Plan du Champ de la Bataille de Poitiers Maupertuis 1356

La bataille gagnée le 19 septembre 1356 sur le roi Jean le Bon par le prince de Galles est connue dans l'histoire sous le nom de bataille de Poitiers.

En effet, d'après Froissart, le seul historien dont les chroniques fassent autorité, elle fut livrée à deux petites lieues de cette importante cité, dans les champs de Maupertuis.

On a ignoré longtemps la position de cette dernière localité; mais il est maintenant hors de doute que c'est une ferme de la commune de Mignaloux, située sur le chemin de grande communication de Poitiers à Noaillé, et à deux kilomètres environ de ce dernier village.

Quant à l'emplacement exact de la position choisie par le Prince-Noir, c'est seulement il y a quelques années que l'on a eu à cet égard des données que l'on puisse regarder comme certaines.

On raconte dans le pays que deux Anglais sont venus il y a une cinquantaine d'années dans les environs de la Cardinerie (Maupertuis), et ont demandé des renseignements sur la position de certains lieux dits.

Le lendemain les deux voyageurs avaient disparu, et un paysan trouva au fond d'un trou creusé pendant la nuit, au pied de la croix dite Croix-de-la- Garde, un petit tonneau défoncé renfermant encore quelques pièces d'or. On supposa naturellement que les deux visiteurs avaient enlevé un trésor caché là à l'époque de la bataille, ce qui s'accordait d'ailleurs avec les traditions locales.

Un habitant de Poitiers a eu depuis entre les mains un manuscrit où il est fait mention de trois trésors enfouis par les Anglais, avant le jour de la bataille, en certains lieux désignés.

Il a supposé que le premier avait été enlevé par les deux voyageurs inconnus. Soit dans l'espoir de trouver les deux autres, soit par un autre motif, il a fait creuser tout près de la Cardinerie (Maupertuis), dans un endroit appelé Champ-de- la-Bataille, qui fait partie de la pièce dite des Grimaudieres, commune de Saint-Benoit, un trou conique de 10 à 12 mètres de profondeur, et de 12 à 15 mètres d'ouverture, qu'il a fait revêtir en pierres sèches.

En creusant ce trou, on a trouvé un ancien fossé large de 4 mètres, et d'une profondeur moyenne de 3 mètres.

Pour connaître la direction de ce fossé, on l'a déblayé sur une longueur de 30 à 40 mètres. Au fond on a trouvé de la cendre et des charbons. Ce fossé n'a donc pas été creusé pour l'écoulement des eaux, et nul doute, dès lors, que ce n'ait été une des défenses accessoires destinées à couvrir le front des Anglais.

D'autres raisons d'ailleurs viennent appuyer celle opinion.

En allant de Poitiers à Noaillé par le chemin de grande communication qui suit presque exactement le tracé de l'ancien chemin, on trouve à sa gauche, après avoir fait 5 à 6 kilomètres, une ferme appelée la Modurerie.

Le chemin qui va de cette ferme à la route se prolonge de l'autre côté, et, à l'angle de ce chemin et de la route, se trouve le dé en pierre d'une ancienne croix, connue dans le pays sous le nom de Pierre-du-roi-Jean (1).

La tradition veut que ce soit en cet endroit que le roi ait été fait prisonnier.

 

Plan du Champ de la Bataille de Poitiers Maupertuis 1356 a

Plan du Champ de la Bataille de Poitiers Maupertuis 1356 b

C'est à environ 700 mètres plus loin, et à 50 mètres à droite du grand chemin, que se trouve le grand trou conique. A 180 mètres en deçà du trou on voit, à environ 40 mètres à droite du grand chemin, un espace circulaire de 20 mètres de diamètre, compris entre deux petits arbres, et vers le centre duquel le sol est déprimé; puis à environ 120 mètres au-delà, sur la gauche du grand chemin, une fosse très-profonde formant un rectangle de 8 à 10 mètres sur une vingtaine.

Les débris qu'on y a trouvés font penser que c'est en ces deux endroits que la plupart des morts ont été enterrés.

De plus, l'endroit où a été creusé le grand trou conique est connu de temps immémorial dans le pays sous le nom de Champ-de-la-Bataille, et il est constant que tout le terrain situé au sud était autrefois couvert de vignes.

On y a trouvé récemment des souches annonçant plusieurs siècles d'existence, et, d'après les renseignements fournis par les vieillards du pays, les restes de ces vignes ont été arrachés il y a environ cinquante ans.

Il y a donc à peu près certitude que le fossé qui couvrait le front des Anglais passait par l'emplacement actuel du grand trou conique; mais on ne pourra connaître exactement sa direction qu'en faisant de nouvelles fouilles.

