Chevalier Anglais au Château du Rivau - LE POITOU PENDANT LA GUERRE DE CENT ANS (1340-1453).

(Chevalier Anglais au Château du Rivau)

Entre 1340 et 1453, l'histoire de l'ancien domaine des Guilhem, devenu province de l'Etat français, présente de nouveaux aspects. Après avoir connu une prospérité sans égale au cœur du Moyen Age, il éprouve, au cours de la guerre de Cent Ans, les déchirements et les misères qui résultèrent de la crise terrible où faillit disparaître la nationalité française. A cette époque, la gravité de la rivalité anglo-française est bien plus grande qu'au XIIe siècle.

Au temps des Angevins et des Capétiens, le Poitou s'était trouvé disputé plutôt entre deux dynasties, également françaises, qu'entre deux pays ennemis. Au XIVe et au XVe, à une époque où la province avait confondu ses destinées avec celles de la France, le conflit séculaire qui sépara les Valois et les Plantagenets, devenus les représentants de deux nationalités ennemies, radicalement divisées de sentiments et d'intérêts, devait avoir dans l'Aquitaine du nord un retentissement bien plus profond.

C'est sur le sol même du Poitou que se décida à deux reprises le sort de la France. C'est là que la nationalité et la monarchie française allaient trouver leurs plus solides appuis. Le loyalisme politique et le patriotisme national des Poitevins, trempés par la communauté des périls et des souffrances, devaient sortir affermis d'une épreuve où le rôle historique du Poitou fut encore une fois de première importance.

La guerre surprit l'Ouest dans une quiétude profonde. Le souvenir des Plantagenets s'était à peu près complètement effacé en Poitou, abstraction faite de quelques familles féodales qui avaient conservé avec les rois anglais, ducs d'Aquitaine, des relations particulières. Personne ne s'y doutait que la grande préoccupation d'Edouard III était la reconstitution de l'Etat anglo-normand-aquitain, au profit de l'Angleterre. Le gouvernement des Valois fondait sur l'attachement des populations poitevines une juste confiance. Mais il n'avait rien prévu, rien préparé, pour repousser une offensive dont nul ne soupçonnait la possibilité, tant était puissant le prestige de l'Etat français.

Château d'Angles-sur-l'Anglin surveille la frontière du Poitou

( Château d'Angle sur l'Anglin)

Les lieutenants-généraux, capitaines, châtelains du roi n'avaient fait aucun préparatif de défense. Une longue paix avait répandu un tel sentiment de sécurité que les murailles des villes et des châteaux-forts tombaient en ruines; les garnisons manquaient ou se trouvaient réduites à quelques soldats. Les contributions extraordinaires, dont l'administration royale avait frappé le pays depuis l'ouverture des premières hostilités (1331-1340), avaient été gaspillées.

La centralisation excessive des derniers Capétiens et des premiers Valois avait si bien détruit l'esprit d'initiative des pouvoirs locaux que les diverses classes, attendant les ordres du prince et escomptant sa protection, firent preuve de la plus complète inertie, en présence du péril subit qui leur fut plus tard révélé. A l'incurie gouvernementale répondit d'abord la faiblesse des grands corps provinciaux, noblesse, clergé, bourgeoisie.

Le Poitou tout entier fut frappé de stupeur quand la guerre, dont il était désaccoutumé, reparut, avec son cortège d'horreurs, sur son propre territoire.

Pendant neuf ans, les hostilités n'atteignirent pas vraiment en effet le nord de l'Aquitaine. Le gros de la noblesse poitevine guerroyait au nord de la France sous les ordres du roi ou au sud sur la Garonne avec le « plaisant » connétable Raoul d'Eu.

Cependant, malgré les mesures que le sire de Parthenay, lieutenant royal, avait prises, pour faire garder le littoral du Bas-Poitou, quelques incidents fâcheux trahissaient la négligence du gouvernement français. Les Anglais avaient pu incendier sans difficulté dans une descente l'abbaye d'Orbestier, aux portes des Sables.

 La flotte ennemie en 1342 avait tenté de surprendre le port de Beauvoir, en face de Noirmoutier. Edouard III s'était enfin assuré le concours d'un puissant allié en Bas-Poitou, Olivier de Clisson, seigneur de Belleville et autres seigneurs de cette région (1343). Confiant dans la fidélité des nobles poitevins, qui, sous la conduite du sire de Parthenay et de Guichard d'Angles, faisaient campagne en Angoumois et en Agenais, le fils de Philippe VI, Jean, duc de Normandie, s'attardait au siège des places de la Garonne (1345-1346), lorsque éclata le coup de foudre de Crécy (26 août 1346). Cette défaite révéla à l'Europe la supériorité militaire des Anglais. La belle campagne d'Henri de Lancastre, comte de Derby, lieutenant d'Edouard III en Aquitaine ne produisit pas une moindre surprise.

