sentiment de nationalité.

Elles eurent les mêmes causes que les guerres incessantes qui, durant tout le moyen âge , ont mis aux prises les suzerains et les vassaux, c'est-à-dire le besoin naturel d'indépendance personnelle, la passion de guerroyer, particulière au moyen âge, le désir d'échapper à des obligations trop lourdes , celui d'accroître sa puissance et sa fortune, les ressentiments individuels , etc.

Toutes ces causes agissaient surtout lorsque le suzerain était faible ou éloigné, ou retenu par d'autres embarras. Nous ne trouvons pas d'autres cléments dans les luttes dont nous allons nous occuper. Sans doute nous verrons souvent Philippe-Auguste s'allier plus ou moins ouvertement avec les seigneurs du Midi contre le roi d'Angleterre ; mais la seule raison de cette alliance était l'existence momentanée d'un ennemi commun. Ce point est parfaitement établi par Augustin Thierry (20).

Mais, après avoir admis que l'unité n'existait pas encore en France et n'avait pu y créer l'idée de patrie, Augustin Thierry compose pour les seigneurs du Midi une patrie spéciale, moins étendue, et les fait combattre pour l'indépendance de l'Aquitaine, sous la haute direction de Bertrand de Born.

Le seul texte que l'on puisse citer à l'appui de cette opinion est une suite d'apostrophes prophétiques, adressées à l’Aquitaine, que l'on trouve à la fin d'un manuscrit de Richard de Poitiers (21).

Le roi d'Angleterre y est appelé Rex Aquilonis, celui de France Rex Austri, et l'Aquitaine est représentée comme près d'être délivrée par le roi du Sud de la tyrannie du roi du Nord : « Exulta Aquitania, jubila Pictavia, quia sceptrum régis Aquilonis recedet a te, etc. »

Mais on ne peut rien conclure de ce passage, beaucoup trop général.

En fait, il n'y a jamais eu que des révoltas partielles; le mouvement s'est le plus souvent restreint au Périgord, à l'Angoumois et au Limousin, et, même dans ces limites, il était loin d'être général.

Bertrand de Born lui-même a combattu, pendant la seconde partie de sa vie, ses anciens alliés. Pour nous résumer, on trouve des intérêts individuels qui se sont coalisés, en plus ou moins grand nombre, à diverses reprises ; mais il n'y a jamais eu de plan ni de mouvement commun d'indépendance.

Cette idée n'existe pas, on n'en trouve trace dans aucune chronique, et les faits la contredisent. Dans le soulèvement de 1181 et 1182, qui paraît avoir été le plus étendu de tous, il s'agissait uniquement de substituer le jeune roi Henri à son frère Richard comme duc d'Aquitaine et comte de Poitiers.

« Mieux vaut être bien traité par un roi que tyrannisé par un comte (22). 

Ce fut une singulière destinée que celle de Henri II ! Une sorte de fatalité pesait sur cette famille des Plantagenet. On racontait des histoires diaboliques sur leurs origines, et des sentences prophétiques prononcées par de saints personnages contre l'immoralité de plusieurs de leurs ancêtres.

La chronique découverte par Jean Brompton (23), nous apprend que Henri II et ses fils attribuaient leurs discordes continuelles à cette fatalité d'origine.

 « Venant du diable et y retournant, » disait Richard, « comment ne serions-nous pas destinés à nous tourmenter les uns les autres. » Geoffroy répondait à un clerc venu pour le réconcilier avec son père : « Ignores-tu que c'est une nécessité de notre sang, qui nous a été léguée par nos ancêtres, que de ne jamais nous aimer les uns les autres? Tes efforts sont inutiles, tu ne changeras pas la nature. »

On sait quelles longues luttes l'établissement des Plantagenets suscita dans l'Ouest.

Les barons de l'Aquitaine, les d'Angoulême, de la Marche, du Périgord, les vicomtes de Limoges, les seigneurs du Poitou et de la Saintonge s'étaient, depuis 1154, coalisés fréquemment contre Henri II.

La lutte devint encore plus vive lorsque le roi d'Angleterre eut cédé, en 1169, le Poitou et, en 1179, le duché d'Aquitaine (24), à son second fils Richard, prince actif et autoritaire, bien résolu à soumettre la féodalité trop indépendante de ses domaines.

A partir de 1176, les coalitions féodales dirigées contre Richard trouvèrent dans Bertran de Born leur Tyrtée.

Les poésies de l'illustre troubadour ne sont malheureusement pas datées, et ce n'est qu'en s'appuyant sur les textes historiques relatifs à cette période que les savants biographes ou éditeurs de Bertran de Born, MM. Clédat, Stimming, Antoine Thomas, ont essayé de fixer les dates de ses sirventés (25).

L'étude de la chronologie et du rôle historique des comtes d'Angoulême contemporains du grand poète périgourdin permettent d'apporter sur ces questions difficiles quelques solutions nouvelles et, sinon du moins probables.

 

I.

Quatre personnages de la famille des Taillefer ont gouverné le comté d'Angoulême à l'époque de Bertran de Born.

Ce sont Guillaume IV, Vulgrin III, Guillaume V et Adémar (1140- 1202).

Guillaume IV, qui succéda en décembre 1140 à son père Vulgrin II (26), se maria deux fois. Il avait enlevé, à 1140, Emma, fille du vicomte de Limoges et femme de Guillaume V, duc d'Aquitaine; il n'eut aucun enfant de ce premier mariage (27).

 Ensuite, en 1147 au plus tôt, il épousa Marguerite de Turenne, veuve d'Adémar IV, vicomte de et femme divorcée d'Eble de Ventadour. Elle donna à son troisième époux « beaucoup d'enfants », dit Geoffroy de Vigeois (28). Si l'on en croit les Bénédictins, auteurs de l'Art de vérifier les dates, qui ne citent pas leurs sources, mais qui évidemment se fondent sur divers passages de la Chronique du prieur de Vigeois et sur les chartes analysées dans la Gallia Christiana, les enfants de Guillaume IV auraient été au de cinq, à savoir : Vulgrin III, Guillaume V, Adémar, Hélie et Almodis, femme d'Amanièu V d'Albret, puis de Bernard, vicomte de Brosse (29). M. de Mas-Latrie, dans son si utile, le Trésor de chronologie historique, a suivi les indications des Bénédictins (30).

Les chartes que nous avons recueillies et transcrites, soit à Paris, soit à Poitiers (dans la collection Fonteneau) et surtout aux Archives de la Charente, et qui sont presque toutes inédites, nous autorisent à relever quelques erreurs ou omissions dans cette chronologie. Il est permis aussi avec leur secours de fixer les dates précises ou approximatives entre lesquelles se place l'existence de chacun de ces personnages (31).

 La première charte où il soit question des enfants de Guillaume IV appartient au fonds de l'abbaye de la Couronne; elle est datée de 1163. Le comte d'Angoulême y fait don à l'abbaye de certains droits dans la forêt de Marange, et il y nomme deux de ses fils, Vulgrin et Guillaume Taillefer (32). Comme Guillaume IV avait épousé Marguerite de Turenne en 1147 au plus tôt, ses deux fils avaient tout au plus, en 1163, quatorze à quinze ans : c'était l'âge où au douzième siècle le noble était armé chevalier.

Dans une seconde charte, dont le cartulaire de Saint-Amant-de-Boixe nous a conservé une copie, et où Guillaume fait don à l'abbaye de ce nom d'une partie de la forêt voisine, le comte mentionne sa femme et tous ses enfants : « Marguerita, uxor mea et filii nostri, Vulgrinus scilicet primogenitus noster, Guillelmus Talafers, Ademarus, Grisetus, Fulco et Almodis, filia nostra, uxor Amanevi de Labret (33) ».

 A cette date, Guillaume IV avait donc six enfants, cinq fils et une fille.

Les trois seuls fils majeurs étaient Vulgrin III, Guillaume V et Adémar, puisque dans une charte de 1173 en faveur du chapitre Saint-Pierre et de l'évêque Vulgrin accorde la terre de la Boixe à l’éyêque « de consensu "Willelmi et Margaritae parentum, Willelmi quoque et Ademari fratrum, ac sororis Almodis (34) ».

 L'année suivante (janvier 1174 n. st.), on voit figurer dans une charte où le comte octroie à l'abbaye de la Couronne le droit de chasse et toute juridiction sur la paroisse de ce nom l'approbation et la signature (signum) de Vulgrin III et de Guillaume V (35).

La même année, Guillaume IV donne à l'abbaye Saint-Cybard les droits d'ost et de chevauchée qu'il prétendait lever sur les métayers de la terre de Venat, « consilio et assensu filiorum meorum Vlgrini et Talafer (36). »

Ainsi, depuis 1173, Vulgrin et Guillaume paraissent constamment associés au gouvernement du comté. Adémar, dont le consentement est stipulé dans la charte de 1173, n'est pas mentionné dans les deux autres.

Les trois frères sont depuis lors cités souvent dans les textes historiques de cette époque, notamment dans la Chronique de Geoflroi de Vigeois. Il n'en est pas de même des deux fils de Guillaume IV.

