Abbaye saint Junien de Nouaillé, comparaison avec une vue de l'abbaye de 1699

Il existe à la Bibliothèque Nationale - Département des Estampes — une vue de l'abbaye de Nouaillé qui semble bien être passée inaperçue jusqu'à maintenant ; nous ne la trouvons en effet mentionnée dans aucune des nombreuses études, notes et communications consacrées à cette abbaye et à ses monuments.

Il s'agit d'une des pièces de la célèbre et précieuse collection de Roger de Gaignières, actuellement conservée dans la série des documents de topographie sous la cote Va 412 c, au folio 86; elle porte le n° 6009 de l'inventaire d'Henri Bouchot (2). C'est une vue cavalière dessinée à la plume et coloriée à l'aquarelle, de 29 centimètres de haut sur 25,5 de large, sur feuille de papier à dessin de 33 centimètres de haut, sur 29,2 de large. Le dessin, selon toute vraisemblance, a été exécuté sur place, tandis que le coloriage paraît avoir été fait après coup, car des mentions avaient été portées sur la feuille pour permettre à l'artiste de se souvenir des coloris qu'il devait employer.

Le titre placé en haut de la légende porte : « Veüe de l'Abbaye de Nouaillé Lez Poictiers ».

 

Ce qui frappe au premier coup d'œil, c'est la netteté du dessin et l'abondance des détails, c'est aussi la minutie avec laquelle ils ont été rendus.

C'est un véritable tableau dans lequel nous est présenté l'ensemble des constructions étagées du sud au nord, bien groupées dans leur enceinte de fossés et de murailles où l'appareil religieux se mêle à l'appareil guerrier.

Si l'on approfondit l'examen et que l'on cherche, par la comparaison entre les parties encore existantes des monuments et leur représentation sur le document, à établir le degré de vérité de celui-ci, la remarque qui s'impose tout de suite c'est son exactitude.

Noter dans cet ordre d'idées : les tours de la face sud des fortifications, le bâtiment ouest des cloîtres (greniers) avec sa cheminée ancienne et sa tourelle ; détail des contreforts de la sacristie ; logis abbatial à l'angle nord-ouest avec son porche, sa tour et sa haute cheminée.

Signalons cependant dans l'arrière-plan quelques imprécisions et quelques inexactitudes de détail, telle l'omission de la tour d'angle nord-ouest, telle encore la représentation déformée de l'angle nord-est et l'emplacement légèrement inexact du pont de pierre de « l'ancienne entrée », enfin l'allure conventionnelle du paysage situé au- delà des fossés vers le nord.

Mais ce sont là détails infimes qui ne doivent pas empêcher de reconnaître dans l'ensemble et d'une façon générale une représentation remarquablement fidèle des parties des édifices encore existantes. Cette exactitude se trouve encore confirmée par la concordance que l'on peut établir avec le plan en projection horizontale joint au tome III des Antiquitates Benedictinae de dom Estiennot, plan datant de 1675 environ.

Une autre vue cavalière de l'abbaye, beaucoup plus connue, celle du Monasticon Gallicanum (3), datée de 1690, présente par contre avec la vue de Gaignières des différences nombreuses et considérables, bien que ces deux documents soient à peu près contemporains.

C'est que cette dernière ne correspond pas et n'a jamais correspondu à la réalité. M. Crozet dit en parlant d'elle : « elle n'est sur certains points qu'une « anticipation » ; nous irons encore plus loin en disant qu'il ne faut pas y chercher une représentation de l'abbaye telle qu'elle a jamais existé ; elle ne représente vraisemblablement que la concrétisation sur le papier de projets de restauration qui n'ont jamais été exécutés ou plus exactement qui ne le furent que partiellement et de façon différente une quarantaine d'années plus tard ; pour s'en convaincre il suffit de comparer ce document avec le plan du manuscrit 1275 (4) et avec les parties subsistantes des édifices.

Il semble donc bien que c'est dans la vue cavalière de la collection Gaignières qu'il convient de rechercher la figuration la plus exacte de l'abbaye à la fin du XVIIe siècle, car de l'exactitude des détails contrôlables nous sommes en droit de conclure à celle des parties disparues.

Le document n'est pas daté, mais il est facile de donner des précisions grâce aux éléments connus par ailleurs qu'il contient.