Angle sur l'Anglin Histoire du Poitou pendant la guerre de Cent Ans

Ce vieux général, qui passait pour le plus vaillant chevalier de son temps, refoulant devant lui l'armée du duc de Normandie sur Moissac, conçut l'idée hardie de frapper au cœur la domination française dans l'Aquitaine du nord dégarnie de troupes.

Préludant à la manœuvre de 1356, Derby trompa son adversaire. Il pénétrait brusquement en Saintonge avec une petite armée de cavaliers et d'archers, et de là, entrait rapidement sur le sol du Poitou. Les barons poitevins, saisis de terreur, n'osèrent sortir de leurs châteaux pour arrêter l'Anglais au passage. L'évêque de Maillezais, au lieu de mettre la côte en défense, paralysa toute résistance par sa mollesse et sa lâcheté.

Des coureurs ennemis arrivèrent jusqu'à Mirebeau et à Loudun, tandis que le gros de la petite armée de Derby remontait vers le Clain, par la vallée de la Vône, assaillait la place de Lusignan, l'enlevait le 3 octobre 1346, et le lendemain, aux yeux des habitants stupéfaits, apparaissait sous les murs mêmes de Poitiers. La garnison, sous les ordres d'Aimeri de Rochechouart, aidée de la milice bourgeoise et des gens du peuple, résista vaillamment, repoussa trois assauts, notamment du côté de Pont-Achard à l'ouest.

Mais les Anglais, pénétrant dans la ville par la chaussée d'un moulin, non loin du Pont Joubert, refoulèrent une partie des troupes dans le château, forcèrent le reste à la fuite, et mirent la ville à sac. Plus de six cents personnes de tout âge et de tout sexe périrent égorgées. Les Anglais pillèrent les maisons et les églises; ils incendièrent le Palais des comtes et les quartiers voisins. Le sac de la ville se prolongea douze jours.

L'espoir des Anglais sur le très grand pourfict qu'ils devaient en retirer ne fut pas déçu. De « cette grande cité, moult remplie d'églises et de moustiers » (Froissart), ainsi que de tout le paya d'alentour, qui fut pillé jusqu'aux portes de Châtellerault et de Chauvigni, les Anglais enlevèrent un énorme butin. Ils repartirent chargés des manuscrits précieux, des calices, châsses, trésors, ornements enlevés aux corps ecclésiastiques. Ils emportèrent, dit Froissart, « tout l'avoir de la cité et si chargiés en estoient, qu'ils ne faisoient compte des draps,  fors d'or et d'argent et de pennes (fourrures) et  de jéviaux ». Avant de s'éloigner, ils essayèrent même de mettre le feu à ce qui restait intact (12 ou 13 octobre). Ils amenaient avec eux de riches prisonniers, auxquels ils imposèrent d'énormes rançons.

Ce coup de main hardi fit trembler tout le pays jusqu'à la Loire, ajoute le célèbre chroniqueur.

Prises de panique, les villes, comme Melle et Maillezais, achetaient à prix d'argent la retraite des Anglais. La terreur se répandit plus grande encore, lorsqu'on apprit que non content du sac de Poitiers, le duc de Lancastre avait enlevé d'assaut à son retour le château de Montreuil-Bonnin, passé au fil de l'épée les 200 ouvriers de l'atelier monétaire qui s'y trouvaient (14 octobre), incendié la ville de Saint-Maixent, dont la garnison se retira dans le château, et essayé d'emporter Niort, où Guichard d'Angles fit échouer l'attaque anglaise.

Le vainqueur, craignant, en raison de sa faiblesse numérique, un retour offensif des Français, se borna cependant à jeter garnison dans Lusignan, et se hâta d'aller mettre son butin en sûreté à Bordeaux.

L'expérience de la bataille de Crécy, comme celle du sac de Poitiers, eût pu servir de leçon. Il n'en fut rien. Elle ne corrigea en rien l'infatuation militaire des Valois et ne leur inspira nullement l'idée de la nécessité d'une réorganisation.

 

==>Les Sires de Parthenay et la Gâtine pendant la première période de la Guerre de cent ans (Time Travel)

==> Le Poitou pendant la Guerre de Cent Ans; période du Prince Noir Édouard Plantagenêt

 ==> Carte France Féodale

==> Time Travel - Les origines de la guerre de Cent ans et les débuts de l'artillerie à poudre

==> 1372 Guerre de cent-Ans - les jeux des chevaliers pendant la campagne de Philippe le Hardi - Poitou, Angoumois, Aunis, Saintonge

==> Charles VII Forteresse de Chinon l’an 1423

 

 


 

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