Depuis la charte de 1171, il n'est plus question dans aucun acte de Foulques, ce qui laisse qu'il mourut en bas-âge. Le quatrième fils, Griset, était mort avant 1191; à cette date, il est mentionné dans une charte probablement perdue de l'abbaye de Grosbot, dont la Gallia Christiana nous a conservé l'analyse, et où Adémar, avec sa sœur Almodis, donne aux moines de cette abbaye 80 sétérées de terre pour son salut et « pour celui de ses frères Vulgrin, Taillefer et Griset (37) ».

Les Bénédictins et M. de Mas- Latrie ne citent pas ces deux fils de Guillaume IV, Foulques et Griset. Quant à Almodis, elle est mentionnée non seulement en 1191 dans la charte de Grosbot, mais encore dans deux chartes non datées, où, de concert avec son frère Adémar et son second mari Bernard, vicomte de Brosse, elle fait divers dons à l'abbaye Saint-Amant-de-Boixe (38). Les Bénédictins, et après eux M. de Mas-Latrie et M. Thomas (39), attribuent à  Guillaume IV un autre fils du nom d'Hélie. C'est là, croyons-nous, un personnage purement imaginaire.

Le seul texte sur lequel on puisse s'appuyer pour prouver son existence est un passage de la seconde partie de la Chronique de Geoffroi de Vigeois, où le chroniqueur, parlant de la ligue formée en 1183 contre Richard, s'exprime ainsi : « Tune conjuraverunt adversus Ricardum Henricus, Gaufredus Britanniae, Helias et Sectorferri, Vulgrini Engolismensis fratres (40) ».

Or, il faut noter que le texte de cette chronique, de l'aveu même de son premier éditeur, le P. Labbe, a été extrêmement altéré par les copistes (41). Nous croyons donc, avec dom Brial, qu'il faut interpréter Helias comme le nom du comte de Périgord, Hélie Taleiran, dont il est souvent question dans la chronique (42).

 Quant au passage précédent, nous proposons de corriger ainsi le texte : et Sectorferri, Vulgrini Engolismensis frater. Le nom de Taillefer seul désigne en effet le plus souvent Guillaume V.

L'existence du prétendu Hélie, fils de Guillaume IV, n'est pas soutenable en présence du silence des chartes que nous possédons. Soit dans celle de 1163, soit dans celles de 1171, de 1173, de 1174, où sont nommés les autres enfants de Guillaume IV, son nom seul fait défaut.

 Il manque aussi dans les deux chartes que nous possédons de Vulgrin III, dans les vingt-trois chartes que nous avons recueillies sur Guillaume V  et Adémar.

Enfin, Geoflroi de Vigeois, qui mentionne à reprises les frères de Vulgrin III, ne parle que dans le passage altéré cité ci-dessus du pseudo Hélie Taillefer (43).

En- résumé, il résulte de cette discussion que Guillaume IV a eu de son second mariage cinq enfants : Vulgrin III, Guillaume V Taillefer, Adémar, Foulques et Griset (ces deux derniers non mentionnés par les Bénédictins), et une fille, Almodis. Enfin, c'est à tort qu'on lui attribue un sixième fils du nom d'Hélie.

Parmi ces enfants, trois ont gouverné le comté L'aîné, Vulgrin III, paraît avoir été associé par son père Guillaume IV au gouvernement, entre 1173 et 1179. La charte de 1173 prouve qu'il était déjà investi d'un fief vicomtal, probablement celui de Montignac, dont dépendait la terre de la Boixe.

Les historiens anglais, qui racontent les guerres soutenues en 1176 par Richard contre les barons de l'Ouest, nous montrent Vulgrin dirigeant les troupes du comté. Raoul de Dicet et Benoît de Peterborough le désignent même sous le titre de comte, et Roger de Hoveden, plus exact, sous celui de vicomte (44).

Dans une nouvelle ligue formée en 1178, Vulgrin est encore désigné sous le titre de comte, bien que son père vive encore; il est pris par Richard dans Angoulême et, d'après Benoît de Peterborough, obligé de se rendre en Terre sainte (45), pénitence qui lui avait été infligée, ainsi qu'à Guillaume IV, par Henri II après la révolte de 1176.

C'est pendant ce pèlerinage que Guillaume IV mourut à Messine, en Sicile, le 7 août 1179 (46). Vulgrin III dut alors prendre le titre de comte, mais associa ses deux frères, Guillaume et Adémar, au gouvernement.

Dans une charte où il exempte l'abbaye de Baignes des droits de péage, il mentionne l'assentiment de ses associés : « Hoc donum feci », dit-il, « in aula mea apud Engolismum, in manu domini Henrici Albanensis episcopi, consilio et assensu fratrum meorum Talafer et Ademari... Huic donationi interfuerunt et concesserunt fratres mei et Ademarus ». Cette charte, qui n'est pas datée, peut être presque sûrement rapportée à l'année 1181, car l'évêque d'Albano, légat du Saint-Siège, avait passé l'année 1180 en Languedoc, et on le retrouve en septembre 1181 au Puy en Velay (47).

C'est donc dans les six premiers mois de 1181 qu'il a pu passer à Angoulême (48), et à cette date Vulgrin III se trouvait associé à ses deux frères. C'est ce que confirment, du reste, les textes cités ci-dessous de la Chronique du prieur de Vigeois.

La même Chronique fixe très exactement la date de la mort de Vulgrin III au 29 juin 1181 (49). C'est Guillaume V qui succéda à son frère et prit le titre de comte, en associant Adémar à son pouvoir. Le texte des chartes est sur ce point formel. Dans un de ces actes daté de 1187, Adémar, parlant de ses prédécesseurs, s'exprime en ces termes : « Fratres quidem mei Vulgrinus et Guillelmus qui ante me comites exstiterant (50) ».

Dans deux autres pièces relatives à l'abbaye de la Couronne, l'une de 1184, l'autre de 1185, Guillaume V est désigné sous le nom de comte. On lit dans la charte de 1184 ces termes : « régnante Philippo, Ludovici regis filio, Willelmo Talaferro, comitis filio, apud Engolismam », et dans celle de 1185, ceux-ci : « Talaferro Engolismensi comité (51) ». Guillaume V porte généralement, en effet, le nom abrévié de Talafer; ainsi dans les chartes précitées de 1174 en faveur de Saint-Cybard, de 1181 en faveur de Baignes, dans celle de 1185 et dans une charte de 1192 du fonds de Saint-Cybard que nous allons citer.

Il n'est pas douteux non plus qu'il n'ait eu pour associé Adémar. C'est ce qui résulte du texte de Geoffroi de Vigeois, qui nous montre les deux frères revendiquant ensemble la succession de Vulgrin (52). Guillaume (c'est d'après les chartes que nous pouvons fixer ce point) survécut de quelques années seulement à Vulgrin III. Son nom est mentionné pour la dernière fois en 1185 dans la charte du fonds de la Couronne (53) : cet acte est certainement antérieur au 25 novembre 1185, puisque à cette date le pape Lucius III qui y est mentionné était mort.

Nous savons d'autre part, par une charte de Saint-Amant-de-Boixe, que Guillaume V n'existait plus en 1187. Dans cette charte, qui a été déjà citée, Adémar prend seul le titre de comte et accorde à l'abbaye la dîme de la Boixe avec 20 séterées de terre près de Cellettes « pour le repos de l'âme de Vulgrin et de Guillaume, ses frères (54) ».

Une autre charte, datée de 1192, en faveur de l'abbaye Saint- Cybard indique formellement que Guillaume était mort avant cette date et nous apprend qu'il était enseveli avec Vulgrin dans l'église de l'abbaye (55).

La mort de Guillaume V ne saurait donc être postérieure à 1187 ni antérieure à novembre 1185; elle peut être fixée d'une façon approximative à l'année 1186.

 Le dernier des Taillefer, Adémar, dont les Bénédictins prolongent l'existence jusqu'en 1218, sur la foi du vieil historien de l'Angoumois, Corlieu, mourut seize ans après son frère, comme nous l'avons établi ailleurs (56), le 17 juin 1202 à Limoges.

 

II.

Cette chronologie, établie d'après les chartes et les textes historiques, nous permet de déterminer, sinon avec certitude, du moins avec beaucoup de chances de vérité, plusieurs des dates et des circonstances des poésies politiques de Bertran de Born, où les comtes d'Angoulême sont cités (57).

Un de ces sirventés est celui auquel M. Thomas attribue le n° VIII et qui commence par les mots Ges no me desconort  (58).

 Les éditeurs du poète, s'appuyant sur le récit de Geoffroi de Vigeois, placent ce sirventés après la prise du château de Hautefort (7 juillet 1183). M. Clédat déclare « la date absolument ».

En effet, les événements de 1183 semblent s'adapter à ce sirventés : les barons qui y sont mentionnés, à savoir le duc de Bourgogne, les comtes de Toulouse et de Bretagne, les seigneurs du Limousin, le comte de Périgord, etc…., partie de la grande ligue formée contre Henri II et Richard. (59)

Mais la mention des trois comtes d'Angoulême, « li trei comte fat Engolmesi (60) », ne permet pas d'attribuer au sirventes pareille date. M. Clédat, qui la déclare certaine, oublie qu'un peu auparavant, pour fixer la date du sirventés Pois Ventadorns en 1181, il a argué de la mention des trois comtes d'Angoulême dans la pièce Ges no me desconort ( 51).