Une première considération nous permet d'affirmer qu'il est postérieur à 1690, date de l'achèvement des travaux de réfection du chevet de la grande église, car le dessin porte la figuration et du chevet plat qui avait remplacé à cette date le chevet circulaire du XIe siècle, et du petit campanile qui ne fut évidemment élevé au-dessus du transept qu'après la reconstruction de ce dernier.

L'examen des couleurs de l'aquarelle permet, en outre, de se rendre compte que le dôme du grand clocher, la toiture du petit campanile et du chœur, c'est-à-dire toutes les parties récemment refaites sont recouvertes en ardoises (teinte gris-bleu) , tandis que les parties anciennes sont recouvertes de tuiles plates (teinte brique).

 

1 Eglise ; 2 Sacristie ; 3 Dortoir ; 4 Réfectoire ; 5 Cuisine ; 6 Ancienne chapelle qui sert de bibliothèque ; 7 Chambre commune ; 8 Infirmerie ; 9 Les Cloitres ; 10 Le chapitre ; 11 la Cave ; 12 les Greniers ; 13 Première entrée ; 14 Porte de la basse court ; 15 Basse court ; 16 Ecurie ; 17 Boulangerie ; 18 Puits du lavoir ; 19 Bucher ; 20 Porte et pont du jardin ; 21 Pressoir ; 22 Entrée du monastère ; 23 Porte de l’église ; A Logis abbatial ; B Pont de pierre et ancienne entrée ; C Jardin de l’Abbé ; D Logis du garde et parquet ; E Ecuries et greniers de l’abbé.

 

Précisons davantage.

Dans l'angle supérieur droit du dessin sont les armoiries de l'abbé qui avait alors la commande de l'abbaye : « D'or à trois escrevisses de gueule en pal posées deux et un » ; ce sont les armes de la famille de Thiard de Bissy.

On sait qu'il y a eu à Nouaillé deux abbés de ce nom, Claude de 1665 à 1669 et Henri son frère de 1669 à 1721.

Il ne peut s'agir évidemment que de l'abbé Henri de Bissy, l'écu étant sommé des insignes de la dignité épiscopale ; or ce dernier avait été nommé évêque de Toul en 1687 ; mais il ne reçut ses bulles et ne fut pourvu de son évêché qu'en 1692 en raison des difficultés qui existaient alors entre le roi et le Saint Siège ; nommé archevêque en 1697, il refusa cette élévation ; il devint par la suite évêque de Meaux en 1704 et fut nommé cardinal en 1715 (5).

Ces quelques éléments permettent de placer à coup sûr l'exécution de notre document après 1692 et même plus probablement après 1697, bien que l'on puisse s'étonner de voir figurer sur les armoiries de cet abbé un chapeau d'archevêque, puisqu'il avait refusé cette élévation.

Enfin pour achever de lever toute incertitude, notons que R. de Gaignières visitait le Poitou en 1699 et que c'est à cette date qu'il vint à Nouaillé (6), que, d'ailleurs, les autres dessins qu'il fit exécuter à Poitiers et aux environs sont également datés de 1699 ; nous pouvons donc, en toute certitude, placer à cette année- là l'exécution du document en question.

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La vue de Gaignières permet de fixer de multiples détails déjà connus, mais mieux encore elle fournit nombre d'informations supplémentaires par les remarques qu'elle suggère ; enfin, elle vient rectifier certains points que l'on considérait jusque-là comme acquis. C'est ce que nous allons maintenant examiner.

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L'ÉGLISE.

Nous savons que l'église, ravagée lors du pillage de l'abbaye, en 1569, par les bandes calvinistes, avait d'abord été réparée et consolidée par les soins de l'abbé François de la Béraudière vers 1625-1629, que le grand clocher fut, au temps du prieur Eloi Belin, vers 1639, recouvert d'une toiture en forme de dôme, surmontée d'un clocheton « ad instar obelisci » ; que le chevet fut reconstruit sur un nouveau plan, au temps des prieurs Claude Vidal et Laurent Laconcque (1683-1690) et qu'à la même époque un petit campanile fut élevé au-dessus du transept (7).

C'est ce monument ainsi restauré et embelli que représente le plan de Gaignières ; c'est aussi celui que représente le plan du « Monasticon Gallicanum » et, notons-le au passage, c'est un des rares points de concordance entre les deux dessins. *

Mais un détail de la figuration de l'église attire particulièrement l'attention : le côté sud de la nef est couronné par une sorte de rempart avec créneaux et mâchicoulis, qui court depuis le clocher jusqu'au transept.