Cependant, d'après les habitudes défensives des Anglais, qui s'établissaient toujours sur des plateaux dont les pentes descendent vers leurs ennemis, et d'après le récit très-circonstancié de Froissart, on ne peut guère donner qu'une seule position à l'armée du Prince-Noir.

 Elle devait s'appuyer à droite sur le grand chemin de Poitiers à Noaillé, qui est encore bordé de petits chênes et de fortes haies en beaucoup d'endroits, et s'étendre à gauche jusqu'au chemin de la Minière aux Bordes.

Son front était alors protégé par des haies et un large fossé, son flanc gauche par des bois, et son flanc droit d'abord par les haies qui bordent le chemin de Noaillé, ensuite par des chariots, et enfin plus à droite par un corps de 300 gens d'armes et autant d'archers.

Leur front se serait ainsi développé sur une largeur d'environ 1200 mètres, occupant le bord d'un large plateau dont les pentes descendaient au nord vers l'armée ennemie.

Les Français ne pouvaient entrer dans ce camp retranché, et les Anglais n'en pouvaient sortir aisément que par le chemin qui va de Poitiers aux Bordes.

 Ce chemin est encore fort large aujourd'hui, et pourrait aisément donner passage à quatre cavaliers de front. Il était alors bordé naturellement et artificiellement de haies très-épaisses et de fossés derrière lesquels les archers anglais pouvaient tirer en toute sécurité.

A environ 400 mètres en arrière et presque parallèlement au front se trouve un chemin qui conduit à la Sardinerie (Maupertuis), et qui suit l'autre crête du plateau.

 C'est en avant et en arrière de ce chemin que se trouvaient les trois lignes des Anglais. La première devait être à environ 150 mètres du front. Pour rompre cette première ligne formée de gens d'armes ayant devant eux des archers, la bataille des maréchaux dut s'engager dans le chemin des Bordes sur quatre cavaliers de front, et c'est là qu'elle fut culbutée par les archers anglais, qui tiraient à bout portant des deux côtés.

Après avoir passé devant la Modurerie, la route de Noaillé descend dans un petit vallon parallèle au front des Anglais, et à environ 500 mètres.

C'est au fond de ce vallon qu'était la deuxième ligne des Français, celle du duc de Normandie; car Froissart la place au pied de la montagne ou plutôt de la pente au haut de laquelle était le corps des 300 gens d'armes et 300 archers anglais.

 La première, celle du duc d'Orléans, devait être à 200 ou 300 mètres en avant sur les pentes de la position anglaise, et la troisième, celle du roi, à 200 mètres en arrière sur les pentes opposées, à hauteur de la Modurerie.

Le corps des 300 gens d'armes et 300 archers destinés à opérer contre le flanc gauche de la deuxième ligne des Français devait se trouver entre la Cardinerie (Maupertuis) et Beauvoir, sur la voie romaine de Limoges.

Il y a encore aujourd'hui assez de bois, d'arbres et de haies pour dérober la marche de ce petit corps, et lui permettre de descendre à couvert les pentes du vallon au fond duquel se trouvait le duc de Normandie.

Cet emplacement des troupes du Prince-Noir et de celles du roi Jean s'accorde tellement avec la topographie des lieux décrits par Froissart qu'on ne peut guère en admettre un différent.

En tout cas, on peut considérer comme à peu près certain, d'après ce qui vient d'être dit, que la bataille de 1356 a eu lieu, sinon à l'Est, du moins sur le chemin de grande communication de Poitiers à Noaillè, entre la ferme de la Modurerie et celle de la Cardinerie, anciennement nommée Maupertuis.

F. VINET.

Capitaine d'état-major.

 

 

==> Traité de Brétigny Conclu le 8 MAI 1360, Ratifié à Calais par Jean II et Edouard III le 24 Octobre 1360

 

 

 


 

(1) L'on trouve à deux cents pas de la Cardinerie une pointe de roche qui surgit du sol et sur laquelle on voit des traces de caractères indéchiffrables. On l'appelle dans le pays la Pierre du Roi. Il est probable que c'est là que Jean II fut fait prisonnier, car, ainsi que nous le rapportons, il fit un mouvement rétrograde pour gagner le chemin de Poitiers. —

L'on trouve dans le voisinage plusieurs pièces de terre appelées le Champ des belles jacquettes, le Champ des beaux plumets, le Champ de la bataille. Les paysans ont souvent trouvé des débris d'armes dans ce dernier. En tirant vers l'est entre la Cardinerie et Miqualoux, on découvre une grange nommée le Deffend; les plus anciens titres français la désignent ainsi.

Selon la tradition populaire, les chevaliers français se défendirent longtemps dans ce lieu et y périrent tous. Ce qui semblerait confirmer cette tradition, c'est qu'à la fin du siècle dernier une paysanne y trouva une belle escarboucle enchâssée dans un morceau d'or, sans être taillée, telle que les bannerets les portaient encore au XIVe siècle.