 C'est seulement, comme nous l'avons prouvé, antérieurement au 29 juin 1181 qu'il y a eu trois comtes d'Angoulême simultanément : Vulgrin III; Guillaume V et Adémar.

Comment, dès lors, pourrait-on attribuer à l'année 1183 un sirventés où B. de Born accuse de parjure les trois comtes d'Angoulême, alors qu'à cette date il n'y en avait que deux, Guillaume V et Adémar? Le sirventes devrait donc- être à l'année 1181. Il est vrai que M. Thomas, qui semble avoir pressenti cette objection, admet l'existence d'un frère de Vulgrin III qui, en 1183, aurait gouverné l'Angoumois avec ses deux frères survivants (62), ce qui s'accorderait avec le texte du poète.

Mais l'existence de ce prétendu Hélie, nous croyons l'avoir démontré, doit être reléguée au rang des fables. Ainsi, la date communément assignée ne saurait être maintenue que si l’on admet une erreur du poète, ce qui est peu vraisemblable, au sujet du nombre des comtes d'Angoulême, ses contemporains, ou bien une leçon fautive des manuscrits, ou bien si l'on attribue à Bertran de Born une rancune peu ordinaire, puisqu'elle aurait eu pour objet un comte mort depuis plus de deux ans, Vulgrin III (63).

On peut, au contraire, dater avec quelque vraisemblance le sirventés Ges no me desconort de l'année 1181. En effet, cette date présente l'avantage de s'accorder parfaitement avec la des trois comtes d'Angoulême.

 

D'autre part, elle n'est pas en contradiction absolue avec le texte de Geoffroi de Vigeois. Ce chroniqueur ne parle, il est vrai, que d'un seul siège de Hautefort (juillet 1183), dirigé par Richard et le roi (64). Or, le poète dans ce sirventés ne se plaint-il pas d'avoir été forcé de rendre la place au « seigneur de Niort », c'est- à-dire à Richard lui-même? (65)

Ainsi, la date de 1183 plus vraisemblable s'il était possible de la concilier avec la mention des trois comtes d'Angoulême.

On a vu qu'il était impossible, au point de vue historique, d'accepter cette date.

 Celle de 1181 paraît plus acceptable, si l'on admet que le château de Hautefort a pu être assiégé et pris plusieurs fois, ce qui n'a rien d'invraisemblable.

Le troubadour anonyme, auteur des razos ou arguments qui précèdent les poésies de Bertran de Born, parle, quoique en termes embrouillés, de trois sièges de ce château (66) ; il peut y avoir dans cette tradition quelque parcelle de vérité.

Nous sommes loin de posséder un exposé complet des événements de 1181. Mais le récit très sec de Geoffroi de Vigeois montre qu'à ce moment, comme le soutient avec raison M. Clédat, une ligue s'était formée contre Richard.

Dans cette ligue figurait certainement le vicomte de Limoges, Adémar V, puisque le duc d'Aquitaine occupa cette ville et ordonna, le 24 juin, la destruction de ses murs (67). Or, il faut remarquer que dans le sirventés Ges no me desconort,- c'est Adémar V que Bertran de Born signale comme le auteur de son malheur, comme le chef de la ligue (68).

Après la destruction des murs de Limoges, Geoffroi de Vigeois raconte l'expédition de Richard en Gascogne et la prise de Lectoure. Ce récit s'accorde aussi bien avec les événements de 1181 qu'avec ceux de 1183.

 Le poète indique, en effet, parmi ses alliés plusieurs seigneurs gascons, tels que le comte de Bigorre et Gaston de Béarn. Puis, le chroniqueur limousin mentionne une campagne dirigée contre Eble de Ventadour; or, celui-ci est un des quatre vicomtes limousins dont Bertran de Born stigmatise la prétendue trahison (69).

On peut objecter, sans doute, le silence de Geoffroi de Vigeois au sujet d'une invasion de Richard en Périgord. Mais il convient d'observer que son récit pour 1181 est très incomplet, et ce qui le prouve, c'est qu'en 1182 il nous expose les faits de guerre qui concernent le comte Hélie Taleiran, sans même avoir expliqué à quel moment le comte avait pris les armes et pour quelles raisons il était en lutte avec Richard.

La première partie de sa Chronique se termine brusquement en 1181 par un récit dont la sécheresse contraste avec l'abondance de détails qui la caractérise ordinairement. Tout permet de croire que dès 1181 le comte de Périgord et les comtes d'Angoulême, qui depuis 1169 avaient pris part à toutes les coalisions contre le duc d'Aquitaine, s'étaient déclarés en faveur de la ligue féodal.

Le récit très détaillé de Geoffroi de Vigeois relatif aux événements de 1182 nous les montre effectivement aux prises avec le duc (70). Dès lors, une campagne de Richard en Périgord n'a rien d'extraordinaire, et c'est pendant cette expédition qu'on pourrait placer le premier siège et l'occupation de Hautefort.

 Cet événement aurait eu lieu soit après la conquête du Limousin (juillet 1181), soit après l'expédition de (août ou septembre 1181).

Les extraits du cartulaire de Dalon, publiés par M. Thomas à la suite de l'excellente qu'il a donnée des poésies de Bertran de Born, prouvent que jusqu'en juillet 1180 la bonne harmonie régnait entre Bertran et son frère Constantin (71).

Au contraire, en 1181, la rupture semble s'être produite. Le cartulaire est muet. Une période de troubles explique seule ce silence.

En 1182, le mentionne de nouveau le nom de Bertran de Born, qui paraît être le seul possesseur de Hautefort (72). On peut que le poète avait recouvré son château soit par le pardon du vainqueur, comme le raconte le troubadour soit à l'époque où Adémar V de Limoges et Hélie V de Périgord conclurent la paix avec le duc d'Aquitaine (juillet 1182 (73), soit à la faveur du soulèvement général qui se à la fin de 1182. Il nous reste à expliquer comment en 1181 Bertran de Born a pu compter parmi ses alliés les trois comtes palatins (Toulouse, Bourgogne, Champagne) et se plaindre de leur trahison; On sait d'une façon certaine qu'à cette date Raimon V, comte de Toulouse, depuis longtemps en lutte avec Richard qui lui disputait le Quercy, se trouvait aux prises avec le duc d'Aquitaine et avec son allié Alfonse d'Aragon; ce dernier, qui revendiquait la Provence contre Raimon, envahissait en juin 1181 le Toulousain.

Les ligues féodales contre Richard Cœur de Lion et les poésies de Bertran de Born (1176-1194) (1)

C'est le comte de Toulouse ne put secourir ses alliés de l'Ouest(74). Le duc de Bourgogne, Hugues III, de son côté, venait de former avec le comte de Champagne, Henri Ier, une ligue contre Philippe-Auguste, qui avait de son côté pour alliés Henri II d'Angleterre et Richard d'Aquitaine.

Ceux-ci avaient conclu en juin 1180 un traité d'alliance avec le roi de France, et ils' l'aidèrent, en 1181, pendant l'automne, à le comte de Flandre, le duc de Bourgogne, le comte de Champagne et les autres barons du Nord coalisés (75).  

Il est de supposer que le duc de Bourgogne et le comte de Champagne, les deux autres « palatins » mentionnés par le poète, pour entraîner les barons de l'Ouest à une diversion contre les alliés de Philippe-Auguste, leur avaient fait- espérer des secours qu'ils ne purent leur donner.

La mention du « comte breton », Geoffroi Plantagenet, s'expliquerait, si l’on suppose que ce prince, après avoir encouragé secrètement la ligue, était resté inactif (76).

Le sirventés Ges no me desconort, on résumé, nous semble devoir être placé vers juin ou juillet 1181, peu de temps avant ou après la mort de Vulgrin, l'un des trois comtes d'Angoulême qui y sont cités.

Par suite, le sirventes n° 2 : Un sirventés cui motz no falh, auquel MM. Stimming et Thomas donnent la date de 1182, et M. Clédat celle de 1176 (77), pourrait être placé en 1181, avant la pièce Ges no me desconort, puisqu'il y est question des ravages que les Poitevins exercent dans les terres du poète, de la mollesse du comte Hélie Talairan, et du conflit entre Aimar V et Richard , conflit dont l'existence nous paraît démontrée dès cette année.

Il est vrai que la des deux sièges de Périgueux en avril et juin 1182, que l'on trouve dans la Chronique de Geoffroi de Vigeois, semble mieux s'accorder avec la strophe septième du sirventés, où Bertran de Born se promet de fracasser le crâne aux. « pifarts Poitevins » qui tiennent garnison dans cette ville.

Toutefois, on peut remarquer que Périgueux une double enceinte, et que la garnison poitevine pouvait occuper l'une sans occuper l'autre. Geoffroi de Vigeois mentionne simplement le siège du Puy-Saint-Front, l'une de ces deux forteresses (78) (en avril 1192).

Au reste, les raisons invoquées pour maintenir ce sirventés à l'année 1182, raisons tirées de l'occupation de Périgueux par Richard au mois d'avril , semblent aussi très fortes. Cette attribution peut être maintenue sans d'ailleurs modifier la date de la pièce Ges no me desconort.