Semblable construction devait logiquement, l'on pourrait même dire certainement, exister sur la face nord.

Rappelons à ce sujet la courte mention consacrée à l'église par de Longuemar, en 1863, : « le chevet ainsi que les bas-côtés de l'église furent couronnés d'une galerie couverte avec mâchicoulis (8) ».

Malheureusement, il ne donne aucune autre précision et il est difficile de dire à quelle époque a disparu cette construction qui achevait de donner à l'église son caractère fortifié.

Sans doute doit-on placer sa destruction dans le dernier quart du XIXe siècle, époque où le mauvais état de l'édifice nécessita d'importants travaux de restauration et en particulier la réfeètion totale des couvertures. Des ardoises, des morceaux de charpente et même des pierres se détachaient des toitures, ce qui avait motivé d'énergiques protestations du propriétaire de la maison adjacente sur laquelle tombaient ces matériaux. Ce dernier porta ses plaintes devant le conseil municipal de Nouaillé ; il signale la chute dans sa cour et sur sa maison « de pierres et de chevrons qui étaient autrefois sur les glacis » (9). Cet état de chose durait encore vers 1875. Dans la nuit du 29 au 30 novembre 1874 une tempête emporta la toiture du clocher qui fut alors remplacée par celle que nous voyons actuellement (10).

Une promenade sur les toits permet de constater la présence de ces glacis, sur les deux côtés nord et sud là où autrefois se trouvaient les galeries couvertes.

 

LA CHAPELLE NOTRE-DAME.

Le plan de Gaignières est probablemeut le seul document qui nous ait conservé une représentation détaillée de ce monument dont il ne reste plus que les fondations à fleur de sol.

En tous points conforme au plan du manuscrit 12.757, il nous montre la chapelle en élévation avec sa nef plus large et plus haute que le chœur, surmontée d'un clocheton, le tout couvert en ardoises à l'exception du chœur qui est recouvert en tuiles.

Par les documents d'archives et par le plan des Antiquitates Benedictinae nous connaissions déjà sa position à l'angle des deux dortoirs et le contour de ses fondations.

Nous savions également qu'à l'origine elle ne se composait que du chœur de deux travées et à chevet plat et que c'est à l'abbé Raoul du Fou (1468-1511) que nous devons son agrandissement par l'adjonction de la nef également de deux travées (11).

 

Enfin, par le R. P. de la Croix nous connaissions les dimensions exactes du chœur (12).

Notre vue nous montre par surcroît la forme des contre-forts d'angles et de côtés et les vitraux qui semblent formés de lancettes et de roses dans le genre de ce que l'on peut voir à la chapelle de Mont- Vinard, dans le mur Est de la sacristie et au-dessus de la porte d'entrée de l'église.

Au fond de la nef de la chapelle, dans le côté Sud, s'ouvrait une porte donnant dans la basse-cour ; une autre vis-à-vis celle-ci donnait sur les cloîtres.

Au-dessus de la première, une petite fenêtre semble indiquer la présence d'une tribune communiquant directement avec les dortoirs, tribune sans doute destinée à faciliter l'audition des offices, particulièrement pour les malades et les vieillards.

Il est à remarquer que c'est le même souci d'une communication directe et facile des lieux d'habitation et de travail avec les lieux de prière qui avait déterminé le prieur Dorothée Girard à faire construire en 1643 un escalier conduisant directement de l'ancien dortoir à l'église (13).

On a admis jusqu'à ce jour que la chapelle Notre-Dame a été détruite en 1678-1679, le Fasciculus ayant, en effet, attribué à Jacques Denesde, alors prieur de Nouaillé, le pavage des cloîtres avec des pierres provenant de celle-ci et le transfert dans ces derniers des tombeaux qu'elle abritait.

Thibaudeau, dont le chapitre de son Histoire du Poitou consacré à Nouaillé n'est guère que le résumé rapide du Fasciculus dont il fait parfois une traduction mot à mot, avait donné cette interprétation et tout le monde après lui a répété la même phrase : « Elle fut détruite en 1679 » (14).

Or l'auteur du Fasciculus, en s'en tenant strictement à ses termes, n'a point dit une telle chose et notre dessin la contredit.  La chapelle existait en 1699, mais elle était désaffectée et servait de bibliothèque ainsi que l'indique la légende placée en tête du plan : « ancienne chapelle qui sert de bibliothèque».

En 1679 avaient donc seulement été enlevés les tombeaux et le pavage , afin de rendre la pièce propre au nouvel usage auquel on la destinait.

 

LES BATIMENTS CONVENTUELS.

Les bâtiments conventuels forment les trois côtés d'un quadrilatère fermé dont le quatrième côté, au nord, est représenté par l'église.

- La cour intérieure ainsi délimitée est longée sur son pourtour par les cloîtres.

 

Le bâtiment sud.

Il renferme d'après la légende : au rez-de-chaussée, la cuisine et le réfectoire, à l'étage un dortoir.

Lorsque, en 1614, François de la Béraudière installa à Nouaillé les reli-

gieux de la congrégation réformée de Saint-Vannes qui devint en 1618 la congrégation de Saint-Maur, le bâtiment sud était en ruine (15).

Il fut reconstruit par les soins du prieur André Bétolaud (1625-1626), et fut dénommé « dormitorium novum » par opposition avec celui situé à l'étage du bâtiment Est appelé « ancien dortoir ». C'est cette construction neuve que représente le dessin ; d'après les couleurs employées on voit qu'elle était recouverte en ardoises.

A première vue et par son allure générale on pourrait la confondre avec le bâtiment subsistant actuellement sur le même emplacement; cependant il s'agit de deux constructions entièrement différentes, ce que nous allons préciser.

Le bâtiment représenté sur le plan commence, à l'ouest, à la poterne qui enjambe la rue, celle-ci exclue et faisant corps avec le « pressoir », et il s'arrête à l'est contre la chapelle Notre-Dame.

Le bâtiment actuel, au contraire, s'étend à gauche sur la poterne qui fait corps avec lui, et à droite il s'allongeait sur les fondations de la chapelle jusqu'au rempart Est.

On pourrait supposer que l'on a simplement prolongé l'ancienne construction dans les deux sens, mais il faudrait supposer également que toutes les ouvertures auraient été refaites et que les cordons de pierre et corniches courant tout le long de l'édifice auraient été ajoutés après coup, ce qui est inadmissible.

Une raison, que nous croyons décisive, démontre de façon péremptoire que nous sommes bien en présence de deux constructions différentes et qu'il faut rejeter la conception qui voudrait que le bâtiment actuel ait été construit au XVIIe siècle et que seules les armoiries sur lesquelles est gravé le millésime 1731 soient du XVIIIe (16).

Ces deux bâtiments, en effet, ne sont pas élevés sur le même plan.

Tandis que celui qui est représenté sur le dessin est à l'alignement du mur du « Pressoir » et en avant du mur de la chapelle, position qui se trouve clairement indiquée sur le plan géométrique du manuscrit 1275, celui qui subsiste en partie actuellement est en arrière du mur du « Pressoir » et sur les fondations mêmes de la chapelle. C'est-à-dire qu'il est en retrait de plus de deux mètres sur le premier.

L'observation locale montre enfin que le puits, qui se trouvait à l'intérieur de la cuisine du bâtiment du XVIIe siècle, est au contraire à l'extérieur de celui du XVIIIe; l'examen des caves et des fondations des constructions confirmerait encore ce fait, s'il en était besoin.

Nous sommes ainsi amené à conclure que le bâtiment sud, construit au début du XVIIe siècle sur l'emplacement d'un autre plus ancien et alors en ruine, fut à son tour rasé au XVIIIe (vers 1720) pour faire place à une construction entièrement nouvelle et beaucoup plus vaste.

La date de 1731 placée au-dessus des armes de l'abbaye qui ornent la porte centrale doit donc être appliquée à tout l'ensemble de l'édifice et non à la porte seulement.

Bâtiment Ouest.

C'est la plus ancienne, avec l'église, de toutes les constructions actuellement subsistantes.

Elle consistait en une vaste salle rectangulaire voûtée en berceau brisé, renforcée, à l'intérieur, par des arcs doubleaux reposant sur des colonnes cylindriques de style roman, ornées de chapiteaux curieusement ouvragés de têtes et de feuillages, et à l'extérieur par de puissants contreforts, tant du côté de la rue que du côté des cloîtres. Transformée au XIXe siècle en maison d'habitation, de nombreuses cloisons ont divisé la salle primitive en plusieurs pièces de dimensions plus restreintes.