Bertran de Born , dépouillé de son château , devait ressentir encore plus vivement le désir de vengeance ; le ravage de ses terres s'explique aisément par la présence d'une garnison ennemie à Hautefort, et il pouvait encore tenir la campagne avec les barons hostiles aux Poitevin.

La date et le rang assignés au fameux sirventés Pois Ventadorns nous paraissent aussi devoir être modifiés ou précisés (79). M. Clédat le place avant juin 1181, en s'appuyant sur la des trois comtes d'Angoulême faite dans la pièce Ges no me desconort. Le sirventés Pois Ventadorn est, dit-il, comme le manifeste de la ligue qui se forma en ce moment (80).

M. Thomas, sans préciser davantage, y voit avec raison, croyons-nous, plutôt le manifeste d'une nouvelle et plus grande coalition, formée en 1183 contre Richard. Stimming le date du début de 1183 (81).

 Le sirventés nous semble devoir être placé entre juillet 1182 et janvier 1183 pour les raisons suivantes :

1er Le poète y mentionne la construction du château de Clairvaux en Poitou, qui fut l'une des causes de la mésintelligence entre Henri le Jeune et son frère Richard. Or Robert du Mont, G. de Vigeois et les chroniqueurs anglais signalent ce fait seulement à la fin de 1182 (à la Noël 1182, d'après G. de Vigeois), à propos de la rupture entre les deux princes –(82).

Le sirventés où Bertran de Born reproche à Henri l'indifférence qu'il montre en présence de l'outrage que Richard lui inflige est donc antérieur au 25 décembre 1182.

Bertran de Born parle avec un accent de triomphe de l'accord que les barons du Limousin, Ventadour, Comborn, Ségur, Turenne ont conclu avec le comte de Pêrigord. Nous savons d'autre part, par le récit de Geoffroi de Vigeois, qu'Hélie V de Périgord avait été forcé de conclure la paix en juillet 1182 avec Richard, après la prise de Périgueux (83).

 Le sirventés ne saurait par conséquent être antérieur à cette paix, qui fut rompue peu de temps après avoir été conclue.

3e Le poète, parlant du jeune Henri, s'écrie : « Ah ! Puyguilhem, Clarens, Grignol, Saint-Astier, Angoulême, nous avons tous un bien plus grand honneur qu'un seigneur qui abandonne sa charrette (84)».

C'est une allusion évidente à la réconciliation qui avait eu lieu, en juin, entre Richard et Henri, et qui avait été scellée par la présence du jeune prince, vers le 1er juillet, au siège de Périgueux (85).

Le comte d'Angoulême, Guillaume V, au contraire, avec les barons de Saintonge, s'était signalé par sa résistance obstinée aux Anglais, bien qu'abandonné en juillet par le vicomte de Limoges et par le comte de Périgueux.

Le 1er novembre 1182, Richard occupait en effet Blanzac, l’une des forteresses de l'Angoumois (86).

4° Enfin, on trouve dans la dernière strophe tin renseignement important qui s'explique très bien par le récit de Geoffroi de Vigeois. Ce chroniqueur nous raconte qu'après la mort de Vulgrin, Richard revendiqua, au nom de la fille du comte défunt, Mathilde, qu'il eut même l'idée d'épouser, l'héritage de l'Angoumois contre Guillaume V et Adémar (87).

Ceux-ci, réfugiés à Limoges, avaient obtenu l'appui d'Adémar V, qui fut contraint de les abandonner ensuite (juillet 1182) (88).

 Bertran de Born nous apprend que Philippe- Auguste avait admis « Taillefer » à lui prêter hommage (89). Or Ce nom désigne constamment dans les chartes Guillaume V, qui avait pris et porta depuis la mort de Vulgrin le titre de comte d'Angoulême.

Le terme de Taillefer ne peut donc qu'à Guillaume V. Il semble bien que le poète, en mentionnant cet hommage y voie un motif de rupture entre Philippe et Richard.

Les compétitions élevées au sujet de la succession de Vulgrin donnent une explication très de cette idée. Or, Philippe-Auguste n'a guère pu admettre Guillaume V à l'hommage avant la fin de 1182 (90).

En effet, comme on l’a vu en 1180, il était l'allié de Henri II et de Richard; en 1181, Richard l'aidait à combattre le comte de Flandre, et, dans les six premiers mois de 1182, les princes anglais ménageaient entre le roi de France et les barons du nord le traité de Gerberoy (91).

Depuis cette époque, les relations se refroidirent entre Richard et Philippe ; il est possible que le roi de France ait vu d'un œil favorable la ligue des barons, et qu'il ait consenti à accepter l'hommage de Guillaume V, l'un d'eux. Peut-être même le projet de mariage entre Richard et Mathilde avait- il contribué à l'éloigner du duc d'Aquitaine.

 L'acquisition de l'Angoumois eût accru la puissance de ce prince, et cette union était une violation formelle de la que le duc avait faite d'épouser Alix de France, sœur du roi. Ainsi le sirventés Pois Ventadorn paraît, suivant toute vraisemblance, devoir être daté des cinq derniers mois de 1182, entre août et décembre, et le Taillefer qui y est ne saurait être autre que Guillaume V.

La date du sirventés Eu chant quel reis m'en a prejat, que MM. Clédat, Thomas et Stimming (92) attribuent avec à l'année 1183, peut être déterminée d'une manière encore plus précise par la mention d'un des événements qui intéressent l'histoire de l'Angoumois.

Le poète y célèbre les victoires remportées par la ligue des barons et par son chef, Henri le Jeune. Il a notamment, dit-il, « recouvré par force l'Angoumois et délivré la Saintonge »(93).

Or nous savons par Geoffroi de Vigeois et par la Chronique de l'abbaye de La Couronne, que le 17 avril 1183 Henri le Jeune occupait avec une forte armée, et qu'il alla piller auprès de cette ville le trésor de l'abbaye (94).

D'autre part, le poète escompte les victoires futures de la coalition et annonce prochaine du duc de Bourgogne. La pièce est donc postérieure au 17 avril et antérieure au 11 juin 1183, date de la mort de Henri le Jeune à Martel. Elle peut être datée avec vraisemblance du mois de mai 1183.

Le sirventés Quan la novela flor s par el ver j an (95) adressé au comte de Bretagne, Geoffroi, a été attribué par M. Clédat à l'année 1186 et par Stimming, peu avant, à l'été de 1184 (96).  Il est antérieur au mois d'août, comme le fait remarquer le savant romaniste français, puisque Geoffroi est mort à Paris, précisément en avril 1186, et puisque le comte de Toulouse, Raimon V, dont Bertran de Born vante la vaillance, était alors en guerre avec Richard.

La mention du comte permet de confirmer cette attribution. Ce comte, comme dans la pièce Pois Ventadorns sous le nom de «Taillefer»(97), ne saurait être que Guillaume V, qui porte d'habitude ce nom abrévié.

Guillaume vivait encore, comme nous l'avons prouvé, avant le 26 novembre 1185, et il était mort avant 1187. Le renseignement que donne Bertran de Born est précieux, puisqu'il nous apprend, ce que les chroniques nous laissent ignorer, la participation du comte d'Angoulême à la nouvelle ligue formée en 1185 contre Richard et le secours que le comte de Toulouse fournit à ses alliés de l'Ouest.

Un autre sirventés, Greu m'es descendre charcol (98), suivant toute vraisemblance, par M. Clédat à l'hiver de 1186-87 (99), contient une allusion obscure que les documents historiques relatifs à l'histoire de l'Angoumois permettent d'éclaircir.

Bertran de Born s'y plaint de l'inaction de Richard, qui préfère le séjour de Benauges (près Bordeaux) à celui de Cognac, de Chastres, de Saint-Jean-d'Angély et de Mirebeau.

Cette mention s'explique par ce fait que la seigneurie de Cognac avait dû être cédée par Guillaume IV au comté de Poitou, entre 1169 et 1179.

Un document publié dans les Archives historiques du Poitou nous apprend qu'après la mort du seigneur de Cognac, Bardon, Richard avait occupé ce fief comme tuteur de la fille du défunt, Amélie, qu'il maria ensuite à son fils bâtard Philippe de Falconbridge (100).

Celui-ci est mentionné plus tard, de 1199 à 1210, comme seigneur de Cognac, dans Bernard Itier et dans les rôles de Jean-Sans-Terre (101).

La dernière pièce de Bertran de Born où il soit question des événements de l'histoire d'Angoumois est le sirventés S'eu fos aissi senherz. MM. Stimming et Thomas en fixent la date à l'année 1188, M. Clédat à l'année 1194 (103). Celui-ci allègue comme unique raison le fait que le poète y mentionne la prise d'Angoulême.

En effet, Benoît de Peterborough et Hoveden racontent bien qu'en 1188 Richard ravagea mais ils ne parlent pas de l'occupation de sa capitale.  Au contraire, on sait d'une façon certaine que Richard prit Angoulême en 1194.

Il annonça à l'archevêque de sa victoire dans une lettre datée de cette ville (104).  Raimond V, comte de Toulouse, auquel le sirventés fait aussi allusion, participa aux deux ligues de 1188 et de 1192-1194 (105). M. Thomas objecte que dans la pièce, Philippe-Auguste nous est représenté comme un jeune prince. Cette qualité pouvait encore lui être attribuée en 1194, puisqu'il n'avait que vingt- neuf ans. Bertran de Born n'y donne pas, il est vrai, à

Richard le titre de roi, mais cette omission ne constitue pas une preuve bien forte comparée aux preuves précédentes.

Enfin, dans une des strophes du sirventés (106), le poète mentionne le mariage de Richard avec Bérengère de Navarre; or on sait que les fiançailles n'eurent lieu qu'en 1190 à Chypre, et que le beau-frère de Richard, Sanche, lui prêta un appui décisif dans les campagnes de 1192 et de 1194 (107).

L'hypothèse à laquelle M. Thomas a recours et qui consiste à supposer que Richard a pu prendre des engagements avec Bérengère (108) dès 1188 n'est guère admissible. Elle ne saurait s'accorder avec le récit des historiens anglais qui racontent longuement les conférences de Bonmoulins (novembre 1188) et nous apprennent qu'en cette même année Richard réclamait à son père Henri sa fiancée Alix de France, afin de l'épouser (109).

 On sait également que les barons de Gascogne prirent une part active à la coalition de 1192- 1194 (110), ce qui explique la dernière strophe du sirventés. Enfin, le reproche que Bertran de Born adresse à Philippe-Auguste (111) concorde parfaitement avec de mollesse que Roger de Hoveden énonce en 1194 contre ce même roi (112).

Après la mort de Richard Cœur de Lion en 1199, il renonça aux intrigues politiques ainsi qu'à la guerre, et finit par se retirer à l'abbaye de Dalon — fondée au XIIe siècle à Sainte-Trie (Dordogne) par Géraud de Salles et que son beau-père, le grand Gouffier de Lastours, avait contribué à fonder. Il y termina sa vie.

MORT DE BERTRAND DE BORN.

La Biographie provençale nous dit que Bertrand de Born vécu longuement dans le monde, et qu'ensuite il se fit moine. Ce dernier point nous est confirmé par le cartulaire de Dalon, où, à partir de 1196, nous voyons Bertrand de Born assister à un grand nombre d'actes en qualité de moine de Dalon. Rien ne semblait annoncer une pareille fin. Sans doute, Bertrand de Born, suivant en cela les usages do son temps, avait fait à diverses époques des donations aux monastères.

Des 1178, il fait une fondation pieuse pour la mémoire de son père (113). J'ai énuméré, à la fin du chapitre des Premiers sirventes, un certain nombre d'autres donations.

J'en citerai encore une en 1189 (114), confirmée l'année suivante (115).

Mais il est certain que Bertrand ne montre pas beaucoup d'aspirations religieuses dans ses sirventes, pas même dans ceux qui sont relatifs à la croisade.

Pendant que ses deux fils, Bertrand et Itier, qui avaient été faits chevaliers au Puy-Notre-Dame en 1192 (116), suivaient les traditions guerrières de leur père, se battaient, et ravageaient les terres du monastère même de Dalon, sauf à faire ensuite amende honorable (117), un autre fils du troubadour, Constantin, choisissait la vie du cloître.

En 1202, nous retrouvons le père et le fils dans le cloître d'Excideuil (118). C'est à cette date que s'arrêtent nos renseignements sur Bertrand de Born.

A quelle époque mourut-il ? On l'ignore. Mais la chronique de Bernard Itier (119) contient, sons l'année 1215, la mention suivante : « Octava candela in sepulcro (sancti Martialis) ponitur pro Bertrando de Born. » Bertrand de Born était donc mort avant 1215 (120).

La razo de Ges de far dit qu'après la mort de Bertrand, ses fils firent la paix avec leur oncle Constantin et avec leurs cousins. Il n'est pas sûr cependant que Constantin ne soit mort qu'après son frère (121). Quant à ses fils, nous lui en connaissons deux, tous deux nommés Gouffier ; l'un qui mourut avant 1184 (122), l'autre qui mourut en 1210 (123). Quoi qu'il en soit, il est probable que la famille de Constantin s'éteignit vite, et il est certain que la descendance de Bertrand de Born resta en possession du château d'Hautefort.

Talmont - L'épopée de Richard Coeur de Lion - Bertran de Born

 

 

Prosper. BOISSONNADE.

 Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200) / par Léon Clédat,

 

 

 


 

La Charente de Taillebourg à Angoulême, les raids des Vikings. (Histoires d'Eaux et de Régions) -
En 844; - Sous le règne de Louis le Débonnaire, on vit apparaître pour la première fois les pirates normands. Partis du littoral Danois et Norvégien, ils débarquaient sur les côtes, remontaient les fleuves et ravageaient les campagnes, pillant et brûlant tout sur leur passage. Cette année-là ils remontèrent la Charente.



L'expansion de l'empire Plantagenêt (carte et Donjon de Niort)

(le donjon de Niort- une architecture Plantagenêt du 12 e siècle) L'Empire Plantagenêt ou Empire angevin est l'ensemble d'États s'étendant des confins anglo-écossais aux Pyrénées et de l'Irlande au Limousin et réunis au milieu du XIIe siècle par Henri II Plantagenêt.

 

Fiançailles Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion - Alix de France et Bèrengère de Navarre

Ce sont deux lamentables histoires que celles d'Alix de France et de Bèrengère de Navarre. Elles auraient sûrement inspiré quelques plans à Bertrand de Born, si ce troubadour avait eu dans le coeur d'autres sentiments que l'amour de la guerre et de l'indépendance Triste victime des négociations diplomatiques, la malheureuse Alix, âgée de cinq ans à peine, avait été fiancée à Richard Coeur-de-Lion par le traité de Montmirail.


 

Châlus - Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d'après Roger de Hoveden.

Le 26 mars 1199, Richard assiège le château de Châlus Chabrol possession du vicomte Adémar V de Limoges, dit Boson. Widomar, vicomte de Limoges, ayant trouvé dans sa terre un grand trésor en or et en argent, en envoya une bonne part à Richard, roi d'Angleterre, son seigneur mais le roi la refusa, disant qu'il devait avoir ce trésor tout entier, en vertu de son droit de suzeraineté.

 

(1) P. 1 du Cartulaire, et Gallia Christiana, t. II, Instrumenta, col. 202.

(2) Ce ne peut être Born en Bordelais, comme le dit à tort Diez (Leben, p. 179, en note).

(3) P. 22 du Carlulaire.

(4) Ibid., p. 5.

(5) Ibid.. p. 2, 11, 23, etc.

(6) T. XVII, p. 426.

(7) P. 22: et 45

(8) P. 166.

(9) P. 53.

(10) P. 33-34.

(11) Voir p. 22 du Cartulaire.

(12) Voir p. 33-34 du Cartulaire.

(13) Ibid., p. 6.

(14) lbid., P. 2.

(15) Histor. de France, t. XVIII, p. 218.

(16) Gervais de Cantorbéry (Twysden. col. 1376), etc.

(17) Ibid., col. 1370, etc.

(18) Ibid., col. 1371, etc.

(19) Voir Robert du Mont (Histoi. de France, t. XIII, p. 313).

(20) Voy. Histoire de la conquête de l'Angleterre, livre X.

(21) Histor. de France t. XII, p. 419.

(22) Bertrand de Born , sirvente leu chan, 5' strophe : Mai volon euer be menât Per rey que par comte fortsat.

(23) Twysden. Anglicarum rerum seritora, col. 1044 et suiv.

24. Gaufredi Vosiensis Chronicon. (Historiens de France, XII, 442), — Gervais de Canterbury, dans Twysden, col.1404. — D'après ces historiens, Richard aurait reçu en 1169 le titre de duc d'Aquitaine. Mais Raoul de Dicet (Hist, de France, XVII, 167) raconte que ce dernier titre ne lui fut attribué qu'en 1179. Ce point controversé peut être tranché en faveur de cette dernière opinion par une charte inédite de l'abbaye de la citée ci-dessous ; elle est datée de 1173 et porte la mention suivante qui accompagne la date : Henrico rege Anglorum, duce Aquitanorum.

25. Clédat, Du rôle historique de B. de Born, in-8°, 1878, thèse. — Slimming, B. von Born, sein Leben und Werke Halle, 1879, in-8. — A. Thomas, Poésies complètes de B. de Burn. Toulouse, 1888, petit in-8°. — A. Slimming, Bertrand von Born. Gedichte, in-8, Halle, 1892.

26. Historia pontificum et comitum Engolism., chap, XXXVI, édit. Castaigne, p. 36.

27. G. de Vigeois, Chronique, chap, XLVIIIi , dans Labbe, Nova Bibl. mss., Il, 304.

28. Ibid., II, 308.

29. Art de vérifier les dates, X, 191 et suiv.

30 De Mas I atrie, Trésor de chronologie, in-folio. Paris, 4889, p. 537.

31. Nous avons relevé 11 chartes relatives à Guillaume IV, dont 2 ont été éditées ; 2 relatives à Vulgrin III (une analysée dans la Gallia Christiana et l'autre publiée dans le Cartulaire de Baignes, et qui sont citées ci-dessous) ; 23 relatives à Adémar, toutes inédites sauf quatre. Au total, nous avons actuellement un catalogue de 36 chartes qui de 1147 à 1198, et dont 6 seulement étaient éditées ou analysées dans les auteurs.