La face extérieure était couronnée par un chemin de ronde à parapet de pierre, touchant à une de ses extrémités à l'église avec laquelle il était en communication par une ouverture donnant dans le clocher et de l'autre au bâtiment sud, près duquel un escalier à vis sous tourelle de style flamboyant complétait les moyens d'accès.

Au XVIIe siècle, ce bâtiment servait de greniers ; quel était son usage primitif ? il est bien difficile de le dire.

Le dessin de Gaignières nous le montre avec son aspect actuel. A cette époque le rempart avait déjà disparu ; seules des traces subsistant après la tourelle et l'ancienne cheminée indiquent son existence.

L'entrée du monastère s'ouvrait dans ce bâtiment, à l'extrémité touchant à l'église ; elle fut déplacée après la construction du bâtiment sud pour être portée à la porte centrale de ce dernier.

 Bâtiment Est.

Le plan nous conserve une image assez imprécise de ce bâtiment entièrement rasé en 1808.

Il touchait par son extrémité sud à la chapelle Notre-Dame et par son extrémité nord à l'église où on peut encore voir les traces correspondant à son emplacement.

Au rez-de-chaussée se trouvaient la salle du chapitre, construction de Raoul du Fou, et une salle dont la destination ne nous est pas indiquée, à l'étage de l'ancien dortoir.

Deux escaliers aux extrémités desservaient les étages.

Cloîtres.

Ils sont représentés en galerie couverte. La couleur jaune-ocre de la couverture, qui n'est celle ni des tuiles ni des ardoises, et d'autre part les lignes parallèles à la place du quadrillage, semblent indiquer une simple couverture de planches.

Il ne semble pas, d'ailleurs, qu'ils furent jamais voûtés. M. Crozet a déjà fait remarquer que nulle trace d'arrachement de voûte ne peut être décelée sur les bâtiments auxquels ils étaient adossés (17).

La présence dans les murs de l'église et du bâtiment ouest de corbeaux de pierre servant de supports à une simple charpente en bois vient condrmer cette opinion.

L'espace à l'air libre est occupé par un jardin d'agrément que le plan de Gaignières ainsi que celui des Antiquitates Benedictinae nous montrent parfaitement entretenu.

Dans l'angle sud-ouest un puits aujourd'hui comblé.

L'ENCEINTE FORTIFIÉE.

Les transformations du XVIIIe siècle et surtout les destructions du XJXe ont fait disparaître une grande partie de cette enceinte et ce qui en subsiste a été sensiblement altéré.

Actuellement, en effet, seules les tours sont à peu près dans l'état où elles étaient au XVIIe siècle ; quant aux remparts fils sont ou rasés, ou rabaissés presque au niveau du sol des cours intérieures.

Enfin les douves sont encrassées et même comblées sur une partie de leur longueur. ,

Par contre à la fin du XVIIe siècle, les fossés et les murailles présentaient encore des lignes nettes et continues.

Contre certaines parties du rempart des bâtiments avaient été édifiés : boulangerie, bûcher, infirmerie, maison du garde, logis abbatial, écuries et greniers de l'abbé. Là où il n'y a pas de constructions la muraille subsiste avec son élévation primitive qui atteignait presque au couronnement des tours, ainsi que le montrent les traces d'arrachement visibles actuellement sur celles-ci.

Les tours par contre avaient déjà perdu leur couronnement précipité dans les salles basses qu'ils ont comblées.

 

Au Sud.

Premier plan du tableau.

On voit, à gauche, l'entrée crée par François de la Béraudière vers 1600-1610 et dénommée dans un acte de 1612 « portail nouveau et principale entrée » (18).

Un pont en bois enjambe les douves ; un pont levis le complétait et servait à la fermeture de cette entrée qui était commune aux religieux et à l'abbé. Le concordat de 1612 passé entre ce dernier et les Feuillants, lors de l'essai d'introduction de ceux-ci à Nouaillé, en parle en ces termes : Lesdits pères. « entreront par la porte neuve pour entrer de là en leur dit monastère et lieux à eux transportés, comme le dit sieur abbé pourra aussi entrer par la dite porte et tenir en la tour joignant icelle un portier pour la fermer et ouvrir, tant à lui qu'aux pères, toutes fois et quantes que métier sera, laquelle porte et pont levis se fermera de nuit pour la sûreté commune des parties et lui en seront apportées tous les soirs par le dit portier les clefs en sa chambre, et lorsqu'il sera absent mises ès mains du prieur et supérieur des dits pères (19). »

Cette entrée est encadrée, à droite, par la tour d'angle sud-ouest « logis du portier » d'après l'acte ci-dessus et, à gauche, par une fausse tour qui d'évidence est contemporaine de la création de la nouvelle entrée.

De part et d'autre du portail devaient exister des canonnières qui sont signalées dans un acte des Registres paroissiaux de Nouaillé à l'occasion du baptême d'une petite fille présentée « par Messieurs les officiers de la justice de Nouaillé après en avoir fait la levée dans une des canonnières proche le pont qui conduit du bourg des Bans à l'abbaye et y joignant la clôture du monastère ».

Entre la fausse tour et la tour d'angle sud-est, adossées au rempart, les écuries du monastère, qui devaient être de construction récente le plan du manuscrit 1275 7 ne les mentionnant pas.

La tour sud-est paraît être dans le même état que de nos jours.

 

A l'Est.

Le rempart se poursuit sans interruption depuis la tour sud-est jusqu'à l'ancienne entrée nord-est, seulement percée d'une ouverture donnant accès au jardin des religieux par le moyen d'une porte et d'un pont de bois, construits probablement vers 1630-1633 lorsque le prieur Maur Tassin procéda à l'établissement du grand jardin.

Contre ce rempart et joignant la tour sud -est, la boulangerie, à sa suite le bûcher. Plus loin et après la porte du jardin, un bâtimènt s'allongeant jusque sur la sacristie, qui restauré récemment sous le gouvernement du prieur André Liabeuf, renfermait l'infirmerie et la « chambre commune ». Plus loin encore : la cave ; enfin le « parquet» appelé aussi, d'après un autre texte l'auditoire ; enfin la maison du garde.

Au Nord.

A une des extrémités du rempart, dont nous n'apercevons que le côté intérieur, l' « ancienne entrée » avec son pont de pierre, encadrée par deux tours ; à l'autre extrémité le logis abbatial, construit à la fin du xve siècle, par Raoul du Fou.

 

A l'Ouest.

Une aile en retour du logis abbatial, les écuries et greniers de l'abbé, enfin le « Pressoir » se succèdent le long de ce côté de la muraille.

Ce dernier bâtiment, ainsi dénommé « Pressoir » au XVIIe siècle, mérite une mention particulière. A l'intérieur et dans son angle nord-ouest des restes d'arcs et un massif de maçonnerie entourant une ouverture circulaire en pierres de taille soigneusement taillées et appareillées semblent indiquer la présence d'une cheminée dans l'angle sud-est : un puits; (20) dans le mur qui surplombe le fossé ou un conduit de pierre servant à l'évacuation des eaux ; ce sont autant d'indices qui paraissent indiquer que cette construction fut à une époque antérieure une cuisine ; d'ailleurs le pré situé de l'autre côté des douves s'appelait le pré de la cuisine, Cette face de la fortification est longée à l'intérieur et sur toute sa longueur par l'allée qui, partant de l'entrée sud, passe sous la poterne incluse dans le « Pressoir », sous un autre porche appelé dans le concordat de 1612 « vieil et ancien portail », qui en réalité est l'ancienne entrée du monastère avant la création de l'entrée nouvelle du sud, puis passe sous le porche du logis abbatial pour finalement aboutir au pont de ce passage invisible sur la vue de Gaignières.

Cette voie traversant toute l'abbaye, du sud au nord, c'est la rue intérieure du monastère ; sur elle s'ouvrent : les portes de la basse-cour, des lieux réguliers, de l'église, du logis abbatial et des dépendances.

Enfin, enserrant le rempart sur toute sa longueur : les douves.

A en juger par la vue qui nous est donnée, elles étaient dans un état d'entretien bien loin de celui que l'on peut voir actuellement ; pas de terre-pleins formés au pied des remparts sur lesquels poussent de nos jours des arbres plus hauts que les bâtiments, pas de murs pour les compartimenter en différents bassins, pas d'herbes aquatiques qui recouvrent la surface de l'eau et surtout pas de ces dépôts de matériaux et d'immondices élevant le fond au niveau des jardins avoisinants.

Au contraire, des lignes nettes, une surface claire, un ensemble homogène avec à droite le canal d'amenée des eaux et à gauche le canal de fuite.