32 « Filii mei Ulgrinus et Guillelmus Talafer. » A la fin de la charte se trouve la suscription de ces deux fils. Charte publié par Castaigne, de l'abbaye de la Couronne, pière just. n° VII, p. 126, d'après du fonds de la Couronne (Arch. dép. de la Charente).

33. Charte de Guillaume IV en faveur de l'abbaye de Saint-Amant (Cartulaire de l'abbaye, dix-huitième siècle, n° 304, Arch, de la Charente). — Il y en a un autre exemplaire à la Bibliothèque Nationale, fonds latin. (Voir pièce just. n° 4.)

34. Celle charte, datée de 1173, et qui se retrouverait peut-être dans le Liber feodorum ou le cartulaire du chapitre qui est déposé aux archives (inaccessibles aux laïques) de la sacristie de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême, est analysée dans la Gallia Christiana, II, 1005.

35. Charte de privilège en faveur de l'abbaye do la Couronne, janvier 1173 (74), copie du dix-septième siècle. (Arch, dép de la Charente).

36 Charte en faveur de l'abbaye Saint-Cybard, 1174, orig. (Arclu dép. de la Charente, pièce just. n° 2.)

37. « Pro salute sua et fratrum suorum Vlgrini et Talafer et Griset. » Charte de l'abbaye de Grosbot (1191), analysée dans la Gallia Christiana, II, 1048. Elle ne se trouve plus dans le fonds de cette abbaye aux Archives de la Charente.

38. Chartes d'Almodis en faveur de Saint-Amant-de-Boixe. (Cartulaire de Saint-Amant, n° 347 et 349. Arch dép. de la Charente.)

39. A. Thomas, Poésies de B. de Born, p. 45, note 4. — Nous avons commis nous-même cette erreur en 4893 dans notre thèse latine sur les ' Comtes d'Angoulême, p. 6.

40. G. Vosiensis Chronici pars altera (Labbe, II, 332).

41. « Monendi sunt lectores, » dit Labbe, «  nos in mendosis simo textu... plurimum desudasse ». (Labbe, II, 330.)

42. Dom Brial, note des Historiens de France, t. XVIII, 213.

43. Dans une charte de 1184, publiée par l'abbé Cholet (Cartulaire de Baignes, n° 501), Vulgrin mentionne, comme ses associés, seulement et Adémar. — G. de Vigeois, parlant des événements qui suivent la mort de Vulgrin, ne parle que de ses deux frères, Guillaume et Adémar :  « Guillermus siquidem et Ademarus defuncto inhiabant succedere fratri. » (Labbe, II, 330. — Hist, de France, XII, 448 E.)

44. « Erant in Pictavia comites et barones qui contra. Ricardum bellum moverant, scilicet Uggrinus de Engolismo (1476) ». Bened. Petroburg., éd. Stubbs, I, 445 — : « comes Bulgarinus ». R. de Diceto, éd. Stubbs, I, 444 : Richard assiège « infra Engolismam (1476), Willelmum Talafer comitem Engolismensem et Bugherum filium eius ». — Bened. Petroburg., 1, 121: obsedit Molinous castrum vicecomitis de Engolismo et cepit in eo Willelmum Taillefer comitem de Engolismo et Bugerum filium eius. » — . R. de Hoveden, -éd. Stubbs II, 93.

45. Bened. Petroburg., I, 213. — Hoveden, II, 170.

46. Il était parti vers le 30 juin, — G. de Vigeois, dans Labbe, 11,325-326. Ce texte obscur est complété par un passage qui l'éclairé et qui est relatif à la mort de Vulgrin III ; ce dernier mourut, dit-il, « a morte patris biennio nondum peraclo » (29 juin 1181), — Cf. discussion très probante à ce sujet dans Clédat, p. 42, note 1 .

47. Hist, de Languedoc, VI, 95, 97.

48. Charte de Vulgrin III en faveur de l'abbé de Baignes. — Cartulaire : de Baignes, p. p. Cholet, t. I, n° 508, p. 208. Angoulême, in-4°, 1867. — L'abbé Cholet n'a pas essuyé de fixer la date de cette charte.

49. G. Vosiensis Chronicon : « Natali Apostolorum Petri et Pauli, Ulgrinus comes Engolismensis decessit ». — Labbe, II, 326 : Vulgrin était probablement revenu de Terre sainte avec Adémar V de Limoges, dont G. de Vigeois mentionne le retour à la Noël 1179. — Ibid., II, 326.

50. Chartes d'Adémar concédant la dîme de la Boixe à l'abbaye Saint- Amant, 4187. (Orig., série H, liasse 7, cote 44, Areh. dép. et deux copies dans le Cartulaire, n°* 253 et 313.

51. Sentence arbitrale de l'évêque d'Angoulême, Jean, entre l'abbaye de- la Couronne et le s. d'Ambleville au sujet du moulin du Breuil, 1184. — Transaction entre Gérald, abbé de la Couronne, et Arn. Leroux du Breuil au sujet de la terre des Airauds, 1185. — Orig., Arch. dép. de la Charent ? (fonds de la Couronne, carton du Breuil d'Archiac).

52. « Guillermus siquidem et Ademarus defuncto inhiabant succedere fratri ». (« G. Vosiensis Chronicon », dans Labbe II, 332.)

53. Transaction entre l'abbé Gérald et Arnauld le Roux du Breuil Elle est ainsi datée : « Anno Incanalionis Dominice M°C°LXXXV°, présidente in romana sede domino Lucio, pp. III, Philippo rege Francorum, Henrico rege Anglorum simul et Richardo filio suo ducatum Aquitanie tenente, Tallafer Engolismensi comite, domno Ademaro Xanctonensi episcopo ». (Arch. dép. Charente, série H. — Fonds de la Couronne, du Breuil d'Archiac, orig.)

54. « In remtdio animarum suarum... ut sit pro fratribus meis oblatio sempiterna ». —Charte d'Adémar en faveur de l'abbaye Saint-Amant, 1187. — Cartulaire, n 343, et orig., liasse 7, cote 44.

55. Charte d'Adémar en faveur de l'abbaye Saint-Cybard, 1192 : « nomine fratrum meorum (Vulgrin et Guillaume) qui in capitulo sancti Eparchii sepulti iacent »>. (Orig., Arch, de la Charente, fonds Saint-Cybard ; et copie contenue dans le Cartulaire AAA, f° 23, n° 64 ; pièce jnstif. n» IV.)

56. Dans notre thèse, intitulée : Quomedo comites Engolismenses erga Angliae et Franciscae reges se gesserint, etc., p. 44, in-8°, 1893.

57. Nous nous servons de l'excellente édition des Poésies de B. de Born, p. p. M. A. Thomas. Toulouse, in-4°, 1888.

58. B. de Born, édit. Thomas, n° VIII, p. 32 ; édit. Stimming, n° 10, pp. 22-26.

59. Clédat, p. 56.

60. « Ves mi son perjurat — Trei palazi — Elh quatre vescomtat — De Lemozi — E li doi penchenat Peiregorzi — E li trei comte fat Engolmesi » ; édit. Thomas, pp. 32-33, vers 46-23.

61. Or, dit M. Clédat (p. 44), ils n'étaient trois qu'avant la mort de Vulgrin.

62. B. de Born, édit. Thomas, p. 45, note 4, et p. 43, note 1 . — Compte rendu, par M. Thomas, de la thèse de M. Clédat, dans la Bibl. de l'Èc. des Charles, 8e série, V, année 1 878, pp. 474-478 (pp. 475-477, discussion sur la date de Pots Ventadorns). — Réponse de M. Clédat, ibid., pp. 647-649  «On ignore le chiffre exact, dit-il, des frères qui survécurent à Vulgrin.... Hélie était peut-être en bas fige. .»

63. M. Thomas (Bibl. de l'Éc. des Charles, 1879, pp. 475-477), à propos de la date de « Pois Ventadorns », fait remarquer que Bertran de Born « aurait bien mauvaise grâce à ne pas regarder le malheureux comte comme délié de sa parole par ce fâcheux événement ». M. Thomas admet, en effet, l'existence, en1183, de trois frères de Vulgrin. La réponse de M. Clédat (p. 649) sur ce point nous paraît peu concluante : « Vulgrin, dit-il, fait nombre dans rénumération de B. de Born, et l'accusation de parjure ne s'adresse qu'à l'ensemble des alliés». Cet argument paraît pour expliquer comment en 1183 le poète peut mentionner parmi ses alliés Vulgrin III mort depuis plus de deux ans ; aussi M. Clédat, dans cette réponse, semble-t- il aussi admettre l'existence du pseudo Hélie. D'ailleurs, si l'on croit que Vulgrin n'est cité que  pour faire nombre », il n'y a pas de raison pour ne pas soutenir que les autres personnages sont mentionnés pour ce même motif ; et, dès lors, il devient impossible de dater la pièce, de quelque façon que ce soit, puisque tout fondement sérieux ferait défaut.

64. « G. Vosiensis Chronicon », Hist, de France, XVIII, 248 B.

65. Poésies de B. de Born, édit. Thomas, p. 32, vers 7.

66. Clédat , p. 55 : « Razos de Un sirventés cui molz et de Ges de far », Poésies de B. de Born, édit. Stimming, nos 2 et 3, pp. 57, 59.

67. G. de Vigeois, dans Labbe, II, 326.

68. Il déclare qu'il n'a pas voulu demander son pardon tant qu'il n'a pas été abandonné par Adémar V. (Poésies de B. de Born, édit. Thomas, p. 34, vers 70-75).

69. G. de Vigeois, loc. cit. — Poésies de B. de Born, édit. Thomas, pp. 32-33, vers 24 et 18-19.

70. G. de Vigeois, dans Labbe, II, 327. — Historiens de France, XVIII, 212.

71. Extraits du cartulaire de Dalon, actes de 1179 et de 1180. — Poésies de B. de Born, édit. Thomas ; App, p. 133.

72. Charte de 1182, ibid., p. 158.

73. Chronique de G. de Vigeois. Hist, de France, XVIII, 213 C.

74. Hist, de Languedoc, édit. Privat, VI, 94.

75. Traité d'alliance entre Philippe-Auguste, Henri II et Richard (4 des kal. de juillet 1480), texte dans les Hist, de France, XVII, 440. — Récit de Robert d'Auxerre sur la campagne de 1181, ibid., XVIII, 254 B. — Récits de Raoul de Dicet, des Annales de l'abbaye d'Anchin et de la « Genealogia comitum Flandriae », ibid., XVII, 619 ; XVIII, 534, 560.

76. On sait, d'après R. de Dicet, qu'en 1181 il aida Philippe -Auguste contre les barons du Nord. Hist, de France, XVII, 619 A.

77. Poésies, édit. Thomas, p. 7. — - Slimming, B. de Born. Gedichte n° 2, p. 56 ; Lebensschreibung (qui précède les poésies), pp. 7-9. .

78. Hist, de France, XVIII, 212 A.

79. Poésies, édit. Thomas, n° 3, pp. 44 et suiv.

80. Clédat, p. 44. — Bibl. de l'École des Chartes, p. 649.

81. Slimming, Gedichte, n° 5, p. 64. — Lebenschreibung, p. 20. Il date ta pièce du début de 1183.

82. R. de Dicet, Hist, de France, t. XVII. — Ben. de Peterborough, édit Stubbs, I, 294. — G. de Vigeois, Hist, de France, XVIII, 24 3. — Chronique de Robert de Torigniou du Mont, édit. L. Delisle, II, 145.

83. G. de Vigeois, Hist, de France, XVIII, 213 B.

84. Poésies, édit. Thomas, p. 4 3, vers 10-15.

85. Geoffroi de Vigeois, XVIII, 213 C.

86. G. de Vigeois, ibid.

87. Vulgrin, dit- il, « filiam unicam reliquit quae magnas calamitatis materia fuit. Guillermus siquidem et Ademarus defuncto inhiabant succedere fratri, qui a duce (Richardo) repulsi confugerunt ad Ademarum fratrem Lemovicis, qui favendo eis inimicitias ducos incurrit, qui cum puella terram obtinere tentavit ». G. de Vigeois, Hist, de France, XII, 448 E.

88. G. de Vigeois, Hist, de France, XVIII, 213 A.

89. Del rei Felip sabrem si paireja — ? si segra los usatges Charlo — D'en Talhafer que per senhor l'antreja — D'Engolesme, e el l'en a fait do. (Poésies, édit. Thomas, p. 45, vers 44-45.)

90. M. Clédat (Bibl. Ec. des Ch., 1879, p. 649) trouve extraordinaire l'acceptation de l'hommage de l'Angoumois par le roi de France.

 L’histoire antérieure de l'Angoumois prouve que les comtes faisaient à la fois hommage au roi et au duc d'Aquitaine.

91. « Chronologia Roberli Altissiodorensis. » (Hist, de France, XVIII, 254 B). — Giraldi Cambrensis. Deinst. princip., ibid., XVIII, 433 C. D.

92. Clédat, p. 52. — Thomas, pièce n° 5, p. 49. — Stimming, Gedichte, n° 7. — Lebenschreibung, p. 21.

93. « Engolmés a per fort cobrat. — El tot Saintonge desliurat. (Poésies, edit. Thomas, p. 20, vers 10-11.).

94. G. de Vigeois, Hist, de France, XVIII, 248, A — Chronicon cœnobii Coronae, édit. Castaigne, p. 39.

95. Poésies, édit. Thomas, n° XIV, p. 56. — Stimming, Gedichte, n°44, p. 86, — Lebenschreibung, pp. 28-29.

96. Clédat, p. 68.

97. « En Talhafers », Poésies, édit Thomas, p. 58, vers 37.

98. Poésies, édit. Thomas, n° XV, p. 61 ; édit. Stimming, n» 4 5, p. 88.

99. Clédat, pp. 68-69.

100. Mémoire inséré dans les Comptes d'Alphonse de Poitiers (les du comté de Poitou), p. p. Bardonnet. Arch. Hist, du Poitou, IV, 24.

101. Voir notre thèse latine à ce sujet : Quomodo comités Engolismenses, pp. 40 et 45.

102. Poésies, édit. Thomas, n° XVIII, p. 73. — Stimming, Gedichte, no 20, p. 99. — Lebensschreibung, pp. 34-36.

103. Clédat, p. 85.

104. Ben. de Peterb., éd. Slubbs, II, 34 ; Hoveden, II, 339— évén. de 1188 ; — Hoveden, III, 256, et Rymer. Fœdera. I1, 464 sur les de 1194.

105. Hist, de Languedoc, VI, 144, 145.

106. Poésies, n XVIII, vers 26-28.

107. Hoveden, III, 256. — W. Parvi de Novoburgo Historia, éd. Howlett, II, 419, 420. — R. de Dicet, II, 117.

108. Poésies, éd. Thomas, p. 74, note 5.

109. Ben. de Peterborough, H, 50. — R. de Dicet. Hist, de France, XVII, 634 D. — Nous n'avons pu avoir sous les yeux pour tous les passages des historiens anglais les éditions de la collection du Maître des rôles ; nous n'avions recueilli en 1891 que ceux qui sont relatifs à l'Angoumois. Ces excellentes éditions ne se trouvent pas en province. .

110. Hoveden, III, 256. — W. Parvi de Novoburgo, II, 449. : « fere omnes barones Vasconiae ».

111. « El rei Felips chassa lai ab falcos ». Poésies, p. 74, vers 15.

112. Hoveden, III, 256. « Dum hsec fièrent, rege Francise mollius agente ».

(113) Cartulaire , p. 33.

(114); Ibid., p. 5, et Gallia Christiana, t. II, col. 626.

(115) Cartulaire, p. 5-6.

(116) Ibid.. D. 6.

(117) Voir un acte de 1200 (p. 17 du Cartulaire, et Gallia Christiana, L II, col. 627).

(118) Cartulaire, p. 199-200.

(119) Histor. de France, t. XVIII, p. 234. — Edit. Duplès-Agier. p. 93.

(120) Nous trouvons, en 1212, un hommage de Bertrand de Born à PhilippeAuguste pour le château d'Hautefort. (V. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n° 1409.) Mais rien ne permet de décider s'il s'agit de Bertrand le père ou de Bertrand le fils.

(121) Dans un Mémoire composé par le père Pradilhon, à la fin du dix-septième siècle, nous relevons la mention suivante : « Gouffier de Born de Lastours fit de grandes fondations à Dalon , l'an 1200, pour le repos de l'âme de Constantin de Born, son père, et d'Agnès de Lastours, sa mère. n (Archives d'Hautefort, liasse 96, n° 12, et liasse 58, n° 5.)

(122) Car Geoffroy du Vigeois mentionne sa mort (Labbe, II, 282, et Histor. de France, t. XII, p. 422).

(123) Bernard Itier, dans les Histor. de France, t. XVIII, p. 227. — Edit. Duplès-Agier, p. 75.

 

Pièces justificatives

I. Confirmatio quam fecit comes Engolismœ de Chabronedœ dono, certœ partis in foresta Buxiœ (1171). (Cartulaire de Saint-Amant-de-Boixe, n° 304 ; dix-huitième siècle. In f° archives de la Charente), inédite

Notum sit tarn praesentibus quam futuris quod ego Guillelmus Talafer, comes Engolisme, Vulgrini filius, et Marguerita uxor mea et filii nostri, Vulgrinus scilicet, primogenilus noster, Guillelmus Talafers, Ademarus, Grisetus, Fulco, et Almodis filia nostra, uxor Amanevi (1) de Labret, de salute animarum nostrarum solliciti, considérantes etiam quod novissimo die, quando omnes homines resurgere habent, cum corporibus suis, de factis suis Deo rationem sunt reddituri, pro remedio animarum nostrarum et parentum nostrorum, damns et concedimus eeclesie beati Amantii, a progenitoribus nostris in alodio suo fondate, et fratribus in jam dicta ecclesia Deo servientibus, quidquid juris habemus vel a nobis habetur in illa parte Buxie quam Vulgrinus Joscelino, predicte eeclesie venerabili abbati, et aliis quamplurimis qui cum eo erant consilio nostro désignarat, terminum scilicet de Chabroneda et lassemptias (sic) de la Chauzada usque ad terram de Echausec, et omnia existentia infra Chauzadam, que dividit feodum aus Blanchardencs et au Gastolencs usque ad terram de Manlia (2); sic inquam omnia praenominata predicte eeclesie et fratribus in ea Deo servientibus damus atque concedimus, ut ipsi perpetuis temporibus ea quiete habeant et pacifice possideant. Et ut hujus doni concessio cerlior et firmior in posterum habealur, presenti (cartule) signa nostra propria (3) imprimimus, et sigillis nostris illam corroborari facimus. Huius vero doni et concessions testes sunt Jordanus, prior de Vinzella, Petrus Charelli, sancti Amantii monachus, Arnaldus capellanus sancti Andrée, Helia Rollandus sacerdos, Petrus, capellanus sancti Antonini, Guillelmus Geraldi diaconus, Petrus Roberti miles, Guillelmus Martini de Vinzella,

1. Le texte du cartulaire porte « Amantici » ; le copiste est souvent peu correct.

2. Les seuls noms que nous puissions identifier sont ceux de Saint- Amant-de-Boixe (Buxia), d'Eschoisy (Echausec) et de Mansle (Manlia), communes de la Charente.