* * * 

L'impression qui se dégage de façon incontestable de la vue que nous venons d'étudier, c'est celle de l'ordre et de la prospérité. Nous sommes loin de la situation du début du XVIIe siècle où l'on nous représente l'abbaye ravagée et remplie de ruines. Celles-ci ont été relevées et ont fait place à un ensemble qui laisse apparaître la commodité et même le confort.

Cependant là ne devait pas s'arrêter l'effort de reconstruction des religieux de Saint-Maur.

Une nouvelle campagne de travaux devait au XVIIIe siècle (à partir de 1720) faire disparaître la chapelle Notre-Dame et le bâtiment sud des cloîtres pour permettre l'édification sur leur emplacement du grand bâtiment neuf, de plus de 60 mètres de long, dont actuellement ne subsiste plus que la moitié occidentale, l'autre partie ayant été rasée en 1808.

En 1736, le pont de bois de l'entrée sud était remplacé par un pont de pierre.

En 1741, de vastes servitudes furent édifiées à l'est sur l'emplacement du bûcher et à l'ouest de nouvelles écuries vinrent remplacer le long du mur de la basse-cour celles qui étaient adossées au rempart sud dont la hauteur fut considérablement diminuée pour ne laisser qu'un petit mur donnant une vue plus dégagée.

En 1779, le pont de bois du jardin fut remplacé par un pont de pierre, et un second fut lancé un peu plus loin.

* Il y a là un travail considérable, encore que les projets ne furent jamais achevés ainsi qu'on peut s'en rendre compte à divers indices.

C'est ainsi que des pierres d'attente dans la corniche du côté nord du bâtiment neuf montrent que les constructions est et ouest devaient à leur tour être démolies et remplacées.

Un ensemble homogène de bâtiments neufs devait ainsi prendre la place de cet amas de constructions de siècles divers.

La Révolution survint qui arrêta net la réalisation de ces projets; les multiples destructions du XIXe siècle achevèrent de donner à cette antique abbaye l'aspect que nous pouvons contempler maintenant.

 

 

par Jacques CHIVAILLE et René CROZET  Société des antiquaires de l'Ouest

 

 

 

 

La ferme royale de Javarzay (Chef-Boutonne) Les Romains aux Francs - Clotaire Ier de saint Junien à Nouaillé <==.... ....==> 1699 François Roger Gaignières en Poitou

 

 


 

1. Henri Bouchot : Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières et conservés aux Départements des estampes et des manuscrits, 2 vol. Paris, Plon, 1891.

(2). B. N. Ms. Lat. 12.757.

(3). Monasticon Gallicanum, édit. Peigné-Delacourt (1870), pl. 20.

(4). R. Crozet : Nouveaux documents sur les travaux d'art exécutés à l'abbaye de Nouaillé (XVIIe-XVIIIe siècles), Bull. Soc. Antiq. de l'Ouest, 2e tr. 1940, p. 368.

(5). Voir J. Carreyre, au mot Bissy dans : Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, IX, c. 14.

(6). R. P. dom de Monsabert : Chartes de l'abbaye Nouaillé de 678 à 1200, dans Archives historiques du Poitou, XLIX, p. XXVI.

(7). R. Crozet : Notes et documents sur les monuments religieux de Nouaillé. B. S. A. O., 3e tr. 1938.

(8). De Longuemar : Epigraphie du Haut Poitou. M. S. A. O., 1re série, t. XXVIII, 1863, n° 90, p. 208.

(9). Registres des délibérations du conseil municipal de Nouaillé, séance du 9 mai 1858.

(10). Courrier de la Vienne, numéro du 3 décembre 1874.

(11). Gallia Christiana, II, c. 1243.

(12). R. P. de la Croix : Notes archéologiques sur Nouaillé. B. S. A. O., 1er tr., 1910, p. 23. -

(13). Fasciculus Antiquitatum Nobiliacensium, p. 161. ,

(14). Thibaudeau, Histoire du Poitou, éd. Sainte-Hermine, Niort 1839, p. 172.

(15). Fasciculus, p. 159. --- 1

(16). Voir B. S. A. O., 3e et 4e tr.,1939, p. 174.

(17). R. Crozet, Nouaillé, dans Bulletin monumental, 1939.

(18). Dom Fonteneau, t. XXII.

(19). Registres paroissiaux de Nouaillé, 23 juin 1760.

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