3. Texte : propriis.

Petrus Auberti, Raymundus nepos predicti abbatis sancti Amantii et plures alii. Ex parte quoque Almodis testes sunt predictus Jordanus, prior de Vinzella, Guillelmus, consul de Borneto, Guillelmus foresters. Hoc autem factum est anno Incarnationis Dominice millesimo centesimo septuagesimo primo.

 

II.

Charte de Guillaume IV en faveur de l'abbaye Saint-Cybard, 1174 (original mutilé, sceaux disparus. Arch. départementale de la Charente, fonds Saint-Cybard, carton Saint-Yrieix) inédite

 

Ego Willelmus Tallafer, comes Engolismensis, pro remedio anime mee et parentum meorum, ad instanciam et preces Ramnulfi venerabilis sancti Eparchii, consilio et assensu filiorum meorum Wlgrini et Talafer, dono atque dimitto Deo et sancto Eparchio exactionem sive consuetudinem illam que dicitur ost et chavauchada, quam habebam sive requirebam in mediatores hoc est cumectadirs de Vaisnac, ita scilicet ut mansionarius ille qui erit mectadirs abbatis, hoc est qui excolet lerram illam de Vaisnac (1) de qua abbas habet medietalem, unde mectadurs vulgo appelatur, nunquam amodo ipse vel heres eius in terra illa vel aliquis de familia eidem ost et chavauchada reddat, vel in expedicione aliqua pro aliqua causa comitem Engolismensem sequatur. Hanc autem donacionem sive dimissionem facimus, ego Willelmus, cornes et duo filii mei, Wlgrinus et Tallafer in camera et in presencia Ramnulfi prefati abbatis presentibus Petro Rainer, Petro Robberti, Petro Auberti.

Et ut hec donacio sive dimissio firma et inconcussa in perpetuum maneret, earn scrip to commendari et presentem cartulam sigillo nostro muniri fecimus. Anno ab Incarnacione Domini M°C0LXX°IIII°.

 

III.

Charte d'Adémar en faveur de l'abbaye Saint-Amant-de-Boixe (1487) (original, liasse 7, carton de Saint-Amant ; copie cartulaire de Saint-Amant, n° 313) inédite

In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, amen. Ego Ademarus, comes Engolisme, decretum Dei patris, quod ab eterno humano generi de persolucione decimarum imperavit, adimplere cupiens, et si predecessores mei forte contra hoc Dei preceptum auctorem omnium offenderunt,

1. Vénat, hameau, commune de Saint-Yrieix, canton d'Angoulême.

 

liberare a pena eos desiderans, omnem decimam de tota Buxia, que culta vel inculta existil, si quid juris habeo, do et dimitto sancto Petro, Aposto-orum principi, et glorioso confossori Amancio, et domino Joscelino abbali fratribusque ibi Deo servientibus, in perpetuum prefuturam. Si quis vero de persolucione decimarum contrarius existeret, eum pro posse meo ad persolucionem compellam, et meos ad idem obligo successores.

Relinquo quippe hanc decimam tam in frugibus quam in pecoribus, in villis, si in predicta Buxia edificate fuerint, et juxta auctoritatem veteris testamenii quidquid decimum evenerit Domino sanctincetur. De illa vero parte mei dominii quam ad presens recipio et quam sum receplurus in posterum et quam sunt recepturi mei successores vel alii meo nomine vel nomine meorum successorum, similiter do et relinquo prefato abbati et fratribus, absque calumnia, in eternum. Fratres quidem mei Vulgrinus et Guillelmus Talafers, qui ante me comités exstiterant, multam pecuniam indebite domino Joscelino abbati extorserant.

Et ideo, in remedio animarum suarum, viginti sextarias de terra omnino libéras, super fontem de Celetes, sepefato abbati et fratribus do et concedo, ut sit pro fratribus meis oblatio sempiterna. Ut hoc autem donum non possit irritari a meis successoribus, sigilii mei munimine, in veritatis testimonium, consigno, et manu propria signum imprimo presens.

Huius rei testes sunt : Joscelinus, abbas, in cuius presencia hoc donum factum fuit, Ramnulfus, abbas sancti Eparchii, et Landricus, prior de Alta villa, et Petrus prior et Petrus cellerarius et Stephanus pautonerius, et omnis conventus, et Deodatus capellanus sancti Amancii, et Arbotelis sacerdos, et Hugo Boerius et Fergaudus, miles, Petrus Robberti, Seguinus, Iterius Bos, Arnaldus Aimar, Ostenz de Mania, milites, et mulli alii. Hoc factum fuit anno ab Incarnacione Domini, M°C°LXXXV11° régnante illustrissimo Philippo, rege Francorum.

 

IV.

Charte d'Adémar en faveur de l'abbaye Saint-Cybard (1192) (original, sceaux enlevés, carton Saint-Yrieix ; copie contemporaine, cartulaire AAA, n° 54, f° 23) inédite

Ego Ademarus, cornes Engolismensis, omnibus tam presentibus quam futuris notum fieri volo, quod cum Wlgrinus, frater meus primogenitus, pro remedio anime sue et parentum suorum, in extrema voluntate, eeclesie sancti Eparchii pro helemosina dedisset et reliquisset decern sextarios frumenti censitales; et postea Talafer, frater meus, alios decem sextarios frumenti censuales similiter eidem eeclesie pro helemosina in morte sua reliquisset; ego postea cum R. venerabili abbate et capitulo sancti Eparchii talem commutationem et talem concordiam feci pro helemosina, nomine supradictorum fratrum meorum qui in capitulo sancti Eparchii sepulti iacent, hoc est pro viginti sextarios frumenti supradicti quos ecclesia sancti Eparchii mini reliquit et quiptavit, ego reliqui et quiptavi eis quicquid habebam vel requirebam in hominibus et in terra de Vainac, ubicumque sil, sive in ortis, sive in pratis, sive in terra culta vel inculta, scilicet ost, chavachadam, gallinam, meslivam, quam prepositus meus ibi accipiebat, charreium (que) quod portarius et vigil meus convivii nuptiarum ab hominibus de Vainac requirebat. Hec siquidem omnia et siquidem aliud in hominibus et in terra de Vainac sit, iuste vel iniuste, habebam vel requirebam, totum ex integro, sine ullo retinaculo, pro supradicta helemosina fratrum meorum, in Domino et eeclesie sancti Eparchii dedi simul atque reliqui et concessi, ne ego amplius vel aliquis heredum meorum, nec aliquis nomine eorum, servientes sive prepositi, in hominibus et in terra de accipiant vel requirant; vel aliquis eis vexationem inférât, set maneant amodo liberi et absoluti ab omni servicio meo et omnium comi- tum Engolismensiura, et ego et heredes mei simus liberi et absoluti a supradicta helemosina fratrum meorum, scilicet a XX sextariis frumenti supradictis, quod exit comitibus Engolismensibus de terris que sunt iuxta forestam Bracone, de quibus A. Bacios est prepositus et frumentum istud habet colligere et eeclesie sancti Eparchii solebat reddere. Hanc commutationem et hanc concordiam supradicte helemosine fratrum meorum feci et concessi ego A. comes Engolismensis in manu R. venerabilis abbatis sancti Eparchii, primo in presentia totius capituli, et preterea super altare sancti Eparchii, et propria manu subscripsi, presentibus et videntibus istis quorum nomina subscripta sunt. Et ne super huiusmodi commutatione sive concordia, inter me et ecclesiam sancti Eparchii taliter facta, possit in posterum aliqua dubitatio pervenire, presentis scripti cartulam per cyrographum divisam sigillo meo feci communiri.

Anno ab Incarnacione Domini M°C°L°XXXXII°, Celestino pontifice, Filippo rege Francoram, J. Engolismensi episcopo.

Testes sunt : Petrus Robberti, Arn. Hu. Arnaut, 0. de Barret, J. de Dauvies, Ar. Bacios, P. Barrieira, Ar. Tavarros, C. Rossel, Pe. & Rocha, J. Tavarros, He. Fulcherii, J. Deussou.